
UnKinetoscope Parlor est une boutique où s'alignaient plusieurskinétoscopes, dispositifs américains de visionnement individuel de films, inventés en 1893.
Ces boutiques sont apparues dès 1894 sous l’impulsion de l’inventeur et industriel américainThomas Edison. À l’entrée,« on paie vingt-cinq cents, ce qui n’est pas bon marché, mais on peut visionner autant de films qu’on le désire[1]. »
Avant leKinetoscope Parlor, il existé déjà lePhonograph Parlor et en 1896 viendra leVitascope Parlor.
Barber Shop,Bertoldi (mouth support),Bertoldi (table contortion),Blacksmiths,Roosters (cock fight),Highland Dance,Horse Shoeing,Sandow,Trapeze etWrestling sont les dix films du premierKinetoscope Parlor.
The Barbershop est le premier film (industriel) de l'histoire du cinéma.

Un kinétoscope se présente sous la forme d’un coffre plus haut que large en bois de pin, surmonté d’un double œilleton qui permet aux spectateurs, penchés sur la machine, d’assister, seuls ou à deux, au passage d’unfilm de moins d’une minute. À l’intérieur de la boîte, la pellicule auformat 35 mm à double rangée de 4 perforations par image, mise au point par Edison et son assistant,William Kennedy Laurie Dickson, se déroule en continu, entraînée par un moteur électrique et éclairée en transparence par une forte lampe. Unobturateur à disque mobile, tournant à grande vitesse entre la pellicule et la source de lumière, provoque à la manière d’un stroboscope, unflash qui, grâce aux perforations de la pellicule entraînée par des débiteurs dentés couplés à l’obturateur, est synchronisé avec le défilement desphotogrammes. Il permet à l’observateur de capter chaque image et de la relier à la suivante par l’effet de lapersistance rétinienne qu’efface l’interruption de l’éclairement quand le disque plein de l’obturateur s’interpose entre la pellicule et la lampe. Cet effacement est nécessaire, sinon les images se confondraient les unes avec les autres, défaut qu’on appelle dans le jargon professionnel un « filage »[2], ainsi que l'expliqueJacques Aumont :« L'information détaillée serait temporairement supprimée à chaque noir entre photogrammes successifs (ndlr : le noir qui correspond au passage de l'obturateur devant l'objectif de la caméra de prise de vues pour masquer le déplacement de la pellicule, et qui enregistre une séparation noire entre chaque photogramme) et ce masquage serait précisément ce qui expliquerait qu'il n'y ait pas accumulation d'images persistantes dues à la persistance rétinienne[3]. »

Le grand rêve de Thomas Edison était de coupler l’image au son correspondant. C’est lui qui avait en 1877 mis au point et commercialiséle premier phonographe. C’est pourquoi il ordonna en1895 à Dickson de porter tous ses efforts de recherche sur une version sonore dukinétoscope, lekinétophone (ouphonokinétoscope, ou, ainsi que le désignait Dickson, lekinéto-phonographe), alors que son assistant lui proposait plutôt de mettre au point une version deprojection sur écran dukinétoscope, ce qui ne lui posait alors aucune impossibilité technique. Mais Edison était quelque peu aveuglé par le succès commercial immédiat desKinetoscope Parlors et repoussa fermement l’idée de Dickson.« Non, si nous fabriquons ces projecteurs d'images, comme vous nous le demandez, nous gâcherons tout… Ne tuons pas la poule aux œufs d'or ! »[4]. Dans lesKinetoscope Parlors , apparurent alors certaines machines équipées, en plus du système de visionnement, d’un phonographe à cylindre de cire gravé qui se mettait en marche automatiquement dès que le film commençait.

C’est le 14 avril1894, que la famille Holland, en accord avec Edison, ouvrit le premierKinetoscope Parlor à New York, surBroadway, à l’angle de la27e rue. Dix machines étaient disposées sur deux lignes parallèles[5].
ChaqueKinetoscope Parlor présentait à son public plusieurs films, montés en boucle chacun dans un kinétoscope différent. C’est Edison qui, le premier, adopta le mot anglaisfilm pour désigner les bobineaux denitrate de cellulose enduit sur une face d’émulsion sèche photosensible, impressionnés par le premier appareil de prise de vues du cinéma, lacaméra Kinétographe. Le droit d’entrée permettait de passer d’une machine à l’autre. Au fond de la salle, un peu à l’écart et moyennant un supplément,« certains exemplaires présentaient des bobineaux réservés aux messieurs seuls, où l’on pouvait apprécier des dames qui enlèvent leur robe et osent se présenter, suprême audace à l’époque, en collant et maillot! Tous les autres bobineaux étaient des films visibles par un public familial. »[6]
En 1894, le premierKinetoscope Parlor de France est installé à Paris, 20boulevard Poissonnière[7].
Le succès desKinetoscope Parlor dépassait les frontières américaines et fut à l’origine durant les années 1894-1895 des recherches effrénées des inventeurs du monde entier, modifiant, voire copiant, le procédé, qui débouchèrent sur une amélioration remarquable : lacaméra Cinématographe deLouis Lumière — appareil dit "réversible", c'est-à-dire aussi biencaméra argentique qu'appareil de projection, et même tireuse de copies — donnant rétrospectivement raison à Dickson (qui quitta Edison) en rendant totalement obsolètes lesKinetoscope Parlors au profit dessalles de projection. Edison suivit le mouvement général et se lança à son tour en 1896 dans l’exploitation de salles équipées d’unécran de projection, en rachetant à un inventeur ruiné un modèle de projecteur qu’il rebaptisa leVitascope.