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Jean-Michel Charlier, né le àLiège et mort le àSaint-Cloud, est unscénaristebelge debande dessinée. Il est considéré comme l'un des plus grands et des plus prolifiques scénaristes de bande dessinée de l'école franco-belge. Son talent denarrateur, sa capacité à construire des intrigues d'une grande complexité, s'étalant sur plusieursalbums tout en maintenant un rythme soutenu, sonsavoir-faire à fonder sessynopsis sur le contextegéopolitique du moment et les technologies militaires les plus récentes font de lui l'un des pères du genre dutechno-thriller.
Jean-Michel Charlier naît le àLiège, d'un pèrebanquier qui par son travail a grimpé les échelons pour terminer au grade defondé de pouvoir et d'une mère femme au foyer. À l'âge de cinq ans, il découvre la bande dessinée en lisantZig et Puce parAlain Saint-Ogan dans le journalLe Dimanche illustré,Tintin parHergé dansLe Petit Vingtième et surtout une sérielituanienne intituléePitche, réalisée parAleksas Stonkus qu'il lit dans le quotidienLa Libre Belgique[1]. Côtélittérature, il est passionné par l'œuvre deGeorges Simenon[2], ainsi que parLes Pardaillan deMichel Zévaco[3].
Très tôt, il dessine des bandes dessinées dans ses cahiers et se raconte dans sa tête des histoires d'aventures qui regorgent de rebondissements[3]. Il fait ses études chez lesjésuites et fréquente lesscouts[2]. À l'âge de seize ans, il écoute lesémissions deRay Ventura et sonorchestre à la radio. La camaraderie qui règne dans le filmTourbillon de Paris, où Ray Ventura interprète son propre rôle, le fascine au point d'aller le voir plusieurs fois de suite jusqu'à épuisement de ses économies. Il rêve désormais d'intégrer la bande de Ray Ventura et fait même une fugue pour le rencontrer àParis, mais sans le sou il ne peut aller bien loin. Lamusique va devenir l'une de ses passions jusqu'à fonder durant laguerre son propre groupe vocal avec des copains qu'ils baptisent Le Foss' Nott' Club. Ils chantent dans les soirées dansantes clandestines et fêtes du patronage[4].
Lorsque les Allemandsenvahissent la Belgique en, il travaille commeambulancier dans l'ancienhôpital militaire de Liège[5]. Il envisage d'être officier de marine, mais la guerre l'en empêche. Il intègre l'université (dont l'administration est contrôlée par l'occupant allemand). Lors de la mise en place du travail obligatoire en Allemagne, il refuse de se faire recenser mais est pris dans une rafle. Les Allemands le condamnent à un an detravail obligatoire en Allemagne. Il est sauvé par unmédecin allemand qui profite de samaigreur pour le faire passer pourtuberculeux. À la place, il est consigné pendant un an dans uneusine belge fabriquant des altimètres. Il est recruté par une cellule trotskiste au sein de l'usine mais, au bout de quelques mois, est expulsé car il n'arrête pas de faire des commentaires critiques sur la révolution russe. Vers la fin de la guerre, il rejoint brièvement un mouvement derésistance très mal organisé où il manque de peu à plusieurs reprises d'être démasqué par les Allemands[6].
En parallèle de ses études dedroit, il est embauché à laWorld Press comme dessinateur et« donneur d'idées ». Cette jeune entreprise de presse fournit du contenu publiable aux éditionsDupuis dont les publications reparaissent à partir du[6]. Il connaît le responsable et créateur de la sociétéGeorges Troisfontaines par l'intermédiaire de sa sœur et du fait qu'il l'a croisé àLa Gazette de Liège où il avait tenté de se faire recruter. Troisfontaines pense déceler en Charlier un grand dessinateur en devenir capable notamment de remplacerAl Peclers. Jean-Michel Charlier commence ainsi par illustrer les pages de Georges Troisfontaines (qui utilise lepseudonyme de Georges Cel) sur l'aviation et lemodélisme dans l'hebdomadaireSpirou[7]. Après avoir décroché sondoctorat en droit, il intègre comme stagiaire uncabinet d'avocat, principalement pour faire plaisir à son père. Après quelques semaines, il réalise qu'il préfère ses activités à la World Press, d'autant plus qu'il commence à placer ses propres bandes dessinées dansSpirou[8]. Sous le pseudonyme de Flettner, il illustre des cours d'aviation intitulésLa Page illustré du C.S.A. (C.S.A. : Club Spirou aviation) et la rubriqueSpirou sport[9].
