Ne pas être juif et avoir apporté une aide, dans des situations où les Juifs étaient menacés de mort, au risque de sa propre vie et de celle de ses proches.
« Juste parmi les nations » (enhébreu :חסיד אומות העולם,Hasid Ummot Ha-'Olam, littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression dujudaïsme tirée duTalmud (traitéBaba Batra, 15 b).
En 1953, laKnesset (parlement d'Israël), en même temps qu’elle créait àJérusalem le mémorial deYad Vashem consacré aux victimes de laShoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre deJuste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem. Au, 28 217 Justes[1] parmi les nations de 51 pays ont été honorés ; laPologne, lesPays-Bas, laFrance, l'Ukraine et laBelgique sont les pays dont les citoyens ont été le plus médaillés[2].
Chaque Juste reçoit unemédaille qui porte cette citation du Talmud : כל המקיים נפש אחת, כאילו קיים עולם מלא (kol hameqayem nefesh ahat, ke'ilu qayam 'olam male, « quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier[3] »).
Dans la tradition dujudaïsme, la plupart des préceptes et obligations contenus dans laTorah ou dans ses commentaires s’imposent seulement auxJuifs, étant hérités de leurs ancêtres qui furent volontaires pour cette charge. Ces obligations sont détaillées dans les613 Commandements (mitzvot) de laTorah.
Lesnon-Juifs ont à suivre des principes éthiques moins détaillés et beaucoup moins nombreux. Au sens large, tout non-Juif qui observe les « lois noahides », ou « sept commandements », est reconnu en tant que « Juste » (en hébreuTsadik) et est assuré d’une récompense divine. Par exemple, dans les écritures juives,Job représente parfaitement ce type de personne, de même queMelchisédech ou mêmeCyrus II le Grand, tous trois non-Juifs[4].
D’autres normes sont considérées par lesrabbins comme importantes, mais seules ces sept lois, supposées avoir été édictées au temps dupatriarcheNoé parDieu pour toute l’humanité, sont impératives.
D’après l’enseignement rabbinique, les sociétés qui s’écartent délibérément de ces prescriptions ne survivront pas, comme le montre l’épisode biblique deSodome etGomorrhe. Chaque société n’est ainsi maintenue par Dieu que pour leBien des « Justes » vivant en son sein.
« Le terme de « juste »,tsaddik enhébreu, est le plus haut titre de vertu biblique », à l'image encore de Noé qui a sauvé le genre humain et de nombreuses espèces animales[4].
Leshasidé ha-olam, ou « pieux des nations », nommés dans laMishna et leTalmud, sont lesnon-Juifs « craignant Dieu », et, pourMaïmonide, tous ceux qui respectent les lois de Noé et se conduisent avec justice[7],[4]. L’expression se retrouve dans leZohar et dans lalittérature médiévale, où sont désignés ainsi ceux qui font preuve de bienveillance à l’égard des Juifs[7].
Depuis leXIe siècle, leAv ha-Rahamim (« Notre Père de miséricorde ») comporte uneprière pour tous les « justes du monde » (צַדִּיקֵי עולָם,tsaddiqé ha-olam)[7].
Après la fin de laSeconde Guerre mondiale, dans les années 1950, prend corps enIsraël la volonté de commémorer lesmartyrs de laShoah. En, le gouvernement israélien dépose à laKnesset un « projet de loi sur la commémoration des martyrs et des héros -Yad Vashem ». C’est lors de débats, par un amendement au projet, qu’est ajoutée une référence aux « Justes parmi les nations », non-Juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des Juifs. La notion deJuste entre dans lechamp légal et politique par la loi du, au dernier alinéa de l’articleI fixant les thèmes d’action du mémorial.
Mais ce n’est qu’à partir de 1963, comme une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann àJérusalem qui entend faire la lumière sur les comportements pendant la guerre et distingue entre les attitudes des différents pays, institutions et communautés, ceux qui ont agi pour sauver des Juifs, que Yad Vashem enclenche une politique active d’identification de ces « Justes »[8].
