Jean-Henri Dombrowski (enpolonais :Jan Henryk Dąbrowski), né le àPierzchów, près deCracovie, mort le àWinna Góra, est un général polonais qui s'illustra dans l'armée française à l'époque de laRévolution et de l'Empire.
Après avoir combattu pour l’indépendance de la Pologne aux côtés dePoniatowski et deKościuszko, Dombrowski passe en France pour continuer la lutte aux côtés des Français contre les ennemis communs de la Pologne. Il organise unelégion polonaise, à la tête de laquelle il participe auxcampagnes d'Italie (1797-1801) et à lacampagne de Pologne (1806-1807). Après la création dugrand-duché de Varsovie, Dombrowski reste en Pologne à la tête d'un corps d'armée nationale. À la reprise des hostilités, il participe à lacampagne de Russie de 1812 et se distingue lors du passage de laBérézina et àLeipzig (1813). Après la chute deNapoléon, Dombrowski se retire de l'armée et devient sénateur dans lenouveau royaume de Pologne, en 1815.
Son nom est immortalisé dans le chant deslégions composé en1797 parJózef Wybicki :« ...Marche, marche, Dombrowski, de la terre italienne jusqu'en Pologne » devenu avec le temps l'hymne national polonais connu sous le nom deMazurek Dąbrowskiego.
Issu d'une vieille noblesse polonaise mais appauvrie, Dombrowski fait ses premières armes de 1788 à 1791 dans l'armée saxonne. En 1792, sous la persuasion du capitaineMichel Sokolnicki et le roi de PologneStanislas II lui-même, il rejoint l'armée polonaise. Il prête le sermon de fidélité à laconfédération de Targowica mais ne participe pas auconflit de 1792. En février 1793, il résiste àGniezno contre l'invasion de l'armée prussienne.
Mais en octobre, l'armée de Kościuszko s'incline devant la supériorité numérique des Russes et est battu àMaciejowice. Le, le généralSouvorov prend d'assautPraga — faubourg est de Varsovie — etmassacre ses habitants. Ce carnage met fin à l’insurrection.
Après la défaite de Maciejowice, Dombrowski se retire de Grande-Pologne. Le, il est capturé par des Russes près deRadoszyce[2].
Après l'échec de l'insurrection et letroisième partage de la Pologne (1795), Dombrowski compte sur un conflit entre la Prusse et les autres occupants de la Pologne. Il espère aussi une solution du côté de la France révolutionnaire où il se rend fin septembre 1796[3].
En novembre 1795, des anciens officiers et soldats polonais de l'armée de Kościuszko proposent à la France de se constituer en légions polonaises et d'intégrer l'armée française. LeDirectoire accepte et décide plus tard — puisque l'entrée d’étrangers dans l'armée républicaine est interdite par laConstitution de 1795[4] — de les former et placer sous le commandement du généralBonaparte qui mène campagne en Italie contre les Autrichiens[5]. En novembre 1796, le général Dombrowski fait partie de la délégation polonaise à Milan où il rencontreBonaparte[6].
Le, Dombrowski et le gouvernement de laRépublique transpadane signent un accord, ratifié parBonaparte en tant que commandant en chef. L'uniforme et les drapeaux des légionnaires sont ceux de l'armée polonaise. Des épaulettes sont italiennes et portent l'inscription „Gli uomini liberi sono fratelli”(Les hommes libres sont frères). Les légionnaires polonais arborent également la cocarde française[7]. Le général Dombrowski garantit à ses volontaires la citoyenneté lombarde avec le droit de retourner dans le pays lorsque la Lombardie sera libre et sûre. Inquiet de conserver son autonomie, Dombrowski base la formation et l’entraînement du soldat sur le règlement polonais adapté par legénéral Wielhorski[8]. Il abolit les châtiments corporels, donne la possibilité de promotion aux soldats d'origine non noble, et ordonne d'apprendre à lire et à écrire et d'approfondir la connaissance de l'histoire polonaise[9].
En juillet 1797, les légions célèbrent la naissance de laRépublique cisalpine, regroupant les républiques cispadane et transpadane. ÀReggio, où stationnait l'état-major polonais, le général et écrivainJózef Wybicki, inspiré par cette célébration, compose la musique et les paroles d'unchant pour les légionnaires, qui deviendra ensuite l'hymne de la Pologne. Ce chant évoque Dombrowski et Bonaparte, l'amour pour la Pologne et les rêves d'indépendance[10].
Dombrowski à la tête des légions polonaises, peinture deJuliusz Kossak.
Les Légions combattent aux côtés de Napoléon àRimini,Vérone et aulac de Garde. Après la signature de lapaix à Campo-Formio en octobre 1797, Dombrowski signe une nouvelle convention, le, avec les seules autorités françaises[4].
Au début l'année 1799, l’effectif du corps polonais en Italie crée par Dombrowski est de 8 200 soldats. Il est composé de deux légions, la première commandée par le généralKarol Kniaziewicz, la deuxième par le généralFranciszek Rymkiewicz. Cependant les durs combats d'Italie déciment les Français et les Polonais. Rymkiewicz est notamment tué àMagnano le 5 avril 1799. Envoyés renforcer ladéfense de la forteresse de Mantoue, les soldats de la deuxième légion sont capturés et considérés comme des déserteurs par les Autrichiens, conformément à l'accord de capitulation entre Français et Autrichiens[11],[12].
