Pour les articles homonymes, voirBladé.
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| Famille | Jean Balde (petite-nièce),Jacques Alleman (petit-neveu) |
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Contes de Gasconha(d) |
Jean François Marie Zéphyrin Bladé, ditJean-François Bladé, né àLectoure (Gers) le et mort àParis8e le[1], est unmagistrat,historien etfolkloriste français. Son œuvre majeure est sa collecte destraditions orales de laGascogne.


Né le à midi, il est le fils de Joseph-Marie Bladé,notaire, et de Adèle-Marie Liaubon. Il a une sœur cadette, Léonarde-Marie-Gabrielle-Octavie Bladé, née le, qui épousera (en présence de ses oncles maternels Léonard Laubion, docteur en médecine, et Jean Liaubon,chanoine du chapitre de la cathédrale d'Agen) en 1849 àSaint-Caprais-de-Bordeaux un négociant bordelais, Hippolyte Holagray, et qui seront les grands-parents deJean Balde[2].
Issu de deux générations de notaires, Zéphyrin (c’est son prénom d'usage, qu’il abandonne lors de ses premières publications) Bladé est élevé par des nourrices et des servantes gasconnes, qui l’abreuvent de contes populaires.
Il prétend qu’un de ses ancêtres, gentilhomme, aurait fourni àFrançoisIer des chevaux et des mulets, et que, n’ayant pas été payé, il se retira, ruiné, àAuch, où il aurait fait souche de plusieurs générations de forgerons et serruriers dont l’un se serait fixé àLectoure. Bladé arborait volontiers unblasonde sable semé d'épis d'or sans nombre (le nomBladé vient deblat, blé), accoté d'unecrosse d’évêque (sa mère était parente avecMgr Jacoupy,évêque d'Agen)[3].
La double influence d'une famille de notables attachés à l’Ancien Régime (sa grand-mère paternelle, née Marie Lacaze, ou La Caze, ou de Lacaze, dont l’hôtel particulier avoisinait la maison des Bladé, lui racontait ses démêlés avec les révolutionnaires de1789, dontle sinistreDartigoeyte, tandis que sa grand-mère maternelle, Marie Couture, deBordeaux, avait des origines plus paysannes), et une enfance turbulente parmi le petit peuple, définissent certainement sa personnalité future. La présence obsédante de l’ancienbourreau de Lectoure, sans doute le nommé Jean Rascat[4], et leur rencontre fortementdramatisée[5] dans les sous-sols de l’anciennesénéchaussée, auront un retentissement certain sur ses premiers écrits dans laRevue d'Aquitaine.
Il reçoit un premier enseignement de son oncle Pierre François Bladé, dit Prosper,curé du village voisin duPergain, qui professe un grand attrait pour les contes et lesnoëls gascons, et qui est réputé pour la verve de sessermons, toujours prononcés en gascon.
Après des études au petitséminaire d’Auch (il a raconté de nombreuses anecdotes — vraies ou fausses — sur cette période), au collège d’Auch, puis àBordeaux où il commence des études de lettres (en revanche, il n’a pas laissé de témoignage sur sa période bordelaise, si ce n’est une réflexion peu amène sur lesBordelaises[6] — mauvais souvenir ? — dans une de ses nouvelles), il étudie ledroit àToulouse, où il laisse essentiellement l’image d'un étudiant turbulent. On cite souvent l’anecdote où, dans une réunionsocialiste, il se met à crier « M’an panat la mostra ! » (« on a volé ma montre ! ») et la salle se vide instantanément de ses occupants. Les frasques de l’étudiant Bladé lui vaudront d’ailleurs une comparution devant le Conseil académique, et c'est probablement la raison pour laquelle il ira poursuivre ses études àParis[7].
