Fils du meunier Lorenzo Lulli et de Caterina del Sera, elle-même fille d'un meunier, Jean-Baptiste Lully naît le àFlorence, dans le quartier duBorgo Ognissanti, non loin de l'Arno. Il estbaptisé le lendemain en l'église Santa Lucia sul Prato. Ses parrain et marraine sont Antonio Comparini et Maddalena Bellieri[2]. Son frère et sa sœur meurent prématurément : Verginio en 1638, à17 ans (né en 1621), et Margherita en 1639.
Vers 1645, il est remarqué parRoger de Lorraine, chevalier de Guise. Arrivé enFrance l'année suivante[3], il entre à quatorze ans comme garçon de chambre chez la nièce du chevalier, laduchesse de Montpensier, dite « la Grande Mademoiselle », qui désire parfaire ses connaissances enitalien. Mais le trouvant laid[4], elle l'envoie en cuisine.
La duchesse entretient un petit orchestre privé dont les six violons donnent de nombreux concerts. Lulli apprend ainsi leviolon, leclavecin, lathéorie et lacomposition musicales. Peut-être reçoit-il des leçons deNicolas Métru ou des organistesNicolas Gigault etFrançois Roberday[5]. Il se montre par ailleurs excellent danseur. Ses talents enfin reconnus, il crée pour sa protectrice la « Compagnie des violons de Mademoiselle ». Elle en tire une grande fierté car ils jouent mieux que ceux du roi.
En 1652, après laFronde et la disgrâce de sa turbulente cousine,LouisXIV engage Lulli dans laGrande Bande des Violons du Roi, composée de 24 instruments. En 1653, Lulli danse avec le monarque dans leBallet royal de la nuit. Il obtient rapidement la direction d'un nouvel ensemble,La Bande des Petits Violons. En 1659, il triomphe avec leBallet d'Alcidiane. Sa réputation est consacrée et il devient premier compositeur de la Cour.
Courtisan habile jusqu'à l'opportunisme, et homme d'affaires avisé, il s'assure la protection du roi. Il devient compositeur de la chambre puissurintendant de la musique royale. Il écrit un balletallégorique où le Soleil, brillant au centre de l'univers, se trouve entouré de planètes commeLouisXIV l'est de ses ministres.
Il est naturalisé français en 1661 et son nom s'orthographieLully. Le, il épouse àParis, enl'église Saint-Eustache, Madeleine Lambert (1643-1720), fille deMichel Lambert et de Gabrielle Dupuy[6]. De cette union naitront six enfants[7] :
Jean-BaptisteII (1665-1743), baptisé le en l'église Saint-Thomas-du-Louvre ;
Anne Gabrielle Hilaire (1666-1748), baptisée le en l'église Saint-Roch, qui épouse Jacques du Moulin, greffier à laCour des aides, le en la même église ;
Jean-Louis (1667-1688), baptisé le en l'église Saint-Roch ;
Louise-Marie (1668-), baptisée le en l'église Saint-Roch, qui épouse Pierre Thiersaut de Mérancourt.
À partir de 1664, Lully travaille régulièrement avecMolière, qui le surnommele paillard. Il crée ainsi lacomédie-ballet, sans cependant renoncer auxballets de cour. Les pièces de Molière sont alors une combinaison de comédies, de ballets et de chants :L'Amour médecin en 1665, laPastorale comique en 1667,George Dandin en 1668,Monsieur de Pourceaugnac en 1669,Le Bourgeois gentilhomme et sa turquerie en 1670. Jusqu'à cette date, Lully est l'intime du dramaturge. À ce titre, il participe à unbanquet resté célèbre. Cette étroite collaboration cesse en mars 1672, quand Lully rachète le privilège accordé en 1669 àPerrin, de l'Académie d'Opéra. Il obtient deslettres patentes interdisant à toute personne« de faire chanter aucune pièce entière en France, soit en vers françois ou autres langues, sans la permission par écrit dudit sieur Lully, à peine de dix mille livres d'amende, et de confiscation des théâtres, machines, décorations, habits… »[9]. L'Académie d'Opéra prend dès lors, et jusqu'à la Révolution, le nom d'Académie royale de musique[10] et s'installe dans la salle du jeu de paume rue de Vaugirard. À la demande de Lully, un décret d' restreint davantage les libertés de représentation en limitant le nombre de musiciens des formations musicales parisiennes[11].
