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Jean Frydman est unrésistant,déporté, survivant de laShoah,homme d'affaires et homme de communicationfranco-israélien, né le àVarsovie (Pologne) et mort le àSavyon (Israël). Frydman participe à la création et dirige plusieurs médias français comme notammentEurope 1 etTélé Monte-Carlo, s'imposant comme le « jardinier secret du paysage audiovisuel français »[1].
En tant queproducteur de cinéma, Jean Frydman signe notamment deux célèbres filmsdocumentaires concernant laSeconde Guerre mondiale :Le Chagrin et la Pitié deMarcel Ophüls (1969) etDe Nuremberg à Nuremberg deFrédéric Rossif (1989)[2].
Jean Frydman, naît le[3],[4] àVarsovie enPologne[5],[6],[7] de parents d'origine juive polonaise. Son père prénommé Noah est originaire deKamianka, enRussie et sa mère Judith est née enUkraine, àDniepropetrovsk (Dnipro); Jean a une sœur prénommée Renée et un petit frère, David[a]. Ses parents vivent enPologne, àVarsovie puis viennent en France au début des années 1920[b].
Il grandit à Paris dans lequartier de Belleville,rue Levert dans le20e arrondissement[a] où sa famille tient une modeste boutique de confection de lingerie[8].
En 1940, âgé de15 ans, Jean Frydman rallie larésistance intérieure française, au moment où les Allemands prennent possession de Paris[2]. Dans la nuit du 15 novembre 1940, il part clandestinement pour l'Espagne traversant laligne de démarcation, en vue de rejoindre ensuiteLondres et legénéral de Gaulle[c] mais il se fait prendre à la frontière espagnole par des douaniers et après un court séjour en rétention àPau, il part pourNice[c]. Pour rester dans la clandestinité et dans la Résistance, il se fait appeler Jean Noël et peut encore circuler sans papier, étant adolescent[d]. Il parvient à obtenir des papiers d'identité à ce nom et apprenant en septembre 1942 qu'une granderafle se prépare[e], il regagne la capitale pour demander à ses parents de se mettre à l'abri en Corrèze puis dans la Creuse où il entre dans le maquis avant de rejoindre celui de l'Indre en septembre 1943[f].
En 1944, il est impliqué dans l'organisation de l'assassinat dePhilippe Henriot, le chef de la propagande dugouvernement de Vichy. Cet assassinat, exécuté le dans le ministère où il vivait, est organisé par un groupe duCOMAC, tous membres du maquis, organisation désignée « organisation terroriste » par le gouvernement de Vichy[9].
Arrêté à l'été 1944, emprisonné àFresnes — sa dernière adresse est au 4rue Martel àParis 10e[7] — il est condamné à mort. Il attend chaque jour la mort mais échappe au peloton d'exécution grâce à l'intervention inattendue d'Aloïs Brunner. Transféré aucamp de Drancy, il est évacué versBuchenwald dans le dernier convoi à destination des camps de la mort : leconvoino 79 en date du, dans lequel il fait la connaissance deMarcel Dassault. Mais il réussit à s'évader du train.
Jean Frydman fréquente leSaint-Germain-des-Prés desexistentialistes de l'après-guerre et se lie d'amitiés avec des artistes comme les musiciens et comédiensMoustache etHenri Salvador, le poèteBoris Vian, les chanteusesJuliette Greco etRégine ou encoreEddie Barclay[g]. Au printemps 1949, il épouse Marinanne Lang issue d'une famille bourgeoise d'Alsace[h].
Il commence son aventure dans le monde naissant de l'audiovisuel par un stage dans une petite chaîne de télévision àChicoutimi, auQuébec, pour se former à l'univers de ce tout nouveau média[i]. Ses amisPierre Dumayet etPierre Grimblat employés par l'agencePublicis, lui permettent de rencontrer leur patron,Marcel Bleustein-Blanchet lequel souhaite lancer une télévision privée auMaroc[i]. En 1953, Frydman participe ainsi à la création de la première télévision privée francophone africaine, unique chaîne existante au Maroc à cette époque, intituléeTelma pourTélévision Marocaine et organise une société d'importation de téléviseurs[j].