À partir de 1850, il va donc vivre parmi la bohème duQuartier latin où il côtoie, entre autres,Charles Baudelaire avec qui il noue une amitié durable, et où il aurait acquis des idées socialistes etfouriéristes, réputation qui lui vaudra quelques ennuis dans la société provinciale, mais qui ne se verra pas confirmée par la suite. C'est un habitué deLa Laiterie du Paradoxe[Quoi ?] où s’illustre le fameuxMarc Trapadoux,philosophe et écrivain dilettante qui sera portraituré parGustave Courbet. Il laisse le souvenir d'unconteur étincelant, d'unimitateur, d'un amuseur : « Le spleen le plus granitique se serait liquéfié au contact de cette voix, de ces gestes, de ces roulements d'yeux, de cette gaité ! (…) Zéphyrin Bladé savait, en outre, une foule de chansons patoises, qu'il traduisait en langue vulgaire, et dont quelques-unes ont été notées par J.-J. Debillement »[8], réputation qui perdurera toute sa vie[9]. « Un peu plus tard (…) on aurait pu l’imaginer triomphant dans le cabaret ou la scène boulevardière »[10]. Il possède déjà un répertoire qu’il est prêt à conter à la moindre occasion[11].
Cette vie debohème s'interrompt en1855, quand maître Bladé décide de rappeler son fils à ses devoirs.
Zéphyrin Bladé s’installe, apparemment sans grand enthousiasme, commeavocat à Lectoure. Cette même année 1855, son père meurt. L’année suivante, il devientjuge-suppléant.
Il commence à publier, dans les revues locales (laRevue d'Aquitaine), des textes divers, études historiques, littéraires, et quelquesnouvelles[12] influencées, déjà, par des contes populaires ou par unfantastique post-romantique à laNodier, parfois sous des pseudonymes transparents (J.-F. Bédal), ou sous l'identité fantaisiste d'uncatalan nommé Bart(h)olomé Herreras (La Flûte,Le Compagnon pensif, dansRevue d’Aquitaine). Ses meilleurs textes sont certainement ceux où il laisse transparaître sa verve de conteur, que ce soit dansLe Retour deMartin Guerre, histoire bien connue aujourd'hui par sonadaptation cinématographique, mais dont il se soucie assez peu des aspects purement « historiques » (dans ses recherches d'historien amateur, il est tombé sur la source originelle, le texte deJean de Coras) ; ou bienLa Chasse à l'éléphant, ou encoreL'ennemi d'Abd-el-Kader, fantaisies où il s'amuse à envoyer des piques féroces à ses compatriotes. On retrouve avecL'Abbé de Salluste,Le Président de L*** ouLe Bourreau retiré sa fascination pour laRévolution et le personnage du bourreau. D'ailleurs, sous couvert de sa profession de juriste, il publie une longue série d'articles, intituléeAntiquitatis jure amoenitates, où il détaille les supplices et exécutions en usage sous l'Ancien Régime. En1877, il publiera encore à Agen une étude surles exécuteurs des arrêts criminels d'Agen depuis la création jusqu’à la suppression de leur emploi[13].
Il abandonne alors son prénom d’usage Zéphyrin pour reprendre celui de Jean-François. Puis il publie des contes, en langue gasconne, accompagnés de leur traduction française, d’abord épars dans des revues, parfois publiés en tirés à part, puis quelques recueils. Ses dernières publications, représentant les ouvrages les plus importants (lesContes populaires de la Gascogne chez Maisonneuve, lesContes de Gascogne chezCalmann-Lévy,) ne seront qu’en français, abandonnant totalement la partie en langue gasconne.
Il travaille surtout à une monumentaleHistoire générale de la Gascogne jusqu’à la fin de l'époque ducale, dispersée en une multitude d’opuscules, tirés à part de ses communications à des revues savantes (Revue d'Aquitaine déjà citée,Revue de l'Agenais,Revue de Gascogne, etc.), qui ne constitueront jamais un ouvrage définitif.
Il entretient une amitié sans faille avecLéonce Couture, professeur au collège de Lectoure, plus tard à l’Institut catholique de Toulouse, qui poursuit une tâche équivalente (et pour un résultat identique) dans le domaine de la littérature gasconne.
