LesJeux olympiques d'hiver de 1968, officiellement connus comme lesXes Jeux olympiques d'hiver, se déroulent du6 au. Laville candidate, Grenoble, obtient les Jeux dès sa première tentative. Elle est la deuxième ville française à accueillir lesJeux olympiques d'hiver aprèsChamonix en1924. L’ensemble des sites de compétition se situent dans le département de l'Isère, àGrenoble pour les épreuves de patinage artistique, de hockey sur glace et de patinage de vitesse, ainsi que dans les stations de sports d'hiver qui entourent la ville pour les autres épreuves.
Les Jeux rassemblent 1 158 athlètes de37 pays, ce qui constitue un record à l'époque pour les Jeux d'hiver. Ils se mesurent dans dix disciplines qui regroupent un total de35 épreuves officielles, soit une de plus qu'en1964. Pour la première fois, l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest sont présentes séparément, tandis que leMaroc effectue sa première participation.
LaNorvège finit en tête du classement des nations en remportant quatorze médailles dont six en or. L'équipe de France obtient son meilleur total jusqu'alors dans l'histoire des Jeux d'hiver avec neuf médailles, un résultat couronné par la performance individuelle deJean-Claude Killy, qui remporte trois médailles d'or dans les trois disciplines de ski alpin.
Ces Jeux innovent dans plusieurs domaines comme l'utilisation de tests antidopage, detests de féminité, d'une identité visuelle globale, du chronométrage électronique ou de la retransmission télévisée en couleur via satellite. Si les dépenses liées à l'événement affectent durablement les finances de la ville de Grenoble, les Jeux la font rentrer dans la modernité et lui confèrent l'image d'une ville dynamique. La ville se dote d'équipements généraux et de nouvelles infrastructures sportives ou routières dont la réalisation est accélérée par le biais de cette organisation. Si certaines installations sont abandonnées après les Jeux, comme lapiste de bobsleigh de l'Alpe d'Huez ou letremplin de saut deSaint-Nizier-du-Moucherotte, d'autres sont conservées au bénéfice de la population grenobloise, comme les logements du village olympique ou le stade de glace, converti enPalais des sports et utilisé aussi bien dans le cadre de manifestations sportives que culturelles. L'État, qui finance les Jeux à hauteur de 80 %, y voit un moyen d'accroître le prestige de la France, tout en mettant en œuvre des projets de modernisation des stations de sports d'hiver et de promotion du tourisme.
L'idée d'une candidature deGrenoble pour accueillir les Jeux d'hiver apparaît pour la première fois dans la presse régionale le. Elle émane de Francis Raoul,préfet de l'Isère, de Raoul Arduin, président du Comité de Ski du Dauphiné, de l'architecteLaurent Chappis et de l'ingénieur des ponts et chaussées au chef-lieu de l'Isère Georges Cumin[1]. Elle reçoit l'approbation immédiate de la municipalité de la ville.Albert Michallon, maire de la commune, adresse le une lettre auComité international olympique dans laquelle il déclare officiellement la candidature de Grenoble pour accueillir la dixième édition des Jeux olympiques d'hiver, en 1968[2]. Cette candidature reçoit le soutien des stations de sports d'hiver qui entourent la ville et celui duConseil général de l'Isère. Un comité pour la candidature de Grenoble est créé en. Il est présidé par Albert Michallon et reçoit 170 000 francs de subvention, dont 50 000 francs de la part de la ville de Grenoble, 50 000 francs de la part du Conseil général et 70 000 francs de la part de l'ensemble des stations de sports d'hiver associées à la candidature[2].
Grenoble entourée par les Alpes.
L'État soutient fermement cette candidature : le président de la RépubliqueCharles de Gaulle voit dans l'organisation des Jeux un moyen d'accroître le prestige de la France tout en mettant en œuvre des projets de modernisation des stations de sports d'hiver pour promouvoir le tourisme[3]. Pour la municipalité grenobloise, l'enjeu est d'accélérer les projets d'urbanisme afin de rattraper le retard de la ville. Marquée par une croissance démographique et économique exceptionnelle après la fin de laSeconde Guerre mondiale, Grenoble est alors plus une ville industrielle qu'une ville de montagne. Elle possède l'image d'une ville moderne et dynamique notamment grâce à la croissance rapide de sonUniversité et à l'implantation du premierCentre d'études nucléaires en dehors de la région parisienneen 1956[4], mais elle apparaît sous-équipée en matière d'infrastructures de transport et d'équipements urbains. Un rapport ministériel de 1964 précise notamment que« Les équipements urbains existant à Grenoble correspondent aux besoins d'une ville de 80 000 habitants, alors que les besoins sont ceux d'une ville de 300 000 habitants ». Le dossier de candidature affirme pourtant que la ville est très bien équipée[5].
Le comité d'organisation des Jeux voit le jour le sous le nom officiel de « Comité d'organisation desXes Jeux olympiques d'hiver » (COJO). Il est présidé parAlbert Michallon, maire de Grenoble, tandis que Pierre Randet, ancien Directeur de l'Aménagement du Territoire, en est nommé directeur général. Il assume également la fonction de commissaire du gouvernement chargé de coordonner l'intervention des administrations. Il assure ainsi la cohérence des projets liés à l'organisation des Jeux tout en les soumettant à l'approbation duComité international olympique (CIO)[7]. En 1966, Pierre Randet démissionne.Robert Héraud, président de l'Institut national des sports, prend en charge la direction générale, tandis que la mission de commissaire du gouvernement est supprimée. La coordination de l'organisation générale des Jeux est alors confiée directement auministre de la Jeunesse et des Sports, en l'occurrenceFrançois Missoffe, sous contrôle dupremier ministre[8].
L'armée est sollicitée par le comité d'organisation pour opérer un certain nombre de tâches liées à l'organisation des Jeux : préparation et entretien des installations sportives sur les lieux d'épreuve, transport de matériel et de personnel, équipement en liaisons filaires des lieux d'épreuve, mise en place de clôtures, travaux sur les infrastructures ou les parkings, prêt de matériel, enfin police et secourisme sur les pistes d'Autrans,Villard-de-Lans etSaint-Nizier-du-Moucherotte[10].
