Cet article traite de l'aspect historique de Jésus de Nazareth. Pour l'état de la recherche sur ce sujet, voirJésus selon l'exégèse contemporaine et pour les thèses contestant l'historicité de Jésus, voir lathèse mythiste. Pour Jésus en tant que Christ, voirJésus-Christ. Pour Jésus en tant que prophète pour les musulmans, voirʿĪsā.
Jésus de Nazareth est unJuif deGalilée, né entre l'an7 et l'an
Selon lesévangiles, qui constituent la principale source d'information sur sa vie, il apparaît dans le cercle deJean le Baptiste avant de s'engager, entouré de quelquesdisciples, dans une courte carrière deprédication itinérante de deux à trois ans, essentiellement enGalilée, en pratiquant guérisons etexorcismes. Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance des autorités politiques et religieuses, avant d'êtrearrêté,condamné etcrucifié vers l'an30 àJérusalem pendant la fête juive de laPâque, sous l'administration dupréfetPonce Pilate.
Le retentissement de son message, transmis par les différentesÉglises chrétiennes, et les interprétations auxquelles il a donné lieu, ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l'Histoire. Il a inspiré une importante production théologique, littéraire et artistique. L'année desa naissance est prise comme origine conventionnelle des calendriersjulien — depuis leVIe siècle — etgrégorien, et ledimanche, jour de la célébration de sa résurrection, s'est imposé comme le jour de repos hebdomadaire au-delà même de lachrétienté. Cette importance contraste avec la brièveté de sa prédication et le peu de traces historiques conservées à son sujet.
Étymologie et dénomination
Jésus
Jésus, engrecἸησοῦς /Iēsoûs, vient deYehoshua[1],[2] (hébreu :יהושע), à travers sa forme abrégéeYeshua[3] (hébreu :ישוע).Yeshua signifie « Sauveur »[4] etYehoshua est un nomthéophore qui signifie : « Dieu (YHWH) sauve[5] ». LaSeptante (rédigée en grec) utilise également le nom deIesoûs pour désignerJosué, lieutenant et successeur deMoïse[6]. Le nom était généralement prononcé « Yeshua » mais vraisemblablement « Yeshu » dans la prononciationgaliléenne[7].
Dans leNouveau Testament, Jésus est qualifié plusieurs fois en grec deΝαζωραῖος /Nazōraîos, « Nazôréen »[n 3]. Ce terme est discuté[11] et peut venir de l'hébreunsr qui signifie « celui qui observe [la Loi] », ou denzr, « celui qui se consacre [à Dieu] », ou encore « rejeton » (d'Israël). Le nom denazôréen servira par la suite à désigner uncourant juif en Palestine[n 4] qui croit en la messianité de Jésus[12]. On trouve également parfoisΝαζαρηνός /Nazarēnós, « Nazarénien »[n 5], qui est « l'homme du village deNazareth[n 6] », et qui, selon certains chercheurs, ferait référence à une naissance dans ce village[13]. D'autres théories existent encore[14], comme celle faisant référence à son rattachement à une hypothétique communauté denazirs[15]. Dans les Évangiles, aucune de ces dénominations n'est utilisée par Jésus lui-même ni par ses disciples[16].
Jésus ne semble pas s'être attribué de titres, à l'exception du mot « Fils », et paraît avoir gardé un silence absolu sur son identité[17]. Il est néanmoins nommé de multiples façons dans la littératurenéotestamentaire, chacun de cesnoms et titres suggérant une façon dont ont pu l'appréhender ou le considérer ses différents interlocuteurs, puis, dans la mesure où l'essentiel de cette titulature a été composée après sa mort, les diverses communautés chrétiennes dont sont issus ces textes[17].
Parmi les différents titres appliqués à Jésus, on trouve le terme « Rabbi », ou le terme proche enaraméen « Rabbouni »[n 7], qui signifie auIer siècle le « maître »pharisien, au sens « maître et philosophe » d'un groupe pharisien[18] ; on trouve également les titres de « Maître » — au sens d'« enseignant » —, de « Prophète attendu », de « Juste », de « Saint », de « Messie-Christ », de « Fils de David » — déjà employés pour des personnages de laBible hébraïque —, de « Roi des Judéens », de « Juge eschatologique », de « Berger » ou de « Pasteur », de « Seigneur », ou encore de « Serviteur », qui semble être l'un des plus anciens de ces titres[17]. L'Évangile selon Jean rapporte que la croix de son exécution était surmontée d'untitulus qui portait l'inscriptionINRI signifiant « Jésus le nazôréen, Roi des Juifs »[n 8],[v 2].
L'expression «Fils de l’homme » que s'attribue à plusieurs reprises Jésus lui-même dans les évangiles[19] se trouve précédemment dans la littérature hébraïque, dans leLivre des Psaumes[v 3], où elle désigne l'homme ordinaire. Chez leprophète Ézéchiel[v 4], le Fils de l'homme définit la fonction prophétique. Dans leLivre de Daniel[v 5], elle s’applique au statut messianique[v 6].
Sa désignation comme « Christ » (dugrecχριστός /christós, traduction de l'hébreu :מָשִׁיחַ -mashia'h,Messie, signifiant « l’oint [du Seigneur] ») a une forte connotation politique et religieuse dans l'espérance messianique de cette époque. De son vivant, Jésus interdit à ses disciples de dire à quiconque qu'il est le Messie[v 7].
Enfin, Jésus est aussi désigné comme « Fils de Dieu » par lui-même[20], par le tentateur[v 8], par les démons qui sortent des possédés[v 9], par ceux qui le découvrent comme tel[v 10] ; et lors de son procès[v 11].
Biographie
Sources
La Palestine au temps de Jésus.
La biographie de Jésus de Nazareth est très mal connue. La principale source d'information vient des textes rédigés vraisemblablement entre 65 et 110[21] qui seront appelés « Évangiles » vers 150[22], textes dont le but n'est pas historique maisapologétique, et dont l'interprétation en termes de biographie historique est souvent hasardeuse.Michel Quesnel souligne que « les Évangiles ont retenu de la vie de Jésus un certain nombre de scènes et de paroles qui sont avant tout témoignages de foi et dont l'historicité peut à bon droit être questionnée »[23].
Les éléments biographiques se résument à peu de choses, au point que théologiens et exégètes ont pu parler de « mystère de Jésus »[24]. Lorsque l'historien aborde la question de Jésus de Nazareth, il« sait qu'il n'est nullement en mesure de révéler ce qui a vraiment été fait ou ce qui a vraiment été dit par ce personnage »[25].
Néanmoins, la documentation sur Jésus s'avère souvent plus riche que pour beaucoup de personnages importants de l'Antiquité, même si une certaine unilatéralité des sources la soumet à une exigence de critique littéraire et historique[26]. Le croisement des différentes traditions néotestamentaires permet ainsi de présenter des éléments épars qui proposent, mis ensemble, une approche biographique plus étoffée, un « Jésus de l'histoire » ou un « Jésus historique » « tel qu'on peut le découvrir, l'atteindre, le reconstruire au moyen des outils scientifiques de la recherche historique moderne »[27] ; l'atteinte de ce « Jésus historique » demeure néanmoins une reconstruction et si le « Jésus réel » reste inconnaissable[28], les chercheurs peuvent tenter de livrer un Jésus « possible »[29], probable, voire vraisemblable[30].
La vie de Jésus avant sa prédication est particulièrement peu accessible à l'histoire dans la mesure où « les sources qui pourraient […] permettre de dire quoi que ce soit sur [sa] naissance, sa famille, son éducation, peuvent être qualifiées au mieux de très minces, sans qu'il soit nécessaire pour autant de tomber dans un scepticisme total »[31].
S'il est communément admis que Jésus est un Juifgaliléen dont la famille est originaire deNazareth[n 9], le lieu et ladate de sa naissance ne sont pas connus avec certitude[32] et ne le seront probablement jamais, car les récits desÉvangiles de l'enfance relèvent surtout dethéologoumènes de la part desauteurs bibliques qui ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique[33],[34]. Appartenant auregistre littéraire du merveilleux et à la théologiemétaphorique[n 10], les récits évangéliques de la naissance de Jésus — qui légitiment celui-ci dans l'histoire d'Israël en déroulant[35] un arbre généalogique[v 12] — sont des constructions tardives[36] qui se font l'écho, par leurs cortèges d’évènements miraculeux, des récits de naissance d'hommes exceptionnels de la littérature judéo-hellénistique auxquels les lecteurs de l'Antiquité sont familiers[n 11].
Concernant la localité qui a vu naître Jésus, la majorité des historiens penchent pour le berceau familial de Nazareth[37], où il passera toute sa jeunesse[38]. Concernant les récits de Luc et Matthieu qui situent chacun la naissance de Jésus àBethléem enJudée[v 13], les exégètes penchent généralement pour une rédaction plutôtthéologique que factuelle[39], destinée à établir l'originedavidique de Jésus[40]. En effet, la naissance à Bethléem, « ville deDavid »[v 14], permet d’accomplir la prophétie deMichée[v 15] selon laquelle leMessie sera issu de cet endroit[41]. Néanmoins, certains chercheurs considèrent une naissance à Bethléem plausible[42] ; d'autres encore ont évoqué le village deCapharnaüm[43] qui apparaît dans les évangiles comme le centre de sa mission, voire la bourgade deChorazeïn, à laquelle Jésus semble particulièrement attaché[44].
L'année de sa naissance n'est pas non plus connue précisément. Les dates retenues peuvent osciller entre9 et[n 12]. Les évangiles selon Matthieu et selon Luc la situent sous le règne d'HérodeIer le Grand dont le long règne s'achève en4 avant notre ère[n 13]. L'estimation généralement retenue par les historiens actuels va de7 à5 avant notre ère[45].
Il est paradoxal que Jésus de Nazareth puisse être né « avant Jésus-Christ » : l'origine de l'ère chrétienne est en effet censée être la naissance du Christ. Mais cetAnno Domini qui ne s'est imposé progressivement en Europe qu'à partir duXIe siècle[46], a été fixé d'après les travaux du moineDenys le Petit réalisés auVIe siècle, que l'on sait à présent être erronés[47] et, si le calendrier historique a été précisé depuis, son origine conventionnelle n'a pas été modifiée[n 14].
La naissance de Jésus (laNativité) est traditionnellement fêtée le 25 décembre, àNoël, mais cette date est entièrement conventionnelle, et n'a rien d'un « anniversaire ». Elle aurait été fixée dans l'Occident latin auIVe siècle, peut-être en 354[n 15], pour coïncider avec la fête romaine de la naissance deSol Invictus[48], célébrée à cette date à l'instar de la naissance du dieuMithra, né selon la légende un25 décembre[49] ; le choix de cette fête permettait une assimilation de la venue du Christ — « Soleil de justice » — à la remontée du soleil après lesolstice d'hiver[50]. Avant cette date, la Nativité était fêtée le 6 janvier et l'est encore par l’Église arménienne apostolique, alors que l’Église catholique romaine y fête aujourd’hui l’Épiphanie[51], la visite des mages à Jésus peu après sa naissance, ou la « théophanie », lebaptême de Jésus dans le Jourdain, événement que les plus anciennes Églises pré-romaines utilisaient comme acte de « naissance » du Christ. LesPères de l'Église ne se sont pas opposés à cesyncrétisme à propos de la Nativité, considérant que ce choix calendaire ne pouvait donner lieu à des hérésies théologiques et qu'il confirmait la venue du Messie annoncé comme l'« astre levant »[v 16] et comme le « soleil de justice » par le prophèteMalachie[v 17]. Noël s'est ainsi substituée aux célébrations de la fête païenne d'autant plus aisément que, les références bibliques aidant, s'est développée pour qualifier métaphoriquement le Christ nouveau-né toute une symbolique du « vrai soleil », du « nouveau soleil » resplendissant sur le monde[52].
Jésus est connu comme « le fils deJoseph le charpentier »[n 16] et « le fils deMarie ». Les évangiles selon Matthieu et selon Luc professent uneconception « par la vertu duSaint-Esprit »[v 18] qui ouvrira plus tard sur des débats théologiques très disputés au sein des communautés chrétiennes concernant lavirginité de Marie. L'évangile selon Luc[v 19] évoque Joseph, père adoptif de Jésus qui, en assumant sa paternité, rattache ce dernier à la lignée deDavid[53]. Luc et Matthieu rapportent la tradition de la conception virginale probablement afin d'accomplir le texte prophétique et de répondre aux rumeurs et aux accusations lancées par des Juifs non chrétiens à propos de la naissance illégitime de Jésus (accusations qui se retrouvent notamment chezCelse et dans lesToledot Yeshou). SelonBruce Chilton(en), comme pourDaniel Marguerat[54], son statut au regard de la loi juive et de son entourage a pu être celui d'unmamzer (enfant illégitime) et« a provoqué les interprétations disparates de sa naissance articulées dans leNouveau Testament et lalittérature rabbinique »[55].
Jésus est le « premier-né »[v 20] de cette famille[56], appartenant à un milieu artisanal[n 17] peut-être aisé[n 18], traditionaliste, pieux[57] et proche duTemple — voire lévite[58] ou peut-être même sacerdotale[n 19] —, liée à un clan denazôréens qui attendent l'apparition d'un « fils de David » en son sein[59]. Les évangiles mentionnent l'existence de « frères et sœurs » qui « apparaissent[v 21] pour montrer que Jésus n'a rien d'extraordinaire puisque sa famille est bien connue »[60]. Jésus, dont le nom évoque lesuccesseur de Moïse, compte au moins deux sœurs dont le nom est inconnu et quatre frères dont deux —Jacques/Jacob etJosès/Joseph— portent le nom depatriarches et les deux autres —Jude etSimon — celui deJudas et Simon, héros de larévolte des Macchabées, semblant attester de la fidélité de la famille à l'identité religieuse et nationale d'Israël[61]. Si Jésus semble avoir eu des tensions avec sa famille qui « ne croyait pas en lui »[v 22] et dont il se sépare pour pratiquer l'itinérance et peut-être pour rejoindre Jean le Baptiste[62], il n'en demeure pas moins que la mère de Jésus et ses frères jouent un rôle particulier dans la première communauté d'adeptes dès après la disparition de celui-ci[63] et queJacques occupe une place prééminente bien attestée au sein de la communauté de Jérusalem[64].
La question des liens de parenté de Jésus avec ses « frères » et « sœurs » a été disputée à partir duIIe siècle[65] avec l’élaboration du concept devirginité perpétuelle de Marie[n 20] qui rend la présence d'une fratrie gênante : l'Évangile de l'enfance appeléProtévangile de Jacques, aux alentours de180, « tente astucieusement » de faire de la fratrie de Jésus des « demi-frères » et des « demi-sœurs » nés d'un premier mariage de Joseph[65] tandis que, à la fin duIVe siècle,Jérôme de Stridon, est le premierPère de l'Église à argumenter contre une fratrie au profit de « cousins »[65]. Cette dernière option, qui mettra du temps à s'imposer dans la mesure oùEusèbe de Césarée au début duIVe siècle parle encore de « race du Sauveur » et que le dogme de la virginité perpétuelle n'est proclamé qu'au milieu duVIIe siècle[66], est devenue la doctrine de l'Église catholique romaine[67] tandis que les orthodoxes ont opté pour les « demi-frères et sœurs » issus d'un premier mariage de Joseph[68] et les protestants, après avoir suivi la position hiéronimienne, reconnaissent tantôt des frères, tantôt des cousins[68].
