Lebeuf naît le à Auxerre dans laparoisse Saint-Renobert[n 1],[n 2], dans une famille peu aisée. Son père, Pierre Lebeuf, est commis aux recettes des consignations ; il vient deJoigny mais sa famille (éteinte en 1848 ou avant) est d'Auxerre. Sa mère, Marie Marie, est d'une famille bourgeoise renommée d'Auxerre, orientée vers la magistrature. Jean est l'aîné de leurs deux enfants, tous deux entrés dans les ordres[1].
Il est noté très tôt pour son sérieux et son amour de l'étude. À sept ans, il entre au collège desjésuites pour y étudier leshumanités (langues et littérature ancienne) et dans le même temps il prend l'habit clérical. Il se forme aux devoirs ecclésiastiques dans sa paroisse, où il apprend également leplainchant et lescaractères gothiques : la paroisse est pauvre et sesantiphoniers sont des manuscrits duXIIIe et XIVe siècles ; il y acquiert la passion de la musique et des vieux manuscrits[1]. Il se fait remarquer, dès l'âge de 10 ans, par une dissertation publique sur les événements d'histoire ecclésiastique et profane dans les épîtres desaint Jérôme. À l'âge précoce de 12 ans, en 1699, il est tonsuré par l'évêque d'AuxerreAndré Colbert (neveu deColbert le célèbre ministre des finances deLouis XIV). En l'an 1700, le même évêque lui octroie un petit bénéfice à la nomination du chapitre d'Auxerre sous le titre deChapelle de Saint-Louis (ad altare S. Alexandri).
Il termine le cycle d'études des jésuites d'Auxerre à l'âge de quatorze ans et désire grandement poursuivre des études à Paris – mais la famille est pauvre. Un oncle bienfaiteur le pourvoit financièrement pour ce faire et le place aucollège Sainte-Barbe. Jean y reste cinq ans, suit aussi les cours dethéologie ducollège de Sorbonne, étudie le grec et l'hébreu, fait de profondes études historiques et devient féru depaléographie, science relativement nouvelle et rare à l'époque. Il est reçu maître-ès-arts en 1704.
Son sérieux et sa brillante intelligence lui amènent des amis et protecteurs, dontClaude Chastelain,chanoine de Notre-Dame[n 3] de grande érudition notamment en liturgie et musique sacrée. Plus tard, Lebeuf citera abondamment Chastelain, dans les meilleurs termes[2].
À 18 ans, en 1705, il s'est déjà fait un nom comme compositeur. Il est appelé audiocèse de Lisieux[3], où il reste une année entière pour y introduire dans le chant ecclésiastique les mêmes réformes faites par Chastelain à Paris ; vaste travail qu'il ne termine qu'après son retour à Auxerre[2], et qui est approuvé et prescrit pour usage dans le diocèse par l'évêque de Lisieux le[3]. Il profite de son séjour dans cette région proche duBessin pour aller en 1707 consulter sur place les documents relatifs aux premiersévêques de Bayeux[4], notamment sursaint Regnobert qui a donné son nom à la paroisse où Lebeuf a grandi[5].
Le, Lebeuf reçoit à Auxerre les quatreordres mineurs. Il est ordonné sous-diacre, le de cette année, diacre, le et prêtre, le[3].
En 1711, il en arrive presque à faire un procès à son évêqueCharles de Caylus pour un canonicat etprébende associée, qu'il revendique à la suite du décès de Laurent le Seure[n 4] et auquel son grade lui donne droit. Mais Caylus veut attribuer canonicat et prébende à un brevetaire[n 4]. Lebeuf doit se pourvoir auprès de l'archevêque de Sens (Hardouin Fortin de la Hoguette), qui lui accorde ses provisions le. Sur le point d'entrer en instance au conseil, un autre canonicat se présente ; Lebeuf le demande et l'évêque admet sa réquisition, Caylus n'ayant pas agi contre Lebeuf mais seulement en faveur de son propre protégé. Le Lebeuf reçoit sa provision des mains de son évêque, qui le nomme sous-chantre de lacathédrale Saint-Étienne le - lui donnant ainsi la direction duchœur de l'église sous l'autorité du chantre[3].