Yad Vashem estime que l’hommage rendu aux Justes parmi les nations revêt une significationéducative etmorale[9] :
Israël a l’obligationéthique de reconnaître, d’honorer et de saluer, au nom dupeuple juif, lesnon-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin ;
les actes des Justes prouvent qu’il était possible d’apporter au moins une aide aux Juifs. L’argument selon lequel l’appareilterroristenazi paralysait les initiatives contraires à la politique officielle est démenti par l’action de milliers de personnes de tous les milieux et dans tous les pays, qui ont aidé les Juifs à échapper à la « Solution finale ».
Yad Vashem a érigé un monument au Juste inconnu dans l’allée des Justes, car il est quelquefois difficile de retrouver des traces de certaines tentatives de sauvetage : les informations sont rares et l’identité du sauveteur demeure inconnue. Certains sauveteurs ont été assassinés avec leurs protégés juifs ; dans d’autres cas, personne ne s’est jamais présenté pour témoigner[10].
Depuis 1963, une « commission d'hommage », présidée par un Juge de laCour suprême d'Israël, a été créée pour décerner le titre de « Juste parmi les nations ».
La commission respecte des critères précis et s’appuie sur une documentation méthodique reposant principalement sur lestémoignages directs. Les dossiers permettant d’établir la reconnaissance d’un Juste doivent établir, avec plusieurs témoignages concordants, des faits probants tels que :
le fait d’avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort ou dedéportation vers lescamps de concentration ;
le fait d’avoir été conscient qu’en apportant cette aide, le sauveteur risquait sa vie, sasécurité ou saliberté personnelle, lesnazis considérant l’assistance aux Juifs comme uncrime ;
le fait de n’avoir recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’aide apportée[11].
Une personne reconnue comme un « Juste » se voit octroyer unemédaille à son nom, un certificat officiel et son nom est gravé sur le « Mur d’Honneur » dans le « Jardin des Justes » àYad Vashem. Cette inscription remplace la plantation d’unarbre faute de place dans le mémorial. Ces symboles sont remis au « Juste » ou à ses représentants lors de cérémonies publiques.
Un Juste reçoit en outre un versementmensuel au niveau dusalaire moyen d’Israël. Diverses aides sanitaires etsociales lui sont accordées ainsi qu’à son époux(se). Le « Juste » qui est en difficulté - où qu’il réside - sera aidé par La « Fondation juive pour les Justes », établie àNew York (États-Unis) créée à cet effet. LeFondsAnne Frank, établi àBâle (Suisse) prend en charge tous frais médicaux. Les « Justes » établis en Israël (57 personnes et leurs familles) reçoivent unepension d'État[11].
Les lois de Yad Vashem autorisent« à conférer la citoyenneté honoraire aux Justes parmi les nations et, s’ils ont disparu, la citoyenneté commémorative de l’État d’Israël en reconnaissance de leurs actions ».
Au, 22 765 personnes, incluant les membres de la famille qui ont partagé les risques du sauvetage des Juifs, ont été reconnues Justes, représentant plus de 8 000 actions de secours authentifiées de par le monde.
La politique de Yad Vashem est de poursuivre ce programme tant que des demandes de reconnaissance étayées par des preuves lui seront transmises.
L’octroi de cette distinction doit honorer des actions incontestables, prouvées, largement individuelles hormis quelques exceptions comme le village français duChambon-sur-Lignon, le village néerlandais deNieuwlande, le réseaupolonais d'aide aux JuifsŻegota ou laRésistancedanoise. La difficulté de trouver des témoignages directs ou le caractère diffus de certaines actions réduisent le nombre des « Justes » identifiables[12].
Comme le précise le site de la section française de Yad Vashem, le livre des Justes ne sera jamais fermé, car nombreux sont ceux qui resteront anonymes[13], faute de témoignages. De plus, de nombreuses actions ont été effectuées par des réseaux très variés, des actions successives de faible portée menées par de nombreuses personnes, assistées par une très large « complicité passive ».
Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc Raoul Wallenberg (Budapest), sur lequel sont inscrits les noms de Justes.
AuxPays-Bas, trois groupements ont reçu l'honneur de Yad Vashem : le village deNieuwlande ; l'ensemble des participants de la grève des 25 et 26 février 1941, entre quarante et cinquante mille personnes (ce fut la première grève contre la déportation des Juifs en Europe occupée) ; le groupe clandestin desrésistants, connu commeNV (signifiant « société anonyme »), qui se consacrait ausauvetage despetites filles juives (environ deux cents, qui ont toutes survécu à laguerre).
Le « village de Justes »,Le Chambon-sur-Lignon, dont la population comptait trois mille habitants à l'époque, a été honoré collectivement pour avoir sauvé entre trois et cinq mille Juifs.
Żegota (nom de code de la Commission d’aide aux Juifs (Rada Pomocy Żydom) – organisation clandestine résistante de l'Armia Krajowa active lors de laShoah en Pologne entre 1942 et 1945) a sauvé environ 75 000 Juifs polonais et délivré plus de soixante millefausses identités et documents pour dissimuler les Juifs dans la population. Appuyée notamment par de nombreuses communautés religieuses, elle opérait dans la Résistance intérieure sous la tutelle duGouvernement polonais en exil.
Le Comité de défense des Juifs, enBelgique, a assuré la protection de quatre mille enfants entre 1942 et 1944 (Andrée Geulen en est la figure la plus connue).
Au, le nombre de Justes parmi les nations s'élève à 28 217[14]. « Les Polonais (les plus nombreux : ils furent parmi les mieux informés sur la Shoah), les Néerlandais, les Français, les Ukrainiens et les Belges représentent plus des trois quarts des médaillés »[4].
Les chiffres ci-dessous tiennent compte desÉtats actuels et non des États existant au moment des faits (Tchécoslovaquie : 688,Roumanie : 139,Yougoslavie : 314,URSS : 4 552). Par ailleurs, dans les pays où ladémocratie et laliberté de l’information manquent ou ne sont apparus que récemment, les rescapés ont eu du mal à retrouver leurs sauveteurs, ceux-ci n’ont pas souvent osé rechercher les personnes qu’ils avaient aidées, et l’existence deYad Vashem n’a été que tardivement connue, et plutôt en milieu urbain que rural.
Dont la famille Veseli. L'Albanie, pays à majorité musulmane, a sauvé la quasi-totalité de sa population juive résidente, soit environ 2 000 personnes[15],[16],[17].
Dont Henry Christen et Ellen Margrethe Thomsen[34]. LaRésistance danoise veut que les personnes ayant sauvé des Juifs ne soient pas listés individuellement mais commémorés comme un seul groupe (voir par exempleClub de couture d'Elseneur)[35].
Dont la princesseAlice de Battenberg, princesse de Grèce et du Danemark[48]. Elle est l'une des deux seules princesses européennes à avoir reçu ce titre.
Parmi les quatre mille deux cents six Justes honorés enFrance[89], différents groupes sont mis en exergue. Undictionnaire des Justes de France, comportant plus de deux mille noms, a été publié en 2003[90],[91]. L’analyse de ces noms montre une très grande diversité des conditions sociales et des métiers, avec cependant une prédominance notable de femmes (60 % des occurrences)[12]. Le premier Juste parmi les nations nommé en France en 1964 est le pèreJean Fleury, connu pour son action auprès des Juifs et des Tziganes ducamp de la route de Limoges[92],[93].
Quelques-uns des « Justes » plus connus montrent également qu’ils relèvent d’origine et de condition très diverses.
Varian Fry, qui, depuisMarseille, a aidé plus de deux mille Juifs et militants antinazis (en particulier des intellectuels) à gagner lesÉtats-Unis.
