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| Naissance | (47 ans) Fécamp (France) |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Profession | Réalisatrice Scénariste Actrice |
| Films notables | Victoria Sibyl Anatomie d'une chute |
Justine Triet, née le àFécamp (Seine-Maritime), est uneréalisatrice,scénariste etactricefrançaise.
Issue d'une nouvelle génération de réalisatrices reconnues, parmi lesquellesSofia Coppola,Maïwenn,Rebecca Zlotowski,Alice Winocour ou encoreGreta Gerwig, Justine Triet commence sa carrière en réalisant plusieurs documentaires, puis le court métrageVilaine Fille, mauvais garçon, primé à laBerlinale 2012. Deux ans plus tard, son premierlong métrageLa Bataille de Solférino, présenté à l'ACID lors duFestival de Cannes 2013, connaît un important succès critique qui l'impose dans lepaysage cinématographique francophone et lui vaut une nomination auCésar du meilleur premier film. Cette reconnaissance se poursuit avec la comédieVictoria, lancée à laSemaine de la critique àCannes, qui lui vaut deux nouvelles nominations auxCésar, puis avecSibyl en 2019.
Quatre ans plus tard, elle connaît un succès mondial grâce à sonfilmAnatomie d'une chute, qui remporte laPalme d'or auFestival de Cannes 2023. Elle devient ainsi la troisième femme de l'histoire du festival à recevoir cette récompense, et la première réalisatrice française nommée à l'Oscar de la meilleure réalisation. Le film est également distingué par sixCésar, deuxGoldens Globes, unLumière, troisPrix du cinéma européen, unGoya, ainsi que l'Oscar du meilleur scénario original en 2024.
Née le àFécamp, enSeine-Maritime, d'où sa famille paternelle est originaire[1], Justine Triet grandit àParis. Son père est souvent absent, et sa mère travaille et élève trois enfants, dont deux qui ne sont pas les siens[2],[3].
Elle est diplômée de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, où elle avait initialement passé le concours dans l'intention de devenirpeintre[4]. Après deux années d'études, elle se consacre à lavidéo et aumontage[3]. Elle s'oriente plus tard vers le cinéma, se jugeant alors trop âgée pour présenter le concours deLa Fémis[5].
Après ses études, elle réalise une série dedocumentaires dont :

Lors de laBerlinale 2012, Justine Triet reçoit le prix EFA du meilleur film européen, décerné par un jury présidé par le réalisateur britanniqueMike Leigh pour soncourt métrage intituléVilaine Fille, mauvais garçon. Le film met en scène la rencontre[9] et la relation d’un peintre sans le sou et d’une comédienne, confrontés à divers bouleversements[10],[11]. Il met notamment en vedetteThomas Lévy-Lasne,Laetitia Dosch etSerge Riaboukine. Le court métrage reçoit également le Grand prix aufestival Premiers Plans d'Angers2012[12] ainsi qu’aufestival du film de Belfort - Entrevues[13],[14].
Son premierlong métrage,La Bataille de Solférino, est remarqué par la critique, bien qu'il ne rencontre pas de succès commercial. L'intrigue se déroule le, jour du second tour de l'élection présidentielle française. L'héroïne, une journaliste incarnée par Laëtitia Dosch, travaille pour la chaîne d'information en continuI-Télé[15] et couvre l'évènementrue de Solférino, devant le siège duParti socialiste, qui gagne l'élection en direct. Le film, tourné principalement sur les lieux réels, explore l'impact d'un rassemblement de masse sur l'individu en pleine crise personnelle. Il est décrit comme montrant« à quel point un rassemblement peut être oppressant et même violent, surtout quand l'individu noyé dans la masse est en plein drame personnel »[15].
Le film comporte un petit rôle interprété par le compagnon de la réalisatrice, lui-même cinéaste, dans le rôle d'un homme appelé à l'aide par le père des enfants pour rester dans l'appartement. Le film connaît une diffusion en salles limitée, totalisant 30 951 entrées[16].
AvecAntonin Peretjatko,Guillaume Brac,Sébastien Betbeder,Djinn Carrenard ouVincent Macaigne, Justine Triet fait partie d'une génération de jeunes cinéastes français mise en avant parStéphane Delorme dans lesCahiers du cinéma en. Elle est révélée aufestival de Cannes 2013[17],[18],[19], où elle présente pour la première fois dans la programmation de l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID).
Victoria constitue son premier succès en salles, avec 700 000 entrées en 2016[20]. Le film met en scène une jeune avocate amenée à défendre un ami soupçonné d'avoir blessé sa compagne d'un coup de couteau. Débordée par son travail, elle engage un ancien dealer récemment sorti d'affaire comme homme au pair pour s'occuper de ses deux filles. Parallèlement, elle découvre que son ex-compagnon a publié en ligne un récit librement inspiré de leur histoire commune, l'accablant de tous les maux.
