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Retiré de la vie politique, il siège dans un premier temps auConseil constitutionnel, dont il estmembre de droit. Mis en cause dans de nombreuses affaires judiciaires, il a bénéficié de sonimmunité présidentielle mais reste, après son départ de l'Élysée, poursuivi dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, pour laquelle il est condamné à deux ans d'emprisonnement avec sursis en 2011. Il devient ainsi le premier président français à être condamné en justice. Malade, il effectue sa dernière apparition publique en 2014.
Durant son parcours politique, il se montre changeant du point de vueidéologique. Engagé àgauche dans sa jeunesse, il est généralement considéré commegaulliste et classé àdroite de l'échiquier politique, bien que certains observateurs qualifient sa pratique du pouvoir deradicale-socialiste.
Le patronymeChirac désigne une personne originaire de Chirac, nom de plusieurs localités : la commune deChirac-Bellevue enCorrèze, l'ancienne commune deChirac enLozère (Bourgs sur Colagne), la commune deChirac enCharente, ou un hameau de la commune deChanteuges enHaute-Loire. Le toponyme lui-même est typiquementoccitan (il est prononcé[ t͡ʃi.ˈrak]) et représente l'évolution régulière dubas latinCariu (éboulement de roches) ou du préceltiquekarr, pierre[1].
Jacques Chirac parle ainsi de son patronyme, le présentant comme« limousin »[2].
Le, il se fiance avecBernadette Chodron de Courcel (née le 18 mai 1933), rencontrée àSciences Po, dans l'appartement des Chodron de Courcel,boulevard Raspail. Le àParis 6e, il l'épouse, malgré les réticences de la famille de celle-ci vis-à-vis d'un jeune homme issu d'unmilieu différent.
Le couple a deux filles : Laurence (1958-2016[6]), qui a poursuivi des études demédecine, mais qui n'a jamais exercé[7], etClaude, née en 1962, conseillère en communication.
Le jeune Jacques est élevé en enfant unique et couvé par sa mère, car sa sœur aînée, Jacqueline, est morte d'unebroncho-pneumonie foudroyante en 1924, à l'âge de deux ans[17].
Bulletin de notes de Jacques Chirac au lycée Louis-le-Grand.
Envisageant finalement une carrière dans l'administration, il intègre, en, l'Institut d'études politiques de Paris (IEP)[24]. Durant cette période, brièvement, il milite dans la mouvance duParti communiste avec notamment le futur éditeurChristian Bourgois. Il vendL'Humanitérue de Vaugirard, et participe au moins à une réunion de cellule communiste, comme il l'a raconté[25]. Ayant signé l'année précédente l'appel de Stockholm, d'inspiration communiste[23], il se voit interrogé lorsqu'il demande son premier visa pour lesÉtats-Unis ; il est ainsiauditor (étudiant auditeur libre) de laSummer school deHarvard en 1953, et voyage dans la foulée pour parcourir les États-Unis. Il s'y fiance avec une jeune fille deCaroline du Sud dont il est tuteur delatin[22],[26] — Florence Herlihy[27] — mais les jeunes gens doivent rompre sous la pression de leurs familles respectives[28].
De retour en France, il finit en 1954 son cursus à Sciences Po (section Service public) en soutenant unmémoire degéographie économique intituléLe Développement du port de La Nouvelle-Orléans, dirigé par le professeurJean Chardonnet. Il sort ainsi3e sur les 139 de sa promotion, avec la mention « bien »[29]. De nombreuses années plus tard, lors de l'ouragan Katrina d', Jacques Chirac, qui se trouve à l'hôpital, s'intéressera à la catastrophe qui touche particulièrement le sud de la Louisiane, en écho à son mémoire mentionnant notamment les risques d'inondation de cette région[30].
En tant qu'élève de l'ENA, il aurait pu éviter de faire laguerre d'Algérie (pendant18 mois), mais il se porte volontaire et il est affecté, à partir du, au11e puis6e régiment de chasseurs d'Afrique[32], en poste à Souk-el-Arba dans ledépartement de Tlemcen[33],[34]. Au cours de son service militaire, il est blessé au visage, puis promulieutenant au début de l'année 1957. Il affirme n'avoir personnellement jamais supervisé d'actes de torture et en avoir contesté l'aspect « généralisé »[35]. Il est libéré de son service militaire le, le maintien sous les drapeaux ayant alors été porté à27 mois[36]. Partisan de l'Algérie française, Jacques Chirac explique qu'il n'est devenu gaulliste qu'en 1958.
Grâce à son mariage et à son ambition, il change complètement de milieu social. De retour de son service militaire, il reprend ses études à l'ENA dans lapromotion Vauban. Il effectue son stage à la préfecture de l'Isère[37] et sort dixième en 1959. Celle-ci étant détachée enAlgérie parCharles de Gaulle entre le et, il est affecté en tant que« renfort administratif » auprès du directeur général de l'Agriculture en Algérie,Jacques Pélissier.
Jacques Chirac dans sa circonscription de laCorrèze.
En 1964,Pierre Juillet, proche conseiller duPremier ministre, incite« les jeunes loups dePompidou », parmi lesquels, outre Chirac, se trouventJean Charbonnel,Bernard Pons etPierre Mazeaud, à s'engager en politique et à battre la gauche dans ses bastions traditionnels, dans le centre et l'ouest de la France[40],[41]. Pierre Juillet le fait entrer en à la commission de développement économique régional du Limousin ; le, Chirac est élu conseiller municipal deSainte-Féréole, enCorrèze, berceau des grands-parents maternels de sa mère[42].
Lors desélections législatives de 1967, Georges Pompidou souhaite qu'il se présente dans une circonscription parisienne mais à la demande deJean Charbonnel[43], Chirac préfèreUssel (Corrèze), réputée être un bastion de gauche[44]. Il est l'un des acteurs du « serment de Solignac », qui traduit l'engagement de« jeunes loups » gaullistes en Limousin et Quercy, peu favorables à la droite. Il bénéficie du soutien deMarcel Dassault, ami de son père qui finance pour lui un hebdomadaire UDR ayant son siège àLimoges,L'Essor du Limousin[45] et qui souhaite en faire un secrétaire d'État à l'Aviation civile. Il l’emporte de justesse au second tour, face à Georges Émon, candidat duParti communiste français[46]. Cette victoire est obtenue à l'arraché sur une gauche divisée : en effet, le candidat envoyé par laFGDS pour remplacerMarcel Audy, sénateur, maire et conseiller général deMeymac, un temps pressenti mais convaincu par Jacques Chirac de ne pas se présenter, n'est autre que le propre frère deFrançois Mitterrand,Robert, lequel fait un score calamiteux ; Jacques Chirac bénéficie de la neutralité bienveillante de la gloire locale,Henri Queuille, et de l'appui de l'inamovible maire d'Égletons,Charles Spinasse, ancien ministre socialiste deLéon Blum exclu de laSFIO pour faits de collaboration[e]. Charles Spinasse affirme à cette occasion que Jacques Chirac est un type très« Front populaire »[47].
Après Mai 68, il est secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances, d'abord sous l'autorité du gaullisteFrançois-Xavier Ortoli dans legouvernement Couve de Murville, puis de celle du libéralValéry Giscard d'Estaing, après l'élection à la présidence de la République deGeorges Pompidou et la formation dupremier gouvernement Chaban-Delmas, en. Les deux hommes se méfient l'un de l'autre, comme en témoigne le fait que Jacques Chirac n'est pas mis dans la confidence de ladévaluation dufranc de 11,1 % en 1969, mais finissent par travailler en bonne intelligence. À ce poste, il patronne notamment la« procédure d'agrément », législation d'exception dont bénéficient les groupes industriels jugés les plus méritants, par négociation à l'amiable directe de l'impôt sur les bénéfices. Ses adversaires l'accusent d'en avoir surtout fait profiter les groupesDassault ouBouygues. Dans le même temps, il renforce son assise enCorrèze, en se faisant élireconseiller général pour lecanton de Meymac le (réélu en 1970, 1976 et 1982) puis président duconseil général en 1970 (réélu en 1973 et 1976, il abandonne ce poste en après être devenu maire deParis). De plus, le couple Chirac achète lechâteau de Bity, sur le territoire de la commune deSarran dans le département, le, et le restaure après classement commemonument historique par arrêté du[48],[f]. L'épouse de Jacques Chirac,Bernadette, complète sa présence enCorrèze en étant élue conseillère municipale deSarran en 1971 (et deuxième adjointe au maire à partir de 1977) ainsi queconseillère générale pour lecanton de Corrèze en 1979.
De plus en plus proche deGeorges Pompidou, il est choisi en par le couple présidentiel pour devenir le premier directeur général de laFondation Claude-Pompidou. Il commence également, à cette époque, à se lier avec deux collaborateurs du président de la République qui deviennent ses deux principaux conseillers durant les années 1970,Pierre Juillet etMarie-France Garaud.
Il obtient son premier poste gouvernemental d'importance le, en étant nomméministre de l'Agriculture et du Développement rural, dans legouvernement Messmer. Il s'y fait remarquer en obtenant massivement les voix des agriculteurs, base électorale importante qu'il conservera tout au long de sa carrièrepolitique. Dans la même logique, comme bon nombre de personnalités politiques, il assure chaque année, de 1972 à 2011 (sauf en 1979, à la suite de son accident de voiture), une sortie médiatisée et remarquée ausalon de l'agriculture[49],[50]. Il devient notamment l'un des instigateurs de la première politique d'aide à l'agriculture de montagne[51], en lançant en 1973 l'indemnité spéciale de montagne (ISM)[52]. En, soutenu par le président, il revient sur des décisions deValéry Giscard d'Estaing, alors en voyage, en annonçant le retrait du projet de loi de finance d'une nouvelle taxe sur la vente des fruits et légumes qui, dans un contexte de hausse des prix, s'était attiré la colère des détaillants[53]. Une fois de retour, le ministre des Finances ne peut qu'avaliser les promesses faites par son homologue de l'Agriculture.
Ministre de l’Intérieur et mort du président Pompidou
Le, probablement à la suite de l'affaire des écoutes duCanard enchaîné, il« échange », lors d'un changement de gouvernement, son poste avec celui deRaymond Marcellin, jusque-làministre de l'Intérieur. La mort deGeorges Pompidou, le suivant, l'affecte fortement ; il apparaît ému aux larmes lors de la messe des funérailles du président en lacathédrale Notre-Dame de Paris. Il milite alors pour une candidature à la Présidence de la République rassemblant l'ensemble de la majorité, face à l'union de la gauche derrièreFrançois Mitterrand, et est hostile àJacques Chaban-Delmas qu'il n'estime pas capable d'affronter la gauche. Il choisit de soutenir tout d'abord lePremier ministre sortant,Pierre Messmer, un temps candidat, puisValéry Giscard d'Estaing. Il rallie en la faveur de ce dernier, avec son « appel des 43 », 39 parlementaires et 4 ministres gaullistes et contribue ainsi à la victoire du ministre des Finances à l'élection présidentielle. Il bénéficie aussi d'une bonne connaissance du terrain et des élus locaux, acquise en moins de deux ans au ministère de l'Agriculture et surtout du fait de sa position au sein d'un ministère « stratégique » dans lequel il a la haute main sur les préfets, avec lesRenseignements généraux, entre autres.
Le, en raison de son rôle décisif dans son élection,Valéry Giscard d'Estaing nomme Jacques ChiracPremier ministre. Il expose le son discours depolitique générale devant l'Assemblée nationale qui lui accorde le lendemain sa confiance par297 voix contre 181. Il conserve l'appui de l'Union pour la défense de la République (qui ne compte que cinq ministres sur quinze, alors qu'ils étaient dix sur seize dans le précédent gouvernement), dont il devient le secrétaire général, en dépit de l'opposition des barons du gaullisme, sans même en avoir été membre précédemment, par57 voix contre 27 au député-maire deCambrai,Jacques Legendre, le. Il ne fait toutefois pas l'unanimité au sein du campgaulliste. Ainsi, le ministre sortant des Relations avec le Parlement,Robert Boulin, qualifie son arrivée à la tête du parti de« hold-up » et rend sa carte de militant tandis que le député-maire deBrive-la-GaillardeJean Charbonnel avait déjà saisi, dès le, le tribunal administratif pour« violations graves, répétées, délibérées des statuts de l'UDR ».Jacques Chaban-Delmas, quant à lui, estime que :« M. Chirac n'a découvert le gaullisme qu'en comptant les sièges de l'Assemblée ».
Jacques Chirac prend toutefois rapidement en mains l'UDR, notamment les fédérations du parti, et il est réélu à la tête du parti avec 92,56 % des voix des membres du conseil national[Quand ?]. La journalisteMichèle Cotta mentionne« un enthousiasme inouï manifesté dans la salle ultra-moderne du palais des Congrès. Quel contraste par rapport à sa désignation houleuse en décembre dernier »[54].
ÀMatignon, il instaure un style détendu et studieux, travaillant souvent en bras de chemise et les pieds sur la table, tout en entamant un bras de fer avec le président. Tous deux désirent gouverner le pays et possèdent un caractère très différent : leur rivalité est la même depuis leurs tensions au ministère des Finances. De plus, Jacques Chirac se voit imposer par le président un grand nombre de ministres qu'il n'apprécie pas. C'est notamment le cas deMichel Poniatowski qui lui succède à l'Intérieur et obtient en plus le titre deministre d'État (ce qui en fait leno 2 du gouvernement derrière Chirac) etJean-Jacques Servan-Schreiber, tous deux fermement antigaullistes. Jacques Chirac se débarrasse rapidement du cofondateur deL'Express sur la question des essais nucléaires. « JJSS » y est opposé et le fait savoir, ce qui le pousse à la démission dès le. Pour le remplacer,Valéry Giscard d'Estaing impose à Jacques Chirac le second cofondateur deL'Express en la personne deFrançoise Giroud, qui devient secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargée de la Condition féminine le.
D'un autre côté, les réformes entreprises parValéry Giscard d'Estaing surprennent puis agacent les gaullistes. Si Jacques Chirac s'investit personnellement dans la défense des plus symboliques d'entre elles, telles la majorité à18 ans, la loi sur l'avortement, l'extension de la couverture desécurité sociale ou la réforme de l'audiovisuel (avec l'éclatement de l'ORTF en sept entités autonomes, comprenant les trois chaines etRadio France, tout en conservant le monopole d'État), celles-ci, ainsi que certaines actions du président telles la« poignée de main » à des détenus en prison, rendent sceptiques l'UDR et vont, selon eux, à l'encontre des idéaux de l'électorat dedroite. Beaucoup de« barons du gaullisme » lui reprochent alors d'être trop proche de l'Élysée, le contraignant à la démission du secrétariat général de l'UDR le au profit d'un de ses proches,André Bord puis, à partir de 1976,Yves Guéna. Espérant être reconnu par le président de la République comme chef de la majorité, l'emploi par l'Élysée du terme de « majorité présidentielle » fait que les relations se tendent entre les deux têtes de l'exécutif. Les deux conseillers personnels de Jacques Chirac,Pierre Juillet etMarie-France Garaud, le poussent même à la rupture avecValéry Giscard d'Estaing.
À ces difficultés d'ordrepolitique s'ajoute une mauvaise situationéconomique et sociale. Il est en effet le premierchef du gouvernement à être réellement confronté aux effets dupremier choc pétrolier de 1973 : laFrance connaît alors sa première récession économique (lePIB se rétracte de 1,6 % au quatrième trimestre 1974 et de 1,5 % en 1975) depuis 1945, ainsi qu'une forte inflation (celle-ci atteint 13,8 % en 1974, soit la plus forte hausse depuis 1958[55]), tandis que le nombre de demandeurs d'emploi passe de 200 000 à1 million de personnes de 1974 à 1976. Dans un premier temps, le gouvernement s'efforce de lutter contre l'inflation née de la hausse du prix du baril de pétrole en adoptant le un plan de« refroidissement » préparé par le ministre de l'Économie et des Finances« giscardien »Jean-Pierre Fourcade (il comprend notamment l'opération« frein sur les prix » qui passe par des accords de programmation de hausse avec les producteurs et les distributeurs, la loi du instaurant un prélèvement exceptionnel contre l’inflation assis sur les accroissements excessifs de marge et la revalorisation du rôle du comité national des prix par décret du)[56]. Cette action déflationniste permet à la hausse des prix d'être moins importante les années suivantes (+ 11,9 % en 1975 et + 9,5 % en 1976) et de réduire le déficit commercial du pays, mais fait chuter dans le même temps le taux d'investissement, fragilisant d'autant la production notamment dans le secteur industriel (celle-ci baisse de plus de 10 % en quelques mois).
Jacques Chirac et les gaullistes s'opposent à ce plan, étant favorables à des mesures de relance de l'économie par l'investissement. LePremier ministre déclare ainsi en :« Le plan de refroidissement a assez duré. Il ne faut pas écouter les technocrates imbéciles qui veulent freiner les investissements. Lesentreprises ont besoin d'une relance ». Sa vision s'impose alors progressivement au président de la République et, après un premier programme« timide » de6 milliards deFrancs complété d'un emprunt de15 milliards redistribué aux petites et moyennes entreprises au début de l'année 1975, un véritable virage dans la politique économique du gouvernement a lieu en avec l'abandon du« refroidissement », l'allégement des restrictions de crédits (que sont l'encadrement, lesréserves obligatoires et le taux d'intervention de laBanque de France), la mise en place d'unplan de relance de 30,5 milliards deFrancs et l'adoption d'un report d'impôt sur les bénéfices pour les entreprises. Cette rupture permet à la production industrielle de repartir à la hausse tout en conservant une inflation stable autour de 10 %, mais entraîne un déficit de la balance commerciale de40 milliards[57] et déstabilise leFranc qui se déprécie d'environ 4,5 % et doit sortir duSerpent monétaire européen le.
L'énergie nucléaire, dont il est fervent partisan, devient un choix stratégique afin que soit limitée la dépendance de laFrance vis-à-vis des importations d'hydrocarbures. Le conseil de planification décide ainsi le de limiter à 15 % cette dépendance d'ici à 1985. LaFrance ne possède en 1974 que dix réacteurs répartis en six centrales pour une puissance totale d'à peine 2 800 MW, et huit sont en cours de construction : entre 1975 et 1976, laFrance lance les travaux de13 réacteurs supplémentaires. Le secteur de l'industrie atomique est de plus réorganisé le, avec le choix deFramatome, filiale duCreusot-Loire, comme seul constructeur des centrales, tandis que leCEA est divisé entre plusieurs filiales autonomes. Le, laCOGEMA, filiale à 100 % du CEA, est créée pour s'occuper du cycle de combustion nucléaire, entraînant une assez forte contestation au sein du personnel du CEA. Enfin, le gouvernement donne son feu vert le pour le lancement du projetSuperphénix, prototype deréacteur à neutrons rapides.
À ceci s'ajoute une politique commerciale offensive, le Premier ministre se faisant le défenseur des industries et technologies françaises à l'étranger. Le, à l'occasion de la visite duchah d'IranMohammad Reza Pahlavi, celui-ci signe pour 20 à22 milliards de contrats d'armement, l'achat de cinq centrales nucléaires et l'obtention par des entreprises françaises de la construction dumétro de Téhéran et l'électrification des chemins de fer. Plus tard dans l'année, le, Jacques Chirac se rend en retour enIran et obtient cette fois-ci la signature pour35 milliards defrancs, dont l'adoption parTéhéran du procédé de télévision en couleur françaisSÉCAM. Il fait de même avec l'ÉtatBaasiste d'Irak, encore considéré comme respectable par l'Occident à cette époque (car laïc et en apparence moderniste) : il se rend àBagdad le pour obtenir des promesses d'achat pour l'industrie française à hauteur de15 milliards defrancs, dont une fois de plus le procédé SÉCAM. Mais surtout, un accord de coopération énergétique est signé entre les deux pays le, avec l'obtention pour des compagnies pétrolières françaises d'avantages, le partage à 23 % du pétrole irakien et le projet d'installation d'unréacteur nucléaire expérimental de 1 500 MW destiné à la recherche atomique civile enIrak (vite abandonné pour des raisons techniques, il préfigure un second accord signé le à l'origine de la construction du réacteur de 70 MW d'Osirak[58], surnommé« Ô Chirac » par les Israéliens et une partie de la presse francophone et utilisé par les milieux néo-conservateurs et certains médias américains à partir de 2002 afin de critiquer la position de Jacques Chirac et de laFrance vis-à-vis de laguerre d'Irak[59]). Cette attitude de « VRP » du« savoir-faire à la Française » lui vaut d'être parodié enbande dessinée, par le scénaristeRené Goscinny (qui le croque à nouveau dans l'album d'AstérixObélix et Compagnie deux ans plus tard) associé au dessinateurJean Tabary, dans une courte histoire d’Iznogoud paru dansLe Journal du dimanche du[60].
Le, le président effectue un remaniement ministériel contre l'avis du Premier ministre : les ministres dont ce dernier souhaitait le départ, à savoirMichel Poniatowski,Jean-Pierre Fourcade etFrançoise Giroud, sont maintenus, et l'équipe gouvernementale est augmentée de six secrétaires d'État dont un seul de l'UDR, alors que le Premier ministre voulait la restreindre et augmenter le nombre de gaullistes en son sein. Il dénonce le pouvoir exercé parValéry Giscard d'Estaing et, après la défaite de la droite auxélections cantonales de (neuf départements passent alors à gauche), il demande l'organisation d'élections législatives anticipées au cours desquelles son rôle de coordinateur de la majorité serait reconnu et une refonte complète de l'action gouvernementale : abandon de certaines réformes comme la taxation sur les plus-values et unepolitique plus axée sur le plan social et la défense des libertés.
Après une rencontre aufort de Brégançon le, Jacques Chirac se laisse convaincre par ses collaborateurs, considérant qu'il est devenu l'« huissier de la présidence », et décide de quitter son poste. Il remet sa lettre de démission au président de la République le, mais il accepte de ne la rendre officielle que le à11 h 40. Il se justifie avec éclat lors d'une conférence de presse tenue à l'Hôtel Matignon le jour de son départ :« Je ne dispose pas des moyens que j’estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre et dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin ». Il aurait affirmé à Valéry Giscard d'Estaing« qu'il voulait quitter la vie politique […] et qu'il s'interrogeait sur sa vie, et qu'il parlait même de monter une galerie d'art ».