En 1956, il revient en France et il est cofondateur de la station de radioEurope 1 et de sa régie publicitare[2] puis devient l'un de ses premiers actionnaires et dirigeants, entre 1957 et 1962[10]. En 1959, on lui doit la création de l'émission radioSalut les copains.
Il n'abandonne pas pour autant ses projets télévisuel et il se lie dans ses différentes entreprises, avec l'ingénieur et pionnier de la télévisionHenri de France et l'homme d'affairesSylvain Floirat[k]. En 1956, il pilote notamment le projetEurope 1 TV finalement intituléTélé-Sarre grâce à un émetteur de télévision situé enAllemagne[l] ainsi que le lancement de la chaîne monégasqueTélé Monte-Carlo à la même période, dont il devient l'un des principaux dirigeants[l]. Durant les années 1960, Jean Frydman prend la direction opérationnelle deTélé Monte-Carlo et, dans le but d'alimenter la grille de la chaîne, il constitue un important catalogue de films, principalement provenant du magnat américainHoward Hugues[m].
À partir de 1969, il s'engage dans son plus grand projet, la création d'une nouvelle chaîne de télévision commerciale nationale française, dont le nom de code est « Canal 10 », déclinaison de la chaîneTélé Monte-Carlo[j].
Entre 1965 et 1970, plusieurs initiatives permettent d'anticiper le développement d'une offre télévisuelle alternative à celle de l'ORTF. Depuis 1952, laSociété Spéciale d'Entreprise (SSE) exploite la station deTélé Monte-Carlo en vertu d'une convention conclue avecRadio Monte-Carlo, concessionnaire exclusif des droits d'émission enprincipauté de Monaco à cette époque[11]. En 1958, laSociété Spéciale d'Entreprise (SSE) contrôle doncTélé Monte-Carlo, devenant une filiale à 32 % d'Europe 1 appartenant à laSofirad[12].
Soutenu par ses amisMarcel Bleustein-Blanchet dePublicis etSylvain Floirat dirigeant d'Europe 1, Jean Frydman profite du modèle économique consistant à exloiter l'important marché publicitaire télévisé très peu exploité par le service publicORTF; s'inspirant du modèle télévisuel britanniqueBBC-ITV. Dès l'été 1969, le rapprochement entreEurope 1 etTélé Monte-Carlo se traduit notamment par des émissions spéciales produites en commun et diffusées simultanément sur les deux antennes, radio et télévision[13]. À terme, le projetCanal 10 consiste surtout à étendre la diffusion de TMC en625 lignesUHF, sur une grande moitié sud de la France et jusqu'àParis, avec le concours de la radioEurope 1[14]. En juin 1970, les détails du projetCanal 10 sont rendus publics. Télé-Monte-Carlo prévoit de financer un réseau de 25 émetteurs pouvant toucher près de 9 850 000 foyers, sur les 10,5 millions déjà desservis par l'ORTF. La gestion des émetteurs serait confiée au service public, lequel percevrait également une rétribution basée sur les recettes publicitaires de Télé Monte-Carlo. Diffusant 16 heures par jour, de 7 h. 30 le matin à 22 h 30, sans interruption. La répartition du capital de la sociétéCanal 10 pourrait être de 80 %, constitué par des actions réservées au public et 20 % détenus par des groupes comme ceux de Bleustein - Blanchet, Dassault, Floirat, Industries électroniques, etc. Jusqu'alors, l'entrepriseCanal 10 est une société anonyme monégasque, dont le capital est détenu par Europe 1 (32 %), Publicis (27 %), la principauté de Monaco (18,5 %) et Marcel Dassault (22,5 %).Jean d'Arcy, premier directeur des programmes de la télévision française de 1952 à 1959 est prévu comme directeur des programmes de la chaîne privée[15]. Au cours de l'année 1971, après quelques hésitations, le présidentGeorges Pompidou, influencé par son ministreMichel Debré farouche partisan du monopole de l'ORTF, s'oppose finalement au principe d'une chaîne nationale de statut privé, ce qui repousse l'arrivée d'une chaine nationale commerciale en France. Par ailleurs, en 1972, latroisième chaîne de l'ORTF est déjà en chantier, ce qui suspend au moins provisoirement les projets de Jean Frydman[16].