L'historien et lechartiste vont se révéler par une manière de coup d’éclat. En 1850, ont été publiés quatre documents, découverts en 1810 dans les ruines d’un vieux château, et qui seraient les chartes de fondation de la ville deMont-de-Marsan, par unvicomte Pierre de Lobanner. Les experts consultés avaient conclu à l’authenticité des documents, mais une polémique était engagée. Le préfet, le baronJean-Marie Valentin-Duplantier, avait convaincu le maire de recevoir solennellement ces documents et d'en sceller la copie dans les fondations de lapréfecture des Landes en cours de construction. Bladé intervient en plein débat, mène une véritable enquête policière auprès des découvreurs de 1810, examine l'aspect et le contenu des chartes, en note les invraisemblances, les anachronismes stylistiques, et conclut, toujours avec une grande verve, que « la fabrication de ces chartes ne remonte pas au-delà des premières années du dix-neuvième siècle ». Dans un temps où fleurissent les faux, où l’Ossian deJames Macpherson se répand en Europe, il ne fait pas de doute que Bladé éprouve une fascination pour les rapports subtils entre le vrai et le faux (il fait preuve toute sa vie d'une grande imagination pour inventer des explications là où elles manquent, pour se forger une galerie d'ancêtres avec des portraits achetés à la brocante, et en règle générale se délecter de ses propresmystifications). Le succès de l’affaire des chartes de Mont-de-Marsan l’entraîne sur de nouvelles recherches qui n’auront pas toujours le même succès. Un professeur de la Faculté des Sciences de Bordeaux, qui n'est « que chimiste », a publié des recherches sur l’Euskara. Bladé entre dans une vive polémique avec lui, et publie coup sur coup sesDissertation sur l'origine des Basques etÉtudes sur l'origine des Basques, que les connaissances plus récentes n'ont pas entérinées. Il a néanmoins démontré dès 1866 queLe Chant d'Altabiscar,poème épique en langue basque « exhumé » en 1835 et daté peu ou prou comme contemporain de laChanson de Roland, n’était qu’un faux[14].
Jean-François Bladé se marie en 1856 avec Élizabeth Isabelline Lacroix, d’Agen. Mariage de convention bourgeoise, il ne semble pas y avoir eu d'affinités particulières entre les époux. En revanche, la mère d’Élizabeth, « Madame Lacroix, née Pinèdre », semble avoir été une conteuse qui a fourni à son gendre une grande quantité de sescontes. Lors d’une rencontre avec Baudelaire, où Bladé lui présente son épouse, le poète lui aurait dit : « Cher ami, vous avez une femme charmante :elle ne dit rien »[15].Jean Balde[16] rapporte qu'un jour, Bladé cherche en vain des papiers importants. Sa femme lui dit qu'elle les a brûlés, au prétexte de faire le ménage. Alors Bladé va chercher dans une armoire les linges les plus fins et les plus belles dentelles, et les jette au feu malgré les hauts cris de son épouse.
La petite-fille de sa sœur Gabrielle[2] mariée avec Hippolyte Holagray, un riche négociant de Bordeaux, et donc sa petite-nièce, Jeanne Alleman (1885-1938), sera écrivain sous le pseudonyme deJean Balde (elle écrit une biographie de son grand-oncle :Un d'Artagnan de plume : Jean-François Bladé, Plon, 1930), et le frère de Jeanne,Jacques Alleman, est architecte, auteur de reconstructions des villes du Nord après laPremière Guerre mondiale.
Le à Lectoure naît leur fils unique, Étienne (Marie Joseph François Étienne)[17]. Encore enfant, il est un des fournisseurs de la collecte descontes de Gascogne. Attiré très tôt par lapoésie et les lettres, il publie dans laRevue de l'Agenais (1878), alors qu'il est étudiant en droit, uneÉlégie primée auxJeux floraux. C'est à lafaculté de droit de Toulouse qu'il retrouve en 1875 son ancien condisciple aucollège du Caousou,Laurent Tailhade. Une amitié très littéraire, où les jeunes gens échangent des poèmes, se dédient mutuellement leurs œuvres et travaillent ensemble, au point que Tailhade se bat enduel pour défendre l'honneur de son ami, puis se brouille temporairement avec lui pour une histoire de vers que le jeune Bladé se serait indûment appropriés. Sur un chapeau d’Étienne, apparemment extravagant, Tailhade écrit :
Étienne Bladé, plus tard, renonce à l’écriture pour faire carrière dans ladiplomatie, attaché auministère des Affaires étrangères,consul de France, et est professeur à l’Ecole des hautes études commerciales. Il épouse Jeanne Marguerite Demay, fille d'Ernest Demay. Il est nomméchevalier de la Légion d'honneur en 1897, et officier en 1904. Jeanne meurt assez jeune, et lui-même disparaît sans postérité, le, âgé de 48 ans, àBoulogne-sur-Seine[19]. Bien plus tard, Tailhade, fidèle à sa nature, parle de son ancien ami en termes quelque peu acerbes : « Bladé, bourgeois médiocre et vaniteux, petit-fils d’un épicier[20] de Lectoure, né d’un père dont le souvenir reste attaché aux études sur le folk-lore gascon, dévoré d’envie et qui mourut au moment où ses ambitions trouvaient dans un riche mariage le hâvre de leurs désirs… »[21] Laurent Tailhade avait reporté son amitié sur Jean-François Bladé, plus séduit par les anecdotes et les saillies du conteur, par son amitié avec Baudelaire, que par son œuvre qu'il trouvaitassommante[22].
