Pour les articles homonymes, voirCaillaux.
| Joseph Caillaux | |
Joseph Caillaux en 1925. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Président du Conseil des ministres français | |
| – (6 mois et 18 jours) | |
| Président | Armand Fallières |
| Gouvernement | Caillaux |
| Législature | Xe(Troisième République) |
| Coalition | PRRRS-PRD-RI-SI-PRS |
| Prédécesseur | Ernest Monis |
| Successeur | Raymond Poincaré |
| Ministre de l'Intérieur | |
| – (6 mois et 18 jours) | |
| Président | Armand Fallières |
| Président du Conseil | Lui-même |
| Gouvernement | Caillaux |
| Prédécesseur | Ernest Monis |
| Successeur | Théodore Steeg |
| Président du Parti radical | |
| – (1 an) | |
| Prédécesseur | Émile Combes |
| Successeur | Charles Debierre |
| Vice-président du Conseil des ministres | |
| – (24 jours) | |
| Président | Gaston Doumergue |
| Président du Conseil | Aristide Briand |
| Gouvernement | Briand X |
| Ministre des Finances | |
| – (24 jours) | |
| Président | Gaston Doumergue |
| Président du Conseil | Aristide Briand |
| Gouvernement | Briand X |
| Prédécesseur | Raoul Péret |
| Successeur | Anatole de Monzie |
| – (6 mois et 12 jours) | |
| Président | Gaston Doumergue |
| Président du Conseil | Paul Painlevé |
| Gouvernement | Painlevé II |
| Prédécesseur | Anatole de Monzie |
| Successeur | Paul Painlevé |
| – (3 mois et 8 jours) | |
| Président | Raymond Poincaré |
| Président du Conseil | Gaston Doumergue |
| Gouvernement | Doumergue I |
| Prédécesseur | Charles Dumont |
| Successeur | René Renoult |
| – (3 mois et 25 jours) | |
| Président | Armand Fallières |
| Président du Conseil | Ernest Monis |
| Gouvernement | Monis |
| Prédécesseur | Louis-Lucien Klotz |
| Successeur | Louis-Lucien Klotz |
| – (2 ans, 8 mois et 25 jours) | |
| Président | Armand Fallières |
| Président du Conseil | Georges Clemenceau |
| Gouvernement | Clemenceau I |
| Prédécesseur | Raymond Poincaré |
| Successeur | Georges Cochery |
| – (2 ans, 11 mois et 16 jours) | |
| Président | Émile Loubet |
| Président du Conseil | Pierre Waldeck-Rousseau |
| Gouvernement | Waldeck-Rousseau |
| Prédécesseur | Paul Peytral |
| Successeur | Maurice Rouvier |
| Sénateur français | |
| – (19 ans, 4 mois et 9 jours) | |
| Circonscription | Sarthe |
| Groupe politique | Gauche démocratique |
| Député français | |
| – (21 ans, 6 mois et 6 jours) | |
| Élection | 8 mai 1898 |
| Réélection | 27 avril 1902 6 mai 1906 24 avril 1910 26 avril 1914 |
| Circonscription | Sarthe |
| Législature | VIIe,VIIIe,IXe,Xe etXIe(Troisième République) |
| Groupe politique | Union démocratique(1902-1910) Gauche radicale(1910-1914) RRRS(1914-1919) |
| Prédécesseur | Charles Gabriel Sosthènes de La Rochefoucauld Paul Henri Balluet d'Estournelles de Constant |
| Successeur | Circonscription supprimée |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Joseph Marie Auguste Caillaux |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Le Mans,Empire français |
| Date de décès | (à 81 ans) |
| Lieu de décès | Mamers,France |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | ARD(1901-1911) RAD(1911-1944) |
| Père | Eugène Caillaux |
| Conjoint | Berthe Gueydan (1906-1911) Henriette Raynouard (1911-1943) |
| Profession | Avocat |
| modifier | |
Joseph Caillaux, né le auMans (Sarthe) et mort le àMamers (Sarthe), est unhomme politiquefrançais.