À laWorld Press, il se lie d'amitié avec un jeune dessinateur du nom deVictor Hubinon. Ensemble, ils produisent une première histoire,L'Agonie du Bismarck[9]. Dans ce récit de guerre, publié en 1946 duno 439 auno 454 du journalSpirou[10], Jean-Michel Charlier s'occupe du scénario et du dessin des engins mécaniques comme lesavions ou lesbateaux en s'inspirant du travail dupeintre (de la marine)Léon Haffner[9]. En 1947, la sérieBuck Danny fait son apparition dansSpirou. Les versions de cette création divergent. Selon Charlier, il a l'idée deBuck Danny en lisant unreportage sur lesTigres volants, mais après une brouille avecGeorges Troisfontaines, ce dernier récupère l'idée pour écrire les treize premières pages de la première histoire de la série. Puis, ne parvenant pas à suivre le rythme de parution, il confie l'écriture de la suite à Charlier. Selon Victor Hubinon, c'est lui-même qui aurait écrit le scénario des onze premièresplanches avant d'être très mal corrigé par Georges Troisfontaines qui aurait condensé trop d'action dans une seule planche. Hubinon demande alors à Charlier de reprendre le scénario. Troisfontaines affirme toujours être le créateur du personnage au point de se faire reconnaître légalement comme co-créateur par une décision de justice en 1997[11].
Tous s'accordent pour dire que Troisfontaines a écrit les premières pages deBuck Danny, le passage de témoin avec Jean-Michel Charlier est situé entre la neuvième et la seizième planche[Note 1]. C'est à ce moment que la narration passe de la première personne (du singulier) à la troisième, plus classique[12]. Au cours de l'été, il se rend compte qu'il est difficile de raconter une histoire d'aviation sans être soi-même pilote, et il passe avec Victor Hubinon son brevet de pilote[13].
En parallèle de son travail pourSpirou, Charlier collabore avec le journalBimbo entre 1948 et 1950 sous le pseudonyme de Charvick. Il illustre une rubrique didactique sur la marine et l'aviation intituléeLe Cours du chef-pilote et crée avec Hubinon la sérieJoë la Tornade qui raconte les aventures d'un enquêteur français dans les îles duPacifique[14]. Les éditionsDupuis, mécontentes de voir des auteurs« maison » écrire ou dessiner pour d'autres publications, signent uncontrat d'exclusivité avec la World Press. En contrepartie, Dupuis s'engage à sortir rapidement les albums deBuck Danny. La seconde moitié de l'histoire deJoë la Tornade est donc réalisée parAlbert Weinberg[15].
L'ambition deGeorges Troisfontaines augmente avec le temps. Il a désormais pour idée de créer un véritable studio à l'américaine où plusieurs dessinateurs et scénaristes participeraient à des superproductions de la bande dessinée. Dans cette optique, l'histoireTarawa, atoll sanglant est réalisée en 1948 pour le journalLe Moustique. Elle est l'adaptation d'un récit de guerre d'uncorrespondant américain et Charlier se documente considérablement pour rendre cette histoire la plus crédible possible[16]. Si le scénario est écrit par Charlier, des réunions sont organisées chaque semaine pour que les collaborateurs de la World Press apportent des idées nouvelles et des rebondissements à l'intrigue[17].
AvecVictor Hubinon, il réalise une biographie deSurcouf qui est publiée dans le journalSpirou entre 1949 et 1952. Ils partent se documenter directement àSaint-Malo auprès des descendants ducorsaire, afin d'avoir accès aux journaux de bord. Cette longue histoire est ensuite publiée parDupuis en trois albums[18]. À la fin desannées 1940, Troisfontaines distingue les rôles au sein de la World Press entre les dessinateurs, les scénaristes, les encreurs, ou encore les publicitaires. Charlier est lui nommédirecteur artistique et éditorial[19].Jijé lui conseille alors d'arrêter le dessin pour se consacrer entièrement à l'écriture des scénarios[20]. En 1952, Charlier est engagé comme pilote au sein de laSabena. Il n'y reste qu'une seule année, écœuré de ne faire que des boulots de seconde zone que personne ne veut au lieu de faire des trajetslong courrier[18].