À la suite des travaux de l'exégète catholiqueJohn P. Meier[69] qui analysent l'argumentaire de Jérôme[n 21], la plupart des exégètes critiques et historiens contemporains[70] considèrent que rien n'exige de comprendre les frères et sœurs de Jésus autrement que dans le sens le plus strict des mots[71] ainsi que rien ne permet de soutenir que cette fratrie n'a pas été biologique[72] comme l’affirme unanimement la documentation canonique[73], ce qui n'empêche pas certains auteurs essentiellement catholiques de défendre l'explication de Jérôme[74].
L'Évangile selon Luc raconte comment, huit jours après sa naissance, il a été nommé « Jésus » etcirconcis[v 23] conformément à la loi juive[n 22] lors de la « présentation au Temple ». L'Évangile selon Matthieu expose un événement connu comme le « massacre des Innocents ». Né de l'imagination hagiographique du rédacteur matthéen[75], cet épisode met en scèneHérode, prenant peur pour son pouvoir, qui décide de faire tuer tous les premiers-nés de son peuple. Il peut s'agir d'une réactualisation de l'histoire deMoïse persécuté par Pharaon, peut-être fondée sur une réminiscence historique[76]. Les parents de Jésus fuient alors avec leur enfant dans une séquence appelée la « Fuite en Égypte » qui inspirera une importante production apocryphe[n 23] et influencera la traditioncopte. L'évangile selon Luc rapporte encore un incident probablement légendaire[77] au cours duquel, quand il a douze ans, ses parents cherchent Jésus qu'ils retrouvent en conversation avec les docteurs duTemple de Jérusalem.
La biographie de Jésus avant le début de sa vie publique, telle qu'elle est relatée par lesévangiles canoniques, ne consiste qu'en très peu de faits, disséminés dans différents passages. Ces évangiles cherchant en effet à concilier les courantsdocétistes etadoptianistes, ils ne peuvent admettre des« outrances si ostensiblement contraires à l'incarnation »[78], telle celle de Jésus enfant aidant ses parents, si bien queLuc imagine qu'il« croissait en sagesse et en grâce »[v 24] ; telle celle de Jésus apprenant à lire alors qu'il est leVerbe de Dieu. Ces récits privent Jésus de son enfance, ce qui donne l'opportunité auxapocryphes de l'enfance[n 24], traités pédagogiques, livres decatéchisme et à l'iconographie chrétienne de combler les vides en imaginant de nombreuses scènes de l'enfance[79]. Ce sont des écrits apocryphes qui par exemple précisent le nom et le nombre des « rois mages »[80], ou décrivent les parents et la naissance deMarie[n 25].
Il n'y a quasiment aucun élément entre les récits de la naissance de Jésus et sa vie publique, encore moins entre l'âge de douze ans et celui de trente ans, début de son ministère. Cette période lacunaire, appelée la « vie cachée de Jésus », a conduit à la composition d'un certain nombre de textesapocryphes qui ont beaucoup brodé sur le canevas originel. Ces textes, noncanoniques, participent pourtant de lamythologie chrétienne[n 26], et ont inspiré une importante production littéraire et artistique.
Cette vie cachée est présentée comme un apprentissage de Jésus auprès de son père putatif Joseph : apprentissage spirituel, c'est-à-dire une formation religieuse mais aussi apprentissage manuel dans l'atelier de son père « charpentier » (tektôn). Le terme grec qui désigne ce métier est ambivalent — pouvant également signifier « menuisier », « maçon », « artisan » ou encore « constructeur »[81] — aussi est-il difficile de déterminer la profession de Jésus présenté comme « letektôn fils de Marie »[v 25]. Cette période peut également avoir représenté pour Jésus plusieurs années où il a joué un éventuel rôle de chef de la famille après le décès de Joseph[n 27].
La bourgade de Nazareth ne compte à l'époque de Jésus que deux à quatre cents habitants. Étant trop petite pour assurer la subsistance d'un charpentier, il est possible que Joseph etses fils aient offert leurs services ou trouvé du travail àSepphoris, ancienne capitale de Galilée en pleins travaux de reconstruction, ou dans d'autres grandes villes galiléennes (Arraba,Magdala ouTibériade)[82]. Pourtant, les évangiles ne mentionnent pas ces villes, ce qui pourrait suggérer que Jésus les ait évitées pendant son ministère, d'autant plus qu'il fuit généralement les grandes agglomérations.Flavius Josèphe rappelle l'hostilité des Juifs à l'encontre des villes jugées trop cosmopolites ou abritant des places fortes romaines, l'occupant méprisé[83]. La culture urbaine, friande de modernité, choque également la mentalité villageoise plus traditionnelle et il se peut que Jésus, issu d'une famille nombreuse du milieu semi-rural de Nazareth, soit imprégné de cette mentalité. S'il faut cependant se garder de l'image traditionnelle d'un Jésus pauvre paysan galiléen, la polysémie du termetektôn laisse la voie à de nombreuses interprétations : Jésus a pu tout aussi bien appartenir à un milieu modeste d'artisan charpentier[84] qu'à une moyenne bourgeoisie d'entrepreneurs qui a profité des grandes voies de communication romaines telle laVia Maris, et des importants chantiers urbains entrepris parHérode Antipas dans la région. Dans cette optique, Joseph aurait été un entrepreneur se chargeant, avec ses fils et quelques salariés, de la construction d'édifices entiers[85].
En plus de leur activité principale, Joseph et ses enfants ont peut-être cultivé également un lopin de terre comme le faisaient, si l'on en croitEusèbe de Césarée, les petits-enfants deJude (frère de Jésus) qui ont pu hériter de la ferme familiale[86], ce qui expliquerait lesparaboles de Jésus qui ont le plus souvent trait à l'agriculture (champs, semences, etc.)[87].
À l'époque de Jésus, deux grandeslangues véhiculaires se partageaient le monde gréco-romain, se superposant aux parlers locaux : legrec sur les pourtours de la Méditerranée, jusqu'à Rome, et l'araméen en Syrie et en Orient[n 28]. Ces deux langues se retrouvaient en Palestine : l'araméen était parlé en Galilée et vraisemblablement dans les campagnes de Judée. Mais le grec avait également pénétré la Judée depuis la côte et ses villes hellénistiques commeCésarée et les juifs hellénistes de laDiaspora avaient des synagogues à Jérusalem[88]. Ainsi le degré d'hellénisation de la Galilée, terre de passage où se croisaient marchandsphéniciens etgrecs, est diversement envisagé selon le degré d'urbanisation qu'y voient les chercheurs[89]. Si on s'accorde pour dire que le grec était la langue de l'administration et de l'élite économique ou culturelle, certains pensent néanmoins que la majorité des Galiléens ne le parlaient pas, voire ne le comprenaient pas[90].
L'hébreu était quant à lui la langue sacrée des juifs, dans laquelle on lisait les Écritures et chantait les psaumes. Il était peut-être encore vivace dans les familles liées au sacerdoce et les milieux cultivés. Pour ceux qui ne comprenaient plus l'hébreu, un « targoum » en araméen pouvait accompagner la lecture des Écritures[91]. Si l'on retient une appartenance sacerdotale ou lévite de la famille de Jésus, ce dernier, par son père et par la fréquentation de la synagogue, a pu apprendre l'hébreu[92] : des passages de la littérature canonique chrétienne suggèrent qu'il le lisait[v 26] mais aussi, peut-être, l'écrivait[v 27],[58].
Ainsi, pour sa part, Jésus s'exprimait-il vraisemblablement dans un dialecte araméen parlé par les paysans de Galilée[91] mais pouvait se servir de l'hébreu liturgique dans les discussions avec les scribes[93]. Pour son usage du grec, il y a débat : certains chercheurs estiment que rien n'indique qu'il parlait cette langue[94] dans la mesure où certains de ses disciples semblent avoir dû jouer le rôle d'interprètes[v 28] ; cependant un nombre croissant de spécialistes estiment probable qu'il l'utilisait au moins occasionnellement[95].
À la différence de laJudée, qui, avec laSamarie et l'Idumée, constitue une région de rang quasimentprovincial[96], laGalilée n'est pas directement administrée par lesRomains mais fait partie des possessions[97] de l'ethnarqueHérode Antipas, dont le long règne de quarante-trois ans, qui s'achève en39, recouvre presque toute la vie de Jésus[98]. Le territoire bénéficie donc d'une relative autonomie, tant que le tribut est payé aux autorités romaines. Les ressources d'une agriculture florissante y sont complétées par des activités de pêche dans lelac de Tibériade, également appelé « mer de Galilée » ou encore « mer de Génésareth », dont les abords constituent le cadre des prédications de Jésus. Ce territoire est entouré de populations non juives : à l'ouest, la Galilée est bordée par le littoral hellénisé, au nord par laPhénicie, à l'est par laDécapole qui s'étend partiellement jusqu'au sud avec la ville deScythopolis[99], et la frontière méridionale de la Galilée jouxte l'inamicaleSamarie, ce qui pousse les Galiléens à emprunter le mince couloir judaïsé que constitue la vallée duJourdain pour se rendre en pèlerinage àJérusalem[98].
Les Galiléens, réputés belliqueux, chauvins et courageux, y sont souvent moqués pour leur dialecte et leur accent, signe d'importantes différences culturelles avec les Judéens, qui se montrent méprisants à leur égard[v 29]. Entraînés à la guerre depuis leur enfance[100], ils sont réputés pour leur bravoure et le nord montagneux et accidenté constitue un refuge idéal pour les fomentateurs de révoltes, à l'instar deszélotes ; la province est le théâtre de troubles pendant plus d'un siècle dès la seconde moitié duIer siècle av. J.-C.[98]. Certains chercheurs font de la région un foyer dupharisianisme[101] mais d'autres situent plutôt ce foyer à Jérusalem[102]. Il est néanmoins vraisemblable qu'un prédicateur à la réputation messianique originaire de Galilée passe pour un personnage inquiétant à Jérusalem auprès de ceux qui sont soucieux de ménager les bonnes relations avec l'autorité romaine[98].
Judaïsme de Palestine
La Palestine duIer siècle[103] connait une grande effervescence politico-religieuse où se croisent plusieurs courants témoignant d'une « extraordinaire explosion de créativité réformatrice et purificatrice »[104] dans une société en proie aux bouleversements politiques et sociaux : la région connait à l'époque de nombreuses révoltes religieuses à connotation prophétique voire messianique, que les autorités romaines perçoivent plutôt comme des phénomènes politiques[105] ; elles n'hésitent d'ailleurs pas à parfois déployer les troupes avec une « insensibilité dévastatrice »[106]. Néanmoins, la présence du pouvoir romain reste relativement discrète et ne se fait ressentir qu'au moment de la collecte des impôts, de la construction des routes ou à travers la présence de forces de l'ordre cantonnées aupalais d'Hérode ou à laforteresse d'Antonia[106].
Le judaïsme « n'y est pas tant une religion […] [qu]'un peuple dont la particularité s'exprime par des pratiques et des symboles »[107] mais qui n'a pas d'uniformité dans son expression religieuse et présente diverses tentatives d'actualiser les lois mosaïques et de vivre la Torah[108]. De leur côté, à cette époque, lessamaritains constituent un groupe très distinct du judaïsme[109].
Formés probablement depuis l'époque de laRévolte des Maccabées[110] vers le milieu duIIe siècle av. J.-C., trois courants — ou « sectes » —[111] dominent la vie religieuse au début denotre ère, qui développent au-delà de leurs positions religieuses, des positions politiques : lessadducéens, dont les membres sont généralement issu de l'aristocratiesacerdotale, enclins aux compromis avec les puissances dirigeantes pour maintenir leur pouvoir ; lespharisiens, courant nationaliste non violent, piétiste, à connotationeschatologique[112], traversé par de profondes dissensions et dont les membres se recrutent au sein de labourgeoisie, particulièrement dans les rangs desscribes ; enfin, lesesséniens — que ne mentionnent pas les écrits néotestamentaires — une forme originale de judaïsme[113], une sorte « d'ordre monastique avant la lettre »[114] qui se développe exclusivement en Judée[115] et dont les membres vivent en communauté à l'écart de Jérusalem et duculte du Temple, porteurs d'un radicalismeeschatologique vécu dans l'ascèse et poussant très loin le soucis pureté rituelle[114].
En sus de ces trois groupes, un courant plus politique, messianique et d'un nationalisme « exaspéré »[116], proche des pharisiens mais professant un interventionnisme actif contre l'occupation étrangère[105] et n'admettant d'autre roi que Dieu est décrit parFlavius Josèphe sous le nom de « zélotes » comme la « quatrième philosophie »[117] du judaïsme[118].
À côté de ces courants, il existe également un parti appelé « hérodien » dans le Nouveau testament, composé d'élites — peut-être sadducéennes — partisanes de la politique d'hellénisation et de la coopération avec le pouvoir romain[119]. D'une manière générale, il semble que le bas-clergé était plutôt opposé aux Romains à la différence du haut-clergé[109].
L'époque connaît également l'émergence de courants messianiques[120] et prophétiques, ainsi que, parmi ces derniers, des groupesbaptistes, probablement assez répandus dans les couches populaires à l'écart des villes et dont le prédicateur le plus connu estJean le Baptiste[121].
La durée du ministère de Jésus[122] n'est pas précisément évoquée dans le Nouveau Testament mais celui-ci explique qu'il a débuté alors que Jésus avait « environ trente ans »[123],[n 29]. Les traditions chrétiennes primitives se partagent à ce sujet généralement entre un ministère d'environ un an à environ trois ans[n 30], déduites du nombre de montées à Jérusalem pour la Pâque : une seule pour les synoptiques mais trois pour Jean[125]. La recherche contemporaine s'accorde, avec des nuances, sur un ministère compris entre un et quatre ans[126], avec un consensus significatif envisageant une période de deux à trois ans[127].
Les lieux cités dans les Évangiles situent son action de part et d'autre dulac de Tibériade, principalement enGalilée (dont il est ressortissant) et dans laDécapole, avec quelques passages enPhénicie (Tyr etSidon) et enTrachonitide (Césarée de Philippe). Il semble qu'il soit à cette époque considéré comme un habitant deCapharnaüm[v 30]. Il se rend également enJudée, généralement pour aller àJérusalem à l'occasion de fêtes juives ; mais on peut noter un séjour plus prolongé en Judée au début de sa vie publique, alors qu'il était considéré comme un disciple de Jean le Baptiste[v 31].
