Nantes, 9, allée des Tanneurs, cour de l'ancien garage Raymond Demy.
La famille paternelle de Jacques Demy est originaire dePontchâteau, lieu de la naissance de Jacques, où sa grand-mère tient un café et où est enterré son grand-père, lui aussi nommé Jacques, mort en 1934[N 1]. Son père, Raymond Demy, est garagiste àNantes[N 2] (à l'enseigne « garage de l'Hôtel de Ville » et le domicile de la famille se trouvait auno 9 du quai des Tanneurs, devenu, après lecomblement de l'Erdre, l'allée des Tanneurs, une contre-allée ducours des 50-Otages[N 3]). Le père de Jacques espérait que son fils aîné reprenne un jour son garage et lui a fait suivre une formation de chaudronnier. Sa mère, Marie-Louise Leduc, estcoiffeuse, mais n'exerce plus que rarement ce métier. Pour l'été, ils louent pour quelques semaines une maison au hameau de La Chebuette àSaint-Julien-de-Concelles près de Nantes. Jacques a un frère cadet, Yvon, assez proche par l'âge, et une sœur cadette, Hélène[1].
Les parents de Jacques Demy sont grands amateurs de spectacles : cinéma (au Katorza, à l'Apollo[N 4]),opérettes ouopéras (authéâtre Graslin), et leur fils le devient aussi très tôt, fréquentant de plus le théâtre de marionnettes[N 5] installé en permanence à Nantes à partir de 1932. À partir de14 ans, à la fin de laSeconde Guerre mondiale, il devient un véritable cinéphile, lisant la revueL'Écran français et fréquentant le ciné-club de Nantes.
Il est aussi très tôt devenu un praticien des arts du spectacle : dès quatre ans avec son propre théâtre de marionnettes, et, à partir de neuf ans, avec un petit projecteur de cinéma. Un peu plus tard, il réalise quelques films d'animation par la technique de la peinture sur pellicule. Il a aussi reçu un enseignement musical (violon) entre 1939 et 1943.
De à, en raison des risques liés auxbombardements de Nantes, il est réfugié chez un sabotier de la Pierre Percée, près de Nantes[N 6], non loin de la Chebuette. À ce moment ou un peu plus tard[N 7], il réalise notamment un film sur une attaque aérienne[2] contre lepont de Mauves. Fin 1944, il achète sa premièrecaméra, et il en aura une plus perfectionnée à la fin de 1946. Il réalise d'abord quelques films avec acteurs, ainsi que des documentaires, en particulier, en 1947,Le Sabot, suite de son séjour àLa Chapelle-Basse-Mer et première ébauche de son filmLe Sabotier du Val de Loire (1955). Mais surtout, de 1946 à 1948, il se consacre à l'animation de personnages miniatures, réalisant des films de quelques minutes,La Ballerine puisAttaque nocturne[N 8]. C'est à cette période qu'il rencontre pour la première fois le cinéasteChristian-Jaque, de passage à Nantes, qui l'encourage et pousse son père à accepter la vocation du jeune Demy[3].
Il fait des études de type primaire supérieur jusqu'à l'âge de14 ans et entre le à l'école Leloup-Bouhier (aujourd'huilycée Leloup-Bouhier) à Nantes. Lui-même, qui envisageait déjà de devenir cinéaste, aurait préféré faire des études longues aulycée Clemenceau, mais il s'est heurté à un refus de la part de son père, pour les études classiques comme pour le cinéma. Malgré cela, il réussit bien dans toutes les matières, alors qu'il ne s'intéresse qu'aux lettres et au dessin. Il semble avoir obtenu leBrevet d'études industrielles et un CAP demécanicien garagiste[N 9].
Comme le montre bien le filmJacquot de Nantes réalisé parAgnès Varda, le cinéma a été une véritable vocation pour Jacques Demy. Arrivé au terme de ses études secondaires, son père ne s'oppose pas à sa vocation.
En 1949, Jacques Demy, aidé parChristian-Jaque, part pour Paris suivre les cours de l'ETPC (École technique de photographie et de cinématographie), située 85, rue de Vaugirard[3]. Il retrouve ses condisciples des Beaux-Arts de Nantes, entrés à l'IDHEC ou aux Beaux-Arts de Paris, ainsi qu'un nouveau venu, sorti de l'école d'architecture de Nantes,Bernard Toublanc-Michel. Pour son épreuve de sortie en 1952[4], il réalise un court-métrage de dix minutes,Les Horizons morts. Il accomplit ensuite son service militaire[5].
