| JeanII Le Meingre | ||
JeanII Le Meingre, Heures du maréchal de Boucicaut,fo 26vo (détail), vers 1405-1408. | ||
| Surnom | Boucicaut Maréchal de Boucicaut | |
|---|---|---|
| Naissance | àTours | |
| Décès | (à 57 ans) | |
| Origine | Français | |
| Allégeance | ||
| Grade | Maréchal de France | |
| Années de service | 1378 –1415 | |
| Conflits | Guerre de Cent Ans | |
| Faits d'armes | Bataille de Roosebeke Bataille de Nicopolis Bataille d'Azincourt | |
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JeanII Le Meingre[n 1], surnomméBoucicaut[n 2] né en1364 àTours - mort enAngleterre dans leYorkshire, probablement le[1], futmaréchal de France.
Il ne doit pas être confondu avecJeanIer Le Meingre, ditBoucicaut, son père.
Le père deJeanII Le Meingre estJeanIer Le Meingre, surnomméBoucicaut, maréchal de France, originaire deTouraine. Sa mère se nomme Florie deLignières.
En1372,JeanII descendit àAvignon rencontrer le papeGrégoireXI, au nom de son père, avec pour mission d’offrir les reliques desaint Roch au couvent de laTrinité d'Arles[n 3]. Il était accompagné dePhilippe de Mézières, compagnon d’armes du maréchal. Le pape avalisa la volonté paternelle et le petit Jean se rendit avec son mentor en pèlerinage àArles et auxAlyscamps.
LaGuerre de Cent Ans fait rage depuis 1337.
Lorsqu'il estun pou grandellet,JeanII est admis dans l'entourage du Dauphin, le futurCharlesVI[2], puis nommé valet d'honneur deCharlesV.
Début 1378, le roi ordonne la confiscation des fiefs normands de son cousinCharles le Mauvais, qui complotait contre lui. Il laisse l'application de cette mesure auducLouisII de Bourbon, qui mène cette campagne du début avril à fin juillet, accompagné du jeune Boucicaut.
Celui-ci assiste ensuite très certainement au sacre deCharlesVI àReims, le.
Lorsque le les pourparlers deLeulinghem sont rompus,Hugues de Calveley débarque àCalais et entreprend de ravager l’Artois et laChampagne. En représailles,CharlesVI ordonne àJean de Vienne de traverser la Manche et de porter la guerre sur les côtes anglaises, et au maréchalLouis de Sancerre de s'avancer enGuyenne. Jean accompagne ce dernier et participe au siège deMontguyon[n 4].
En 1382, le comteLouisII de Flandre est en lutte contre la ville deGand et demande l'aide du roi de France. Celui-ci se trouve obligé d'intervenir lorsquePhilippe van Artevelde refuse à deux reprises, les 10 et, de recevoir les ambassadeurs français.
JeanII participe à l'expédition, s’illustre lors de labataille du Pont deComines, ce qui lui vaut d'êtreadoubé parLouisII de Bourbon, le[3].
Il participe le lendemain à labataille de Roosebeke, et y combat un Flamand de très haute stature qui se moque de lui : « Va téter, va, enfant ». « Les enfants de ton pays, jouent-ils à de tels jeux ? », lui répond Boucicaut après que le géant fut allongé mort.
Cette intervention en Flandre suscite une violente riposte de l'Angleterre, et le débute la chevauchée foudroyante de l'évêque deNorwich,Henri le Despenser, qui parti deCalais s'empare en moins de trois semaines des villes deBergues,Bourbourg,Cassel,Dunkerque,Furnes,Gravelines,Messines,Nieuport,Poperinghe etSaint-Venant.
CharlesVI ordonne un rassemblement de toutes les forces disponibles du royaume. Cette considérable armée royale se regroupe àArras, entre en Flandre le, oblige l'évêque à lever le siège d'Ypres, et reprend les villes perdues, sauf Calais. La campagne s'achève le. L'armée est licenciée, seulOlivierV de Clisson, Boucicaut et quelques troupes restent sous les armes pour garder la frontière.