Son avenir matériel ainsi assuré, Lebeuf peut se consacrer aux études historiques[3]. Il s'attache d'abord à éclairer les antiquités de son pays et fait paraître en 1716 laVie deSaint Pèlerin, premierévêque d'Auxerre[7].
En 1720, il présente à Law, marquis de Toucy et contrôleur des finances[8], un manuscrit[9] sur l'Histoire de la ville deTouci.
Il publie en 1722 l'Histoire de la vie deSaint Vigile,évêque d'Auxerre[10]. L'année suivante paraît sonHistoire de la prise d'Auxerre par leshuguenots[11], sur le titre de laquelle il ne juge pas à propos de mettre son nom. Ces travaux ne sont qu'une préparation àl'Histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre[12] qu'il publie vingt ans plus tard[13].
Lebeuf traite de préférence les questions qui touchent aux antiquités de sa patrie, mais il aborde aussi bien d'autres sujets. Il se fait connaître du monde érudit dans les concours ouverts par l'Académie de Soissons et par l'Académie des inscriptions et belles-lettres[13]. En 1734, il est couronné par la seconde de ces académies, pour sonDiscours sur l'état des sciences dans l'étendue de la monarchie française, depuis la mort deCharlemagne jusqu'à celle de Robert ; une dissertation qui paraît d'abord dans leMercure de France de juin et et est réimprimée dans l'ouvrage de Lebeuf intituléRecueil de divers écrits pour servir d'éclaircissements à l'histoire de France et de supplément à la notice desGaules[15]. Ce recueil rassemble plusieurs mémoires qui ont parus séparément[13].
En 1735, il obtient une couronne à l'académie de Soissons pour uneDissertation sur l'état des anciens habitants du Soissonnais avant la conquête des Gaules[16]. Lebeuf y émet une opinion nouvelle sur la position de la ville deNoviodunum mentionnée par César. Il s'ensuit, entre lui et le bénédictinToussaint Duplessis, une discussion scientifique qui est consignée dans leMercure. La réplique de Lebeuf paraît en 1736[13].
L'année suivante, la même Académie de Soissons lui donne le prix pour un mémoire traitant de l'époque de l'établissement de la religion chrétienne dans le Soissonnais et de ses progrès jusqu'à la fin duIVe siècle[17]. Ce mémoire est imprimé avec ceux de Duperret et Rochefort sur la même question[13]. Deux autres dissertations, l'une surl'origine de l'église de Soissons, l'autre surplusieurs circonstances du règne de Clovis et en particulier sur l'Antiquité des monnaies de nos rois et de celles qui portent le nom de Soissons (Paris, 1738, in-12), sont également couronnées par l'académie de cette ville[13].
En 1740, Lebeuf reçoit de nouveau le prix de l'académie de Soissons pour saDissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France a été en usage[18] ; et en 1741 le prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour uneDissertation sur l'état des sciences en France, depuis la mort du roy Robert jusqu'à celle dePhilippe le Bel[19], imprimée depuis au tome 14 desMémoires de cette académie et qui lui vaut son entrée dans cette institution. Il est élu en 1740, à la place de Lancelot[13]. Lebeuf devient dès lors un des membres les plus actifs de l'Académie, dont le recueil renferme quarante-six de ses dissertations[20].
Géographie de la Gaule et de la France au Moyen Âge, archéologie gallo-romaine, numismatique, histoire de nos rois, histoire de nos villes, diplomatie, histoire littéraire, critique des sources, hagiographie, histoire des mœurs et coutumes des Français, Lebeuf embrasse de très nombreux sujets qu'il traite avec une égale érudition, un grand sens et une bonne compréhension du sujet. Il s'attache plus généralement aux détails et on ne trouve pas en lui une grande hauteur d'aperçus, mais il saisit habilement et expose avec clarté la marche des événements. On peut le considérer comme un des fondateurs de l'étude et de la géographie nationale aux époques mérovingienne et carolingienne[20].