Dans lesannées 1950, la World Press se rapproche de l'International Press dirigée par Yvan Chéron. Les deux sociétés travaillent avec les mêmes auteurs, mais avec des clients différents. Plus tournée vers la France, l'International Press engage le FrançaisAlbert Uderzo à travailler dans ses bureauxbruxellois que l'agence partage alors avec la World Press[20]. Charlier, séduit par ses dessins, lui propose une collaboration sur des pages jeunesses destinées au supplément du quotidienLa Wallonie. Les deux auteurs s'entendent pour reprendre ensemble la sérieBelloy créée deux ans auparavant par Uderzo. Charlier reprend le scénario le temps de quatre histoires publiées jusqu'en 1958. Il place aussi deux nouvelles séries dans le supplément jeunesse deLa Libre Belgique. La première,Tiger Joe, dessinée par Victor Hubinon, raconte les aventures d'un guide de chasse en Afrique, la série sera reprise plus tard dansPistolin etPilote. La seconde s'intituleFanfan et Polo, est dessinée parDino Attanasio, et met en scène deux enfants qui provoquent des catastrophes lorsqu'ils essayent de faire voler des avions en papier. Après deux histoires,René Goscinny prend la suite de Jean-Michel Charlier au scénario. En 1953, il écrit les aventures pleines d'humour d'Alain et Christine dessinées parMartial[21].
Au début desannées 1950,Dupuis, inquiet de lacensure qui opère en France, demande à la World Press de lui fournir une nouvelle rubrique éducative illustrée qui servirait aussi de banc d'essai pour les jeunes auteurs de lamaison d'édition. Chargé de trouver ce nouveau concept, Jean-Michel Charlier se souvient d'une histoire qu'il a écrite en 1947 pour Hubinon mettant en scène un oncle américain racontant à ses neveux un épisode de laguerre du Pacifique. Il s'inspire de ce concept pour lancer une série didactique de quatre pages, racontant un épisode de l'Histoire mondiale, qu'il intituleLes Belles Histoires de l'oncle Paul[22]. La première histoire,Cap plein sud dessinée parEddy Paape, est publiée dans leno 668 du[23]. D'abord bimensuelle, elle devient hebdomadaire avec le succès. De 1951 à 1954, Jean-Michel Charlier écrit le scénario d'au moins vingt-neuf histoires de l'Oncle Paul pour divers auteurs. Pris par d'autres projets, il doit céder sa place de scénariste àOctave Joly qui la garde jusque dans lesannées 1980[24].
Dans les années 1950, laWorld Press récupère la sérieJean Valhardi. Publiée dansSpirou depuis 1941, elle est l'œuvre d'Eddy Paape depuis que celui-ci a succédé à son créateurJijé. OrCharles Dupuis, qui apprécie médiocrement le dessin d'Eddy Paape et encore moins les scénarios que lui écritYvan Delporte, pense à arrêter cette série. C'est alors queGeorges Troisfontaines propose de reprendreJean Valhardi au sein de la World Press. Il confie l'écriture des histoires à Charlier. Celui-ci, dans sa première histoire,Le Château maudit, compose le scénario de semaine en semaine sans trop savoir où il va. Le personnage d'Arsène devient le nouveaufaire-valoir du héros, au détriment de Jacquot[25]. Jean-Michel Charlier écrit deux autres histoires à Eddy Paape, puis une autre à Jijé en 1957 lorsque celui-ci reprend les rênes de la série. Charlier n'a pourtant jamais eu d'affection pour ce personnage qu'il n'a pas créé, et Jijé termine à sa façon le scénario que Charlier a écrit pour lui[26].
À partir de 1952, Charlier écrit la rubriqueLe Coin des petits curieux et les jeux duCoin des dégourdis, qui sont illustrés par Eddy Paape[26]. La même année, il rencontre une jeune femme qu'il épouse l'été suivant et qui donne naissance à leur fils Philippe en 1954. La famille s'installe définitivement àSaint-Cloud, en banlieue parisienne, ce qui oblige Jean-Michel Charlier à faire régulièrement des allers-retours entre son domicile etBruxelles[27]. Le,Dupuis lance une nouvelle formule de son journal fémininBonnes Soirées. La World Press a réussi à récupérer presque l'intégralité des rubriques et bande dessinée qui publient l'hebdomadaire. Jean-Michel Charlier est évidemment mis une nouvelle fois à contribution pour écrire des scénarios, notamment celles de longues histoires sentimentales illustrées par divers dessinateurs comme Jijé ouGérald Forton[28]. Jean-Michel Charlier ne cache jamais que ces histoires étaient écrites dans l'unique but d'arrondir ses fins de mois[29].