Quoi qu'il en soit, remplacé parRaymond Barre, il est dénoncé dès le soir du parValéry Giscard d'Estaing dans un entretien donné àTF1. Le chef de l'État reproche à son ancien Premier ministre d'être incapable de résoudre le problème de l'inflation et d'informer clairement l'opinion publique des buts poursuivis par le gouvernement, et considère qu'il manque d'autorité et est inapte à donner aux débats politiques la sérénité nécessaire. L'opposition porte un jugement beaucoup moins dur sur son passage àMatignon, car siGeorges Marchais considère Jacques Chirac comme« le Premier ministre le plus antisocial » qu'il ait jamais rencontré,François Mitterrand dit de lui qu'il a été« le meilleur Premier ministre » que la majorité ait eu à son service.
Opposition aux giscardiens au sein de la majorité (1976-1981)
Ayant retrouvé sans difficulté son siège de député de la3e circonscription de laCorrèze à l'élection partielle du (avec 53,65 % des suffrages exprimés dès le premier tour), son suppléant le maire d'UsselHenri Belcour (qui occupait son siège à sa place depuis 1967) ayant démissionné pour lui permettre de se présenter à nouveau devant ses électeurs, il entre pour la première fois de manière effective à l'Assemblée nationale. Il y intègre laCommission des Affaires culturelles, familiales et sociales (il en est membre jusqu'en 1986, puis de nouveau de 1988 à 1993 et de 1994 à 1995). Il s'attache alors à s'assurer le soutien de la famillegaulliste et à affirmer son poids au sein de la majorité, face aux partisans du président de la République. Il annonce sa volonté de rénover l'UDR le àÉgletons, en plein cœur de son fief électoral de laCorrèze, sur la base d'un« véritable travaillisme à la française ». Lors des assises nationales du parti à laPorte de Versailles àParis le suivant, auxquelles participent 50 000 personnes, l'UDR se dissout pour donner naissance auRassemblement pour la République (RPR). Jacques Chirac en est élu président à 96,52 % des voix, et désigne son ancien directeur de cabinet àMatignon,Jérôme Monod, comme secrétaire général. Jacques Chirac, désirant une force politique populaire, se déplace dans toute laFrance et une importante campagne de recrutement est lancée (le RPR compte ainsi 700 000 adhérents à la veille desélections législatives de 1978) et ce nouveau mouvement devient bientôt une puissante machine électorale tant orientée contre l'opposition que contre les« Giscardiens », en voulant incarner une voie médiane entre« le programme démagogique de la gauche socialo-communiste » et« les solutions de la droite conservatrice, orthodoxe, classique »[67]. En effet, lors d'un meeting de 100 000 personnes à laPorte de Pantin le, l'ancien Premier ministre dénonce le« capitalisme sauvage » et affirme que les gaullistes ne doivent pas être confondus avec les« tenants du libéralisme classique » et la « droite » assimilée au giscardisme et aucentrisme[68]. Il définit à cette époque le projet gaulliste comme la version française de lasocial-démocratie[69].
En effet, Jacques Chirac critique de plus en plus ouvertement legouvernement de son successeurRaymond Barre et multiplie les actions de déstabilisation à l'égard deValéry Giscard d'Estaing, selon une stratégie élaborée par les conseillersPierre Juillet etMarie-France Garaud. C'est ainsi qu'il annonce le sa candidature à lamairie de Paris, fonction ressuscitée après plus de105 ans d'absence par le nouveau statut de la ville voté au Parlement en (et auquel Jacques Chirac s'était opposé), contre celle deMichel d'Ornano, ministreRI en exercice proche duprésident de la République et soutenu directement par l'Élysée, déjà en course depuis le. Ce que les médias qualifient alors de« bataille de Paris » donne lieu, à coup de sondages« trafiqués » fournis par les deux camps toutes les semaines et depetites phrases, à une campagne acharnée entre les listes « Union pour Paris »[70] du président duRPR et celles « Protection et Renouveau pour Paris » du giscardien, qui s'affrontent dans 17 des 18 secteurs de vote créés par le statut de 1975[g] (dans le seul7e arrondissement la majorité réussit à s'unir derrière le député RI et conseiller sortantÉdouard Frédéric-Dupont).Michel d'Ornano, maire sortant deDeauville, est présenté par ses adversaires et perçu par beaucoup de Parisiens comme un« parachuté » et un aristocrate« élevé dans un pantalon de flanelle ». Les partisans de Jacques Chirac, lui aussi élu d'un autre département, présentent en revanche ce changement de fief électoral comme un« retour aux sources », étant né et ayant fait l'essentiel de sa scolarité dans la capitale. De plus, il n'est tête de liste dans aucun secteur de vote, n'étant présent qu'en seconde position sur celle du5e arrondissement, derrièreJean Tiberi.
Il sait également s'appuyer sur la classepolitique locale, autant sur les gaullistes historiquement bien implantés dans la capitale que sur la droite dite « modérée », pourtant plutôt proche des RI, mais n'appréciant guère la décision deValéry Giscard d'Estaing et deRaymond Barre d'appuyer un non-Parisien pour mener la majorité présidentielle. Ainsi, sur les 105 noms des listes « Chirac », pas moins de 37 sont des élus de la capitale, soit :
Les« chiraquiens » mettent en place une campagne active et féroce : leur candidat multiplie les tournées des marchés et des commerces et les bains de foule, insiste sur des thèmes porteurs tels que la propreté de la ville, la fuite des familles modestes et moyennes qu'il veut interrompre et parle de« démocratie du quotidien ». L'agressivité culmine avec l'« affaireFrançoise Giroud » : la secrétaire d'État à la Culture doit se retirer de la liste « d'Ornano » du15e arrondissement, après avoir revendiqué sur des tracts être décorée de laMédaille de la Résistance alors qu'aucun document officiel n'indique qu'elle ait jamais reçu cette décoration, ce que l'équipe duRPR a mis à profit d'autant plus facilement qu'il a aligné face à elle dans cet arrondissement une parente dumaréchal Leclerc. Au premier tour le, l'Union de la gauche, emmenée par lecommunisteHenri Fiszbin et lesocialisteGeorges Sarre, arrive en tête grâce aux divisions de la droite et à sa forte implantation dans l'est parisien, avec 32,1 % des suffrages exprimés, tandis que les listes « Chirac » remportent les « primaires » de la majorité avec 26,2 % contre 22 % àMichel d'Ornano (seule la liste d'union d'Édouard Frédéric-Dupont, avec près des deux tiers des voix dans son secteur de vote, obtient des élus — 4 — au premier tour). L'« Union pour Paris » dépasse ainsi « Protection et Renouveau pour Paris » dans 11 secteurs (à savoir ceux des1er-4e,5e,6e,8e,9e,10e,11e,13e,14e,15e et17e arrondissements). Au second tour, la semaine suivante, il l'emporte avec à peine 2 000 voix d'avance sur l'Union de la gauche, 45 % des voix et50 sièges (auxquels se sont ajoutés les 4 élus du7e arrondissement), contre 40 à l'opposition et 15 aux candidats de la liste d'Ornano[71],[72],[73].
Le, il devient le premier maire deParis depuisJules Ferry. Le poste qu'il obtient, nouvellement créé, est très important : quinze milliards defrancs de budget, 40 000 fonctionnaires. C'est un contre-pouvoir important mais aussi et surtout un excellent tremplin électoral. Ses premières mesures consistent essentiellement à revenir sur des décisions ou projets gouvernementaux : abandon du projet de radiales entrant dans Paris, abandon (et destruction du premier niveau déjà réalisé) du projet controversé de « Monument au Vert » auxHalles de Paris confié jusqu'alors à l'architecte espagnolRicardo Bofill, soutenu par l'Élysée, et remplacé par les non moins critiqués « parapluies » du françaisJean Willerval, inaugurés en 1983[74] ; le soutien dès 1978 à la reprise de la construction de la Voie Express - Rive gauche, voulue parGeorges Pompidou mais abandonnée parValéry Giscard d'Estaing en 1974[75]. Mettant de plus l'accent sur la propreté (avec le lancement du programme « Paris ville propre » qui comprend une augmentation et une modernisation du matériel de ramassage de détritus, dont les fameuses « motocrottes », la hausse des effectifs avec la constitution des « Commandos de la Propreté », la réhabilitation de certaines friches industrielles, notamment sur les quais de laSeine, et de quartiers populaires ou encore la lutte contre la pollution de laSeine avec l'adoption duPlan de modernisation de l'assainissement parisien et la promesse qu'il s'y baignerait en 1993), la réalisation d'espaces verts, de crèches, de gymnases, de bibliothèques, d'écoles ; il gagne assez vite la confiance desParisiens puisqu'un sondageLouis Harris - France pourL'Express démontre que 62 % des habitants de la capitale interrogés le jugent bon maire, et 52 % un maire plutôt sympathique, tandis que 36 % reconnaissent qu'il donne alors la priorité à son rôle de président duRPR contre 27 % à celui de premier magistrat de la ville[68]. Mais l'opposition, emmenée par le socialistePaul Quilès, lui reproche de ne rien faire pour améliorer l'habitat social et pour lutter contre la hausse du foncier, et de favoriser l'« embourgeoisement ». Ses adversaires l'accusent également d'avoir mis en place un système jugé« clientéliste » et d'avoir utilisé, pour l'appareil duRPR et à des fins purement électorales, un certain nombre de moyens de la municipalité parisienne : emplois fictifs, marchés publics du bâtiment (voir les affaires), frais de bouche[76].
À la fin de l'année, Jacques Chirac composa avecMarcel Jullian uneautobiographie,Les mille sources, le titre est une référence auplateau de Millevaches en Corrèze. Son entourage et ses conseillers lui déconseillèrent la publication de l'ouvrage — lemanuscrit est toujours inédit — pour son ton trop agressif contre le président, ce qui serait contre-productif pour sa carrière[77],[78].
Fort de ce succès àParis, Jacques Chirac espère affirmer la place de son nouveau parti comme première force politique de la majorité lors desélections législatives des 12 et, et devancer ainsi la grande formation formée le par la réunion de tous les mouvements du centre et de la droite non gaulliste (leParti républicain qui a pris la relève desRI, leCDS, lesradicaux valoisiens et lePSD) afin de soutenir directement l'action du président de la République et de son gouvernement : l'Union pour la démocratie française (UDF). Or, le résultat duRPR est loin de rejoindre les espoirs de ses dirigeants mais il demeure toutefois en tête au résultat final des partis avec154 députés, l'UDF 137, le PS 114 : en hausse de12 sièges, le PC en hausse également avec86 députés. Après avoir eu de meilleurs sondages que la droite et avoir semblé remporter le scrutin, la gauche, divisée (rupture de l'union de la gauche de 1977), perd de peu la bataille électorale en voix et la perd nettement en sièges, avec200 députés contre 291 à la droite[79][source insuffisante].
Au premier tour le, le parti chiraquien n'arrive qu'en troisième position avec 22,8 % dessuffrages exprimés (soit près de deux points de moins que le score obtenu par l'UDR en 1973, la famille gaulliste perdant pour la première fois depuis 1958 son statut de première force politique du pays), derrière l'alliancePS-MRG (26,3 %) et surtout après l'UDF (23,9 %)[80] formation d'union soutenue par le Président de la République et le Premier Ministre. Le second tour permet toutefois au RPR de conserver sa place de premier groupe politique à l'Assemblée nationale, avec154 sièges sur 491, mais lui fait perdre tout de même29 députés par rapport à la législature sortante. Jacques Chirac est quant à lui réélu dans sa troisième circonscription de laCorrèze sans difficulté et dès le premier tour, en améliorant de plus son résultat de 1976 avec 55,8 % des voix.
Cette victoire en demi-teinte, qui évite au président Giscard d'Estaing la cohabitation, affaiblit la position de Chirac comme chef de file du campgaulliste, et il se retrouve pris en tenaille entre les partisans d'une rupture totale avec les giscardiens (emmenés parMichel Debré qui, aux assises deBiarritz en, propose le dépôt d'unemotion de censure) et ceux au contraire favorables à un rapprochement (telsJacques Chaban-Delmas, qui retrouve la présidence de l'Assemblée nationale le 3 avril grâce au soutien des députés UDF et contre le candidat officiel du groupe RPR,Edgar Faure, ou encore des ministres gaullistes dugouvernement Barre III). Jacques Chirac adopte alors une position médiane, sanctionnant ceux devenus trop proches dupouvoir (dès le début de la nouvelle législature, le conseil national du parti décide que les fonctions de président de l'Assemblée et de membres du gouvernement sont incompatibles avec un poste de dirigeant du mouvement) tout en rejetant la rupture, lui préférant une pression continue sur l'exécutif notamment dans les domaines économiques et sociaux. Il s'attire ainsi de plus en plus l'hostilité des« barons » et des ministres, qui lancent une campagne contre la« bande des quatre », constituée des quatre principaux conseillers de Jacques Chirac (Yves Guéna,Charles Pasqua,Pierre Juillet etMarie-France Garaud) et dont l'influence est jugée trop importante.
Le, Jacques Chirac est victime d'un accident sur une route de laCorrèze et est transporté à l'hôpital Cochin àParis. De là, il lance l'« appel de Cochin », écrit parPierre Juillet et apporté dans sa chambre d'hôpital parMarie-France Garaud : il y dénonce le« parti de l'étranger », c'est-à-dire l'UDF, en accusant le parti deValéry Giscard d'Estaing d'agir au nom de l'Europe et contre les intérêts de laFrance dont il« prépare l'inféodation » et« consent à l'idée de son abaissement »[81]. La réaction au sein des« giscardiens » du RPR ne se fait pas attendre :Lucien Neuwirth décide de ne plus voter aux conseils nationaux,Hélène Missoffe etAlexandre Sanguinetti démissionnent tandis que le garde des SceauxAlain Peyrefitte écrit une lettre à tous les parlementaires du parti dans laquelle il condamne« ces propos outranciers ». Pour cela, il est exclu du mouvement pour six mois, mais tous les membres RPR du gouvernement se solidarisent avec lui. C'est au tour d'Yves Guéna, premier de la« bande des quatre » à rompre avec lui, de marquer son mécontentement au début de l'année 1979 pour protester contre le fait qu'il n'ait pas été mis au courant au préalable de l'annonce faite par Jacques Chirac aux journées parlementaires du parti à laGuadeloupe qu'il allait demander la mise en place de deux commissions d'enquête (dont une sur l'information à la radio et à la télévision, où il estime que son image y est malmenée) et la convocation d'une session extraordinaire du Parlement pour remettre en cause la politique économique et sociale du gouvernement. Pourtant, lors de la tenue de cette dernière, obtenue grâce à la même demande de la gauche, du 14 au, Jacques Chirac n'intervient pas et empêche que le RPR vote lamotion de censure déposée par l'opposition socialiste (le parti néo-gaulliste choisit alors l'abstention).
Le, l'organisation des premièresélections européennes ausuffrage universel direct lui donne une nouvelle fois l'occasion d'affronter les partisans du président de la République. Il prend ainsi lui-même la tête de la liste « Défense des intérêts de la France en Europe » et reprend le thème traditionnel gaulliste de l'« Europe des Nations », défendu dans l'Appel de Cochin et parMichel Debré, et s'oppose à la liste UDF, trèsfédéraliste et« européiste », emmenée parSimone Veil. Lors d'un meeting à Bagatelle le4 juin, il déclare :« Ce qui nous sépare de l'UDF sur l'Europe est incomparablement plus profond que ce qui nous unit ». C'est alors un échec retentissant, ne réussissant pas à intéresser un électorat gaulliste très peu enthousiasmé par ce scrutin : sa liste n'arrive qu'en quatrième position avec seulement 16,31 % des suffrages et15 sièges de parlementaire européen sur les 81 dont dispose laFrance, et est dépassé non seulement parSimone Veil qui arrive en tête (27,61 %, 25 élus), mais aussi par lessocialistes deFrançois Mitterrand (23,53 %,22 sièges) et lescommunistes deGeorges Marchais (20,52 % et 19 élus). L'abstention s'est élevée à près de 40 %. Bien que techniquement élu auParlement européen deStrasbourg, Jacques Chirac abandonne immédiatement ce mandat, préférant ses fonctions locales ou nationales. Après cette défaite, et sur l'insistance de certains de ses proches (dontBernadette Chirac) de plus en plus critiques à l'égard de l'influence dePierre Juillet etMarie-France Garaud, il se sépare de ces derniers et commence à réorganiser ses troupes en vue de laprésidentielle de 1981.
En 1979, la famille Chirac recueille la réfugiée vietnamienneAnh Đào Traxel, qui deviendra leur« fille de cœur ».
Sa candidature à l'élection présidentielle semble pourtant être remise en question : sa position est en effet particulièrement instable au sein duRPR, s'étant attiré la méfiance tant de la vieille garde orthodoxe du mouvement gaulliste, groupée autour deMichel Debré, qui annonce sa propre candidature le, mais aussi de l'aile la plus« giscardienne » (Jacques Chaban-Delmas,Olivier Guichard,Jean Foyer ouYves Guéna) opposée à l'attitude d'opposition à peine voilée adoptée par Jacques Chirac à l'égard du gouvernement et du président de la République (ainsi, leRPR pousse le gouvernement à recourir à l'Article 49.3 et donc à engager sa responsabilité sur une série de projets de loi lors de la session d'automne 1979, tandis que le Jacques Chirac évoque devant le comité central du parti« l'incapacité de ceux qui ont mission de guider le pays »). De plus, certains de ses proches, dontBernadette Chirac,Jean de Lipkowski ouAlain Juppé estiment qu'il serait prématuré pour lui de se lancer déjà dans la bataille pour la présidentielle, tandis que d'autres (Charles Pasqua ouBernard Pons) le poussent au contraire à s'engager.
Jacques Chirac hésite ainsi, estimant qu'une« bonne candidature » doit représenter« le refus de ce qui semble inévitable »,« symboliser le renouveau et l'espérance qui sont l'essence même du gaullisme » et ne doit être déposée que si l'on a la volonté« de gagner, donc d'être présent au second tour ». Toutefois, le, il déclare :« Longtemps j'ai attendu un changement de la part du président » et compare la situation politique du moment avec la fin de laIVe République. Beaucoup estiment alors que sa candidature n'est plus qu'une question de temps. Il annonce sa candidature le, depuis l'Hôtel de ville de Paris, en se présentant comme le seul légitime à pouvoir se poser en« rassembleur des gaullistes » et en se fixant pour objectif d'« arrêter le processus de dégradation de laFrance » qu'il attribue« au comportement des responsables de l'État ». Il installe son quartier généralrue de Tilsitt àParis, tandis queCharles Pasqua est nommé coordonnateur de sa campagne. Il expose son programme le, en l'axant sur les thèmes de la réduction des impôts — suivant l'exemple deRonald Reagan — du retour à unepolitique étrangère volontariste et du« changement sans risque », effectuant ainsi un virage àdroite depuis son discours du« travaillisme à la française » de la fin des années 1970, entamant ce que certains politologues, dontJean Baudouin, ont appelé le« moment néo-libéral du RPR »[69]. Il attaque tout particulièrement le président sortant dont il dénonce« l'irrésolution » en politique étrangère (reprenant alors le thème du« parti de l'étranger »), le« manque de fermeté » dans le maintien de l'ordre républicain et une tendance au« collectivisme rampant ». Il mène une campagne dans les plus importants groupes de médias français, avec le soutien des industrielsJacques Dauphin etMarcel Dassault[82],[83]. Il est également soutenu par certaines personnalités des lettres, du spectacle ou du monde sportif, tels l'accordéonisteAimable, les acteursJean Marais etMoustache, la romancièreJuliette Benzoni, le comédienRoger Carel, le peintreBernard Buffet et son épouse l'écrivaineAnnabel, la meneuse de revue et chanteuseLine Renaud et son époux et compositeurLoulou Gasté, la présentatrice de télévisionSophie Darel, l'athlète médaillé olympique de110 mêtres haiesGuy Drut ou encore le judoka lui aussi champion olympiqueThierry Rey[84]. Sa chanson de campagneJacques Chirac, maintenant, de Pascal Stive (également co-auteur de la chanson de campagne de son adversaire,Mitterrand président[85]), aux« paroles entêtantes », aux« guitares funky »[86], et aux« accentsdisco », esta posteriori moquée pour sonkitsch[87],[88].
Il obtient au premier tour, le, 18 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de cinq millions de voix, et se retrouve largement distancé parValéry Giscard d'Estaing (28,32 %) etFrançois Mitterrand (25,85 %). Toutefois, il confirme son statut de chef naturel de la famille politique gaulliste, puisqu'il fait mieux queJacques Chaban-Delmas en 1974 (15,10 %), tandis que les scores cumulés des deux autres candidatures gaullistes, celles deMichel Debré et deMarie-France Garaud, sont de 3 %.
Jacques Chirac annonce, au lendemain du scrutin, que chacun doit« voter selon sa conscience » et déclare, qu'« à titre personnel », il ne peut que voter pour le chef de l'État sortant. Ses militants retiennent le peu de conviction du message et votent massivement pour le candidat de l'opposition. Une lettre dePhilippe Dechartre est même envoyée aux adhérents pour appeler à la mobilisation pour Mitterrand. SelonValéry Giscard d'Estaing[89],Raymond Barre etChristian Bonnet, la permanence du RPR conseille de voter pourFrançois Mitterrand entre les deux tours ; Valéry Giscard d'Estaing explique que François Mitterrand lui aurait confirmé avoir rencontré Jacques Chirac chezÉdith Cresson à cette occasion. Toujours selonValéry Giscard d'Estaing, la stratégie de Jacques Chirac est alors de faire élireFrançois Mitterrand puis d'essayer d'obtenir une nouvelle fois la majorité au parlement, le dirigeant socialiste étant obligé de dissoudre la chambre issue de 1978. Pour Jacques Chirac, la présence de ministres communistes créerait chez les Français un tel sentiment de peur, comparable à celui de, qu'il provoquerait un nouveau raz-de-marée gaulliste.Jean-François Probst,Charles Pasqua etRaymond Barre confirment ultérieurement cette stratégie venant de l'état-major du RPR[h].Pierre Messmer confirme cette version des faits. Édith Cresson et d'autres personnalités confirmeront l'accord secret[90],[91] alors que Chirac niera toujours son existence[92],[93]. Toutefois, une majorité des parlementaires RPR appellent à voterVGE, tandis que Jacques Chirac met en garde le les électeurs contreFrançois Mitterrand qui, selon lui« persiste à s'inspirer de principes économiques qui ont échoué partout où ils ont été appliqués ». Au second tour, le, le candidatsocialiste est élu, avec 51,76 % contre 48,24 % au président sortant.