JeanII quitte cette région fin, et part combattre lesLituaniens, encore païens, aux côtés des chevaliers de l'Ordre Teutonique.
Il est cependant de retour en France au printemps, et participe à une campagne qui commence le et dure environ six mois, menée parLouisII de Bourbon, dans lePoitou et enGuyenne, afin d'en chasser les Anglais. Plusieurs villes sont reprises, dontVerteuil après un siège d'un mois.
En1385,Jean de Gand, revendiquant le royaume deCastille, l’envahit avec deux armées, une anglaise et unegalicienne. Une expédition française sous les ordres du duc de Bourbon part au secours du roiJeanIer de Castille, et se trouve àBarcelone en, àBurgos en juillet. Il semble que les combats furent rares, les Anglais se retirant auPortugal, les autres en Galice.
L'armée retourne en France, mais en profite pour attaquer les forces anglaises dans le Sud-Ouest. Boucicaut fait l'admiration de ses amis lors de la prise deBrassempouy[4]. Sont pris aussiAyenmal[n 5],Lescar etMontcuq. Cette campagne prend fin en.
Début 1388, avec son compagnon d'armesRegnaut de Roye, Boucicaut se rend àVenise, puis s'embarque pourConstantinople où il arrive en février. Ils obtiennent des sauf-conduits pour visiter le sultanMouradIer, alors en paix avec ses voisins, auprès duquel ils restent environ trois mois, àGallipoli. Puis ils gagnent leDanube par laBulgarie, puis sont reçus par le roiSigismond deHongrie. Les deux amis restent trois mois dans ce pays, puis se séparent, Renaud prenant le chemin de laPrusse, Jean retournant à Venise, où il s'embarque pour un pèlerinage enTerre sainte où il rencontrePhilippe d'Artois en : celui-ci avait été arrêté àDamas sur ordre du sultan d'Égypte. Boucicaut n'hésite pas à se faire inclure dans sa suite, jusque dans sa prison, auCaire, dans laquelle ils restent quatre mois. Libérés ils revisitent la Terre sainte, et sont de retour en France en octobre.
Les deux amis rencontrentCharlesVI et l'accompagnent dans une visite de ses états du Sud. Le cortège royal est àMontpellier en, àToulouse le. Il est de retour à Paris le.
Le pays est alors en paix, une trêve ayant été signée avec les anglais.JeanII, Regnaut de Roye etJean de Sempy en profitent pour organiser untournoi àSaint-Inglevert, près de Calais. Pendant trente jours, du au, ils défient tous les chevaliers et écuyers anglais, ou autres, qui voudraient les combattre. Les trois amis se relaient pour rompre leurs lances sur trente-six adversaires originaires d’Angleterre, duHainaut et deBohême, sans être désarçonnés une seule fois.
LouisII de Bourbon etEnguerrand de Coucy prennent la tête d'une croisade contreTunis[n 6], mais le roi interdit à Boucicaut d'y participer. Celui-ci, pour s'en consoler, repart pour la Prusse et se met au service deKonrad von Wallenrode, qui lui donne le commandement de la forteresse deKönigsberg. C'est là qu'il apprend queCharlesVI l'a promu maréchal.

Le Meingre n’avait pas vingt-cinq ans. Son père avait attendu vingt ans de plus pour obtenir cette dignité.
Il quitte la Prusse et rejoint le roi de France àTours, qui lui remet en grande solennité le bâton de maréchal le jour deNoël1391 en labasilique Saint-Martin.

CharlesVI prend la tête d'une expédition contre le duc deBretagne, mais sur la route traversant la forêt duMans , le, le roi est pris d’une crise de démence. Boucicaut est à ses côtés.