Disciple dePierre Waldeck-Rousseau, il commence sa carrière politique parmi lesrépublicains modérés, adhérant à l'Alliance républicaine démocratique à sa création, en 1901. Il est ministre des Finances de Waldeck-Rousseau, avant de rejoindre dans les années 1910 leParti radical, dont il devient rapidement l'une des principales figures.
Instigateur de l'impôt sur le revenu et partisan d'unpacifismelibre-échangiste, ses prises de positions et sa personnalité suscitent une haine véhémente parmi ses anciens amis et la droitenationaliste, qui mènent contre lui de violentes campagnes de presse. L'une d'elles débouche sur le meurtre deGaston Calmette, directeur duFigaro, par son épouse,Henriette Caillaux ; cet événement, avec sa propre condamnation pour « intelligence avec l'ennemi » pendant laPremière Guerre mondiale, met en suspens sa carrière politique.
Revenu sur le devant de la scène politique avec leCartel des gauches, il voit son attachement aulibéralisme économique et à l'orthodoxie financière l'éloigner peu à peu de ses amis de gauche. Devenu vice-président puis président de la commission des Finances duSénat, il pèse sur la politique financière de la France jusqu'en 1940.
Fils d'Eugène Caillaux, parlementairesarthoisroyaliste qui futministre des Finances deMac Mahon en1877, Joseph Caillaux, né en1863, est élevé par un précepteur clérical fanatique puis par lesjésuites qui, par réaction, l'amènent à adopter des idées républicaines[1].
Il fait ses études secondaires au lycée du Mans puis au lycée Fontanes àParis (actuellycée Condorcet) où il suit l'enseignement public jusqu'aubaccalauréat. Malgré son aversion pour les mathématiques, poussé par son père, il tente d'entrer àPolytechnique en1883, mais il échoue, n'arrivant que303e pour 227 admis.
Il effectue ses études supérieures à lafaculté de Paris où il obtient une licence en droit[2]. Il étudie à l'École libre des sciences politiques[3].
Il enseigne à l'École libre des sciences politiques[4] en 1888[5], et prépare parallèlement le concours de l'Inspection générale des finances. Reçu sans peine second en1888, il commence sa carrière comme adjoint à l'inspection générale des finances. En cette qualité, il effectue pendant dix ans de multiples tournées en province, tout en demeurant à Paris.
Dans le même temps, en contradiction avec les opinions de sa famille, ses convictions républicaines s'affirment, et il se détache définitivement de l'influence religieuse. Lors de lacrise boulangiste, il parvient à entraîner son père dans le camp anti-boulangiste[6]. Lors desélections municipales et cantonales de1896, il tente de succéder à son père comme maire et conseiller général d'Yvré-l'Évêque, mais il est battu.

Lors desélections législatives du, il se présente à la demande des comités républicains locaux, quinze jours avant le scrutin, alors qu'il se trouve en inspection enAlgérie, dans l'arrondissement de Mamers, tenu jusqu'alors par la droite monarchiste.
Élu, à la surprise même de ses amis politiques, avec 12 939 voix contre 11 737 au sortant,Sosthène II de La Rochefoucauld,duc de Doudeauville, il devient député de la Sarthe, mandat qu'il conserve jusqu'en1919, malgré les adversités. Il est ainsi réélu le avec 13 572 voix contre 11 481 à son adversaire, un membre de l'Institut, puis le, le et le face à un membre de la famille d'Aillières, par 12 356 voix contre 12 248, 13 283 contre 11 081 et 12 308 contre 10 841.
Fidèle à ses principes républicains, il s'inscrit au groupe des républicains progressistes (Alliance républicaine démocratique, créée en 1901 et à laquelle appartient également son confrère ministreJean Dupuy), et devient membre des commissions des crédits, des colonies et de la législation fiscale. Il se consacre particulièrement aux questions fiscales, déposant une proposition de loi sur la réorganisation du service des comptables directs et présentant des rapports sur le budget ou les crédits. Il se lie avecPierre Waldeck-Rousseau, pour lequel il professe une grande admiration,Paul Deschanel,Gaston Doumergue,Raymond Poincaré,Louis Barthou,Maurice Rouvier etThéophile Delcassé.
