Kish est une ville (mais aussi un dieu) de l'ancienneMésopotamie, particulièrement importante aux époques archaïques, durant lesquelles elle a longtemps exercé sa domination sur les autres États deBasse-Mésopotamie.
Cette ville s'étend sur une grande surface, et compte deux ensembles principaux : Tell Inghara et Tell el-Oheimir (en arabe : tall al-ʾuḥaymir,بتل الأحيمر). C'est dans cette ville queSargon, fondateur de l'empire d'Akkad, a pris le pouvoir.
D'après laListe royale sumérienne, Kish a exercé la royauté sur la Mésopotamie juste après leDéluge. Parmi les vingt-trois rois de cette dynastie semi-légendaire,Etana,Enmebaragesi etAgga sont particulièrement importants. Le premier est le héros d'unmythesumérien. Le second, à qui la liste attribue une victoire contre l'Élam, est l'un des premiers rois mésopotamiens à être attesté historiquement par les sources épigraphiques, puisqu'on a retrouvé àNippur deux vases portant son nom datant duXXVIIe siècle av. J.-C. Quant à son fils Agga, il est connu par un récit racontant une de ses batailles contreGilgamesh d'Uruk. C'est d'ailleurs le dernier roi de la dynastie, puisque Kish se fait selon la même liste supplanter par Uruk, ce qui a un rapport avec le précédent récit et pourrait attester d'une réelle rivalité entre les deux cités. Deux autres dynasties de Kish exercent par la suite la royauté. Les sources épigraphiques mentionnent d'autres rois de Kish, dont la plupart ne peuvent être rattachés à des souverains cités par la liste royale.
Kish a eu une grande importance aux débuts de l'histoire mésopotamienne. Certains de ses souverains ont exercé une sorte de domination, au moins théorique, sur les autres rois du sud mésopotamien, comme l'atteste le fait que le roi kishiteMesilim ait arbitré un conflit frontalier entreUmma etLagash vers 2600 av. J.-C. Les rois de Kish sont parés du titre deLugal, qui signifie « roi », tandis que les souverains voisins se nommentEN ouENSÍ. Le titre de « roi de Kish » est repris par des souverains d'autres cités en raison de son prestige, puisqu'il paraît signifier que celui qui le porte exerce la domination sur la Basse Mésopotamie. Il y a donc vers lesXXVIe – XXIVe siècles une prééminence de Kish sur les autres cités de cette région, qu'elle soit politique ou symbolique.
Kish domine alors la partie nord de la Basse Mésopotamie, peuplée en majorité de populations sémites, ceux que l'on nommera par la suite « Akkadiens », par opposition aux Sumériens, vivant plus au sud. Cette zone partage d'ailleurs des traits communs avec d'autres ensembles politiques situés dans la vallée de laDiyala, àNuzi, en Haute Mésopotamie autour deTell Beydar ouMari, et jusqu'àEbla enSyrie (dont les archives attestent l'existence de contacts poussés avec les rois de Kish). On a proposé de qualifier cet ensemble comme constituant une « civilisation kishite », marquant ainsi l'importance de cette cité.
La période des dynasties archaïques prend fin avec l'unification de la Basse Mésopotamie parSargon d'Akkad (2340-2290 av. J.-C). Selon une tradition postérieure à la période, ce dernier aurait été l'échanson du roiUr-Zababa de Kish, qu'il finit par détrôner, avant de vaincre le roiLugal-zagesi d'Umma qui dominait alors le pays de Sumer. Il établit sa capitale àAkkad, et Kish devient une capitale provinciale de son empire. Elle aura ce même statut sous laTroisième dynastie d'Ur (XXIe siècle av. J.-C).
Le site de Kish est situé à environ 15 kilomètres de Babylone, et s'étend sur un ensemble de tells, sur un périmètre de 4 kilomètres dont les deux principaux sont :Tell Inghara à l'est etTell el-Oheimir à l'ouest. Ils correspondent à deux agglomérations dont la réunion a formé la ville de Kish : le premier était la ville nomméeHursagkalamma, et le secondKish « proprement dite ». Les autres tells sont leTell Khazneh (« le trésor ») etTell el-Bender (« le port »).
Il a été repéré en 1873 parGeorge Smith. Les premières fouilles sur Kish ont été entreprises par le françaisHenri de Genouillac en 1912. Elle reprennent de 1923 à 1933, avec une équipe anglo-américaine d'Oxford et deChicago dirigée par S. Langdon et E. Mackay, dont les résultats ont été repris dans les années 1970 par McGuire Gibson et P. R. S. Moorey. Plusieurs zones du vaste site ont fait l'objet de fouilles, et ont été dénommées en fonction des lettres de l'alphabet. En 1988, desJaponais ont fouillé sur le Tell Ingharra.
Tell Inghara est la plus ancienne partie du site à avoir été fouillée. Il s'agit de l'agglomération de Hursagkalamma, la partie orientale de Kish, dont la divinité tutélaire étaitIshtar.
À l'époque d'Akkad, un cimetière prend la place du complexe de la « zone A ».
Il faut ensuite attendre plus de 1500 ans, l'époque néo-babylonienne (probablement le règne deNabuchodonosor II) pour retrouver d'autres bâtiments monumentaux sur le Tell Ingharra. Il s'agit de deux temples jumeaux, accolés l'un à l'autre. Le premier, plus vaste, mesure 92 mètres de long pour 83 de large. Il est organisé autour d'une cella et de deux ante-cellae, et comportait plusieurs pièces. Le plus petit est de forme carrée de 47 mètres de côté. On accédait à sa cella directement depuis la cour centrale du bâtiment.
L'ensemble monumental le plus important de ce site est la zone sacrée dédiée à Zababa, comportant son temple principal, l'É.DUB.BA, et sa ziggurat,É.U6.NIR.KI.TUŠ.MAH, construits probablement sous le règne deHammurabi (1792-1750 av. J.-C), et restauré à la période néo-babylonienne (VIe siècle). On a aussi fouillé quelques résidences néo-babyloniennes à proximité.
Au nord du Tell Inghara, dans la « zone P », on a dégagé les restes d'un autre palais datant du DA II ou III, dit « planoconvexe », en raison du type de briques qui y sont utilisées. Il est fortifié, et est constitué par un ensemble de pièces disposées autour d'un espace central[1].
À l'ouest du Tell Inghara, le « tell W » a livré un lot de tablettes de l'époque néo-babylonienne, comprenant des textes rituels et littéraires, ce qui fait qu'il a été désigné comme une bibliothèque lors de sa découverte, mais il pourrait s'agir d'un fonds de tablettes scolaires. Ces tablettes ont été peu étudiées.
Sur le Tell Bender, un bâtiment parthe a été exhumé. Le Tell H, à l'extrémité est, comportait quant à lui un palais et un templemanichéen de l'époque sassanide.