Pour les articles homonymes, voirFaure.
Naissance | Moulins (Allier),France |
---|---|
Décès | (à 84 ans) 9e arrondissement de Paris, France |
Activité principale | artiste lyrique baryton |
Style | |
Activités annexes | compositeur,collectionneur d'art (impressionnisme) |
Années d'activité | 1852-1876 |
Conjoint | Caroline Lefebvre |
Descendants | Maurice Faure[1] |
Jean-Baptiste Faure est unbarytonfrançais, né àMoulins (Allier) le, et mort àParis le.
Ce chanteur d'opéra, l'un des plus célèbres duXIXe siècle, fut également compositeur et uncollectionneur essentiel de l'impressionnisme et associé du marchand de tableauxPaul Durand-Ruel (1831-1922).
Son père chantre de la maîtrise de Moulins, est nommé peu de temps après la naissance de son fils Jean-Baptiste, chantre de lacathédrale Notre-Dame de Paris[2].Il meurt subitement en 1837, laissant sa femme avec 3 enfants dont son fils qui a 7 ans. Sans aucune ressource, la mère tente de placer l'enfant dans la maîtrise de la cathédrale Notre-Dame sans succès, quand l'organiste le prend comme assistant-souffleur tout en lui donnant des cours de musique et de solfège. Il intègre les chœurs de St Nicolas du Chardonnet et est admis au conservatoire en 1843. Il a 13 ans. Il devientsoprani du chœeur du Théâtre Italien. Il est alors remarqué par le chantreTrévaux, à lamaîtrise de l'église de la Madeleine. Avec la mue de sa voix, il est organiste pendant deux ans derrière l'orgue de St Nicolas du Chardonnet. Tout en étant choriste du Théâtre-Italien, en 1850, il se présente au concours de« Hautes classes lyriques » duConservatoire de Paris et est accueilli par ce mot deAuber« Ah ! c'est vous l'organiste ? Eh bien vous feriez mieux de rester joliment où vous êtes: Vous n'avez pas une tête à faire un chanteur ! », basse chantante il est admis dans les classes desténorsThéodore-François Moreau-Sainti etLouis Ponchard. Pourvu d'un premier prix de chant et d'un premier prix d'opéra-comique, il débute le à l'Opéra-Comique dansGalatée deVictor Massé (rôle de Pygmalion). Il y interprète les œuvres du répertoire, telles queJoconde deNicolas Isouard, et en crée de nombreuses autres parmi lesquellesL'Étoile du Nord deGiacomo Meyerbeer (Peters) en 1854,Jenny Bell deDaniel-François-Esprit Auber (Greenwich) en 1855,Manon Lescaut d'Auber (d'Hérigny) en 1856,Quentin Durward deFrançois-Auguste Gevaert en 1858 etLe Pardon de Ploërmel de Meyerbeer (Hoël) en 1859.
Il épouse la même année sa partenaire de scène, la sopranoCaroline Lefebvre (1828-1905); l'un de leurs témoins n'est autre que Meyerbeer. Ils ont un fils le peintre et linguiste Maurice Faure (1862 -1915).
En1860, il se produit àCovent Garden avant de faire son entrée à l'Opéra de Paris en1861 dansPierre de Médicis deJoseph Poniatowski.
Il y chanteDon Giovanni deMozart (rôle-titre),La Favorite (Alphonse XI) deGaetano Donizetti,La Pie voleuse etGuillaume Tell deGioachino Rossini (rôle-titre) etLes Huguenots de Meyerbeer (le duc de Nevers). En1869, il interprète Méphisto pour l'entrée au répertoire duFaust deCharles Gounod. Il y crée aussi les rôles de Pédro dansLa Mule de Pédro deVictor Massé en1863, Nelusko dansL'Africaine de Meyerbeer en1865, Rodrigue dansDon Carlos deGiuseppe Verdi en1867, Hamlet dans l'opéra-homonyme d'Ambroise Thomas en1868, le Fou dansLa Coupe du roi de Thulé d'Eugène Diaz en1873 et Charles VII dansJeanne d'Arc d'Auguste Mermet en1876.Il se produit également en Italie, en Allemagne à Baden-Baden, en Belgique.
Durant laguerre de 1870, il s'installe en Belgique puis en Angleterre, choix qui lui sera reproché, comme à d'autres artistes, par plusieurs journaux à son retour[3], tel le caricaturisteBertall dans le journalL'Illustration qui légende ainsi le tableau de Manet,Le Chemin de fer, présenté au Salon de 1872 :« LeChemin de fer de M. Manet, ou le départ de M. Faure pour l'Angleterre, ce qui explique l'air navré. Ce n'est pas gai non plus pour M. Manet. »
Touchatout dans sonTrombinoscope en 1872, le décrit ainsi :« D'une taille imposante, le cou bien attaché, le front haut, le nez arqué, la bouche bien dessinée, - un peu forte, - l'œil doux, - un peu recouvert par la paupière, - des dents superbes, - c'est bien le baryton de tous les rêves féminins. […] Faure est un amateur enragé de tableaux, sa collection est admirable. […] Enfin Faure est sans contredit le plus grand chanteur de ce siècle. »[4]
En 1875, il chante Don Giovanni à la première du nouveauPalais Garnier. En 1879 crée en version scéniqueEtienne Marcel l'opéra deCamille Saint-Saëns.