| 1.Françoise Baqua † à Lectoure, 8 septembre 1732 | François Bladé Maître serrurrier Lectoure, 1694-1754 | 2.Blanche Cruchon Lectoure, 1710 - 1755 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| 1.Marguerite Rouy † à Lectoure, 11 mai 1755 | Joseph Bladé Praticien, puis huissier Lectoure, 1737-1802 | 2.Marthe Danzas Lectoure, ? | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Marie Lacaze Réjaumont, ?-Lectoure, ? | François Bladé Notaire Lectoure, 1756-1831 | Joseph Louis Bladé Prêtre | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Adèle Marie Liaubon Gontaut, 1803 ?- Bordeaux, 1878 | Joseph Marie Bladé Notaire Lectoure, 1798-1855 | Pierre François Bladé dit Prosper,Prêtre 1805-Le Pergain, 1893 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Élizabeth Isabelline Lacroix | Jean François Marie Zéphyrin Bladé Magistrat - Écrivain Lectoure, 1827-Paris, 1900 | Léonarde Marie Bladé Lectoure, 1834- ? | Jean Holagray Négociant | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Jeanne Marguerite Demay | Marie Joseph François Étienne Bladé Diplomate Lectoure, 1857-Paris, 1904 | Isabelle Holagray † à Toulouse, 1942 | François Alleman Commerçant en bouchons Bordeaux | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Germaine Lafon | François Jacques Laussus Alleman Architecte Bordeaux, 1882-Nœux-les-Mines, 1945 | Jeanne Marie Bernarde Alleman diteJean Balde, écrivain Bordeaux, 1885-Latresne, 1938 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||

Après son mariage, et à la suite de démêlés politiques avec ses concitoyens, plutôt républicains (alors qu’il demeure conservateur etroyaliste), Jean-François Bladé s’installe en1867 àAgen, où il exerce comme juge. Bourgeois conservateur, notable, il est membre et président de nombreuses sociétés savantes, majoral duFélibrige en 1876(Cigalo de Gascougno)[23], mainteneur de l’Académie des Jeux floraux. À ce titre, il fait de fréquents séjours à Toulouse, où il fréquente avec la société littéraire et artistique l'atelier du peintreJules Garipuy[24]. Il est membre de la Société Académique d'Agen, dont il est président en1879 et1890. Correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1885, il reçoit laLégion d'honneur (parrainé par Ernest Dumay, le beau-père de son fils) pour le centenaire de l'Institut en 1895[25].
Mais en même temps, il ne cesse d'être un mystificateur notoire, farceur, toujours remarquable conteur, et un polémiste redoutable dont l’ironie cinglante n’épargne pas ses nombreux adversaires, parmi lesquels l'érudit agenaisPhilippe Tamizey de Larroque occupe la place de « tête de Turc ». Les ennemis qu’il se fait alors ne seront pas pour rien dans l’image plutôt mitigée qu’il a laissée à la postérité.
Il effectue de nombreux voyages à pied dans diverses régions, prétextes à des descriptions historiques et géographiques. Il est ainsi un des premiers à s'intéresser à la principauté d'Andorre, qu'il visite alors qu'on n'y accède (et ce, jusqu'au début duXXe siècle) que par des sentiers decontrebandiers. À la suite de la publication de l'ouvrage qu'il consacre à son « exploration », il se croit autorisé à briguer la dignité deviguier français de ce pays, mais il n'obtient pas satisfaction.