En 1673, Lully compose sa premièretragédie en musique (tragédie lyrique),Cadmus et Hermione, sur un livret dePhilippe Quinault qui devient son librettiste attitré. Lully déloge les comédiens de Molière juste après la mort de ce dernier et installe l'Académie royale de musique en juillet 1673 dans l'aile droite du Palais-Cardinal (Palais Royal). Il fait agrandir la salle qui peut accueillir jusqu'à 3000 personnes[12].
Comblé d'honneurs et de richesses, il produit près d'une tragédie par an. Grâce à son monopole, il éclipse tous les compositeurs dramatiques de son époque (Marc-Antoine Charpentier,André Campra,Louis-Nicolas Clérambault). En 1681, il devientsecrétaire du roi et, en conséquence, élevé à la noblesse héréditaire en qualité d'écuyer. Sa carrière atteint son apogée.
Bisexuel, Lully entretient des relations intimes avec des femmes comme avec des hommes[13],[14],[15]. Vu leurs rapports privilégiés,LouisXIV ferme tout d'abord les yeux sur sa conduite[14]. Mais sous l'influence deMadame de Maintenon, il tolère de moins en moins l'homosexualité, nommée alorsbougrerie ou « vice italien ».
En 1685 éclate un scandale. Lully a noué une liaison avec un jeune page de la Chapelle nommé Brunet. Le compositeur perd alors de son crédit auprès du roi. Ce dernier n'assiste pas aux représentations d’Armide en 1686. Quand Lully compose sa dernière œuvreAcis et Galatée, une pastorale en forme d'opéra, c'est auchâteau d'Anet, où il était venu pour une partie de chasse à l'invitation duduc de Vendôme et duGrand Prieur son frère, le[16], devant lefils du roi, que l'œuvre est jouée le[17].
Le 8 janvier 1687, sonTe Deum doit être chanté pour la guérison du roi atteint d'unefistule anale, avec 150 musiciens[18]. Lors d'une des répétitions, Lully s'emporte contre ses musiciens et se blesse un orteil avec le lourdbâton de direction dont on frappe alors le sol pour battre la mesure. Sa jambe ne tarde pas à s'infecter. Mais, danseur, il refuse l'amputation[19],[20]. Lagangrène se propage au reste du corps et infecte en grande partie le cerveau[21].
Buste de Lully parAntoine Coysevox, basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris.
Son corps est transporté chez lesreligieux Augustins déchaussés (les Petits Pères) puis, selon ses dernières volontés, enseveli à l'église Notre-Dame-des-Victoires en présence de ses trois fils, comme en témoigne l'acte intégral de sépulture de Lully dans leregistre paroissial de la paroisseSainte-Madeleine-Ville-l'Évêque :Le vingt-deuxième jour de mars 1687, Messire Jean-Baptiste de Lully, escuyer, conseiller et secrétaire du Roy, maison et couronne de France, et de ses finances, et surintendant de la musique de Sa Majesté, est décédé en cette paroisse, en sa maison rue de la Magdeleine, âgé d'environ cinquante-cinq ans, le corps duquel ayant esté apporté dans cette église pour y faire les prières ordinaires, il a esté ensuite conduit pour nous soussigné, curé..., dans celle des religieux Augustins déchaussés de la place des Victoires, à Paris, où ledit sieur défunt avoit choisy sa sépulture par son testament, au convoy duquel ont assisté MessireLouis de Lully fils aîné ; Messire Jean-Baptiste de Lully, abbé de Saint-Georges-sur-Loire, second fils ; MessireJean-Louis de Lully, surintendant de la musique du Roy, troisième fils dudit sieur défunt[23].
Son épouse achète en l'église Notre-Dame-des-Victoires la chapelleSaint-Nicolas-de-Tolentin au prix de3 000 livres.
Dans cette sépulture seront inhumés plusieurs membres de la famille Lully-Lambert[24] :
Cénotaphe de Lully, basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris.
En janvier 1796, le tombeau de Lully est transféré aumusée des Monuments français. Restitué par décision dupréfet de la SeineGaspard de Chabrol du, il est placé dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste de l'église Notre-Dame-des-Victoires, avec quelques modifications. En 1871, pendant laCommune de Paris, l'église est pillée. Ses tombeaux, dont ceux de la famille Lully, sont profanés et vidés. Les Communards ont prétexté que le curé de l'église aurait caché des objets de valeur dans le tombeau du musicien[25].
