Né à Paris le, Jacques Lucien Monod est le fils du peintreLucien Hector Monod et de Charlotte Todd MacGregor, Américaine née à Milwaukee. Jacques Monod est un descendant du pasteurJean Monod, et le frère dePhilippe Monod. Il a deux fils jumeaux : Olivier, chercheur au CNRS à l'Institut des Sciences de la Terre d'Orléans (ISTO), etPhilippe, physicien retraité de l'ESPCI de Paris, nés de son mariage avecOdette Bruhl, une petite-fille dugrand rabbin de FranceZadoc Kahn. Il est aussi le beau-frère duzoologisteGeorges Teissier et de sa femme Lise Bruhl, et le cousin de Geneviève Zadoc-Kahn, régisseuse desconcertsMusigrains.
Jacques Monod fut résistant pendant laSeconde Guerre mondiale, tout comme son demi-frèrePhilippe Monod[2]. C'est d'ailleurs grâce à l'action de ce dernier que Jacques peut s'évader de France, via Belfort, en 1944[3].
Il fait l'essentiel de sa carrière au sein de l'Institut Pasteur de Paris et devient professeur à la faculté des Sciences de Paris, puis auCollège de France, et enfin directeur de l'Institut Pasteur de1971 à1976. En1965, il reçoit leprix Nobel de physiologie ou médecine avecFrançois Jacob etAndré Lwoff pour ses travaux engénétique. En 1966, il porte, avec notamment François Jacob, le projet de création d'un centre de recherche spécialisé en biologie moléculaire. Cet institut adoptera le nom d'Institut Jacques-Monod en 1982. Son livreLe Hasard et la Nécessité (1970) a eu un très fort retentissement, amenant les débats sur labiologie sur la place publique. Monod y expose ses vues sur la nature et le destin de l'humanité dans l'univers, concluant ainsi son essai :« L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »
Les apports de Jacques Monod à labiologie moléculaire sont considérables. Intéressé par la génétique des micro-organismes, il postule puis met en évidence l'existence d'unemolécule servant de lien entre legénome (ADN) et lesprotéines : l'ARN messager. AvecFrançois Jacob, corécipiendaire du prix Nobel la même année, il démontre la notion d'opéron dans lesbactéries, un opéron étant une unité génétique composée de plusieurs gènes dont l'expression est régulée par le mêmepromoteur. Cette notion de promoteur est aussi due à ces deux savants.
Il publie en 1949 dans le journalAnnual Review of Microbiology, un modèle de prédiction des croissances bactériennes, appelééquation de Monod et toujours utilisé dans le dimensionnement des stations d'épuration[7].
Il élabore en1965 avecJean-Pierre Changeux et Jeffries Wyman le concept d'allostérie, un mode de régulation majeur desenzymes. L'article publié dans leJournal of Molecular Biology est l'un des plus cités au monde.
Jacques Monod,François Jacob etAndré Lwoff ont obtenu leprix Nobel pour avoir établi que l’ADN est le point de départ des réactions biochimiques qui, par l’intermédiaire de l’ARN, produisent les protéines nécessaires à la vie des cellules[8]. Pour Monod, l’ADN a le rôle primordial d'un centre de commande dans lemétabolisme cellulaire. AvecFrançois Jacob, il est l'un de ceux qui ont popularisé l'idée qu'unprogramme génétique dirige la vie et le développement des êtres vivants.
Fort de son succès, il publie en 1970 un livre,Le Hasard et la Nécessité, dans lequel il écrit :« Il faut ajouter enfin, et ce point est d’une très grande importance, que le mécanisme de la traduction est strictement irréversible. Il n’est ni observé, ni d’ailleurs concevable, que de « l’information » soit jamais transférée dans le sens inverse, c’est-à-dire de protéine à ADN. Cette notion repose sur un ensemble d’observations si complètes et si sûres, aujourd’hui, et ses conséquences en théorie de l’évolution notamment, sont si importantes, qu’on doit la considérer comme l’un des principes fondamentaux de la biologie moderne »[9].
L'année même de la parution de l'ouvrage, plusieurs chercheurs prouvent l’existence générale d'une enzyme, latranscriptase inverse, les AméricainsHarold Temin etDavid Baltimore, dans lesretrovirus, le FrançaisMirko Beljanski, au sein même du CNRS, dans des bactéries, et le JaponaisSatoshi Mizutani, ce qui ne contredit pas l'affirmation de Monod puisqu'il ne s'agit pas de traduction inverse, mais de transcription inverse. Les chercheurs annoncent l’existence générale de cette enzyme au VIe Symposium de biologie moléculaire tenu à Baltimore (États-Unis) en. Et trois ans après, Temin et Baltimore obtiennent le prix Nobel pour leur découverte.
Monod, dans sa préface à la traduction d'un livre du grand spécialiste de lathéorie synthétique de l'évolution d'Ernst Mayr[10], a précisé dans une longue analyse nuancée son point de vueépistémologique sur l'évolution biologique et ledarwinisme. Il les considère tous deux commeintellectuellement séduisantes, mais comme demeurant des hypothèses « se prêtant difficilement à la falsification pour employer le langage deKarl Popper », tout en pensant que « lenéodarwinisme est dans l'état actuel la seule hypothèse scientifique existante, tendant à rendre compte de l'émergence de la diversité des êtres vivants. En revanche, il démontre que la théorie du gène déterminant héréditaire invariant au travers des générations, et même des hybridations, est tout à fait inconciliable avec lesprincipes dialectiques (Le Hasard et la Nécessité,p. 53). »
Durantmai 68, il participe à des barricades et fait office de médiateur entre les étudiants protestataires et les forces de l'ordre[11],[12].
En 1972, Jacques Monod témoigne, en tant qu'expert, auprocès de Bobigny (procès d'un avortement, alors interdit par la législation française) en faveur des accusées. En parallèle, il donne de l'argent aux accusées pour les aider à couvrir les frais de justice engagés[13].
Problems of scientific revolution: progress and obstacles to progress in the sciences: TheHerbert Spencer lectures 1973, avecHermann Bondi et Walter Bodmer, édité par Rom Harré, Oxford, Clarendon press, 1975.
Biosynthèse des acides nucléiques et des protéines, notes prises au cours de Jacques Monod, Paris, Association des étudiants en sciences, 1967.
Cinquantième anniversaire de la vie scientifique du professeurAndré Lwoff, prix Nobel, Paris,Institut Pasteur, 1er octobre 1971.
From biology to ethics,San Diego (Californie), Salk Institute for biological studies, 1969.
De l'adaptation enzymatique aux transitions allostériques, Conférence Nobel,Stockholm,Fondation Nobel, 1966.
Cybernétique enzymatique : Essais sur l’adaptation enzymatique, posthume, inédit, édité sous la direction de Francesca Merlin & Laurent Loison,Éditions Matériologiques, Coll. Histoire des sciences et des techniques, 2021.
Les Origines de la biologie moléculaire : un hommage à Jacques Monod, présenté parAndré Lwoff et Agnès Ullmann, Paris & Montréal, Études vivantes, 1980(ISBN2-7310-6901-5)
(en)Biographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)