Carl Lutz, vice-consul deSuisse àBudapest, qui a fourni les papiers qui permirent à soixante-deux mille Juifs d'échapper aux nazis, soit la plus vaste opération de sauvetage de la Seconde Guerre mondiale.
L’abbéAntoine Corriger, curé deChaumontel, enVal-d'Oise, qui a caché une quinzaine d’enfants et adultes juifs dans les sous-sols des locaux paroissiaux.
Le pasteurEdmond Evrard, qui est venu en aide aux Juifs réfugiés àNice, ainsi que le pasteur Pierre Gagnier et son épouse Hélène, opérant au sein duRéseau Marcel.
Le colonelHenryk Woliński, juriste et soldat polonais de l'Armia Krajowa, cofondateur de Żegota, qui a caché vingt-cinq Juifs à son domicile et en a aidé deux cent quatre-vingts autres.
Edouard Vigneron[100], chef du service des étrangers de la police deNancy, Pierre Marie[101] et trois collègues policiers (Charles Bouy[102], François Pinot[103] et Charles Thouron[104]) ont reçu la Médaille pour avoir fait échouer larafle de Nancy et sauvé plus de trois cent cinquante personnes.
La liste des soixante-quatre policiers et gendarmes français distingués a été publiée par la Société française d'histoire de la police[105].
Rolande Birgy, résistante française qui a fait passer des enfants juifs en Suisse.
Maria Kotarba, appeléeange d'Auschwitz, courrier du mouvement de RésistanceArmia Krajowa puis prisonnière politique internée aucamp d'Auschwitz, qui a fourni vivres et médicaments aux femmes juives du camp.
Marie Bouffa, membre de la Résistance belge, qui a, entre autres, hébergé une famille juive de sept personnes.
Yvonne Hagnauer, institutrice, féministe et syndicaliste résistante, qui a protégé de nombreux adultes et abrité une soixantaine d'enfants orphelins àSèvres (jusqu'à 70 % de ses pensionnaires d'internat en 1942). titrée le 10 septembre 1974[108].
Renée Jacqmotte, éducatrice belge, a caché ou placé 25 enfants juifs et une famille.
Aimée Lallement, institutrice, militante associative et politique française, qui a adopté l’enfant qu’elle avait sauvé.
Madeleine Michelis, professeur agrégé au lycée d’État de jeunes filles d'Amiens de 1942 à 1944 et résistante (elle a protégé des élèves juives dulycée Victor Duruy à Paris, où elle enseignait en 1941, et a hébergé puis fait passer en zone non occupée Claude Bloch, fille de l'architecte Jean-André Bloch[109]).
Madeleine Sorel, éducatrice belge, nommée Représentante de tous les Justes parmi les Nations de Belgique en 1994.
Olga Zawadzka, enseignante et catéchiste polonaise qui a sauvé la vie à trois jeunes juives, dont Noe Livne.
Amédée et Jeanne Jouan, Amédée Jouan, instituteur et secrétaire de mairie, sa femme Jeanne, institutrice elle aussi et leur fils Michel né en 1933 habitaient àNailhac (Dordogne). En février 1943, ils ont accueilli en leur domicile une famille juive, et fabriqué 43 fausses pièces d'identité dans le but de sauver des vies[110],[111].
Mieczysław Fogg, musicien et chanteur polonais, qui a caché à son domicile àVarsovie des familles et amis juifs.
Marianne Golz, chanteuse d'opéra allemande, cache des familles juives dans sa maison dePrague et, après son arrestation, arrive à faire libérer ses associés en prenant toute la responsabilité de cette action.
Hermann Friedrich Graebe,ingénieur allemand, qui a été à partir de 1941 directeur régional d'une entreprise de construction de Solingen dans l'Ukraine occupée par les Allemands.
Jan Żabiński, directeur du Parc zoologique deVarsovie, résistant et militaire de l'Armia Krajowa, qui a caché des centaines de Juifs sur le terrain du parc.
