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Jean-Baptiste Desmarres | |
Naissance | Pont-l'Évêque |
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Décès | (à 33 ans) Angers |
Origine | Français |
Allégeance | ![]() ![]() ![]() |
Arme | Infanterie |
Grade | Adjudant-général |
Années de service | 1776 – 1794 |
Commandement | Commandant de la place deBressuire |
Conflits | Guerres de la Révolution Guerre de Vendée |
Famille | Desmarres d'Estimauville |
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Jean-Baptiste Marie Desmarres d'Estimauville est unofficier de laRévolution française, né àPont-l'Evêque le et mort exécuté le àAngers. On trouve aussi son nom orthographié Desmares. Officier d'Ancien Régime, notamment auxIndes, il s'engage dans laRévolution et combat enVendée, mais, pris dans des luttes intestines, il est guillotiné pour trahison. Il est surtout connu pour avoir été le protecteur et le promoteur deJoseph Bara, héros de laRévolution.
Jean-Baptiste Marie Desmarres d'Estimauville, de famillenoble, est sieur de Beaumonchel[1]. Il est le fils de Jean-Baptiste d'Estimauville[2].
Sa famille s'installe àPalaiseau en 1765[2], au service duprince de Condé qui en est leseigneur. En effet, le père de Jean-Baptiste-Marie Desmarres, ancien lieutenant du roi qui a combattu au Canada, titulaire de la croix de Saint-Louis, est capitaine deschasses du prince de Condé à Palaiseau. Quand le prince de Condéémigre après laprise de la Bastille, la famille Desmarres d'Estimauville gère le château[3]. Parmi ses domestiques figure la mère du jeuneJoseph Bara[3] et une femme de la famille Desmarres est la marraine d'une sœur du jeune Joseph[1].
Desmarres intègre l'Ecole militaire royale, puis devient cadet-gentilhomme en. Il sert auxIndes de à, où il obtient le grade demajor descipayes[1]. Il s'y trouve encore en 1789[3].
En 1790, Desmarres est chassé dePondichéry à cause de ses opinions révolutionnaires. Revenu à Palaiseau, où son père commande une compagnie des volontaires de laGarde nationale, il abandonne sa particule[3].
Il s'engage dans lesvolontaires nationaux enaoût1792. Nommé adjudant-général à l'armée des côtes deBrest, il part commander la place deBressuire. L'enfantJoseph Bara fait partie de ses subordonnés. Les armées de cette époque comptent beaucoup d'enfants, aux tâches imprécises. C'est à partir de Bressuire que Desmarres combat lesVendéens conduits par le comte de La Bouëre et Pierre Cathelineau, frère du généralissime vendéenJacques Cathelineau[1].
Ayant reçu l'ordre d'occuperJallais, au nord de Cholet, la troupe commandée par Desmarres y est surprise par les Vendéens le. C'est au cours de cette escarmouche que le jeuneJoseph Bara est tué[2].
Comme les opérations militaires dirigées par Desmarres ne sont pas vraiment couronnées de succès, il doit en rendre compte à son chef, legénéralTurreau. Desmarres cumule alors plusieurs handicaps. En effet, il estnoble etdantoniste alors que Turreau est proche deshébertistes, il est pris dans des querelles autour du généralRossignol et il a servi auxIndes, alors que s'étend un scandale autour de laliquidation de la Compagnie des Indes[3].
Convoqué àAngers pour s'expliquer, il y arrive le. Turreau le relève de son commandement et le fait incarcérer. Malgré le soutien dugénéral Decaen[4], Desmarres est accusé d'avoir dissimulé sa noblesse et d'avoir trahi devant l'ennemi. Il est condamné à mort le etguillotiné le lendemain[1]. Dans une lettre au ministre de la guerre écrite quelques jours après, le,Turreau se félicite de cet exemple[5]. En effet, il a des difficultés à contrôler ses hommes[6].
Ce n'est pas pour son rôle militaire, somme toute éphémère, que Desmarres est resté dans les mémoires, mais parce qu'il a été le déclencheur de la célébrité deJoseph Bara. En effet, le lendemain de l'escarmouche, le, Desmarres écrit à laConvention pour annoncer la mort deJoseph Bara. Il le décrit combattant en véritable héros et par ailleurs soutien de famille :
J'implore ta justice, citoyen ministre, et celle de la Convention pour la famille de Joseph Bara ; trop jeune pour entrer dans les troupes de la République mais brûlant de la servir, cet enfant m'a accompagné depuis l'année dernière, monté et équipé en hussard : toute l'armée a vu avec étonnement un enfant de treize ans affronter tous les dangers, charger toujours à la tête de la cavalerie ; elle a vu, une fois, ce faible bras terrasser et amener deux brigands qui avaient osé l'attaquer. Ce généreux enfant, attaqué hier par les brigands, a mieux aimé périr que de se rendre et leur livrer deux chevaux qu'il conduisait. Aussi vertueux que courageux, se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à sa mère tout ce qu'il pouvait se procurer ; il la laisse avec plusieurs filles et un jeune frère infirme sans aucune espèce de secours.Je supplie la Convention de ne pas laisser cette malheureuse mère dans l'horreur de l'indigence ; elle demeure dans la commune de Palaiseau, district de Versailles[2].
Desmarres veut à la fois faire accorder à la mère de Bara une pension par la Convention (ce qui n'est pas exceptionnel) et se signaler par un épisode mémorable pour conforter sa propre position qu'il sait très fragile[1]. Il essaye ainsi de se faire pardonner ses échecs militaires[6].
On sait qu'il échoue pour le second objectif, mais est couronné de succès pour le premier : la lettre de Desmarres est lue et commentée à laConvention parBarère dès le. La Convention accorde immédiatement une pension à la mère de Bara et leRobespierre demande sapanthéonisation[1].
Quand il l'apprend, Desmarres écrit une seconde lettre à la Convention, qui y est lue le 15 janvier 1794, où il met en scène l'instant de la mort de Bara :
« A pied, tenant ses deux chevaux par la bride, et répondant : "A toi, f.... brigand, les chevaux du commandant et les miens ! Eh bien oui ! ..." Ce sont ces paroles répétées plusieurs fois qui lui ont valu la mort[3]. »
L'héroïsation de Bara est en marche et elle n'est pas remise en cause par la condamnation de Desmarres[3].