En 1953, il crée la sérieKim Devil pour le dessinateurGérald Forton. Publiée dansSpirou, elle met en scène les aventures d'un chasseur de trésor dans laforêt amazonienne. La série dure le temps de quatre histoires jusqu'en 1956 où elle s'arrête brutalement malgré le désir de Jean-Michel Charlier de la continuer[30]. À la même période, il cosigne avecXavier Snoeck des romans pourLe Moustique[31]. L'année suivante Charlier publie avecMitacq la sérieLa Patrouille des Castors dansSpirou, mettant en scène unetroupe de scouts. Cela fait quatre ans que Mitacq a proposé la série àGeorges Troisfontaines qui refuse systématiquement ses synopsis. Il lui propose alors de prendre Jean-Michel Charlier pour écrire les scénarios[32]. Ce dernier accepte en souvenir de ses années de scoutisme qui ont été selon lui« extraordinaires »[33]. PourLa Patrouille des Castors, Jean-Michel Charlier n'hésite pas à ajouter des passages didactiques pour dédramatiser l'ambiance et faire plaisir à la censure échaudée parBuck Danny[34].
Entre 1955 et 1956, il participe à l'aventure du journalRisque-Tout. Idée de Troisfontaines pour séduire un public plus âgé que celui deSpirou, ce périodique des éditionsDupuis qui offre des histoires courtes des principaux héros du journalSpirou est vu d'un mauvais œil par les auteurs-maison, Jean-Michel Charlier en tête : ils trouvent dommage de gâcher ainsi des scénarios qui auraient mérité un meilleur développement. AvecEddy Paape, Charlier crée une série inédite pourRisque-Tout intituléeAndré Lefort dont les aventures restent inachevées à cause de la disparition du journal[35]. La brève existence deRisque-Tout et son échec provoquent des bouleversements au sein de laWorld Press. Les collaborateurs commencent à remettre en cause leurs conditions de travail où les trop bas salaires côtoient l'absence de droits d'auteurs et une faible reconnaissance[36].
Au début de l'année 1956, plusieurs auteurs mécontents de leur traitement par les éditeurs, décident de signer une charte pour la formation d'unsyndicat d'auteurs. Ayant eu vent du projet,Georges Troisfontaines décide de licencier arbitrairement trois signataires pour l'exemple. Jean-Michel Charlier, qui est l'un des meneurs de la fronde et le rédacteur de la charte, intervient auprès de son patron pour la réintégration des trois exclus[37]. Ce dernier finit par en réembaucher deux sur trois (Eddy Paape etGérald Forton), mais refuse de reprendreRené Goscinny. Par solidarité et fidélité à l'engagement qu'ils avaient pris,Albert Uderzo et Jean-Michel Charlier quittent laWorld Press. Ce départ s'accompagne de représailles de la part des éditeurs : durant deux ans, les trois frondeurs ne parviennent plus à trouver du travail dans l'édition. Pour vivre, Jean-Michel Charlier doit enchaîner les petits boulots comme ledémarchage au porte-à-porte[38].
Jean Hébrard, qui s'occupait auparavant de la publicité au sein de la World Press et qui vient d'hériter, s'associe avec Jean-Michel Charlier,René Goscinny etAlbert Uderzo pour créer une entreprise dont il serait l'administrateur. Il divise son entreprise en deux agences qu'il nomme ÉdiFrance pour la publicité et ÉdiPresse pour la fourniture de contenus aux journaux[38]. Leur première mesure est de racheter le périodique publicitairePistolin, dont ils avaient participé au lancement au temps de la World Press. Jean-Michel Charlier devient avec René Goscinny le corédacteur en chef du journal. Jean-Michel Charlier y publie plusieurs séries, des reprises commeTiger Joe etBelloy, mais aussi des créations originales comme la sériehumoristiqueRosine, petite fille modèle etLes Grands Noms de l'histoire de France, une série dont le concept est proche deL'Oncle Paul[38]. Il écrit pour chaque numéro, la rubriqueLes Enfants héroïques, des pages de jeux, des courts romans et des dossiers didactiques. L'ultime numéro dePistolin paraît en[39].
Ils créent ensemble le journal publicitaireJeannot, qui est publié de février 1957 à. Jean-Michel Charlier y publie une nouvelle bande dessinée didactique titréeIls ont vécu une grande aventure là aussi dessinée par divers dessinateurs. En plus, Jean-Michel Charlier travaille avec Albert Uderzo sur différents projets publicitaires pour des grands groupes. Il s'agit le plus souvent depetits fascicules contenant des bandes dessinées publicitaires que les entreprises offrent à leurs clients[39]. À la même époque, Jean-Michel Charlier imagine un supplément jeunesse qui serait encarté dans les quotidiens[40]. Unemaquette est montée et Jean-Michel Charlier imagine plusieurs bandes dessinées, dont une histoire d'aviation militaire, une histoire de cape et d'épée et une histoire à l'eau de rose. Il fait aussi un essai pour unwestern, qui ne sera pas retenu pour la maquette, mais qui préfigureBlueberry. Finalement, pour des raisons financières,Le Supplément Illustré ne voit jamais le jour[41] et seule la sérieClairette, dessinée par Albert Uderzo, est exploitée par la suite dans l'hebdomadaireParis Flirt[42]. En 1957, un projet de magazine intituléRadio-Télé composé d'articles sérieux et parodiques sur les médias est monté, mais ne dépasse pas le stade duno 0 d'essai[43].
