En 1953, il écrit avecFrancis Crick le document académique proposant la structure endouble hélice de la molécule d'ADN. Watson, Crick etMaurice Wilkins ont reçu leprix Nobel de physiologie ou médecine 1962 « pour leurs découvertes concernant la structure moléculaire des acides nucléiques et son importance pour le transfert d'informations dans le matériel vivant ».
James Watson s'approprie la découverte fondamentale de la chercheuseRosalind Franklin, la structure en double hélice de l'ADN[1], en se faisant communiquer les travaux de cette dernière à son insu[2]. En 1962, il fait ensuite la découverte duG-quadruplex.
De 1956 à 1976, Watson est membre du corps professoral du département de biologie de l'université Harvard, où il encourage la recherche enbiologie moléculaire. À partir de 1968, il est directeur duCold Spring Harbor Laboratory (CSHL), augmentant considérablement son niveau de financement et de recherche. Au CSHL, il réoriente ses recherches vers l'étude ducancer et en fait un centre de recherche de premier plan en biologie moléculaire.
En 1994, il est nommé président et sert pendant 10 ans, puis chancelier, jusqu'à sa démission en 2007 après avoir fait des commentaires affirmant un lien génétique entre l'intelligence et la race. Entre 1988 et 1992, Watson a été associé auxNational Institutes of Health, aidant à établir leprojet du génome humain.
Watson a écrit de nombreux ouvrages scientifiques, dont le manuelMolecular Biology of the Gene (1965) et son best-sellerThe Double Helix (1968).
En, après la diffusion d'un documentaire télévisé dans lequel Watson a répété son point de vue sur la race et la génétique, le CSHL révoque les titres honorifiques qu'il lui avait décernés et rompt tout lien avec lui.
James D. Watson est né àChicago le[3], fils unique de Jean née Mitchell et de James D. Watson, un homme d'affaires. Élevé catholique, il s'est décrit plus tard comme « un évadé de la religion catholique ».
Watson grandit dans les quartiers sud de Chicago (South Side) et fréquente des écoles publiques. Il est fasciné par l'observation des oiseaux, un passe-temps partagé avec son père. De ce fait, il envisage de se spécialiser enornithologie. Watson fait une apparition surQuiz Kids, une émission de radio populaire qui mettait des jeunes gens doués au défi en leur posant questions. Grâce à la politique libérale du président de l'université,Robert Hutchins, il peut s'inscrire à l'université de Chicago, où il reçoit une bourse d'études, à l'âge de 15 ans.
Après avoir lu le livre d'Erwin Schrödinger,What is Life? en 1946, Watson change ses ambitions professionnelles de l'étude de l'ornithologie à la génétique. Il obtient sonbachelor degree (4 ans d'études supérieures) en zoologie de l'université de Chicago en 1947. Dans son autobiographie,Évitez les gens ennuyeux, Watson décrit cette université de Chicago comme une « institution universitaire idyllique où il lui a été inculqué la capacité de pensée critique et une contrainte éthique de ne pas souffrir les imbéciles qui entravaient sa recherche de la vérité », contrairement à sa description d'expériences ultérieures.
En 1947, Watson quitte l'université de Chicago pour devenir étudiant diplômé de l'université de l'Indiana, attiré par la présence àBloomington du lauréat du prix NobelHermann Joseph Muller en 1946 qui, dans des articles cruciaux publiés en 1922, 1929 et dans les années 1930, avait présenté toutes les propriétés de base de la molécule d'hérédité que Schrödinger décrit dans son livre de 1944. Il obtient son doctorat en 1950 ;Salvador Luria est sondirecteur de thèse.
À l'origine, James Dewey Watson a été formé à la biologie moléculaire par les travaux de Salvador Luria. Luria a finalement partagé le prix Nobel de physiologie ou médecine de 1969 pour ses travaux sur l'expérience de Luria-Delbrück, qui concernaient la nature des mutations génétiques.
Ensuite, sur les conseils d'un professeur, il se rend àCopenhague pour s'initier aux méthodes de labiochimie. La même année, il assiste àNaples à un congrès et y rencontreMaurice Wilkins qui présente les premiers clichés dediffraction des rayons X de l'ADN. C'est l'époque où l'on suggère que l'ADN est le support de l'informationgénétique, alors que l'on croyait que lesgènes étaient de natureprotéique.
Animation d’une structure d’ADN en rotation.
James Watson, qui a vingt-trois ans, s'attaque alors à la structure desacides nucléiques. À l'automne de1951, il vient àCambridge, au laboratoire decristallographie, et rejoint un groupe de chimistes et decristallographes de renom. Il commence à étudier l'ARN et montre qu'il a une structure hélicoïdale. Puis, il s'attache à élucider la structure de l'ADN. Les deux clés de ce problème seront : d'une part, la structurehélicoïdale ; d'autre part, l'observation que la molécule d'ADN est composée de quatre basespuriques etpyrimidiques (A,T,G, etC), et que les deux paires de bases A-T et G-C ont des structures complémentaires sur le planstérique. Cette nouvelle notion, ajoutée à celle d'une structure hélicoïdale, permet à Watson et Crick d'élaborer un modèle de structure endouble hélice. Cette découverte n'aurait pu se faire sans les clichés de diffraction aux rayons X effectués parRosalind Franklin et communiqués à son insu à Watson par Wilkins.