Serge July, cofondateur deLibération, explique :« En 1981, la chance [pour François Mitterrand] s'appelait Jacques Chirac. La tactique suicidaire du PCF d'un côté et l'existence d'une fracture à droite, c'était une configuration de rêve. Sans la campagne anti-giscardienne de Jacques Chirac, François Mitterrand n'aurait pas été élu. Le dirigeant du RPR pense se débarrasser de Giscard en le faisant battre et il ne donne pas cher de la présidence Mitterrand et à ses ministres communistes, qui sont condamnés à très court terme. Le leader socialiste n'oubliait jamais de répéter que la droite était majoritaire en France, et que pour gagner il fallait utiliser autant que possible ses divisions, et ne pas mettre tout le monde dans le même panier »[94].
Auxélections législatives de, qui sont marquées par une« vague rose » née de l'« état de grâce » du nouveau président, le RPR n'obtient que 20,9 % des suffrages exprimés (et l'« Union pour la nouvelle majorité », coalition de droite fondée sur des candidatures uniques dans chaque circonscription et qui l'associe à l'UDF et auxdivers droites, ne réunit que 42,9 % des suffrages, face aux 36 % duPS et aux 54,3 % de la majorité présidentielle en général) et ne remporte que83 sièges. Pour sa part, Jacques Chirac est réélu enCorrèze, une nouvelle fois au premier tour mais plus faiblement qu'auparavant puisqu'il ne passe que de peu la barre de la majorité absolue (50,6 %), face à un jeune candidatsocialiste tout juste sorti de l'ENA,François Hollande, et à son adversaire habituel depuis 1976, lecommunisteChristian Audouin[95].
Malgré ce premier échec, Jacques Chirac s'attache à rapidement s'assurer un rôle de premier plan au sein de l'opposition, fort dessondages qui font état, dès la fin de l'année 1981, de 32 % de Français interrogés le considérant comme le meilleur candidat à la prochaine élection présidentielle, contre 13 % àValéry Giscard d'Estaing et 8 % àRaymond Barre. Ainsi, le, le « Club 89 » est créé au sein duRPR. Présidé parMichel Aurillac, et animé par un fervent « chiraquien »,Alain Juppé, il s'agit d'un« laboratoire d'idées » chargé de« préparer un projetpolitique applicable dans l'environnement de 1989 », mais en réalité véritable« contre-gouvernement » chargé d'élaborer les programmes du parti pour les principales échéances futures : leslégislatives de 1986 et laprésidentielle de 1988. En attendant, Jacques Chirac retrouve sans difficulté la présidence du parti, qu'il avait quittée à la veille de sa candidature à la présidence, lors des Assises deToulouse en. Le, il reçoit le14e dalaï-lama lors de sa premièrevisite en France[96].
Il affirme alors son virage vers lelibéralisme économique entamé durant la campagne présidentielle, afin de se poser comme le véritable rempart face au« socialo-communisme » dugouvernement Mauroy et comme une alternative au« libéralisme avancé » de l'UDF qui, selon lui, a déçu en étant trop libéral sur le plan des mœurs et de lasécurité, et pas assez sur le plan économique, et dont la politique menée à partir de 1976, qu'il qualifie de« socialisme rampant », a ouvert le chemin à la victoire de lagauche[réf. nécessaire]. Il condamne tout d'abord le« trop d'État » dans le domaine économique et social, ce queMichel Aurillac résume lors d'une réunion duClub 89 en 1983 :« L'État est un garant et non un gérant, il faut donc lutter contre son hypertrophie », s'oppose auxnationalisations et prône donc la fin de la planification et la déréglementation de l'économie, la dénationalisation et la lutte contre labureaucratie de l'État et la libéralisation du système deprotection sociale, selon le modèle de la politique menée à la même époque auRoyaume-Uni par le Premier ministre britanniqueMargaret Thatcher. Mais dans le même temps, il défend un profond ordre moral et donc un renforcement de l'État dans les domaines de la sécurité des personnes et des biens (et cela même si Jacques Chirac est l'un des rares parlementaires de l'opposition à avoir voté pour l'abolition de la peine de mort le[97]). LeRPR et Jacques Chirac s'alignent donc sur les mouvements duconservatisme libéral des autres pays d'Europe, et, pour ce faire, abandonne les aspects les plus« gaulliens » sur le plan de la politique étrangère et européenne, n'hésitant pas à défendre devantRonald Reagan, lors d'une rencontre avec le président américain en, l'idée d'une« défense européenne commune » étroitement liée à l'OTAN. Ces prises de position tendent alors à s'approcher des aspirations de ceux considérés comme l'électorat traditionnel du mouvement gaulliste et duquel celui-ci, gagné par l'usure du pouvoir, s'était peu à peu éloigné, à savoir les petits entrepreneurs, commerçants, les professions libérales, les agriculteurs, les propriétaires et les personnes âgées.
Cette« révolution idéologique » s'accompagne d'un renouvellement et d'un rajeunissement des cadres du parti, favorisé par le départ ou la mise à l'écart de la plupart des grands« barons dugaullisme » dans la suite de la candidature manquée deMichel Debré. Selon lejournalistepolitiqueAlain Duhamel, sur les 500 000 militants revendiqués par le RPR, 80 % d'entre eux n'ont jamais adhéré aux différents mouvements qui l'ont précédé dans cette famille politique (UNR puisUDR). Et, à la suite desélections municipales de 1983, 48 % des nouveaux maires issus du parti élus à la tête d'une commune de plus de 30 000 habitants ont moins de43 ans. Parmi ces trentenaires et quadragénaires, on peut citerAlain Juppé (proche collaborateur de Jacques Chirac à la mairie de Paris, secrétaire général duClub 89, maire du18e arrondissement depuis 1983 et secrétaire national du parti au redressement économique et social à partir de 1984),Jacques Toubon (maire du13e arrondissement deParis en 1983 et secrétaire général du RPR à partir de 1984),Philippe Séguin (maire d'Épinal en 1983 et secrétaire national du parti chargé de la Décentralisation en 1984) ouNicolas Sarkozy (protégé deCharles Pasqua, ancien président du comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac à la présidentielle de 1981 et maire deNeuilly-sur-Seine en 1983)[98].
Alors que legaullisme, tout en s'étant imposé comme une forcepolitique de premier ordre sur le plan national, n'avait jamais réussi à percer réellement dans les élections locales (cantonales ou municipales), l'une des premières conséquences du« recentrage » duRPR vers des positions traditionnelles de ladroite lui permet de se« notabiliser » et donc de remporter un certain succès lors desélections cantonales de 1982 et desmunicipales de 1983. Aux premières, leRPR obtient ainsi le score le plus important jamais obtenu par une formation gaulliste à ce type de scrutin, à savoir 17,9 % dessuffrages exprimés au premier tour et finalement 323 nouveaux sièges de conseillers généraux (portant le nombre d'élus départementaux du parti à 495, contre 343 avant l'élection, tandis que le mouvement préside désormais 13 assemblées départementales). Et, à la suite des secondes, en, le nombre de communes de plus de 30 000 habitants dirigées par le parti chiraquien passent de 15 à 35[98], dont de grandes villes. Une étude statistique montre que la majorité du pays est repassée à droite avec 53,54 % des voix[79][source insuffisante]. Par conséquent, lesélections sénatoriales de consacrent cette nouvelle assise locale puisque le groupeRPR à la chambre haute duParlement français passe de 41 à58 sénateurs.
La position de Jacques Chirac au sein de la majorité est d'autant plus confortée que lui-même remporte une importante victoire auxmunicipales de Paris en 1983. Pourtant, celles-ci s'annonçaient difficiles. Tout d'abord, laloi PLM du (qui divise notamment la Ville de Paris en vingt mairies, soit une par arrondissement, chaque conseil d'arrondissement envoyant une partie de ses membres au conseil de Paris qui cumule les fonctions de conseil municipal à l'échelle de la Ville de Paris et de conseil général du département) est préparée par le ministre de l'IntérieursocialisteGaston Defferre sans que Jacques Chirac ait été consulté, celui-ci y voyant alors une manœuvre électoraliste visant à diminuer son autorité dans la gestion de la capitale et à augmenter l'influence de lagauche, minoritaire sur l'ensemble de la ville mais bien implantée dans les arrondissements de l'est. Ensuite, une campagne de certains membres dugouvernement et demédias est lancée à partir de 1982 contre sa gestion.Gaston Defferre est notamment condamné en en première instance à 1 500 F d'amende et à verser un franc symbolique de dommage et intérêt à Jacques Chirac pourdiffamation après avoir accusé la Ville de Paris ainsi que son maire,Bernard Pons etCharles Pasqua d'avoir bénéficié de largesses et perçu de l'argent au profit de la municipalité de la part du cercle de jeu Haussmann dirigé parMarcel Francisci, assassiné en mars 1982[99]. Un reportage deTF1 dénonce les conditions de vie des pensionnaires de la maison médicale deCachan, puis une enquête deLibération vise les « bureaux d'études » utilisés par la Ville et enfin leCanard enchaîné accuse le président duRPR d'avoir financé en partie sa campagne de 1981 à partir de fonds reçus du régimeGabonais d'Omar Bongo par le biais d'Elf Aquitaine et de son « Monsieur Afrique »,André Tarallo, ancien condisciple de Jacques Chirac à l'ENA[100] (une accusation queValéry Giscard d'Estaing réitèrera en 2009, à la mort de Bongo). Enfin, de nombreuses figures du gouvernement ou de la majorité s'investissent personnellement dans les différentes listes menées à l'échelle de la ville parPaul Quilès (lui-même candidat dans le13e arrondissement), à l'instar duPremier secrétaire duPSLionel Jospin dans le18e arrondissement face àAlain Juppé, leministre de la CultureJack Lang dans le3e contreJacques Dominati ou encore leministre délégué de la Jeunesse et des SportsEdwige Avice dans le14e pour combattreChristian de La Malène.
Pourtant, le jour du scrutin, les listes de la majorité parisienne sortante (unissant cette fois-ci l'ensemble de ladroite de gouvernement) obtiennent non seulement facilement leur maintien à la tête de la capitale, avec plus des deux tiers (67,29 %) des conseillers de Paris, mais le camp chiraquien réussit également à remporter le« grand chelem » en obtenant les vingtmairies d'arrondissement (treizeRPR, cinqUDF dont deuxPR, deuxCDS et unradical valoisien, et deuxCNI). Sa fonction de maire de la capitale lui donne les moyens de s'opposer directement à la majorité socialiste et à certains« grands projets présidentiels ». Ainsi, obtient-il queFrançois Mitterrand renonce, le, à son ambition de voirParis organiser l'exposition universelle de 1989.
Dès le, dans un entretien accordé au magazineL'Express, l'ancien présidentValéry Giscard d'Estaing envisage un changement de majorité aux prochaines législatives, avec un retour au pouvoir de ladroite, sans que celle-ci n'attende ou ne demande alors la démission deFrançois Mitterrand de la présidence de la République. Ce concept est bientôt repris auRPR. Un des proches de Jacques Chirac,Édouard Balladur, donne même, dans un entretien au quotidienLe Monde du, un nom à cette situation : la « cohabitation », terme retenu ensuite par l'ensemble des médias et de la classepolitique. Deux jours plus tard, sur la radioRTL, le maire deParis évoque à son tour l'éventualité d'une nouvelle majorité et se prononce en faveur de la cohabitation : selon lui, François Mitterrand ayant apparemment l'intention d'aller au bout de son mandat quoi qu'il arrive, les électeurs ne comprendraient pas que ladroite, si elle est victorieuse, refuse de gouverner sous le prétexte que le président ne démissionne pas, ce qui pourrait être interprété comme une atteinte aux institutions. Il s'oppose sur ce point àRaymond Barre, qui n'a pas abandonné l'espoir de prendre la tête de l'opposition : le, l'ancien Premier ministre décrit une éventuelle cohabitation comme une« trahison du principe de laVe République », ce à quoi Jacques Chirac réplique que le refus de la cohabitation pourrait aboutir à« une crise de régime ».
En, alors que lors d'élections municipales partielles, une liste de rassemblement entreJean-Pierre Stirbois (Front national) et Jean Hieaux (RPR) conquiert la mairie deDreux, Jacques Chirac juge cette alliance« tout à fait naturelle », bien qu'elle suscite des polémiques dans son parti[101].
Quoi qu'il en soit, Jacques Chirac s'attache à rapprocher leRPR de l'UDF, et tient à rassurer cette dernière concernant sa vision de l'Europe en modérant largement son propos depuis le fameuxappel de Cochin et en proposant, dès, la constitution d'une liste d'union dirigée par la très européisteSimone Veil auxélections européennes du. Cette liste arrive alors largement en tête, avec 43,02 % des suffrages (mais une abstention encore plus forte, à 43,27 %) et41 sièges de députés européens sur les 81 alloués à laFrance, le PS n'obtenant que 20,45 % des suffrages et le PC 11,2 %. Le, une semaine après l'instauration de laproportionnelle pour les législatives et dont il critique« l'esprit de tricherie », il signe avecJean Lecanuet, président de l'UDF, un accord pour« gouverner ensemble » (la plate-forme commune des deux partis pour les législatives sera quant à elle signée le). Un mois plus tard, le, il est présent, aux côtés deRaymond Barre, à la« convention libérale » réunie à Paris pour rassembler l'opposition à l'initiative deValéry Giscard d'Estaing.
Il tente également de transformer son image et travaille activement sa communication en vue des législatives. Pour ce faire, il fait appel à partir d' aux services du publicitaire Élie Crespi, dont le but avoué est de travailler son style et de contrôler son attitude afin de casser son image d'énarque raide et de révéler le« véritable Chirac »,« rude et généreux », chaleureux, aimant les choses simples mais appréciant également la poésie dontSaint-John Perse et les objets d'art. Il le fait ainsi changer de lunettes, abandonner son costume trois pièces, lui fait recevoir à l'hôtel de ville de Paris des écrivains, des artistes ou des acteurs, ou le pousse à être le premierhomme politique à accepter de participer à l'émission satirique de l'imitateurPatrick Sébastien. À l'approche du scrutin, au printemps 1985, il change à nouveau d'équipe de communication en la confiant cette fois-ci àBernard Brochand etJean-Michel Goudard. Ces derniers, déjà responsables de la campagne duRPR aux législatives de 1978, s'attachent à montrer au grand public un Jacques Chirac serein et responsable[102],[103].
Très médiatisé (il est l'invité à quatre reprises deL'Heure de vérité surAntenne 2 entre et[104]), il multiplie les déplacements dans toute la France (durant la campagne des législatives, il visite pas moins de cent cinquante villes, prononce deux cents discours et parcourt quelque 80 000 km) et se rend même enNouvelle-Calédonie à la fin du mois de (en plein cœur des Évènements qui opposent violemment depuis un an partisans et opposants à l'indépendance, il s'oppose au projet d'« indépendance-association » proposé parEdgard Pisani et le gouvernement socialiste dans un grand meeting« bleu, blanc, rouge » sur laplace des Cocotiers àNouméa, devant 7 000 personnes, mais se dit favorable à l'organisation d'un référendum d'autodétermination ouvert à tous les néo-calédoniens, quelles que soient leurs origines). Il se forge également une assise internationale, par le biais notamment de sa fonction de maire de Paris, et est l'un des principaux participants (aux côtés de certains dirigeants du monde occidental de l'époque à commencer par le Premier ministre britanniqueMargaret Thatcher, le vice-président américainGeorge Bush ou le chancelier allemandHelmut Kohl) à la réunion de l'hôtelInterContinental deLondres le où fut fondée l'Union démocrate internationale (UDI), grande association regroupant à l'échelle internationale les grands partis dedroite et dont Jacques Chirac devient l'un des vice-présidents[105].
Finalement, son rôle de chef de l'opposition lui est reconnu et s'affirme lors d'un débat télévisé surTF1 qui l'oppose le auPremier ministreLaurent Fabius (Raymond Barre avait lui aussi été sollicité mais avait refusé cette confrontation). Activement préparé parÉdouard Balladur etAlain Juppé pour faire face au jeune chef de gouvernement considéré comme un maître de la communication et un excellent orateur, et afin de démontrer sa cohérence idéologique contestée depuis son passage du« travaillisme à la française » au libéralisme, Jacques Chirac obtient l'avantage sur son adversaire. Ses partisans soulignent une attitude calme et posée face à un Premier ministre offensif voire agressif, refusant de lui serrer la main devant les photographes, l'accusant de« dire n'importe quoi » et l'interrompant quatre-vingt-onze fois (quand Jacques Chirac ne le coupe en retour que vingt-cinq fois). Jacques Chirac finit par répliquer par un :« Cessez de m'interrompre comme un roquet »,attaque ad personam etmétaphore qui symbolisent aux yeux des observateurs l'ascendant pris par le président du RPR sur Laurent Fabius[106]. Une étudeSofres pourEurope 1 publiée le lendemain montre que 44 % des personnes interrogées le considèrent comme le vainqueur du débat (contre 24 % pour le Premier ministre, 28 % estimant le match nul et 4 % restant sans opinion), tandis que sa popularité passe de 57 à 70 % chez les électeurs de droite et de 9 à 17 % à gauche. Il apparait surtout moins autoritaire (73,4 % des sondés le considéraient ainsi à19 h 30, avant le débat, ils ne sont plus que 57 % à21 heures), plus convaincant (25 % avant, 32 % après) et plus sympathique (il passe dans ce domaine de 15 à 26 %). Un sondage Ifrès pourFrance-Soir montre quant à lui que Jacques Chirac l'a remporté sur son adversaire sur les thèmes de la sécurité, l'immigration (37 contre 28 % pour ces deux domaines), l'incitation aux entreprises à embaucher (41 contre 27 %), la défense des intérêts de la France dans le monde (37 contre 36 %) et la gestion d'une crise grave (35 contre 31 %)[107].
Il apparait que la droite est en bonne position pour l'emporter aux législatives, la cote de François Mitterrand passant de 32 % de satisfaits en 1983 à 28 % en 1984 selon des sondages de l'Ifop et la gauche perdant à nouveau les élections cantonales en 1985 (57,79 % de voix à droite)[108].
Chef de gouvernement sous la première cohabitation (1986-1988)
Jacques Chirac et le chancelier allemandHelmut Kohl, en 1987.
Le, lors desélections législatives à laproportionnelle, l'unionRPR-UDF obtient deux sièges de plus que la majorité absolue (291 députés sur 577). Le RPR-UDF recueille 45 % des voix, le FN 10 %, tandis que le PS baisse (mais à un niveau moindre que prévu) à 31 % et que le PCF obtient 10 %[109]. Le RPR est le premier groupe de la majorité avec155 membres et apparentés, mais le deuxième de l'hémicycle, derrière le PS. L'UDF compte129 députés.
Le même jour que les législatives, les élections régionales, les premières, confirment mais bien plus nettement, la décrue de la gauche. La droite obtient la présidence et la majorité dans 20 régions sur 22[110].
Dans son discours depolitique générale prononcé devant l'Assemblée nationale le, il déclare :« Notre nouvelle frontière, ce doit être l'emploi »[111]. Le lendemain, il obtient la confiance desdéputés par292 voix (l'ensemble des groupes RPR et UDF, 5 non inscrits sur 9 et un député d'extrême droite sur 35) contre 285.
Il continue toutefois à exercer ses fonctions demaire deParis, et à habiter dans son logement de fonction de l'Hôtel de Ville plutôt qu'àMatignon : chaque matin, il donne ainsi tout d'abord ses directives sur les grands dossiers municipaux avant de rejoindre son bureau de chef degouvernement. Ce cumul de mandats lui permet alors notamment d'être le principal défenseur de lacandidature de la capitale française pour l'organisation desJeux olympiques d'été de 1992, et il mène ainsi la délégation parisienne à la91e session duCIO àLausanne le : Paris y est battu au troisième tour parBarcelone, arrivant en seconde position avec23 voix contre 47 à la capitale catalane, mais se déclare quand même satisfait de la victoire d'Albertville pour lesJeux olympiques d'hiver la même année[112].
Comme promis lors de la campagne, il met en place unepolitiquelibérale sur le planéconomique, avec une importante vague deprivatisations d'entreprises publiquesnationalisées à la fin de laSeconde Guerre mondiale (la banqueSociété générale, la société de défense, d'aéronautique-aérospatiale, de transport et télécommunicationsMatra, l'agence médiatique et publicitaireHavas et le groupe d'assurances mutuellesMGF) ou par les gouvernements socialistes dePierre Mauroy entre 1981 et 1983 (les banquesParibas,CCF et du BTP, le groupe de télécommunicationCompagnie générale d'électricité CGE qui devient Alcatel-Alsthom, le producteur et transformateur de matériauxSaint-Gobain, laCompagnie financière Suez), ainsi que de l'une des trois chaînes publiques,TF1. Organisées et gérées parÉdouard Balladur, seulministre d'État du gouvernement et titulaire des portefeuilles de l'Économie et des Finances, elles se sont surtout réalisées par le biais de souscriptions publiques par des petitsactionnaires et ont ainsi permis à l'État de vendre des actifs publics pour un montant oscillant, selon les sources, entre 70,5 (hypothèse duQuid) et100 milliards defrancs (valeur 1999, selon l’édition 2001 deL’État de la France - La Découverte).
Pour lutter contre lechômage, legouvernement décide de rendre le marché du travail plusflexible en supprimant, dès le, l'autorisation administrative delicenciement, et prend une série de mesures visant à encourager l'investissement et l'entreprise privée (loi de finances rectificative du supprimant l'impôt sur les grandes fortunes IGF et décidant uneamnistie fiscale et douanière pour les capitaux rapatriés, loi du autorisant les activités privées dans le commerce, l'artisanat, les services, libération des prix, soumis à un contrôle depuis 1945, à compter du, et mise en place le suivant d'incitations fiscales au développement desstock options) ainsi que l'épargne des salariés par la relance du vieux projet gaulliste de laparticipation (par les ordonnances du, tout en assouplissant les règles de l'intéressement et de l'abondement de l'entreprise auPEE). S'y associent plusieurs mesures sociales en faveur de l'emploi engagées par le ministre des Affaires socialesPhilippe Séguin, dont l'ordonnance du subordonnant le recours autravail intermittent par les entreprises à la signature d'un accord préalable, la loi du pour la lutte contre le chômage de longue durée et celle, entrée en vigueur le même jour, en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés qui introduit pour la première fois dans lecode du travail la notion d'« Obligation d'emploi » pour ces derniers, avec une politique de discrimination positive instaurant un quota de 6 % d'employés handicapés dans les entreprises de plus de20 salariés. 710 000 stages « emploi-formation » pour les jeunes de 16 à25 ans sont également créés.