Le coût des Jeux de Grenoble s'élève à 1 097 295 000 francs. Les investissements concernent les infrastructures de communication et de transport, les sites d'hébergement ou de compétition, les équipements culturels et ceux destinés aux médias, ainsi qu'un certain nombre d'équipements généraux dans les villes olympiques. L'État en finance la plus grande partie avec un investissement de plus de 519 millions de francs[3], auxquels il faut ajouter l'investissement d'organismes publics ou semi-publics, comme l'ORTF ou laSNCF à hauteur de 302,6 millions de francs. Ledépartement de l'Isère participe pour plus de 40 millions de francs, tandis que la ville deGrenoble investit 220,3 millions de francs et les autres communes olympiques 15 millions de francs[11].
La construction des différents sites de compétition coûte 92,517 millions de francs, mais les dépenses les plus importantes se situent dans l'aménagement des infrastructures routières et ferroviaires (465,181 millions de francs) et la construction duvillage olympique pour plus de 179 millions de francs. Le comité d'organisation reçoit une subvention de fonctionnement de 90,429 millions de francs de la part de l'État[3],[11].
D'importants travaux sont entrepris sur les routes menant aux stations de ski. Les différents aménagements réalisés pour faciliter l'accès à la station deChamrousse coûtent 33 millions de francs. Ils consistent en l'élargissement des chaussées, l'aménagement d'un carrefour et de ponts en béton armé ainsi que la création d'une bretelle de 3 400 m entreUriage-les-Bains etGrenoble. La pente maximum de ceviaduc de Gières est réduite à 9 % et certains virages sont modifiés pour faciliter le passage d'engins lourds de transport. La construction de nouveaux tronçons et l'élargissement de certaines routes visent également à faciliter l'accès aumassif du Vercors. La circulation se fait en sens unique, en utilisant la voie du plateau deSaint-Nizier-du-Moucherotte à l'aller et la route traversant les gorges d'Engins au retour. Une déviation permet d'éviter la traversée étroite du village deSassenage, tout en limitant la pente moyenne de la route à 6 %. Une route empruntant des voies communales et un tronçon neuf de huit kilomètres permet l'accès àAutrans depuis la vallée duRhône sans passer par Grenoble, pour un montant de quatre millions de francs, dont un million pour le percement d'un tunnel de 502 m de longueur, letunnel du Mortier. Cetouvrage d'art restera en service jusqu'en 1992, année où l'éboulement d'une falaise toute proche empêche son franchissement[12]. La déviation deVizille est créée, la route accédant à la station de l'Alpe d'Huez est elle aussi élargie et une déviation de 3,5 km permet d'atteindre lapiste de bobsleigh sans traverser la station[13].
L'attribution des Jeux olympiques à Grenoble rend nécessaire la création d'un aéroport commercial. L'aérodrome Grenoble-Mermoz, trop exigu et gênant l'urbanisation au sud de la ville par sa trop grande proximité avec des habitations, est fermé. L'aéroport de Grenoble-Saint-Geoirs est construit au terme d'un projet porté par le maire de Grenoble, le préfet de l'Isère et le président de laChambre de commerce et d'industrie de Grenoble. L'État ne participe pas au financement de sa construction car il considère que ce projet entre en concurrence avec celui deLyon-Satolas dans le cadre de l'aménagement régional, à l'encontre du principe de centralisation et de concentration financière[14]. L'emplacement libéré par l'ancien aéroport est immédiatement utilisé pour construire lestade olympique de Grenoble, où se tient la cérémonie d'ouverture, ainsi que des parkings et une gare SNCF provisoire, lagare de Grenoble-Olympique. Les transports par avions légers s'effectuent également en utilisant des infrastructures déjà existantes, comme l'aérodrome de Grenoble-Le Versoud, l'altiport de l'Alpe d'Huez et la base d'hélicoptères de Chamrousse-Roche Béranger[13].
Un bâtiment appeléAlpexpo situé tout près de la gare provisoire devient le point des départs des cars acheminant les spectateurs vers les lieux des épreuves[15]. Une société éphémère de cars, laTrans Olympe, y prend en charge les visiteurs à l'aide de 540 autobus venus de toute la France et des garages de plusieurs marques de camions y sont positionnés afin de pallier toute panne de véhicule[16]. Par ailleurs, trois lignes de bus assurent des liaisons en provenance de lagare de Grenoble (ligne A), du pont de Catane (ligne B), de l'Île verte (ligne C) à destination de lagare de Grenoble-Olympique. Deux lignes de navettes assurent quant à elles les liaisons entre la gare de Grenoble ou le pont de Catane vers le stade de glace[17].
Pour la première fois dans l'histoire, les Jeux sont diffusés en couleur : sur les155 heures de programmes produits par l'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), 91 le sont en couleur[20]. Les droits de diffusion rapportent12,5 millions de francs à l'organisation, dont dix millions de francs versés par la chaîneABC qui s'assure l'exclusivité des droits pour les États-Unis. L'Eurovision verse pour sa part2,5 millions de francs, tandis que les Jeux sont également diffusés enAmérique du Sud, enAustralie ou encore au Japon par l'intermédiaire de la chaîneNHK. Les téléspectateurs français bénéficient de111 heures de retransmission en direct, dont59 heures en couleur. Vingt-sept heures de retransmission en direct sont proposées aux États-Unis par l'intermédiaire du satelliteIntelsat I[3]. Pour améliorer cette retransmission, l'ORTF a installé une Maison de la Radio et de la Télévision sur 6 000 m2 dans le quartier Malherbe[21]. De nombreuses installations provisoires sont mises en place pour faciliter la communication, comme des cabines téléphoniques et destélex publics[22].
L'emblème des Jeux olympiques, créé parRoger Excoffon, représente un cristal de neige entouré des trois roses rouges symboles de la ville deGrenoble et surmontant lesanneaux olympiques reproduits en blanc. L'emblème est entouré de l'appellation « Xe Jeux olympiques d'hiver - Grenoble 1968 »[24],[25]. Le personnage de « Shuss », un objet rouge et bleu représentant un skieur, devient la première mascotte olympique, bien que non officielle[3]. Créé par Aline Lafargue, des studios « Films et Promotion » de Paris, il se distingue par son pied unique et sa tête disproportionnée[26]. Un set de pictogrammes est également créé pour présenter les différents sports et disciplines au programme. Inspirés de l'op art, un mouvement artistique né dans les années soixante, ces pictogrammes dessinés par Roger Excoffon représentent un athlète en mouvement qui apparaît au travers de courbes d'épaisseur variable. Ce système de trames graphiques vise à transmettre une impression de vitesse et de glisse, éléments caractéristiques des sports d'hiver. Ces pictogrammes, utilisés pour la communication par les différents médias, figurent également sur les médailles remises aux vainqueurs[27].