« Dès lors, tous les grands projets furent abandonnés, et toutes sortes de désordres commencèrent à troubler le royaume[5]. »
Louis de Bourbon rejoint Avignon à la mi-, car il tente de mettre un terme à la guerre que faitRaymond de Turenne àClémentVII,Marie de Blois et son filsLouisII d'Anjou. Une entrevue a lieu au château deBoulbon[n 7] qui appartient à Boucicaut, le. C'est là que le vicomte de Turenne apprend que le Conseil du roi a un parti à lui proposer pour sa fille en la personne du maréchal. Raymond de Turenne dit consentirpour faire plaisir au roi notre sire et à nos seigneurs les ducs, et pour le bien et honneur de la personne dudit monseigneur le maréchal.

Antoinette de Turenne, seule héritière de la vicomté, devait initialement épouser Charles du Maine[n 8], frère deLouisII d’Anjou, mais le Conseil du roi entérine différemment, et sont dépêchés Jean de Pertuis et Jean Blondel comme ambassadeurs auprès deClémentVII à Avignon, et auprès de Raymond de Turenne, alors assiégé dans sa forteresse desBaux par l’amiral Jean de Vienne. Au cours de l’audience avec l'antipape, les deux plénipotentiaires insistent sur les avantages de l’union d’Antoinette avec le maréchal, fidèle serviteur de la politique royale. Ce mariage était le gage de la fin des conflits entre le vicomte de Turenne, le pape (antipape), l’Église, Marie de Blois, la comtesse de Provence et son filsLouisII d’Anjou.
Jean Blondel demande àJean de Vienne de lever le siège des Baux, ce qui est fait par l’amiral. Quant à l'antipape, il rechigne, et pour empêcher que Boucicaut pût se marier, il lui refuse tout d’abord un sauf-conduit, puis enfin décrète une trêve de quelques jours et accorde l’autorisation de passage. Boucicaut arrive à la forteresse des Baux le. Dans sa suite se trouvent Hélion de Neillac, chambellan deCharlesVI, Édouard de Beaujeu et Blain Loup, maréchal du Bourbonnais. Mais le pontife avignonnais n’avait pas désarmé, et dans la semaine deNoël 1393, Pierre Vyen et Jaumet Martin, deux hommes d’armes de Boucicaut, sortis de Boulbon chargés de lettres pour les Baux où séjournait le maréchal, sont attaqués, capturés et torturés, car Boucicaut fut d’emblée considéré par l'antipape comme un soutien important de Raymond de Turenne, et le château de Boulbon comme une place forte ennemie[6]. Mais que vaut la volonté d'un antipape face à celle du roi de France ?

Le, en présence de Raymond de Turenne, Bernard Trévenq, vicaire de la chapelle castrale des Baux, célèbre le mariage de Boucicaut et d’Antoinette, âgée alors d’environ 17 ans.
Par contrat[n 9], le maréchal reçoit en dot le comté d’Alès, la baronnie d’Anduze, les fiefs de Portes-Bertrand et de Saint-Étienne-de-Valfrancesque[n 10]. Quant à lui, il affirme être prêt à soutenir la querelle de son beau-père contre l'antipape et la seconde maison d’Anjou, et même à lui céder son château de Boulbon si nécessaire. De plus, il promet que ses héritiers mâles porteraient sur leur écu les armes de Turenne écartelées des siennes[n 11].
Après les noces, Raymond de Turenne quitte les Baux. Le maréchal installe son épouse à Boulbon et accompagne son beau-père àVilleneuve-lès-Avignon[n 12], puis ils vont àViviers, puis àBaix où réside Alix la Major, veuve du comte de Valentinois et tante du vicomte. Là, au cours des trois dernières semaines de, Boucicaut affirme à son beau-père être prêt à l’appuyer dans ses litiges avec Marie de Blois, et à intervenir auprès du Parlement en faveur de la comtesse douairière deValentinois spoliée de ses fiefs par son neveu.
