LesJeux olympiques d'été de 1980, officiellement connus comme lesJeux de laXXIIe olympiade de l’ère moderne, ont lieu àMoscou enURSS du19 juillet au. C'est la première fois que les Jeux se déroulent dans ce pays.
80 nations et 5 179 athlètes (dont 1 115 femmes) prirent part à 203 épreuves dans 21sports.
Le budget d'organisation a été de 9 milliards de dollars. Pour ces Jeux, la sécurité fut énormément renforcée et une grande partie de la ville fut réservée à la circulation olympique.
Les porte-drapeau et, en arrière-plan, la mascotteMisha.
Lelogo de cesJeux olympiques deMoscou fut l'œuvre de l'artiste soviétique Vladimir Arsentyev. Il représente les anneaux olympiques surmontés de lignes parallèles pouvant symboliser la piste d'athlétisme. Ces lignes se terminent verticalement, en pyramide, et sont coiffés d'une étoile, pour représenter leKremlin.
Lamascotte officielle est l'oursMisha. Elle fut imaginée parViktor Tchijikov, auteur de livres pour enfants. Cette mascotte fut déclinée sous divers supports et sous diverses situations durant ces Jeux de Moscou. À la cérémonie de fermeture des jeux olympiques,Lev Lechtchenko chante la chansonAu revoir Moscou lorsque la mascotte géante Misha s'envole vers le ciel attaché à des ballons, devant les spectateurs émus.
Les nations boycottant les Jeux de Moscou sont indiquées en bleu.
En cette période deguerre froide, les Américains utilisent le boycott comme moyen de pression. Le, le présidentJimmy Carter, en pleinecampagne de réélection fragilisée par lacrise des otages américains en Iran, prend unilatéralement des mesures d'embargo économique contre l'URSS[2]. Puis il demande au président du CIO de surseoir à la tenue des Jeux si les troupes soviétiques ne se retirent pas d'Afghanistan. Le, le président américain adresse un ultimatum auKremlin : « Si dans un mois au plus tard, vos troupes n'ont pas évacué l'Afghanistan, l'équipe olympique américaine n'ira pas à Moscou et nous demanderons aux autres pays de s'abstenir aussi ».
Après plusieurs mois d'intenses négociations, et après une hypothétique solution de rechange enGrèce, leComité international olympique présidé parLord Killanin, annonce le, qu'il refuse, à l'unanimité le boycottage ou le transfert des Jeux olympiques de Moscou. Il obtient quelques concessions symboliques de la part deLéonid Brejnev, notamment le fait de défiler derrière le drapeau olympique. En revanche,Washington ne cède pas et le boycott américain a bien lieu.
Parmi les nations ne faisant pas le déplacement àMoscou, leCanada, leJapon, laCorée du Sud et l'Allemagne de l'Ouest s'alignent sur les positions américaines. Par ailleurs, 29 paysmusulmans s'associent également à ce boycott considérant l'attaque contre l'Afghanistan comme une attaque contre l'Islam.
Quinze nations décidèrent de défiler sous la bannière olympique. L'hymne olympique fut joué à chaque titre remporté par ces délégations. Cette décision est prise le3 mai lors d'une réunion àRome. Le7 mai,Léonid Brejnev accepte cette « dépolitisation des Jeux »[3]. LaNouvelle-Zélande, quant à elle, concourra sous le drapeau de son comité national olympique.
AuRoyaume-Uni, le Comité olympique alla à l'encontre du souhait deMargaret Thatcher en décidant d'envoyer une délégation. LaFrance laissa le libre choix auComité national olympique et sportif français et trois fédérations nationales (équitation, voile et tir) boycottèrent les Jeux. De plus, comme d'autres pays occidentaux, la délégation française boycotta la cérémonie d'ouverture. La diffusion des épreuves par les télévisions occidentales est de plus réduite alors que des nations comme le Japon ou les États-Unis ne diffusent aucune épreuve en direct[4].
Les 80 délégations participantes (Le nombre d'athlètes engagés est indiqué entre parenthèses)
Comme lors desjeux de Montréal en 1976, 21sports figurent au programme de ces Jeux de Moscou. Parmi les 203 épreuves, le tournoi olympique deHockey sur gazon féminin est disputé pour la première fois.