Victoria fait l'ouverture de la 55eSemaine de la critique aufestival de Cannes 2016. Il est nommé à cinq reprises auxCésars 2017[3], notamment dans la catégorie du César du meilleur film.Vincent Lacoste, pour le rôle de Sam, etMelvil Poupaud, pour le rôle de Vincent, sont tous deux nommés pour leMeilleur acteur dans un second rôle.
AuFestival de Cannes 2019,Sibyl est sélectionné en compétition officielle[21]. Le scénario du film est coécrit par Justine Triet et son compagnonArthur Harari[a]. L'actrice allemandeSandra Hüller y interprète Mikaela « Mika » Sanders, une réalisatrice.
Le film suit le parcours de Sibyl, unepsychothérapeute incarnée parVirginie Efira, qui décide de revenir à sa première passion : l’écriture. Elle trouve une source d'inspiration dans sa nouvelle patiente, une jeune actrice instable. En s'impliquant de plus en plus dans la vie tumultueuse de cette dernière, Sibyl est confrontée à ses propres souvenirs douloureux. Le film met également en scène sa sœur, dont les reproches accentuent sa fragilité psychologique[22].
Sibyl est présenté par certains médias comme une« révélation du Festival de Cannes » et salué pour avoir su« montrer enfin les femmes dans toute leur complexité »[23] à travers« le portrait d'une femme complexe et multidimensionnelle », qui est« à la fois sûre d'elle et pas du tout »[23]. Il est perçu comme poursuivant un axe récurrent dans l'œuvre de la cinéaste :« les héroïnes de Justine Triet semblent toujours porter le monde à bout de bras[23] », une caractéristique déjà observée dans ses précédents films[23].
Il s'agit de son premier film tourné en décor naturel, sur l'île volcanique italienne deStromboli. Le choix du lieu fait écho au filmStromboli deRoberto Rossellini (1950), considéré comme un classique dunéoréalisme italien, et avec pour« idée de se servir de ce décor pour faire exploser tout le film ».

En2023, Justine Triet devient la troisième femme et la deuxième française à recevoir laPalme d'or auFestival de Cannes, après la néo-zélandaiseJane Campion pourLa Leçon de piano en 1993 et la françaiseJulia Ducournau pourTitane en 2021[24],[b].
Son filmAnatomie d'une chute est une« dissection chirurgicale d’une relation de couple » autour du procès d'une écrivaine accusée d'avoir tué son mari, retrouvé mort après une chute depuis le grenier de leur chalet situé dans un village de la vallée de laMaurienne, enSavoie. Le film, coécrit avecArthur Harari[26], met en scène l'actrice allemandeSandra Hüller dans le rôle principal, aux côtés deSwann Arlaud,Antoine Reinartz etSamuel Theis.
La réalisatrice confie être« devenue incollable sur lejuge des libertés, grâce à l'aide d'un ami avocat et cinéphile[27] », quand la trame, inspiré de faits divers, est dévoilée dans une enquête duMonde[27]. Le quotidien souligne« une atmosphère à double fond, vénéneuse[27] », lors de la première projection du film à Cannes le. Le film arrive alors en tête du classement des critiques publié parScreen International, à égalité avecMay December deTodd Haynes[28].
En raison du règlement du festival, qui interdit de cumuler plusieurs prix pour un même film, Sandra Hüller, n'obtient pas leprix d'interprétation féminine, bien que plusieurs critiques l'aient envisagé[29].
Lors de la remise de la Palme d’or, Justine Triet dédie son prix aux« jeunes réalisatrices et réalisateurs » et appelle à leur« donner une place dans ce monde »[30] et à défendre le système de financement public du cinéma, qu'elle juge essentiel[31].
Cette Palme d'or est saluée dans la presse internationale comme la troisième décernée à une femme en 76 éditions du Festival. Plusieurs titres, dont leLos Angeles Times, relèvent que la proportion de réalisatrices est plus élevée en France que dans de nombreux autres pays, notamment lesÉtats-Unis[32]. Le magazineVariety souligne qu’un tiers des films en compétition cette année-là ont été réalisés par des femmes[32].

En, Justine Triet reçoit aux États-Unis, lors de la cérémonie desGoldens Globes, le prix dumeilleur scénario et celui dumeilleur film en langue étrangère pourAnatomie d'une chute.
Le film devient, fin, le plus grand succès commercial du cinéma français sur le marché nord-américain pour l'année en cours[33]. Il devient également le dixième long métrage français à concourir pour l’Oscar du meilleur film[34], aprèsLa Grande Illusion deJean Renoir,Z deCosta-Gavras,Tess deRoman Polanski,Atlantic City deLouis Malle,Le Pianiste de Roman Polanski,The Artist deMichel Hazanavicius,Amour deMichael Haneke,The Father deFlorian Zeller etCoda deSian Heder[35],[36].

Lors de la96e cérémonie des Oscars, Justine Triet reçoit l'Oscar du meilleur scénario original.