Porte-clés des Jeux.
En1967, c'est le dessinateur et affichiste grenobloisJean Brian qui remporte le concours lancé pour la création de l'affiche officielle des Jeux de Grenoble. Elle représente les anneaux olympiques dévalant "tout schuss" une pente de neige. Elle sera tirée à 170 000 exemplaires, et déclinée en plusieurs langues[28],[29].
De nombreux produits dérivés en rapport avec ces Jeux olympiques ont été créés. LeMinistère des PTT met en vente en untimbre pré-olympique d'une valeur de 60 centimes de francs et destiné à la correspondance internationale. Reproduisant l'emblème officiel des Jeux, il est édité à 300 000 exemplaires. Cinq timbres commémoratifs[30] dessinés et gravés par Jean Combet sont mis en vente les 27 et, avant l'ouverture des Jeux, représentant une discipline ou la flamme olympique. Le produit de la surtaxe généré sur ces timbres est partagé entre laCroix-Rouge et le comité d'organisation. Par ailleurs, laSociété d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes fabrique 500 000 étuis de cinq cigarettes frappés de l'emblème des Jeux, distribués en France comme à l'étranger. Les marques de cigarettes « Isère » et « Grenoble » sont créées, et 230 millions de boîtes d'allumettes portant l'emblème des Jeux sont mises en vente[31]. Un très grand nombre de cartes postales en couleur[32], d'objets divers[33] et de matériel philatélique sont créés pour l'évènement[34].
Plusieurs entreprises sont désignées comme « fournisseur officiel des Jeux » :Renault pour les véhicules nécessaires au transport des athlètes, des officiels et des journalistes,Total pour le carburant de ces véhicules,Lip,Omega etLongines pour le chronométrage,IBM France pour le calcul des résultats etGestetner pour leur duplication,Kodak-Pathé pour les films,Philips pour la sonorisation et les enregistrements électro-magnétiques, ainsi qu'Elektroimpex pour l'affichage lumineux des résultats. Ces entreprises sont les seules autorisées à exposer leur marque sur les lieux d'épreuve à condition que cette exposition se limite aux installations nécessaires à l'exercice de leur activité[35].
LeMaroc connaît quant à lui sa première participation aux Jeux olympiques d'hiver. LaBelgique et laCorée du Nord, présentes aux Jeux d'Innsbruck, n'envoient aucun athlète à Grenoble[37],[38]. Enfin, laNouvelle-Zélande fait son retour aux Jeux, pour sa troisième participation, la première depuisSquaw Valley en1960[39].
Le nombre indiqué entre parenthèses est le nombre d'athlètes engagés dans les épreuves officielles pour chaque pays[40].
Les épreuves deski nordique, à savoir leski de fond, lebiathlon et lecombiné nordique, ont lieu àAutrans, sur lemassif du Vercors, de même que l'épreuve desaut à ski sur petit tremplin de 70 m, disputée sur letremplin du Claret. La décision d'installer ce tremplin à Autrans est dictée par la proximité des pistes de ski de fond, également utilisées dans l'épreuve de combiné nordique. L'aire d'arrivée du tremplin a la forme d'un cirque creusé dans la montagne et peut accueillir 40 000 spectateurs[45]. Le tremplin de 90 m est quant à lui édifié àSaint-Nizier-du-Moucherotte : letremplin du Dauphiné est construit par l'architectePierre Dalloz, sur les conseils de l'AllemandHeini Klopfer(de), ancien sauteur à ski et architecte de tremplins. La piste d'élan, entièrement artificielle, amène sur une aire d'arrivée prévue elle aussi pour 40 000 spectateurs[46]. Le montant de sa construction s'élève à6,9 millions de francs[3].
Des « Semaines Internationales » sont organisées tout au long de l'année 1967 pour procéder à des essais techniques des installations sportives construites pour les Jeux[48].
Deux villages olympiques sont construits dans les stations, à Autrans pour les épreuves nordiques et à Chamrousse pour celles du ski alpin[49]. Mais le principal village est édifié à Grenoble et se compose d'un village olympique et d'une cité olympique. Agrémenté de trois restaurants, l'ensemble pouvant accueillir 8 054 lits est construit sous la direction de l'architecteMaurice Novarina dans le sud de la ville, en bordure des pistes de l'ancienaérodrome Grenoble-Mermoz[réf. nécessaire].
Le village olympique destiné aux athlètes et aux accompagnateurs est prêt le et se compose d'un groupe de onze bâtiments cubiques de quatre à cinq étages offrant800 chambres individuelles, de deux bâtiments offrant300 chambres individuelles, d'une tour de quinze étages offrant62 appartements de trois à cinq pièces, ainsi que du centre de réception du village destiné à devenir par la suite l'école maternelle du quartier[réf. nécessaire].
La cité olympique hébergeant les services publics, ceux du comité olympique ainsi que les firmes participantes est prête le et se compose d'un groupe de douze bâtiments allongés offrant 1 200 logements et de sept tours de quinze étages offrant chacune62 appartements de trois à cinq pièces[50].
Le village, caractérisé par ses façades en bois, et agrémenté par six œuvres d'art grâce au premier symposium français de sculpture organisé depuis l'été 1967[51], et l'ensemble de ce quartier sont labellisés trente-cinq ans après les Jeux« patrimoine duXXe siècle »[52].
Alain Calmat, brandissant la torche, s'apprête à allumer la vasque de laflamme olympique, lors de la cérémonie d'ouverture, le 6 février.Tenue de la délégation française à la cérémonie d'ouverture
Le patineur artistiqueAlain Calmat reçoit laflamme olympique à l'entrée du stade des mains deDaniel Robin, puis traverse le stade pour embraser la vasque olympique. L'enregistrement de battements de cœur lorsqu'il traverse le stade et qu'il gravit l'escalier de 96 marches le menant au sommet d'une haute tour d'échafaudages, jusqu'au pied de la vasque, est retransmis dans tout le stade qui devient alors silencieux. Puis, des hélicoptères déversent trois tonnes de roses en papier (symbolisant celles figurant sur les armes de la ville de Grenoble) sur les spectateurs[37]. Le skieur alpinLéo Lacroix prononce leserment olympique, qui marque la fin de la cérémonie[54],[55] et cinqFouga Magister de lapatrouille de France tracent les couleurs olympiques dans le ciel de Grenoble[54].
