Enlinguistique, unisolat est unelangue dont on ne peut pas démontrer de filiation (ou « relation génétique ») avec d'autres langues. La languebasque, lecoréen (anciennement), l'aïnou, ou encore lebourouchaski (nord duPakistan) sont des isolats[1],[2]. Comme ce que l'on ne parvient pas à démontrer aujourd'hui peut l'être demain, la qualification d'isolat d'une langue est susceptible d'évoluer dans le temps.
Malgré son nom, le terme « isolat » n'implique pas du tout l'isolement d'une communauté : ainsi, le basque a toujours entretenu des contacts nourris avec les langues celtiques, puis romanes, qui l'entouraient. Les isolats s'expliquent généralement par des vagues successives de migrations, et au phénomène deremplacement linguistique : à mesure que les diverses langues d'une même famille, anciennement présentes dans la région, sont abandonnées en faveur des nouvelles langues dominantes, certainsphylums ne survivent plus, au bout du compte, qu'à travers un unique représentant.
Le terme de filiation (ou « relation génétique ») doit être compris dans le sens de celui entendu par l'histoire des langues, selon laquelle la quasi-totalité des langues parlées dans le monde peuvent être rassemblées parfamilles issues de langues ancestrales communes. Par exemple, lefrançais, issu dulatin, appartient à la famille des langues indo-européennes, lemandarin à la famille des langues sino-tibétaines. Selon ce critère de classification, chaque isolat constitue une famille à lui seul, ce qui explique l'intérêt que leur portent les linguistes. Cependant certains linguistes estiment que l'on peut regrouper plusieurs familles ensuperfamilles ou macrofamilles, mais cela reste des filiations (phyla) théoriques.
Un isolat est à distinguer des langues qui sont les dernières survivantes connues d'une famille linguistique. Ces langues n'ont plus de langues apparentéesvivantes, mais leur appartenance à une famille est attestée par des données historiques ou linguistiques. C'est par exemple le cas de lalangue pirahã auBrésil, dernier survivant de la famille mura.
Cuitlatèque : peut-être de la famille Macro-Chibchan (éteinte)
Haïda, sa classification comme isolat plutôt qu'un apparentement auna-dene est confortée par la mise en évidence de la famille na-déné-yénisséienne (Vajda 2008) à laquelle elle ne semble pas appartenir.
Coréen : désormais membre deslangues coréaniques dont il est, avec lejeju, le seul survivant. Elles sont parfois regroupées dans un ensemble coréen-japonais-aïnou (Greenberg) ou leslangues altaïques, superfamille controversée.
Aïnou : langue quasi-éteinte, parlée dans le nord duJapon (locuteurs restants surtout concentrés dans l'île deHokkaidō), parfois regroupé dans un ensemble coréen-japonais-aïnou (Greenberg) ou leslangues altaïques.
Bourouchaski, considéré comme une langue qui aurait des affinités avec le proto-indo-européen (Casule, Hamp).
Ket : langue éteinte, n'est plus un isolat depuis sonrapprochement avec les languesna-déné (Vajda 2010).
Hatti : langue éteinte parlée en Anatolie avant les « langues anatoliennes » (dont le hittite). Le hatti pourrait être relié à l'une des trois familles de langues caucasiennes.
Basque : il est classifié comme le seul isolat vivant européen, aucune langue vivante oumorte n'ayant pu lui être reliée avec certitude[3].
Aquitain : c’était une forme ancienne du basque et unsubstrat dugascon. Elle était parlée par lesAquitains ouProto-Basques habitant une aire qui correspond aux provinces romaines d'Aquitania puis deNovempopulanie antiques : approximativement entre lesPyrénées et laGaronne. L'aquitain est balayé en partie par le gascon au Moyen Âge. Comme tous les isolats, ils sont fort peu probables, mais on a seulement des difficultés à retrouver avec certitude des ancêtres communs, faute d'écrits suffisants, autrement que par des comparaisons lexicophonologiques. De nombreux auteurs sont d'accord sur l'existence d'une famille delangues vasconiques, dont il ne reste cependant aujourd'hui que le basque moderne.
Ibère : langue morte dont on n’a qu’une connaissance très partielle, de nombreuses similarités de vocabulaire l'ont fait rapprocher du basque, sans que l'on ait jamais pu prouver ou infirmer que ces points communs aient été de simples emprunts mutuels. Certains auteurs la rattachent à lafamille vasconique ou l'y joignent dans une famille cousine des langues navarro-ibériques.
Tartessien : langue morte dont on a une connaissance encore plus partielle que l'ibère, qui était parlée au sud-ouest du Portugal. Pourrait s'apparenter auceltique.
Picte : langue morte préceltique parlée dans l'Antiquité et au Moyen-Âge dans l'actuelleÉcosse. D'origine non indo-européenne selonJohn Rhys etEric Hamp, la langue picte fut influencée par leslangues celtiques, mais elle est aussi considérée souvent comme unelangue celtique à part entière.
Étrusque : langue morte, parlée par les peuples antiques des environs de laToscane, toujours mal comprise. Son isolat réel est aujourd'hui mis en doute par des recherches récentes (Helmut Rix) montrant que l'étrusque appartient à la famille deslangues tyrséniennes, dans laquelle on classe également : lerhétique (un des ancêtres, avec le latin vulgaire, durhéto-roman actuel, et aussi un ancêtre commun, avec legotique, de plusieurslangues germaniques qui l'ont assimilé, et enfin un ancêtre de certaineslangues celtiques aujourd'hui disparues elles aussi), et lelemnien (autre langue sur l'île deLemnos en mer Égée, plus ancienne encore que l'étrusque, mais aujourd'hui aussi disparue par assimilation locale dugrec ancien).
L'aire dite « papoue », centrée sur l'île deNouvelle-Guinée, et qui s'étend de l'est de l'Indonésie jusqu'à l'archipel desSalomons, compte 37 isolats différents[4] :
↑Certains linguistes remettent en cause cette affirmation. Le basque a été comparé à l'ibère, au picte, aux langues berbères, au guanche), aux langues Niger-Congo et langues Khoïsan, à l'étrusque, au minoen, aux langues ouraliennes, au bourouchaski, aux langues dravidiennes et langues munda, aux langues caucasiennes, certaines langues paléo-sibériennes, langues eskimo, langues na-déné et les langues indo-européennes (Sumérien, grec ancien) et bien d'autres, mais aucune recherche n'est encore à ce jour validée par un nombre significatif de linguistes ou une académie telle que l'Académie de la langue basque.