Kiakhta est située dans le sud-ouest de laTransbaïkalie[1], région montagneuse de Sibérie orientale. Elle se trouve sur la rivière Kiakhta, près de la frontière russo-mongole, et fait face à la villemongole d'Altanboulag.
Kiakhta est associée au village voisin de Soudja pour former la ville de Kiakhta, une municipalité du raïon. La municipalité s'étend sur37 438 hectares, et elle est limitrophe de la municipalité de Naouchki à l'ouest, de Khoronkhoï au nord-ouest, d'Oust-Kiakhta au nord et d'Oust-Kiran au nord-est. Au sud, elle est limitrophe de la Mongolie[2].
Limites communales entre Kiakhta et ses communes adjacentes.
La route se situe à l'extrémité de laroute fédérale A340 Kiakhta, route reliant la capitale régionaleOulan-Oudé à la ville et ainsi à laMongolie, la ville possédant un poste de contrôle frontalier.
Jusqu'en 1934, la ville était divisée en deux, à savoir Troïtskossavsk pour la forteresse et la ville officielle, ainsi que Kiakhta à 4 kilomètres le sud, qui était le bourg commercial. Troïtskossavsk tire son nom de laTrinité, car sa construction commença le jour de la Trinité, et du nom de son fondateur,Savva Vladislavitch, un Serbe originaire deRaguse. Quant au nom de Kiakhta, il dérive de la rivière Kiakhtou, dont son nom dérive du motmongol « Kia », aussi écrit « xiag » ou « khiag ». Ce mot désigne lechiendent (triticum repens), une plante qui croit en grande quantité dans l'endroit[3]. Les mots « ta(i) » ou « t(u) » qui composent la deuxième partie du mot sont deux formes ducomitatif en mongol, signifiant « avec. »[4].
Plan de la forteresse avec la rivière Kiakhta et le tracé de la frontière.
L'histoire de la ville est liée à l'expansion des Empires russe et chinois, qui atteignent leur expansion maximale au début duXVIIIe siècle. En effet, la Russie aconquis la Sibérie tandis que la Mongolie est passée sous domination de la Dynastie Qing depuis 1691. Les deux empires cherchent alors à tracer une frontière pour délimiter leur territoire. Un premier traité est signé à Boura, une localité à une vingtaine kilomètres de l'actuelle ville, le20 août 1727 (dans le calendrier grégorien), traité préliminaire autraité de Kiakhta. Ce dernier est signé le21 octobre 1727 (dans le calendrier grégorien), et délimite la frontière par des bornes frontières du Haut-Iénisseï à l'ouest jusqu'à la rivière Gorbitsa à l'est[5].
Le jour de laTrinité de 1727, à la suite de la signature du traité, commença la construction de Troïtskossavsk parSavva Vladislavitch, un Serbe deRaguse qui fut ambassadeur russe à Constantinople avant d'êtremis à la tête de l'ambasse envoyé Pékin à 1725[pas clair] pour fixer la frontière que letraité de Nertchinsk n'avait pas définie. Troïtskossavsk était une forteresse dotée de quatre bastions, trois portes d'accès et d'une palissade, ce qui lui permit de devenir le centre administratif. Selon le traité de Kiakhta, nul individu ne pouvait franchir la frontière sans des autorisations spéciales, mis à part à deux endroits de la frontière, à Curuxajtu et à Kiakhta. Ces deux postes commerciaux permettaient de remplir les volontés russes de pouvoir commercer, face à la Chine qui désirait une frontière étanche. Curuxajtu[b], sur la rive de l'Argoun près deNertchinsk, se situait dans une zone montagneuse, rendant la pratique du commerce difficile[6]. Ainsi à quatre kilomètres au sud de la forteresse de Troïtskossavsk apparut Kiakhta, la zone dévolue aux échanges commerciaux. Lors de sa fondation, Kiakhta fut entourée d'un rempart de bois avec six bastions ainsi que qu'un fossé. En 1730 s'ajouta du côté chinois de la frontière la ville deMaimatchine[7].
AuXVIIIe siècle, lesDzoungars se livrent à des raids en terre chinoise avant de trouver refuge en Russie, où les autorités rechignent à extrader ces derniers à la Chine. Face à ce contexte de raids et de menace, la Chine referme ses frontières à de multiples reprises. Le commerce est interrompu plusieurs jours en 1744, 1747, 1751, presque six mois en 1756 et 5 semaines en 1757. Cela entraîne un isolement de Kiakhta, tandis que Maimatchine en face se vide. En août 1757, le prince dzoungarAmoursana, gendre deGaldan-Tseren et qui avait appelé les Dzoungars à se rebeller contre la Chine en 1755, se réfugie àTobolosk. Il meurt là-bas de la variole en septembre, et sept mois plus tard, les autorités russes exposent le corps à Kiakhta[c], ce qui permet pour la Russie de dire qu'elle ne veut plus accueillir de réfugiés[8]. La Chine ferme à nouveau sa frontière pour des cas similaires plusieurs jours en 1759, totalement d'avril 1764 à juillet 1768, en 1775, d'avril 1778 à avril 1780, en 1785 et en 1792. En conséquence, les Russes exposent les cadavres à Kiakhta en face de la Chine, pour que la Chine voit les corps morts et rouvre ainsi sa frontière[8]. Les interruptions commerciales entraînaient des pénuries de thé chez les habitants de Transbaïkalie, Bouriates comme Russes et de fourrures à Pékin[9].