Cette frénésie créatrice pour les journaux ne l'empêche pas de continuer son métier de scénariste. Il prend contact avecAndré Fernez, le rédacteur en chef deTintin, qui l'embauche pour écrire des romans illustrés dans l'hebdomadaire. Jean-Michel Charlier en publie plusieurs d'abord sous le pseudonyme de Michel Philippe, puis sous son véritable nom[43]. Il écrit toujours, mais désormais de manière anonyme (à l'époque le scénariste est embauché et rémunéré par le dessinateur), ses séries dans le journalSpirou et en invente même des nouvelles, notamment une série se déroulant auMoyen Âge intituléeThierry le Chevalier pour l'EspagnolCarlos Laffond[44]. À partir de, il crée le reporterMarc Dacier qui connaît treize histoires en une petite dizaine d'années. Ceroutard est créé pourEddy Paape, alors en manque de série. Il est inspiré parAlain de Prelle qui a réalisé un tour du monde avec un billet de millefrancs belges pour un livre paru aux éditions Dupuis, ainsi que par le livreLes Cinq Sous de Lavarède. Si les idées de base de cette série ne sont guère originales, le talent de Jean-Michel Charlier pour les raconter en ont fait une des séries les plus marquantes pour les lecteurs de l'époque[45].
En 1958, l'agence où travaille Jean-Michel Charlier s'associe avecRadio Luxembourg qui rêve de créer une sorte deParis Match pour les jeunes[46]. L'équipe réalise plusieursmaquettes destinées à convaincre les annonceurs[47]. Le premier numéro dePilote sort le, et Charlier y scénarise trois nouvelles séries appelées à devenir célèbres :Les Aventures de Tanguy et Laverdure,Barbe-Rouge etJacques Le Gall, dessinées respectivement parAlbert Uderzo,Victor Hubinon etMitacq. Il anime aussi anonymement des rubriques et textes didactiques[48]. La rédaction tourne avec seulement trois personnes, Albert Uderzo,René Goscinny et lui-même qui occupe le poste dedirecteur artistique. À cette équipe, se greffent de nombreux reporters de Radio Luxembourg[49].
PourPilote, Jean-Michel Charlier crée donc trois nouvelles séries. La sérieLes Aventures de Tanguy et Laverdure, dessinée parAlbert Uderzo, est inspirée d'un essai pour la maquette duSupplément Illustré qui met en scène les exploits d'un aviateur français nommé Marc Laurent[50]. PourPilote, celui-ci est renomméMichel Tanguy et affublé d'un compagnon gaffeur Ernest Laverdure[51]. La sérieBarbe-Rouge, dessinée parVictor Hubinon, est inspirée par lepirate anglaisBarbe Noire et les récits d'aventure que lisait Jean-Michel Charlier dans sa jeunesse. Depuis plusieurs années, Jean-Michel Charlier scénarise des histoires de pirate dans lesOncle Paul,Les Grands Noms de l'histoire de France et dans la sérieSurcouf, avec déjà Victor Hubinon au dessin[52]. Il parvient à convaincre Hubinon de se lancer dans cette nouvelle série, malgré son lourd travail surBuck Danny[53].Jacques Le Gall dessinée parMitacq, met en scène un jeune campeur qui vit des aventures proches dufantastique[54].
Parallèlement, il continue d'écrire pour les éditions Dupuis. Il ne s'entend toutefois ni avecCharles Dupuis, qui incite ses dessinateurs à reprendre eux-mêmes le scénario des séries écrites par Jean-Michel Charlier[55], ni avec lerédacteur en chef deSpirouYvan Delporte qui est beaucoup trop farfelu pour lui[56]. Il contribue pourtant à écrire desromans-photos à l'eau de rose pour le magazineBonnes Soirées, qui met notamment en scène sa fiancée Nadine Latier[57],[58]. Il crée même une nouvelle série pourSpirou en 1960. IntituléeSimba Lee, elle met en scène un chasseur de fauves dessiné parHerbert qui vit le temps de deux aventures[56]. Il écrit aussi anonymement quelques histoires pourDan Cooper pour dépanner son amiAlbert Weinberg[55].