En, elle fonde sa société de production, JT Films[37].
Justine Triet vit à Paris avec son compagnon, le réalisateur et scénariste françaisArthur Harari, qu'elle a rencontré au Brive Festival en 2007, et leurs deux filles[38].
Justine Triet revendique notamment l'influence deJohn Cassavetes, en particulier de son filmOpening Night, ainsi que celle deJames L. Brooks et de son long métrageTendres Passions, drame récompensé par cinqOscars, dont celui dumeilleur film, avecShirley MacLaine etJack Nicholson[39],[40].
Elle cite égalementRichard Fleischer (Compulsion,The Boston Strangler) pour leur mélange de maîtrise formelle et de spontanéité documentaire[40].
Triet mentionne aussi des œuvres procédurales commeKramer vs. Kramer etAnatomy of a Murder, ainsi que le filmGone Girl deDavid Fincher[40].
Elle évoque enfinMarriage Story (Noah Baumbach) pour son approche du jeu d'acteurs et de la psychologie des personnages[40].
En recevant laPalme d'or en 2023, près de quinze ans après ses débuts, elle déclare qu'il était alors« encore possible de se tromper et de recommencer »[29].
Lors de son discours de remerciement àCannes, Justine Triet dédie saPalme d'or aux jeunes réalisateurs, ajoutant un propos engagé sur l'état de la culture en France[41],[c]. Elle défend le système d'aides publiques au cinéma, mis en place après 1946 etrenforcé dans lesannées 1980[42],[43],[44],[45], en s'inquiétant de la « marchandisation de la culture que legouvernementnéolibéral défend »[46]. Elle affirme que cette orientation« est en train de casser cetteexception culturelle française[43],[47] […] sans laquelle je ne serais pas là aujourd'hui devant vous[47]. » Ce discours fait allusion au rapportCalvez-Magne[d] et à la politique deDominique Boutonnat, président du CNC[e],[f].
Elle apporte également son soutien aumouvement social contre la réforme des retraites en France de 2023, qu’elle considère comme ayant été« nié et réprimé de façon choquante »[50].
Dans la même soirée, la ministre de la CultureRima Abdul Malak réagit surTwitter en se disant « estomaquée »[47], soulignant que le film a été financé par des aides publiques. Le lendemain, elle qualifie à nouveau le discours d'« ingrat et injuste »[51], avec selon elle un « fond idéologique d'extrême gauche ».
Alors que le présidentEmmanuel Macron avait« promptement félicitéJulia Ducournau en2021 »[52], son silence plusieurs jours après la remise Palme d’or à Justine Triet suscite un « certain malaise »[53],[54],[55]. Elle reçoit cependant le soutien de laSociété des réalisatrices et réalisateurs de films et les félicitations de laSociété civile des auteurs, réalisateurs et producteurs[réf. nécessaire].
Maxime Saada, président dugroupe Canal+, exprime ses inquiétudes concernant la place accordée auxplateformes de vidéos en ligne, qui, selon lui, consacrent la« quasi-totalité de leurs 20 % d’obligations au financement deséries télévisées et au détriment du cinéma[52] ». Il critique la ministre pour leur avoir permis cette orientation et regrette qu'« aucune n'a souhaité signer un accord avec les organisations du cinéma français, à l’exception notable deNetflix[52]. »
Invitée de l'émissionQuotidien surTMC, Rima Abdul Malak indique ne pas avoir évoqué ce discours avec Emmanuel Macron. Face à ce silence, des députésLFI commeSarah Legrain dénoncent un manque de reconnaissance politique[réf. nécessaire].
Le compte Instagram de Justine Triet est ensuite visé par« des dizaines de commentaires à la violence défiltrée »[56] à la suite d'éditoriaux[57],[58], eux-mêmes dénoncés[56], certains jugés agressifs par descritiques de cinéma qui prennent sa défense[31]. Ils rappellent notamment le principe de réserve attendu des représentants de l'État lors des cérémonies récompensant les artistes[56].
Les propos de la réalisatrice sont également soutenus parAurélie Filipetti, ancienne ministre de la Culture[59] et par des élus de gauche[60],[43] qui dénoncent un chantage implicite aux aides publiques[45] qu'ils synthétisent en « prends le fric et tais-toi »[41]. L’écrivainNicolas Mathieu (prix Goncourt 2018) réagit en déclarant : « La main qui nourrit les artistes n’est pas la vôtre. C’est celle de la communauté nationale »[41].
Pierre Lescure, ancien président du Festival de Cannes (2014-2022), rappelle que les aides sont décidées par des commissions indépendantes[43] et cite les discours engagés deBertrand Tavernier en 1997 ouKen Loach en 2016[61],[g], également tenus lors de cérémonies officielles.
Enfin, laCGT remet à Justine Triet la « Palme Rouge 2023 » pour son discours engagé prononcé lors du festival[65].
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