À son retour, il envisage de travailler dans le cinéma d'animation et se met au service dePaul Grimault[4], avec lequel il réalise des parties de films publicitaires, animant notamment des boîtes de pâtesLustucru. En même temps, il a plusieurs projets personnels qui n'aboutissent pas :Les Très Riches Heures d'une enfant sage (sur un scénario personnel) ;Le Faux Nez (sur un scénario deJean-Paul Sartre). Cependant, il est remarqué par une firme de publicité qui va lui procurer plusieurs mois de travail, en collaboration avec Bernard Evein. C'est aussi l'époque où il se lance dans un roman, qu'il abandonne rapidement, mais qui est la première ébauche du scénario d'Une chambre en ville[5].
Il se réoriente vers le cinéma documentaire et, en 1953, écrit le scénario duSabotier du Val de Loire[4]. Il prend contact avec le documentaristeGeorges Rouquier qui apprécie ce travail et prend Jacques Demy comme assistant pour un documentaire surLourdes et pour un autre surArthur Honegger, tournés en 1954-1955. Georges Rouquier réussit à mettre sur pied la production duSabotier avec Pathé-Cinéma[N 11] ; le film est tourné en, obtenant un grand succès critique en 1956.
Il est ensuite engagé par Jean Masson pour un film d'actualité,Le Mariage de Monaco, une commande de laprincipauté, sur le mariage deGrace Kelly[N 12] et deRainierIII de Monaco[6]. À la fin de l'année 1956, il est de nouveau assistant de Georges Rouquier pour le filmS.O.S. Noronha[4].
Assistant du réalisateurGeorges Rouquier sur le tournage deSOS Noronha, il fait connaissance deJean Marais qui lui permettra ensuite d'entrer en contact avecJean Cocteau ; celui-ci donne à Jacques Demy les droits cinématographiques de sa courte pièceLe Bel Indifférent, créée en 1940. Ce court-métrage est aussi produit par Pathé-Cinéma, compte tenu du succès duSabotier, bien que les créateurs,Édith Piaf etPaul Meurisse, d'abord envisagés aient dû être remplacés par la comédienneJeanne Allard et Angelo Bellini, un non professionnel recruté sur son apparence pour un rôle totalement muet.
En 1958, Jacques Demy met au point le scénario d'un long-métrage,Un billet pour Johannesbourg (le futurLola), mais dans l'immédiat doit continuer avec des courts métrages. Il est de nouveau le collaborateur de Jean Masson pourLe Musée Grévin (musique deJean Françaix), un film dont il ne se montre pas très satisfait par la suite.
C'est une commande du ministère de la Santé sur l'éducation des jeunes enfants de la naissance à l'âge de deux ans. Passés les conseils prodigués aux jeunes mamans, ce film a une tonalité propre à Jacques Demy dans la mesure où est valorisée l'idée de la prise d'autonomie de l'enfant par rapport à sa mère.
Un peu plus tard, il a une proposition d'une maison de production catholique, les Productions du Parvis, qui avait financé le film sur Lourdes ; il s'agit cette fois d'un sujet sur la vie ducuré d'Ars. Jacques Demy est d'abord réticent, puis accepte après être allé àArs. C'est avec ce film que commence sa collaboration avecPhilippe Dussart, un des dirigeants des Productions du Parvis, qui sera directeur de production de plusieurs de ses films ultérieurs.
En 1959, il réussit à intéresser à son scénario de long métrageGeorges de Beauregard, le producteur d’À bout de souffle, deJean-Luc Godard, mais le budget obtenu est assez restreint (38 millions de francs 1959), il est obligé de revoir son projet initial à la baisse : noir et blanc au lieu de couleurs, moins de chorégraphie, moins de décors, il doit même renoncer àJean-Louis Trintignant, qu'il souhaitait diriger dans le rôle central de Roland Cassard : de fait, il engageMarc Michel, trois jours seulement avant la date du tournage. Ce film, rebaptiséLola (initialementUn billet pour Johannesburg), est marqué par sa première collaboration avecMichel Legrand pour la musique[12].