Watson etCrick sont guidés vers leur découverte par celle — partiellement erronée — deLinus Pauling sur la structure hélicoïdale de la molécule d'ADN et par celle d'Erwin Chargaff sur les bases puriques et pyrimidiques[4].
En, Franklin et Wilkins n'arrivent pas à se mettre d'accord afin de savoir qui doit travailler sur le projet de l’ADN[5]. Pour avancer dans leurs recherches, Watson et Crick se mettent à chercher à savoir si Franklin a découvert d’autres informations scientifiques sur la structure de l’ADN qu'elle n'aurait pas communiquées[5]. Afin de prendre connaissance de ces possibles informations, ils contactent un proche auConseil de la recherche médicale, l'organisation britannique qui prend en charge le coût des travaux de Franklin. En fin d'année, l'organisme leur envoie en réponse un rapport censé être confidentiel de tout ce qu'elle a trouvé[réf. à confirmer][5].
À travers la lecture de ce rapport, ils remarquent alors que Franklin a avancé dans son interprétation de l’image B 51, une image de diffraction de rayons X[6] qui confirme la distance de 0,34 nanomètre entre les bases de l’ADN, et qu'un tour d'hélice est composé de 10 bases avec comme diamètre pour la molécule 2 nanomètres[5]. Les hypothèses avancées dans ce rapport sont considérables et permettent à Watson et Crick de trouver la structure finale de l’ADN qu'ils publient dansNature, le[5],[7],[8].
La revue publie trois articles, respectivement de Watson et Crick, de Maurice Wilkins et de Rosalind Franklin[9]. L'article de Watson et Crick, écrit sur une seule page en un langage clair et précis, qui plus est renforcé par le schéma de la double hélice, emporte l'adhésion de la communauté scientifique[5]. Le retentissement de la publication est d'emblée très important. Grâce à lacristallographie, Wilkins confirme immédiatement la structure de l'ADN modélisée par Watson et Crick : en un second article paraît qui vient ancrer ce nouveau modèle[5],[10].
Dans leur article, ils citent le travail des chercheurs qui ont également contribué à cette découverte. Cependant, ils ne parlent pas de Franklin pour les éléments importants que ses recherches ont amené à leur article final, car ils ont obtenu ces éléments sans sa permission[5]. C'est pour cette raison qu'ils sont critiqués pour un comportement jugé non éthique. Ils finissent néanmoins par reconnaître l’apport deRosalind Franklin à la découverte qui a fait leur renommée en guise de réponse à la critique[5].
Cette découverte, l'un des événementsscientifiques majeurs duXXe siècle, a bouleversé la biochimie et ouvert la voie à une discipline nouvelle, labiologie moléculaire. Le prix Nobel de médecine fut décerné en octobre1962 à James Watson ainsi qu'àMaurice Wilkins etFrancis Crick, ses compagnons de recherche.
À partir 1968, James Dewey Watson est à la direction duCold Spring Harbor Laboratory, situé sur l'île deLong Island dans l'État de New York et à proximité duquel il établit sa résidence en 1974. Celui-ci devient sous sa direction un des centres de recherche les plus réputés du monde[11]. À partir de 1994, la direction du centre est assurée par Bruce Stillman qui, en 2003, remplace au poste de président Watson nomméchancelier.
Watson est directeur duprojet génome humain de 1988 à 1992. Il quitte ce poste à la suite d'un différend avec l'organisme de tutelle, lesNIH, portant sur son refus de voir breveter les séquences du génome humain. Néanmoins, en reconnaissance de son œuvre scientifique, il devient le premier être humain dont l'intégralité dugénome est séquencé. Il reçoit lors d'une cérémonie le, unDVD portant son génotype qu'il a depuis fait mettre enaccès libre sur sonsite web[12].
À plusieurs reprises, Watson s'est fait remarquer par des propos outranciers. Dès les années 1950, il prononce des paroles « peu amènes » sur le physique de la chercheuseRosalind Franklin, également pionnière de la biologie moléculaire[11].
Selon le journalLibération, James Dewey Watson aurait déclaré en 1997 à un journal britannique qu'« une femme devrait avoir le droit d'avorter si son enfant a des gènes homosexuels », puis s'était ravisé[13],[14].
