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| Formation | Lycée Émile-Zola de Rennes Lycée Louis-le-Grand Université de Paris(en) |
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Julien Louis Geoffroy, né àRennes le et mort à Paris1er le, est un journaliste etcritique dramatique etlittéraire français.
Julien-Louis Geoffroy fit ses études aucollège de Rennes, puis aucollège Louis-le-Grand deParis. Il entra aunoviciat des Jésuites en 1758. Il fut maître de quartier aucollège de Montaigu, puis précepteur particulier. C'est alors qu'il composa une tragédie deLa Mort de Caton, qui fut reçue à laComédie-Française mais ne fut jamais représentée.
Agrégé à l'Université, il remporta à trois reprises le prix de discours latin dans le concours annuel des maîtres ès arts mais l'Académie française lui préféraJean-François de La Harpe pour l’Éloge de Charles V. Après la suppression desjésuites, il enseigna larhétorique aucollège de Navarre, puis aucollège des Quatre-Nations et acquit, dans ces fonctions, une assez grande réputation.
Il commença sa carrière decritique littéraire en collaborant à partir de 1776 àl'Année littéraire d’Élie Fréron, et ce, jusqu'à la disparition du journal en 1792. Il y montra du discernement, des vues justes, une solide culture, un style élégant et ferme, ne cherchant jamais l'ironie. Une épigramme ayant couru contre lui qui le prétendait domiciliérue Geoffroy-l'Asnier, il y répondit par ces vers, les seuls qu'il ait composés :
Oui, je suis un ânier sans doute,
Et je le prouve à coups de fouet,
Que j’applique à chaque baudet
Que je rencontre sur la route.
De 1781 à 1788, Geoffroy collabora également auJournal de Monsieur. Pendant laRévolution française, il fut le cofondateur, avec l'abbé Royou, du journal royalisteL'Ami du roi (1790-1792). Son engagement lui valut des difficultés pendant laTerreur. Il parvint cependant à échapper à l'emprisonnement ou à la guillotine en se déguisant en paysan pour se cacher dans un village de la banlieue parisienne, où il finit par se faire accepter comme maître d'école. Il y demeura jusqu'en 1799. Il revint alors à Paris et entra comme professeur à la pension Hix.
En 1800, il tenta, mais en vain, de faire revivrel'Année littéraire. À la demande de son amiBertin, il rejoignit alorsle Journal des débats, commecritique dramatique, s’intéressant en particulier authéâtre et à l’opéra, ainsi qu’auxconcerts, à l’occasion[1].
Il a ainsi fondé la tradition de la critique dramatique auJournal des débats et est apparu comme un modèle de la critique pour le début duXIXe siècle[2]. La plupart des journaux consacrés aux spectacles étaient tombés dans l'abandon, leurs rédacteurs ne possédant pas cette touche brillante dont Geoffroy sut faire usage ; la critique et l'analyse des pièces restaient stériles, dénuées d'observations judicieuses qui auraient pu servir au progrès d'un art toujours estimé en France, et devenu même une nécessité pour les différentes classes de la société. Les Feuilletons de Geoffroy connurent un immense succès ; faisant et défaisant les réputations. Pour plaire à un public nouveau, il adapta son style cherchant le trait d'esprit, la tournure piquante, l'élément de polémique qui susciterait l'intérêt des lecteurs, sans reculer, à l'occasion, devant l'injure et la méchanceté :
« C'est énerver la critique littéraire, disait-il, que d'aller chercher des circonlocutions pour exprimer des défauts qu'on peut très clairement spécifier d'un seul mot : appliqué à la personne, ce mot serait une injure ; appliqué à l'ouvrage, c'est le mot propre. Quelques-unes de mes expressions leur paraissent ignobles et triviales : je voudrais trouver des mots encore plus capables de peindre la bassesse de certaines choses dont je suis obligé de parler. Mes phrases ne sont pas le résultat d'un calcul, d'une froide combinaison d'esprit ; elles suivent les mouvements de mon âme ; c'est le sentiment que j'éprouve qui me donne le ton ; j'écris comme je suis affecté, et voilà pourquoi on me lit. »
SelonSainte-Beuve :
« Geoffroy manquait essentiellement de distinction, mais il ne manquait ni d’esprit, ni d’un certain sel. Il a volontiers le style gros, l’expression grasse, mais en général juste, saine. Quand il ne se laisse point détourner par la passion ni déranger par certains calculs, il dit des choses qui se retrouvent vraies en définitive ; il a raison d’une manière peu gracieuse, mais il a raison[3]. »
Son parti-pris de brutalité, ses dénigrements contreVoltaire,Marie-Joseph Chénier et leXVIIIe siècle lui attirèrent toutefois de nombreuses inimitiés. Il fut copieusement injurié.François-Joseph Talma le gifla en public.Bouvet de Cressé publia contre lui une satire plagiant plus ou moins celle deLuce de Lancival contre le même. On alla jusqu'à publier sous son nom une exécrable tragédie deCaton (1804) composée pour l'occasion, sans doute parMichel de Cubières. On attaqua sa moralité et on l'accusa de vendre ses éloges et ses blâmes, ce qui n'est pas complètement invraisemblable. Dans leJournal de l'Empire même,Dussault écrivit sous le nom d'un « vieil amateur » un article rempli d'allusions transparentes (1812). Geoffroy chercha maladroitement à se justifier dans un article intitulé « Mon retour et ma rentrée ». À sa mort, on fit cette épigramme :
Nous venons de perdre Geoffroy.
— Il est mort ? — Ce soir on l’inhume.
— De quel mal ? — Je ne sais pas. — Je le devine, moi.
L’imprudent par mégarde aura sucé sa plume.
Il est inhumé aucimetière du Père-Lachaise[4],[5].
L’éclectisme de Geoffroy lui permit d’entretenir ses lecteurs des ouvrages du siècle de Louis XIV comme des nouveautés ; ses leçons sur l’art du comédien furent mises en pratique par plus d’un acteur.
Les articles de Geoffroy furent réunis après sa mort parÉtienne Gosse sous le titre deCours de littérature dramatique (Paris, Blanchard, 1819-1820, 5 vol.), mais ne connurent qu’un maigre succès d’estime. On en a fait des extraits sous le titre deManuel dramatique (Paris, 1822, in-18).
Geoffroy a aussi rédigé une analyse de l'œuvre deRacine sous le nom deCommentaire, qui a été publiée comme préface à l'édition de Lenormant (1808), et qui est assez superficielle. Il a édité les œuvres deLouis Racine (Paris, 1808, 6 vol.). Il a traduit lesIdylles deThéocrite (Paris, 1801, in-8°) et les a assorties de commentaires.