Parmi ses multiples activités d'écriture, ce sont définitivement les contes et les traditions populaires qui survivent. Il entretient une correspondance suivie avec les spécialistes du moment et les philologues, telsGaston Paris, l'Allemand Reinhold Köhler qui lui fournira des gloses sur un de ses recueils en 1874... Il publie en1883, chezMaisonneuve, les trois volumes desPoésies populaires de la Gascogne, et en1886, lesContes populaires de la Gascogne. Par rapport à ses premières publications éparses, il a abandonné l'édition en langue gasconne originale, pour ne conserver que les traductions en français. Une nouvelle édition réduite,Contes de la Gascogne, est publiée en1895 chez Calmann-Lévy.
En 1887, il reçoit leprix Archon-Despérouses[26].
Il entretient des relations avecAnatole France, connu dans la bohème parisienne, qui le cite dans son romanMonsieur Bergeret à Paris, et qui lui emprunte le conteLa Messe des Fantômes pour écrire sa nouvelleLa Messe des Ombres ; il fréquente aussiPaul Arène,Charles Maurras,Laurent Tailhade. Il est assez fier de ce que le célèbreMounet-Sully dise en public, et avec succès, quelques-uns de ses contes, dont Le Cœur mangé.
Il meurt le àParis, 8rue de la Pépinière, chez son fils Étienne. Il était vice-président de la commission d'organisation du Congrès international des Traditions populaires qui devait avoir lieu à Paris du 10 au[27]. Il est enterré à Paris.
L'édition descontes de Gascogne de 1886, chez Maisonneuve, est la plus complète[28]. Elle est dédiéeà Étienne Bladé, attaché au ministère des Affaires étrangères, professeur à l'école des Hautes Études commerciales. Elle se compose de trois volumes.
Lepremier volume, outre une longue préface où l'auteur explique sa méthode et le cadre de ses recherches, est divisé en quatre parties :
Ledeuxième volume :
Letroisième volume comprend :
À la fin de chaque conte, une note indique le nom et l'origine du fournisseur. Le plus prolifique est levieux Cazaux, Guillaume Cazaux (1780 ?-1868)[29], de Lectoure : on lui doit 23 contes (Pierre Lafforgue émet l'hypothèse que Cazaux n'aurait été qu'un prête-nom destiné à masquer les « inventions » pures et simples de Bladé, mais cette spéculation n'est pas étayée par des preuves formelles) ; Pauline Lacaze, de Panassac (Gers) ; Marianne Bense, du Passage d'Agen (Lot-et-Garonne), servante de son oncle, l'abbé Prosper Bladé ; Catherine Sustrac, de Sainte-Eulalie, commune de Cauzac, canton de Beauville (Lot-et-Garonne) ; Cadette Saint-Avit, du Castéra-Lectourois, servante ; Isidore Escarnot, de Bivès (Gers), jeune bouvier ; ainsi que madame Lacroix, née Pinèdre, de Bon-Encontre (Lot-et-Garonne), belle-mère de Bladé, sont les principaux informateurs. Il faut ajouter la reprise de textes écrits, telles les chroniques de Dompnier de Sauviac. Si la plupart des informateurs sont illettrés, d'autres ont une instruction assez poussée. D'autre part, il remarque que les années passant, la tradition orale tend à être supplantée par la lecture : il note qu'il trouve dans certaines régions de l'Armagnac des contes qu'il n'y avait pas trouvés au début de ses recherches, et attribue ce fait, forfanterie de sa part ou pas, à la diffusion de ses premiers ouvrages. Par rapport à l'importance du corpus desContes, on a reproché à Bladé la relativement faible quantité de ses informateurs, et le fait que nombre d'entre eux étaient ses proches, voire de sa propre famille (son oncle, sa belle-mère, son fils alors très jeune).