Cettepolitique, aidée par une meilleure conjoncture internationale et une baisse du prix dupétrole, semble en partie porter ses fruits et permet à laFrance de se ré-aligner en partie sur le« bon élève » de l'Europe qu'est laRépublique fédérale d'Allemagne sur le plan de l'inflation (dont le taux repasse en 1986 sous la barre des 4 % pour la première fois depuis 1968, en s'établissant autour des 3 %, sans pour autant obtenir de réelle inversion de la tendance économique[55]) notamment. L'investissement industriel se redresse à 4,5 % duPIB en 1987 et 10 % en 1988, et profite à un nombre important dePME dynamiques qui favorisent le freinage du chômage (passant de 10,5 % des actifs en 1986 à 10,3 % en 1987 puis à 9,8 % en 1988) sans obtenir toutefois une réelle stabilisation[113]. La croissance du PIB passe de 2 % à la fin de l'année 1986 à près de 4,5 % au début 1988, entraînant dans le même temps une stabilisation des taux d'intérêt réels sur3 mois de ladette publique et une baisse de ceux sur10 ans. Toutefois, le taux de croissance reste inférieur au coût réel moyen de la dette, et ne permet donc pas d'entamer un réel remboursement de cette dernière[114],[115].
Jacques Chirac dans les années 1980, durant la première cohabitation.
Autre pilier de son gouvernement, et lui aussigaulliste historique et proche de Jacques Chirac, le ministre de l'IntérieurCharles Pasqua met l'accent sur la lutte répressive contre l'insécurité. Une série delois est votée le, concernant la criminalité, la délinquance, leterrorisme et les atteintes à la sûreté de l'État. La politique de Chirac et Pasqua est aussi marquée par quelques actions symboliques dans le domaine de la lutte contre leterrorisme (alors qu'une vague d'attentats a touché Paris en 1986), comme l'arrestation le des membres d'Action directe ou la libération desotages du Liban, le.
Pour l'aider dans le domaine de l'antiterrorisme, Jacques Chirac décide, dès son installation en, la création d'unConseil national de sécurité (sur le modèle duNational Security Council américain) rattaché à Matignon et comprenant des fonctionnaires de l'Intérieur, de laJustice, de laDéfense et desAffaires étrangères, mais aussi de lasous-direction anti-terroriste (SDAT) à ladirection centrale de la Police judiciaire et d'une chambre spécialisée dans les actes de terrorisme. Il met l'accent dans ce domaine sur plus de coopération internationale, notamment en favorisant l'extradition de terroristes vers les pays où ils ont commis des exactions, selon la Convention deStrasbourg de 1977 signée par laFrance mais jamais ratifiée, entraînant de vives divergences avec le président de laRépublique qui y est opposé. La lutte contre la drogue est également renforcée selon un axe plus répressif à travers un plan présenté le par le garde des SceauxAlbin Chalandon : celui-ci demande une application stricte de la loi de 1970 (qui considère letoxicomane comme un délinquant) et aggrave les peines contre les trafiquants.
Par ailleurs, Chirac alourdit considérablement les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. D'une part, laloi dite Pasqua du rend plus difficile l'accès à lanationalité française, restreint l'accès à lacarte de séjour de10 ans, et permet des expulsions par décision préfectorale. 101Maliens sont ainsi expulsés dès le suivant[116]. D'autre part, à la suite de la vague d'attentats, Paris suspend tous les accords de dispense duvisa d'entrée et rétablit l’obligation duvisa d’entrée pour les ressortissants de la totalité des États du monde, à l’exception de ceux de laCommunauté européenne, de laSuisse, duLiechtenstein, deMonaco, deSaint-Marin et duSaint-Siège. L'accord européen sur le régime de circulation des personnes entre les pays membres du Conseil de l'Europe et celui relatif à la suppression du visa pour lesréfugiés sont suspendus. Outre le visa d'entrée, Chirac impose, via unecirculaire non publiée du, unvisa de sortie que lesétrangers résidant en France devaient demander pour voyager. LeGisti (Groupe d'information et de soutien aux travailleurs immigrés) attaqua en justice cette circulaire, et gagna au bout de six ans de procédures, le, devant leConseil d'État[117].
Selon la même volonté de rétablir« l'ordre républicain », le gouvernement revient totalement sur lapolitique menée par lessocialistes depuis 1984 face au conflit opposant partisans et opposants de l'indépendance enNouvelle-Calédonie : le statutFabius-Pisani en vigueur depuis 1985 est révoqué et remplacé par le statut dit Pons I, du nom du ministre des DOM-TOMBernard Pons. Celui-ci prévoit notamment un référendum d'autodétermination limité aux seuls citoyens pouvant justifier3 années de résidence dans l'archipel, organisé le : boycotté par les indépendantistes (qui réclament un référendum auquel ne participeraient que lesKanaks), il se solde par une victoire massive du maintien au sein de laRépublique, choisi à 98,3 % des suffrages exprimés et avec une participation de 59,1 % des inscrits. Dès l'annonce du résultat, Jacques Chirac, qui s'était déjà déplacé une première fois sur le Territoire en, se rend sur place pour annoncer, devant 20 à 25 000 loyalistes acquis à sa cause, sa volonté d'établir uneautonomie du territoire associant toutes les tendances politiques, le maintien du pouvoir d’arbitrage de l’État, la redéfinition et le renforcement des pouvoirs des régions et la représentation du pouvoir coutumier. Dans le même temps, les effectifs des forces de l'ordre présentes enNouvelle-Calédonie sont sans cesse renforcés pour surveiller par« nomadisation » les tribus.
Concernant les affaires étrangères et de la défense, considérées comme faisant partie du« domaine réservé » du président de la République, il semble y avoir, tout du moins officiellement, une identité de vues entre l'Élysée et Matignon. Dans les faits, chacune des deux têtes de l'exécutif tente de prendre l'avantage sur l'autre dans ces domaines. Ainsi, lorsque, le, laFrance, par la voix deFrançois Mitterrand (Jacques Chirac étant en déplacement enCôte d'Ivoire), refuse la requête desÉtats-Unis de faire traverser par des avions américains le territoire français dans le but d'aller bombarder les bases terroristes enLibye ; les deux hommes revendiquent ensuite la paternité de cette décision (le président déclarant l'avoir prise après avoir consulté les ministres concernés et n'en avoir informé son Premier ministre qu'ensuite, et ce dernier au contraire affirme que le chef de l'État l'a contacté pour prendre son avis et que c'est lui qui l'a convaincu de refuser). D'autres dissensions se font jour, notamment sur la question de l'Initiative de défense stratégique (IDS) américaine, le Premier ministre critiquant dans une conférence de presse du l'attitude négative de laFrance et du président de la République à son égard.
Jacques Chirac estime également normal qu'il accompagneFrançois Mitterrand aux grandes réunions internationales. Il se rend ainsi à ses côtés au sommet duG7 deTokyo du 4 au (il n'en avertit l'Élysée qu'après avoir contacté le gouvernement japonais) : c'est alors la première fois qu'un des États membres est représenté par deux chefs de l'exécutif, créant de fait certains problèmes de protocole. Il est de nouveau présent l'année suivante, du 8 au, au G7 deVenise, et participe également aux réunions duConseil européen. Le, il rencontre pour la seconde fois le dalaï-lama, en visite en France[118],[119].
Mais lacohabitation est avant tout l'occasion d'une guerre de tranchées entre le Premier ministre et le président, le premier affirmant son contrôle de la politique intérieure et le deuxième cherchant à défendre sa« chasse gardée » (affaires étrangères et défense). De plus,François Mitterrand critique ouvertement l'action de sonPremier ministre et se pose en président impartial. Il refuse de signer des ordonnances (celles sur les privatisations, sur le découpage électoral ou sur l'aménagement du temps de travail, notamment) et Jacques Chirac doit recourir à l'article 49 al 3 pour faire adopter notamment laloi relative à la liberté de communication et celle rétablissant lescrutin majoritaire pour leslégislatives de. La stratégie du président favorise la lassitude de l'opinion vis-à-vis de la méthode et des réformes du gouvernement, dont certaines sont mal comprises et impopulaires (notamment la suppression de l'IGF ou l'amnistie pour les fuites de capitaux).
Confronté à une série de mouvements sociaux étudiants ou des services publics durant l'hiver 1986-1987, il paye surtout la défiance de la jeunesse, à laquelle son ministreAlain Devaquet s'est heurté en, et la mort d'un étudiant manifestant,Malik Oussekine, tué par les forces de l'ordre le, pousse le ministre à démissionner et le chef du gouvernement à retirer le projet de loi de réforme de l'enseignement supérieur. Il paye également l'image de son ministreCharles Pasqua, populaire àdroite mais détesté àgauche qui l'accuse de chasser sur les terres de l'extrême droite. Par conséquent, selon les sondages IFOP pourLe Journal du dimanche,François Mitterrand redevient plutôt populaire entre 1986 et 1987 (alors que sa cote d'opinions favorables était tombée à 31 % contre 48 % d'insatisfaits en 1985, elle remonte à 55 % en et culmine à 57 % lors du début des manifestations étudiantes), tandis que le taux de satisfaits de Jacques Chirac, établi à 51 % en, se fait dépasser par le nombre d'insatisfaits de sa politique en (39 % contre 48 %). À partir de ce moment, il décide de mettre en suspens certaines des réformes prévues (notamment de l'enseignement, le projet de création de prisons privées ou du code de la nationalité) et de ralentir le rythme des privatisations en attendant l'élection présidentielle de 1988[120].
Madonna pendant sonWho's That Girl Tour en août 1987
Le, Jacques Chirac explique depuis l'hôtel de Matignon qu'il se présente à l'élection présidentielle. Son directeur de campagne est à nouveauCharles Pasqua, etAlain Juppé son porte-parole. Confronté à la remontée spectaculaire deFrançois Mitterrand dans lessondages, et à une « primaire » à droite qui l'oppose au premier tour àRaymond Barre, investi par l'UDF, il se lance dans une tournée dans toute laFrance pour expliquer sapolitique. Son équipe de communication, toujours menée parBernard Brochand etJean-Michel Goudard, mais incluant désormais également sa filleClaude Chirac, tente de le réconcilier avec le grand public : il apparaît ainsi pour la première fois sans ses éternelles lunettes sur ses affiches électorales et monte une campagne d'affichage dans toute laFrance grâce à l'appui de l'afficheur et industriel françaisJacques Dauphin[129], en simple chemise, l'air décontracté et bienveillant[130], avec pour slogan un seul mot,« la volonté »[131]. Il reçoit également, de manière plus active qu'en 1981, l'appui de personnalités du spectacle, du cinéma ou de la chanson, comme en témoigne le« On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac » deJohnny Hallyday, qui reprend ainsi sonQuelque chose de Tennessee en faveur du candidat duRPR lors d'un concert de soutien à l'hippodrome de Vincennes, le, avec plusieurs personnalités.
Au premier tour, le, il obtient seulement 19,9 % des suffrages exprimés (soit un score à peine supérieur à celui de 1981), étant talonné à droite parRaymond Barre, qui recueille 16,5 %[132]. Les deux candidats de droite se trouvent largement distancés parFrançois Mitterrand (34,1 %), même si leurs scores cumulés placent la droite en tête du premier tour de scrutin (en comptant les communistes, la gauche obtient cependant 40,86 % des suffrages exprimés). Immédiatement, l'ancien Premier ministre sous Valéry Giscard d'Estaing appelle à voter pour Jacques Chirac au second tour. Mais surtout, avec 14,4 % des voix,Jean-Marie Le Pen confirme l'ascension électorale connue par l'extrême droite depuis le début des années 1980 et le report de ses électeurs devient l'un des enjeux de cetteélection. Le journalisteÉric Zemmour a rapporté que Jacques Chirac aurait eu une entrevue secrète avec le président duFront national entre les deux tours, ce qu'il a toujours nié. En fait, il y aurait eu deux rencontres selonFranz-Olivier Giesbert. La première se serait déroulée un mois avant le premier tour par l'intermédiaire d'un ami commun, le généralPierre de Bénouville. Il s'agissait d'une prise de contact afin que les deux hommes puissent se jauger. Une seconde rencontre aurait eu lieu entre les deux tours. Cette fois,Charles Pasqua fut l'intermédiaire qui organisa l'entrevue chez un ami armateur[i]. L'attitude qu'adopte alors Jacques Chirac vis-à-vis de Jean-Marie Le Pen fait l'objet de récits contradictoires[j]. Lors de son allocution du,Jean-Marie Le Pen ne pouvait plus que déclarer :« Pas une voix pour Mitterrand ! », laissant ses électeurs libres de choisir entre le vote blanc et le bulletin Chirac[k][réf. incomplète]. Depuis cette date, Jean-Marie Le Pen nourrit une rancune envers Jacques Chirac.
Les derniers jours de la campagne sont marqués par deux évènements, en outre-mer et au Proche-Orient, qui vont fortement marquer l'opinion. Ainsi, le, le ministre de l'IntérieurCharles Pasqua se rend personnellement auLiban pour ramener lestrois otages français, retenus en captivité dans ce pays du Proche-Orient depuis trois ans, pour les ramener enFrance où ils sont accueillis, le, par Jacques Chirac. Officiellement, le gouvernement français n'a payé aucune rançon, mais Matignon doit admettre le qu'un accord a été signé avec l'Iran, lequel, en contrepartie de la libération des otages, prévoit le rétablissement du statut d’actionnaire de l’Iran dansEurodif et la livraison« sans restriction » d’uranium enrichi àTéhéran[133]. À la même période, l'affaire de laprise d'otages d'Ouvéa enNouvelle-Calédonie, commencée deux jours avant le premier tour (le, des indépendantisteskanaks duFLNKS ont attaqué la gendarmerie deFayaoué sur l'île d'Ouvéa, tuant quatre gendarmes et prenant les vingt-sept autres en otages, dont la plupart sont emmenés dans la grotte deGossanah), se termine dans le sang le par l'opération Victor (la grotte est prise d'assaut par des membres des forces spéciales sur ordre de Matignon et avec l'accord de l'Élysée, entraînant la mort de dix-neuf preneurs d'otages et de deux militaires, mais tous les otages sont libérés).
Au soir du second tour de l'élection le, Jacques Chirac subit une défaite assez importante en n'obtenant que 45,98 % des voix. Son camp est démoralisé, et son épouse va jusqu'à affirmer :« Les Français n'aiment pas mon mari ». Lui-même souhaite :« Bonne chance à la France et bonne chance aux Français ». Même s’il le nie, il traverse une période dedépression, à la suite de cet échec et aussi à cause de la maladie de sa fille Laurence qui s'aggrave, envisageant un temps d'arrêter sa carrière politique[134],[135].
Auxélections législatives qui suivent la reconduction deFrançois Mitterrand à la tête de l'État et voient la gauche revenir au pouvoir, il est réélu sans difficultédéputé dans la nouvelle3e circonscription de laCorrèze, née du découpage de 1986, et cela dès le premier tour, le, avec 58,04 % des voix. Au niveau national, leRPR reste la première force d'opposition et limite quelque peu sa défaite, puisqu'il conserve tout de même130 sièges sur 577, contre 275 auPS et 90 à l'UDF. Les41 députés duCDS forment quant à eux un groupe à part, l'Union du centre, qui s'allie à la majoritésocialiste et à la politique« d'ouverture » prônée parMichel Rocard. En, il est réélu triomphalement maire deParis en remportant pour la seconde fois le « grand chelem », et à nouveau il s'emploie à se servir de cette position pour contrer les« grands travaux présidentiels ». Ainsi, en 1991, le conseil de la ville vote le plan d'aménagement de zone de laZACSeine Rive Gauche, qui doit apporter la marque « chiraquienne » à ce quartier où est en train de se construire laTrès Grande Bibliothèque (nouveau siège principal de laBibliothèque nationale de France, voulu par le président de la République).
Mais encore une fois, l'opposition est agitée de remous, d'autant qu'une première démocratisation dans le mode de fonctionnement du mouvement chiraquien entraîne la reconnaissance par la direction des courants internes dès, et laisse donc place aux premières contestations internes.
Celles-ci viennent essentiellement à partir de 1989 d'un groupe de douze jeunes parlementaires trentenaires ou quadragénaires issus autant duRPR (le député-maire d'Épinal et ancien ministre des Affaires socialesPhilippe Séguin, le député-maire deLyonMichel Noir, celui deGrenobleAlain Carignon, le député président du conseil général deSavoieMichel Barnier, le député-maire deSablé-sur-SartheFrançois Fillon et le député adjoint au maire deVersaillesÉtienne Pinte) que de l'UDF (le président du groupeUDF à l'Assemblée nationale et de la RégionRhône-AlpesCharles Millon, le député président du conseil général deVendéePhilippe de Villiers et le députéFrançois d'Aubert pour lePR, le député-maire deToulouseDominique Baudis, celui d'AnnecyBernard Bosson etFrançois Bayrou pour leCDS)[136]. Ils signent, le, un « manifeste de la rénovation », qui demande un renouvellement des appareils des deux partis ; ils remettent donc en cause l'autorité de Jacques Chirac et deValéry Giscard d'Estaing, et envisagent de présenter une liste autonome auxélections européennes de juin, ce à quoi ils doivent rapidement renoncer. Le, la liste d'unionUDF-RPR emmenée parValéry Giscard d'Estaing etAlain Juppé, et soutenue par Jacques Chirac, arrive en tête avec 28,9 % des suffrages (mais avec une abstention qui bat des records en dépassant les 51 %) et 26 élus (dont 12RPR). Mais l'expérience des« rénovateurs » ne s'arrête pas là et si certains, dontPhilippe Séguin, rentrent dans le rang, d'autres continuent leur fronde contre Jacques Chirac. Le, une formation transpartisane de l'opposition, « Force unie », est créée par l'UDF-PRFrançois Léotard, connu pour ses nombreux heurts avec le dirigeant néo-gaulliste lorsqu'il était son ministre de la culture et pour ses idées très« néo-libérales » : y adhèrent immédiatement lesRPRMichel Noir,Alain Carignon,Michèle Barzach (ancienne ministre de la Santé de Jacques Chirac de 1986 à 1988),Jean-Louis Bourlanges (député européen élu sur la liste centriste deSimone Veil en 1989) etPatrick Devedjian (député-maire d'Antony). Au sein de la formation gaulliste, ces« néo-rénovateurs » forment en le courant « Vitalité-Imagination-Écologie » (VIE). Finalement,Alain Carignon est« mis en congé » des instances dirigeantes du parti le suivant (il ne réintègre pleinement le parti chiraquien qu'en 1992) et, le,Michel Noir et son adjoint àLyon le professeurJean-Michel Dubernard ainsi queMichèle Barzach démissionnent à la fois du mouvement et de l'Assemblée nationale (seuls les deux premiers y retrouvent un siège lors d'élections partielles en 1991).
Mais la contestation vient aussi de la vieille garde duRPR. Ainsi, aux assises du parti auBourget le, deux courants s'opposent : d'une part les plus fidèles chiraquiens, emmenés par le secrétaire général du mouvementAlain Juppé, et d'autre part ceux qui, tout en ne remettant pas en cause l'autorité de Jacques Chirac, appellent à« un nouveau rassemblement » et à un retour à certains fondamentaux d'ungaullisme qualifié de social, à l'instar dePhilippe Séguin etCharles Pasqua. La motion Juppé, finalement soutenue par les rénovateurs du courant VIE, obtient la majorité avec 68,6 % des votes des militants (et donc 90 élus sur les 100 désignés directement par les assises nationales pour faire partie des735 membres du conseil national, et17 membres sur les 30 du bureau politique) contre 31,4 % à la motion Pasqua-Séguin. Jacques Chirac est réélu président à l'unanimité du conseil national. Si le courant deCharles Pasqua etPhilippe Séguin se dissout en, ils continuent à animer ensemble l'associationDemain la France. Les deux camps s'opposent à nouveau en 1992 sur la question dutraité de Maastricht : ainsi, si Jacques Chirac déclare en 1991 qu'il est« absolument hostile au plan Delors tendant à instituer en Europe unemonnaie unique », il apporte finalement son soutien au « oui » auréférendum sur la ratification du traité le, convaincu parAlain Juppé,Édouard Balladur ouJacques Toubon tout en se mettant en porte-à-faux avec une majorité de membres de son propre parti qui, derrièreCharles Pasqua etPhilippe Séguin, font activement campagne pour le « non ». En juin 1990, Jacques Chirac s'oppose à laLoi Gayssot, qui interdit la négation de crimes contre l'humanité[137].
En 1991, dans un contexte de percée électorale du Front national, plusieurs déclarations de Jacques Chirac sur la question de l'immigration font polémique. Dans un discours prononcé le àOrléans, il parle de« bruit et d'odeur » pour désigner les désagréments causés par les immigrés en France. En septembre suivant, il qualifie de« bon sens » la proposition de Valéry Giscard d'Estaing de renoncer audroit du sol pour ledroit du sang en matière d'acquisition de la nationalité française, et estime qu'il ne faut« pas masquer les vrais problèmes »[138].
À la fin du second mandat de François Mitterrand, il apparaît nettement que la gauche va subir le contrecoup de l'usure de sa gouvernance et de la crise économique : la cote du chef de l'État descend en effet à 22 % de satisfaits dans le baromètre de l'IFOP de ; lors des élections régionales de 1992, la droite reconduit son succès de 1986 en emportant 19 et bientôt 20 régions sur 22, le PS n'obtient plus que 18,3 % des suffrages en métropole ; aux élections cantonales, la droite conquiert la majorité dans 76 départements sur 99. Édith Cresson est contrainte à la démission et remplacée par Pierre Bérégovoy. Le nombre de chômeurs dépasse pour la première fois le cap des3 millions, atteignant officiellement 3,1 millions. Tout annonce une décrue importante de la gauche, d'autant que les « affaires » du camp socialiste se succèdent. La défaite sera encore plus lourde que prévu pour la gauche[139].
Deuxième cohabitation et tensions avec Édouard Balladur
Face aux grandes difficultés du gouvernement de gauche, Jacques Chirac participe activement à lacampagne législative de 1993 qui voit la victoire écrasante de ladroite. LeRPR devient la première force politique du pays en nombre de sièges avec242 députés, un record, cependant que l'UDF obtient207 sièges, au total une majorité massive de485 députés, soit 85 % des sièges de l'assemblée, contre68 sièges seulement au PS et divers et 24 au PC.
En voix, l'Union pour la France UDR-UDF (qui est un rassemblement des deux formations de droite) dépasse 69 % des voix au premier tour, tandis que le PS atteint 17,39 % et le PC 9,18 %[140][source insuffisante].