Au tout début duXIXe siècle, lemarché des fourrures s'épuise en Russie alors que le pays s'industrialise. Les produits échangés à Kiakhta sont des produits manufacturés russes comme le drap, qui constitue l'essentiel des exportations vers l'Empire du milieu, tandis que le thé devient, de loin, la principale exportation chinoise[12].
Kiakhta et son commerce étaient remarquables, car jusqu'autraité de Nankin en 1842, elle était la seule ville avecCanton où des échanges commerciaux étaient assurés entre un pays étranger et la Chine. De plus, c'était jusqu'autraité de Tien-Tsin de 1858 le seul point pour le commerce entre la Russie et la Chine. À partir du, la présence d'aucun étranger n'est autorisé du côté russe à Kiakhta, ce qui fait que la classe des marchands détient dans la ville un pouvoir considérable qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs dans l'Empire russe[13].
Les Empires russe et chinois voulaient réguler leurs réserves de métaux précieux, ce qui les avaient motivés à interdire la vente de marchandise contre de l'argent. Ainsi à Kiahta, le commerce reposait exclusivement sur le troc, le kitajka, une étoffe de coton, puis après 1800 le thé, servant d'unité de mesure pour les échanges. Mais à la suite de lapremière guerre de l'opium, la Chine nécessite d'importants besoins en métaux précieux pour verser les lourdes compensations auRoyaume-Uni. Les commerçant sont alors autoriser en 1854 de commercer avec de l'or et de l'argent, en 1855 avec des pièces de monnaies[13].
La ville de Kiakhta est à son apogée le centre du commerce de thé, dont la Russie est alors la plus grande consommatrice mondiale. Vers le milieu des années 1850, 90 % les importations à Kiakhta sont du thé, et la ville est surnommée le « royaume du thé »[14]. Le thé de Kiakhta était en concurrence avec le thé d'Odessa et celui directement importé par les pays occidentaux en Europe. Ainsi, le gouvernement tsariste qui se préoccupait du développement économique de la Sibérie et de son accès au commerce chinois, intervenait par décrets et règlements douaniers en faveur de Kiakhta et de son thé[15].
Au niveau politique, la période est marquée par l'arrivée d'idées révolutionnaires dans la population. Un groupe de l'intelligentsia se forme en 1903, et évolue pour donner en 1905 la branche de Troïtskossavsk duparti ouvrier social-démocrate. Lors de larévolution russe de 1905, l'intelligentsia locale soutient la grève politique panrusse de fin octobre 1905. Dans la ville ont lieu deux manifestations et un comité est fondé pour l'organisation des manifestations. Mais les membres de ce comité sont arrêtés en décembre 1905 et en janvier 1906 lors d'une vague répressive à l'échelle nationale. Le comité se reforme entre 1909 et 1911, quand les idées révolutionnaires se renforcent à nouveau, et leurs activités deviennent alors plus présentes[17].
La chute du régime tsariste à la suite de larévolution de Février entraîne à Kiakhta la transformation du comité local du POSDR en un organe exécutif des Soviétiques, répondant auSoviet de Petrograd. Un comité de Sécurité publique, représentant legouvernement provisoire est aussi formé au même moment, les deux voulant diriger la ville. En décembre 1917, une faction desbolcheviks du POSDR se forme dans la ville, dirigé par K.A. Maskov, venant d'une famille d'ouvriers et ayant étudié à Tchita et Kazan[18]. Face au comité du gouvernement provisoire, un soulèvement est organisé par les Soviétiques au sein de la garnison militaire de la ville, qui contenait environ 1 500 soldats et 200 cosaques sous les ordres de l'armée cosaque de Transnsbaïkalie. Ainsi le, le désormais soviet des ouvriers et soldats de Troïtskossavsk renversa le Comité de Sécurité publique, et la Douma muncipala transféra le pouvoir au Conseil des députés ouvriers et paysans[19].
Entre-temps le territoire voisin de la Mongolie, notamment ses zones frontalières, est devenu le lieu de formation de détachements desArmées blanches. Les détachements dans les régions deShaamar et deYeröö furent formés pour mener des raids sur la ville et sur d'autres villes frontaliers. Début août 1918, le village frontalier de Bolchaïa Koudara est occupé par le capitaine Nazdorovo dans l'objectif d'atteindre l'arrière du fond transbaïkal et ainsi menacer le pouvoir soviétique en Sibérie orientale. Cependant avec les commandants Tretiakov et Ragozine, la ville est protégée et les Gardes rouges sont repoussés vers la Mongolie[19].