Toutefois, entraîné par une imagination pleine de ressources, il se laisse en certains cas aller au désir de proposer des attributions nouvelles, et plusieurs de ses opinions géographiques ne reçoivent pas la sanction de la critique. Pour connaître Lebeuf tout entier, il faut joindre sesDissertations pour servir à l'histoire de France aux mémoires qu'il a publiés dans le recueil de l'Académie des inscriptions[20].
Les antiquités de Paris et de ses environs sont l'objet plus habituel des derniers travaux de Lebeuf ; il a déjà donné en 1739-1743 desDissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris[25] ; il reprend complètement ce sujet dans son grand ouvrage qui paraît de 1754 à 1758 (15 vol. in-12) sous le titre d'Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris[26], véritable monument d'érudition, riche recueil dans laquelle ont puisé et puisent encore tous ceux qui s'occupent de la géographie et des antiquités de l'Île-de-France[20].
À citer encore de Lebeuf :Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique, avec le directoire qui en contient les principes et les règles, etc.[27]. Labibliothèque des auteurs de Bourgogne, imprimée dix-huit ans avant la mort de Lebeuf, donne l'indication de cent soixante ouvrages ou opuscules publiés par cet écrivain et contenus, la plupart, soit dans leMercure, soit dans lesMémoires deDesmolets[20].
Il a pris part à la nouvelle édition duGlossaire deDu Cange et à la nouvelle édition duDictionnaire géographique deLa Martinière entrepris àDijon en 1740[20].
Entièrement absorbé dans ses travaux, il vivait sans ambition matérielle et de la manière la plus modeste.« C'était un homme simple, un cœur droit, sans intrigue, sans bassesse, bon ami, bon citoyen, dégagé de bien des préjugés, plaisantant volontiers sur ce qui ne mérite que le respect des sots[29]. ». Le papeBenoît XIV, qui est frappé des mérites de Lebeuf, veut l'attirer àRome, mais la mauvaise santé du savant ecclésiastique l'empêche d'accepter cette proposition. Bien que n'ayant qu'un revenu restreint, il trouve le moyen de faire des legs pieux à divers établissements publics de sa ville natale, et il fonde sur ses épargnes un lit à l'hôpital des Incurables de Paris[20].
Il existe aussi à Auxerre une place de l'Abbé-Lebeuf et une rue qui descend jusqu'à l'Yonne, dans le prolongement de l'ancienne rue Saint-Renobert (maintenant rue Philibert-Roux)[33],[34].
[1716]Vie de saint Pélerin,1er évêque d'Auxerre, Auxerre, Jean-Antoine Troche,, in-12.
[1716]Histoire de la vie de saint Vigile, évêque d'Auxerre, Auxerre, Jean-Antoine Troche,, 16 p., in-8.
[1723]Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots et de la délivrance de la même ville : avec un récit de ce qui a précédé et de ce qui a suivi ces deux fameux événements ; et des ravages commis àla Charité,Gien,Cône,Donzi,Entrains,Crevan,Iranci,Colanges-les-Vineuses et autres lieux du diocèse d'Auxerre, Auxerre, impr. Jean-Baptiste Troche,, annexes + 288, surbooks.google.fr(lire en ligne).
[1736]Dissertation où l'on fixe l'époque de l'établissement des Francs dans les Gaules ; où l'on prouve la vérité de l'histoire de la déposition de Childéric, et de l'élection d'Egydius en sa place; où l'on traite de la nature et de l’étendue de l'autorité d'Egydius et de Siagrius dans leurs états, et où l'on avance ce qui parait de plus vraisemblable sur le lieu de la bataille de Soissons, Paris, J.-B. de l'Espine,, in-12.
[1740]Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France a été en usage pour désigner une partie des Gaules ; l'étendue de cette portion ainsi dénommée, ses accroissements et ses plus anciennes ivisions, depuis l'établissement de la monarchie française, Paris, J.-B. Delespine,, 114-[6].