Dans sacirconscription, Jacques Chirac est largement réélu dès le premier tour, avec 60,68 % des voix. Échaudé par l'expérience précédente, ayant déjà été Premier ministre à deux reprises, il préfère rester en retrait et laisse son amiÉdouard Balladur devenirPremier ministre, formant ainsi ladeuxième cohabitation. L'accord tacite qui aurait été passé entre les deux hommes est le suivant : l'hôtel de Matignon à Balladur, lepalais de l'Élysée pour Chirac en 1995. Pour sa part, Édouard Balladur a toujours nié l'existence d'un accord, écrivant :« Contrairement à ce qu'il a fait répéter par la suite, il n'y eut aucun « pacte » entre nous, ni, de ma part, aucun engagement d'aucune sorte. J'aime trop ma liberté pour me lier par avance, et j'eusse trouvé indigne de me prêter à un tel troc »[141].
Édouard Balladur, devenu très populaire (65 % d'opinions favorables au début de l'année 1995 selon le baromètreSofres)[142], décide de se présenter à l'élection présidentielle (candidature officiellement annoncée le)[143] : les partisans du président duRPR crient à la trahison, d'autant que le Premier ministre entraîne avec lui une large partie des chiraquiens du premier cercle, la plupart membres de son gouvernement, dontNicolas Sarkozy etCharles Pasqua.Philippe Séguin, un temps hésitant, se lance dans la bataille auprès du candidat « légitime », et devient avecAlain Juppé etAlain Madelin un des principaux soutiens de Jacques Chirac. Celui-ci, espérant devancer Édouard Balladur, annonce sa candidature tôt, le et résume sa vision politique à travers deux livres programmes parus à quelques mois d'intervalle :Une nouvelle France, Réflexions 1 en etLa France pour tous (qui devient son slogan) en.
Il entame unecampagne dynamique, centrée sur le thème de la« fracture sociale », et comble progressivement l'écart le séparant du Premier ministre dans les intentions de vote en développant une stratégie de communication (développée parJean-Michel Goudard ouClaude Chirac) tendant à le rendre plus humain et plus proche des Français que son adversaire.A posteriori, l'émission satiriqueLes Guignols de l'info est considérée comme ayant influé significativement sur les résultats de l’élection présidentielle du fait du traitement accordé à Jacques Chirac, transfiguré par les auteurs enpersonnage de anti-héros sympathique, devenant l'une des marionnettes les plus populaires[103] (la phrase« Mangez des pommes », développée à partir du logo de la campagne chiraquienne figurant un pommier, est vite reprise dans les médias et au sein de la population). À ce sujet,Benoît Delépine, l'un des auteurs de l'émission, explique :« On détestaitBalladur. Il était d’une prétention hallucinante avec un côté aristo qui faisait penser à l’époquegiscardienne. Les Guignols ont sans doute participé à le déstabiliser. Cela dit, il s’est surtout déstabilisé tout seul. Chirac, lui, avait ce côté un peuloser sympa. Il s’était fait discret pendant quelques années et bénéficiait de l’image d’un homme neuf.Jospin n’était pas prêt. Il paraissait même surpris d’être là. On connaît la suite… »[144].
La campagne a lieu aussi sur le terrain, où il a« retrouvé les accents de son premierdiscours d'Égletons », celui où il préconisait l'alliance des « valeurs essentielles du gaullisme » et d'un véritabletravaillisme à la française[145].
Jacques Chirac réussit à éliminer Édouard Balladur (qui se classe troisième avec 18,58 % des suffrages) au premier tour, au terme d'une lutte féroce et marquée par la sortie de plusieurs affaires politico-financières (telles que l'affaire Schuller-Maréchal), en obtenant la deuxième place (avec 20,84 % des voix) derrièreLionel Jospin, candidatsocialiste (23,30 %). Jacques Chirac est élu président de la République au second tour face àLionel Jospin, le 7 mai 1995, avec 52,64 % des voix.
Lacérémonie d'investiture lors de laquelle il prend ses fonctions de président de la République a lieu le. Jacques Chirac est accueilli parFrançois Mitterrand sur le perron de l'Élysée, après quoi s'ensuit le traditionnel entretien entre le président élu et le président sortant.Roland Dumas annonce ensuite les résultats définitifs de l'élection présidentielle et proclame Jacques Chirac président de la République[146]. Le nouveau chef de l'État se rend dans l'après-midi à l'Arc de Triomphe, où il dépose une gerbe de fleurs en mémoire duSoldat inconnu. Le même jour, il nommeAlain JuppéPremier ministre. Lors des premiers jours de son mandat, le nouveau président de la République décide de ne pas dissoudre l'Assemblée nationale, préférant s'appuyer sur la majorité parlementaire élue deux ans plus tôt et qui compte472 députés (257 du RPR et 215 de l'UDF). Le gouvernement formé s'appuie sur des chiraquiens commeJacques Toubon ouJean-Louis Debré — le président de la République ayant donné comme consigne de ne pas nommer des« traîtres » — et sur des personnalités ayant une expérience politique limitée. Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua affirmeronta posteriori que la composition de ce gouvernement a constitué une des causes de l'échec de la droite aux élections législatives de 1997[135].
Après avoir promu durant sa campagne lafracture sociale (taxée par certains de décorum de campagne[135]), le président veut faire respecter letraité de Maastricht et réduire les déficits, une sorte detournant de la rigueur. Il l'annonce à la télévision le, dans un entretien avecAlain Duhamel[147]. Chirac met l'accent sur la lutte contre le déficit budgétaire et ladette de l'État afin de respecter lepacte de stabilité de l'Union européenne et d'assurer l'arrivée de l'euro. Pour ce faire, le mouvement desprivatisations, engagés entre 1986 et 1988 et depuis 1993, se poursuit : il touche les groupes industrielsPechiney etUsinor-Sacilor en 1995, de la compagnie d'assurancesAGF, de l'armateurCGM (qui fusionne avec la Compagnie maritime d'affrètement pour devenir le groupeCMA-CGM) et de laBanque française du commerce extérieur (BFCE, vendue de gré à gré auCrédit national pour devenir la banque de financement et d'investissementNatexis) en 1996, ou encore du concepteur et constructeur informatiqueBull en 1997. Un projet de réforme des retraites est également prévu.
Le, dans uneallocution, à l'occasion du53e anniversaire de larafle du Vélodrome d'Hiver, Jacques Chirac reconnaît« lafaute collective » de laFrance, et déclare :« ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français »[148].
En 1996, protestations enAustralie à la suite des essais nucléaires français dans le Pacifique.
La politique internationale de la France change subitement enBosnie-Herzégovine, où le président ordonne, à la suite du meurtre de soldats français, des représailles conjointes avec l'OTAN, ce qui met fin à la guerre civile. C'est auPalais de l'Élysée que sont signés lesAccords de Dayton (qui tirent leur nom de la ville deDayton dans l'Ohio, où ils ont été négociés) le par les présidents serbe (Slobodan Milošević), croate (Franjo Tuđman) et bosniaque (Alija Izetbegović), mettant un terme au conflit. Il mène parallèlement unepolitique qui le rapproche des pays arabes tout en travaillant au processus de paix dans leconflit israélo-palestinien. La France rejoint le comité militaire de l'OTAN, après avoir tenté d'obtenir pour un militaire européen (en fait, français), le commandement sud de l'Otan, basé àNaples.
Le, le président annonce sa décision de professionnaliser les armées et de suspendre leservice national. Ce choix de suspension, et non d'abolition, doit permettre de le rétablir en cas de conflit armé.
Le, il se rend enIsraël. Il exige, à l'impromptu, de visiter lequartier musulman de lavieille ville deJérusalem. Tout contact avec la population palestinienne étant empêché par la sécurité israélienne, Jacques Chiracse met en colère, menaçant de repartir en France et accusant le chef de la sécurité de provocation. Ce coup de colère fera le tour du monde arabe, et Chirac sera acclamé par la population le lendemain, lors de sa visite dans lesterritoires occupés[149].
Jacques Chirac avec le président argentinCarlos Menem (1997).
De plus en plus impopulaire, le gouvernement d'Alain Juppé doit affronter desgrèves massives durant l'hiver 1995-1996, les plus longues mobilisations depuisMai 68[147], dues à la réforme des retraites du public (plan Juppé annoncé le prévoyant un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de lafonction publique afin de l'aligner sur celle du secteur privé déjà réformé en 1993, l'établissement d'une loi annuelle de la Sécurité sociale fixant les objectifs de progression des dépenses maladies et envisageant la mise en place de sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif, l'accroissement des frais d'hôpital, des restrictions sur les médicaments remboursables et le blocage et l'imposition desallocations familiales versées aux familles avec enfants les plus démunies, combiné avec l'augmentation des cotisations maladie pour lesretraités et leschômeurs) et au gel du salaire des fonctionnaires. Le plan Juppé sur les retraites est finalement retiré dès le, mais le gouvernement refuse de céder sur la réforme de la Sécurité sociale, une loi votée le suivant lui permettant de légiférer par ordonnances en la matière. Désormais, le budget de la Sécurité sociale est voté au Parlement, la hausse de laCSG (Contribution sociale généralisée) est décidée, tandis qu'uneContribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) est créée. Mais les analystes politiques notent surtout le recul du gouvernement sur ce qui était présenté comme l'essentiel, la réforme des retraites,Jean-François Revel accusant notamment Jacques Chirac de lâcheté pour n'avoir pas expliqué les réformes nécessaires lors de la campagne présidentielle, expliquant ainsi l'ampleur du mouvement. Dans un article du, il estime ainsi que :« Quand, durant la campagne des présidentielles, Jacques Chirac parlait de réformes visant à réduire la fracture sociale, les Français comprenaient qu'ils allaient être noyés sous une pluie de subventions. Les réformes qui visent une réduction des déficits publics ou des déficits sociaux, ils ne les comprennent pas du tout »[150].
D'autres événements affaiblissent encore la popularité du gouvernement Juppé, comme l'occupation de l'église Saint-Ambroise àParis par 300étrangers en situation irrégulière, d'origine africaine, demandant leur régularisation, à partir du. Après avoir été expulsés de l'église Saint-Ambroise, ils vont errer d'occupation en occupation pour finir paroccuper l'église Saint-Bernard. Dix d'entre eux entament alors unegrève de la faim qui va durer deux mois. C'est un redémarrage des mouvements de l'immigration, avec la constitution de collectifs divers, tels que « Des papiers pour tous » en 1996, le « Collectif anti-expulsion » en 1998, entre autres. Finalement, l'évacuation musclée par la police des étrangers en situation irrégulière occupant l'église Saint-Bernard est décidée le. Plusieurs d'entre eux sont renvoyés auMali. La grève de la faim prend fin, tandis que l'un des occupants meurt quelques mois plus tard des séquelles de celle-ci.
Devant l'essoufflement de sa majorité, anticipant un échec aux différentes élections de 1998 (législatives,régionales etcantonales)[147], Jacques Chirac risque une dissolution. Il avait pourtant écarté cette idée lors de l'entretien du, déclarant qu'une telle mesure est utile uniquement en cas de crise politique[135]. Il refuse de se séparer de Juppé, qui tente unremaniement en 1995[147]. Cette dissolution de l'Assemblée nationale, conseillée par le secrétaire général de l'Élysée,Dominique de Villepin, intervient le, soit onze mois avant la date prévue des élections législatives. Pris de court, ni son parti, ni son électorat ne comprennent son geste tandis que l'opposition crie à la manœuvre. Lesélections qui suivent voient la victoire de la « gauche plurielle », menée parLionel Jospin (319 sièges sur 577 dont 250 pour lePS, leRPR retombe à134 députés). Jacques Chirac nomme ce dernierPremier ministre, ouvrant ainsi latroisième cohabitation[147]. On théorisa cela comme la malédiction des deux ans, référence au fait qu'il garda seulement le pouvoir deux ans après l'avoir conquis (songouvernement sous VGE de 1974 à 1976, songouvernement sous Mitterrand de 1986 à 1988 et songouvernement avec Juppé) de 1995 à 1997[147]. Son fidèle conseiller en communication,Jacques Pilhan, meurt peu après[147].
Latroisième cohabitation est bien plus longue que les précédentes, puisqu'elle dure cinq ans. Le président et le Premier ministre tentent de parler d'une seule voix dans le cadre de l'Union européenne ou de lapolitique étrangère, se rendant ensemble aux sommets européens (comme lors des deux autres cohabitations, voire assurant conjointement la présidence tournante duConseil de l'Union européenne dévolue à laFrance de juin à), même si on y assiste parfois à des passes d'armes verbales entre les deux hommes. Ainsi, ils agissent conjointement concernant lacrise du Kosovo (organisation de laconférence de Rambouillet pour essayer de trouver une issue pacifique du6 au puis participation à l'opération Allied Force menée par l'OTAN dans les Balkans de mars à) ou encore laguerre contre le terrorisme après lesattentats du 11 septembre 2001 (participation à l'opérationEnduring Freedom puis à laForce internationale d'assistance et de sécurité enAfghanistan à partir d'). Les affaires étrangères et la défense constituant traditionnellement le« domaine réservé » de la présidence de la République, il s'agit des secteurs dans lesquels Jacques Chirac est le plus actif durant ces années de cohabitation. Il s'entend particulièrement bien avec le ministre des Affaires étrangères,Hubert Védrine[151].
C'est à cette époque qu'éclatent les affaires politico-financières au sujet duRPR et de la mairie deParis (voir ci-dessous).
Legouvernement Jospin connaît une popularité importante, marquée par la loi des35 heures, la baisse duchômage et la repriseéconomique mondiale de la fin du siècle, mais aussi par plusieurs événements favorisant une amélioration du moral des Français telle que la victoire de l'équipe de France lors de laCoupe du monde de football qui a lieu en France. Ces événements bénéficient toutefois tout particulièrement à la popularité du président, très présent et enthousiaste lors des matchs[153],[154], alors qu'il n'est pas un amateur de football[135].
Partant favori, le Premier ministre décide de rétablir le calendrier initial des élections (la présidentielle avant les législatives) et surtout obtient du président (pressé également par l'ancien présidentValéry Giscard d'Estaing), d'abord très réticent, qu'il propose la modification de la Constitution pour transformer le septennat en quinquennat. Le, la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans est adoptée par unréférendum marqué par uneabstention record (30,19 % de participation, 73,21 % de oui 26,79 % de non). Cette réforme permet d'aligner les électionsprésidentielles etlégislatives à un créneau proche, réduisant ainsi les risques decohabitation et favorisant lefait majoritaire. Bien que sa marge de manœuvre politique semble réduite, il s'attache à remplir sa fonction présidentielle et à se présenter comme le garant des valeurs républicaines. Ainsi, il intervient pour mettre en garde contre toute alliance entre ladroite de gouvernement et leFN après le bon score réalisé par ce dernier auxélections régionales de 1998. Le mot d'ordre est suivi par leRPR, qui préfère perdre les présidences des conseils régionaux d'Aquitaine, deHaute-Normandie et d'Île-de-France au profit de la gauche plutôt que de les conserver avec l'appui de l'extrême droite. Sur les douze régions pouvant être conservées par la droite par le biais de cette alliance controversée, seuls cinq présidents de région (tousUDF, et exclus de ce parti à la suite de cela) décident de s'appuyer sur leFN pour se maintenir à leur poste.
Jacques Chirac aux côtés deGeorge W. Bush, en juillet 2001.
Mais les années de cohabitation sont également marquées par une certaine perte de contrôle de son propre camp, et plus particulièrement du RPR. En crise interne après la défaite de 1997, il a porté à sa têtePhilippe Séguin avec pour projet d'en rénover profondément les structures. Ainsi, il adopte une attitude très indépendante à l'égard de l'Élysée (en témoigne le retour en force, après deux ans de traversée du désert, des balladuriens dans la direction, incarné par la nomination deNicolas Sarkozy au poste de secrétaire général) et propose que les militants votent de façon directe pour élire à l'avenir le président : seul candidat, il est réélu à la tête du parti avec 95,07 % des voix des adhérents[155]. Ne parvenant pas à établir une liste unique auxélections européennes et sous la pression des chiraquiens,Philippe Séguin abandonne finalement la direction du RPR en, dénonçant les déclarations deBernard Pons (un des fidèles du président de la République) et un« manque de loyauté » de Jacques Chirac à son égard[156].Nicolas Sarkozy prend l'intérim de la présidence mais, devant le score calamiteux récolté par la liste qu'il menait conjointement avec le président deDLAlain Madelin auxeuropéennes de 1999 (12,82 % et 12 des87 sièges à pourvoir, loin derrière 21,95 % et 22 élus de la liste d'union de la gauche et même devancé par la liste souverainiste deCharles Pasqua etPhilippe de Villiers), il décide de ne pas se présenter à l'élection présidentielle du mouvement de novembre-. Jacques Chirac décide de soutenir pour celle-ciJean-Paul Delevoye, un fidèle, sénateur-maire deBapaume peu connu du grand public. Le choix appartenant désormais aux militants, c'est pourtant une « outsider », la députée maire deSaint-Jean-de-LuzMichèle Alliot-Marie, qui l'emporte au second tour avec 62,71 % des votes le[157], preuve de la perte d'influence du président de la République sur son propre parti. Bien que déclarant sa fidélité au chef de l'État, elle tend à rendre le RPR plus autonome vis-à-vis de l'Élysée et appelle à tourner la page des « affaires » qui ont touché le parti à la fin des années 1990 en laissant faire la justice[158].
Lors de lacrise de la vache folle, il prononce, le, une allocution dans laquelle il réclame l'interdiction immédiate des farines animales, prenant ainsi de court legouvernement, qui réfléchissait à d'éventuelles mesures, mais était accusé de prendre du retard en comparaison de la législation britannique. Le Premier ministre rejoint sa position le suivant[159]. Dans un livre d'entretiens publié neuf ans plus tard,Lionel Jospin affirme qu'il s'agissait là d'un des pires moments de la cohabitation, et que cet épisode lui a fait prendre conscience que Jacques Chirac« n'hésitait pas à faire passer son intérêt partisan avant l'intérêt général »[160].
Face à la pression de ses soutiens, lessondages lui étant peu favorables, Jacques Chirac décide d'annoncer plus tôt que prévu sa candidature pour l'élection présidentielle, le lors d'un meeting àAvignon, devançant ainsiLionel Jospin (ce dernier annonce sa propre candidature le).
S'appuyant sur la jeune garde des députés RPR, mais aussi sur les anciens balladuriens (dont surtoutNicolas Sarkozy) et sur certains centristes et libéraux (telsJean-Pierre Raffarin ouPhilippe Douste-Blazy), il favorise la formation progressive d'un nouveau parti qui doit voir la fusion du RPR, de l'UDF et deDL : l'Union en mouvement (UEM) est créée le par les partisans de cette solution, préfiguration de la futureUnion pour la majorité présidentielle. Les futurs éléments de ce nouveau parti (que l'UDF, dirigée parFrançois Bayrou, refuse de rejoindre) développent les thèmes de la sécurité et de la baisse des impôts.
Après un début de campagne jugé moyen, Jacques Chirac profite des erreurs deLionel Jospin (la phrase« un président vieilli et usé » choque). Fort de sa grande expérience des campagnes présidentielles, Jacques Chirac mène alors une campagne dynamique, notamment sur les thèmes de la baisse des impôts (promesse de baisse de 33 % de l'impôt sur le revenu) et de l'insécurité, très largement relayés et diffusés par les médias (les Guignols de l'info deCanal+ accusentTF1 et son journal de13 h d'amplifier le mouvement ; la gauche parle de « sentiment d'insécurité ») qui multiplient le temps d'audience sur le sujet et celui de la violence urbaine.Lionel Jospin voit dans le même temps sa campagne s'essouffler et pâtir de l'éclatement de la gauche plurielle entre plusieurs candidatures.
Le, Jacques Chirac arrive en tête du premier tour avec 19,88 % des suffrages, soit le plus faible score historique pour un président sortant[161]. À lasurprise générale,Lionel Jospin est éliminé. Jacques Chirac se voit opposé au président du Front national,Jean-Marie Le Pen (16,86 %), qu'il déteste et dont il considère le parti comme une création de François Mitterrand[135],[l] (référence à la stratégie assumée de favoriser le FN pour affaiblir le RPR dans les années 1980)[162],[163]. Il refuse dedébattre avec son adversaire, déclarant que« face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible ». Des journalistes rappellent à cette occasion leurs entrevues authentifiées de 1988[164],[165],[166] et évoquent sa crainte d'affronter un orateur de talent[167].
Il laisse alors lagauche et la jeunesse manifester en appelant à voter pour lui afin defaire barrage à Jean-Marie Le Pen et non par adhésion à sa personne, le slogan de ses opposants les plus farouches étant« Votez escroc, pas facho » ou encore l'opération« Voter avec des gants ». Le, il est réélu avec 82,21 % des suffrages exprimés. Il bat ainsi plusieurs records à cette élection : il est, sous laVe République, le président élu avec la plus large majorité au second tour et avec le plus grand écart de score entre le premier et le second tour (62,3 points).Raymond Barre etMichel Rocard déclarent que son score du second tour est un leurre car constituant un vote anti-FN : selon eux, seulement 20 % des Français l'apprécient et Chirac commit une erreur d'interprétation en croyant à un triomphe politique[135].
L'Union pour la majorité présidentielle (UMP), créée par l'association duRPR, deDémocratie libérale et d'une grande partie de l'UDF, remporte largement lesélections législatives de, obtenant à elle seule la majorité absolue à l'Assemblée nationale (365 sièges sur 577). Jacques Chirac peut à nouveau s'appuyer sur une majorité parlementaire. Il s'appuie également sur un groupe de députés UDF réduit à29 membres, et nomme un seul ministre issu de ce parti,Gilles de Robien. Il ne compose pas ungouvernement d'union nationale, plutôt attendu, ce qu'il regrettea posteriori[m],[168],[169]. Il y a néanmoins un problème idéologique avec ce gouvernement, l'UMP, issue du RPR, reprenant beaucoup d'idées de l'UDF, qui n'est pas gaulliste et beaucoup plus au centre[170],[171].
Jean-Pierre Raffarin entame dès lors la mise en œuvre de certaines des promesses de la campagne : baisse de l'impôt sur le revenu et multiplication d'actions ciblées contre la délinquance. Viendront ensuite une réforme des « 35 heures », une réforme desretraites et de lasécurité sociale, et enfin la poursuite de la réforme de l'État, incluant ce que les spécialistes ont appelé « l'acte II de ladécentralisation ».