Les pays à population juive de l'époque étaient la Galilée et la Judée, séparées par laSamarie, dont les habitants étaient considérés comme non juifs. Jésus est perçu comme un étranger en Judée : l'accent des Galiléens les fait reconnaître[v 32] et suscite une franche hostilité[v 33] de la part des Judéens, parfois désignés par le terme « Juifs »[128] alors que les Galiléens sont également des pratiquants de la Loi de Moïse[129].
La chronologie de cette période est confuse : lesÉvangiles synoptiques présentent des épisodes identiques dans un ordre parfois différent, et ils n'observent pas la même chronologie que celui de Jean, ce qui interdit d'interpréter le déroulement de ces récits comme relevant d'une logique purement temporelle. On considère néanmoins que c'est lebaptême de Jésus parJean le Baptiste qui marque l'ouverture de son activité publique.
Vers 30 ans, Jésus rejointJean le Baptiste, un prédicateur populaire desmilieux baptistes[130] qui dénonce la pratique formaliste des milieux sacerdotaux dont il est peut-être lui-même issu[n 31]. Jean prêche en se déplaçant dans le désert de Judée, sur les bords duJourdain, et le Nouveau Testament l'identifie à un « nouvelÉlie »[n 32].
Jésus reçoit lebaptême que Jean administre pour le pardon despéchés à ceux qui reçoivent son message favorablement, en une immersion dans l'eau vive qui prépare au règne messianique et à l'imminence du Jugement divin[131]. Il est ainsi possible que Jésus ait été transitoirement le disciple du Baptiste quand, au tout début de sa vie publique, on le voit simplement « annoncer le Royaume de Dieu » comme le faisait Jean, qu'il a pu reconnaître comme « maître » pendant un temps[132].
Néanmoins, si c'est bien aux côtés de Jean que Jésus mûrit sa mission, il apparaît des divergences[133], voire des tensions[v 34], entre Jésus et Jean-Baptiste, notamment quant à leurs conceptions respectives du règne de Dieu[134], ce qui n'empêche pas le premier de conserver son aîné en haute estime[135]. Par ailleurs, bien que Jésus lui-même ne semble pas avoir baptisé[136], la communauté chrétienne, qui envisage le Baptiste comme un précurseur, conserva lerite initiatique du baptême dans sa forme, mais non point son sens[v 35].
À la différence de Jean, Jésus va prodiguer son enseignement dans les contrées habitées[137]. Il s'entoure dedisciples dont la tradition veut qu'ils aient été douze[n 33], dont les premiers sont peut-être recrutés dans les milieux baptistes[138]. On utilise également le nom d’« apôtres »[n 34] pour les désigner. Ce groupe de « douze » disciples choisis par Jésus est sans doute une création relativement tardive, comme le montre l'existence d'apôtres extérieurs à ce noyau[139]. On parle généralement à leur sujet de « Groupe des Douze » ; le nombre 12 est en effet essentiel pour comprendre le rôle de ces disciples constituant autour de Jésus un cercle restreint à la forte signification symbolique : il figure la reconstitution de l'Israël biblique[n 35]. Si leurs noms varient de livre en livre[139], les disciples montrent pourtant une triple référence hébraïque[n 36], araméenne[140] et grecque[141], au cœur de la vie des Galiléens[142]. L'un de ces disciples,Simon dit Pierre ou Kepha, reçoit une importance plus particulière au sein du groupe tandis queJudas, auquel est attribuée la « trahison » de Jésus auprès des autorités, a une responsabilité attestée de « trésorier » de ce groupe.
Certaines hypothèses, qui ont connu un écho médiatique, ont voulu lier Jean ou Jésus au mouvement essénien ou déceler son influence sur ces derniers, hypothèses qui demeurent« moins que probables et indémontrables »[143]. La pratique baptismale de Jean diffère fondamentalement de celles desesséniens, tant dans son aspect rituel que dans la doctrine qui la sous-tend : le Baptiste — qui se présente comme un prédicateur itinérant de la vallée du Jourdain — baptise en effet les pénitents en vue du pardon une seule fois[115], dans l'eau vive, à la différence des ablutions des esséniens pratiquées quotidiennement dans desbassins dédiés pour des raisons rituelles[144]. L'idéologie du Jourdain « n'occupe [ainsi] aucune place dans lesécrits de Qumrân »[145].
Par ailleurs, Jésus, qui fait preuve de souplesse dans l'observance des lois de pureté, contrairement aux pratiques esséniennes[115], apparaît éloigné du mouvement : il ne partage aucunement le rigorisme avec lequel les esséniens entendent accomplir la Loi de Moïse[146] et, là où ces derniers l'augmentent de prescriptions légales de la Torah, Jésus réduit au contraire celle-ci à une sorte de noyau[146].
Jésus se fait connaître localement, dans un premier temps commeguérisseurthaumaturge. Dans l'exercice de cette activité, sur laquelle il fonde la légitimité de son enseignement[147] et qui attirait les foules autour de lui[148], on peut noter des modes opératoires variés, en comparant par exemple la guérison en trois étapes de l'aveugle de Bethsaïde, et celle — à distance et d'une seule parole — de Bar Timée à Jéricho[v 36], ou bien celle qui s'effectue par une prière intense et le jeûne, dans le cas d'un démon particulièrement rétif[v 37].
Ces pratiques thérapeutiques, dont le fondement est d'ordre religieux puisque les maladies étaient alors perçues comme la sanction divine des péchés, étaient répandues dans le monde gréco-romain[149] et parmi les rabbi juifs[150] dont Jésus reproduit parfois des gestes thérapeutiques connus[v 38]. La pratique de Jésus se distingue néanmoins par le nombre de miracles rapportés et dans le refus par leur auteur de se les voir attribués : Jésus se présente comme le « vecteur » de Dieu, en opérant dans le présent les guérisons espérées dans le cadreeschatologique juif[148]. Outre les miracles thérapeutiques, Jésus pratique également desexorcismes, desprodiges, des sauvetages ou des miracles illustratifs de son interprétation de la Loi juive[148].
Les évangiles insistent souvent plus sur la confiance des bénéficiaires de miracles qu'ils ne s'attardent sur le détail des manipulations[151]. Jésus présente lesmiracles comme une anticipation de l'accès au bonheur éternel auquel a droit chaque humain, y compris les plus pauvres. L'évangile selon Marc rapporte que c'est ce pouvoir d'opérer guérisons et prodiges qui aurait été transmis à ses disciples[v 39], plutôt que la capacité de communication avec la divinité[147].
Les textes révèlent à cet égard un comportement général de Jésus fait de bienveillance, tourné vers les gens, particulièrement ceux plongés dans une situation personnelle ou sociale méprisée et difficile : les femmes, plus particulièrement les veuves ; les malades, les lépreux, les étrangers, les pécheurs publics ou les collecteurs de l'impôt romains[152]. Cette façon d'être, associée à une dénonciation de l'hypocrisie et de toute forme de mensonge, lui attirera inévitablement nombre d'admirateurs en provoquant simultanément de l'hostilité.
Bien que placé dans la perspective nouvelle duRègne de Dieu, le message de Jésus semble prolonger celui de Jean-Baptiste[153] et s'inscrit dans la fièvre apocalyptique du monde juif auIer siècle, bien que certains exégètes préfèrent voir Jésus comme un maître de sagesse populaire, la dimension apocalyptique relevant d'une lecture postérieure[154], sous l'éclairage de la foi chrétienne. On peut cependant souligner plusieurs points de rupture avec Jean le Baptiste : Jésus n'est a priori pas unascète[155], il présente un Dieu de grâce et de l'amour sans limite[v 40] qui inverse l'exhortation de Jean à la conversion immédiate sur fond de colère divine[v 41] : ce n'est plus celle-ci qui domine chez Jésus mais l'avènement par le Jugement dernier d'un « salut joyeux » prodigué par un Dieu de pardon[156]. Enfin, Jésus est celui « par qui le jour vient » quand Jean « annonçait l'aube »[157].
Son enseignement est essentiellement connu à travers lesÉvangiles, qui en font le récit, et les commentaires qui en seront faits dans le reste duNouveau Testament. La doctrine de Jésus, sûre, originale et variée[158], entre difficilement dans les catégories socioreligieuses préalablement établies[159] et celui-ci ne semble s'inscrire dans aucune lignée d'aucun courant judaïque particulier de la Palestine de son temps[160] : d'après la documentation chrétienne, il ne se réfère jamais à une quelconque autorité, à aucun maître qui serviraient d'inspiration dans son interprétation de la Torah[160]. La proximité, l'adhésion voire le rejet de Jésus vis-à-vis dupharisianisme sont néanmoins toujours l'objet de débats au sein de la recherche[161].
Jésus peut ainsi être considéré comme une figuresui generis[162], qu'il est possible à cet égard de rapprocher de la catégorie informelle[163] des « juifs pieux » (en hébreu :hassidim) de son époque, qui se tiennent volontiers à l'écart des cercles savants[162]. Son enseignement et son action montrent néanmoins une très bonne connaissance des textes religieux et de la loi juive[n 37].
C'est donc l'annonce du « Royaume de Dieu » qui constitue le cœur de sa prédication en des termes qui, s'ils reprennent l’attente des Juifs qui espèrent la venue d’unMessie qui restaurera l’indépendance d’Israël, déplacent cet espoir[164]: le Royaume de Dieu selon Jésus inaugure le nouveau rapport avec Dieu qui se prépare à intervenir dans le monde pour le gouverner directement[164]. Cette notion, à laquelle Jésus fait sans cesse référence dans ses discours et ses actions, n'est jamais concrètement définie, probablement dans la mesure où elle doit aller de soi pour ses coreligionnaires contemporains dont celui-ci se distingue toutefois par la proximité temporelle voire l'imminence dans laquelle il situe l'arrivée de ce Règne de Dieu[165].
Sur le plan de lamorale, l'enseignement de Jésus est centré sur les notions d'amour du prochain et depardon, que l'Homme doit observer pour se conformer aux commandements de Dieu. Cet enseignement est exprimé de manière synthétique dans lesBéatitudes, et plus développé dans leSermon sur la montagne d'où elles sont tirées. Ces principes sont déjà présents dans la religion juive, mais Jésus leur accorde un rôle central, et privilégie une interprétation spirituelle de laLoi mosaïque au détriment d'une interprétation littérale et formaliste qu'il dénonce.
Il utilise deux méthodes typiques desdocteurs de la Loi, ses contemporains : le commentaire des textes canoniques et l'usage demeshalim ou « Paraboles »[166] dont il fait le ressort privilégié de sa pédagogie. Par cet usage de la parabole, Jésus laisse souvent l'auditeur libre de ses réactions, en ne le prenant pas de front.
Mais il n'en pratique pas moins un enseignement d'autorité[167] qui tranche avec les enseignements desscribes[168], qui se réclament toujours, quant à eux, de l'autorité d'une source[n 38]. Jésus est néanmoins respectueux de laLoi de Moïse[n 39] et, si la proximité de Jésus avec les pécheurs ou des épisodes comme son affirmation que les besoins de l'homme prévalent sur la prescription du sabbat[v 42] ont pu choquer les pieux de son temps,« on ne peut pas dire que Jésus ait violé les lois de pureté chères aux pharisiens »[169], au contraire de ses disciples qu'il ne condamne pourtant pas.
Son action suscite des réactions fortes et contrastées. On trouve à la fois des témoignages sur de grandes foules qui le suivent et le cherchent, montrant un indéniable succès populaire, et d'autres le montrant vivant dans une quasi-clandestinité au milieu de populations hostiles. En effet, Jésus a pu être l'un de ces révoltés si fréquents à son époque, un prophète juif charismatique dont le message eschatologique, sapiential ou de réforme sociale a eu une portée politique sur le monde ambiant dominé par les Romains et leurs collaborateurs judéens[170].
Arrestation, procès et exécution
Bien que ce soit là le cœur de chacun des quatreÉvangiles, il est assez difficile de mettre ceux-ci d'accord sur les récits de la « Passion », c'est-à-dire son procès et son exécution parcrucifixion. Leur récit est bâti dans une optique d’« accomplissement des Écritures » plutôt que de reportage sur les événements[171]. Pour les historiens, la reconstruction de ces événements est ainsi« périlleuse, tant les récits sont surchargés d’interprétations confessantes du fait de leur composition et de leur utilisation pour et dans la liturgie des premières communautés chrétiennes »[172]. En effet, l'abondance des mentions géographiques ou topologiques présentes dans lesrécits de la Passion ont une visée liturgique, notamment dans le but d’accompagner une célébration ou un pèlerinage des premiers disciples sur les lieux du martyre[173].
Jésus est arrêté alors qu'il séjournait àJérusalem pour célébrer la fête dePessa'h (la Pâque juive). Ce dernier séjour à Jérusalem se déroule dans une ambiance clandestine[v 43], où les disciples échangent des mots de passe et des signes de reconnaissance pour préparer le repas dans un endroit caché. Le contraste avec l'ambiance enthousiaste de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (célébrée ledimanche des Rameaux) est flagrant, ce qui suggère que ces deux montées à Jérusalem n'ont pas eu lieu la même année. Il est possible que cette clandestinité soit due à la crainte de l'intervention de la garnison romaine. En effet, la ville de Jérusalem compte à cette époque 30 000 habitants mais attire plus de 100 000 pèlerins au moment de la Pâque. Craignant les troubles provoqués par cet afflux, les autorités romaines auraient pu vouloir noyer dans l'œuf l'éventuelle agitation suscitée par l'arrivée de Jésus et de ses partisans Galiléens, réputés prompts à la bagarre, ainsi que de la radicalisation du groupe des hellénistes[174].
L'étude des évangiles ne permet pas une lecture très claire des causes et de l'historique de ce retournement d'opinion. On trouve la trace dans les évangiles de l'attente messianique d'une partie de la population, qui attendait unMessie politique, libérateur du joug des Romains. Cette attente se retrouve dans le qualificatif donné à Simon lezélote et à Judas l'Iscariote[n 40] et dans l'activité deprédicateurs et révoltés juifs prétendant à la messianité à cette époque, telsJudas le Galiléen,Athrongès(en),Theudas ouJean de Gischala[175]. Jésus a pu décevoir cette attente en refusant l'action sur le terrain politique[n 41].
Néanmoins, si Jésus ne conteste pas radicalement le pouvoir romain, refusant de s'enfermer dans un cadre strictement « nationaliste »[n 42], il ne manifeste pas davantage d'inclination envers les grandes familles sacerdotales proches de celui-ci[176].
Le retournement d'opinion s'est d'abord manifesté en Judée[v 33], puis dans son pays en Galilée. Il semble que le signal de la répression soit venu des milieuxsacerdotaux conservateurs de Jérusalem, souvent assimilés auxsadducéens[177], inquiets de l'impact de son enseignement ouvert sur laTorah et des effets de l'enthousiasme populaire qu'il suscitait sur le fragilemodus vivendi avec l'occupant romain[178]. Il apparaît également vraisemblable que c'est le scandale que cet homme, décrit comme « doux » par les évangiles ultérieurs, provoque auTemple de Jérusalem un peu avant la Pâque de 30[v 44] dans l'épisode dit des « marchands du temple »[179], qui a pu précipiter son arrestation[178].