Mohammed Helmy, médecinégyptien àBerlin, qui a pris des risques personnels pendant trois ans afin de sauver une famille juive et qui est le premierarabophone à être honoré de la sorte[113],[114].
Tadeusz Pankiewicz,pharmacien polonais qui a activement aidé les Juifs dughetto de Cracovie. Sa pharmacie était située dans le ghetto. Il a été l'un des derniers non-Juifs à rester dans le quartier et à tenir ouverte sa pharmacie jusqu’au jour de la liquidation[115].
Isaure Luzet, pharmacienne à Grenoble, membre des réseaux de résistance Périclès et Mathilda, aide au sauvetage d'enfants juifs en lien avec le couvent deNotre-Dame-de-Sion de Grenoble.
Georges Lauret, chef du service de la maternité de l'hospice général de Rouen, qui garda dans son service Linda Ganon et ses deux filles de janvier 1943 à août 1944.
Anne Beaumanoir, étudiante en médecine bretonne, alors âgée de 21 ans, sauve deux enfants juifs d'une rafle en janvier 1944.
Gino Bartali,cyclisteitalien vainqueur notamment desTours de France1938 et1948. Membre d'un réseau financé et abrité par le Vatican, il a contribué au salut de huit cents Juifs en transmettant des documents falsifiés qu'il cachait dans la selle et le guidon de son vélo.
La PrincesseHélène de Grèce, reine-mère deRoumanie, qui a participé au sauvetage de nombreux Juifs et opposants alors qu'elle représentait un régime allié des nazis.
Madeleine Steinberg née White (1921-2008) : cette élève duCollège Sévigné durant les années 1930 a contribué à sauver plusieurs Juifs (hommes et femmes), en provenance dughetto de Varsovie, internés, comme elle, aucamp de Vittel. Elle est reconnue Juste parmi les Nations le 25 août 2013. Cérémonie auCollège Sévigné le 11 juin 2014[121].
Comme dans d’autres pays européens, laFrance a connu des actions visant à aider lesJuifs[13], certaines actives, d’autres traduisant une capacité diffuse et assez répandue de « désobéissance civile » chez les Français.
La diversité des actions de sauvetage, enzone libre comme enzone occupée, la propension des laïcs et des religieux à ne pas exécuter les lois duRégime de Vichy et les exigences desautorités allemandes, la relativité de l’application des décisions gouvernementales sont révélatrices de cette attitude qui a débuté dès 1940, avant les rafles de l’été 1942. Désobéir, c’était, à certains moments, prendre des risques pour ne pascollaborer et pour tenter de sauver autrui.
En France, 4 206 personnes ont été formellement identifiées commeJustes parYad Vashem (chiffre janvier 2022[14]). Mais un bien plus grand nombre, probablement, a dû agir pour sauver de ladéportation les trois quarts des Juifs qui résidaient alors en France : en, la France comptait environ 300 000 Juifs se répartissant ainsi : 110 000 français depuis plusieurs générations, 70 000 naturalisés français et 120 000 étrangers etapatrides ; à ceux-ci s’ajoutèrent en près de 40 000 réfugiés Juifs deBelgique, desPays-Bas et duLuxembourg qui avaient fui sous le choc de l’invasion allemande ; sans oublier les Juifs allemands, expulsés d’Allemagne en France par les nazis après l’armistice de 1940, dont 6 538 Juifs duPays de Bade, dudistrict du Palatinat et deSarre ; nombre d’entre eux furent internés auCamp de Gurs[122]. 75 721 Juifs[123] furent déportés et 2 560 revinrent des camps[124].
La notion de « Justes de France » apparaît dans une proposition de loi deJean Le Garrec (groupe socialiste), déposée le et qui n’a pas abouti. Elle prévoyait la création d’un titre de « Juste de France » témoignant d’actions accomplies durant la période duRégime de Vichy pour recueillir, protéger ou défendre des personnes menacées de l’un des crimes définis par lesarticles 211-1 à 213-5 ducode pénal français (génocide,crime contre l’humanité).