Alexandre Tikhonov, ici en 2007, remporte deux médailles lors de ces Jeux.
Les compétitions debiathlon ont lieu àAutrans, dans lemassif du Vercors. Deux épreuves masculines sont au programme : la course individuelle de 20 kilomètres et le relais 4 × 7,5 kilomètres. Elles sont disputées par 72 athlètes de16 pays différents. Les épreuves sont dominées par lesSoviétiques, qui remportent trois médailles, tandis que lesNorvégiens en remportent deux[56].
L'épreuve du 20 kilomètres individuel a lieu le par un temps médiocre : un ciel couvert, une neige molle et une température douce[57]. Le NorvégienMagnar Solberg, sélectionné à la surprise des journalistes de son pays à la place de l'ancien champion du mondeOlav Jordet, remporte la course en1 h 13 min 45 s 9 sans la moindre pénalité (20/20 au tir). Le SoviétiqueAlexandre Tikhonov est deuxième : alors qu'il se montre le plus rapide sur les skis, il manque deux cibles qui lui valent une pénalité d'une minute chacune. Il est ainsi classé avec un temps de1 h 14 min 40 s 4. Le podium est complété par un autre Soviétique,Vladimir Gundartsev avec également deux minutes de pénalité[58].
Le relais4 × 7,5 kilomètres se déroule le jeudi et quatorze équipes composées de quatre coureurs y participent. Cette épreuve est introduite au programme olympique pour ces Jeux. Les favoris sont les Soviétiques, qui ont placé quatre coureurs dans les sept premiers lors de l'individuel[59]. La course initialement prévue le matin est décalée en début d'après-midi en raison du brouillard[57]. Les Soviétiques, menés par Alexandre Tikhonov, s'adjugent le premier titre dans l'histoire de cette épreuve en occupant la tête de la course du début à la fin. Ils signent finalement un temps de2 h 13 min 2 s 4 avec six pioches et deux tours de pénalité (150 mètres chacun) et sont suivis des Norvégiens, neuf pioches et cinq tours de pénalité, puis des Suédois, qui réalisent le sans faute (aucune pioche) mais se montrent beaucoup moins rapides sur les skis, alors que la Pologne prend la quatrième place[59].
Âgé de 40 ans,Eugenio Monti remporte deux médailles d'or.
Les épreuves de bobsleigh, le bob à deux et le bob à quatre, se déroulent sur lapiste de l'Alpe d'Huez. Onze nations engagent des bobeurs, pour un total de 90 participants. Le pilote italienEugenio Monti, âgé de 40 ans, remporte la médaille d'or dans les deux épreuves[60].
Dès la première manche de l'épreuve de bob à deux, le, le bob italien d'Eugenio Monti etLuciano de Paolis devance un équipage roumain et un équipage britannique. Dans la deuxième manche, le bob d'Allemagne de l'Ouest piloté parHorst Floth se montre le plus rapide, mais les Italiens conservent la première place du classement général après le premier jour de compétition. Les conditions météorologiques retardent les deux dernières manches, qui sont finalement disputées le. Lors de la troisième manche, l'équipage Horst Floth-Pepi Bader prend la tête du classement alors qu'Eugenio Monti et Luciano de Paolis reculent au deuxième rang, mais les Italiens sont les plus rapides dans la quatrième et dernière manche au cours de laquelle ils établissent le record de la piste. Les deux équipages se retrouvent à égalité parfaite avec un temps cumulé de4 min 41 s 54. Le règlement stipule qu'en cas d'égalité, l'équipage ayant réussi la manche la plus rapide est désigné vainqueur, c'est la raison pour laquelle la médaille d'or revient à Eugenio Monti et Luciano de Paolis, tandis que Horst Floth et Pepi Bader doivent se contenter de la médaille d'argent. La troisième place revient aux RoumainsIon Panțuru etNicolae Neagoe, qui terminent à près de trois secondes des deux équipages de tête[61].
Les mauvaises conditions météorologiques perturbent également le déroulement de l'épreuve de bob à quatre et empêchent que les deux dernières manches soient disputées. Le classement final est alors établi sur la base des deux premières manches, disputées le, à l'issue desquelles l'équipage italien mené par Eugenio Monti se trouve en tête. La médaille d'argent revient au bob autrichien piloté parErwin Thaler et la médaille de bronze au bob suisse deJean Wicki. Ce dernier équipage, seulement septième à l'issue de la première manche, effectue une remontée spectaculaire en améliorant le record de la piste dans la seconde manche[62],[63].
Aucun des six premiers du classement de l'épreuve lors desJeux d'Innsbruck en 1964 n'est engagé lors de cette édition. Quarante-et-un représentants de treize nations participent à l'épreuve du saut sur letremplin du Claret àAutrans le. L'Allemand de l'OuestFranz Keller réalise le meilleur saut, à 77,5 m. Le JaponaisHiroshi Itagaki se place au second rang. Dans l'épreuve de 15 kilomètres ski de fond, disputée deux jours plus tard, le SuisseAlois Kälin réussit une grande performance : seulement24e à l'issue du saut, il s'élance avec3 min 30 s de retard sur Franz Keller et achève son parcours à seulement6 s 3 de l'Allemand de l'Ouest. C'est insuffisant pour remporter la médaille d'or, qui revient à Franz Keller, mais cette performance lui permet de monter sur la deuxième marche du podium.Andreas Kunz,10e après le saut, remonte autroisième rang et apporte la médaille de bronze à la délégation d'Allemagne de l'Est[64].
Triples champions du monde en titre, les Soviétiques sont les grands favoris du tournoi, d'autant qu'ils n'ont perdu aucune rencontre internationale depuis 1963. Alors qu'ils remportent leurs cinq premiers matchs, ils s'inclinent dans le sixième face à la Tchécoslovaquie (5-4). Ces deux équipes possèdent le même bilan de cinq victoires pour une défaite avant le dernier match, ce qui signifie que les Tchécoslovaques sont sacrés champions olympiques s'ils obtiennent un résultat identique aux Soviétiques lors de leur dernière rencontre. Alors que les Soviétiques s'imposent sur le score de5-0 face aux Canadiens, troisièmes du tournoi et médaillés de bronze, la Tchécoslovaquie concède le match nul face à la Suède. L'Union soviétique gagne la médaille d'or, commequatre ans plus tôt[67].