Enfin, l'avant-veille de la fête juive de laPessa'h, Jésus prend un dernier repas avec ses disciples dans une ambiance pascale[180], dans un épisode appelé traditionnellement la « Cène », au cours duquel il fait explicitement mention de sa mort prochaine qu'il lie au renouvellement définitif de l'Alliance[180]. Les chrétiens de toutes tendances considèrent qu'il institue ainsi[181] lesacrement de l'« Eucharistie ». À la suite de cet ultime repas, Jésus est arrêté au jardin deGethsémani, par la dénonciation de son discipleJudas[182], sans que le motif soit vraiment clair[183].
Jésus se trouve alors confronté aux trois pouvoirs superposés de la Palestine[184] : le pouvoir romain, le pouvoir dutétrarque de Galilée et Pérée et le pouvoir des grands-prêtres du temple-État de Jérusalem.
Les modalités duprocès de Jésus sont déconcertantes[185] si l'on se réfère à ce que l'on connait du droit de l'époque : aucune reconstitution des faits ou des procédures connues ne résiste à l'examen à partir des évangiles[186], qui exposent un double procès, donc une double motivation, religieuse chez les Juifs, politique chez les Romains[187]. La question de ce procès, toujours ouverte, est d'autant plus difficile qu'elle a été obscurcie, par le temps et l'antisémitisme entre autres, de multiples enjeux politiques et religieux[188].
La narration des évangiles est difficile à suivre dans des compositions qui semblent avoir été écrites à l'intention des Romains[189], même si certains détails dénotent de traditions locales[190]. Jésus est arrêté la nuit[191] par la police du Temple, aux ordres des autorités religieuses espérant peut-être liquider le cas du Nazaréen avant la Pâque[192]. Il est tout d'abord conduit chez l'ex-grand prêtreAnân[193], puis, à l'aube, devant une cour de justice[194], que les évangiles appellentSanhédrin[195], devant le « souverain sacrificateur »Caïphe, avant de comparaître devant le préfet romainPonce Pilate[196], qui l'envoie, lui[n 43], chezHérode Antipas avant de l'interroger à son tour. Cela donne lieu à des confrontations où Jésus soit se tait, soit paraît souligner le caractère relatif du pouvoir de ses interlocuteurs par sa liberté de parole[197] dans des scènes très chargées symboliquement[198].
Au terme d'une procédure judiciaire romaine, habituelle enprovince, de « cognitio extra ordinem »[192], Jésus est finalement condamné parPonce Pilate — probablement embarrassé[199] — et dont les évangiles atténuent la responsabilité[185] sans doute dans une optique missionnaire[200], réinterprétant complètement la personnalité[186] d'un préfet « craintif donc cruel »[192] à subir le supplice romain ducrucifiement, au motif politique de rébellion[185]. Après avoir étéflagellé[201], il est tourné en dérision et stigmatisé dans les quartiers des soldats romains, revêtu d'unechlamyde qui évoque lapourpre royale, coiffé d'une couronne tressée d'épines et muni d'un roseau évoquant le sceptre dans une mise en scène visant à moquer le « Roi des juifs »[202]. Son exécution a lieu un vendredi, veille duShabbat, sur une croix surmontée d'untitulus portant l'inscription « Jésus leNazôréen[203], Roi des Juifs »[n 44], qui instruit sur le motif de la condamnation pour le droit romain[204]. Après y avoir transporté sa croix, il est crucifié au lieu-dit « Golgotha », à l'extérieur de Jérusalem, avec deux « brigands », sans que l'on sache s'il s'agit de voleurs ou de séditieux, en présence de notamment de quelques femmes mais en l'absence de ses disciples[205].
Jésus meurt vraisemblablement dans l'après-midi du jour de la « parascève »[185] — jour de la préparation de la fête dePessa'h — le 14Nissan[n 45], ce qui correspond, compte tenu ducalendrier hébraïque usuel, pour la majorité des chercheurs qui se basent sur la chronologie johannique plus fiable[v 45], au vendredi[205],[206],[207],[208] ou au vendredi 3 avril 33[n 46]. Cependant d'autres dates sont proposées[n 47], aucune n’étant pleinement satisfaisante, les traditionsjohannique etsynoptiques (selon ces dernières, la mort du Messie se situerait le[209]) étant sur ce point inconciliables[n 48]. En tout cas, sa mort a eu lieu durant les fêtes dePessah[210], pendant que Pilate est préfet de Judée, donc après 26 et avant 37[211]. Il est enseveli avant la levée de la première étoile, suivant la prescription de la loi judéenne[205].
Anastasis, représentation symbolique de la Résurrection, sarcophage romain, vers 350, Musée du Vatican.
La mort de Jésus est suivie d'un épisode qui relève de la seulefoi[212] mais qui n'en appartient pas moins à l'histoire des religions par les effets incalculables[213] qu'il a produits : l'épisode de laRésurrection.
Il faut considérer l'annonce de la résurrection de Jésus comme l'élément majeur de la fondation de ce qui va devenir une nouvelle religion. Cet épisode fondamental n'est décrit dans aucun évangile canonique. À travers quelques scènes[v 46] qui présentent une forte diversité selon les évangiles, les textes présentent l'après-coup : l'étonnement des femmes qui découvrent le tombeau vide, puis l'apparition du « Ressuscité » parfois en Galilée, parfois dans les environs de Jérusalem ou encore ici et là, envoyant tantôt en mission, tantôt accordant l'« Esprit » aux disciples ou encore partageant leur repas. Les récits de découverte du tombeau et d'apparitions« sont trop légendaires et trop divergents pour permettre la moindre reconstitution des faits »[214].
On peut constater trois constantes des récits canoniques : la résurrection est inattendue bien qu'elle ait été prophétisée par Jésus plusieurs fois[215] et que des parallèles aient été établis avec l'Ancien Testament pour l'annoncer[216], elle n'est pas décrite en tant que telle, et elle n'est accessible qu'aux seuls croyants[217]. L'événement ne nie toutefois pas la mort car Jésus ne ressuscite que le troisième jour après sa crucifixion ; il s'agit davantage du passage à une vie qui ne finit pas, qui se place dans l'éternité et sur laquelle le temps n'a pas de prise.
L'événement, dans un récit qui ne connaît pas le terme « résurrection », est raconté dans un langage forgé par la foi juive dans l'apocalyptique. Il ne correspond pas à une angoisse de la survie des corps : le tombeau ouvert répond à la promesse de Dieu de « relever les morts » à la fin des temps[n 49] qui se concrétise déjà pour Jésus[218].
Sur le plan religieux, Jésus n'a jamais cherché à se séparer dujudaïsme[219], et ses disciples ont dans un premier temps été considérés comme une secte juive parmi d'autres. La séparation duchristianisme d'avec le judaïsme est progressive et peut être lue en partie comme une conséquence de la crise d'identité qui traverse le judaïsme auxIer et IIe siècles, qui se traduit entre autres par lesrévoltes contre Rome auxquelles ne participe pas la « secte des nazaréens »[220]. La plupart des courants du judaïsme disparaissent à la suite de la destruction duTemple en 70[221]. La diversité des pratiques juives se réduisant au seul néo-pharisianisme, c'est alors qu'être juif devient « vivre en conformité avec l'enseignement des sages pharisiens », ce qui devient incompatible avec l'observance de l'enseignement de Jésus[222].
Les débats qui agitent les partisans de Jésus pendant plusieurs décennies après sa mort, notamment afin de savoir dans quelle mesure ils doivent suivre la Loi de Moïse et imposer lacirconcision, apportent des réponses qui deviennent normatives dans les générations qui suivent, au point de faire apparaître dans le monde antique, entre lesJuifs et lesGrecs, une « troisième race »[223] : celle des chrétiens[224].
Dans l'apologétique chrétienne, la séparation d'avec le judaïsme s'est esquissée au cours d'une réunion décrite dans les Actes des Apôtres, qui sera nommée rétrospectivement le « concile de Jérusalem », réunion qui admet l'adhésion des non-juifs sans les circoncire, et écarte de fait l'application littérale des lois judaïques au moins pour lesprosélytes.
L'historiographie de cette séparation s'articule autour de deux pôles : l'école européenne considère qu'elle est actée avec laBirkat haMinim, qui serait écrite en 135 ; l'école anglo-saxonne[225] remarque que bien des cérémonies sont encore communes dans certaines régions (surtout en Orient, mais parfois en Occident) jusqu'auVe siècle, c'est-à-dire quand la période des concileschristologiques est déjà engagée.
Les sources de la vie de Jésus ont longtemps reposé essentiellement sur des documents littéraires produits par lechristianisme lui-même. Esquisser l'histoire de Jésus s'est ainsi longtemps fait suivant le canevas proposé par les textes canoniques duNouveau Testament, par laTradition et par certains passages apocryphes qui ont noué la trame de la traditionnelle « histoire sainte », laquelle sera la norme pendant des siècles, amplement et spectaculairement relayée et magnifiée par l'iconographie chrétienne. Or les auteurs des Évangiles canoniques n'avaient pas pour objet de livrer une documentation de caractère historique à la postérité mais bien un témoignage de foi[226].
La nécessité d'une approche historique et rationnelle de Jésus est apparue auXVIIIe siècle avecHermann Samuel Reimarus et son traité surLes Desseins de Jésus' et de ses disciples (publié par Lessing en 1778), qui voulait« arracher Jésus au dogme chrétien » pour« retrouver le Juif de Palestine » et« le restituer à l'histoire »[227]. AuXIXe siècle, il y eut de nombreux auteurs pour écrire une « vie de Jésus » à visée de reconstitution historique, comme celle, célèbre, d’Ernest Renan en France, où l'imagination suppléait souvent au silence des sources.
Certainsmythologues ont pensé résoudre les difficultés rencontrées par l'historien en expliquant lesÉvangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique dans une démarche qui ne résiste plus à l'analyse[228]. Si l'existence de Jésus n'est plus guère discutée que par quelques auteurs en dehors du milieu académique spécialiste, la nature de cette existence reste, quant à elle, bel et bien débattue sous différents aspects.
Les textes constituent des sources d'étude valables pourvu qu'ils soient soumis à la critique. L’étude des premiers temps du christianisme, l'exégèse de laBible et des autres textes comme lesapocryphes, constituent aujourd’hui une discipline à laquelle contribuent en commun des chercheurs et des universitaires, religieux et laïcs, quelles que soient leurs convictions et leur appartenance religieuse. La plupart des publications actuelles traitant de la naissance du christianisme pointent, outre une meilleure interdisciplinarité, l'enrichissement de la documentation que les découvertes archéologiques et les nouvelles sources documentaires ont permis depuis le milieu duXXe siècle[229], particulièrement depuis les années 1990.
Papyrus 37, extrait de l'évangile selon Matthieu, vers 250, University of Michigan.
LeNouveau Testament dans son entier est la source la plus complète dont on dispose concernant la vie et l'enseignement de Jésus.
LesÉvangiles selonMatthieu,Marc etLuc, qui racontent l'histoire de Jésus d'un point de vue relativement semblable, sont dits « synoptiques ». L'évangile selon Jean relève, lui, d'une autrechristologie, appelée « johannique ». Le premier des évangiles à avoir été rédigé semble être celui selon Marc. Les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent peut-être d'un document plus ancien, mais perdu, appelé « source Q ». Dans leur état actuel, les évangiles datent vraisemblablement d'entre 65 et 110[230]. Ils sont le fruit d'un long processus de recueil de paroles et leur agencement est organisé à la manière d'une « Vie » (uneVita) à l'antique, qui n'est pas une biographie[231].
LesActes des Apôtres, vraisemblablement rédigés par Luc autour de l'année 80, retracent les débuts des premières « communautés chrétiennes »[232] à partir de laPentecôte qui, dans l'évangile selon Luc, peuvent préfigurer l'« Église universelle »[233]. Ils racontent le début de la diffusion de ce qui est alors un « obscur courant du judaïsme »[234], dans certaines parties de l'Empire romain, dans une vision centrifuge à contre-courant de l'eschatologie juive centrée sur Jérusalem.
Papyrus Egerton 2 un évangile apocryphe à l'auteur inconnu, entre 100 et 150, British Museum, Londres.
Lesagrapha, mot signifiant « choses non écrites », sont des paroles de Jésus qui ne se trouvent pas dans les textes canoniques. Certaines d'entre elles pourraient être authentiques. Elles proviennent de variantes des Évangiles, despapyri d'Oxyrhynque, des textesapocryphes duNouveau Testament comme l'Évangile selon Thomas, dont les fouilles deNag Hammadi ont mis au jour une traduction complète en copte et dont l'attribution à l'apôtre Thomas est rejetée par les chercheurs. LePapyrus Egerton 2 publié pour la première fois en 1935, composé de 4 fragments, retranscrit des faits et des paroles à rapprocher de l'Évangile selon Jean.
Lesapocryphes (du grecαπόκρυφος /apókryphos, « caché ») sont très divers dans leur style et leur contenu : récits de l'enfance (Protévangile de Jacques), recueil delogia (Évangile selon Thomas), descente aux Enfers (Actes de Pilate), harangues, récits de miracles, etc. Lacritique textuelle laisse cependant apparaître une fiabilité documentaire nettement supérieure des textes du Nouveau Testament[236].
Il n'existe aucun acte officiel des autorités romaines se rapportant à Jésus. Le premier chroniqueur qui évoque Jésus vers94 estFlavius Josèphe, romain d'origine juive né en39. Son témoignage mentionne, dans sesAntiquités judaïques, Jésus à deux reprises. Il est évoqué au sujet de la lapidation deJacques de Jérusalem, décrit comme « le frère de Jésus appelé Christ »[v 48]. Un passage beaucoup plus développé consacré à Jésus lui-même, connu sous son nom latin deTestimonium flavianum, le décrit comme « un homme exceptionnel, [qui] accomplissait des choses prodigieuses […] et se gagna beaucoup de monde parmi les juifs… », puis mentionne la résurrection, l'admiration et la foi de ses disciples évoquant une lignée de « chrétiens » qui se perpétue à l'époque de Josèphe[v 49]. L'authenticité de ce passage fait encore l'objet de débat, la plupart des commentateurs envisagent aujourd'hui que ce passage, en son état actuel, a été retouché par des mains chrétiennes, ce qui n'exclut pas que Josèphe ait rédigé une notice sur Jésus, peut-être moins enthousiaste[239].
Chez les auteurs romains, on trouve des mentions fugitives de Jésus ou de son mouvement dans des écrits du début duIer siècle[241], chez trois personnalités qui par ailleurs se connaissent,Pline le Jeune (~61-113),Tacite (58-~120) etSuétone (~70-~140).
Le témoignage le plus ancien est une lettre dePline le Jeune, alorsgouverneur de laprovince de Bithynie et Pont, à l'empereurTrajan[v 50], dont la datation se situe, selon les chercheurs, entre110[242] et113[243]. Pline demande conseil à l’empereur au sujet des résultats d'une enquête qu'il a menée sur des chrétiens deBithynie à la suite d'accusations à leur encontre parvenues jusqu'à lui, et explique qu'il ne les trouve fautifs d'aucun crime et qu'au contraire, ils s'engagent à n'en pas commettre[244]. Le gouverneur, se fondant sur les témoignages delapsi, décrit notamment leur « habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil et d’adresser un cantique à Christ comme à un dieu (quasi deo) »[245] mais ne semble rien savoir de Jésus de Nazareth[246].
