Ce sont pour une grande part des aristocrates, rompus au maniement des armes et à la direction des soldats ; ils se lancent, avec leurs descendants, dans le grand commerce colonial avec les Antilles. Ils s'intègrent parfaitement dans la ville de Nantes, multiplient les mariages avec des filles de la noblesse locale, et créent de nombreusescompagnies coloniales françaises, parmi lesquelles les premiers opérateurs de latraite négrière. En Irlande, ces émigrés en France sont appelés les« oies sauvages » par leurs détracteurs.
Enfin, on trouve des personnes de rang moyen ou modeste, qui occupent souvent des emplois en rapport avec le commerce maritime : capitaines ou pilotes, mais aussi tonneliers, voire portefaix.
La troisième génération se compose des époux des filles de Luc O'Shiell, les armateurs négriersAntoine Walsh etJean II Stapleton, ou deJean-Baptiste Mac Nemara, mari de la fille deJeanIer Stapleton. Ils disposent de fortunes considérables, investissent dans l'immobilier et organisent des tentatives de renversement du gouvernement britannique, au départ de France.
La communauté des irlandais expatriés est aussi très présente àBordeaux, où, dès 1715, elle a développé un important commerce de bœuf salé avec l'Irlande, qui permet d'approvisionner en réserves alimentaires les équipages marchands et les colonies[7]. Le bœuf salé est alors en concurrence avec le poisson salé venu deTerre-Neuve, qui représente pour les seules Antilles un marché de 4,5 millions de livres.
Vers 1725, Thomas Barton, né àCurraghmore(en), en Irlande, en 1694 quitta son pays pour Bordeaux et s'y consacra au commerce des vins. Son fils William et ensuite son petit-fils Hugh (1766-1854) lui succédèrent. Son arrivée est liée à l'installation à Bordeaux d'une colonie très active de commissionnaires irlandais spécialisés dans l'exportation des grands crûs, en échange de salaisons venues d'Irlande[8].
Le collège de Nantes, autour de 1680, dépendait de l’Université de Nantes et s’adressait aux étudiants de toute l’Irlande. Pendant un temps, il fut le plus important après Paris, avec 80 étudiants[9],[10].
Victoire Martin O'Gorman, planteur esclavagiste et officier militaire, fut élu député de Saint-Domingue. La famille O'Gorman, installée à Saint-Domingue depuis plusieurs générations, détenait auCul-de-sac deuxplantations.
La famille Sutton de Clonard voit l'un de ses descendants participer à l'expéditionLa Pérouse.
Alain Croix dir.,Nantais venus d'ailleurs, Histoire des étrangers à Nantes des origines à nos jours, Nantes-Histoire/Presses universitaires de Rennes, 2007, pages 30-36.
David Dickson, Jan Parmentier et Jane H. Ohlmeyer,Irish and Scottish Mercantile Networks in Europe and Overseas
Alain Le Noac'h, Éamon Ó Ciosáin,Immigrés irlandais en Bretagne (XVIIe) - tome 3, Institut Culturel de Bretagne
PatrickClarke de Dromantin,Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle: l'exode de toute une noblesse "pour cause de religion", Presses Univ de Bordeaux,
Claude FrédéricLévy,Capitalistes et pouvoir au siècle des lumières, Mouton,
Jean-YvesBarzic,L'hermine et le Soleil: les Bretons au temps de Louis XIV, Coop Breizh,