Intégrée au programme des Jeux quatre ans plus tôt, laluge rassemble lors de cette édition un total de 85 participants originaires de quatorze pays[68]. Les épreuves, organisées sur lapiste de Villard-de-Lans, souffrent des conditions climatiques : les températures trop élevées retardent plusieurs départs et provoquent l'annulation de certaines manches. Elles sont également marquées par un acte de tricherie : des concurrentes de l'Allemagne de l'Est sont disqualifiées pour avoir chauffé les patins de leur luge afin de gagner de la vitesse en piste[69].
Quatre-vingt-seize patineurs de17 nations, dont46 hommes et50 femmes, sont rassemblés auStade de glace pour les épreuves de patinage artistique[73]. La patineuse américainePeggy Fleming remporte la seule médaille d'or pour les États-Unis au cours de ces Jeux[74]. Elle se classe en tête du programme court puis du programme libre et devance la patineuse est-allemandeGabriele Seyfert et la TchécoslovaqueHana Mašková[75].
La station de Chamrousse lors de la première manche du slalom géant masculin.
La station deChamrousse accueille les six épreuves deski alpin programmées lors de ces Jeux : la descente, le slalom géant et le slalom spécial chez les hommes et chez les femmes. Ces épreuves rassemblent 191 skieurs de 33 nations, dont 136 hommes et 55 femmes. LaFrance domine largement les compétitions en remportant huit médailles dont quatre titres olympiques. L'Autriche obtient cinq médailles, mais seulement une en or[83]. Certains concurrents sont filmés par une caméra de l'ORTF depuis un hélicoptère[réf. nécessaire].
La descente masculine, prévue le8 février, est repoussée au lendemain en raison des conditions météorologiques défavorables. Le FrançaisGuy Périllat s'élance en premier et établit le temps de référence, en1 min 59 s 93. Il n'est finalement devancé que par son compatrioteJean-Claude Killy, grand favori de l'épreuve et qui améliore le meilleur temps de huit centièmes de seconde. Les Français réalisent ainsi le doublé, alors que la médaille de bronze revient au SuisseJean-Daniel Dätwyler[84],[85]. La première manche du slalom géant se tient le11 février dans des conditions parfaites. Pour la première fois dans l'histoire des Jeux, il est couru en deux manches. Jean-Claude Killy est une nouvelle fois le favori, dans une discipline qu'il affectionne particulièrement. Il réalise le meilleur temps de la première manche, et bien qu'il concède 21 centièmes de seconde sur l'AméricainBilly Kidd dans la deuxième manche, disputée le lendemain, il remporte son deuxième titre olympique, devant le SuisseWilly Favre et l'AutrichienHeinrich Messner[86],[85]. La première manche du slalom est disputée dans le brouillard le17 février. Jean-Claude Killy réalise le meilleur temps avec 31 centièmes de seconde d'avance sur l'AutrichienAlfred Matt. À l'issue de la seconde manche, le NorvégienHåkon Mjøen prend la tête du classement général, mais il est disqualifié pour avoir manqué deux portes. La victoire doit alors revenir à l'AutrichienKarl Schranz. Ce dernier a bénéficié d'une seconde chance et a été autorisé à descendre une deuxième fois car il dit avoir été gêné par un officiel dans le brouillard avant de franchir la21e porte. L'équipe de France porte réclamation : les jurés disqualifient finalement Karl Schranz en l'accusant d'avoir manqué deux portes avant d'avoir été gêné[87]. Jean-Claude Killy passe de la troisième à la première place et remporte ainsi sa troisième médaille d'or. Il égale ainsi l'AutrichienToni Sailer, triple médaillé d'or àCortina d'Ampezzo en 1956[88],[85]. Le SuisseDumeng Giovanoli, qui avait remporté le mois précédent les slaloms de Wengen et Kitzbühel, n'obtient aucune médaille.
Championne olympique et médaillée d'argent àInnsbruck en 1964,Marielle Goitschel apparaît comme l'une des grandes favorites des épreuves féminines après avoir remporté les classements de la Coupe du monde de descente et de slalom en1967. Elle ne se classe pourtant que8e de la descente remportée par l'AutrichienneOlga Pall. L'équipe de France obtient quand même une médaille avec la2e place d'Isabelle Mir. L'AutrichienneChristl Haas complète le podium[89]. Dans le slalom, Marielle Goitschel se montre à son meilleur niveau. Elle se classe2e de la première manche derrièreJudy Nagel, puis à nouveau2e de la seconde manche derrièreNancy Greene, ce qui lui permet de remporter la médaille d'or. Elle devance Nancy Greene et une autre Française,Annie Famose[90]. Contrairement à l'épreuve masculine, le slalom géant féminin ne compte qu'une seule manche. La Canadienne Nancy Greene, qui a remporté la Coupe du monde de la spécialité la saison précédente, tient son rang de favorite : elle domine la course avec2 s 64 d'avance sur Annie Famose, sa plus proche poursuivante. La SuissesseFernande Bochatay gagne la médaille de bronze, tandis que Marielle Goitschel, tenante du titre, se classe seulement7e[91].
La cérémonie de clôture des Jeux se déroule ledimanche 18 février auStade de glace de Grenoble, en présence du premier ministre françaisGeorges Pompidou. Au cours de la cérémonie,Jean-Claude Killy reçoit sa troisième médaille d'or, celle obtenue en slalom, des mains du comteJean de Beaumont, président du Comité olympique français. Laflamme olympique entre dans le stade portée parDaniel Robin, puis les athlètes défilent. L'hymne japonais est joué alors que le drapeau japonais est hissé en haut d'un mât pour saluer la ville deSapporo qui accueillera l'édition suivante des Jeux d'hiver, en1972. Le président duCIOAvery Brundage prononce un discours de clôture dans lequel il remercie les autorités et le comité d'organisation[101].
Jean-Claude Killy, au centre, remporte trois médailles d'or au cours de ces Jeux.
Leskieur alpin françaisJean-Claude Killy, sacré dans toutes les épreuves auxquelles il participe, est le sportif le plus médaillé de ces Jeux avec trois médailles d'or[40].
