Józef Rotblat est né dans une famille juive deVarsovie de parents aisés : son père est propriétaire d'une entreprise de calèches. Tout change en 1914 lorsque la crise de la guerre étouffe les petites entreprises. Les Rotblat font faillite et déménagent dans un quartier moins prestigieux. Cependant, leur nouvelle rue est la même que celle où vivaitMaria Skłodowska-Curie 50 ans plus tôt et Józef aime beaucoup mentionner ce fait.
Comme sa famille n'a pas les moyens de financer ses études, le futur lauréat du prix Nobel s'inscrit à des cours de formation professionnelle. Il devient électricien. Adolescent, il gagne de l'argent en faisant des petits boulots pour ses voisins. Il postule à l'Université polonaise libre et commence à étudier la physique. Là, il rencontre son futur mentor et ami, le professeurLudwik Wertenstein. Wertenstein offre à Rotblat un poste dans le laboratoire de radiologie, créé en 1914 et dirigé de Paris par Maria Skłodowska-Curie. Rotblat y commence ses études sur les radiations et y travaille jusqu'en 1939[2].
En 1938, Józef Rotblat obtient un doctorat de l'Université de Varsovie. L’année suivante, il accepte une proposition deJames Chadwick, découvreur duneutron, de travailler à l’Université de Liverpool où uncyclotron vient d’être construit. Il décide de rester à Liverpool et d’y faire venir sa femme, Tola, mais, malade, elle repousse son départ - une décision fatale, carl’invasion de la Pologne par l’armée allemande en septembre 1939 l’en empêchera par la suite. Arrêtée par les Allemands, elle meurt dans un camp de concentration.
Rotblat prend conscience que les récentes observations sur la fission nucléaire rendent possible la fabrication d’une bombe, et obtient de Chadwick l’autorisation de travailler sur ce sujet, avec de faibles moyens, à Liverpool. En,Roosevelt etChurchill conviennent d’un programme conjoint entre lesÉtats-Unis et laGrande-Bretagne pour la fabrication d’unebombe atomique : c’est leprojet Manhattan, mené dans la ville nouvelle deLos Alamos (Nouveau-Mexique). En 1943, Chadwick emmène Rotblat aux États-Unis, et après un entretien avec le généralLeslie Richard Groves, responsable du projet, Rotblat rejoint son équipe.
Il est ensuite le seul scientifique à quitter son poste au projet Manhattan pour des raisons de conscience en décembre 1944, c’est-à-dire plus de huit mois avant les deux explosions d’Hiroshima et deNagasaki. Le physicien avait des doutes sur le fait que les Allemands travaillent réellement sur des armes nucléaires. Il voulait également rechercher sa famille restée en Pologne. Une autre version dit que ce sont les Américains qui soupçonnent Rotblat d'espionnage pour l'Union Soviétique et le font partir. En effet, le physicien ne veut pas renoncer à son passeport polonais et ne cache pas ses sympathies de gauche.
À la fin de 1945, Rotblat sait déjà que sa femme est décédée dans un camp, mais sa famille a survécu à l'Holocauste grâce aux Polonais qui les ont cachés dans une vieille villa àOtwock, à la périphérie de Varsovie. Le physicien aidera sa famille à émigrer de Pologne et finit par acquérir la citoyenneté britannique en 1946[2].
En 1946 également, il crée l’Association britannique des scientifiques spécialisés dans le nucléaire (British Atomic Scientists Association, BASA) qui pose les bases d’un débat public sur les dangers du nucléaire.
Il travaille dans la physique appliquée à la recherche médicale et contribue au développement de la médecine nucléaire. Il étudie notamment les retombées des explosions atomiques et notamment dustrontium-90 sur le corps humain. En 1948, il se rend célèbre pour avoir obtenu la première «image» d'une fonction d'un organe interne - la glande thyroïde, en enregistrant des rayons gamma avec uncompteur Geiger collimaté en de nombreux points au cou et à la poitrine du patient[3].
Le, il tient avecBertrand Russell une conférence pour attirer l’attention sur lemanifeste Russell-Einstein. Le document, signé par onze physiciens dont neuf lauréats duprix Nobel (on relève les noms d’Albert Einstein,Frédéric Joliot-Curie,Hideki Yukawa,Max Born etLinus Pauling), met en garde contre les dangers de la course aux armements, et vise à mettre en place un programme dedésarmement nucléaire[4]. Un industriel milliardaire canadien, Cyrus Eaton, propose de financer une conférence internationale sur ce sujet, à la condition qu'elle ait lieu dans la petite ville deNouvelle-Écosse où il a sa résidence :Pugwash. En juillet1957, après lacrise du canal de Suez, la conférence réunit 22 des plus hautes sommités concernées par les armes nucléaires, dont 3 lauréats du prix Nobel. C’est le début dumouvement Pugwash dont Rotblat sera le secrétaire général pendant quatorze ans, avant d’en devenir, en 1988, le président. Il présidera cette organisation jusqu'à sa mort[5].
Il fait également partie des membres fondateurs de laCampagne pour le désarmement nucléaire lancée en 1958 et dont il est brièvement dans le comité exécutif.
En 1995, l'année du cinquantième anniversaire dubombardement de Hiroshima, il partage leprix Nobel de la Paix avec lemouvement Pugwash« pour ses efforts pour réduire l’importance des armes nucléaires au sein de la politique internationale, et, sur le long terme, la dénucléarisation complète dans le monde. » En France, ce prix est interprété comme une critique de l'annonce de lareprise des essais nucléaires français, quelques mois après l'élection deJacques Chirac. Rotblat lui-même écrit au nouveau président français en lui demandant de renoncer à son projet[1].
↑J. Bordé, N. Delerue, A. Suzor-Weiner,Pugwash : les physiciens, l’arme nucléaire, la responsabilité des scientifiques. Reflets de la Physique, EDP sciences,,p. 51-53
(en)Curriculum vitae sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)