Vers la même époque, dans sesAnnales[v 51] datées entre115 et118, le sénateur et historienTacite, alorsproconsul d'Asie, évoque unepersécution des chrétiens par l'empereurNéron à la suite de l’incendie de Rome de 64[247] : ce dernier tente de se débarrasser de la rumeur persistante selon laquelle il est l'auteur de l'incendie[247] en reportant les soupçons sur des gens détestés car« ennemis du genre humain » (odium generis humani)[241], que la foule appelle chrétiens (Chrestianos)[248], un nom qu'ils tiennent « Christ » (Christus)[243], terme que Tacite prend pour un prénom et non pour l'appellation messianique[248].
C'est à l'occasion de cet épisode que Tacite situe historiquement l’exécution de ce « Christ » qui est condamné au supplice par le procurateurPonce Pilate qui officie sous le règne deTibère. Tacite décrit ensuite qu'après une répression momentanée, « cette exécrable superstition (exitiabilis superstitio) [des chrétiens] a refait surface, non seulement en Judée, où elle était apparue, mais à Rome même »[243]. Bien qu'on ignore les sources auxquelles Tacite puise ses informations et malgré son aspect laconique mais factuel, ce passage constitue la preuve la plus forte concernant la mort de Jésus qui soit externe à la littérature néotestamentaire[249].
Quelques années plus tard, vers120, l'avocat romainSuétone évoque les chrétiens à deux reprises dans saVies des douze Césars deSuétone : dans laVie de Néron[v 52], il évoque qu'on a livré au supplice les chrétiens (christiani)[250] qui s'adonnent à une« superstition nouvelle et maléfique »[243] puis, dans laVie de Claude[v 53], il relate l'action de ce dernier à l'encontre des juifs qui, « se soulev[ant] continuellement à l'instigation deChrestus »[251], sont expulsés de Rome[252]. Ce passage est généralement compris par la recherche comme le témoignage de troubles entre juifs chrétiens et non-chrétiens dans la capitale et le décret d'expulsion généralement daté de 49 ou 50[243]. Par ailleurs, si la majorité des chercheurs estime qu'il faut comprendre ceChrestus comme Jésus de Nazareth[253], le point reste néanmoins débattu : en effet, le terme grec *χρεστός /khrestós(?) qui signifie « utile » est régulièrement attribué comme nom aux esclaves, pouvant dès lors désigner un agitateur de cette condition[243]. Ainsi, vu sa brièveté et les difficultés d'interprétation, le passage n'a de valeur que modérée en termes d'historicité de Jésus[254].
Autres sources païennes
Une lettre d'unphilosophestoïcien nomméMara bar Sérapion, adressée ensyriaque à son fils[255], parle d'un « sage roi » exécuté, à l'instar de Socrate et Pythagore, par les siens — ici « les Juifs » — dans ce qui est généralement accepté comme une allusion à Jésus de Nazareth[256]. Si la recherche s'accorde pour le dater d'après73, la datation du document est fort débattue, pouvant aller jusqu'à l'aube duVe siècle, avec une majorité de chercheurs inclinant pour une rédaction au cours duIIe siècle[257]. Le document, qui pose ainsi que l'assassinat d'un sage apporte la malédiction à ses auteurs, semble dépendre de traditions chrétiennes syriennes proche de l'évangile de Matthieu par son interprétation antijuive de la mort du Nazaréen ainsi que la compréhension de ce dernier comme « roi » des Juifs et nouveau législateur[258].
Vers 165, l'écrivain satiriqueLucien de Samosate (~115-200) composeLa Mort de Pérégrinos[259], une pièce dont le personnage principal, un philosophe grec du nom de Peregrinus Proteus, fait partie d'une communauté chrétienne avant d'en être chassé[258]. Sans y être explicitement nommé, Jésus est qualifié de « thaumaturge connu », de « premier législateur » ou encore de « sophiste crucifié », dans ce qui semble attester de l'idée qu'un païen pouvait se faire de celui-ci à cette époque, sans que cela aide au dossier du Jésus historique[258].
La littérature rabbinique
Dans l'importantelittérature rabbinique ou talmudique, les mentions effectives ou supposées qui semblent se rapporter à Jésus sont presque anecdotiques, tenant en une quinzaine de pages à mettre en perspective avec les quinze mille que comporte leTalmud[260]. Totalement absent des plus anciennes compilations de laMishna et de laTosefta, Jésus apparaît dans les compilations plus tardives duTalmud de Jérusalem et decelui de Babylone[261].
Pour autant, l'identification du personnage et des paroles qui lui sont attribuées fait l'objet de débats chez les spécialistes : si le nomYeshu ha-Notsri («Jésus le Nazaréen ») est explicite, on trouve des personnages commeBen Panthera (« fils de Panthera »),Balaam,Ben Stada ouPeloni (« une certaine personne ») auxquels sont prêtés, de manière vraisemblablement tardive et rétrospective, des propos attribués à Jésus, identification qui s'affirme plus nettement dans les écrits plus tardifs[262].
En tout état de cause, la littérature talmudique n'apporte pas d'informations historiques originales sur Jésus de Nazareth[n 52] ou ne fait que confirmer ce qui est déjà connu par ailleurs : elle reflète la manière dont les différents rédacteurs de ces textes perçoivent Jésus, chacun à leur époque[263],« réagiss[a]nt au christianisme qu'ils ont [alors] sous leurs yeux »[264].
Le passage le plus connu est contenu dans le traitéSandhedrin duTalmud de Babylone, datant vraisemblablement duIIe siècle[261] : il rapporte l'histoire, située à l'époque des persécutions des pharisiens parAlexandre Jannée (103–76 av. J.-C.), d'un rabbi Yehoshuah ben Perahiah dont le disciple Yeshu (ou « Yeshu ha-Notsri » dans les éditions plus tardives) se voit reproché d'être« un rabbi [ayant] mal tourné » qui, pratiquant la sorcellerie ou la magie et se livrant à l'idolâtrie, dévoie et trompe Israël[265]. Ce Yeshu, auquel sont attribués cinq disciples — Mattai, Naqi, Netser, Boni et Todah[266] — , est« pendu »[267] de la veille de la Pâque[261], dans un récit au cadre strictement juif[268] .
Si le christianisme des premiers temps a pu passer pour un nouveau courant acceptable au sein du judaïsme, il a rapidement soulevé le problème de l'adhésion de membres païens sans en faire d'abord des Juifs[273]. La question se pose au moment de la création de la Torah rituelle, celle des 613 commandements[274],[275], et, en ce qui concerne les membres non juifs, le problème prend plus de poids quant aux règles de pureté rituelle[n 53] et les moyens de « réconciliation »[n 54]. La messianité, bien qu'elle ait joué un certain rôle lors de la condamnation de Jésus, n'est pas alors déterminante de l'autodétermination juive de cette époque puisque certains courants du judaïsme, tels les sadducéens, allaient jusqu'à renoncer à cette attente[276].
Le judaïsme, religion de Jésus lui-même, n'a pas de point de vue particulier sur Jésus ; très peu de textes juifs se réfèrent à lui. En effet, le fondement même de lafoi juive, est la croyance en un Dieu unique, sans aucun intermédiaire[v 54]. LaTrinité chrétienne y est comprise comme une croyance en Jésus en tant que divinité, partie de divinité ou fils de Dieu, ce qui est incompatible avec le judaïsme[277]. « Pour un Juif, toutefois, n'importe quelle forme deshituf (croyance en d'autres dieux en plus du Dieu d'Israël) équivaut à une idolâtrie dans le plein sens du terme. Il n'est pas possible pour un Juif d'accepter Jésus comme une divinité, un médiateur ou un sauveur (messie), ou même comme un prophète, sans trahir le judaïsme »[278]. « Les Juifs ont rejeté les revendications que Jésus répond aux prophéties messianiques de la Bible hébraïque, ainsi que les revendications dogmatiques le concernant émises par les pères de l'Église, c'est-à-dire qu'il est né d'une vierge, qu'il est le fils de Dieu, qu'il fait partie d'une Trinité divine et qu'il a ressuscité après sa mort. Pendant deux mille ans, un vœu central du christianisme a été d'être un objet de désir de la part des Juifs, dont la conversion aurait montré leur acceptation du fait que Jésus remplit leur propre prophétie biblique »[279].
Pour cette raison, les questions apparentées, telles que l'existence historique de Jésus, sont considérées comme hors de propos dans le judaïsme.
L'eschatologie juive considère que la venue duMessie sera associée avec une série d'évènements spécifiques qui ne se sont pas encore produits, y compris le retour des Juifs en Terre d'Israël, la reconstruction duTemple, une ère de paix[v 55].
LeCoran parle de Jésus sous le nom d’`Îsâ[280], personnage indissociable dans les textes coraniques de sa mèreMaryam (« Marie »)[281]. Il est ainsi souvent désigné sous le nom deal-Masïh[n 55]`Îsâ ibn Maryam[n 56] présenté avec celle-ci comme modèles à suivre[281].
Jésus fait partie des prophètes dits de la « famille de'Îmran » avec sa mère, son cousinYahyâ (Jean le Baptiste) et le père de celui-ciZacharie[282]. La foi populaire musulmane accorde une grande importance à Jésus et Marie[n 57] tandis que Jésus, tourné vers la beauté du monde, apparait par ailleurs souvent avec son cousin Jean, ascète radical, avec lequel il forme une façon de « gémellité spirituelle permanente »[283].
L'insistance marquée sur la filiation à Marie est un clair rejet de la filiation divine de Jésus ; néanmoins, la tradition musulmane souligne le caractère miraculeux de sa naissance virginale sans père connu, Joseph — absent du texte coranique — étant considéré par la tradition comme un cousin de Marie. Dans le Coran, Jésus est en effet créé par lekun[n 58],[v 56], l'« impératif divin », et conçu par unrûh de Dieu, souffle divin intemporel envoyé à Marie, le même souffle qui animeAdam et transmet la révélation àMahomet[284],[v 57].
Le Coran partage avec les apocryphes chrétiens de nombreuses scènes de vie de Marie et d’enfance de Jésus : offrande de Marie[v 58], vie de Marie au Temple[v 59], prise en charge de Marie[v 60], nativité sous un palmier[v 61], Jésus parle au berceau[v 62], il anime des oiseaux en argile[v 63].
Dans le Coran, Jésus apparait comme unprophète, annonciateur de Mahomet, qui prêche le monothéisme pur, accomplit des miracles, opère des guérisons, ressuscite les morts et connait les secrets du cœur. Jésus confirme laTorah, dont il atténue les prescriptions légales[285], tandis que son « Écriture », contenue dans l’Injil, est présentée comme« une guidance et une lumière »[286] que les chrétiens auraient négligée.Ibn Arabi lui confère le titre de « sceau de la sainteté »,« le plus grand témoin par le cœur », tandis que Mahomet est le « sceau des prophètes »,« le plus grand témoin par la langue »[284]. Sa prédication auprès des juifs aurait été un échec[287] et il est suivi des seuls apôtres. Les juifs auraient alors voulu le punir en le crucifiant mais Dieu ne l'a pas permis et lui aurait alors substitué un sosie[288] avant de le rappeler à lui[v 64]. Néanmoins, la fin terrestre de Jésus reste obscure, aucun passage ne signifiant clairement ce qu'il en est advenu.
La représentation de Jésus dans le Coran lui confère également une dimensioneschatologique[289] : son retour sur terre, en tant que musulman, est le signe de la fin du monde et du Jugement dernier tandis que beaucoup dehadiths le présentent comme le principal compagnon duMahdi, Sauveur de la fin des temps[290].
En définitive, on trouve dans le Coran quatre négations catégoriques concernant Jésus, par crainte d'associationnisme (shirk)[284] : il n'est ni Dieu, ni son fils, ni le troisième d'une triade[n 59] pas plus qu'il n'a été crucifié[v 65] car cela aurait été « indigne » d'un prophète de son« importance »[284].
Enfin, depuis le début duXXe siècle, une minorité musulmanesyncrétiste, lesAhmadis, voue à Jésus un culte tout comme auxsaints de l'islam. Le lieu de culte, situé àSrinagar auCachemire, est un tombeau qu'elle dit être celui deYuz Asaf identifié à Jésus. Ce courant développe unechristologie particulière selon laquelle Jésus est unprophète deDieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma et non mort et, une fois soigné, serait venu finir sa vie au Pakistan jusqu'à 120 ans[291]. Cette doctrine est celle de l'« évanouissement ».
Les auteurs des évangiles, issus d'un contexte judaïque généralement réticent à l'égard des images par peur d'idolâtrie, semblent considérer que les paroles de Jésus sont plus importantes que son apparence et ne donnent aucune description de celui-ci[292].
Mieux, les seules allusions néotestamentaires énoncent l'impossibilité et le refus de donner des traits physiques au Jésus de l'Histoire : « transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil » (Mt 17,2) ; Paul ne voit aussi qu'« une grande lumière » (Ac 22, 6) lors de saconversion ; et lors des christophanies, les intimes de Jésus ne reconnaissent pas ses traits dans le Ressuscité qui leur apparaît.
L'art chrétien ne va pas de soi et trouve ses origines dans l'art païen et polythéiste, en l'imaginaire duquel les peintres et sculpteurs antiques puisaient. Lespères de l'Église, pour leur part, contestaient l'art en tant que tel en des termes assez durs et se réclamaient de l'Ancien Testament qui condamne radicalement l'iconographie[v 66].
Clément d'Alexandrie liste néanmoins, vers 200, des éléments qui peuvent endosser une signification chrétienne sur les sceaux ou les bagues, tel le poisson, un symbole chrétien dont le terme grec (ἰχθύς /Ichthus) constituait un acronyme des noms de Jésus[n 60].
Si au début duIVe siècle leconcile d'Elvire interdit encore les images peintes sur les parois des églises, l'art chrétien a cependant déjà pris son essor, dans une visée qui n'est pas étrangère à l'apologétique[300].
L'évolution du rapport à la représentation du Christ se transforme dès le premier tiers duIIe siècle et une iconographie christique apparaît progressivement dans lescatacombes et sur lessarcophages. Les représentations en demeurent cependant rares au profit de figures de l'Ancien Testament, comme Moïse ou Jonas, et Jésus n'est représenté que dans un petit nombre de scènes : son baptême, des miracles ou guérisons, l'entrevue avec laSamaritaine… Son action dethaumaturge est souvent soulignée dans cette première vague iconographique qui le présente également parfois au milieu de ses disciples à l'instar des philosophes grecs[292].