Lors de l'affaire Dreyfus, il se prononce en faveur deDreyfus et bascule à gauche. Quand Waldeck-Rousseau forme ungouvernement d'union républicaine, le, il devientministre des Finances. À ce poste, il montre un souci d'équilibrer le budget, préconisant une compression des dépenses de l'État et une augmentation des recettes. Par ailleurs, il refond complètement les impôts sur les boissons et la taxation sur les sucres, et revoit les droits sur les successions. Il parvient ainsi à présenter des budgets en excédent[1]. En revanche, bien qu'il se soit prononcé, quelques mois avant son arrivée au pouvoir, en faveur du projet d'impôt sur le revenu global et progressif présenté par les gauches (malgré le scepticisme de plusieurs socialistes, commeGustave Hervé ouHubert Lagardelle[7]), il renonce à présenter un tel projet devant les Chambres, jugeant qu'il ne parviendrait pas à obtenir une majorité.
Après les élections de1902, qui voient la victoire de la gauche, il suit Waldeck-Rousseau, quand celui-ci quitte le pouvoir le. Dans la nouvelle législature, il montre une intense activité dans les commissions, dépose divers projets de lois et présente plusieurs rapports, mais demeure longtemps dans l'expectative, avant de s'opposer à la politique à ses yeux tropanticléricale dugouvernement Combes et de contribuer à son renversement. Il se prononce cependant en faveur de laloi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et de lasuppression de l'enseignement congréganiste.
Après les élections de1906, il est élu vice-président de la Chambre, mais il abandonne bientôt ces fonctions, préférant se réserver pour des fonctions ministérielles.
Du au, il est ministre des Finances dans legouvernement Clemenceau I, poste dans lequel il s'illustre, en1907, par un projet consistant à remplacer les quatre impôts (lesquatre vieilles) créés pendant la période révolutionnaire par unimpôt progressif sur le revenu global (à l'exemple de l'impôt unique allemand de l’Einkommensteuer) et, complémentairement, par des impôts proportionnels et indépendants pour chaque catégorie de revenu (impôt cédulaire sur le modèle de l’income tax britannique), mais il se heurte à l'hostilité du Sénat, qui rejette son texte, malgré l'appui deClemenceau et de la majorité des députés. À cette occasion, Caillaux s'attire de solides inimitiés à droite, qui vont parfois jusqu'à la haine[1]. La démission du gouvernement, le, clôt provisoirement le débat, mais il continue à mobiliser l'opinion publique de1907 et1914, laLoi des Trois ans lui fournissant un argument patriotique de poids, et ses idées servent de base à la réforme des contributions directes, réalisée entre1914 et1917[8].

En 1908, Joseph Caillaux est à l'origine de l'Association française de cautionnement mutuel, destinée à démocratiser l'accès aux fonctions decomptable public.
Joseph Caillaux est l'un des précurseurs de la lutte contre lesparadis fiscaux[9]. La loi de 1901 sur l'héritage impose, au taux de 5 %, les successions. Cette loi introduit le premier mécanisme d'échange automatique de données, obligeant les banques à coopérer avec lefisc pour permettre la prise de contrôle d'un compte par le biais d'une succession[10]. Ce système a une faiblesse : il n'est que national, alors qu'une grande partie des fortunes françaises font gérer leur héritage par des banques anglaises ou néerlandaises. Caillaux tente de mettre sur pied un mécanisme permettant de limiter les fraudes sur les droits de succession, en déposant le 12 mars 1908 un « projet de loi visant à réprimer les fraudes en matières de droits de succession » : celui-ci pose comme principe que l'ayant droit d'un compte à succéder a l'obligation de produire devant le notaire et le fisc un acte le désignant comme successeur[10].
Le texte n’est pas voté au Sénat, dominé par les conservateurs, en dépit de l'appui de Clemenceau. À défaut de pouvoir faire voter son texte, Caillaux engage des négociations avec le Royaume-Uni pour un traité visant à amplifier la coopération entre administrations fiscales, ce qui donne lieu au premier traité de coopération fiscale de l'histoire européenne. Celui-ci impose aucourt of probates de ne statuer sur les successions aux ayants droit français qu'avec l'aval de l'administration fiscale française[11].