Mais les promesses du maréchal restèrent lettre morte, et pire, le vicomte furieux accuse son gendre de « tricheries, desloiautés et barateries » car celui-ci s’était emparé dePontgibaud en Auvergne, fief de son beau-père, dans la première semaine de : Raymond de Turenne reçut un courrier de son capitaine de Pontgibaud qui l’informait que des hommes d’armes de Boucicaut, avec sa procuration en mains, étaient venus exiger son château en le menaçant de le pendre s’il ne cédait pas.
Le vicomte prit alors conscience qu’il avait été joué et que l’accord passé n’avait jamais été considéré par le maréchal comme un engagement réel.

Depuis quelque temps on préchait une croisade qui avait pour objet de secourir le royaume de Hongrie et Constantinople menacés par lesTurcs.
La concentration des troupes croisées se fait àDijon, le départ est donné le.
Dans cette armée, commandée parJean,comte de Nevers et futurduc de Bourgogne, se trouvent le ducJeanIer de Bourbon ; l’amiralJean de Vienne, porteur de l’étendard marial ;Gui de La Trémoïlle ;Enguerrand de Coucy ; Boucicaut et son frère Geoffroy. Ils sont renforcés par les hospitaliers dePhilibert de Naillac, Grand Maître de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Ils se dirigent versNicopolis[n 13] où il se heurtent à l’armée deBajazet le 25 ou.
Les chrétiens sont écrasés[n 14]. Seul Sigismond réussit à s’enfuir sur un navire vénitien ; l’amiralJean de Vienne est tué ; le comte Jean, qui avait gagné sur le champ de bataille son surnom deJean sans Peur, est fait prisonnier et intervient auprès de Bajazet pour que les deux frères Boucicaut, ainsi queGui de La Trémoïlle etEnguerrand de Coucy aient la vie sauve. Ils font partie des vingt-quatre seuls prisonniers amenés en captivité, les autres sont massacrés.
Le maréchal est libéré par anticipation afin d’avertir les familles des prisonniers à rançon de la somme qui leur était imposée (un total de150 000 livres, payées comptant)[7].
À peine Boucicaut est-il revenu dans ses foyers, où il avait besoin de prendre quelques repos, qu'il est envoyé enGuyenne, lecomte de Périgord ayant levé l'étendard de la révolte. Le maréchal le bat, s'empare de ses châteaux et le ramène au roi[8].
Peu après, l'empereurManuelII Paléologue demande de nouveau assistance à la chrétienté.CharlesVI charge Jean de secourir les Grecs, et lui fournit 1 200 hommes. L'amiral débarque à Constantinople durant l', et réalise des exploits, « portant la terreur de ses armes »[9], effectuant des incursions sur la rive orientale duBosphore.
Rentré en France, Boucicaut crée, pour plaire à sa femme, l'Ordre de la dame blanche à l'écu vert[n 15].

Le dogeAntonio Adorno offrit la souveraineté deGênes àCharlesVI, pour tenter de mettre fin aux conflits, à l'anarchie, qui régnait entre les grandes familles de laSuperbe République.
Quoique le royaume de France était fort troublé et divisé en mille factions, la proposition fut acceptée et les troupes françaises s'installèrent àSavone le, et à Gênes le. Boucicaut est nommé gouverneur de ces deux cités en1401. Il s’y conduit avec une rare fermeté[n 16], et sa politique est louée par les gens honnêtes.
En 1403, Boucicaut s'embarque avec une armée pour secourirFamagouste, propriété génoise menacée par le roi deChypreJanus, qu'il force à renoncer, appuyé par intervention diplomatique deschevaliers de Rhodes ; il profite aussi de sa présence dans ces eaux pour faire campagne contre les "Sarrasins" : il attaque avec plus ou moins de succèsLattaquié,Tripoli,Sidon,Beyrouth[10].
Sur le chemin du retour vers l'Italie, sa flotte est attaquée entre l'île deSapientza etModon par celle deVenise, toujours commercialement en concurrence avec Gênes. S'ensuit une guerre ouverte entre les deux villes.