Ce Jésus des premières représentations est souvent beau, juvénile, voire séduisant — même si son visage est souvent « passe-partout », ne se différenciant guère de l'iconographie habituelle du panthéon gréco-romain — à contre-courant des descriptions des Pères de l'Église qui le présentent comme quelconque, voire laid ou pitoyable[292]. Il est souvent représenté sous forme du « Bon Pasteur » dans une image qui procède d'unHermès « criophore »[301], à mettre en parallèle avecOrphée, un autre « bon pasteur », image qui va se multiplier sur les premiers sarcophages chrétiens et sur les voûtes des hypogées.Hermas décrit par exemple Jésus auIIe siècle comme « un homme à l'air majestueux, en costume de pâtre, couvert d'une peau de chèvre blanche, une besace sur l'épaule et unehoulette à la main »[302].
Les traditionnelles représentations de laVierge à l'Enfant puisent quant à elles leurs origines dans les représentations de la déesse d'origine égyptienneIsis[302] allaitantHarpocrate, l'Horus enfant[303]. Paradoxalement, alors que l'enfance de Jésus est presque totalement éludée par les évangélistes canoniques, l'enfant Jésus (le« petit Jésus » en langue populaire) est un des thèmes les plus présents dans l'iconographie chrétienne. Le sujet de laVierge à l'enfant est ainsi le plus représenté de tout l'art chrétien devant laCrucifixion[304].
Art occidental
Fra Angelico,Descente de Croix, vers 1440, Museo di San Marco, Florence
L'Église catholique autorisant les représentations du Christ, celui-ci a été l'objet d'un nombre incalculable de figurations sous forme de portraits, de tableaux mettant en scène sa vie, de sculptures, de gravures, devitraux, etc. Dans l'art occidental, le personnage de Jésus est certainement celui qui a fait l'objet du plus grand nombre de représentations. Une des figurations les plus courantes est celle duChrist en croix, au moment de saPassion. Toutes ces représentations relèvent de la création artistique, aucune image contemporaine au Christ ne nous étant parvenue. Quelques imagesacheiropoïètes (« non faites de main d'homme ») — dans une christianisation de la tradition païenne des « images tombées du ciel » — prétendent représenter le « véritable » visage de Jésus. Malgré la diversité des artistes et des époques, elles ont toutes quelques traits communs. En fait, les représentations de Jésus obéissaient à descanons artistiques précis[305], basés sur la tradition et les plus anciennes représentations connues : Jésus est présenté comme un homme blanc, de taille moyenne, plutôt mince, au teint mat et aux cheveux bruns, longs ; il sera plus tardivement représenté avec une barbe[306].
Sa tête est souvent entourée d'un cercle lumineux ou doré, l'auréole, attribut figurant la sainteté d'un personnage. La position de ses mains a souvent une signification religieuse. L'Église catholique ayant exprimé le souhait que la vie de Jésus puisse être comprise par tous, il n'est pas rare de trouver en Afrique des figurations du Christ en hommenoir, ou en Amérique du Sud des représentations de sa vie avec des vêtements locaux. Ce phénomène est ancien, puisque les artistes de laRenaissance représentaient déjà Jésus entouré de personnages habillés selon la mode de leur siècle.
Au Moyen Âge, les représentations visuelles avaient une fonction éducative : en mettant en scène la vie de Jésus-Christ, on diffusait la culture chrétienne à des personnes ne sachant généralement pas lire, et n'ayant de toute façon pas accès aux livres. C'est ce qui est à l'origine de lacrèche de Noël. Certaines scènes sculptées sur lescalvairesbretons sont de véritables résumés de la vie de Jésus. De même, toute église catholique est pourvue d'unchemin de croix (en latinVia Crucis) qui figure en14 étapes, les « stations », les différents moments de la Passion du Christ, depuis sa condamnation jusqu'à sa mise au tombeau. Généralement réparties sur les pourtours de la nef, ces étapes sont représentées par des tableaux, des sculptures ou des croix accompagnées du numéro de la station.
1959 :Ben Hur deWilliam Wyler avecCharlton Heston (le film se déroule dans laJudée des années 19-30 apr. J.-C. et met en scène un juif, Juda Ben Hur, qui perd sa famille, ses biens et sa liberté à cause de l'occupant romain et décide de se venger ; il rencontre le Christ à plusieurs reprises et assiste à saCrucifixion).
Dans son analyse de quelques œuvres de cette filmographie (celles de Pasolini, Scorsese, et M. Gibson), le cinéastePaul Verhoeven (membre par ailleurs duJesus Seminar) écrit :« Jamais personne n'a tourné de film réaliste sur la vie du Christ. Je veux par là que personne n'a jusqu'ici voulu le décrire comme un simple humain, considérer ses « miracles » — pour autant qu'ils aillent à l'encontre des lois de la nature — comme « impossibles » et par conséquent, les effacer ou les réinterpréter. » À l'exception du film des Monty Python, dit Verhoeven,« le cinéma s'est généralement contenté de paraphraser les Évangiles avec un surplus de sainteté »[312].
Jésus de Nazareth qui, pour les chrétiens, est ressuscité avec son enveloppe charnelle, a pu néanmoins laisser des traces de sa vie matérielle qui peuvent être considérées comme desreliques par certains croyants, ce suivant des traditions plus anciennes : dès l'époque paléochrétienne, on montrait aux pèlerins qui faisaient le voyage de la Terre Sainte différentes reliques vétérotestamentaires comme laverge d'Aaron qui, d'après l'Épître aux Hébreux, était conservée dans l'arche de l'Alliance dans le saint des saints du Temple de Jérusalem[v 67].
Le culte des reliques relatives à la vie et la Passion de Jésus a débuté vers325, avec la tradition de l'excavation du tombeau enfoui de Jésus (kokh de typeloculus ouarcosolium) sur l'ordre de l'empereurConstantin[313]. La découverte légendaire[314] de la « vraie Croix », que la tradition attribuera par la suite à l'impératriceHélène, mère de Constantin, est probablement contemporaine de ces fouilles[315] et un complexe d'édifices cultuels de dévotions est bientôt construit pour accueillir les pèlerins. Cette découverte semble avoir eu un grand retentissement et, dès lesVe et VIe siècles, les pèlerins les plus illustres affluent pour obtenir des fragments de l'objet[315] que l'on retrouve dès cette époque en Occident. En 680, le pèlerinArculfe atteste qu'il a vu à Jérusalem, dans l’Anastasis — premièreéglise de la Résurrection — exposée une série de reliques : le plat de la Cène, l'éponge et lalance qui a percé le flanc de Jésus lors de la Crucifixion, ainsi qu'unsuaire ayant couvert le visage de Jésus au tombeau[316].
Le développement du culte des reliques qui s'ensuit à la période carolingienne[317] — pour atteindre, à la suite descroisades, son apogée auMoyen Âge — relève d'une « spiritualité du voir et du toucher »[318] qui essaie d'entrer en contact avec la sainteté dont sont porteurs les « témoins » matériels de la vie de Jésus, témoins matériels qui tendent dès lors à se multiplier et se disséminer un peu partout à travers l'Europe, après avoir été centralisés dans un premier temps à Constantinople. Devenues signe, voire enjeu, de pouvoir et de légitimité[319], elles vont rapidement faire l'objet, comme le montrePeter Brown, d'un intense commerce[320] ; d'autres auteurs ont également montré l'essor de ce commerce selon un trajet Orient vers Occident à partir descroisades[321].
Si les reliques se rapportant à Jésus sont littéralement innombrables, on peut cependant les classer en plusieurs catégories. D'une part, lesipsissima loca sont les « lieux mêmes » qui ont pu voir évoluer Jésus. Cependant, les précisions topographiques sont rares et secondaires, car« le but des évangélistes étant d'abord la délivrance d'un message théologique », ce qui laisse le champ libre à l'imagination desinventeurs empiriques et inspirés[322]. D'autre part, certains fidèles vénèrent des « instruments de la Passion » tels que lacouronne d'épines, l'éponge, lalance qui lui a percé le flanc, etc.), ou encore des reliques corporelles liées à la vie publique de Jésus (calice utilisé lors de laCène) ou même à son enfance (sang,sandales,dents de lait…), et leslinges funéraires etsuaires. Beaucoup des reliques sont rejetées par les autorités religieuses[323] et les excès de leur culte font l'objet de contestations.
Notes et références
Notes
↑Le Christcriophore (du grecκριός /krýos, « bélier » etφόρος /phorόs, « qui porte ») porte une brebis sur ses épaules. Un coq est placé à sa droite, et une autre brebis à sa gauche. Il porte dans sa main droite unemulctra, un vase à traire le lait de brebis. Dans l'iconographie paléochrétienne, certains savants commeGiovanni Battista de Rossi ont voulu faire de ces thèmes iconographiques des symboles spécifiquement chrétiens : le coq symbolise lereniement de Pierre, le mouton labrebis égarée et le lait l'Eucharistie. L'art chrétien naissant a en fait remployé des motifs iconographiques païens tout en leur infusant un sens nouveau. CfAlphonse Veyries,Les Figures criophores dans l'art grec, l'art gréco-romain et l'art chrétien, E. Thorin,,p. 71.
Occurrences de prénoms masculins dans la Palestine duIer siècle
Prénom
Fréquence (%)
Simon
10,2
Joseph
9,2
Juda
7,1
Éléazar
7,1
Johanan
5,1
Joshua (Jésus)
4,1
Hananiah
3,4
Jonathan
3
Mattathias
2,5
Ménahem
1,8
↑À six reprises dans les Évangiles, sauf Marc, par ex.Mt 2. 23, et six dans les Actes, par ex.Ac 2. 22.
↑Un passage desActes des Apôtres rapporte que l'avocat Tertulle accuse l'apôtrePaul en ces termes : « Nous avons trouvé cet homme, qui est une peste, qui excite des divisions parmi tous les Juifs du monde, qui est chef du parti [en grecαἵρησις /haíresis] des nazoréens » (Ac 24. 5).
↑À quatre reprises dans l'Évangile selon Marc, et deux, selon Luc, par ex.Mc 1. 24.
↑Au radicalRab (« maître ») s'ajoute -ou (« notre ») et -ni (lenun — len — est euphonique et leyod — lei — signifie « à moi »). Ce mot translittéré, et non traduit, dans l'appellation affective utilisée parMarie de Magdala enJn 20. 15-16 pourrait se traduire par « notre maître à moi » (cf. J. Weingreen,Grammaire élémentaire de l'hébreu biblique, Paris, éd. Beauchesne, coll. « Langues anciennes », 1988).
↑Dans le grec de l'Évangile selon Jean : Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος ὁ βασιλεῦς τῶν Ἰουδαίων.
↑L'existence d'un tel village à cette époque est confirmée par l'archéologie qui trouve des traces à la période hellénistique, au plus tôt auIIe siècle av. J.-C., le village ne devant pas abriter plus de 400 habitants à l'époque de Jésus ; Jacques Brien (dir.),Terre sainte, cinquante ans d'archéologie, éd. Bayard, 2003,p. 845 à 855.
↑SelonCharles Perrot, lesrécits de l'enfance de Jésus de Matthieu et Luc « posent de nombreux problèmes littéraires et historiques, tant leur écriture apparaît tardive, relevant plutôt du merveilleux à la manière des récits d'enfance du monde judéo-hellénistique ». Source : Charles Perrot, « Les récits de l'enfance de Jésus », dansLes dossiers d'archéologie, 1999 - 2000,no 249,p. 100-105.
↑Ainsi,Matthieu utilise par exemple le thème de l'infanticide que l'on retrouve dans le passage sur la naissance deMoïse présentée parFlavius Josèphe (Antiquités judaïques, II, 205-209) ; ou encoreLuc fait par exemple référence à uneéglogue deVirgile, bien connue à l'époque, où est annoncée la naissance d'un enfant divin né d'une vierge, allusion à la naissance d'Auguste ; cf.Schröter 2018,p. 70-71.
↑Quelques historiens et exégètes placent la naissance et mort de Jésus entre les années mentionnées parmi lesquels les chercheurs anglo-saxons :D. A. Carson,Douglas J. Moo etLeon Morris(en).An Introduction to the New Testament. Grand Rapids, MI: Zondervan Publishing House, 1992, 54, 56 ;Michael Grant,Jesus: An Historian's Review of the Gospels, Scribner's, 1977,p. 71 ;John P. Meier,A Marginal Jew, Doubleday, 1991–, vol. 1:214 ;E. P. Sanders,The Historical Figure of Jesus, Penguin Books, 1993,p. 10–11, etBen Witherington III, « Primary Sources »,Christian History 17 (1998) No. 3:12–20.
↑Même si le recensement de la Judée, également évoqué dans l'évangile selon Luc, eut lieu après la déposition d'Hérode Archélaos en 6 de notre ère, quandPublius Sulpicius Quirinius était gouverneur de Syrie, cf.Ernest Renan,Vie de Jésus, Paris, Michel Lévy, 1864, tome 1,p. 232–235.
↑Première mention connue sans équivoque, dans leChronographe de 354, partie XII :VIII kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae (« Huit jours avant les calendes de janvier, naissance du Christ à Bethléem en Judée »). Mais, par divers recoupements avec des recensions plus anciennes, on peut penser qu'il existait une cérémonie de ce type dès 336. Source :(en) Susan K. Roll,Toward the Origins of Christmas, Peeters Publishers,,p. 85.
↑L'évangile selon Luc lui trace une ascendance paternelle et le donne pour fils de Joseph fils d'un « Héli fils de Matthan » tandis que l'évangile selon Matthieu parle de Joseph « fils de Jacob fils de Matthan ».
↑Décrit comme charpentier (Mc 6. 3) et lui-même fils de charpentier (gr : τέκτονος υἱός,Mt 13. 55), le terme grectektōn pouvant également signifier « menuisier », « maçon », « artisan » ou encore « constructeur » ; cf.Simon ClaudeMimouni,Jacques le juste, frère de Jésus, Paris, Bayard Culture,, 200 p.(ISBN978-2-7470-6140-7,lire en ligne),p. 111.
↑Virginité perpétuelle qui est une doctrine catholique et orthodoxe, qu'il ne faut pas confondre avec la doctrine chrétienne de laConception virginale de Jésus, ni avec le dogme catholique de l'Immaculée conception de Marie
↑Pour « ingénieuse » qu'elle soit, la position de Jérôme est considérée comme « complexe », voire « des plus farfelue » (Mimouni) dans la mesure « où elle aboutit à la neutralisation complète des quatre frères de Jésus » dont deux ont pour pèreClopas, le frère de Joseph, et les deux autres pour mère Marie, femme d'Alphée, qui épouse Clopas en secondes noces ; elle est également « inadéquate » (Marguerat) dans la mesure où , après examen des sources, jamais le terme « adelphos » n'est affecté à un champ de signification allant jusqu'au cousinage.
↑La lecture traditionnelle catholique veut que l'offrande présentée à cette occasion soit celle du rachat du premier-né. Cependant, l'offrande de deux tourterelles citée dans l'épisode de laprésentation au Temple n'est que celle de la purification de l'accouchée (Lv 12. 1-8).