Après la sortie de Lola, qui n'en fait pas encore un cinéaste de premier plan, Jacques Demy est invité à participer au film à sketchesLes Sept Péchés capitaux dans lequel il tourne le sketchLa Luxure.
En même temps, il met au point le scénario desParapluies de Cherbourg et travaille déjà sur la musique de ce film avec Michel Legrand. Cette fois, il réussit à intéresser à ce projet la productriceMag Bodard, qui met pourtant du temps à rassembler les financements nécessaires[14].
Au cours d'un passage à Cannes lors dufestival, Jacques Demy entrevoit la possibilité d'un film sur le jeu, film qui va être rapidement mis en route et réalisé grâce à l'appui deJeanne Moreau, sous le titreLa Baie des Anges[1].
Le budget finalement réuni par Mag Bodard est de 1 300 000 francs, avec une participation de la20th Century Fox. Le film, tourné dans des conditions satisfaisantes, obtient immédiatement un succès public et critique. Il gagne leprix Louis-Delluc dès, puis laPalme d'or à Cannes[17]. En France le public plébiscite le film avec 1,3 million de spectateurs et le succès du film à l’étranger (notamment au Japon) donne à Jacques Demy et aux autres protagonistes : Mag Bodard,Michel Legrand etCatherine Deneuve, une immense notoriété internationale[18].
LesParapluies de Cherbourg est relié àLola par le personnage de Roland Cassard, qui évoque son ancien amour pour Lola sur une vue du Passage Pommeraye désert, mais aussi par celui de Cécile Desnoyers, venue de Nantes à Cherbourg, à laquelle Geneviève fait allusion en passant.
Malgré le succès desParapluies de Cherbourg, le financement desDemoiselles de Rochefort n'a pas été très facile[N 13] parce que le budget nécessaire est énorme pour l'époque. Une coproduction franco-britannique est d'abord envisagée, mais n'aboutit pas ; en revanche, Mag Bodard parvient à obtenir la participation deWarner-7 Arts, qui permet de doubler le budget (atteignant 6 000 000 de francs 1966) et d'amener dans la distribution les acteurs américainsGene Kelly etGeorge Chakiris.
AprèsLes Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy part auxÉtats-Unis, où il est déjà allé deux fois : en 1965, alors queLes Parapluies de Cherbourg avait été sélectionné pour lesOscars ; il a alors fait la connaissance d'un cadre deColumbia Pictures, Jerry Ayres ; en 1966, lors de l'engagement de Gene Kelly. Cette fois il est invité par lefestival du film de San Francisco, mais il va rester plus de deux ans aux États-Unis.
Sorti à New-York,Model Shop est un échec immédiat ; en France, le film n'est pas doublé, il reste donc limité au circuitArt et essai. Malgré tout, ayant été peu coûteux, le film couvre ses dépenses grâce à la télévision et cet échec n'est pas porté au débit de Jacques Demy qui reçoit la proposition de tournerWalking in the Spring Rain, avecIngrid Bergman etAnthony Quinn. Mais il préfère rentrer en France pour son projet personnel dePeau d'âne, Mag Bodard lui ayant annoncé que le budget en était prêt[25].
Jacques Demy a élaboré le scénario et les dialogues, et la musique composée par Michel Legrand, au cours de son séjour américain. La production associe Mag Bodard et la Paramount (et sa filiale française Marianne Films). Mais le tournage va être plus difficile que prévu, malgré l'enthousiasme de l'équipe, en raison de l'insuffisance du budget de départ (4 000 000 de francs) obligeant à une très forte limitation du décor et de la figuration. Bernard Evein ayant évalué le coût du décor à 700 000 francs, au lieu de 350 000 envisagés par la production, abandonne le projet. Jacques Demy et Catherine Deneuve mettent leur salaire en participation. Malgré tout, le budget sera dépassé (4 800 000).
Les mouvementspop art etpeace and love que Demy découvre aux États-Unis pendant le tournage de son précédent film, influencent celui-ci où l'on retrouve des décors très colorés[27].
Jacques Demy en est un des scénaristes avecAndrew Birkin etMark Peploe. D'une durée de86 min il sort en salle aux États-Unis le et s'inscrit dans la catégorie cinématographiquefilm musical.