Refusant d'entrer dans legouvernement Briand I, Joseph Caillaux entreprend plusieurs voyages à l'étranger, particulièrement enÉgypte, enPalestine, enSyrie et auLiban, pour remplir ses nouvelles fonctions de président du conseil d'administration des Crédits fonciers égyptiens etargentins[12].
En 1911, unecommission d'enquête parlementaire présidée parJaurès met en cause Caillaux, accusé decollusion avec Henri Rochette. Ce dernier, spéculateur véreux à l'origine de plusieurs escroqueries financières, bénéficie de soutiens politiques et ouvre largement sa caisse noire aux comités politiques et à leurs journaux, notammentLe Rappel que dirige un ami de Caillaux.Le Figaro utilise cette affaire dans la campagne de presse de 1914 qui conduitHenriette Caillaux à assassinerGaston Calmette, directeur du quotidien[13].
Devenu vice-président de la commission des finances à son retour en France, il se rapproche duParti radical, alors dirigé parMaurice Berteaux, avec lequel il est lié d'amitié et tente de regrouper les gauches. Il devient rapidement l'une des principales figures du parti[14]. Ensemble, les deux hommes préparent la constitution dugouvernement Monis, le, dans lequel Berteaux occupe le portefeuille de laDéfense nationale et Caillaux celui desFinances.
Toutefois, après la mort accidentelle de Berteaux le21 mai, le ministère se désagrège et, le27 juin, le président de la RépubliqueArmand Fallières demande à Caillaux, pratiquement seul chef du Parti radical, de constituer le nouveau gouvernement.
Dans son gouvernement, Caillaux occupe, outre les fonctions deprésident du Conseil, celles deministre de l'Intérieur et des Cultes, ce qui lui vaut une interpellation des députésSFIO le quant à l'affaire de l'agent provocateur Métivier et de l'ouvrier Ricordeau.
Depuis longtemps méfiant à l'égard de l'alliancerusse et connu à Berlin comme germanophile, c'est lui qui est visé par l'Allemagne dans la fomentation de troubles à Fez en. Et c'est encore lui qui est ciblé quand l'Allemagne envoie une canonnière devantAgadir. Là oùThéophile Delcassé avait su flairer le bluff et résister lors de lacrise de Tanger, Berlin sait que le désormais chef du gouvernement français négociera à tout prix pour éviter la guerre. Il va le faire effectivement, en confiant le dossier à son ministre des ColoniesAlbert Lebrun et en écartant son ministre des Affaires étrangères,Justin de Selves, qu'il estime incompétent et entouré de bavards ou degermanophobes héritiers de la politique de son prédécesseur Delcassé. Puis il mène directement les négociations, transite essentiellement parJules Cambon, ambassadeur de France en Allemagne, mais essaie également de négocier à travers ses connaissances. LeQuai d'Orsay apprend par hasard ces négociations en déchiffrant des messages codés entre le gouvernement allemand et Lancken, un aventurier prussien dont Caillaux a surestimé l'influence. Finalement, l'accord se fait entre Jules Cambon etKiderlen, le ministre des Affaires étrangères allemand: la France cède à l'Allemagne deux territoires français enAfrique centrale pour conserver sa liberté de manœuvre auMaroc. Les traces des négociations informelles, que Caillaux nie avant son procès, seront utilisées par l'accusation lors de celui-ci[15].
Ratifiée sans difficulté devant la Chambre mais avec de nombreuses abstentions, la convention franco-allemande rencontre une opposition acharnée au Sénat et une hargne dans le pays renforcée par la négation par Caillaux de l'existence des tractations secrètes au sein même du gouvernement (leministre des Affaires étrangèresde Selves, qui se sent humilié, démissionne), qui chute le. Il est remplacé parRaymond Poincaré (1er gouvernement), qui fait finalement ratifier la convention. À la Chambre comme au Sénat,Albert Lebrun, ministre des Colonies sous les deux gouvernements, joue un rôle décisif pour l'adoption du texte. L'affaire vaut néanmoins à Caillaux des haines tenaces dans tous les milieux patriotiques de droite et de gauche, en particulier de Clemenceau[1]. Consacrant tous ses efforts à la réunification du Parti radical, divisé en diverses fractions, il est élu à sa présidence lors du congrès dePau de1912, contreCamille Pelletan. Sa carrière atteint son zénith.