↑« Jésus est connu comme fils d'une femme veuve. […] Dans un milieu de civilisation artisanale, on entrevoit, du point de vue pratique, son apprentissage du métier sous la direction de Joseph mais aussi, du point de vue psychologique, son adoption du mode de vie qu'il a vu réalisé chez son père » (cf.Pierre Grelot,Joseph et Jésus, Beauchesne, 1975,p. 2)
↑Même si la région faisait partie de l'administration romaine, le latin y était pratiquement inconnu comme langue administrative.
↑Irénée de Lyon, se basant sur un verset johannique (Jn 8. 57) a pu considérer que c'est plus près de l'âge de cinquante ans que le ministère a débuté, âge canonique que Jésus n'aurait pas franchi dans une interprétation qui résiste difficilement à l'analyse philologique[124]. Cette approche d'un Jésus proche de cinquante ans, défendue par l'exégète Georges Ogg dans les années 1940, n'est plus retenue ; cf. John B. Cobb,Thomas pris de doute, Van Dieren ed., 1998 qui fait un tableau des nouvelles réceptions de Jésus, y compris les réceptions ethno-théologiques.
↑Des durées plus importantes sont parfois avancées : un manuscrit tardif parle d'un ministère s'étendant de 46 à 58 ; cf.GeorgeOgg,The Chronology of the Public Ministry of Jesus,Cambridge University Press,,p. 94.
↑Jean le Baptiste est le fils d'une famille sacerdotale de Jérusalem, où son pèreZacharie est grand-prêtre, avec laquelle il semble avoir rompu ; cfÉmile Puech, « Jean-Baptiste était-il essénien ? », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 172 ;Baslez 2017,p. 83.
↑Sa tenue rappelle les prophètes et évoque les vêtements d'Élie, et il ne fait pas de doute que Jésus l'identifie au prophète qui devait « tout remettre en ordre » et préparer l'avènement de Dieu, cf. Simon Legasse, « Jean-Baptiste et Jésus dans les évangiles », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 184, 189.
↑On trouve le mot « apôtres » dans selon Luc (Lc 6. 13) mais le seul passage des évangiles où on parle explicitement des « Douze apôtres » est dans selon MatthieuMt 10. 2.
↑cf.Mc . 7-13 et parallèles ; Albert I. Baumgarten, « Jésus de Nazareth », in Jean-Robert Armogathe (dir.)Histoire générale du christianisme, vol I, éd. Quadrige/PUF, 2010,p. 28.
↑Jacques et Jean, fils de Zédédée,Matthieu,Judas… sont des patronymes sémitiques classiques
↑Les rédacteurs des évangiles lui donnent une connaissance des textes religieux dans les nombreuses polémiques qui émaillent les évangiles, notamment avec lespharisiens, et dont il se sort avec virtuosité, toute… pharisienne, comme le montre la discussion sur le respect dushabbat quand une vache tombe dans le puits. La structure rhétorique est celle mise au point par les pharisiens au point que certains auteurs récents (egHyam MaccobyJesus the pharisee (2003) etJames DG DunnJesus, Paul and the Law: Studies in Mark and Galatians, John Knox Press 1990) en font un pharisien. Les récits concluent que ses adversaires n'osent plus l'affronter (cf.Mt 22. 46,Mc 12. 34,Lc 20. 40)
↑Étienne Nodet o.p. signale que la structure du groupe « Jésus + disciples » correspond à la structure « Maître + disciples » que pratiquaient seuls les maîtres pharisiens. DansÉtienne Nodet o.p. etMarie Françoise BaslezLa crise maccabéenne : Historiographie juive et traditions bibliques, CERF, recension et interview de Nodet dans « Le Monde de la Bible,no 168 »
↑Les apôtres sont nommés dansMt 10. 2-5,Mc 3. 13-19,Lc 6. 12-16. « Iscariote » vient du latinsica qui donne « sicaire ». La présence d'un Zélote et d'un sicaire parmi les proches de Jésus a nourri un débat chez les exégètes sur la proximité de ce courant révolutionnaire avec les idées de Jésus mais cette approche est désormais frappée d'obsolescence ; voir « Jésus et les Zélotes » S.G.F. Brandon, 1967 etJohn Paul Meier, Un certain juif : Jésus. Les données de l'histoire, vol. III
↑L'épisode du lavement des pieds (Jn 13. 3-17) montre Jésus accomplissant un acte de servitude absolue, qu'il n'est possible d'exiger que d'unesclave non juif (Mekhilta, citée dansLe Talmud de R.A.Cohen). Cette idée est exprimée sans son geste radical dans les synoptiques (Mt 20. 24-28,Mc 10. 41-45,Lc 22. 24-27).
↑L'évangile selon Matthieu le fait s'adresser aux « brebis perdues de la maison d'Israël »Mt 15. 24 ouMt 10. 6 ou Bible de Jérusalem.
↑Jn 19. 19 cité par Claude Tassin ; dans les bibles en grec « ἰησοῦς ὁναζωραῖος ὁ βασιλεὺς τῶν ἰουδαίων » et, dans laVulgate en latin, « IesusNazarenus Rex Iudaeorum ».
↑Suivant l'évangile selon Jean. Pour une majorité de chercheurs, la date donnée par les évangiles synoptiques, vendredi 15 de Nisan, correspondant au jour de la Pâque, est inconcevable pour une exécution car cela aurait constitué une faute politique grave de la part des Romains ; cf. Michel Quesnel, « Jésus et le témoignage des évangiles » inAux origines du Christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 200.
↑Cette dernière date est celle justifiant le choix de l'an 1 dans le calcul deDenys le Petit. Raymond E. Brown note la tendance chez les chercheurs à privilégier la première date et rejeter cette seconde date sans doute trop tardive (cf. Raymond E. Brown,La Mort du Messie (trad. de l'anglais), éd. Bayard 2005, (éd. orig. 1994),p. 1510).
↑« [L]es diverses tentatives pour concilier les contradictions chronologiques entre les synoptiques et Jean sont non plausibles, inutiles, et trompeuses. Les deux traditions évangéliques nous ont donné des informations chronologiques inconciliables. » ; Raymond E. Brown, op. cit., 2005,p. 1506
↑Le thème de Dieu révoquant la mort elle-même apparaît dès la Bible judaïque, voir la scène de la Vision d'Ézéchiel,Ez 37,1-28. « C'est YHWH qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au shéol et en remonter » (1S 2. 6).
↑« De même que tous les autres écrivains juifs, [Juste de Tibériade] n'a fait aucune mention de la venue du Christ, des choses qui lui sont arrivées, de ses miracles » ; cf. Photios,Bibliothèque,Juste de Tibériade, codice 33 de laChronique des rois des Juifs,sur le site remacle.org
↑Thierry Murcia relève toutefois deux détails : d'une part, l'usage de la dénomination « Fils de Panthera » par la tradition rabbinique pour désigner Jésus dont le père, Joseph, ou un aïeul peut avoir porté « Panthera » comme nom ; d'autre part, l'attestation d'une activité thaumaturgique de Jésus et de certains de ses disciples ; cf.ThierryMurcia,Jésus dans le Talmud et la littérature rabbinique ancienne, Turnhout,Brepols,, 810 p.(ISBN978-2-503-55215-6),p. 671.
↑Manger avec des chrétiens d'origine païenne contrevient aux lois alimentaires et cérémonielles
↑Abandon de la circoncision, de l'immersion et des sacrifices légaux dans le culte au profit de la cène
↑« L'Oint » (ou « le Voyageur ») cf. articleMessie
↑Jn 19. 19, cf. Claude Tassin, « Jean-Baptiste et les baptistes », inAux origines du christianisme, Paris, éd. Gallimard / Le Monde de la Bible, 2000,p. 178.
↑Jn 12. 20-22, cité par Pierre Debergé,La Galilée, une terre païenne ?,op. cit.,p. 293.Philippe étant un surnom grec, ce passage suggère qu'il était hellénisant.
↑Mt 11. 2-20 cité par Claude Tassin, « Jean-Baptiste et les baptistes », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/LeMonde de la Bible, 2000,p. 181.
↑Sourate 3, La famille de'Îmran, 42 :« Seigneur, répondit Marie, comment aurais-je un fils ? Aucun homme ne m'a approchée. C'est ainsi, reprit l'ange, que Dieu crée ce qu'il veut. Il dit : Sois, et il est. ».
↑Ainsi la sourate 4.171, dit :« Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas « Trois ». Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n'est qu'un Dieu unique. » Il n'est pas engendré par Allah, mais placé dans le ventre de Marie par un ordre de Dieu. La sourate 19.35 : « Il ne convient pas à Allah de S'attribuer un fils. Gloire et Pureté à Lui ! Quand Il décide d'une chose, Il dit seulement : « Sois ! » et elle est. ».
↑Sourate III, La famille de'Îmran, 31 et Proto-évangile de Jacques
↑Sourate III, La famille de'Îmran, 32, S. XIX, Marie, 16 et Proto-évangile de Jacques
↑Sourate III, La famille de'Îmran, 39 et Proto-évangile de Jacques
↑Sourate XIX, Marie, 23 et Évangile du pseudo-Matthieu…
↑Sourate III, La famille de'Îmran, 41, Sourate XIX, Marie, 30 et Évangile arabe de l’enfance
↑Sourate III, La famille de'Îmran, 43, Sourate V, La Table, 110 et Évangile de l’enfance selon Thomas…
↑La sourate 4,157 dit :« … et à cause de leur parole :Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d'Allah… Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié ; mais ce n'était qu'un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué. ».
↑LeBrown-Driver-Briggs, la référence des dictionnaires d'hébreu biblique, rapporte que le sens deYeshua peut également marquer l'« opulence » en plus de la salvation ; cf. Francis Brown, Samuel Rolles Driver et Charles Augustus Briggs, Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, éd. Clarendon Press, 1939,p. 221,article en ligne.
↑« Les Pères de l'Église ne manqueront pas d'utiliser cette homonymie : c'est "Jésus" (Christ) qui assure la victoire finale sur Amalek », in Cécile Dogniez etMarguerite Harl (dir.),Le Pentateuque. La Bible d'Alexandrie, Paris, éd. Gallimard, « Folio Essais », 2003,p. 731, note.
↑François Blanchetière, « Reconstruire les origines chrétiennes : le courant "nazaréen" », inBulletin du Centre de recherche français de Jérusalem,no 18, 2007,en ligne.
↑Simon Mimouni, « Les nazôréens descendant de l'Église de Jérusalem », inLes premiers temps de l’Église, éd. Gallimard / Le Monde de la Bible, 2004,p. 386-387.
↑John P. Meier,Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates, Paris, Éditions du Cerf, 2004,recension en ligne.
↑Selon B. Gärtner, cette dénomination ne serait pas à rapprocher des mots évoqués précédemment mais denesûrîm, « sauvés » ou « rescapés » d'Israël, qui se trouve dans leLivre d'Isaïe (Is 49. 6) ; « sauvés » se retrouve enAc 2. 47. Une dérivation deנצר,neser (« descendant », « rejeton ») est moins convaincante.
↑Pour les différentes hypothèses, voirJeanZumstein,L’Évangile selon saint Jean : (13-21),Labor et Fides,,p. 200.
↑Simon Mimouni, « Les nazôréens descendant de l'Église de Jérusalem »,op. cit.,p. 387.
↑Les paroles que les rédacteurs des évangiles placent dans la bouche de Jésus ne représentent pas les « paroles mêmes de Jésus » (lesipsima verba) mais seulement la manière dont au temps de la rédaction les disciples « ressentaient » Jésus ; cf Rudolf Bultmann,Jésus. Mythologie et démythologisation, éd. Seuil, 1968 et H. Conzelmann et A. Lindemann,Guide pour l'étude du Nouveau Testament, éd. Labor et Fides/le Monde de la Bibleno 39, 1999
↑Pierre Geoltrain, « Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. XVII.
↑Michel Quesnel, « Jésus et le témoignage des Évangiles », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 199.
↑AndreasDettwiler,« Jésus a-t-il bel et bien existé ? », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Genève, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1642-3),p. 41.
↑R. J. Zwi Werblowsky, « Hanouca et Noël ou Judaïsme et Christianisme. Note phénoménologique sur les rapports du mythe et de l'histoire », inRevue de l'histoire des religions, 1954, vol. 145,no 1,p. 30–68,article en ligne
↑Christian Bonnet et Bertrand Lançon,L'Empire romain de 192 à 325 : du Haut-Empire à l'Antiquité tardive, éd. Ophrys, 1997,p. 127,extrait en ligne ; Desroche Henri. Halsberghe (Gaston H.),The Cult of Sol Invictus, inArchives des sciences sociales des religions, 1973, vol. 36,no 1,p. 176,résumé en ligne
↑Philippe Rouillard,Les Fêtes chrétiennes en Occident, éd. Cerf, 2003,p. 27,extrait en ligne
↑Béatrice Bakhouche, Alain Moreau et Jean-Claude Turpin,Les astres et les mythes. La description du ciel, Publications de la recherche Université Paul Valéry,,p. 133.
↑Dans un modèle antique éloigné de la conception moderne de la famille nucléaire et s'apparentant davantage à une structure communautaire clanique ; cf. Daniel Marguerat,Jésus, ses frères, ses sœurs, inLe Monde de la Bible, Hors-série printemps 2009,p. 53.
↑Étienne Nodet o.p.,Qui sont les premiers chrétiens à Jérusalem, inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 242.
↑André Benoît,Les personnages de l'Évangile nommés Jacques, inAux origines du Christianisme, éd. Gallimard/Le monde de la Bible, 2000,p. 249.
↑Enrico Norelli,« Jésus en relation - des adeptes, des alliés et des adversaires », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Labor et Fides,(ISBN9782830916423),p. 91.
↑Enrico Norelli,« Jésus en relation - des adeptes, des alliés et des adversaires », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Labor et Fides,(ISBN9782830916423),p. 94.
↑Enrico Norelli,« Jésus en relation - des adeptes, des alliés et des adversaires », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Labor et Fides,(ISBN9782830916423),p. 95, 99.
↑Jonathan Bourguel,« Jacques le juste, la « colonne » (longtemps) ignorée », dans Dan Jaffé (dir.),Juifs et chrétiens aux premiers siècles : Identités, dialogues et dissidences, Cerf,(ISBN9782204113892),p. 160-162.
↑Enrico Norelli,« Jésus en relation - des adeptes, des alliés et des adversaires », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Labor et Fides,(ISBN9782830916423),p. 93.
↑« Pour l'historien [à l'instar deMaurice Goguel], contrairement au théologien, il n'y a aucun problème au sujet des frères et sœurs de Jésus »,Simon-ClaudeMimouni,Jacques le juste, frère de Jésus,Bayard,, 200 p.(ISBN978-2-7470-6140-7,lire en ligne),p. 153.