En parallèle, lalégion tchécoslovaquerebellée progressait en Sibérie orientale, menaçant le pouvoir soviétique. Alors que de nombreuses régions de Sibérie avaient déjà été reprises par les Armées blanches et le Corps tchécoslovaque, les Soviétiques étaient toujours présents à Troïtskossavsk. Les forces partisanes de la ville étaient relativement importantes, avec les détachements de N.A. Kalandarichvili et de V. Rogozine. Ces derniers se limitaient à lutter contre les traîtres et anarchistes, ne souhaitant pas mener d'offensives envers les Blancs dans la région. Un groupe d'Armées blanches, le groupe de Lavrov, aussi nommée l'escouade internationale, composé d'environ 1000 soldats, la plupart des Hongrois anciennement retenus prisonniers de la Première Guerre mondiale près deVerkhnéoudinsk, tenta d'installer des détachements en Mongolie dans le but de permettre à leur groupe de rentrer dans leur pays par la Mongolie et la Chine. Il fallait pour cela passer par la ville de Troïtskossavsk, à la main en août 1918 des Soviétiques. Dans la nuit du 15 au 16 août 1918, une réunion des Soviétiques eut lieu pour élaborer un plan d'action face à l'approche des Armées blanches et des Tchécoslovaques. Les deux généraux, Nestor Kalandarichvili et Tretiakov, décidèrent d'évacuer la ville le soir-même vers Oust-Kiakhta, afin de traverser laSelenga en direction deTcheremkhovo[19].
La ville fut prise le 16 août par l'escouade internationale, bloquant les sorties de la ville et arrêtant entre 50 et 60 bolcheviks. Le, les unités des Armées blanches et des Tchécoslovaques rentrèrent à leur tour dans la ville lors d'une marche solennelle. Le millier de soldats approximatif de l'escouade internationale, déposa leurs armes à ces nouvelles troupes puisque leur chefGrigori Semenov leur avait promis leur retour dans leurs pays d'origine via la Mongolie. La nuit du 2 au 3 août fut marquée par des célébrations et des feux d'artifice. Mais ensuite, toute l'escouade internationale fut fusillée au cours de la même nuit, et des représailles suivirent contre les bolcheviks locaux. Certains bolcheviks furent abattus, d'autres arrêtés et transférés à Verkhnéoudinsk et Tchita. Plus de 300 personnes sont détenus dans l'ancienne prison municipale et dans un des bâtiments de la Caserne[20].
Dans la seconde moitié de 1919 est créée une nouvelle organisation bolchévique de manière clandestine. Les Soviétiques envoyèrent secrètement un certain N.P. Kalouguine, révolutionnaire expérimenté chargé de rétablir l'organisation. Les membres se réunissaient àMaimatchine en Mongolie pour éviter les répressions. La Caserne rouge fut transformée par Grigori Semenov en une prison, recevant à partir de la fin de septembre 1919 les prisonniers faits par Koltchak en Ourla et en Sibérie occidentale. C'était notamment des prisonniers dePerm,Koungour,Tcheliabinsk ou encoreZlatooust. Lorsque le mouvement partisan en Transbaïkalie a commencé à s'effondrer, l'ataman Semenov ordonna la liquida de tous les prisonniers de Transbaïkalie. Entre le 26 décembre 1919 et le 9 janvier 1920 se déroule ainsi la Tragédie de la Trinité, où entre 1 500 et 1 600 prisonniers[d] furent abattues dans la Caserne rouge par groupes[21].
L'époque contemporaine a été marquée par les tentatives des autorités de restauration l'aspect historique de la ville tout en lui assurant un développement socio-économique. Dans le cadre du programme fédéral du développement du tourisme intérieur de 2011 à 2018, un cluster touristique a été créé à Kiakhta. Pour ce même programme sur la période 2019-2024, la reconstruction historique de la localité historique a été commencé. Cette reconstruction s'appuie sur certains bâtiments toujours existant, tels que la douane historique et les Galeries commerciales, et sur les photographies d'époques, notamment celles de la forteresse de Kiakhta[17].
Quinze concurrents étaient en lice pour l'élection maïorale de 2023, mais la bataille s'est jouée principalement entre Aleksandra Protassova deRussie unie et Igor Lesnoï deRussie juste. Protassova a gagné l'élection en recueillant 1 104 voix, en légère avance sur Lesnoï qui a reçu 1 033 voix[22].
En 2018, la ville de Kiakhta enregistrait sur son territoire 542 entités économiques, réparties entre 93 institutions et entreprises et 449 auto-entrepreneurs[17].
Du fait de son patrimoine, Kiakhta est membre de l'Association des petites villes historiques de Russie, de l'Union russe des villes et régions historiques et de l'Association des villes de Sibérie et d'Extrême-Orient[2].