Lors de l'élection présidentielle de1913, il apporte son soutien officiel àJules Pams, tout en travaillant en sous main en faveur d'un modéré, son amiPaul Deschanel, alors président de la Chambre. Toutefois, c'est leprésident du Conseil,Raymond Poincaré, soutenu parBarthou etBriand, qui l'emporte. Déçu, Caillaux se retranche d'abord dans une opposition modérée, avant d'organiser, le la chute dugouvernement Barthou à la Chambre[16].

Lors de la crise ministérielle qui s'ensuit, Caillaux tente de retrouver le pouvoir, négociant avecJaurès le soutien des socialistes, mais il rencontre l'hostilité de Clemenceau. Finalement, il devient, le, ministre des Finances dans legouvernement Doumergue I.
Au début de1914,Gaston Calmette, directeur duFigaro, engage une violente campagne de presse contre sa politique. Il publie notamment les échanges épistolaires de Joseph Caillaux avec son épouse alors qu'elle n'était encore que sa maîtresse, où il apparaît comme un politicien hypocrite, alors qu'il est éclaboussé par l'affaire Rochette, Rochette étant un financier véreux qu'il est accusé d'avoir protégé[7]. Une vaste polémique naît dans les partis et les journaux, la gauche le soutenant fidèlement, tandis que la droite l'attaque sans ménagement. À la suite de la publication de lettres intimes, excédée par la violente campagne menée par le quotidien contre son mari, son épouseHenriette se rend le16 mars dans le bureau de son directeur, sort un revolver de son manchon, tire six balles dont quatre atteignentGaston Calmette, et le tuent. Arrêtée,Henriette Caillaux est inculpée de meurtre avec préméditation[17].
Contraint de démissionner dès le lendemain (), Caillaux défend sa femme lors du procès, qui se clôt le28 juillet avec son acquittement. On est alors en pleinecrise de juillet qui mène à laPremière Guerre mondiale[18]. Bien qu'il ait affirmé ne pas avoir été au courant des projets de sa femme, ses adversaires s'acharnent à parler de préméditation, espérant ainsi l'abattre politiquement.
Il est néanmoins réélu auxlégislatives de 1914 contre Louis d'Aillières qui, surpris de ne pas être élu, remercie, au lendemain des élections, ses électeurs de n'avoir choisi « ni le crime, ni la compromission d'un ministre avec un escroc »[19]. Caillaux provoque d'Aillières en duel, lequel a lieu le 4 mai 1914 : les deux antagonistes prennent soin de ne pas toucher l'autre.

Durant cette législature, il intervient peu dans les débats politiques. Hostile à la guerre, il devient le chef de file des partisans d'une paix sans annexions ni indemnités[1]. Lors du début de laPremière Guerre mondiale, il est mobilisé et sert comme trésorier payeur aux armées. En, alors qu'il se trouve àDoullens, il confie au journalisteClément Vautel, mobilisé comme soldat territorial d'infanterie, en désignant l'état-major : "Ceux qui sont là dedans ne savent rien, ne comprennent rien. Ils ne savent pas à quel ennemi nous avons affaire, ils ne comprennent pas que nous sommes lancés - par qui ? - dans une guerre effroyable... Comment finira-t-elle ? Moi, je voulais éviter cela[20]." Rappelé peu après à Paris, il est chargé de missions enArgentine (1914) et enItalie (1917).