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Le scénario d'Une chambre en ville est au point au début de 1973 et la musique est composée en 1973-74, non pas par Michel Legrand qui n'a pas voulu travailler sur ce sujet, mais parMichel Colombier. En 1976, il semble que la réalisation soit très proche, avec Gaumont (Daniel Toscan du Plantier) et Planfilm comme producteurs, mais surviennent un certain nombre d'obstacles. Tout d'abord, le refus de Catherine Deneuve d'utiliser le play-back, puis le refus des producteurs de confier le premier rôle féminin àDominique Sanda et pour terminer, les problèmes de Gaumont dus à l'échec de plusieurs films de cette époque.
Jacques Demy reçoit deRolf Liebermann à l'Opéra de Paris la proposition de mettre en scène l'opéra deJean-Philippe RameauPlatée, mais c'est lui qui décline finalement[6], ne voyant pas ce qu'il pourrait apporter à cette œuvre[N 14].
En 1975, alors qu'il cherche des producteurs pourUne chambre en ville, Jacques Demy élabore un scénario pourYves Montand :Dancing (futurTrois places pour le 26) puis en 1976, celui deConstance, quelquefois (futur projetKobi), deux projets qui n'aboutissent pas dans l'immédiat.
Autre projet avorté : celui de tourner un film enURSS, dans le cadre des coproductions internationales qui ont abouti par exemple au film d'Akira KurosawaDersou Ouzala. Le scénario d'Anouchka, écrit par Jacques Demy en 1975 est fondé sur le tournage d'un film musical d'après le roman de TolstoïAnna Karénine. Le projet, qui était très avancé, est abandonné en 1978[6].
En fin de compte, c'est du Japon qu'il va obtenir la possibilité de réaliser un nouveau film avecLady Oscar. Dans la filmographie de Jacques Demy, la présence de ce film japonais, qui n'a pour ainsi dire pas été exploité en France (et en Europe en général), mais qui a été un succès au Japon et en Asie, repose sur le souvenir que le Japon a gardé desParapluies de Cherbourg[6]. Le sujet est issu deLa Rose de Versailles, unmanga historique japonais sur la Révolution française. Le film est tourné en France, avec une distribution anglaise, où apparaissent quelques acteurs français dontGeorges etLambert Wilson[31].
Durant cette période, Jacques Demy tourne quelques films publicitaires, notamment en 1981, des spots de promotion de la lecture et, en 1986, une commande du Ministère des Affaires étrangères sur les succès de la recherche française (spots dans lesquels apparaît Mathieu Demy).
En 1979, Jacques Demy reçoit la proposition de tourner pour la chaine de télévisionFR3 une adaptation du livre de Colette. Il refuse d'abord, mais devant l'insistance de notamment la fille de Colette, il finit par accepter.
La situation d'Une chambre en ville se résout en quelque sorte à la suite de la victoire de François Mitterrand en 1981. Grâce à Dominique Sanda, une des actrices deLa Naissance du jour, il est mis en contact avecChristine Gouze-Rénal, qui accepte le projet, en partie, dit-elle, dans l'euphorie de l'après.
Le film renoue avec de plus anciens : entièrement chanté commeLes Parapluies de Cherbourg, situé à Nantes, commeLola (un des personnages de Lola est d'ailleurs évoqué dans le film, par le biais d'une note de réparation de téléviseur) mais présente plusieurs traits originaux : l'intervention explicite du conflit social, puisque l'action se déroule en 1955 pendant les grèves de la construction navale de Nantes et Saint-Nazaire ; l'explicitation de la relation sexuelle ; la radicalisation de la passion amoureuse, qui débouche sur la mort. Cette fois-ci, c'estMichel Colombier qui compose la bande originale du film, Michel Legrand à qui Demy a demandé d'écrire la partition ayant refusé car il pense que le film ne marchera pas.Gérard Depardieu etCatherine Deneuve sont pressentis pour incarner les rôles titres. Cependant, Deneuve, ne voulant pas être doublée pour le chant, refuse le rôle, entraînant la défection de Depardieu par la même occasion[6].
À sa sortie,Une chambre en ville n’est pas un succès commercial[33]. Cet échec est aggravé par « l'affaireUne chambre en ville » : un certain nombre de critiques de cinéma attribuent, dans la presse, cet insuccès de Jacques Demy à la sortie simultanée deL'As des as, deGérard Oury et s'attirent une réplique de l'acteur principal deL'As des as,Jean-Paul Belmondo. Jacques Demy, qui n'est pour rien dans cette affaire, exprime simplement ses remerciements aux critiques qui l’ont soutenu.