Dès ses débuts, Bladé a provoqué et entretenu la polémique. Sa réputation mitigée, tantôt louangeuse, tantôt extrêmement critique, a perduré jusqu'à nos jours. Sur le plan historique, il ne dépasse plus le statut d'un « érudit local », et ses études et théories sont maintenant totalement obsolètes. Sur le plan des traditions populaires, ses ouvrages ont en revanche été bien accueillis par le public et ont continué à être réédités, soit partiellement, soit intégralement. Bladé a dans ce domaine rencontré un certain succès en Allemagne, pays attaché aux contes populaires depuis les recueils des frèresGrimm. Il correspond régulièrement avec le philologue allemand Reinhold Köhler. La guerre de 1870 entrave quelque peu cette collaboration à distance, et il s'interroge sur l'accueil que risque de rencontrer cette relation avec un « ennemi ». Néanmoins en 1874 il peut publier sesContes populaires recueillis en Agenais accompagnés des gloses de Reinhold Köhler. Bien plus tard, le professeur Konrad Sankühler doit attendre la fin de laDeuxième Guerre mondiale pour se rendre à Lectoure et y rechercher les traces de cet auteur qu'il a tellement admiré. Il publiera dans les années 1950 trois livres de traductions des principaux contes de Bladé, qui seront ultérieurement repris en néerlandais. Auparavant, en 1899, sir Alfred Mult traduit en anglais et publie un choix deContes[30]. Dans les années 1980, Marianne Steinbauer a consacré à Bladé un mémoire à l'université de Ratisbonne :Jean-Francois Bladé und die Contes populaires de la Gascogne : Problematik einer Marchensammlung des 19. Jahrhunderts, publié en librairie en 1988.
Les querelles sur Bladé collecteur de contes viennent surtout des spécialistes. Bien qu’il se soit toujours présenté comme « fidèle sténographe », « scribe intègre et pieux », il est maintenant acquis que la démarche de Bladé en tant que collecteur est loin d’avoir une rigueur scientifique : relativement peu d’informateurs, la plupart proches de lui ou de sa famille, recomposition de contes d’après des fragments épars, parfois même, semble-t-il, créations pures et simples. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir eu la rigueur et la démarche scientifique qu'il a toujours prétendu avoir. Mais cette volonté était chose nouvelle en France à l'époque et celle de Bladé, pour incomplète qu'elle soit, marque déjà un net progrès sur celle de ses prédécesseurs. Le style même des contes, parfaitement homogène et épuré, trahit, autant qu'une expression proche du langage populaire, la main de l’écrivain, un écrivain peut-être passé à côté de son destin. Du reste ses contemporains ne s'y sont pas trompés, et ils ont généralement déploré l'énergie considérable qu'il a consacrée à ses études historiques (qui représentent 70 % de sa production, pour 30 % dédiés à lamuse populaire) :
Sa petite-nièce ne dit pas autre chose : « Cet écrivain, qui sacrifia ses propres dons magnifiques d'imagination (et quel romancier il y avait en lui !) pour se pencher toute sa vie sur notre terroir… »[32]
Il est vrai que les certitudes de Bladé, à la fin de sa vie, embarrassaient ses jeunes successeurs, commeFélix Arnaudin[33], malgré l'admiration respectueuse qu'ils pouvaient éprouver devant ce « monument ». Bladé avait proclamé hautement ne pas avoir trouvé dekryptadia, oucontes licencieux, chez ses vertueux paysans gascons[34] :Antonin Perbosc prouvera le contraire, avec une moisson abondante, quelques années plus tard[35]. Si, depuis longtemps, on a tiré un trait définitif sur ses prétentions historiques, et mises de côté les querelles de spécialistes sur l'intégrité de son travail de folkloriste, en faisant la part des tendances et des méthodes propres à son époque, Jean-François Bladé est considéré aujourd'hui comme un des grands collecteurs des traditions populaires de la France.
Le nom de Jean-François Bladé a été donné, à Lectoure, à la place voisine de sa maison natale, et à une école primaire ; à Agen, à une rue et une impasse ; à L’Isle-Jourdain (Gers) et à Toulouse, une rue.
Dans sonEssai de bibliographie de l'œuvre imprimée de Jean-François Bladé (Actes du colloque de Lectoure, 1984), François Pic recense près de 200 articles, auxquels il faudrait rajouter les rééditions publiées depuis 1984.
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