Après l'arrivée au pouvoir, le de son vieil ennemi,Clemenceau, dont la politique de guerre sans ambiguïté rencontre le soutien des droites et des nationalistes et qui assimile les positions politiques de Caillaux à la trahison[1], il est impliqué dans les affairesBolo Pacha et du « Bonnet rouge »[21],[22]. Il est accusé[23] parLéon Daudet de « trahison systématique, altière et doctrinaire » et abandonné de la plupart, y compris de ses amis radicaux ; la Chambre vote la levée de son immunité parlementaire en, à la demande du président du Conseil, et il est arrêté, le, pour « intelligence avec l'ennemi ». On lui reproche le rapprochement franco-allemand qu'il n'a eu de cesse, sa vie durant, de préconiser. Accusé, lors de l'instruction, de trahison et de complot contre lasûreté de l'État[1], il est traduit devant leSénat, constitué enCour de justice. Partageant son temps entre laprison de la Santé et l'assignation à résidence dans une clinique deNeuilly-sur-Seine, il est jugé deux fois, avant d'être condamné en, après la fin duconflit, à trois ans d'emprisonnement et à la privation de ses droits civiques pour le seul chef de « correspondance avec l'ennemi »[1]. On ne lui reproche plus alors qu'une « aide involontaire » apportée à l'ennemi par ses paroles, ses relations et sa virulente opposition politique[24]. Il est alors défendu parFrançois Albert etAnatole de Monzie, qui prononce un plaidoyer en sa faveur devant le Sénat.
Sa condamnation provoque l'indignation de toute une partie de la classe politique et de laLigue des droits de l'homme ; obligé de quitterParis, il ne revient qu'après la victoire duCartel des gauches auxélections de 1924 et peut assister aux obsèques de son amiAnatole France en octobre.
Il est finalement amnistié par le Cartel le, après un vote favorable de laChambre des députés[25], proposé par le gouvernementHerriot, et reprend aussitôt sa carrière politique[26].

Réhabilité, il retrouve en son siège de conseiller général ducanton de Fresnay-sur-Sarthe et, en septembre suivant, la présidence duconseil général de la Sarthe (qu'il conserve jusqu'en1940), et il se fait élire lesénateur.
Dès le, il est nommé ministre des Finances dans legouvernement Painlevé II, avec pour mission de rétablir une situation financière jugée particulièrement critique. Toutefois, appelé pour restaurer les finances, il rejette l'impôt sur le capital préconisé par les socialistes, jugeant que l'excès de fiscalité conduit à un tarissement des ressources sur lesquelles l'État pourrait compter, et présente des projets de loi de finance qui déchaînent l'opposition de ses amis politiques, tandis qu'ils sont soutenus par la majorité des droites[1].
Après la chute du gouvernement Painlevé, le, il retrouve son siège au Sénat, au sein du groupe de la Gauche démocratique, mais cette fois à la droite du Parti radical. À l'automne1925, lors du congrès deNice, il tente de disputer la présidence du parti au champion duCartel des gauches,Édouard Herriot, mais ce dernier est plébiscité[1]. Le, il accepte de nouveau le portefeuille des finances dans legouvernement Aristide Briand, avec le titre de vice-président du Conseil. Lorsqu'il demande à la Chambre des députés l'autorisation de légiférer par décrets délibérés enconseil des ministres pour assainir les finances, l'opposition de la gauche (y compris d'Édouard Herriot, président du Parti radical et de la Chambre des députés qui, fait inédit, quitte son perchoir pour mener l'attaque contre un projet qu'il juge attentatoire aux prérogatives du Parlement[1]) entraîne la chute du ministère, le.
Réélu sans difficulté lors des élections sénatoriales du et du, il se borne dès lors à participer aux débats financiers à la Chambre Haute, où il préside depuis1932, et jusqu'en, la commission des finances, jouant un rôle d'arbitre et de conseiller. Second personnage du Sénat, il joue un rôle si déterminant que les ministres des Finances successifs négocient avec lui les mesures qu'ils envisagent avant de les proposer au Parlement[1].
Il est à nouveau nommé ministre des Finances dans legouvernement Bouisson, le, mais la délégation de pouvoirs demandée à laChambre des députés le jour même de la présentation du ministère, le, est refusée par deux voix.