Le, il tient des propos, jugés racistes, dans les colonnes du journal britannique leSunday Times[15]. Il y déclare qu’il est« fondamentalement pessimiste quant à l'avenir de l'Afrique » parce que « toutes nos politiques d'aide sont fondées sur le fait que leur intelligence [celles des Africains] est la même que la nôtre [Occidentaux,N.D.L.R.] alors que tous les tests disent que ce n'est pas vraiment le cas[16] » et, poursuivant sur ses propos, il indique que« son espoir est que tous les hommes soient égaux » mais il répond que « les gens qui ont eu affaire à des employés noirs se sont rendu compte que ce n’est pas vrai[13],[17]. » Le biologiste controverséSteven P. Rose, opposé aux thèses sociobiologistes, a répondu dansThe Independent le mercredi suivant que si« Watson connaissait la littérature sur le sujet, il aurait su qu’il est en dehors de sa profondeur scientifique[13]. »
Dans son dernier ouvrage datant de 2007, on retrouve une réponse de James Watson concernant cette polémique :
« Il n'y a aucune raison de s'attendre à ce que les capacités intellectuelles de peuples séparés géographiquement dans leur évolution aient évolué de manière identique. Notre volonté de distribuer des pouvoirs intellectuels égaux, comme une sorte de dotation universelle, cette volonté ne sera pas suffisante pour qu'il en soit ainsi[18]. »
Durant la même année, il tient aussi des propos controversés du domaine de l'eugénisme, en affirmant que« [si] vous pourriez trouver le gène qui détermine la sexualité et [si] une femme décide qu'elle ne veut pas d'un enfant homosexuel, eh bien, laissez-la faire » et qu'il est pour la possibilité de rendre« toutes les filles jolies » grâce au processus dugénie génétique[5].
À la suite de ses déclarations du, il est suspendu des fonctions qu'il exerçait dans un laboratoire de l'Institut de recherches de Cold Spring Harbor (Long Island)[19], puis mis à la retraite.
À la suite de ces évènements, un débat a lieu dansNature au sujet de la véracité de ses assertions et de la pertinence d'étudier un lien entrerace etQ.I. Le neurobiologiste marxisteSteven P. Rose contredit la thèse de Watson selon laquelle les noirs seraient moins intelligents que les blancs. Il affirme également qu'il est inutile d'étudier conjointement larace et leQ.I, avançant que les justifications par la science de la prétendue supériorité de certains catégories humaines sur d'autres y compris des blancs sur les noirs relèvent en réalité de l'idéologie, camouflée en connaissance scientifique[20]. À l'opposé, les psychologues Stephen Ceci et Wendy M. Williams défendent le fait d'étudier un éventuel lien entre race et intelligence ; selon eux, les origines de cet écart devraient être sujet à discussion et ceux qui prétendent qu'il y aurait une part génétique ne devraient pas être ostracisés au risque de verser dans une forme de censure et delyssenkisme[21].
En 2014, se plaignant d'être devenu un « non-être » depuis un entretien accordé auSunday Times en 2007[22], il décide de vendre aux enchères sa médaille Nobel, qui est achetée parAlicher Ousmanov, un des hommes les plus riches de Russie, pour 4,1 millions de dollars[5]. Celui-ci rend la médaille à James Watson en expliquant :« Une situation dans laquelle un scientifique remarquable vend la médaille qui récompense ses réussites est pour moi inacceptable ». Il ajoute espérer que le produit de la vente sera transmis à des instituts de recherche[23].
Dans un documentaire diffusé le, il tient de nouveau, selon le quotidienLibération, des propos racistes. Il affirme notamment qu’il existe une différence de résultats aux tests de QI entre les blancs et les noirs et que cette différence est génétique[24]. En réaction, le centre de recherche Cold Spring Harbor Laboratory révoque ses titres honorifiques (chancelier émérite, professeur émérite et administrateur honoraire)[25].
J. D.Watson,The Double Helix: A Personal Account of the Discovery of the Structure of DNA, W. W. Norton & Company,(ISBN0-393-95075-1,lire en ligne) (Norton Critical Editions, 1981)
J. D.Watson, T. A.Baker, S. P.Bell, A.Gann, M.Levine et R.Losick,Molecular Biology of the Gene, New York, Benjamin Cummings,, 5th éd.(ISBN0-8053-4635-X)
La Double Hélice, Paris,Hachette, coll. Pluriel, 1984(ISBN978-2010099618) ; rééd. Hachette, coll. Pluriel, Paris, 319 p., 1999(ISBN978-2012789753) ; rééd.Robert Laffont, Paris, préf.Axel Kahn, 216 p., 2003(ISBN978-2221098974)Le récit personnel de James Watson où il décrit les antagonismes et les coopérations entre chercheurs, comment toutes les fausses pistes sont abandonnées pour trouver enfin une théorie possible.Il[Qui ?] lui est beaucoup reproché, dans ce livre, d'avoir minimisé voire passé sous silence le rôle deRosalind Franklin dans cette découverte.
(avec Andrew Berry),ADN, le secret de la vie, trad. fr. Barbara Hochstedt, Paris,Odile Jacob, 462 p., 2003(ISBN9782738113351)
↑Texte original : « all our social policies are based on the fact that their intelligence is the same as ours – whereas all the testing says not really », texte traduit par AP :[1]
(en)Biographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)