Un an après sa création,Pilote se retrouve en difficulté financière. Tous les éditeurs de presse pour enfants se pressent pour racheter l'hebdomadaire (Jean-Michel Charlier s'occupe personnellement des tractations avecDupuis), mais c'estDargaud qui remporte la mise. Dans la foulée du rachat, l'éditeur procède à une augmentation de capital, qui oblige Jean-Michel Charlier,Albert Uderzo etRené Goscinny à vendre leurs parts du journal, les trois associés ne deviennent plus que de simples rédacteurs dePilote[56]. La formule de l'hebdomadaire change pour s'intéresser auxyéyés au détriment de la bande dessinée, mais le journal peine à trouver son public et les rédacteurs en chef se succèdent à la tête du journal. En, Dargaud convoque Jean-Michel Charlier et René Goscinny et leur pose un ultimatum : soit ils prennent la tête de la rédaction, soit il arrêtePilote. Ils deviennent ainsi co-rédacteurs du périodique et changent immédiatement la formule pour recentrer laligne éditoriale autour de la bande dessinée[59].
Durant cette période, Jean-Michel Charlier crée en 1961 une nouvelle série intituléeGuy Lebleu. Dessinée parRaymond Poïvet, elle met d'abord en scène un reporter de l'émissionAllô D.M.A diffusée surRadio-Luxembourg, puis dérive sur des aventures policières plus traditionnelles[60]. Avant de leur confier la tête de la rédaction dePilote, Dargaud test le duo en le nommant responsable éditorial du journalRecord qui vient d'être lancé. Dans ce périodique, Jean-Michel Charlier écrit des jeux illustrés parWill et une aventure du marinNed Tiger dessinée parEddy Paape[61],[62].
En 1962, lors d'un voyage auxÉtats-Unis, il réalise une série de reportages sur le pays. En rencontrant la tribu desPueblos lui vient l'idée de réaliser une bande dessinée de style western. Dans les années 1950, il s'était déjà essayé au western avec certaines histoires semblables àFort Navajo[63]. Il contacte d'abordJijé, grand spécialiste du genre avec sa sérieJerry Spring, mais ce dernier débordé de travail, lui conseille de s'adresser à l'un de ses élèves,Jean Giraud. Ce dernier avait déjà, il y a quelques années, sollicité Jean-Michel Charlier pour qu'il lui écrive une histoire se déroulant à l'époque duFar West. Contrairement à ses autres séries militaires,Blueberry met en scène un soldat qui n'aime pas l'armée et apprécie lesAmérindiens[64].
Dans lesannées 1960,Dargaud essaye de décrocher l'exclusivité du travail de Jean-Michel Charlier. Celui-ci travaille toujours pour le journalSpirou, en continuant à écrire des scénarios pourLa Patrouille des Castors etBuck Danny et même une nouvelle histoireLes Aventures de Marco Polo. LaWorld Press sert d'intermédiaire avec les éditions Dupuis et lui. La détermination deMitacq permet aux auteurs de prendre leur indépendance sur l'agence de presse fondée parGeorges Troisfontaines. Depuis le début, la World Press prélève20 % des droits d'auteurs, le dessinateur deLa Patrouille des Castors finit par s'insurger de cette situation et attaque en justice l'agence de presse. Le contrat est rompu en, même si la répartition sur les œuvres postérieures au jugement demeure identique jusqu'en 2000[65]. À la suite de cette décision de justice, la World Press arrête la production de bande dessinée, libérant ainsi les auteurs de leurs engagements[66].
À partir de 1964, Jean-Michel Charlier est parodié dans la sérieAchille Talon deMichel Greg. Il est à chaque fois représenté avec un énormesandwich dans les mains[67], ce qui avait le don d'agacer l'intéressé[66]. En 1967, il devient co-rédacteur en chef, avecAlbert Uderzo, de l'hebdomadaireL'Illustré du dimanche publié par Dargaud. Reprenant l'idée duSupplément Illustré mis au point dix ans plus tôt, le journal est proposé en supplément de nombreux quotidiens français. Il est composé de reprises dePilote,Spirou,Tintin et duJournal de Mickey, ainsi que des quelques inédits. Ce périodique ne vit que le temps de vingt-quatre numéros[68]. La sérieTanguy et Laverdure est reprise graphiquement parJijé à partir de l'année 1968. Celui-ci n'hésite pas à retoucher les textes de Jean-Michel Charlier pour écourter les passages comiques[66].