Comme partout à cette époque, la vie politique était extrêmement compliquée en Italie, et Jean fut appelé à intervenir dans les affaires duduché de Milan. Alors qu'il se trouve àMilan éclate une révolution à Gênes, en 1409 : la garnison française est surprise et massacrée. Incapable de réduire la sédition, le maréchal rentre en France.
Il y a ensuite un trou dans l'historique de notre héros, jusqu'en1413, où à la mort de son père, Antoinette devient vicomtesse de Turenne[11]. Le, Boucicaut se trouve avec elle auchâteau de Castelnau-Bretenoux, envicomté de Turenne[12]. Le, Boucicaut s’intitule vicomte de Turenne. Le, les consuls deBrive donnent procuration à Pierre Régis, bachelier ès-droits, et à Pierre Raynal le Jeune, notaire, « pour accorder les différents avec puissant seigneur Boucicaut, mareschal de France, et dame Antoinette, vicomtesse de Turenne »[13].

En 1415,HenriV, roi d'Angleterre, débarque sur les côtes deHarfleur avec une armée, s'empare de plusieurs villes et pénètre enPicardie. Le se livre labataille d'Azincourt.
À la tête des troupes françaises se trouventJeanIer d'Alençon, le connétableCharlesIer d’Albret, le ducCharlesIer d'Orléans et le maréchal Boucicaut, qui n'est pas favorable à l'engagement.
Leur armée est taillée en pièces[n 17].
Parmi les morts se trouvent le comte d’Alençon, le connétable d’Albret,ÉdouardIII de Bar.HenriV ordonne le massacre desprisonniers à rançon. Rares sont ceux qui commeCharles d’Orléans et le maréchal Boucicaut gardent la vie sauve. Ils sont conduits outre-Manche, Le Meingre y meurt en 1421.
Ramené en France, il est inhumé en labasilique de Saint-Martin de Tours, dans la chapelle de sa famille. Une épitaphe lui donne le titre deGrand Connétable de l’Empereur et de l’Empire de Constantinople. Antoinette de Turenne est plus tard enterrée auprès de son époux.

SesMémoires, connus sous le nom deLivre des faicts du bon messire Jean le Maingre, dit Boucicaut, sont parvenus jusqu’à nous, écrits par lui-même ou sous ses yeux[réf. nécessaire].
En voici les principales éditions :
SesMémoires sont une mine de renseignements sur :
« De sa vêture et habillement le Maréchal n’est mignot ni déguisé, quoique son appareil soit propre et net ».
« Quant à la nourriture, sachez que la coutume de ce Boucicaut est telle que jamais à table il ne mange que d’une seule viande, la première qui lui tombe sous la main. Jamais il ne se délecte en étranges viandes, ni sauces ou saveurs diverses ».
« Quant au vin, il ne le boit que couper d’un quart d’eau, et il n’en prend jamais hors à dîner et à souper. Il boit comme il mange, très temprément et sobrement ».
« Et quoique ses gens soient servis en argent doré et qu’il ait assez de vaisselle, jamais il ne veut être servi de nulle chose en or ni en argent. Il préfère l’être en étain, en verre ou en bois ».
« Le Maréchal a le jour du vendredi en grande révérence. Il n’y mange chose qui ne prenne mort et, en l’honneur de la Passion de Notre-Seigneur, il ne se vêt que de noir. Le samedi, il jeûne de droite coutume ainsi que tous les jours commandés par l’Église. Et pour rien n’en briserait ».
« Le Maréchal cause peu. Et quand de son mouvement, il se prend à parler, c’est toujours de Dieu ou des saints, de vertu ou de bien qu'aucun a fait, de vaillance et de chevalerie, de quelque bon exemple ou de toutes autres belles choses ».
« Sachez que moult lui plaît ouïr beaux livres de Dieu et des saints, des faits des antiques Romains et histoires anciennes ».