Les Jeux de Grenoble sont considérés comme un succès. La qualité de l'organisation des compétitions est particulièrement saluée malgré le report de quelques épreuves à cause du brouillard. Les résultats de l'équipe de France, avec neuf médailles dont trois en or pour le seulJean-Claude Killy, soulèvent l'enthousiasme du public français[102],[103]. Le succès populaire est relatif : 503 700 billets sont vendus, alors que le nombre escompté approchait le million de visiteurs avant les Jeux. Ces billets sont vendus principalement à une clientèle locale plus qu'étrangère, et surtout dans la deuxième semaine des Jeux, quand les billets d'abord commercialisés au prix fort deviennent plus accessibles[104]. Pour la première fois, un chef d'État français reçoit les athlètes français aupalais de l'Élysée après ces Jeux[réf. nécessaire].
Les dépenses liées à la construction des différents sites de compétition, des infrastructures et des équipements généraux placent ces Jeux sous le signe de la démesure. L'historien du sportÉric Monnin estime qu'« avec les Jeux de Grenoble, on assiste à un tournant dans la manière d'organiser et de médiatiser. Il faut absolument valoriser l'événement, en promouvant toute une région. Les Jeux deviennent une immense vitrine où se mêlent région, département, ville, sites, architecture, technologie[105]. » Le déficit observé à l'issue des Jeux s'élève à 80 millions de francs, une somme importante mais bien moindre que celles enregistrées lors d'autres éditions, comme le souligne l'économiste du sport Wladimir Andreff. L'organisation de l'évènement a un impact durable sur les finances de la commune de Grenoble, qui met 27 ans pour rembourser ses emprunts estimés à plus de 200 millions de francs. Dans les trois années qui suivent les Jeux, les impôts locaux augmentent de 230 %. Pour autant, la ville aurait pu subir une situation économique bien plus difficile sans l'intervention de deux facteurs. D'une part, grâce à l'aide de l'État, seuls 20 % du coût total des Jeux lui reviennent, et d'autre part, l'inflation observée les années suivant les Jeux produit un effet modérateur sur la dette de la commune[106].
Sur le plan sportif, ces Jeux sont l'occasion de grandes premières pour l'olympisme à l'image des premierscontrôles antidopage et des premierstests de féminité inclus dans le cahier des charges des Jeux à Grenoble[107], mais également l'utilisation des premiers chronomètres automatiques[108].
Après les Jeux, le magazine municipal retranscrit quelques réactions de médias nationaux et étrangers.France-Soir relate « Tout d'abord le côté sportif et technique… Enfin tous les problèmes de circulation et de service d'ordre ont été réglés dans le calme avec une grande efficacité ».L'Équipe, « Des faits, des champions, des Jeux. Des épreuves d'une richesse exceptionnelle. Une grande victoire française à Grenoble: l'organisation parfaite ».La Croix, « La réussite est me semble-t-il indéniable » signe le journaliste Jean Vigneron.Combat, « Avec ces lumières et ces ombres, les Jeux de Grenoble furent cependant remarquables: l'organisation, en dépit de sa complexité, fonctionne sans à-coups. L'hébergement des athlètes parfait, l'information dans ces courses fut rapide et complète ».L'Aurore décrit : « C'est une grande réussite, surtout si l'on tient compte de l'effort colossal consenti par les chaînes de TV, que ce soit l'ORTF ou l'ABC. Les organisateurs avaient calculé leurs prévisions sur la venue d'un million de visiteurs, ils ne sont pas très loin du compte (25 à 30 % de spectateurs non payants). ».Le Monde, « C'est une ville jaillissante, nette, qui se révèle. Une ville duXXe siècle, ce qui n'est pas banal en France » relateJean Lacouture[réf. nécessaire].
De son côté, la presse étrangère poursuit avec l'International Herald Tribune qui relate « Tout a été fait pour atteindre la perfection dans le domaine des facilités sportives ».The Daily Mirror précise « Cette cérémonie dépassait tout ce qu'un metteur en scène aurait pu mettre sur pied ».The Guardian, « Ce fut impressionnant et spectaculaire ».Die Presse, « Cérémonie de gala à Grenoble, pathétique mais solennelle, un super music-hall olympique qui n'a pas raté son effet. Une cérémonie d'ouverture minutée dans les moindres détails ».Volksblad, « La composition musicale avait presque transformé la cérémonie en jeux mystiques. Un évènement inoubliable. ». L'agenceTASS, « Avant de quitter Grenoble, nous voudrions noter que tout a été fait pour que les épreuves puissent se dérouler au plus haut niveau sportif dans une ambiance de franche amitié entre athlètes de37 pays ».Il Tempo, « L'organisation a été parfaite. Tous les services ont répondu à la perfection aux tâches qui leur étaient attribuées ».De Telegraaf, « La cérémonie d'ouverture était un peu pompeuse mais impressionnante et très bien organisée ». Enfin le journal suisseSport écrit « Les Jeux de Grenoble pourraient être définis comme les Jeux de l'amabilité, de la politesse, du tact et du sourire. L'organisation en a été proche de la perfection »[réf. nécessaire].
L'organisation des Jeux olympiques renforce considérablement l'image de ville dynamique que possèdeGrenoble. Elle est même qualifiée de« première ville française duXXIe siècle » par l'hebdomadaireParis-Match dans un numéro spécial consacré aux Jeux, en. La retransmission télévisée en couleur, pour la première fois dans l'histoire de l'olympisme, contribue également à répandre cette image[104]. Le sociologueMichel Raspaud souligne que la ville attire de nombreux investisseurs après les Jeux, à l'image des entreprisesHewlett-Packard,Schneider Electric etThomson qui y concentrent leurs activités. Parallèlement, de nombreux enseignants-chercheurs s'y installent[109]. En revanche, l'impact des Jeux sur le développement du tourisme à Grenoble est relativement faible dans les années qui suivent les Jeux de 1968, mais plus important pour les stations alpines ayant accueilli les épreuves de neige[110]. Celles-ci bénéficient à travers les Jeux d'une augmentation de leur capacité hôtelière, du nombre de remontées mécaniques ou encore du nombre de moniteurs de ski[111].