Gymnastique Résultats détaillés Le SoviétiqueAlexandre Dityatin[5] réalise l'exploit de ces jeux en remportant huit médailles sur les huit épreuves disputées (3 d'or, 4 d'argent et 1 de bronze), devenant le premier athlète à obtenir huit médailles au cours d'une même olympiade. Il est par ailleurs le premier homme à obtenir la note maximale de 10 engymnastique aux Jeux olympiques. Quatre ans après avoir remporté 7 médailles àMontréal, son compatrioteNikolai Andrianov en récolte 5 supplémentaires. Côté femmes,Nadia Comăneci, dont les performances àMoscou sont particulièrement suivies, obtient quatre médailles dont deux d'or.
Leshandballeuses soviétiques avec leur médaille d'or.
Dans letournoi femmes, les 6 équipes qualifiées s'affrontent dans une poule unique. L'URSS est championne olympique tandis que laYougoslavie et l'Allemagne de l'Est, à égalité de points et ayant fait match nul, sont départagées à la différence de buts générale au profit des Yougoslaves. La RDA décroche donc la médaille de bronze avec dans ses rangsRoswitha Krause, athlète étonnante de longévité qui avait décroché une médaille d'argent en natation douze ans plus tôt àMexico.
Natation Résultats détaillés En l'absence des grandes nations occidentales, les nageusesest-allemandes remportent 26 médailles sur 39.Barbara Krause récolte à elle seule 3 médailles d’or. Le SoviétiqueVladimir Salnikov décroche également trois médailles d'or, dont le 1 500 m où il devient le premier homme à franchir la barre des 15 minutes.
Sur 631 médailles distribuées, l'URSS, sur son sol, en remporte 195 (dont 80 en or) devant l'Allemagne de l'Est (126 médailles dont 47 d'or). Ces deux pays récoltent ainsi plus de 50 % des titres olympiques.
La chaîne américaineNBC avait acheté les droits de retransmission pour 87 millions dedollars. Après le boycott annoncé par près de 60 nations, dont lesÉtats-Unis, NBC renonça à la diffusion des Jeux mais, grâce à un contrat d'assurance souscrit auprès de laLloyd's of London, récupéra 90 % de la somme engagée.
Aucun athlète ne fut contrôlé positif à l'occasion de ces Jeux de Moscou, une performance décrite comme inégalée dans l'histoire moderne des Jeux depuis 1968[6], le directeur de la commission médicale du CIO,Alexandre de Merode, déclara que ces jeux étaient les« plus purs » (« Purest »)[7]. Ces Jeux, présentés comme les premiers sans drogues, sont ultérieurement surnommés les « Junkie Olympics » ou « Chemists' Games » en raison de l'utilisation massive detestostérone, indétectable alors, ou destéroïdes. Legouvernement soviétique voulait des jeux parfaits, sans problème : la cinquième direction duKGB créa un département dont la mission est de remplacer tous les échantillons d'urine par des échantillons propres pour garantir l'absence de dopage. Une enquête dusénat australien à la fin des années 1980 estime à une très forte probabilité que pratiquement tous les médaillés ont utilisé au moins une substance[8],[9],[10],[11].
↑Vincent Nouzille,Des secrets si bien gardés : les dossiers de la maison-blanche et de la CIA sur la France et ses présidents, 1958-1981, Fayard,,p. 453.
↑Henri Charpentier et Euloge Boisonnade,100 ans de Jeux olympiques, Paris, France-Empire, 1996,p. 484.
↑Henri Charpentier et Euloge Boisonnade,op. cit.,p. 485.
↑La citation étant« There is hardly a medal-winner at the Moscow Games, certainly not a gold medal winner, who is not on one sort of drug or another: usually several kinds. The Moscow Games might as well have been called the Chemists' Games for in many events it will not be the athlete who is naturally the strongest or fastest who wins, but the athlete with the best bag of drugs. […] The Moscow Olympics have brought the scandal of drug-cheating out of the locker rooms and into the open, or at least into the shadows of the daylight. », prononcée par le journaliste Robert Darroch le 5 août 1980 et publié en 1989 dansDrugs in Sport: An Interim Report of the Senate Standing Committee on Environment, Recreation and the Arts,p. 10.