Un scénario écrit dans les années 1970 d'après le mythe d'Orphée trouve un producteur à cette époque, mais avec la condition de pouvoir présenter le film au festival de Cannes suivant, soit quelques mois après seulement (il n'est, finalement, pas terminé à temps[35]). Le résultat est une précipitation qui, ajoutée à une certaine insuffisance budgétaire, fait que le film est largement raté, notamment du point de vue de Jacques Demy lui-même qui l'exclut de sa filmographie. Demy déplore que l'acteur principalFrancis Huster ait obtenu du producteur de pouvoir interpréter lui-même les chansons du film, avec un résultat que le réalisateur juge catastrophique. Sur le plan commercial, c'est un échec[33].
En 1986, Jacques Demy propose àYves Montand son scénarioKobi, que Montand refuse, mais il intéresseClaude Berri (on est peu de temps après la sortie deJean de Florette) à un autre projet de Demy, qui va être retravaillé pour se fonder pour une part importante sur la biographie authentique de Montand. Claude Berri accorde à Jacques Demy des conditions de préparation et tournage tout à fait satisfaisantes[6]. Ce film sera pourtant un demi-échec sur le plan commercial.
Durant les années 1983-84, Jacques Demy assiste Paul Grimault pour la réalisation d'un film de rétrospective de ses dessins animés de court métrage. Il s'agit de présenter ces courts-métrages (ou des extraits) en les liant par une trame dans laquelle Paul Grimault dialogue avec un clown animé[6]. Au cours de cette présentation intervient aussi Anouk Aimée, la voix de la bergère dansLa Bergère et le Ramoneur en 1949.
Le tournage deTrois Places pour le 26 est marqué par deux hospitalisations de Jacques Demy, celles-ci vont devenir plus fréquentes. Il reprend le scénario deKobi, un travail de préparation est lancé, finalement abandonné compte tenu de l'état de santé du cinéaste.
Il consacre dès lors ses loisirs forcés à la rédaction de ses souvenirs d'enfance, qu'il communique au fur et à mesure à son épouse Agnès Varda. En, celle-ci décide d'en faire un film, tourné dès le printemps et l'été de 1990 ; après une interruption due à la mort de Jacques Demy, le àParis, le film, intituléJacquot de Nantes, est achevé début 1991. Agnès Varda rendra hommage à son mari dans deux autres films,Les demoiselles ont eu 25 ans (1993) etL'Univers de Jacques Demy (1995).
Jacques Demy etAgnès Varda se rencontrent au festival du court métrage de Tours en 1958, et se marient en 1962. Leur fils,Mathieu Demy, naît en 1972, et Jacques Demy adopte la fille d'Agnès Varda,Rosalie Varda[38], fille biologique d'Antoine Bourseiller, qui deviendra costumière.
Le couple possède une demeure à Paris et une propriété (un ancien moulin) sur l'île de Noirmoutier enVendée. C'est à Noirmoutier qu'ont été tournés les plans de Jacques Demy sur une plage dansJacquot de Nantes.
Pendant ses études, il n'avait pas appris de langue étrangère. Il a appris l'anglais durant les années 1960, en suivant des cours et des stages, ainsi qu'en séjournant aux États-Unis. À l'époque du projetAnouchka, qui a duré plusieurs années, il a aussi appris le russe[39].
Jacques Demy meurt en 1990, officiellement d'uncancer. Ce n'est qu'en 2008, lors de la promotion de son documentaire autobiographiqueLes Plages d'Agnès, qu'Agnès Varda révèle que la véritable cause de la mort de Demy est lesida[42],[38]. Jacques Demy n'avait pas souhaité que la véritable cause de son décès fût dévoilée[43],[44],[45]. Il est enterré aucimetière du Montparnasse (9e division).
Les films de Jacques Demy accordent une place particulière à la musique. Il a souvent fait appel àMichel Legrand pour la composition. Excepté les longs-métrages produits à l'étranger, seule la bande originale d’Une chambre en ville est composée par un autre compositeur : Michel Colombier[6].