[1741]Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique, avec le directoire qui en contient les principes et les règles suivant l'usage présent du diocèse de Paris, Paris, impr. Hérissant,, 290 p., surgallica.
[1741]L'état des sciences en France, depuis la mort du roy Robert, arrivée en 1031, jusqu'à celle de Philippe le Bel, arrivée en 1314, Paris, Lambert et Durand,, 236 p., surgallica(lire en ligne).
[Roussel & Lebeuf 1745] abbé Nicolas Roussel et Jean Lebeuf (éditeur scientifique),Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, Paris, P.-G. Simon,, XXIV-540-CLXVIII-100-4-40, in-4, carte et plan. Il y a une pagination particulière pour chaque livre et pour les préliminaires, le recueil de chartes, le supplément et la table.
↑Une tradition auxerroise fait naître Jean Lebeuf auno 10 rue Notre-Dame. MaisQuantin a vérifié l'acte d'achat de cette maison, acquise par Pierre Lebeuf seulement le 30 décembre 1702 alors que son fils Jean avait déjà 15 ans ; et l'acte n'indique pas que les acheteurs aient été auparavant locataires de cette demeure, ce qui aurait vraisemblablement été mentionné si tel avait été le cas. VoirQuantin 1848,p. 206, note 1.
↑Chastelain, chanoine de Paris, est aussi député pour la révision des Livres de l'Église (voir[Mauléon 1718] Auger de Mauléon,Voyages liturgiques de France…, Paris,, surbooks.google.fr(lire en ligne),p. XII).
↑a etbLaurent le Seure était trésorier de l'église Notre-Dame-de-la-Cité. Il est mort le 26 juillet 1711. Jean-Baptiste Taveault lui succède dans cette charge[6].
↑Testament manuscrit de J-F Dreux du Radier, BN cote Q 651
↑Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles lettres avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette académie,xxix, 1764,p. 372-382.
[Bastard 1857] L. de Bastard, « Lettres de l'abbé Lebeuf »,Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne,no 11,,p. 538-559(lire en ligne [surgallica]).
[Bastard 1859] L. de Bastard, « Lettre de l'abbé Lebeuf »,Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne,no 13,,p. 92-133(lire en ligne [surgallica]).
[Dauvergne 1971] Robert Dauvergne, « L'abbé Lebeuf à Paris »,Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France,vol. 96e année,,p. 125-155(lire en ligne [surgallica]).
[Dugenne 1997] Paul-Camille Dugenne,Dictionnaire biographique, généalogique et historique du département de l'Yonne,t. 3 :L-N (4 tomes),,p. 751-754.
[Julliot 1908] Gustave Julliot, « Inscriptions romaines trouvées à Sens en 1735 et 1736. Correspondance entre l'abbéJean-Basile-Pascal Fenel, chanoine de Sens et l'abbé Jean Lebeuf, chanoine d'Auxerre »,Bulletin de la Société archéologique de Sens,no 23,,p. 1-48(lire en ligne [surgallica]).
[Moreau 1987] H. Moreau, « L'abbé Lebeuf et les antiquités gallo-romaines »,Bulletin de la Société des fouilles archéologiques et des monuments historiques de l'Yonne,no 4,,p. 48-56.
[Petit 1885]Ernest Petit, « Correspondance de l'abbé Lebeuf et du président Bouhier »,Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne,no 39,,p. 151-225(lire en ligne [surgallica.bnf.fr]).
[Petit 1896]Ernest Petit, « Quatre lettres de l'abbé Lebeuf »,Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne,(lire en ligne [surarchive.org]).
[Quantin 1848]Maximilien Quantin,Annuaire statistique du département de l'Yonne : recueil de documents authentiques destinés à former la statistique départementale, Auxerre, éd. Perriquet,, surbooks.google.fr(lire en ligne), « Personnages historiques de l'Yonne : Jean Lebeuf »,p. 205-237..
[Quantin et Chérest 1866-1868]Maximilien Quantin et Aimé Chérest,Lettres de l'abbé Lebeuf (412 lettres, 1708-1753), Société des Sciences de l'Yonne, surgallica :