À partir de 1876, Faure donne des récitals et des concerts en tournée accompagné par un quatuor, ou accompagné au piano en France, Hollande ou en Espagne. Il y chante son répertoire extrait des opéras déjà mentionnés auxquels il jointAir de Wotan dela Walkyrie ouÉtoile deTannhauser extraits des opéras deRichard Wagner, des mélodies de ses compositeurs favoris et celles qu'il a lui-même composées, commeMon âme a son secret Jean-Baptiste Faure, Paris.
Il laisse aussi plusieurs recueils de mélodies à caractère religieux dont certaines devinrent très populaires, telles leSancta Maria,Le Crucifix d'aprèsVictor Hugo etLes Rameaux. Il popularisaMinuit, chrétiens d'Adolphe Adam créé à Noël 1847, qu'il interpréta dans tous ses récitals. Il participa également à la création des oratorios deCharles GounodRédemption (1884) etMors et Vita (1886). Le, il crée à l'église de la Madeleine leÔ salutaris pour baryton et orgue deGabriel Fauré, que le compositeur lui a dédié.
Faure possédait une voix de baryton sombre, douce et déliée« servie par une excellente diction, mais sacrifiant parfois le texte aux effets (portamenti, notes étirées)[5] ». Il avait une capacité naturelle lui permettant de jouer aussi bien lesbasses chantantes que les airs deténors, voire de monter dans des aigus d'une voix cristalline avec un vibrato très doux[6].
Il existe un enregistrement de sa voix surCylindre phonographique de cire que l'on trouve sur internet, il s'agit du« Grand air du baryton dans les "Jardins de l'Alcazar", extrait de l'acte II de la Favorite de Donizetti, Jean-Baptiste Faure (Alphonse XI) et Piano »[7] enregistré vers 1900.On peut également pour avoir une idée de son style et de son articulation, on se reportera aux enregistrements de deux de ses élèves la basse lyriquePol Plançon (1851-1914) et le barytonJean Lassalle (1847-1909) qui lui ont succédé à l'Opéra de Paris.
Jean-Baptiste Faure a donné de nombreuses leçons de chant. Il a notamment aidé la sopranoHaricléa Darclée avant ses débuts à l'opéra en 1888[8].
Jean-Baptiste Faure laisse deux recueils de musique sacrée, dont le chant liturgique des Rameaux(The Palms) dont il existe un enregistrement de 1913 parCaruso. Ce chant est particulièrement populaire dans les pays anglophones.Il écrit aussi des mélodies de salons.
Professeur de chant au Conservatoire de Paris de 1857 à sa retraite[9], Faure est l'auteur de traités pratiques et pédagogiques sur le chant :La Voix et le Chant (1886) etAux jeunes chanteurs (1898).
Faure commence à collectionner dès les années 1850, d'abord des gravures puis lorsque le compositeurAmbroise Thomas le met en contact avec les peintresJean-Auguste-Dominique Ingres,Hippolyte etPaul Jean Flandrin. Il s'intéresse par la suite à l'école de 1830 :Jean-Baptiste Corot,Eugène Delacroix,Jules Dupré, etc.[11] ; collection vendue en 1873 puis en 1878.
Pour la première exposition impressionniste organisée en 1874, Faure prête deux Degas et neuf Monet dontPlage à Sainte-Adresse. La presse de l'époque y lit la marque de l'excentricité d'une vedette orgueilleuse de l'Opéra qui ouvre une galerie dans son appartement. Faure achète et vend à travers, le plus souventPaul Durand-Ruel à plusieurs reprises.
Grand amateur du peintreÉdouard Manet, il fait l'acquisition de 67 de ses œuvres, dontLe Déjeuner sur l'herbe (acquis de l'artiste en 1878) etLe Joueur de fifre, mais aussi de 63 toiles deClaude Monet dontLe Pont d'Argenteuil et 3 toiles fait à Etretat[12].Aussi d'autres œuvres d'Edgar Degas (16 toiles),Camille Pissarro (37 toiles) etAlfred Sisley (58 toiles), qu'il installe en Angleterre pendant quatre mois pour se consacrer à la peinture.