À la suite desattentats du 11 septembre 2001, leprésident des États-UnisGeorge W. Bush, avec qui Jacques Chirac s'entend mal, mène une politique internationale plus offensive. La France soutient les États-Unis lors de l'intervention enAfghanistan, mais Jacques Chirac refuse d'intervenir en Irak, et forme un « front commun » avec l'Allemagne et laRussie contre l'invasion de l'Irak. Épaulé par son ministre des Affaires étrangères,Dominique de Villepin, qui prononce notamment un discours remarqué[172], il obtient que les États-Unis passent par l'ONU avant toute intervention. Profitant d'un large consensus national sur la question, Jacques Chirac se fait le chantre d'un « monde multipolaire ». Soutenu par les opinions publiques européennes, mais seulement par quelques dirigeants (le BelgeGuy Verhofstadt et l'AllemandGerhard Schröder), il s'oppose aux États-Unis et à leurs alliés, laissant entendre que la France utilisera son droit deveto auConseil de sécurité des Nations unies tant que la situation n'évoluera pas. Cette annonce lui vaut une campagne hostile, notamment dans une partie desmédias anglo-saxons (The Sun titre alorsChirac is a worm — « Chirac est un ver »). Les relations avec les États-Unis deviennent exécrables. Elles ne commenceront à se normaliser qu'à partir de la commémoration dudébarquement en Normandie, quinze mois plus tard. Mais il ne se rend pas alors aux obsèques deRonald Reagan, mort le, ce que la presse américaine lui reproche à nouveau vivement et ce qui étonne la presse française[173].
Après l'épidémie de SRAS de 2002-2004,Jean-Pierre Raffarin rencontre le docteur Chen Zhu, un Shanghaien francophile ayant été formé à l'hôpital Saint-Louis, dans les services d’un proche de Jacques Chirac. En octobre 2004, lors d'un voyage à Pékin, Jacques Chirac scelle une alliance avec son homologue chinois et les deux pays décident de s’associer pour lutter contre les maladies infectieuses émergentes. Ce partenariat aboutit à la construction d'unlaboratoire de type P4 à l'institut de virologie de Wuhan en dépit des réticences des experts français enguerre bactériologique de laSGDSN (secrétariat général à la Défense et à la Sécurité nationale), qui redoutent qu'un P4 puisse se transformer en arsenal biologique[175].
Pour impliquer les Français dans laConstitution européenne, Jacques Chirac décide qu'unréférendum sera organisé pour la ratification de celle-ci, à mettre en place au plus vite afin de remporter lescrutin. Désormais favorable à l'entrée de laTurquie dans l'Union européenne (son« vœu le plus cher »), il subit les critiques d'une partie de sa famille politique qui s'oppose à cette perspective, ce qui vient brouiller les cartes du référendum : le, l'Union européenne décide l'ouverture de négociations avec la Turquie. Leprojet de directive Bolkestein détourne une partie de l'inquiétude sociale grandissante sur l'Europe, malgré les tentatives de désamorçage du Président. Pis, Jacques Chirac semble déconnecté des attentes sociales, notamment des jeunes, lors d'undébat télévisé bien encadré, le surTF1. Dans un contexte de quasi-unanimité en faveur du « oui » des partis de gouvernement et des médias, les sondages s'inversent trois fois, le débat enflamme les Français et mobilise les médias jusqu'au jour duréférendum.
Jacques Chirac entame alors un bras de fer avecTony Blair (qui prend la présidence de l'Union européenne), sur le budget de l'Union. Cette confrontation s'étend à la candidature deParis etLondres pour lesJeux olympiques d'été de 2012 où les deux hommes s'impliquent personnellement. Les Français partent favoris, mais, le, Londres est choisie par leCIO. Le, lors d'un sommet franco-italien, Jacques Chirac reproche à laCommission européenne de ne pas lutter contre des licenciements chezHewlett-Packard, ce qui fait réagir le président de la Commission,José Manuel Durão Barroso, qui qualifie cette accusation de« démagogie », estimant que le sujet est du domaine national.
Le projet deCharte de l'environnement voit le jour. Il a été voulu par le président Chirac, conseillé par une commission d'experts. Le texte de laCharte de l'environnement est adopté le par leParlement réuni en Congrès, et promulgué officiellement par Jacques Chirac le. Il figure désormais dans le Préambule de laConstitution de laVe République. C'est laCour de cassation qui reprend maintenant les travaux d'adaptation juridique nécessaires.
Après leréférendum, les sondages de popularité de Jacques Chirac sont au plus bas. Le, il est hospitalisé à l'hôpital militaire duVal-de-Grâce, pour unaccident vasculaire cérébral ayant entraîné un« léger trouble de la vision », qui disparaît en quelques jours (version donnée par l'Élysée). Il en sort le, mais ne doit pas prendre l'avion pendant quelques semaines ; le Premier ministreDominique de Villepin représente alors la France au sommet de l'ONU le.
À partir de la fin du mois d', à la suite de la mort de deux jeunes àClichy-sous-Bois électrocutés en se réfugiant dans un transformateurEDF, puis aux rumeurs évoquant une grenade lancée par les forces de police à l'intérieur de la mosquée de la même ville, les actes de violence se multiplient les nuits suivantes, les médias finissant par parler d'émeutes, se propageant dans de nombreuses banlieues en France (des milliers de voitures brûlées, des entreprises et bâtiments publics détruits, etc.). Le, Jacques Chirac décrète enConseil des ministres l'état d'urgence (qui sera levé environ2 mois plus tard, le), lespréfets pouvant déclarer lecouvre-feu dans tout ou partie du territoire. Jacques Chirac s'adresse pour la première fois sur ces émeutes en banlieues directement aux Français via latélévision et laradio le, regardé par plus de vingt millions de téléspectateurs, une desmeilleures audiences de la télévision française.
En visite le à l'Île Longue, base opérationnelle dessous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) français, Jacques Chirac y réaffirme les principes de la politique dedissuasion nucléaire française, marquant une inflexion de ladoctrine nucléaire du pays : ne plus raisonner« du faible au fort » mais« du fort au fou », dans une période marquée par leterrorisme et les ambitions nucléaires de pays comme l'Iran et laCorée du Nord. Si lesÉtats-Unis et leRoyaume-Uni réagissent positivement à cette annonce, la classe politique allemande s'inquiète de cette position, alors que l'Iran proteste.
Plaque commémorative inauguration du Boulevard Louise Moreau
En visite le duCentre spatial de Cannes - Mandelieu, une première visite d'un président de la République dans cet établissement prestigieux, il en profite pour rebaptiser le boulevard du Midi en « boulevard du Midi -Louise Moreau ».
Il est mis sur écoute par laNSA à partir de 2006[176]. Il avait toutefois déjà par le passé, alors qu'il était premier ministre sousValéry Giscard d'Estaing, été espionné par des agences américaines qui le décrivaient comme étant« doté d’un remarquable opportunisme politique »[176].
Après lecontrat nouvelles embauches (CNE),Dominique de Villepin décide, au début de l'année 2006, de lancer un nouveaucontrat de travail similaire, pour les jeunes, baptiséContrat première embauche (CPE). Lamobilisation syndicale et étudiante contre ce projet en particulier, et, plus généralement, contre laloi pour l'égalité des chances, qui contient les dispositions relatives au CPE, se met lentement en place, mais finit par prendre des proportions très importantes, ce qui place lePremier ministre en difficulté. Jacques Chirac prend plusieurs fois la parole pour le soutenir, mais n'intervient pas avant le où, dans une allocution devant21 millions de téléspectateurs, il annonce la promulgation de la loi qui contenait le CPE, tout en demandant de ne pas l'appliquer tant que de nouvelles mesures ne sont pas prises, et confie le dossier à l'UMP. Cette capitulation face aux manifestations provoque une situation inédite dans un état de droit où une loi votée par la représentation nationale est promulguée tout en s'interdisant de l'appliquer[177],[178],[179]. Le, lePremier ministre annonce le remplacement rapide du CPE par une autreloi.
L'affaire Clearstream 2 vient ensuite bousculer l'emploi du temps du gouvernement. Dominique de Villepin, mais aussi Jacques Chirac, sont soupçonnés par la presse d'avoir commandité des enquêtes confidentielles sur des hommes politiques français[180], notammentNicolas Sarkozy, qui préparait sa candidature à l'élection présidentielle,Dominique Strauss-Kahn,Jean-Pierre Chevènement ou encoreAlain Madelin, tous accusés anonymement et faussement d'avoir profité derétrocommissions en marge de l'affaire des frégates de Taïwan. Nicolas Sarkozy porte plainte contre X en pour« dénonciation calomnieuse », rapidement rejoint par une série d'autres personnalités françaises. L'affaire Clearstream 2 sera déviée par la suite vers l'affaire du compte japonais de Jacques Chirac. Malgré des informations de presse et d'agents de la DGSE, il ne sera pas ouvert d'instruction judiciaire menant à une mise en examen, faute d'élément précis sur un éventuel compte bancaire au Japon.
Lors de ses vœux du, Jacques Chirac annonce la décision du gouvernement de Dominique de Villepin de mettre en place undroit au logement opposable dans les toutes prochaines semaines.
Dominique de Villepin lui remet la démission de son gouvernement le, à la veille de la passation de pouvoir entre le président sortant etNicolas Sarkozy, élu président de la République.
À la suite des élections de 2004, du référendum de 2005 et de son accident vasculaire la même année, la plupart des éditorialistes estiment que Jacques Chirac n'est pas en mesure de se présenter pour un troisième mandat[181],[182],[183], même si quelques personnalités politiques pensent le contraire[184]. Alors que lui-même entretient le mystère[185],[186],[187], des analystes pensent que Jacques Chirac envisage sérieusement de briguer un troisième mandat, raison pour laquelle il se serait rallié à l'idée duquinquennat[188]. Ses mauvais rapports avec le favori, Nicolas Sarkozy — du fait de la « trahison » de 1995 et de ses critiques récurrentes à son égard lors de son second mandat —, seraient également un facteur le poussant à se présenter[189].
Mais, selon un sondageIfop réalisé fin 2005, seul 1 % des Français souhaite qu'il soit le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle de 2007, loin derrièreNicolas Sarkozy etDominique de Villepin[190],[191], alors qu'en 2003 un tiers des sondés soutenaient sa candidature[192],[193]. Un autre sondage Ifop, en, montre que 81 % des Français s'opposent à sa candidature[194]. Antoine Guiral, journaliste àLibération, décline les nombreux facteurs rendant difficile sa candidature : son âge, ses mauvais sondages, l'absence de cellule pour préparer la campagne, le risque de divisions à droite, le soutien de nombreuses personnalités de droite, y compris de chiraquiens, à Sarkozy[195]. De nombreux analystes soulignent alors une ambiance « crépusculaire » de« fin de règne », qui concerna aussi Mitterrand, dans un contexte d'apparition de successeurs potentiels[196],[197],[198],[135]. Béatrice Gurrey, journaliste duMonde et auteur de plusieurs essais sur Chirac, expose les mêmes arguments que Guiral, jugeant peu plausible sa candidature, mais rajoute que le président voulait d'abord se consacrer à ses grands dossiers diplomatiques (conférence sur le Liban, sommet de l'environnement etsommet France-Afrique)[199].
Non-candidature à un troisième mandat et départ (2007)
Le, dans une édition spéciale deVivement dimanche, Jacques Chirac est pour la première fois assez peu ambigu sur sa non-candidature, à travers la conclusion :« Il y a une vie après la politique. Il y a une vie jusqu'à la mort ». Bernadette Chirac déclare que l'Élysée« va [lui] manquer »[200],[201]. Le suivant, il annonce, lors d'un discours télévisé, qu'il ne se présentera pas à l'élection présidentielle de 2007 en ces termes :« Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat […] Au terme du mandat que vous m'avez confié, le temps sera venu pour moi de vous servir autrement ». Le suivant, il dit« donner son vote et son soutien àNicolas Sarkozy » dans le cadre de cette élection[202]. L'encore actuel président accorde ce soutien au nom du parti qu'il a créé, à savoir l'UMP.« Cette formation politique [l'UMP] a choisi de soutenir la candidature deNicolas Sarkozy […]. C'est donc tout naturellement que je lui apporterai mon vote et mon soutien ». Le,Nicolas Sarkozy est élu président de la République face àSégolène Royal. Lapassation des pouvoirs a lieu le à l’Élysée.
Dernière allocution présidentielle de Jacques Chirac le 15 mai 2007
« Mes chers compatriotes de métropole, de l'outre-mer et de l'étranger,
Demain, je transmettrai les pouvoirs que j'ai exercés en votre nom à Nicolas Sarkozy, notre nouveau président de la République. Je le ferai avec la fierté du devoir accompli et aussi avec une grande confiance dans l'avenir de notre pays.
Nous sommes les héritiers d'une très grande nation, une nation admirée, respectée et qui compte en Europe et dans le monde. Vous avez des capacités immenses de créativité et de solidarité. Grâce à vous, grâce à votre engagement, nous avons modernisé notre pays pour l'adapter aux profonds changements de notre temps et nous l'avons fait dans la fidélité à notre identité et en portant haut les valeurs de la République.
Mes chers compatriotes,
Une nation, c'est une famille. Ce lien qui nous unit est notre bien le plus précieux. Il nous rassemble. Il nous protège. Il nous permet d'aller de l'avant. Il nous donne les forces nécessaires pour imprimer notre marque dans le monde d'aujourd'hui.
Restez toujours unis et solidaires. Bien sûr, nous sommes profondément divers. Bien sûr, il peut y avoir des différences de conception, des divergences de vue. Mais nous devons, dans le dialogue, dans la concorde, nous retrouver sur l'essentiel. C'est comme cela que nous continuerons à avancer.
Dans l'union, dans le respect de notre diversité et de nos valeurs, dans le rassemblement, nous pouvons nourrir toutes les ambitions. Unis, nous avons tous les atouts, toutes les forces, tous les talents pour nous imposer dans ce nouveau monde qui se dessine sous nos yeux. Unie, et en poursuivant sur la voie engagée, la France s'affirmera comme une terre exemplaire de progrès et de prospérité. La patrie de l'égalité des chances et de la solidarité. Une nation moteur de la construction européenne. Une nation généreuse, aux avant-postes des défis du monde que sont la paix, le développement, l'écologie.
Dès demain, je poursuivrai mon engagement dans ces combats pour le dialogue des cultures et pour le développement durable. Je le ferai en apportant mon expérience et ma volonté d'agir pour faire avancer des projets concrets en France et dans le monde.
Ce soir, je veux vous dire le très grand honneur que j'ai eu à vous servir. Je veux vous dire la force du lien qui, du plus profond de mon cœur, m'unit à chacune et à chacun d'entre vous. Ce lien, c'est celui du respect, c'est celui de l'admiration, c'est celui de l'affection pour vous, pour le peuple de France et je veux vous dire à quel point j'ai confiance en vous, à quel point j'ai confiance en la France.
Je sais que le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, aura à cœur de conduire notre pays plus avant sur les chemins de l'avenir et tous mes vœux l'accompagnent dans cette mission, qui est la plus exigeante et la plus belle qui soit, au service de notre nation. Cette nation magnifique que nous avons en partage. La France, notre nation, mes chers compatriotes, nous devons toujours en être profondément fiers.
La communication politique en France devient réellement importante dans les années 1980[203]. C’est d’ailleurs en 1986 que Jacques Chirac commence à s’intéresser à la communication politique en concevant, grâce àJean-Michel Goudard, l’un des premiers « teasing » politiques pour les candidatures législatives. Le premier objectif de ceteasing était dans un premier temps de montrer une bonne image de Jacques Chirac mais aussi de faire état d'une victoire indéniable de la droite[204].
Deux ans plus tard, Jacques Chirac, Premier ministre, candidat à l'élection présidentielle, adopte une campagne de communication allant porter ses fruits car il possède une image plutôt positive tant au niveau des Français que des médias. Ainsi, il se distingue de François Mitterrand au niveau du courage, de la séduction, du dynamisme, de la modernité[205]. Jacques Chirac s’est d’ailleurs beaucoup investi auprès des médias français comparé aux autres candidats[205]. En effet, il s’est mis en avant à travers une communication directe comme les interviews et les reportages.
Au cours de sa présidence, il est conseillé par le même conseiller en communication que Mitterrand,Jacques Pilhan, qui essaie de guider Jacques Chirac auprès des médias. Il est également conseillé par sa fille,Claude Chirac.
L’image médiatique de Jacques Chirac est dans l’ensemble assez indulgente. Christine Errera met en avant quatre « mythes » du président : c’est un président attaché à sa région familiale qui lui permet un goût particulier pour les terroirs et l’agriculture ; il est un homme dynamique, déterminé et plein de vigueur ; il a une attitude de chef et d’autorité militaire, d’où son nom de « hussard de la République »[206] ; il a des amitiés fortes qui témoigneraient d'une importante loyauté. Mais, dans le même temps, Jacques Chirac est montré par comme un homme ambitieux et opportuniste[207].
En quarante ans de vie politique, Jacques Chirac a su marquer les esprits des citoyens nés principalement dans lesTrente Glorieuses, lors desquelles un certain libéralisme commençait à s’installer dans le paysage français. Cependant, comme le souligne Mathias Bernard, au-delà de l’homme politique, on retient davantage l’homme lui-même et non l’idéologie de son parti[208]. Il est en effet généralement perçu comme quelqu’un du peuple s'intéressant aussi bien aux citoyens des campagnes qu'à ceux des villes. Son discours, au fil des ans, s’est davantage focalisé sur la proximité et le contact auprès du peuple français[209]. Il s’est imposé progressivement dans le spectre politique comme un homme capable de rassembler le peuple français et les militants de droite[208].
Pour des journalistes commeArlette Chabot, Béatrice Gurrey ou encore Jacky Isabello, Jacques Chirac n'était pas le plus habile en communication, du moins en communication médiatique. Il aura mis beaucoup de temps pour que Jacques Chirac parvienne à en comprendre les rouages. Ce sont d’ailleurs les satires desGuignols de l'info qui ont permis de mieux le faire connaître, plutôt que ses discours parfois jugés maladroits[210].
Dans les mois qui suivent son départ de l'Élysée, il se rend dans plusieurs pays d'Afrique pour inaugurer des projets d'accès à l'eau, aux médicaments, à l'éducation[213] et à deux reprises enRussie, à l'invitation personnelle deVladimir Poutine[213]. Toutefois, il refuse de donner des conférences pour lesquelles il est fréquemment sollicité par diverses universités dans le monde[213]. Il accepte l'invitation deNicolas Sarkozy à se rendre, le, aux obsèques nationales du président gabonaisOmar Bongo[214].
Son état de santé, ainsi que ses ennuis judiciaires, le poussent à se mettre en retrait du Conseil constitutionnel, où il ne participe plus aux séances depuis le. Il indique, dans une lettre envoyée en au président du Conseil constitutionnel,Jean-Louis Debré, qu'il met ses fonctions entre parenthèses« jusqu'à nouvel ordre ». Son indemnité de 11 000 euros par mois est alors suspendue[215].
À partir d', le baromètreIFOP pourParis Match le consacre chaque mois « personnalité politique préférée des Français ». En décembre suivant, il atteint la cote inédite, dans l'histoire du baromètre, de 78 % d'opinions positives[216].
Le premier tome de ses mémoires, consacré à sa vie politique avant la présidence et intituléChaque pas doit être un but, paraît le[217]. Il remporte un certain succès, s'écoulant, selon sa maison d'édition, entre 15 000 et 18 000 exemplaires par jour la première semaine de sa publication. Deux semaines après sa sortie, au, il aurait été réimprimé trois fois pour s'établir à un tirage global de 390 000 exemplaires (contre 260 000 initialement le jour de sa publication)[218].
En 2014, il fait connaître sa préférence pour Alain Juppé en vue de laprimaire de la droite pour l'élection présidentielle de 2017, tandis que son épouse apporte son soutien à Nicolas Sarkozy[219].
Il est hospitalisé à plusieurs reprises dans les années 2010, notamment en pour affaiblissement et en à la suite d'une infection pulmonaire[224]. Il se déplace avec une canne puis enfauteuil roulant, tandis que sasurdité et ses difficultés pour communiquer s'accroissent[225]. Ainsi, il ne peut aller voter à l'élection présidentielle de 2012 et effectue sa dernière apparition publique le, lors de la remise annuelle des prix de sa fondation[226],[225].
Le, il détaille les activités de sa fondation relatives à la préservation des langues rares et des spécificités culturelles menacées, et annonce, dans cet objectif, le lancement d'un site Internet,sorosoro.org (sorosoro signifiantlangue enaraki, idiome de l'île du même nom auVanuatu, menacée d'extinction avec huit locuteurs recensés en 2009). Dans son discours, il appelle à« une nouvelle forme de conscience collective » devant l'emporter sur« l'arrogance de la pensée unique »[228].
Il se rend le à la remise annuelle des prix remis par la fondation Chirac. Il y apparaît aux côtés du président de la République en fonction,François Hollande, qui lui rend hommage[223]. Il participe à nouveau à cette remise annuelle en 2014, bien qu'affaibli, en compagnie de François Hollande et d'Alain Juppé[229].
Sa santé continue de se détériorer au fil des années. Sa famille contrôle la communication et fait cesser toute apparition ou photographie en public, le tenant pour quasiment reclus à son domicile[230]. En,Jean-Louis Debré et Erwan L'Éléouet (biographe de Bernadette Chirac) indiquent qu'il ne reconnaît plus que quelques personnes (sa femme, sa fille et ses auxiliaires de vie) et qu'il ne parle presque plus[231],[232]. Jacques Chirac meurt d'uneinsuffisance rénale[233] à son domicile parisien du 4,rue de Tournon, le à7 h 45[234], à l'âge de86 ans[235],[236]. Sa famille annonce que l'ancien président« s'est éteint au milieu des siens, paisiblement »[237].
Les anciens présidentsNicolas Sarkozy etFrançois Hollande ainsi que de nombreux élus et responsables politiques de tous bords lui rendent hommage, de même que de nombreuses personnalités politiques étrangères[238],[239] ;Valéry Giscard d'Estaing exprime son émotion et adresse ses condoléances à sa famille[240]. Uneminute de silence est observée à l'Assemblée nationale et auSénat le jour de sa mort[241], ainsi qu'auxNations unies. Undeuil national est déclaré en France le et une minute de silence est observée dans les administrations et les écoles ce jour-là à15 heures[242]. Plusieurs hommages lui sont également rendus enCorrèze[243], où un hommage officiel, à la demande de la famille et du département, se tient le[244].
La ville de Paris, dont il a été maire pendant18 ans, et l'administrateur de latour Eiffel décident d'éteindre les lumières de l'édifice au soir de sa mort[245]. Fait inédit après la disparition d’un président de la République, le vestibule d’honneur dupalais de l'Élysée est ouvert le même soir ; dans cet espace, un recueil de condoléances est mis à disposition du public[246], une heure après une intervention télévisée d’Emmanuel Macron, qui déclare que« le président Chirac incarna une certaine idée de la France » et« était un grand Français, libre, […] amoureux taiseux de notre culture »[247].