« Il aime Dieu et le redoute surtout car il est très dévot. Chaque jour, il dit ses heures, oraisons et suffrages des saints. Et quelque besoin ou hâte qu’il ait, il entend chaque matin deux messes, les genoux à terre. Ni nul n’oserait lui parler tandis qu’il est à ses messes et qu’il dit son service ou prie Dieu ».
« De plus, jamais ne jure Notre-Seigneur, ni la mort, ni la chair, ni le sang, ni autre détestable serment. En son hôtel, il ne souffre aucun jurement ni que ses gens renient et maugréent, comme tant font. Mal leur adviendrait si cela venait à sa connaissance et il n’y a si grand qu’il n’en punirait ».
« Le Maréchal aime à secourir couvents et églises et fait réparation de chapelles et lieux d’oraison. Volontiers il donne aux pauvres prêtres, aux pauvres religieux et à tous ceux qui sont au service de Dieu. Et à tout dire, jamais ne fault à ceux qui lui demande l’aumône pour l’amour de Dieu ».
« Quand le Maréchal voyage aucune part en armes, il fait défendre expressément, sous peine de la hart, que nul ne soit si hardi de grever église, ni monastère, ni prêtre, ni religieux, même en terre d’ennemis ».
« Outre cela, Boucicaut va très volontiers en pèlerinage ès lieux dévots tout à pied, en grande dévotion, et prend grand plaisir de visiter les saintes places et bons prud’hommes qui servent Dieu ».
« Boucicaut est très secourable et grand aumônier. Il aime chèrement toutes gens dont il est informé qu’ils mènent bonne et sainte vie et qui servent dévotement Notre Seigneur. Volontiers les visite et les hante, car comme dit le proverbe commun : Chacun aime son semblable ».
« Davantage ne ment et ce que le Maréchal promet, il le tient. Il hait les mensongers et flatteurs qu’il chasse. Il hait pareillement jeux de fortune ni nul temps n’y joue ».

LesHeures du maréchal Boucicaut font partie des collections duMusée Jacquemart-André à Paris. Sur deux cent quarante-neuf feuillets en parchemin, leMaître de Boucicaut a peint quarante-quatre grandes miniatures.
Ce manuscrit enluminé était initialement aux armes et devise du maréchal et de son épouse Antoinette de Turenne. Elles ont été après coup surchargées ou écartelées à celles de Poitiers-Valentinois.
Cela cesse d’être un mystère quand on sait que Geoffroy le Meingre, frère du maréchal et gouverneur duDauphiné (1399-1407) devenu veuf de Constance de Saluces, s’était remarié à Isabelle de Poitiers-Valentinois en1421.
Son filsJeanIII le Meingre, fut l’héritier duLivre d’Heures de son oncle et y fit ajouter quatre folios avec son portrait[n 18]. Il testa en1485 et demanda à son légataire et cousin Aymar de Poitiers-Valentinois d’écarteler ses armes avec les leurs. Les modifications des blasons auraient été faites à la demande de celui-ci.
Une édition moderne desHeures du maréchal Boucicaut a été faite par :
LeLivre des cent ballades lui a été longtemps attribué. Il l’aurait, disait-on, composé en captivité avec Jean de Werchin, Philippe d’Artois, le maréchal d’Eu, et Jean de Cresèques. Il est certain que la présence de Charles d’Orléans, prisonnier comme eux, (ERREUR : la mention de Charles d'Orléans montre que le rédacteur de cette partie place la composition des cents ballades après 1415 date de la bataille d'Azincourt. Or plusieurs des personnages qu'il vient de citer sont morts depuis longtemps à cette date. La composition des cents ballades se situe en 1389, soit un quart de siècle plus tôt et le compositeur principal est identifié comme étant Jean II de Saint-Pierre, Sénéchal d'Eu) dut inciter quelques chevaliers français à rimailler. Et ce fut, selon la critique actuelle, très certainement le sire de Werchin qui composa la quasi-totalité des ballades. À titre d’exemple, voici un des rondeaux que l’on se plaisait à attribuer à Boucicaut :