La première légion combat l'armée russe du généralSouvorov — l'auteur du massacre de Praga en 1794 — àLa Trebbia pendant trois jours, pendant lesquels elle est décimée. Dombrowski, qui commandait les troupes polonaises, y est blessé. Après labataille de Novi (15 août 1799), lapremière République Cisalpine, patrie adoptive des légionnaires polonais, disparaît et les débris de l'armée polonaise se retirent en France[13].
Après la victoire de Bonaparte — désormais Premier Consul — àMarengo le 14 juin 1800, une légion polonaise commandée par Dombrowski est réorganisée à Milan puis Marseille. Une seconde légion, commandée par Kniaziewicz, est intégrée à l'armée d'Allemagne commandée par legénéral Moreau et se distingue àHohenlinden (). Letraité de Lunéville entre la France et l'Autriche met fin à la guerre et, en conséquence, de nombreux soldats et officiers — au premier rang desquels Kniaziewicz — démissionnent[14].
En 1802, Dombrowski, promu général de division, se voit confier la réorganisation d'une légion en Italie. Chargé des questions administratives et de l’instruction, il contribue à l'organisation militaire de ce pays. Il rejoint également les rangs defrancs-maçons et devient un adepte du29e degré durite écossais[15].
L'année suivante, Dombrowski est nommé inspecteur général de la cavalerie italienne. Décoré de la croix de commandant de laLégion d'honneur, il fait partie de la délégation italienne ausacre de Napoléon en mai 1804, puis devient gouverneur de la province desTrois Abruzzes.
Pendant lacampagne de Prusse à l'automne, laGrande Armée bat les Prussiens àIéna etAuerstadt et entre en quelques semaines à Berlin. Avec le repli prussien enprovince de Prusse-Orientale et l'entrée en guerre de la Russie, Napoléon s'apprête à envahir la Pologne et, pour gagner l'appui de la population, rappelle à ses côtés Dombrowski, accompagné de Wybicki. À l'appel de Dombrowski et Wybicki, la population polonaise se soulève et favorise l'avancée des troupes françaises[16].
Grâce aux actions de Wybicki, les unités insurgées sont transformées en une armée régulière, à l'instar de l'armée française. Début janvier 1807, ces troupes comptent 23 000 soldats, équipés par ses propres soins, dont 20 000 des régions dePoznań etKalisz. Le commandement de l'armée polonaise est confiée àJózef Poniatowski, pendant que Dombrowski est nommé commandant d'une division intégrée au8e corps dumaréchal Mortier. La division de Dombrowski est renforcée par une unité de cavalerie forte de 300 hommes et une unité d'insurgés deVarsovie commandé par le fils du général, le lieutenant-colonel Jan Michał Dąbrowski. Renforcé ensuite par un corps de troupes badoises, Dombrowski est transféré au10e corps dumaréchal Lefebvre et participe ausiège de Dantzig jusqu'à sa reddition. Il combat à nouveau avec sa division sur l'aile gauche de l'armée française, commandée par Mortier, à labataille de Friedland ().
Lors de lacampagne de Russie en 1812, l'armée française compte 600 000 hommes, dont 100 000 soldats polonais, chiffre énorme pour un petit pays, auxquels s'en ajoutent 20 000 qui rejoignent ses rangs à la suite de la libération de la Lituanie. Dombrowski commande une des trois divisions d'infanterie du5e corps polonais et reste dans laRussie blanche. Il occupeMoguilev sur leDniepr et se montre de tous côtés, poussant ses partisans dans toutes les directions avec une grande activité. Quand l'armée française évacueMoscou, il est chargé de maintenir les communications entreMinsk etVilna et protéger le retrait des troupes françaises. Il contribue avec succès àcouvrir les ponts de la Bérézina le en défendant, face à des Russes très supérieurs en nombre, la ville deBorissov au moment du passage de laBérézina. Grièvement blessé le Dombrowski ne rentre à Varsovie que vers la fin de.
Après l'abdication de Napoléon en1814, Dombrowski retourne en Pologne. Il fait partie du comité des généraux à qui le tsar confie le soin de réorganiser l'armée polonaise du nouveauroyaume de Pologne qui succède au duché de Varsovie. Élevé au grade de colonel général de cavalerie, sénateur et voïvodie, Dombrowski se retire de la vie publique en 1815. Il meurt le àWinna Góra, dans ses terres dugrand-duché de Poznan, annexé en 1815 par laPrusse.
Il est enterré dans l'église deWinna Góra, où, depuis 1863, il repose dans un sarcophage dans une chapelle latérale. L'urne avec son cœur a d'abord été conservée dans son palais de Winna Góra, plus tard àCracovie et à l'hôtel de ville de Poznań, et à partir de 1997 dans la crypte des grands hommes deGrande-Pologne, créée au sous-sol de l'église Saint Wojciech à Poznań.
L'esprit qui animait les légions trouva son expression dans les paroles du chant composé en 1797 parJózef Wybicki : « La Pologne n'est pas encore morte puisque nous vivons […] Bonaparte nous a donné l'exemple comment il faut vaincre […] Marche, marche, Dombrowski, de la terre italienne jusqu'en Pologne. » Ce chant devint avec le temps l'hymne national polonais (Mazurek Dąbrowskiego). C'est le seul hymne national au monde à rendre hommage àNapoléon Bonaparte.
Un tertre commémoratif a été édifié àPierzchów, le village de sa naissance en 1997.