Des réactions plus nuancées voire critiques se font cependant entendre. À gauche, plusieurs personnalités critiquent sa politique économique et sociale ou son discours sur« le bruit et l'odeur » des immigrés[248]. Des médias, surtout étrangers, indiquent que les hommages sont davantage adressés à sa personnalité et à son époque qu’à son« maigre » bilan politique[249],[250],[251]. Le journaliste d'investigationEdwy Plenel insiste sur la condamnation judiciaire de l'ancien président[252].
Les 28 premières années de la vie politique de Jacques Chirac (de 1967 à 1995) sont donc marquées par deux évènements historiques : ses deux primatures ministérielles (de 1974 à 1976 ; et de 1986 à 1988, dans le cadre de lapremière cohabitation) et la fondation duRPR, le parti politique prééminent àdroite durant26 ans.
Jacques Chirac s'est aussi distingué par une activité politique ininterrompue, ayant en effet toujours eu durant cette période un ou plusieurs mandats ou fonctions en cours (Premier ministre, ministre, député, maire deParis…), durant laquelle il a beaucoup évolué sur le plan idéologique[259].
Pour apparaître comme le chef de file de la droite, il n'a pas hésité à éliminer politiquement des figures de son propre camp[260],[261]. Nombreuses sont ainsi les victimes de Jacques Chirac : il y a d'abord le soutien àValéry Giscard d'Estaing, lors de l'élection présidentielle de 1974, dans le but de nuire àJacques Chaban-Delmas, pourtant candidat sous la bannière du parti auquel appartient Chirac (l'UDR) ; puis la volonté, ensuite, de provoquer le départ de Giscard de l'Élysée, à l'élection présidentielle de 1981 (à tel point que Giscard expliquera ensuite avoir vérifié par lui-même que leRPR conseillait secrètement à ses sympathisants de voter pourFrançois Mitterrand au second tour[181]) ; ensuite, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, Jacques Chirac parvient, non sans mal, à conserver son poste de président du RPR en brisant les tentatives de réforme des« Rénovateurs »[262], puis en empêchantCharles Pasqua etPhilippe Séguin de prendre la direction du mouvement[263] ; enfin, il défaitÉdouard Balladur, lors de la fratricide campagne pour l'élection présidentielle de 1995.
Le bilan présidentiel de Jacques Chirac apparaît fortement contrasté. Si, globalement, sa politique extérieure et sa manière d'appréhender la fonction présidentielle sont louées, sa politique intérieure est loin de faire l'unanimité. En, un sondageBVA indique que 60 % des Français estiment que Jacques Chirac a fait un bon président, ce qui le place en avant-dernière position des présidents de laVe République ; 71 % des sondés se déclarent insatisfaits de son action contre lechômage et 66 % contre la« fracture sociale »[264]. Selon un sondage Odoxa réalisé en 2015, Jacques Chirac est, parmi les cinq derniers présidents, celui qui recueille le plus d'opinions positives, bénéficiant d'une cote de confiance allant au-delà de son camp politique, deux points devant François Mitterrand et cinq points devant Valéry Giscard d'Estaing[265]. Des analystes font remarquer que cette popularité contraste avec le niveau de satisfaction qu'il obtenait lors de la présidence[266].
Sur le plan intérieur, Jacques Chirac a laissé son empreinte avec des actions de différentes ampleurs.
Une de ses premières mesures concerne la suppression duservice militaire, accompagnée de la professionnalisation de l’armée[267] (une réforme parfois considérée comme étant la plus importante de ses deux mandats présidentiels[268]).
Parmi les grands projets de son quinquennat, figurent les objectifs de lutte contre l'insécurité routière (le gouvernement affiche le bilan de − 40 % de morts sur les routes entre 2003 et 2007[269]), contre lecancer (avec l'élaboration, en 2003, d'un plan de 70 mesures ayant conduit à l'augmentation des crédits alloués à la recherche médicale[270]) et de soutien aux personnes handicapées (création d'une prestation de compensation du handicap[270]).
La lutte contre l'insécurité, menée par sonministre de l'IntérieurNicolas Sarkozy conduit à un bilan contrasté[269] : si lescrimes etdélits ont baissé de 9 %, principalement grâce à la forte baisse des atteintes aux biens, les violences faites aux personnes augmentent de 16 %[271].
Taux de chômage en France (en rouge) et dans la zone euro (en bleu). Données trimestrielles desaisonnalisées, 1970-2007.
Jacques Chirac laisse après ses mandats présidentiels un bilan économique et social mitigé[269]. La lutte contre le chômage (l'une des priorités de Jacques Chirac lors de son élection) s'est avérée délicate : le nombre de chômeurs s'établissait à 11,3 % de la population active à son arrivée à l'Élysée, contre 8,4 % à son départ[270] ; mais la baisse la plus significative a eu lieu de 1997 à 2001 (-3 points environ), c'est-à-dire lors de lacohabitation (durant laquelle Jacques Chirac n'avait,de facto, pratiquement aucune prise sur les décisions de politique intérieure). Toutefois, la fin de sonquinquennat (2005-2007) est également marquée par une assez forte réduction du nombre de chômeurs (-1 point environ)[272]. La dette publique, quant à elle, a augmenté de neuf points durant la présidence de Chirac, pour culminer à 63,9 % fin 2006[269]. De plus, alors que Jacques Chirac avait fondé son élection, en 1995, sur le combat contre la « fracture sociale », les inégalités sociales ont continué de croître depuis cette date[273],[274]. Sa promesse, lors de lacampagne de l'élection présidentielle de 2002, de diminuer la pression fiscale, n'est, elle aussi, qu'imparfaitement respectée : certes, une réforme de l'impôt sur le revenu a été réalisée, mais ses effets ne se sont fait sentir que sur les hauts et bas revenus (au détriment de la classe moyenne) et, globalement, les prélèvements obligatoires ont, rapportés auPIB, augmenté de 1,7 point entre 1995 et 2006[270]. Enfin, d'un point de vue sociologique, la situation et le moral des classes moyennes se sont détériorés durant la présidence de Jacques Chirac[275].
Dans sondiscours au Vélodrome d'Hiver tenu le, Jacques Chirac rompt avec la politique de tous ses prédécesseurs en reconnaissant officiellement la responsabilité de laFrance dans la déportation desjuifs français enAllemagnenazie lors de laSeconde Guerre mondiale[276]. Cette allocution a ainsi revêtu une portée historique, et a été majoritairement saluée comme telle[277], même si les tenants de la doctrine gaullienne (qui rejettent une telle reconnaissance de la responsabilité de la France au motif que celle-ci, durant la Seconde Guerre mondiale, était incarnée àLondres par legénéral de Gaulle, et non par lerégime de Vichy), commePierre Messmer ouPierre Juillet, ont vigoureusement dénoncé ce discours[278].
Il lance la construction dumusée des Arts premiers, qui est inauguré en[269]. Jacques Chirac, depuis longtemps passionné par les arts dits premiers, notamment les artsinuits[279],[280], a longuement œuvré pour la construction de ce musée[281]. Le, dix ans après son inauguration, le musée prend le nom de l'ancien président Jacques Chirac, à l'initiative du projet. Son emblème est unestatuette chupicuaro.
Sur un plan plus politique, il est considéré comme le responsable de l'échec de la dissolution de l'Assemblée nationale, en 1997 : l'Assemblée, très majoritairement aux mains du président de la République, bascule àgauche.
Sous les mandats de Jacques Chirac, quatorze réformesconstitutionnelles ont été votées (sur 24 depuis 1958)[282].
Parmi celles-ci, les plus emblématiques furent celle instaurant unquinquennat parréférendum, en 2000[283] (Jacques Chirac, à cette occasion, ne donne, lors d'une intervention télévisée consacrée au sujet, aucune consigne de vote :« Si les Français disent oui, c'est très bien. S'ils répondent non, c'est très bien aussi »[284]) ; celle ajoutant dans la constitution une « Charte de l'environnement »[285], un projet qui lui tenait à cœur[286] ; celle inscrivant dans la Constitution l'interdiction enFrance de lapeine de mort[287] ; et celle portant sur la réforme du« statut pénal duchef de l'État »[288].
Sur le plan de la pratique du pouvoir, Jacques Chirac s'est révélé être un Président à la communication économe, sa filleClaude, qui s'inspirait deJacques Pilhan, conseiller en communication du présidentFrançois Mitterrand, lui faisant adopter une attitude solennelle afin de donner de la hauteur à la fonction présidentielle.
Cette position, ainsi que son programme de réformes, diffère de la posture d'« hyper-président » de ses successeurs. Il est ainsi critiqué parNicolas Sarkozy, qui taxe ses prédécesseurs de« rois fainéants »[289]. Le journalisteSteven Erlanger parle« d'années mortes » et d'une« période digne deBrejnev »[290]. L'écrivain et essayiste d'extrême-droiteLaurent Obertone, dansLa France Orange mécanique, écrit à son propos qu'il avait« un programme deconseiller général » et un« bilan que plus facile à défendre », tandis quePatrick Buisson, dansLa Cause du peuple, tient des propos similaires (« domaine présidentiel réduit au périmètre duTéléthon ») et affirme que l'absence de dessein à la tête de l'État fut le contraire de sa pugnacité de candidat dans l'opposition (et également dugaullisme), et reproche aussi sa reddition systématique face aux manifestations. Buisson et Obertone estiment que Chirac ne gérait que des dossiers plutôt mineurs et d'ordre social, presque apolitiques :sécurité routière, lutte contre lecancer et aide auxhandicapés[291],[292]. Ce programme-triptyque est réutilisé parÉric Zemmour, lui aussi critique envers le bilan de Chirac et son manque de constance idéologique[293].
Jacques Chirac est opposé à laguerre d'Irak en 2003. Selon unsondage réalisé en 2005 par l'institutLH2, il s'agit du point le plus positif du bilan de Jacques Chirac à l'Élysée[294]. À l'occasion de ce refus de la guerre menée parGeorge W. Bush, le Président français a conforté sa stature internationale[269], ainsi que sa popularité au sein du monde arabe[295]. Il en a surtout profité pour développer la théorie dite du « monde multipolaire » par laquelle il entend promouvoir la vision d'un monde fait d'entités régionales fortes (afin de garantir la souveraineté nationale), qui cohabiteraient entre elles en vertu d'un droit international public renforcé qu'appliquerait l'Organisation des Nations unies (ONU), de manière à empêcher toute forme d'unilatéralisme[296]. Il s'agit donc, selon l'universitaire Laurent Lombart, d'une thèse inédite visant à concilier la politiquegaullienne de défense de l'indépendance nationale et la vision internationaliste soutenue, entre autres, par l'ancien Président américainWoodrow Wilson[296]. Jacques Chirac inscrit également cette position dans le cadre d'un rejet du concept de« guerre des civilisations », inventé par le politologue et philosophenéo-conservateurSamuel Huntington, et repris par l'administration Bush ; après son départ de la Présidence, Chirac déclare ainsi àRiyad, enArabie saoudite :« Chacun mesure que la guerre des civilisations prophétisée par certains mauvais augures est le piège majeur du monde nouveau »[297].
Si Jacques Chirac a toujours aimé l'Afrique[298], le bilan de ses actions en Afrique n'est pas sans aspérités : certes, certaines initiatives ont été saluées, comme l'instauration d'unetaxe sur les billets d'avion au profit du développement et de la lutte contre leSIDA[299], mais il lui a aussi été reproché d'avoir poursuivi la politique de la « Françafrique », ou encore de ne pas avoir su anticiper les mutations politiques, économiques et sociales du continent africain, ce qui s'est traduit pour laFrance par une perte d'influence politique et une décrue des investissements commerciaux (le tout au profit de laChine et desÉtats-Unis, principalement)[300].
La reprise desessais nucléaires, àMoruroa, enPolynésie française, à l'orée de son premier mandat, a été extrêmement critiquée par la communauté internationale[301] même si aucun accord international n'a alors été violé, laFrance n'adoptant, sur décision de Chirac du reste, leTraité de non-prolifération nucléaire (TNP) que postérieurement[296]. Jacques Chirac, a par ailleurs, en 2006, apporté une évolution à la doctrine nucléaire française en ajoutant deux nouveaux cas de recours à l'arme atomique : la« garantie des approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés » et la lutte contre des États qui« auraient recours à des moyens terroristes contre [la France] »[301].
Le rejet parréférendum dutraité constitutionnel européen (ou « Constitution européenne »), voulu par Jacques Chirac, a entraîné la disparition de ce projet et a conduit, par voie de conséquence, à des tensions politiques au sein de l'Union européenne. Jacques Chirac est comptable de cet échec dans la mesure où de nombreux analystes politiques estiment que le mécontentement du peuple français au moment du vote et la mauvaise campagne du président de la République ont lourdement influé sur l'issue de la consultation référendaire[302].
Portrait de Jacques Chirac peint par Donald Sheridan (2013).
La carrière politique de Jacques Chirac, d'une durée de plus de quarante ans, est l'une des plus importantes de laCinquième République. Sur le plan des idées, il se montre très inconstant. Les commentateurs le qualifient d'opportuniste ou depragmatique. Lui-même fait plusieurs déclarations contradictoires. Il déclare notamment :« Ce n'est pas de ma faute si j'ai une gueule de droite », ou, faisant référence à son militantisme communiste de jeunesse :« Quand j'avais20 ans, j'avais un certain nombre de convictions et au fond je ne suis pas sûr qu'elles aient beaucoup changé. Je crois même qu'elles sont finalement restées les mêmes »[135].
Dans sa jeunesse, il est très engagé à gauche : il vend ainsi le quotidien communisteL'Humanité rue de Vaugirard, en parallèle à ses études àSciences-Po. À la même époque, il rejette la proposition de son condisciple et amiMichel Rocard de rejoindre laSFIO pour cause de trop grande« mollesse » des socialistes[303]. À sa sortie de l'ENA, en 1962, c'est cependant dans le cabinet duPremier ministreUNR,Georges Pompidou, qu'il s'engage. Il explique alors àOlivier Guichard avoir hésité entre Pompidou et l'OAS[304] (ennemie jurée du pouvoir en place).Éric Zemmour souligne le fait que Chirac mentionne Pompidou et non legénéral de Gaulle : pour lui comme pour Philippe Reinhard, Chirac, quel que soit le caractère fluctuant de ses opinions, et en dépit de ce qu'il prétendra plus tard, n'a jamais été ungaulliste convaincu[303],[304]. Dans ses mémoires, il vante souvent des hommes de gauche tel qu'Hubert Védrine et traite froidement ses collaborateurs de droite[305].
Si Jacques Chirac s'est revendiquégaulliste, il est aussi passé par diverses phases comme le« travaillisme à la française » ou le« libéralisme à la française ». Beaucoup d’analystes politiques ont estimé que sa véritable sensibilité politique s'est progressivement révélée être plus proche duradical-socialisme d'antan[306],[307],[308] et, qu'au fond, son véritable maître à penser aurait pu être leradical-socialisteHenri Queuille, comme lui figure emblématique de laCorrèze, qui estimait qu'« il n'est pas de problème dont une absence de solutions ne finisse par venir à bout »[309],[310].
Sur le planéconomique, il est d'abord un fervent partisan de l'industrialismepompidolien. Une fois Premier ministre deValéry Giscard d'Estaing, il est contraint de s'aligner sur la politique économique définie par le président de la République[260]. À la fin des années 1970, une fois sorti de Matignon, il promeut un« travaillisme à la française »[259]. Revenu à la tête du gouvernement en 1986, il défend une politique monétariste et libérale (privatisations, suppression de l'impôt sur les grandes fortunes…) inspirée par les théories de l'école de Chicago et par ce qui est fait auxÉtats-Unis et auRoyaume-Uni parRonald Reagan etMargaret Thatcher dans le cadre de larévolution conservatrice. Enfin, lors de lacampagne de 1995, Jacques Chirac, renonçant aux politiques libérales, pourfend« lafracture sociale » en s'appuyant sur les analyses de l'économiste et démographeEmmanuel Todd. Il indique d'ailleurs dans ses mémoires qu'il ne se sent pas libéral[305].
PourÉric Zemmour, la politique qu'il mène au pouvoir diffère sensiblement selon les époques, puisqu'il serait passé d'une droite conservatrice traditionnelle et économiquement libérale (de 1986 à 1988) à un certainradical-socialisme (pendant son second mandat présidentiel). Une constante, en revanche, est l'humanisme qui l'anime, tant dans sa conception des rapports personnels[304], que dans certaines de ses opinions : ainsi, en 1975, il défend contre beaucoup des membres de son parti la loiVeil relative à l'interruption volontaire de grossesse, et, en 1981, il est un des raresdéputés RPR à voter l'abolition de lapeine de mort. Sa position dans ces deux dossiers n'est toutefois pas immuable : en 1975, il se dit« favorable à la peine de mort en cas de prises d'otages » et, en 1979, vote contre la reconduction de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse[311].
Enfin, Jacques Chirac a également beaucoup évolué sur la question de l'Europe politique. Après avoir défendu l'« Europe des nations » et rejeté ainsi toute autorité politique supranationale et européenne lors de l'appel de Cochin, il assimile progressivement l'idée de l'Union européenne, et appelle finalement à voter « oui » lors du référendum deMaastricht en 1992, contre l'avis général du RPR. Par la suite, il se montre résolument en faveur du fédéralisme européen.
Bien que chef de la droite pendant plus de vingt ans, Jacques Chirac n'est donc pas toujours conforme aux standards de la droite républicaine traditionnelle. En 2009,Bernadette Chirac déclare àFrançois Hollande :« Vous savez, mon mari a toujours été de gauche »[312].Anh Đào Traxel le reconnaît également[313]. Les chiraquiensJean-Louis Debré etDenis Tillinac ont le même ressenti[314],[315]. Les hommes politiquesChristian Vanneste etLaurent Wauquiez dénoncent sa tendance radicale-socialiste, y compris dans les domaines sociaux[316].Patrick Rotman déclare qu'il est le chef« d'une droite qu'il n'aime pas et qui ne l'aime pas »[135].
Son absence de continuité idéologique lui a souvent été reprochée, même si la nature de ces critiques diverge : certains y voient l'absence de toute conviction[n],[o] alors que d'autres y décèlent de l'opportunisme, citant sa phrase célèbre prononcée à un proche au début de lacampagne présidentielle de 1995,« je vous surprendrai par madémagogie »[317]. Cette volatilité est décriée jusque dans la presse étrangère[318] et moquée parLes Guignols de l'info et ses opposants, qui le surnomment« JacquesChirouette »[319],[320].Marie-France Garaud dira de lui :« Je croyais que Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité, il est de la faïence dont on fait les bidets »[321].
D'une manière générale, les analystes dressent un bilan globalement négatif de sa carrière et soulignent son inconstance, son caractère de« girouette » ou de« caméléon », celui d'un« éternel opportuniste »,« sa propension effarante aux beaux discours non suivis d'effets et aux grands engagements jamais tenus », son absence de scrupules, l'importance des corruptions couvertes par une immunitéad hoc, l'échec de ses courtes tentatives de réformes économiques dans une époque où l'influence de la France s'est amoindrie[304],[322].
Le, est publié dans lejournalLe Monde un aveu posthume deJean-Claude Méry,promoteur immobilier, financier occulte duRPR, lequel accuse Jacques Chirac, alorsmaire deParis, d'avoir été au cœur du système. Le RPR est accusé d'avoir alimenté son budget à l'aide de commissions versées par des entreprises du bâtiment auxquelles larégionÎle-de-France a confié en contrepartie d'importants travaux publics. Jacques Chirac était alors le président du RPR. Il était également maire de Paris lors des faits de l'affaire des faux électeurs du3e arrondissement de Paris, qui ne le concernera pas lors de l'instruction. Une enquête a lieu dans le cadre du financement de voyages en avion à caractère privé de l'ancien maire.Bertrand Delanoë, nouveau maire de Paris, ignorant ces premières accusations, rend public durant lacampagne présidentielle de 2002 un rapport détaillant les 2,13 millions d'euros (soit700 euros par jour) dépensés en« frais de bouche » (frais de représentation du Maire) par Jacques Chirac et sa femme entre 1987 et 1995 ; unnon-lieu pour prescription est prononcé par le juge d'instructionPhilippe Courroye en 2003.
Au total, depuis les années 1990, le nom de Jacques Chirac est régulièrement évoqué dans huit affaires judiciaires impliquant notamment lamairie de Paris, parmi lesquelles l'affaire des emplois fictifs, l'affaire des faux chargés de mission, ou encore l'affaire des HLM de Paris. La plupart de ces affaires ont été jugées (certains de ses proches collaborateurs commeMichel Roussin,Louise-Yvonne Casetta ouAlain Juppé ont été condamnés) ou classées sans suite, ou sont en cours. Jacques Chirac a toujours refusé de témoigner devant la justice et de se rendre aux convocations des juges lorsqu'il était président de laRépublique en raison dustatut pénal de ce dernier, le tenant à l'abri de poursuites judiciaires durant toute la période de son mandat. En conséquence, des personnalités politiques de gauche comme Jack Lang,Noël Mamère ou Arnaud Montebourg ont réclamé un changement de la législation et la fin de« l'immunité présidentielle ».
Le (un mois après la fin de son mandat), cette immunité arrive à son terme. Le, Jacques Chirac est entendu une première fois par la justice, commetémoin assisté, rue de Lille, dans une des affaires des emplois fictifs du RPR. Convoqué pour une seconde audition le suivant, Jacques Chirac se voit notifier samise en examen, par la juge Xavière Simeoni dupôle financier du tribunal de Paris, dans le cadre de l'affaire des chargés de mission de la ville de Paris employés au cabinet de celui qui était alors maire de la ville[323].
Le, dans un second volet de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, Jacques Chirac est à nouveau mis en examen par le juge de Nanterre, Jacques Gazeaux[326].