↑L'exégèse catholique est encore partagée à ce sujet entre des auteurs comme le théologien (anglican)Richard Bauckham (1994) ou le dominicain John Mc Hugh (1977) qui défendent la position de Jérôme, d'autres plus nuancés comme le théologienBernard Sesboüé (1994), les exégètes catholiquesCharles Perrot (1976) etMichel Quesnel qui estiment que c'est indécidable ou enfin d'autres encore qui suivent Meier comme l'exégèteJean-Pierre Lémonon (1994) ou les auteurs Jean Gilles (1979) et François Refoulé (1995) que Jésus a bien eu des frères et sœurs ; cf.Simon-ClaudeMimouni,Jacques le juste, frère de Jésus,Bayard,, 200 p.(ISBN978-2-7470-6140-7,lire en ligne),p. 130, 152-153.
↑Enrico Norelli, « Avant le canonique et l'apocryphe : aux origines des récits de la naissance de Jésus »,Revue de théologie et de philosophie,vol. 126,no 4,,p. 305-324.
↑(en)Eric M. Meyers,« Sepphoris : city of peace », dans Andrea M. Berlin et Andrew J. Overman,The First Jewish Revolt: Archaeology, History,and Ideology, Routledge,,p. 110-120.
↑Pierre Grelot,Quelles langues parlait-on au temps de Jésus,op. cit.,p. 56.
↑Geza Vermes affirme que « dire que Jésus parlait grec relève de la pure imagination » ; Geza Vermes,Enquête sur l'identité de Jésus, éd. Bayard, 2003,p. 228
↑Selon la traduction du latinsecta, rendant le grechaeresis qui donnera le mot français « hérésie » — qui désigne un parti ou une école philosophique ou religieuse ; cf.Mimouni et Maraval 2007,p. 33 —.
↑ab etcKatellBerthelot,« Jésus, Jean-Baptiste et Qumrân : Y a-t-il un lien ? », dans Joseph Doré et Christine Pedotti (dirs.),Jésus : L'encyclopédie, Albin Michel,(ISBN978-2226326492),p. 179-181.
↑Marcel Simon, « Qui était Flavius Josèphe ? », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 31
↑Groupes partageant l'espérance de la restauration d'un Royaume temporel, parfois par le ministère d'unmessie envoyé par Dieu ; cf.Mattei 2011,p. 28-29.
↑Jozef Naumowicz,« La date de naissance du Christ d'après Denys le Petit et les auteurs chrétiens antérieurs », dans Maurice F. Wiles, Edward Yarnold et Paul M. Parvis,Studia Patristica,vol. XXXIV, Peeters Publishers,(ISBN9789042909229),p. 292.
↑Le baptême par Jean, dans le monde complexe des baptistes duIer siècle, est peut-être original ; son lien avec les « sabéens » — ou « mandéens » — est interrogé par les historiens, cf. Claude Tassin, « Jean-Baptiste et les baptistes », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 177-178.
↑Émile Puech, « Jean-Baptiste était-il essénien ? », inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 171–174.
↑GerdTheissen,« Jésus et Jean Baptiste – rupture ou continuité ? », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Genève, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1642-3),p. 80.
↑GerdTheissen,« Jésus et Jean Baptiste – rupture ou continuité ? », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Genève, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1642-3),p. 82.
↑GerdTheissen,« Jésus et Jean Baptiste – rupture ou continuité ? », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Genève, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1642-3),p. 72.
↑GerdTheissen,« Jésus et Jean Baptiste – rupture ou continuité ? », dans Andreas Dettwiler (éd.),Jésus de Nazareth : Études contemporaines, Genève, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1642-3),p. 74.
↑Simon Legasse,Jean-Baptiste et Jésus dans les évangiles,op. cit.,p. 183.
↑a etbMarie-Françoise Baslez,Les premiers temps de l'Église, identités chrétiennes, inLes premiers temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004,p. 21.
↑Barthélemy (Bar Tholomaios) est un patronyme araméen (du moins dans son préfixe de filiationBar), cité par Pierre Debergé
↑André,Philippe,Didyme attestent de l'ouverture de la Galilée sur l'hellénisme, cités par Marie-Françoise Baslez
↑Pierre Debergé,La Galilée, une terre grecque païenne ?, inLes Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004,p. 292.
↑« Bien des hypothèses avançant une influence directe de l'essénisme sur Jean-Baptiste (…), Jésus ou Paul de Tarse sont moins que probables et indémontrables », inPierre Geoltrain,Les origines du christianisme : Comment écrire l'histoire,op. cit.,p. VI.
↑ÉmilePuech,« Jean-Baptiste était-il essénien ? », dans Pierre Geoltrain (dir.),Aux origines du christianisme, Paris, Gallimard/Le Monde de la Bible,(ISBN978-2070-4111-46),p. 173-174.
↑ÉmilePuech,« Jean-Baptiste était-il essénien ? », dans Pierre Geoltrain (dir.),Aux origines du christianisme, Paris, Gallimard/Le Monde de la Bible,(ISBN978-2070-4111-46),p. 173.
↑a etbFolker Siegert,« Les judaïsmes au premier siècle », dans Collectif,Jésus, complément d'enquête, Paris, Bayard/Le Monde de la Bible,(ISBN978-2-227-47687-5),p. 76.
↑Dan Jaffé, par exemple propose « un Jésus souvent considéré par ses propres disciples comme un Rabbi (Mc 9, 5 ; 11, 21 ; 14, 45 entre autres) […], comme un maître juif, de surcroît pharisien », cf.DanJaffé, « Entre Jésus et le judaïsme rabbinique »,Pardès,no 38,,p. 225-240(ISSN0295-5652,DOI10.3917/parde.038.0225,lire en ligne, consulté le) ; tandis queSimon-Claude Mimouni explique que« le Jésus réel n’a sans doute jamais été proche des positions pharisiennes de son temps comme le montrent certaines controverses qu’il a eues avec eux (voir par exemple Mt 15, 1-9 // Mc 7, 1-13), qu’elles soient de son temps ou de celui des évangélistes. », cf.Simon ClaudeMimouni, « Jésus et l'histoire. À propos des travaux de John P. Meier, Jesus and history. About John P. Meier’s work »,Recherches de Science Religieuse,vol. 99,no 4,,p. 529-550(ISSN0034-1258,lire en ligne, consulté le)
↑DanielMarguerat,« L'annonce du Royaume est propre à Jésus », dans Joseph Doré et Christine Pedotti (dirs.),Jésus : L'encyclopédie, Albin Michel,(ISBN978-2226326492),p. 319-327.
↑Cette « autorité », notamment au sujet de la Torah, semble s'inscrire dans une tradition prophétique plutôt que celle des interprètes de la loi, cf. Pierre Geoltrain,Les origines du Christianisme : comment en écrire l'histoire,op. cit.,p. XXIV.
↑Christian Grappe, « Prolongement et subversion de la pensée du Temple » in Christophe Batsch, Madalina Vartejanu-Joubert (dirs.)Manières de penser dans l'antiquité méditerranéenne et orientale, éd. Brill, 2009,p. 173.
↑Gérard Rochais,Jésus et les courants religieux de son époque, in « Jésus au regard de l'Histoire »,op. cit.,p. 33–34.
↑(en)Étienne Trocmé,The Passion as liturgy : a study in the origin of the Passion narratives in the four Gospels, SCM Press,,p. 51.
↑(en)Joachim Jeremias,Jerusalem in the Times of Jesus : An Investigation into Economic and Social Conditions During the New Testament Period, Fortress Press,,p. 121.
↑même si ce rituel se retrouve dans la littérature essénienne; cf Christian Grappe,Le Royaume de Dieu: avant, avec et après Jésus, éd. Labor et Fides, 2001,p. 131,en ligne
↑À côté du discours majoritaire cherchant à diaboliser Judas, toute une série d’historiens, de théologiens ou d’écrivains — d’Origène àKarl Barth — ont cherché ses motivations et l’ont plus ou moins dédouané, cf. Régis Burnet, « Faut-il faire entrer l’Évangile selon Judas dans le Nouveau Testament ? », in revueHistoire du Christianisme Magazine, juillet-août 2006
↑Tel le lavement des mains de Pilate qui reprend un thème biblique déjà évoqué dans le Deutéronome (Dt 21. 6-9) ; cité parBaslez 2003,p. 209.
↑Daniel Marguerat explique que c'est pour essayer de régler le cas discrètement et rapidement, les fonctionnaires romains ne siégeant que le matin ; cf.Marguerat 2008,p. 71.
↑Disculpant de la sorte les Romains pour lesquels le supplice de la croix est une infamie ; cf. François Bovon,Les Derniers Jours de Jésus, éd. Labor et Fides, 2004,p. 24.
↑La flagellation faisait partie intégrante du supplice de crucifiement et était publique afin de favoriser la dénonciation ou la reddition ; cf.Baslez 2003,p. 214.
↑Cette scène n'est pas inédite dans la littérature antique : les Grecs opéraient de telles mises en scène « pour stigmatiser dans l'autre une différence irréductible et un danger », cf. par ex. un épisode similaire dansPhilon,Contre Flaccus, 36-39 (texte en ligne) ; cité parBaslez 2003,p. 215.
↑C'est une condamnation pour haute trahison envers l'État basée sur lalex Juliae majestatis dont Pilate fait ici un usage extensif à l'instar d'autres procurateurs ; cf.Marguerat 2008,p. 71.
↑Au sens antique, comme le rapporteTertullien - qui trouve cette ultime position humiliante -, les tenants du paganisme gréco-romain constituent lapremière race et ceux du pharisianisme judaïque ladeuxième; cf.Christian Grappe,Initiation au monde du Nouveau Testament, éd.Labor et Fides, 2010,extrait en ligne, David J. Bosch,Dynamique de la mission chrétienne : Histoire et avenir des modèles missionnaires, éd. Karthala, 2009,p. 68,en ligne
↑Albert I. Baumgarten, « Jésus de Nazareth », inJean-Robert Armogathe (dir.)Histoire générale du christianisme, vol I, éd. Quadrige/P.u.f., 2010,p. 31.
↑Daniel Boyarin,Paula Fredriksen et le colloque Oxford-Princeton, réunis dans le volumeThe Ways That Never Parted: Jews and Christians in Late Antiquity and the Early Middle Ages sous la direction deMartin Goodman, Simon Price, Peter Schafer, Adam H. Becker, Annette Yoshiko Reed publié chez Fortress Press, 2007,(ISBN978-0-8006-6209-7),recension sur le NT Gateway par Mark Goodacre
↑Pierre GeoltrainLes origines du christianisme : Comment écrire l'histoire,op. cit.,p. I
↑Jacques Schlosser,À la recherche du Jésus historique : un innovateur ou un rénovateur ?, inLes premiers temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004,p. 125.
↑Extraits d'aprèsFrance Quéré,Les Pères apostoliques, éd. Points-Sagesse, éd. du Seuil, 1980, cité par Fernand Lemoine sur ebior.org
↑Michel Quesnel,Les sources littéraires de la vie de Jésus, inAux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000,p. 195–196.
↑Jacques Giri,Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme: enquête sur les recherches récentes, éd. Karthala, 2007,p. 75,extrait en ligne
↑Robert E. Van Voorst,Jesus Outside the New Testament: A Introduction to the Ancient Evidence, Wm. B. Eerdmans Publishing, 2000, p. 122 et s.(ISBN0-8028-4368-9).
↑LeCoran utilise « `Îsâ » (عيسى) pour nommer Jésus alors que les traductions de laBible en arabe utilisent « Yasû`a ». E-M Gallez fait lui le rapprochement avec l'écriture arabe du nom d'Ésau, inLe messie et son prophète. Aux origines de l'islam, 2 vol. éd. de Paris, septembre 2005
↑a etbMarie-Thérèse Urvoy, articleJésus in M. Ali Amir-Moezzi (dir.)Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007,p. 438–441.
↑Pierre Lory, articleJean-Baptiste in M. Ali Amir-Moezzi (dir.)Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007,p. 435.
↑Sur le Mahdî, les traditions sunnites et chiites divergent, les chiites n'attendant que le retour du Mahdi-imam caché tandis que pour les sunnites, il n'y a« nul autre mahdî si ce n'est Jésus » ; cf. Marie-Thérèse Urvoy
↑(en)PerBeskow,« Modern Mystifications of Jesus : Jesus in Kashmeer », dans Delbert Burkett (dir.),The Blackwell Companion to Jesus, Oxford, Blackwell Publishing,(ISBN9781444351750,lire en ligne),p. 461.
↑François Bœspflug,Jésus a-t-il eu une vraie enfance ? L'art chrétien en procès, Cerf,.
↑En particulier à un code de couleur précis, bien étudié parMichel Pastoureau,Le Bleu, histoire d'une couleur CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 1998
↑Chez les Romains, labarbe était discréditée au premier siècle de l'empire puis réapparaît progressivement comme canon esthétique à partir d'Hadrien, d'abord pour les hommes de plus de quarante ans, associée à la vieillesse et à l'expérience. À partir de Constantin, elle souffre à nouveau d'un certain discrédit ; cf. H. Leclerq, articlesBarbe inDictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, éd. F. Cabrol, 1910, cité parle site sacra-moneta.com.
↑Louis Bréhier,Vie et mort de Byzance, éd. Albin Michel, 1946, rééd. 1970.
↑On commence alors à déterrer les reliques, jusque-là habituellement enfermées dans des boîtes et enfouies sous les autels, pour les montrer (voir articlesreliquaire etmonstrance); cf. Benoît de Sagazan,Des instruments de la Passion aux reliques corporelles,op. cit.,p. 26.
↑Pierre Maraval,L'empereur Constantin à l'origine des pèlerinages, inLes Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le monde de la Bible, 2004,p. 666.
↑Edina Bozóky,La Politique des reliques de Constantin à Saint Louis : protection collective et légitimation du pouvoir, éd. Beauchesne, 2007,extraits en ligne
↑Peter Brown,La Société et le Sacré dans l'Antiquité tardive, Seuil(ISBN978-2-02-055822-8).
↑Marie-Madelaine Gauthier,Les routes de la foi. Reliques et reliquaires de Jérusalem à Compostelle, éd. Bibliothèque des Arts, 1983 ; Pierre-Vincent Claverie,Les acteurs du commerce des reliques à la fin des croisade in revueMoyen Âge,vol. 114,nos 3–4, éd. De Boeck et Larcier, 2008,p. 589-602.
↑Pierre Maraval,Lieux saints et pèlerinages d'Orient : histoire et géographie des origines à la conquête arabe, Cerf,,p. 32.
(en)James Charlesworth (éd.) et PetrPokorny (éd.),Jesus Research : An International Perspective (The First Princeton-Prague Symposium on Jesus Research), Grand Rapids (Mich.), Wm. B. Eerdmans Publishing,, 307 p.(ISBN978-0-8028-6353-9,lire en ligne).
(en)James Charlesworth (éd.), BrianRhea (éd.) et PetrPokorny (éd.),Jesus Research : New Methodologies and Perceptions (The Second Princeton-Prague Symposium on Jesus Research), Wm. B. Eerdmans Publishing,, 1087 p.(ISBN978-0-8028-6728-5,lire en ligne).
Simon ClaudeMimouni,Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth et l'histoire de la communauté nazoréenne/chrétienne de Jérusalem du Ier au IVe siècle, Paris,Bayard,, 615 p.(ISBN978-2227487017).