Sous leFront populaire, auquel il n'est pas opposé, il vote lescongés payés, lesconventions collectives, les 40 heures, les hausses de salaires, l'organisation du marché du blé, le contrôle de laBanque de France et ladévaluation du franc. Mais, en1937 comme en1938, il contribue de façon décisive, en tant que président de la Commission des finances du Sénat, à la chute des gouvernements Blum, en lui faisant refuser les pleins pouvoirs comme Blum les lui avait refusés en1926[27].
AuMans à l'époque de l'armistice du 22 juin 1940, il est placé en garde à vue pendant quelques jours. Le, il fait partie des parlementaires qui votent lespleins pouvoirs aumaréchalPétain, puis se retire avec sa femme dans sa propriété de Mamers. Il s'éloigne très rapidement du régime et décide de refuser de poursuivre ses activités politiques malgré les demandes insistantes du gouvernement[28]. Il passe ses dernières années à compléter et achever ses mémoires publiés en1942-1943, non sans peine, l'Occupant et legouvernement de Vichy retardant l'autorisation d'édition (le troisième et dernier tome sera publié de manière posthume après guerre, en 1947).

Il meurt le21 novembre 1944 à 81 ans, presque oublié. Il a le temps, lors de ses derniers mois, de voir lalibération de la France. Il est inhumé aucimetière du Père-Lachaise (54e division)[29].
Il laisse une image contradictoire, ses qualités d'hommes d'État et ses compétences étant parfois masquées par un caractère orgueilleux, emporté qui a pu lui aliéner des amis au cours de sa carrière[1]. Georges Clemenceau a dit de lui :« Il avait une sorte d'allant, de courage, physiquement une élasticité qui me plaisait […]. C'était peut-être une victime de ma férocité bien connue, mais à coup sûr pas un sauveur ». Pour le général de Gaulle, il fut« le premier des hommes d'État modernes »[30].
Longtemps célibataire, Caillaux épouse Berthe Gueydan (1869-1944), précédemmentMme Jules Dupré[31], le. Divorcé en[32], il se remarie le21 octobre suivant avecHenriette Raynouard, divorcée de l'écrivainLéo Claretie[33], avec laquelle il entretenait une liaison depuis1907[34],[35].
Essais sur la question fiscale
Essais sur la question gouvernementale
Essais sur la question coloniale
Recueils et discours
Mémoires
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| Sous laprésidence de Gaston Doumergue | |||||
| Affaires étrangères | Aristide Briand | Aristide Briand Président du Conseil | |||
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| Justice |
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| Instruction publique et Beaux-Arts |
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| Intérieur |
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| Marine | Georges Leygues | ||||
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| Colonies | Léon Perrier | ||||
| Travail, Hygiène, Assistance et Prévoyance sociale | Antoine Durafour | ||||
| Pensions | Paul Jourdain | ||||
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| (← PAINLEVÉ III) Gouvernement précédent •••• Gouvernement suivant (HERRIOT II →) | |||||
GouvernementsPainlevé II etIII (17 avril 1925 - 22 novembre 1925) | |||||
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| Sous laprésidence de Gaston Doumergue | |||||
| Guerre | Paul Painlevé Président du Conseil | ||||
| Justice | |||||
| Affaires étrangères | Aristide Briand | ||||
| Intérieur | Abraham Schrameck | ||||
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| Marine | Émile Borel | ||||
| Instruction publique et Beaux-Arts | |||||
| Travaux publics | |||||
| Commerce et Industrie | |||||
| Agriculture | Jean Durand | ||||
| Colonies | |||||
| Travail, Hygiène, Assistance et Prévoyance sociale | Antoine Durafour | ||||
| Pensions | Louis Antériou | ||||
| Budget | Georges Bonnet | ||||
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| (← HERRIOT I) Gouvernement précédent •••• Gouvernement suivant (BRIAND VIII →) | |||||