Après avoir été reporté en raison d'unequestion prioritaire de constitutionnalité, son procès se déroule du 5 au, en l'absence du prévenu pour raisons de santé (d'après un rapport médical, Jacques Chirac souffre de troubles neurologiques« sévères » et« irréversibles ») et de la victime de l'infraction, la mairie de Paris (Bertrand Delanoë a retiré son avocat à la suite d'un accord financier avec l'UMP et Jacques Chirac)[327]. Le, alors que le parquet avait requis larelaxe, le tribunal correctionnel de Paris condamne Jacques Chirac dans les deux volets de l'affaire (Paris et Nanterre), à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour« détournement de fonds publics »,« abus de confiance »,« prise illégale d'intérêts » et« délit d'ingérence »[328],[329]. Pour le tribunal, il est« l'initiateur et l'auteur principal des délits » et« a manqué à l'obligation de probité qui pèse sur les responsables publics, au mépris de l'intérêt public des Parisiens »[328],[330]. C'est la première fois qu'un ancien président de la République française est condamné par la justice[328]. Jacques Chirac décide de ne pasinterjeter appel de cette décision, mais « conteste catégoriquement ce jugement »[331].
Un document interne de laDGSE de 1996 fait état de l'existence d'un compte bancaire de Jacques Chirac auJapon, pays dans lequel il aime se rendre, crédité de « 300 millions de francs » en 1996. Cette note est envoyée par le chef de poste de la DGSE àTokyo au siège des services àParis le. Elle fut rendue publique dans le livreMachinations des journalistesLaurent Valdiguié etKarl Laske (Denoël,).
En 2001,Gilbert Flam, magistrat détaché à la DGSE, a ouvert une enquête auJapon pour vérifier des soupçons d'existence de comptes bancaires appartenant à Jacques Chirac à laTokyo Sowa Bank et les liens pouvant exister entre Jacques Chirac et l'ancien banquierShōichi Osada. Après la réélection de Jacques Chirac, en 2002, Gilbert Flam a été limogé.
Le, dansLe Canard enchaîné,Nicolas Beau affirme qu'un classeur au nom de Gilbert Flam sur« d'hypothétiques comptes bancaires de Chirac au Japon », a été saisi chez le généralPhilippe Rondot. En 2001, le général Rondot avait mené une enquête interne sur les services secrets pour savoir s'ils avaient enquêté sur Jacques Chirac, à la demande de ce dernier. Interrogé par les juges le, le général Rondot a confirmé dans un premier temps l'existence d'un compte Chirac, avant de revenir sur ses déclarations.
Selonle Canard enchaîné du, de nouveaux documents saisis chez le général Rondot accréditeraient l'existence du compte bancaire en question. Leparquet de Paris aurait tenu une réunion le pour examiner les conséquences possibles de ces éléments nouveaux[332],[333],[334]. Une vérification des autorités bancaires, effectuée à la demande de l'ancien président français, à l'automne 2007, a cependant montré l'absence de compte au nom de Jacques Chirac à la TSB[335]. Aucune instruction judiciaire ne sera ouverte en vue d'une mise en examen et plusieurs journalistes d'investigation (Pierre Péan[336], Karl Laske et Laurent Valdiguié[337],Gérard Davet et Fabrice Lhomme[338]) ont conclu que cette affaire n'était qu'une rumeur sans fondement.
À partir de 2004, les autorités djiboutiennes souhaitent se voir reconnues compétentes pour mener l'enquête sur l'assassinat du juge Borrel survenu àDjibouti le (l'instruction sur l'assassinat de Bernard Borrel est encore en cours, actuellement dirigée par lejuge Sophie Clément dutribunal de Paris). Or, le, leministère des affaires étrangères français assure publiquement, par communiqué de presse, qu'une copie du dossier d'instruction français relatif au décès de Bernard Borrel serait« prochainement transmise à la justice djiboutienne », qui en avait fait la demande. Cette communication est intervenue dix jours avant que la juge Sophie Clément ne soit officiellement saisie de cette demande d'entraide judiciaire. La juge refusera le la transmission, estimant notamment que la demande de Djibouti avait« pour unique but de prendre connaissance […] de pièces mettant en cause le procureur de la République de Djibouti ».
Jacques Chirac et laprésidence de la République seraient mêlés à ces pressions sur la justice. D'après des documents saisis auQuai d'Orsay et à laChancellerie, et cités par le journalLe Monde[341], l'idée de saisir laCour internationale de justice contre laFrance pour contourner la juge d'instruction Sophie Clément et avoir accès au dossier a été suggérée par Jacques Chirac au président djiboutien.
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Après l’élection de Jacques Chirac à la mairie de Paris, son chauffeur personnel, Jean-Claude Laumond, interrogé sur lesfonds spéciaux du gouvernement, indique avoir déposé à l’hôtel de ville de Paris un coffre rempli de billets de500 francs en provenance de l’hôtel de Matignon[342].
D'après Ajay Sooklal, ancien avocat de la compagnie française d’armementThales, Jacques Chirac a fait pression en 2004 sur les autorités sud-africaines afin que le groupe ne soit pas poursuivi pour corruption[345].
Alors que Jacques Chirac promettait, lors du débat présidentiel de 1995, de baisser le budget de la présidence de la République, celui-ci a été multiplié par neuf entre 1995 et 2007. Les services de l'Élysée justifient cette augmentation par la disparition en 2001 desfonds spéciaux qui alimentaient largement le fonctionnement de la présidence et par le fait que les réformesbudgétaires de l'État ont conduit à faire assumer par le budget de fonctionnement de l'Élysée des crédits importants, notamment de rémunération du personnel de l'Élysée, qui étaient auparavant répartis entre les ministères concernés selon la procédure de la mise à disposition.
Selon le députéRené Dosière, spécialiste de la gestion des finances publiques, le budget de l'Élysée, qui n'est soumis à aucun contrôle (ce n'est plus le cas depuis 2009), est en réalité trois fois supérieur aux 31,8 millions d'euros évoqués en 2007[346],[347].
Il a été fait « sageHogon » stade suprême de la sagesse chez lesDogons lors d'un voyage officiel auMali et auNiger en 2003[369].
En 2007, il est lauréat du prix d'État de la fédération de Russie[370],[371].
En 2013, il reçoit le prix de l'ONGHumanity in action, saluant son action pour la reconnaissance, en 1995, de la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs pendant l'occupation allemande. Sa fille,Claude Chirac, l'a représenté lors de la cérémonie qui avait lieu àNew York[372].
Les universités suivantes ont décerné à Jacques Chirac undoctorathonoris causa, qui est un titre honorifique attribué par une université ou par une faculté à une personnalité éminente :
Plaque de la rue Jacques Chirac àBeyrouth (Liban).Plaque de l'esplanade Jacques Chirac àSuresnes (Hauts-de-Seine).
Passionné par lesarts premiers, Jacques Chirac est à l'origine de la création à Paris dumusée du Quai Branly, qu'il inaugure en 2006. Les collections de ce musée sont centrées autour des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. Pour les dix ans du musée, une exposition lui est consacrée : « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures »[376] ; le, le musée prend le nom demusée du Quai Branly - Jacques-Chirac[377]. En avril 2021, une grande partie duquai Branly est renomméequai Jacques-Chirac.
L’association « Avec le président Chirac » entend perpétuer la mémoire politique de Jacques Chirac[378].
En septembre 2025, la France compte soixante-quatorze lieux baptisés du nom de Jacques Chirac (places, rues, etc.)[379].
En 2019, situé sur l’avenue Mehdi Ibn Barka àSouissi, le « Groupe scolaire Jacques Chirac » ouvre ses portes àRabat, auMaroc[381]. Ce nom d’établissement est choisi afin de « rendre hommage à l’ancien président français, ainsi qu’aux liens amicaux qu’il a avec le Royaume »[382]. En, le nom de Jacques Chirac est attribué à une avenue de la ville d'Abou Dabi, capitale desÉmirats arabes unis[383].
Le àNice, une statue en pied de l'ancien président réalisée par lesculpteur Patrick Frega est inaugurée en présence deClaude Chirac etChristian Estrosi[392]. En 2020, sont inaugurées àTreignac (Corrèze) deux statues des anciens présidents de la République Jacques Chirac etFrançois Hollande, réalisées par le sculpteur argentin Augusto Daniel Gallo. Elles doivent rester en place pendant quelques mois[393]. Conçue par Yvan Mercier, une statue en bronze de l'ancien maire de Paris est inaugurée sur la place Jacques Chirac le 27 juin 2023 à La Roche-sur-Yon[394],[395].
Le, une plaque en son honneur est inaugurée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, sur le siègenuméro 99, place qu'il occupait avant de rejoindre l'Élysée[396].
Le 16 décembre 2020, le conseil des ministres dugouvernement de la Polynésie française décide de rebaptiser le centre hospitalier de Polynésie française en « centre hospitalier Jacques-Chirac »[397].
Les Guignols de l'info parodient régulièrement Jacques Chirac qui est présenté comme un personnage franchouillard et débonnaire, suffisamment sympathique dans son genre pour qu'on ait dit que c'est aux Guignols de l'info que Jacques Chirac doit son succès contreÉdouard Balladur en 1995 (mais pas en 2002 où ces mêmes Guignols le présentent sous le personnage peu flatteur de « Super-Menteur »). Lors d'un entretien en 2009, il qualifie sa marionnette de« sympathique »[402].
1995 : Dans la série desLanfeust de Troy deChristophe Arleston etDidier Tarquin, il inspire le personnage de Bascréan, l'un des trois érudits du Conservatoire d'Eckmül, présents dans les tomes 2, 3, 5 et 6 (parus entre 1995 et 1998). Décrit comme« plus fougueux » que ses deux confrères, et comme un« homme dynamique, que l'on dit même ambitieux », au caractère emporté, tranché et intransigeant, il siège aux côtés du« vénérable » (subtil jusqu'à la manipulation) Lignole (représentantFrançois Mitterrand) et du« modéré » (voire« indécis »,« couard » et finalement« traître ») Plomynthe (Édouard Balladur). Reconnaître ces hommes politiques derrière les personnages fait même l'objet de l'une des cinq questions dissimilées dans le tome 5 (Le Frisson de l'haruspice, 1997, la deuxième question à la planche 14, case 2) et faisant l'objet du concours « Cryptique » ouvert aux lecteurs[403].
Ronde de nuit de laMano Negra accuse Jacques Chirac d'avoir contribué à l'assagissement des nuits parisiennes par sa politique municipale à l'époque où il était maire de Paris (1988). Le groupe enregistrera une nouvelle chanson,Paris la nuit (c'est fini) sur l'albumKing of Bongo en 1991 qui reprend les paroles deRonde de nuit.
Postérité vestimentaire et numérique : Jacques Chirac est devenu dans un contexte de nostalgie desannées Chirac, une égérie de la mode, dont le portrait est affiché sur des t-shirts et porté par de nombreuses jeunes personnes telles que leshipster[405]. Sa manière d'être et ses postures inspirent une forme de « coolitude » qui devient un phénomène sur internet[406],[407],[408].
Le 27 septembre 2020, le collectif d'artistesAdmere installe un panneau « rond-point Jacques Chirac » au centre du rond-pointYves Guéna[409],[410].
La France pour tous, NiL Éditions, 1995(ISBN978-2-84111-024-7). Devait être sous-titréRéflexions 2[411].
Le Développement du port de La Nouvelle-Orléans en 1954, Presses universitaires du Nouveau Monde, 2007(ISBN1-931948-68-2). Publication de sathèse de géographie à Sciences Po. Les Presses universitaires du Nouveau Monde sont une maison d'édition francophone basée àLa Nouvelle-Orléans[412].
↑Selon le journal intime d'une des amies de Marie-Louise Chirac, elle ne pouvait plus avoir d'enfant, à la suite d'unesepticémie contractée après le décès de sa fille aînée, Jacqueline.« Ma mère avait été traumatisée, raconte Jacques Chirac. Je n'ai jamais bien compris si elle ne pouvait plus avoir d'enfant ou bien si mes parents ne voulaient plus en avoir à la suite de cette affaire ».Thomas Lavielle et Jean-Robert Jouanny,À la recherche de Jacques Chirac,Buchet/Chastel,,p. 217.
↑Reçu à l'écrit de l'ENA, il se distingue lors du grand oral lorsque le président du jury,Louis Joxe, l'interroge sur lefestival de musique de Bayreuth. Avec aplomb, il répond :« Monsieur le président, permettez-moi de vous dire que je ne suis pas musicien. Interrogez-moi sur ce que vous voulez, l'archéologie, la peinture, la poésie. Pas sur la musique ». Il fait rire lorsque Joxe pose la dernière question :« On se réfère beaucoup à la philosophie de cemédecin de l'Antiquité, vous voyez qui je veux dire, monsieur Chirac ». Ce dernier répond :« Oui, monsieur le président, vous voulez parler d'Hypocrite ».Franz-Olivier Giesbert,Chirac. Une vie,Flammarion,,p. 47.
↑Ce soutien s'explique sans doute par la volonté de Charles Spinasse de faire oublier son pétainisme de 1940 et de soutenir le premier gaulliste qui ne le boude pas. Il faut aussi compter avec la haine fratricide qui oppose socialistes et communistes dans ce département depuis les années 1920
↑En 1972,Le Canard enchaîné révèle que le château qu'il avait acquis devait être restauré ; les dispositions fiscales en vigueur lui permirent de déduire de ses revenus la totalité des travaux qu'il fit effectuer à ses frais. Il ne paya pas d'impôts pendant deux ans de façon légale.
↑Le statut de 1975 a supprimé les vingt maires d'arrondissement. Pour les élections municipales, le scrutin a lieu dans le cadre de 18 secteurs de vote : les1er et4e arrondissements forment le1er secteur, les2e et3e arrondissements le second, et chacun des 16 autres forment un secteur à part entière
↑DansJacques Chirac, le jeune loup dePatrick Rotman, on retient que l'absence de conviction dans les déclarations publiques, la lettre de Dechartre qui semble plus de la volonté de Chirac et la mobilisation en sous-main indiquent l'accord secret. Rotman conclut en déclarant que cette stratégie est cohérente, Chirac a donc le champ libre à droite, tablant sur l'usure des socialistes.
↑Pour Charles Pasqua, Le Pen était un potache attardé mais il ne le voyait pas s'entêter dans une opposition systématique.« Je ne comprenais pas qu'il voulait juste des députés et le fric qui vient avec ». Interview de Charles Pasqua à Franz-Olivier Giesbert le 10 juin 2003,La Tragédie du Président.
↑Lors d'un entretien avec l'auteur le 14 octobre 2005, Jean-Marie Le Pen déclare à Franz-Olivier Giesbert :« Toute cette histoire est étrange. Alors que je ne lui avais rien demandé, il est venu me signifier une fin de non-recevoir […]. Il a tout de suite fermé la discussion en affirmant qu'il n'y avait pas d'accords possibles entre nous. Avec le temps, j'ai acquis la conviction qu'il est venu à ce rendez-vous pour s'assurer que je ne ferais pas voter pour lui. Ou si j'en avais l'intention de me dissuader. »
↑Dans le volume de ses mémoiresChaque pas doit être un but, il dénonça lescrutin proportionnel plurinominal auxlégislatives de 1986 :« Mais cette réforme n'a qu'un but, en réalité, dans l'esprit de François Mitterrand : institutionnaliser l'extrême droite, lui permettre d'acquérir suffisamment de poids de manière à gêner l'opposition. Ce qui revient à faire la promotion du racisme et de la xénophobie à des fins strictement électorales. Instrumentalisé contre nous par le chef de l'État, le Front national est, au demeurant, l'une des résultantes directes de la politique suivie depuis 1981. »
↑DansChirac, le vieux lion,Jean-François Probst déclare :« Paradoxalement à cause de Le Pen et des facéties de la gauche, Chirac était élu à 82%, j'ai un espoir je me dis alors : demain Chirac va pour la première fois devenir un gaulliste et il va faire un gouvernement de large union. Eh bien non ! Rebelote comme en 95, un gouvernement de large fermeture. »
↑Ainsi, Charles Pasqua, François Bayrou et Alain Madelin, cités par Éric Zemmour inL'Homme qui ne s'aimait pas (Éditions Balland, 2002, pages 220 et 221), expliquent-ils, en des termes fleuris et anecdotes à l'appui, le désintérêt de Jacques Chirac pour les questions programmatiques. Dans le même ouvrage, à la page 33, Olivier Guichard, l'un des« barons du gaullisme » a, quant à lui, ce jugement définitif :« Chirac n'a vraiment pas de conviction. Il ne croit en rien. »
↑Philippe de Villiers,Le Moment est venu de dire ce que j'ai vu, « Chirac, le cavalier des steppes »
« Il pense, en cet instant [appel de Conchin], que, pour être président de la République, il faut être contre l'Europe. Quelques années plus tard, au moment de Maastricht, il pensera l'inverse :« On ne peut pas être président, me dira-t-il, sans être pour l'Europe ». La question n'est pas de savoir ce qui est bon pour la France. Mais ce qui est bon pour être président. En réalité, comme il n'a jamais cru aux idées, Chirac n'a jamais eu de certitudes. Il ne sait quoi penser. Il a besoin d'un appui-tête. Quand il s'adosse à Marie-France Garaud et Pierre Juillet, il esteurosceptique ; quand c'est Balladur et Juppé qui le conseillent, il devient eurolâtre. Il court. Il est le cheval. Il lui faut unjockey. »
↑Claude Wauthier, « Le tableau noir d'un continent dévasté : duplicité d'une politique africaine »,Le Monde diplomatique,,p. 29(lire en ligne, consulté le).
↑« Les secrets maçonniques des Chartrons »,Sud Ouest,(lire en ligne, consulté le).
Le tableau montrant les trois générations d'ancêtres les plus proches de Jacques Chirac donné Sainte-Féréole comme 1°) lieu de naissance, de mariage et de décès des grands parents maternels (Jean Mouly et Anne Lacour) de sa mère Marie-Louise Valette, 2°) lieu de naissance, de mariage et de décès de sa grand-mère maternelle Victorine Mouly, 3°) lieu de mariage et de décès de son grand-père maternel Joseph Valette, et enfin 4°) lieu de décès de son père François Chirac, marié à Marie-Louise Valette, fille et petite-fille des précédents.
↑Gilles Le Béguec et Jérôme Pozzi (dir.),Jean Charbonnel. Un intellectuel gaulliste en politique, Paris, L'Harmattan,(ISBN978-2-14-030690-7),p. 16.
↑Il est le troisième invité de cette émission politique, après le ministre des Finances socialisteJacques Delors et le secrétaire national communisteGeorges Marchais, et le dernier avant les législatives de 1986. Source : INA
↑abcdefghi etjChirac, le vieux lion dePatrick Rotman, documentaire diffusé en 2006 sur France 3, suite deChirac, le jeune loup. Le but est d'analyser de manière factuelle la carrière de Chirac de 1981 à 2006, avec des entretiens de Pasqua, Barre, Séguin, Rocard,Probst, Sarkozy.
↑Yvan Gastaut, « Milieux politiques, immigration et Coupe du monde 1998 de football : la parenthèse enchantée »,Migrations Société,vol. 110,no 2,,p. 141-151(lire en ligne).
↑Il fut également présenté comme preuve des rencontres entre les deux hommes cettephoto, qui en réalité fut prise aucap d'Antibes en 1987, Le Pen la rendit publique quand Chirac déclara que« celui qui serra la main de Le Pen se déshonore ». Voir« Rencontre avec Chirac: Le Pen raconte avec détails », surLa Dépêche,.
↑Les Fauves dePatrick Rotman, documentaire diffusé en 2011, oùXavier Darcos décrit une situation« lamentable sur le plan politique parce qu'il fait bien reculer mais surtout ça a obligé le président de la république à tenir le discours politique le plus ridicule qu'on aurait jamais entendu à la télévision quand-même. »
↑« Élysée 2007. Chirac candidat ? Mais non, voyons ! », surCourrier International / The Economist, :« Si Chirac veut être réélu ? Bien sûr que oui. Voilà trente ans qu'il vit dans les palais de la République. […] Mais ses chances de se représenter sont absolument nulles. ».
↑a etbBenoît Floc'h, Béatrice Gurrey et Solenn de Royer, « Adieux intimes et offices solennels pour un dernier hommage à Jacques Chirac »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Looking for Nicolas Sarkozy, documentaireArte (2012). La référence à Brejnev concerne les deux décennies de l'Union soviétique où il fut au pouvoir, dénommées ultérieurement lapériode de stagnation.
L'auteur déclare que la sécurité routière est une« arme de distraction massive », que cela et l'aide aux handicapés et la lutte contre le cancer sont non-critiquables mais secondaires au point de vue de l'intérêt national (l'insécurité dans ce cas). Il rajoute que Chirac est facilité aussi par le ratage du ministre des transports de la cohabitation,Jean-Claude Gayssot.
↑Laurent de Boissieu, « « Jacques Chirac, le dernier grand homme politique à l’ancienne, y compris dans ses zones d’ombre » »,La Croix,(lire en ligne).
↑« La girouette Jacques Chirac selon son ancien rival Edouard Balladur », surEurope 1, :« [Chirac n'est] pas encombré par les convictions […] Tour à tour il fut dirigiste, social-démocrate, libéral, antieuropéen, pro-européen, productiviste, écologiste, antiaméricain, pro-américain, nationaliste, tiers-mondiste, apôtre des droits de l'homme, ami des despotes d'Afrique ou d'Asie à la réputation sulfureuse. ».
« La publication, avant l'intervention de la décision juridictionnelle définitive, de commentaires tendant à exercer des pressions en vue d'influencer les déclarations des témoins ou la décision des juridictions d'instruction ou de jugement est punie de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende.
Lorsque l'infraction est commise par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »
Henri Deligny,Chirac ou la fringale du pouvoir, éditions Alain Moreau, 1977 ; réédité sous le titre :Chirac ? On vous avait prévenus, Paris, Éditions Syllepse, 2002.
Joseph Valynseele et Denis Grando,À la découverte de leurs racines, tome I, chapitre « Jacques Chirac », Paris, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1988.
Frédéric Lepage et Olivier Fauveaux,À Table avec Chirac. Anecdotes croustillantes et recettes préférées, Paris, Michel Lafon, 1996(ISBN978-2840982326).
Philippe Séguin,Itinéraire dans la France d'en bas, d'en haut et d'ailleurs, Paris, Éditions du Seuil, 2003.
Jean Mauriac,L'Après de Gaulle. 1969-1989, Paris, Éditions Fayard, 2006.
Jean-François Probst,Chirac, mon ami de trente ans, Paris, Éditions Denoël, 2007.
Roland Dumas,Affaires étrangères, tome 1,1981-1988, Paris, Éditions Fayard, 2007.
Anh Đào Traxel,Chirac : Une famille pas ordinaire, Paris, Éditions Hugo Document, 2014.
Arnaud Ardoin,« Président, la nuit vient de tomber » : Le mystère Jacques Chirac, Paris, Éditions du Cherche-Midi, 2017. Se base sur le témoignage de Daniel Le Conte, confident-collaborateur pendant40 ans de Chirac.