Le titre de « Juste de France » aurait été décerné par une commission nationale créée à cet effet et qui aurait vérifié que les personnes concernées répondaient aux conditions fixées par le texte (avoir procuré, au risque conscient de sa vie ou de son intégrité corporelle, spontanément et sans espoir de contrepartie, une aide véritable à une personne se trouvant en situation de danger ou de péril immédiat). Cette proposition de loi n'aboutit pas.
Sont donc désignées Justes de France les personnes ayant reçu le titre de « Juste parmi les nations », délivré par la commission israélienne deYad Vashem aux protecteurs des seulsJuifs (et non à ceux des autres victimes de persécutions raciales, comme lesTsiganes)[125] et qui ont agi en France.
Néanmoins, les Français ayant secouru des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et restés des « Justes » anonymes[13] sont honorés comme les « Justes parmi les nations » par une inscription dans la crypte duPanthéon deParis, en tant que Justes de France.
Le titre de « Justes parmi les nations » a été décerné à cette date à 2 725 Français, dont 240 encore en vie. Plusieurs dossiers sont en cours d’instruction. À cette occasion, le Président de la République prononce un discours rappelant le refus de l’indifférence et de l’aveuglement face à l’attitude haineuse et revancharde duRégime de Vichy[126]. La date du 18 janvier correspond à l’anniversaire de l’entrée des troupessoviétiques dans le camp d’Auschwitz.
La cérémonie au Panthéon de Paris le.
On peut lire sur le mur de la crypte le texte suivant :
« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. »
Plaque commémorative des Justes parmi les Nations, au Mémorial de la Shoah à Paris.
Le Mémorial de la Shoah, auquel laFondation pour la Mémoire de la Shoah apporte un soutien financier permanent, a réalisé, à proximité du Mur des Noms où sont gravés les noms des 76 000 Juifs déportés de France, un « Mur des Justes », sur le mur extérieur du mémorial, en hommage à plus de 3 900 personnes reconnues « Justes parmi les nations » en France[129]. La liste des noms est ordonnée par l'année où le titre a été décerné et par ordre alphabétique. La rue où se trouve la liste a été renommée « allée des Justes ». Ce « Mur des Justes », ainsi que l’exposition réalisée à cette occasion, ont été inaugurés le.
Le diplôme et la médaille deJuste parmi les nations remis par l’Institut Yad Vashem à la famille d’Auguste et Jeanne Bieber en2012.
Certains débats ont eu lieu sur le fait de savoir si sauver des Juifsconvertis au christianisme pouvait être considéré comme l’action de Justes. Les avis divergent sur cette question[130].
La délivrance du titre de Juste se fonde uniquement sur des témoignages de Juifs en faveur de leurs anciens sauveurs, ce qui est impossible si ce témoignage vient à manquer : ainsi, des personnes dont l'action est unanimement avérée ne peuvent être reconnues[131].
Des familles de Justes, comme celles du médecin égyptienMohammed Helmy, ont refusé d'être honorées par la médaille de Juste parmi les nations au motif des relations israélo-égyptiennes et de sa délivrance par un organe israélien ; un petit-neveu d'Helmy l'a finalement acceptée hors de l'ambassade d'Israël[Laquelle ?] en 2017[114],[132],[133].
La liste des récipiendaires du titre de Juste parmi les Nations s'enrichit au fil des travaux historiques. C'est un « travail en [constante] progression » comme l'indique le site du mémorial de Yad Vashem. Cependant, il existe un certain nombre de personnages historiques qui se sont distingués par leur soutien inconditionnel et décisif envers leurs compatriotes juifs durant la Seconde Guerre mondiale et dont les actes sont reconnus par les historiens mais qui ne jouissent pas encore de ce titre. Parmi ces personnages, il y a notamment des individus issus du monde musulman.