Gouvernement Doumergue I (22 décembre 1913 - 2 juin 1914) | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Sous la présidence deRaymond Poincaré | |||||
| Affaires étrangères | Gaston Doumergue | Gaston Doumergue Président du Conseil | |||
| Guerre | Joseph Noulens | ||||
| Instruction publique et Beaux-Arts | René Viviani | ||||
| Intérieur | |||||
| Justice | Jean-Baptiste Bienvenu-Martin | ||||
| Marine | |||||
| Agriculture | Maurice Raynaud | ||||
| Finances | |||||
| Travaux publics | Fernand David | ||||
| Commerce etPTT | |||||
| Colonies | Albert Lebrun | ||||
| Travail et Prévoyance sociale | Albert Métin | ||||
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| (← BARTHOU) Gouvernement précédent •••• Gouvernement suivant (RIBOT IV →) | |||||
Gouvernement Caillaux (27 juin 1911 - 14 janvier 1912) | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Sous laprésidence d'Armand Fallières | |||||
| Intérieur et Cultes | Joseph Caillaux | Joseph Caillaux Président du Conseil | |||
| Justice | Jean Cruppi | ||||
| Affaires étrangères | Justin de Selves | ||||
| Finances | Louis-Lucien Klotz | ||||
| Guerre | Adolphe Messimy | ||||
| Marine | Théophile Delcassé | ||||
| Instruction publique et Beaux-Arts | Théodore Steeg | ||||
| Travaux publics,Postes et Télégraphes | Jean-Victor Augagneur | ||||
| Commerce et Industrie | Maurice Couyba | ||||
| Agriculture | Jules Pams | ||||
| Colonies | Albert Lebrun | ||||
| Travail et Prévoyance sociale | René Renoult | ||||
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| (← MONIS) Gouvernement précédent •••• Gouvernement suivant (POINCARÉ I →) | |||||
Gouvernement Monis (2 mars 1911 - 23 juin 1911) | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Sous laprésidence d'Armand Fallières | |||||
| Intérieur et Cultes | Ernest Monis | Ernest Monis Président du Conseil | |||
| Justice | Antoine Perrier | ||||
| Affaires étrangères | Jean Cruppi | ||||
| Finances | Joseph Caillaux | ||||
| Guerre | |||||
| Marine | Théophile Delcassé | ||||
| Instruction publique et Beaux-Arts | Théodore Steeg | ||||
| Travaux publics,Postes et Télégraphes | Charles Dumont | ||||
| Commerce et Industrie | Alfred Massé | ||||
| Agriculture | Jules Pams | ||||
| Colonies | Adolphe Messimy | ||||
| Travail et Prévoyance sociale | Joseph Paul-Boncour | ||||
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| (← BRIAND II) Gouvernement précédent •••• Gouvernement suivant (CAILLAUX →) | |||||
Gouvernement Clemenceau I (25 octobre 1906 - 20 juillet 1909) | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Sous laprésidence d'Armand Fallières | |||||
| Intérieur | Georges Clemenceau | Georges Clemenceau Président du Conseil | |||
| Affaires étrangères | Stephen Pichon | ||||
| Guerre | Marie-Georges Picquart | ||||
| Finances | Joseph Caillaux | ||||
| Travail et Prévoyance sociale | René Viviani | ||||
| Justice | |||||
| Marine | Gaston Thomson | ||||
| Instruction publique, Cultes et Beaux-Arts | |||||
| Agriculture | Joseph Ruau | ||||
| Colonies | Raphaël Milliès-Lacroix | ||||
| Travaux publics,Postes et Télégraphe | Louis Barthou | ||||
| Commerce et Industrie | |||||
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Gouvernement Waldeck-Rousseau (22 juin 1899 - 3 juin 1902) | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Sous la présidence d'Émile Loubet | |||||
| Intérieur et Cultes | Pierre Waldeck-Rousseau | Pierre Waldeck-Rousseau Président du Conseil | |||
| Justice | Ernest Monis | ||||
| Affaires étrangères | Théophile Delcassé | ||||
| Finances | Joseph Caillaux | ||||
| Guerre | |||||
| Marine | Jean Marie de Lanessan | ||||
| Instruction publique et Beaux-Arts | Georges Leygues | ||||
| Travaux publics | Pierre Baudin | ||||
| Commerce, Industrie,Postes et Télégraphes | |||||
| Agriculture | Jean Dupuy | ||||
| Colonies | Albert Decrais | ||||
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