L'espoir de voir le projetCanal 10 resurgir sous une autre forme est évoqué dès l'élection deValéry Giscard d'Estaing en mai 1974. Désormais sous le nom de code « Canal 39 », le dossier est relancé à nouveau par Jean Frydman[17] etSylvain Floirat, président-directeur général d'Europe 1, car la société bénéficie d'accords internationaux, pour l'exploitation du canal numéro 39 dans la bandeUltra haute fréquence de télédiffusion. Mais en 1975, sur pression des gaullistes et plus particulièrement de sonPremier ministreJacques Chirac hostile à l'abandon du monopole des médias[17], le président Giscard gèle toute initiative de libéralisation audiovisuelle et l'autorisation d'antennes privées. Jusqu'à son départ en mai 1981, le monopole d'État reste dominant, si ce n'est à partir de l'année 1978, un tout autre projet dénommé « TVCS » car durant les années 1970, les chaînes nationales n'utilisent pas ou très peu souvent, certains créneaux horaires, principalement le matin et la nuit[18]. Devenu PDG de l'agence publicitaireMédiavision, Jean Frydman crée une filiale d'Havas et du groupeHachette en 1978, intitulée « Télévision Communication Service » ouTVCS. Le principe consiste à louer aux chaînes du service public, ces espaces pour diffuser des émissions payantes, réservées à un public professionnel. La chaîne choisie pour retransmettre ce service estAntenne 2 et le lancement des émissions est prévu pour le mois d'octobre 1979 avec un signalcrypté (chiffré) pouvant être restitué en clair par undécodeur[19]. Pour mener à bien cette entreprise, Frydman et Jacques Abergel s'associent àPierre Sabbagh,Yves Cannac,Jean Marin et Frédéric Chapus[20]. À l'occasion de ses échanges avecTélédiffusion de France, Frydman apprend à sa grande suprise en 1980, que l'ancien réseau819 lignes exploité en noir et blanc parTF1, va être disponible d'ici quelques mois. En juin 1981, les responsables politiques découvrent que TDF a oublié de leur préciser que l'organisme public a déjà développé un dossier de chaîne de cinéma payante et cryptée pour exploiter ce réseau d'émetteurs. Fin 1982, les dirigeants d'Havas reprennent le projet et il est désormais piloté par un proche deFrançois Mitterrand, le PDG d'Havas,André Rousselet[21]. La formule deTVCS consiste à utiliser les émetteurs des chaînes publiques lorsqu'elles ne diffusent pas leurs émissions, pour proposer dans ces créneaux, des émissions destinées aux entreprises ou à certains professionnels. Le principe d'un chiffrage ou cryptage de ces émissions est étudié avec certains techniciens deTéléDiffusion de France et auprès d'autres conseillers, parmi lesquelsLéo Scheer, pionnier de ce qui deviendra en 1983, la chaîneCanal+. Durant quelques mois, Jean Frydman continue à piloter le projet de la nouvelle chaîne payanteCanal+ mais sa proximité avec l'ancien présidentValéry Giscard d'Estaing, le disqualifie aux yeux des nouveaux dirigeants après l'élection deFrançois Mitterrand[22].
Actionnaire évincé du conseil d'administration deParavision, filiale audiovisuelle deL'Oréal, Jean Frydman révèle à partir de 1989[2],[23] le passé d'André Bettencourt et celui de plusieurs autres dirigeants deL'Oréal sous l'Occupation[2] : cette révélation publique contraint notamment André Bettencourt à se retirer des affaires en 1995, officiellement pour raison d'âge[24], et à exprimer ses regrets pour ce qu'il qualifie d'« erreur de jeunesse »[25].
Le franco-israélien Jean Frydman[26], met son expérience au service des responsables politiques israéliens soucieux d'une paix de compromis[27],[8]. Il conseilleYitzhak Rabin[28] etEhud Barak[29]. Il participe malheureusement à l'organisation de la manifestation du, au cours de laquelle Rabin est assassiné[2].
Jean Frydman meurt le[10] enIsraël dans la petite ville deSavyon (en).
En 2014, dans la mini-sérieRésistance,Tom Hudson interprète le rôle de Jean Frydman.