Il présente sa collection, évaluée au total à 800 tableaux[13], dans son appartement parisien duno 52boulevard Haussmann, mais en conserve une partie àÉtretat dans sa villa "Les Roches", rachetée au comte d'Escherny[14], où se croisent les compositeursCharles Gounod,Jules Massenet,Ambroise Thomas, les écrivains et librettistesLudovic Halévy,Guy de Maupassant et les peintresJames Abbott McNeill Whistler,Claude Monet,Edgar Degas,Anders Zorn ouMax Liebermann. En 1880, la critique internationale considère ces lieux comme la« Galerie de l'art moderne »; une partie des vues d'Étretat de Monet, pour lequel Faure met une de ses villas à disposition en 1882 et 1891, a été peinte à sa demande[15].
Son portrait en Hamlet[16] est sculpté parJean-Pierre Dantan en 1868, et Faure commande aussi son portrait à différents peintres dont en 1877 à Édouard Manet (en Hamlet)[17],Giovanni Boldini (enMéphistophélès) etMarcellin Desboutin (enGuillaume Tell). En 1881 il commande à nouveau à Manet son portrait à l'occasion de la remise de sa Légion d'Honneur, mais le tableau déplaît à Faure qui commande un autre portrait àAnders Zorn.
À la mort de Manet, il défend néanmoins l'œuvre du peintre en vente publique. Il agit en banquier-associé du marchandPaul Durand-Ruel, lui permettant d'organiser les expositions impressionnistes aux États-Unis. Faure "réalise" régulièrement sa collection au cours de sa vie, soit en vente publique (1878, 1881, etc.), soit au travers de la galerie de son associé, auquel il confie ses tableaux pendant laguerre de 1870 afin de la mettre à l'abri à Londres, où ils habitaient des maisons voisines àBrompton Crescent[18].
À la fin de sa vie, il se séparera de l'essentiel de ses pièces, ne conservant que quelques toiles d'Ingres,Prud'hon, Manet, Degas, Sisley; en revanche, coïncidence ou choix délibéré, il ne collectionna jamais niAuguste Renoir niPaul Cézanne, tous deux ferventswagnériens.
Les relations entre les peintres et le collectionneur ne sont pas toujours cordiales : Monet[19] à propos de quiGeorges Clemenceau rapporte les visites tumultueuses et dialogues brutaux de Faure dans l'atelier du peintre[20] et la famille de Manet[21] voit en lui un« prédateur qui achète à bas prix et revend deux ans plus tard 20 fois plus cher »[22]. Degas en fera les frais et sera condamné après un procès au tribunal civil de Paris par un jugement en date du 24 mai 1887[23]à terminer 3 tableaux, dont "Le Champ de Courses", "La Blanchisseuse en silhouette" et "Les Grosses Blanchisseuses". Cette dernière œuvre aujourd'hui disparue est la première version[24]la seconde étant "Les Repasseuses" exposée actuellement à Orsay. La première version est vraisemblablement la commande de Faure en 1874 qui aura été livrée en 1887, les repasseuses L686 volontiers considérées comme faisant partie de cette commande ne peuvent absolument pas l’être puisque non retouchées[25] comme l’exige le tribunal et les correspondances de Degas[26] , aussi le tableau n’appartenait pas à Faure lors de l’exposition de 1876[27] bien que payé d’avance[28]..
Vincent van Gogh, dans la lettre du d'Arles écrit à son frère Théo :« Tu as vu comme moi défiler dans la petite vitrine d’une maison d’encadrement de la rue Laffitte une partie de la collection Faure n’est ce pas. Tu as vu comme moi que ce lent défilé de toiles autrefois méprisées était étrangement intéressant.– Bon.– Mon grand désir serait que toi tu eusses plus tôt ou plus tard une série de toiles de moi lesquelles pourraient elles aussi défiler juste dans la même vitrine. »
En 1902, il publie un opuscule qui décrit sa collection avec 102 références.En mars 1906, il vend par l'intermédiaire de la Galerie Durand-Ruel 24 tableaux de Manet issus de sa collection[30].Après la mort de son fils sa belle-fille, la peintre Louise Victoria Herman, vendra en 1919 encore 48 tableaux de la collection hérités pour 300000 francs[31].Il possédait d'autres collections d'objets remarquables, de porcelaines de Rouen, d'ivoires, de boites décorées, de sculptures de crucifix en métal et bronze, objets qui sont considérés comme perdus sans descriptif précis[32].Extrêmement affaibli sourd et presque aveugle, il meurt le dans son appartement de Paris. Il repose dans un caveau familial aucimetière Père Lachaise division 65.
Quatre grandes photographies de lui dans divers rôles sont exposées dans un couloir de "la Maison Mantin" àMoulins (Allier), ancienne résidence urbaine de l'avocat et préfetLouis Mantin (1851-1905), sans que l'on sache la nature des éventuelles relations entre ces deux amateurs d'art et collectionneurs moulinois (cf.La Maison Mantin - une demeure d'atmosphère, Bleu autour, 2011, p.25).