À travers l'organisation des Jeux, la ville deGrenoble se dote de nouvelles infrastructures sportives, mais également d'équipements généraux prévus dans leVe Plan d'Aménagement du Territoire : le nouvelHôtel de ville, la nouvellegare SNCF, lamaison de la Culture, les accès autoroutiers ou encore l'aéroport de Grenoble-Saint-Geoirs[102].Pierre Arnaud etThierry Terret modèrent l'impact direct des Jeux dans ces travaux de transformation et de rénovation urbaines, en précisant que« ces évolutions auraient de toute manière eu lieu, mais le consensus sur le caractère positif des JO a amené les divers responsables à en accélérer parfois la réalisation pour profiter de la médiatisation et de la dynamique olympiques[112]. » Pierre Kukawka estime que les Jeux de Grenoble sont une vitrine pour la municipalité d'Hubert Dubedout, en tant que« laboratoire expérimental de la nouvelle gauche française », notamment autour du premierGroupe d'action municipale en France, créé par ce maire[102].
Après le retrait de la ville deDenver pour l'organisation desJeux d'hiver 1976, la municipalité grenobloise envisage une nouvelle candidature placée sous le signe de l'économie et de la simplicité, en visant à réduire les charges financières pour transformer la recherche du prestige en une grande fête populaire. Le maire Hubert Dubedout justifie cette candidature auprès duComité national olympique et sportif français comme un« retour aux sources par la réalisation de Jeux olympiques plus sportifs et populaires que prestigieux » et cherchant à« s'engager dans un processus de réduction des dépenses par rapport aux dernières expériences. » Cette candidature, à laquelle s'opposent de nombreux Grenoblois, n'aboutit pas[114],[113]. Grenoble se porte une nouvelle fois candidate pour lesJeux d'hiver 2018, mais c'est finalementAnnecy qui est choisie par leCNOSF pour porter la candidature française[115]. Les Jeux sont finalement attribués àPyeongchang, en Corée du Sud[116].
L'utilisation des différents sites de compétition après les Jeux est contrastée. Lestade de Glace de Grenoble, transformé en Palais des Sports, est utilisé occasionnellement pour des rencontres de hockey sur glace ou de patinage, et plus régulièrement pour des compétitions d'athlétisme ou de cyclisme comme lesSix jours de Grenoble. Il accueille également des manifestations de boxe, de basket ou de tennis ainsi que des expositions culturelles ou des concerts. Cette reconversion a permis à la ville de Grenoble de combler une partie des charges financières et des frais de fonctionnement entraînés par l'entretien du bâtiment, à l'image des travaux de réfection nécessaires pour réparer le défaut d'étanchéité originel de la voûte en béton, mais sa gestion demeure nettement déficitaire[117]. L'anneau de vitesse est utilisé pendant quelques années pour le public, puis devient en 1990 une piste depatinage à roulettes à cause de la vétusté des installations frigorifiques, ce qui laisse la France sansanneau de glace[118],[119].
L'anneau de vitesse en 2010.
Les autres équipements sportifs sont peu à peu délaissés. Letremplin d'Autrans, peu utilisé, accueille parfois des entraînements de sauteurs, tandis quecelui de Saint-Nizier-du-Moucherotte est abandonné depuis le début desannées 1990, souffrant de la concurrence dutremplin du Praz construit àCourchevel dans le cadre desJeux d'Albertville en 1992. Il symbolise à lui seul la difficile reconversion fonctionnelle des sites olympiques qui conduit le plus souvent à leur abandon, comme le souligne, en 2014, Franck Girard-Carrabin, maire de la commune :« Après les Jeux olympiques, le tremplin a continué à servir pour des entraînements et des compétitions. Jusqu'en 1989. Et puis les normes ont changé. Il aurait fallu investir pour remodeler la piste de réception. Seulement, le saut à ski est une discipline mineure en France. Et Saint-Nizier ne dispose pas de structures de ski nordique alentour pour rentabiliser un tel investissement. Quand Albertville a organisé les Jeux, en 1992, son comité d'organisation s'est posé la question de rénover le tremplin pour le réutiliser. Mais les Savoyards étaient contre : Albertville, c'était les Jeux de la Savoie, pas ceux de l'Isère. » Inutilisé, le site est alors classé en zone dangereuse et son accès est interdit[120]. De même, lapiste de bobsleigh de l'Alpe d'Huez est détruite au cours des années 1990, tandis que la piste de luge deVillard-de-Lans, abandonnée elle aussi, est en partie reconvertie et intégrée dans un complexe touristique, leLudi Parc[121].
Salle d'exposition célébrant les Jeux de 1968 au musée dauphinois en 2018.
À l'occasion du cinquantième anniversaire des Jeux, en 2018, lemusée dauphinois inaugure une exposition d'une durée de onze mois qui retrace l'évènement. Une version itinérante de cette exposition circule à travers le département de l'Isère durant l'année 2018[128]. La chaîneTéléGrenoble réalise le sur l'anneau de vitesse une soirée spéciale de 75 minutes contenant un spectacle chorégraphique et pyrotechnique en l'honneur des Jeux. Des sportifs de l'époque y sont invités, à l'image deJean-Claude Killy,Marielle Goitschel ouAlain Calmat[129]. Pour autant, Anne-Marie Granet-Abisse, professeure d'histoire contemporaine à l'université de Grenoble, constate un« effacement des traces » laissées par les Jeux. Elle affirme que la mémoire de l'évènement disparaît peu à peu et qu'en dehors des passionnés, la plupart des Grenoblois ne font plus de lien entre les Jeux de 1968 et l'héritage qu'ils ont laissé à la ville :« Pour qu'une mémoire puisse exister, il faut qu'il y ait des traces, des points de fixation et surtout une transmission, qui dans le cas des JO ne s'est pas faite, ou seulement partiellement. Lorsque cette mémoire existe, elle est très incomplète : on se souvient de la mascotte Schuss, de la venue du Président De Gaulle, des victoires de Killy...Il n'y a donc pas une mémoire mais « des » mémoires sélectives des Jeux. »[130] À l'inverse, l'attrait des collectionneurs pour les objets liés à cet évènement est toujours vif des années après les Jeux comme en témoigne la vente aux enchères de la torche olympique, en, en pleine période de célébration du cinquantième anniversaire des Jeux de Grenoble, pour la somme de 202 400 euros[131].
Le conservatoire observatoire et laboratoire des Jeux Olympiques de Grenoble
Le conservatoire observatoire et laboratoire des Jeux Olympiques de Grenoble (COLJOG) est une association indépendante qui a pour vocation de recenser, protéger et mettre en valeur le patrimoine culturel, architectural, artistique et sportif des Jeux Olympiques de Grenoble (1968)[réf. nécessaire].