SelonEl Watan, le recteur de lagrande mosquée de Paris,Si Kaddour Benghabrit, fournissait sous l'Occupation de faux certificats d'identitémusulmane à des Juifs vivant à Paris, notamment d'origineséfarade. La grande mosquée de Paris sauva ainsi une centaine de Juifs et construisait même de fausses pierres tombales dans lecimetière musulman de Bobigny pour attester de l'ascendance musulmane de certains Juifs. L'artiste et chanteurSalim Halali bénéficia ainsi de ce stratagème.Ismaël Ferroukhi s'inspira de cette histoire pour réaliser son filmLes Hommes libres. Un appel à témoin de Juifs sauvés par la Mosquée de Paris entre 1942 et 1944 a été lancé le pour que la médaille des Justes soit remise aux descendants deSi Kaddour Benghabrit[134].
Des initiatives privées se font un point honneur à marquer leur gratitude aux Justes, comme l'association From the Depths[135], avec son projet « Silent Hero Taxi »[136] ou l'aide apportée aux Justes nécessiteux[137].
La Pourpre et le Noir, téléfilm réalisé par Jerry London produit en 1983 d’après le roman de J.P. Gallagher. Basée sur l’histoire de MonseigneurHugh O’Flaherty, haut dignitaire du Vatican.
Rita Loureiro lors d'une répétition générale de la pièceDesobediência en 2007, mettant en scène la vie d'Aristides de Sousa Mendes, responsable du départ de plus de 10 000 réfugiés de France en Espagne puis au Portugal.Le Temps de la désobéissance, téléfilm réalisé parPatrick Volson, diffusé en2006.
Un simple maillon, film documentaire de Frédéric Dumont et Bernard Balteau dans lequelAndrée Geulen raconte comment 12 femmes duComité de Défense des Juifs se sont organisées en Belgique occupée pour sauver des milliers d’enfants. Production Les Films de la Mémoire,RTBF, WIP.*
Les Justes, court métrage de Moïse Bendayan, avec Hélène Carmona, musique originale d'Hubert Evin (2015)[139]
La Femme du gardien de zoo (The Zookeeper's Wife), film de Niki Caro, 2017, basé sur l'histoire vraie du couple Jan et Antonina Żabiński, qui ont sauvé la vie de 300 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale en les cachant dans leur zoo à Varsovie.
↑Sarah Gensburger, « La création du Titre de Juste parmi les nations 1953-1963 »,Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem,no 15, éd. du CNRS, 2004.
↑Conseil des Communautés Juives des Hauts-de-Seine,À la mémoire des déportés juifs des Hauts-de-Seine, juillet 2005,p. 74
↑Madeleine Michelis,Correspondance d'avant guerre et de guerre, préface deJean-Louis Crémieux-Brilhac, présentations de Julien Cahon, Marie Claude Durand et Charles-Louis Foulon, Paris, Éditions du Félin, 2015(ISBN978-2-86645-823-2)
Jacques Semelin, Claire Andrieu, Sarah Gensburger (éd.),La Résistance aux génocides. De la pluralité des actes de sauvetage, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.
Jacques Semelin,La survie des Juifs en France 1940-1944, CNRS Éditions, 2018.
Sarah Gensburger, « Les Figures du juste et du résistant et l’évolution de la mémoire historique française de l’occupation »,Revue française de science politique,vol. 52,nos 2-3,,p. 291-322(lire en ligne)
Philippe Boegner,Ici, on a aimé les Juifs, Paris, J.-C. Lattès, 1982.
Laurence Walbrou,Quelques Justes parmi les hommes, Salvator, 2020.
Marie-Claire Allorent, Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA),« Les Justes d'Alsace », dans Bertrand Merle (préf. Victor Convert, intro. Marie-Claire Vitoux),50 mots pour comprendre la Résistance alsacienne, Strasbourg,Éditions du Signe,, 196 p.(ISBN978-2-7468-4334-9),p. 158-159
La version du 19 avril 2007 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.