Cette frontière entre réalité et conte se retrouve également dans la localisation de ses films. Enfant du bord de mer, Jacques Demy place l'action de nombre de ceux-ci dans une cité portuaire, lieu frontière entre terre et mer, entre réalité et rêve, entre quotidien et évasion, et espace de rencontre entre plusieurs horizons :Lola etUne chambre en ville à Nantes ;Les Parapluies de Cherbourg ;Les Demoiselles de Rochefort ;La Baie des Anges à Nice ;Trois Places pour le 26 à Marseille. Dans ce dernier film, il offre àYves Montand son seul rôle chantant et dansant au cinéma.
Jacques Demy insère des clins d'œil à ses films précédents dans certains longs métrages, comme s'ils formaient ensemble une longue histoire découpée[6]. Par exemple Roland Cassard, diamantaire amoureux deLola épouse Geneviève dansLes Parapluies de Cherbourg, après avoir fait fortune aux États-Unis. De même, la mère et ancienne danseuse qu'il rencontre à Nantes, avant qu'elle ne parte retrouver sa fille à Cherbourg chez son beau-frère coiffeur, est découpée en morceaux dansLes Demoiselles de Rochefort. En examinant ses films, on s'aperçoit qu'aucune rencontre n'est insignifiante.
Sous le couvert de films en apparence colorés et chantants, l’univers de Demy est extrêmement sombre. Ses films ont pour la plupart des conclusions malheureuses, excepté pourLes Demoiselles de Rochefort[46] bien que les deux amoureux principaux n'arrivent, jusqu'à la fin, jamais à se rencontrer. Il était même prévu dans un premier scénario que Maxence se fasse écraser par le camion dans lequel Delphine et sa sœur montent à Paris[47].
On relève aussi une fascination pour l’aristocratie, même déchue, de la part d’un fils d’ouvrier : les mères veuves sont parfois baronnes (Une chambre en ville,Trois Places pour le 26).
Le cinéma de Demy est hanté par l’idée de l’inceste (Peau d’Âne,Parking,Une chambre en ville,Trois Places pour le 26) et par la bisexualité (ambigüe dansLady Oscar, la jeune femme élevée en garçon par son père ; montrée dansParking, où Orphée, marié, est amoureux d’un homme, où Eurydice porte des vêtements masculins ; évoquée sous forme de comédie : l’homme enceint deL'Événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune)[48].
Par ailleurs, Demy a été, à ses débuts, un documentariste sensible et rigoureux s’exprimant dans des courts-métrages en noir et blanc (Le Sabotier du Val-de-Loire,Ars…)[N 15].
Créateur d'une œuvre marquante pour plusieurs générations de spectateurs, il n’est pourtant guère suivi dans cette voie, hormis quelques hommages, parfois parodiques.
En 1991,Agnès Varda réaliseJacquot de Nantes, film biographique sur la vie du jeune Jacques Demy, son futur mari avant de réaliser un second film à sa mémoire avecLes Demoiselles de Rochefort ont eu25 ans qui retrace la genèse et le tournage de la comédie-musicale du réalisateur en
« On a tous un film fétiche, qui nous appartient, nous accompagne. Le mien, c'estLola, le premier film de Demy que j'ai vu. Il m'a surpris et touché. La façon dont Demy jouait avec les comédiens et la bande-son, en n'hésitant pas à créer entre eux les décalages, quelle audace ! Pour moi, tout devenait soudain possible[49]. »
En 2024,Florence Platarets réalise le documentaireJacques Demy : le rose et le noir qui est présenté au Festival de Cannes dans la catégorie « Classic Cannes » avant d'être diffusé dans le monde entier par la chaîneArte[54].
Pour sa comédie musicaleJoker : Folie à deux le réalisateurTodd Phillips a confié s'être beaucoup inspiré du cinéma de Demy pour son propre film. Notamment dans une scène ou l’on voit le personnage d'Arthur Fleck marchant sous la pluie entouré de ses gardiens qui portent des parapluies de couleurs[58].
En 2024,Francis Ford Coppola déclare vouloir réaliser une nouvelle comédie musicale qui s'inspirerait de l'univers cinématographique de Jacques Demy et de sa compagne Agnès Varda[59].
La filmographie de Jacques Demy est disponible dans un coffret intituléIntégrale Jacques Demy, comprenant 12 DVD, un CD audio[N 16] et un livret de photos. Cependant, malgré son intitulé, ce coffret n'inclut pas les courts-métragesMusée Grévin etLa Mère et l'enfant[N 17].