Le Conservatoire observatoire et laboratoire des Jeux Olympiques de Grenoble a été créé en 2002[132] à l’initiative de Bernard Loucel,Jack Lesage et Paul Blanc. La plupart des membres de l’association se sont investis lors des Jeux de 1968 :Jack Lesage était le cinéaste attitré des JO, Paul Blanc le responsable des relations presse[133] et Roger Alepée l’adjoint à la direction sportive du Comité d’organisation. Géo Perli, ancien footballeur professionnel, cofondateur dumusée Géo-Charles àÉchirolles, artiste peintre, sculpteur, est sollicité pour en prendre la présidence afin de dynamiser les projets et trouver de nouvelles idées en vue des commémorations à venir. L'idée d'un musée consacré aux Jeux d'hiver de 1968 est envisagée, mais on s’oriente très vite plutôt vers une célébration plus vivante afin de recréer un esprit olympique[réf. nécessaire].
L'association œuvre depuis cette date, en partenariat avec lemusée olympique de Lausanne, l'Académie nationale olympique française, lemusée national du sport de Paris, lemusée dauphinois de Grenoble, le musée d'entrepriseSkis Rossignol et les collectionneurs privés afin de répertorier, faire découvrir, rassembler, réhabiliter et valoriser l’exceptionnel patrimoine humain et matériel constitué à partir de 1964. Elle souhaite ainsi révéler et analyser les traces olympiques inscrites dans l’histoire locale, nationale et internationale. En 2010, elle a également soutenu activement la candidature de Grenoble à l'organisation des Jeux d'hiver de 2018[réf. nécessaire].
Le président de la structure est aujourd'hui Gilles Grindler qui a succédé à Géo Perli en 2019[réf. nécessaire].
En 2008, pour le40e anniversaire des JO[134], la régie dutéléphérique de Grenoble et le COLJOG ont réalisé une exposition réunissant objets et illustrations de la gare du téléphérique jusqu’au sommet de laBastille, intitulée “1968-2008, panorama Olympique”[135] du au, exposition autour de différents thèmes : l’épopée des Jeux, les symboles, l’innovation. À cette occasion, les cabines du téléphérique ont été décorées avec la mascotte des JO,Shuss[136].
Cette même année, le COLJOG publieLes Neiges de Grenoble, ouvrage écrit par Alain Arvin Berod, qui retrace la grande aventure humaine qui a scellé l'histoire d'une ville, d'une agglomération, d'un département et de larégion Rhône-Alpes à l'olympisme[137].
Lancé le, un parcours pédagogique, allant de lagare de Grenoble àAlpexpo suit la “voie triomphale” des JO. Ce parcours étant desservi par laligne A du tramway depuis 1987, leSMTC et le COLJOG choisissent d'installer desflashcodes aux différentes stations de cette ligne et proposent, à l'aide d'un smartphone, de découvrir, ou redécouvrir, une partie du patrimoine historique, sportif et architectural encore présent ou disparu. Une rame de cette ligne A[138] a alors été entièrement habillée aux couleurs des Jeux Olympiques de 1968.
Pour les50 ans des Jeux de Grenoble, l'association a répertorié à travers la France[139],[140] et le monde les anciens porteurs de laflamme olympique (7 000 personnes se sont relayées à pied, à skis et même en parachute pour porter la flamme olympique jusqu’à Grenoble) avec l'objectif de faire une grande exposition de photographies des relayeurs de l'époque présentée en gare de Grenoble durant tout l'hiver 2018[141]. Le cinquantième anniversaire des Jeux de 1968 est également l'occasion pour le COLJOG de prêter des photos et des films lors d'une exposition aumusée-bibliothèque de Grenoble à l'automne 2017[142], ainsi que pour celle organisée par lemusée dauphinois à partir du[143].
Par ailleurs, le COLJOG porte le projet, en collaboration avec la ville de Grenoble, de l'aménagement et la valorisation du patrimoine architectural hérité des Jeux olympiques basé dans leparc Paul-Mistral comme l’actuelpalais des sports (ancien palais de glace), l’ancienanneau de vitesse et ses bâtiments tribunes et l’actuelleHalle Clemenceau (ancienne patinoire), ainsi que l'hôtel de ville. Il faut y rajouter les œuvres monumentales issues du premier symposium de sculptures[144] réalisé en 1967 pour honorer la venue des Jeux Olympiques d'hiver ainsi que la valorisation dumat et de lavasque olympique, patrimoine unique et hautement symbolique.
Shuss (créé par Aline Lafargue, créatrice de films animés à destination de la jeunesse pour l’ORTF) dont le COLJOG détient la propriété[145], est la première mascotte (non officielle) de l'histoire des Jeux olympiques et reste l'un des symboles emblématiques des JO de Grenoble[146].
↑Dominique Pestre, « Louis Néel et le magnétisme à Grenoble : Récit de la création d'un empire dans la province française 1940-1965 »,Cahiers pour l'histoire du CNRS,(lire en ligne[PDF]).
↑Ivan Boccon-Perroud et Marie Savine,Un musée sans murs : Le premier symposium français de sculpture. Grenoble, été 1967., Département de l'Isère,, 64 p.(ISBN2-905375-23-X,présentation en ligne).
↑« Exposition à la Bastille - 40ème Anniversaire des JO - 2008 - COLJOG - Jeux Olympiques de Grenoble 1968 »,COLJOG - Jeux Olympiques de Grenoble 1968,(lire en ligne)
↑Le chercheur de vosempreintes, « Les bulles ont la nostalgie », surEmpreintes, Graffitis, Trompe l'oeil et Marques de tâcheron(consulté le)
André-GeorgesDassaud,Fantastique Grenoble, B. Arthaud,, 162 p..
Bureau de presse du Comité d'organisation des Jeux olympiques (préf. Albert Michallon),Grenoble 1968. Xèmes Jeux olympiques d'hiver (Rapport officiel. Official report. [the text is translate inenglish]), Grenoble, Maîtres imprimeurs de Grenoble,,1reéd., 416 p.(lire en ligne).
BernardBruneteau, « Le "Mythe de grenoble" des années 1960 et 1970 : un usage politique de la modernité »,Vingtième Siècle : Revue d'histoire,no 58,,p. 111-126.