En, certains auteurs profitent de l'agitation pour contester les deux co-rédacteurs en chef du journal.René Goscinny, mis en accusation devant une sorte de tribunal populaire par certains auteurs qu'il a lancés et qui désormais lui reprochent son succès, décide de virer les meneurs qui sontNikita Mandryka etJean Giraud. Il faut une intervention de Jean-Michel Charlier pour qu'ils soient repris dansPilote[69]. Après cet événement, l'ambiance au sein de l'équipe du journal se dégrade petit à petit. René Goscinny devient alors directeur dePilote et impose sa patte sur la ligne éditoriale pour en faire un journal véritablement pour adultes, alors que Jean-Michel Charlier reste partisan d'un journal pour adolescents[70]. Il finit par démissionner en de sa fonction de co-rédacteur en chef[69]. Dargaud le nommedirecteur littéraire, chargé de l'édition des albums. Il quitte les éditions Dargaud en 1974 à la suite d'une mésentente concernant la politique éditoriale et la gestion des droits d'auteur. Tout en continuant d'écrire des scénarios pour la bande dessinée, il part auxÉtats-Unis pour tournerLes Dossiers Noirs, série d'enquêtes télévisées qui seront diffusées sur FR3[71].
Le, est diffusé le premier épisode de la série téléviséeLes Chevaliers du ciel, une adaptation de la bande dessinéeLes Aventures de Tanguy et Laverdure. Jean-Michel Charlier devient le responsable de l'écriture des scénarios de la série qui dure le temps de trois saisons et est un énorme succès commercial aussi bien en France qu'à l'étranger[72]. En 1974, Jean-Michel Charlier joue un petit rôle dans le filmStavisky où il interprète un commissaire divisionnaire[73]. Il rejoint latroisième chaine de télévision française lors de sa création pour y présenter une série reportage intituléeLes Dossiers noirs. À la même période, il écrit des épisodes pour le feuilletonLes Aventures du capitaine Lückner[74].
Dans lesannées 1970, il ne coupe pas complètement les ponts avec la bande dessinée. Après son départ dePilote, il continue de collaborer avec le journalSpirou. Il lance une nouvelle série intituléeBrice Bolt dessinée par l'EspagnolAldoma Puig. Son idée première était de relancerMarc Dacier, mais devant legraphisme du dessinateur espagnol trop éloigné de l'original, il décide de changer pour un nouveau héros. La série ne connaît qu'un seul épisode, les lecteurs reprochant des graphismes troppop art et desthèmes fantaisies. Après cet essai, il privilégie désormais ses séries les plus rentables jusqu'en 1979[75].
L'une des dernières grosses créations de Jean-Michel Charlier s'intituleJim Cutlass. Il s'agit d'une série de western dessinée parJean Giraud pourPilote en 1976, puis quelques années plus tard pour le mensuelMétal hurlant[76]. La même année, il est contacté par la société Iffort qui vient de racheter la version française du journalTintin. Il se voit proposer le poste de rédacteur en chef, mais il le refuse n'ayant aucune envie de replonger dans l'édition après quinze ans à la tête dePilote. Il accepte néanmoins de constituer une équipe éditoriale et de transférer plusieurs séries issues initialement dePilote[77]. L'année suivante il refuse de renouveler son contrat, car les contraintes sont trop fortes. L'édition française deTintin a l'obligation contractuelle de proposer75 % du même contenu que l'édition belge et Jean-Michel Charlier ne supporte pas d'avoir les mains liées de la sorte[78].
Après son départ deTintin, il est recruté par le groupe de presse allemandAxel Springer qui lance un journal de bande dessinée à l'échelle européenneSuper As. Avec lui, ses séries commeBlueberry,Barbe-Rouge etTanguy et Laverdure le suivent dans l'hebdomadaire[79]. Il crée quand même une nouvelle série intituléeLes Gringos basée sur la documentation qu'il a accumulée sur larévolution mexicaine pour ses émissions de télévision. Cette série dessinée par l'EspagnolVíctor de la Fuente, ne connaît que deux épisodes[80].
En 1979, iladapte en bande dessinée pourSpirou l'un de ses feuilletons qu'il baptiseMichel Brazier. Cette histoire est dessinée parAndré Chéret, un auteur avec lequel il désire collaborer depuis longtemps[81]. La série reste inachevée. Il s'agit de sa dernière collaboration avecSpirou. Depuis la mort deVictor Hubinon,Buck Danny est suspendue, alors que Mitacq s'occupe désormais seul du scénario deLa Patrouille des Castors[82]. À la fin des années 1970, il essaye d'adapter en bande dessinée aux éditionsGlénat sesDossiers noirs, mais les différents dessinateurs à l'essai ne parviennent pas à convaincre[83].