Du au, laCinémathèque française organise une rétrospective du cinéaste « Le Monde enchanté de Demy », avec diffusions des classiques en salles dans toute la France[78]. Ces films ayant été tournés à l'origine en argentique, la sociétéCiné-Tamaris, qui œuvre notamment à la diffusion du travail de Jacques Demy, a remastérisé la filmographie du réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague afin qu'elle soit adaptée aux techniques de projections actuelles[79].
Le jeudi, à l'occasion du Festival de Cannes 2013 et en hommage à Jacques Demy, le film Palme d'or 1964Les Parapluies de Cherbourg (copie restaurée), a été projeté en avant-première.
En, une fresque a été mise en place sur les murs de l'école élémentaire Boulard deParis 14e renomméerécemment[C'est-à-dire ?] Agnès-Varda, en lisière de la place dédiée à Jacques Demy(Peau d'âne, Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort).[réf. nécessaire]
En 2024, un documentaire lui est consacré :Jacques Demy - Le Rose et le noir
↑Cf. documents présentés dansL'Univers de Jacques Demy, une carte de collégien et une attestation scolaire de 1948, en partie tronquée, de sorte qu'on ne voit pas s'il a obtenu ces diplômes ou s'il va les préparer l'année suivante. Un document présenté à l'exposition de Nantes 2010-2011 (cahier de géométrie) montre clairement qu'en 1948-49, Jacques Demy est encore au collège Launay, en 1°I.
↑Ces études de Jacques Demy aux Beaux-Arts de Nantes ne sont pas du tout évoquées dansJacquot de Nantes alors qu'il comporte plusieurs scènes concernant le collège Launay.
↑Budget de quatre millions de francs 1955, 25 % venant de Georges Rouquier, 75 % de Pathé.
↑Jacques Demy dira par la suite avoir été le dernier cinéaste à avoir dirigé Grace Kelly, dans la scène de la visite de la galerie des ancêtres. Il évoquera aussi l'agrément de tourner avec de gros moyens financiers.
↑Les Parapluies de Cherbourg etLes Demoiselles de Rochefort seront remastérisés en 32 bits par Agnès Varda en 1999.
↑Ce CD contient une introduction par Michel Legrand, puis les versions de travail de plusieurs airs desParapluies de Cherbourg (Sur le quai,Chez Dubourg,La gare), desDemoiselles de Rochefort (Chansonsdes jumelles, deLa femme coupée en morceaux, deSimon, deSolange) et deTrois places pour le 26 (L'interview,Ensemble) ; dePeau d'âne (une version différente deAmour, amour).
↑Alexander Horwath, Thomas Elsaesser, Noel King,The Last Great American Picture Show: New Hollywood Cinema in the 1970s, Amsterdam University Press, 2004(ISBN9789053566312),p. 90.
↑Source des deux parties précédentes : Jean-Pierre Berthomé,Jacques Demy. Les extraits des fiches techniques indiquent des interventions notables du point de vue de la biographie de Jacques Demy.
PhilippeColomb,« L'étrange Demy-monde », dans Marie-Hélène Bourcier,Q comme queer : les séminaires Q de 1996-1997, Cahiers GKC,coll. « Question de genre »,,p. 39
Jacques Layani,Jacques Demy, un portrait personnel, L'Harmattan, 2014
Rosalie Varda-Demy, Emmanuel Pierrat,Il était une fois "Peau d'âne", éditions de La Martinière,
Rosalie Varda, fille adoptive de Jacques Demy, fut figurante dans le film de Jacques Demy à l'âge de 12 ans. En complément à cet ouvrage, un coffret DVD avec version restaurée-numérisée est édité.
Patrice Guillamaud,Les Parapluies de Cherbourg, éd. du Céfal, Liège, 2014
Laura Pascoet.« L’illusion de l’amour n’est pas l’amour trouvé » : la difficile harmonie des personnages féminins et masculins dans les cinq longs métrages des années 1960 de Jacques Demy. Lola (1960) – La Baie des anges (1962) – Les Parapluies de Cherbourg (1963) – Les Demoiselles de Rochefort (1966) – Model Shop (1968). Sciences de l'Homme et Société. 2019.Lire en ligne