Lecénotaphe de Lully se trouve toujours dans la basilique Notre-Dame-des-Victoires. Il est placé au-dessus ducintre de latravée située entre les chapelles Saint-Jean et de l'Enfant-Jésus. C’est unsarcophage de marbre noir que surmonte un buste en bronze modelé parAntoine Coysevox, accosté de deux pleureurs sculptés par Cotton. Au-dessous du buste veillent deux génies représentant la « Musique profane » et la « Musique sacrée ». De l’autre côté de la travée, sur la paroi opposée de la chapelle voisine, un buste en marbre blanc complète le mausolée[26].
Lorsque Lully crée sonorchestre, il en fait le premier d’Europe pour la discipline et le rythme. Il fait travailler lui-mêmechanteurs etdanseurs et règle son théâtre jusqu’au moindre détail.
Cette volonté organisatrice se manifeste dans son œuvre.Le Cerf de La Viéville rapporte que Lully « allait se former sur les tons dela Champmeslé ». Il désire avant tout imiter autant que possible la déclamation des grands acteurs duXVIIe siècle, qui s’appliquent surtout à respecter scrupuleusement laprosodie. Aussi a-t-il soin non seulement de placer toujours une note longue sur une syllabe accentuée ou une note courte sur une syllabe non accentuée, mais encore de marquer un arrêt à lacésure et à larime. Mais où Lully excelle, c’est dans lamusique descriptive, trait d’un artiste intellectuel. À cet égard, sonair du sommeil dansArmide (« Plus j'observe ces lieux ») touche au chef-d’œuvre.
Lully a joué un rôle considérable dans l’histoire de la musique instrumentale. Avec son équilibre bien établi de sonorités ayant pour centre de gravité un quintette d'instruments à cordes, son orchestre annonce l’orchestre moderne :
dessus de violon, habituellement renforcés par leshautbois et lesflûtes ;
Lecatalogue des 119 œuvres de Lully a été réalisé parHerbert Schneider(de)[27]. Les œuvres, classées par ordre chronologique, sont désignées par les lettres LWV (Lully Werke Verzeichnis) suivies d'un numéro de 1 à 80. La tragédie lyriqueArmide est ainsi désignée parLWV 71.
La Réception faite par un Gentilhomme de campagne à une compagnie choisie à sa mode, qui vient le visiter, mascarade (Mascarade du capitaine ou l'impromptu de Versailles)
C'est principalement pour sa contribution à la musique religieuse et à la musique de scène que Lully est connu. Il restera dans l'histoire comme le véritable créateur de l'opéra français. Il composa 14 tragédies lyriques dont les plus belles sont peut-êtreThésée (1675),Atys (1676),Phaéton (1683) et son chef-d'œuvreArmide (1686). À l'aise aussi bien à l'église qu'au théâtre, il est l'auteur de plus de 20 grands motets, dont le fameuxTe Deum de 1677, ainsi que de 11 petits motets d'un style plus italianisant.
D'azur, à une épée d'argent, les gardes et la poignée d'or, posée en pal, la pointe en bas, autour de la lame de laquelle est entortillé un serpent de sinople langué de gueules, la tête en bas, et une bande d'or chargée à ses extrimités de deux roses de gueules brochant sur le tout[31].
↑Henry Prunières,Lully : Biographie critique illustrée de douze planches hors texte. Les Musiciens célèbres, Librairie Renouard, édition Henri Laurens, Paris.
↑Acte de baptême de Jean-Baptiste Lully, paroisse Santa Lucia sul Prato de Florence :Lunedi 29 : Gio. Bat.a di Lorenzo di Maldo Lulli e di Catna di Gabriello del Sera ps. Lucia nel Prato n. a di 28 ho 16 1/2 C. Antonio di Jacopo Comparini C. Madalena di Giovanni Bellieri., cité dansBulletin français de la Société internationale de musique (janvier 1909).
↑Cité par Arthur Pougin dansLa Nouvelle Revue, tome 23, Paris, juillet août 1883, page 618.
↑Edmond Lambert et Aimée Buirette,Histoire de l'église de Notre-Dame-des-Victoires : depuis sa fondation jusqu'à nos jours, et de l'Archiconfrérie du Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie, Paris, Curot, 1872,p. 78.
↑Edmond Lambert et Aimée Buirette, 1872,p. 217-218.
↑Lully composa l'ouverture et le premier acte, mais mourut avant de pouvoir achever le reste de la partition.Pascal Collasse, son principal collaborateur, composa le prologue et les actes manquants.
Jean-Baptiste Lully sur-intendant de la musique du roy, dansCharles Perrault,Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, chez Antoine Dezallier, 1697, tome 1,p. 85-86(lire en ligne)
Manuel Couvreur,Jean-Baptiste Lully : musique et dramaturgie au service du Prince, Marc Vokar, 1992.