La mort deSuper As en 1980, permet aux éditionsNovedi de racheter les séries les plus intéressantes de l'hebdomadaire, dont celle de Jean-Michel Charlier. Désormais ses histoires paraissent directement en album, sauf quelques exceptions. AinsiTanguy et Laverdure, dont le graphisme est repris parPatrice Serres après la mort deJijé, est publiée dans la revueLe Pèlerin[84].Barbe-Rouge est-elle reprise parPatrice Pellerin[85]. En 1982, il essaye de lancer un hebdomadaire de bande dessinée destiné à être sponsorisé et distribué gratuitement dans les grandes surfaces. IntituléExtra, il ne dépasse jamais le stade du projet[86]. Dans lesannées 1980, il décroche un contrat avecCanada Dry pour produire une bande dessinée. Il recrute le dessinateurAl Coutelis pour produire une histoire intituléeL'Ange de la mort destinée au mensuelL'Écho des savanes, où le produit est mentionné à quelques reprises durant la narration[87].
Dans les années 1980, il présente surTF1 des séries de reportages sur les grandes affaires du vingtième siècle intituléesLes Grandes Enquêtes de TF1, puisServices secrets[74]. Jean-Michel Charlier s'occupe lui-même de la réalisation et dumontage de ses reportages[88]. Beaucoup de ses reportages sont aussi adaptés en livre notamment chezRobert Laffont[89].
En 1978, il rencontre l'ancienSS belgeLéon Degrelle réfugié en Espagne et réalise le documentaireLéon Degrelle, autoportrait d'un fasciste qui ne sera diffusé qu'en 1992, deux ans avant la mort de Degrelle[90].
Il souhaite se séparer de Novedi et prend contact avec Alpen Publishers. Ses ayants-droit, après une procédure perdue par Novedi pour garder les séries dont il était le scénariste, signent avec lamaison d'édition suisseAlpen Publishers[91].
Il meurt le àParis[92],[93], à l'âge de64 ans. Quelques mois après sa mort, son ultime histoire, qui met en scène un policier maritime privé, est publiée dans le journalOkapi[94]. Il est inhumé aucimetière de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Cette liste regroupe la première édition des albums de la série régulière.
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Mermoz One shot
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Série terminée
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Série terminée
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Ron Clarke
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Surcouf
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Tanguy et Laverdure (Les Aventures de)
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Tarawa
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Série terminée
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Tiger Joe Série terminée
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Au-delà dutechno-thriller parfaitement documenté et crédible, le style de Charlier (surnommé parfois l'« Eugène Sue de la BD ») se reconnaît à plusieurs traits caractéristiques qui sont probablement parfois auto-parodiques :
Jean-Michel Charlier est surtout un excellent narrateur sachant captiver ses lecteurs et les tenir en haleine du début jusqu'à la fin du récit. Le lecteur s'intéresse aux personnages, bons ou méchants. L'intrigue n'est pas seulement basée sur les faits proprement dits. Elle est souvent psychologique (personnage doutant de lui-même, personnage pris de remords et se remettant en cause, personnage soumis à un chantage, etc.). Le héros de l'histoire a généralement une personnalité de boy-scout (Buck Danny, Michel Tanguy) imposée par les critères de l'époque en matière de récits destinés à la jeunesse, mais les personnages secondaires se révèlent souvent beaucoup plus intéressants d'un point de vue psychologique.
En comparant les diverses séries de bandes dessinées écrites par Jean-Michel Charlier, on trouve souvent des scènes similaires. Par exemple, dans une aventure deBuck Danny (no 15« NC-22654 » ne répond plus), un avion civil est abattu par erreur par des pirates qui visaient un transport d'or. Dans un album deTanguy et Laverdure (no 8Pirates du ciel), un autre avion civil est abattu par erreur par un mercenaire visant un dirigeant politique africain[Note 2],[101]. Dans ces deux récits, le héros et ses amis tendent un piège aux pirates du ciel, mais les mauvaises conditions météorologiques contrarient leur plan.
En 1974, sa sérieBlueberry reçoit leprix Shazam de la meilleure série étrangère ;
En 2021, le siteBD Gest' le fait entrer dans le panthéon de la BD par leHall of Fame franco-belge[104].
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