Les côtes ioniennes présentent beaucoup d'avantages économiques : de bons abris naturels facilitant l'établissement deports pour le commerce avec des communications aisées vers l'arrière-pays, un climat agréable, des vallées ouvertes pour la culture descéréales et l'élevage des chevaux, des plateaux pour l'élevage desmoutons, des collines pour les arbres fruitiers et lesoliviers. Lamer Ionienne et lesîles Ioniennes ne bordent pas l'Ionie mais se trouvent en Grèce occidentale : le poèteEschyle, dansProméthée, explique leurs noms à partir de la déesseIo[1], tandis que les linguistes modernes les relient au dialecteionien dugrec ancien parlé en Ionie, mais aussi en Grèce et par lescolons d'Héraclée,Siris,Rhêgion,Taormine,Catane etLéontines enGrande-Grèce[2].
Son peuplement issu de la deuxième vague de migrationachéenne, auXIe siècle av. J.-C., avait intégré, à la suite de nombreux mariages mixtes, desDoriens et des populationspré-helléniques. Cette population était unie par un dialecte commun, et un sanctuaire religieux commun, lePanionium situé sur le territoire dePriène.
Chaque cité était indépendante et avait son propre gouvernement et sa propre organisation sociale, mais elles eurent la même évolution politique que beaucoup d'autres cités grecques (de lamonarchie à l'oligarchie, puis parfois vers latyrannie), avec lesquelles elles étaient unies par une communauté de culture, même s'il y avait de nombreux conflits frontaliers.
L'Ionie fut convoitée pour sa richesse économique et son développement intellectuel, par des voisins puissants, ambitieux et entreprenants. Les Ioniens avaient développé les produits de luxe et de qualité, les banquets et les courtisanes élégantes et cultivées fascinaient. Ils étaient représentatifs du point très élevé de sophistication atteint par la civilisation grecque. Les cités états ioniennes présentent les mêmes caractéristiques que les cités de Grèce continentale en matière militaire notamment autour des questions de défense et de gestion de fortifications mais dans l'ensemble cette culture parait plus difficile à identifier faute de sources dans le système politique, social et culturel de ces cités[3]. Certaines cités se caractérisent également à certaines périodes par la tentation expansionniste (Milet,Sámos,Rhodes notamment). La région est enfin marquée à certaines périodes par la forte activité militaire de lapériode des Diadoques ou de la conquête romaine[3]. Leurs routes étaient aisées pour le commerce et les échanges, mais aussi pour l'invasion.
Par ailleurs, unsystème juridique existait en Ionie. On a ainsi retrouvé, àTéos, l'une des douze cités ioniennes située près de l'actuelleIzmir, une inscription juridique vieille de 2 200 ans, faisant état d'un contrat de location de terres, dont un site sacré[4].
Cette situation empire avec le roi dePerseDariusIer et aboutit en499 av. J.-C. à larévolte de l'Ionie, favorisée par les revers militaires des Perses dans la steppedanubienne, et l'appui militaire d'Athènes et d'Érétrie. Mais la révolte tourne au désastre malgré quelques victoires, et la population paie lourdement cet épisode : destruction et incendie d'Éphèse et deMilet, déportation des populations comme esclaves enMésopotamie en494 av. J.-C., jusqu'à leur totale allégeance.
De nombreux habitants (marchands, artisans, poètes, penseurs) émigrent alors, emportant avec eux les raffinements de leur culture, mettant un coup d'arrêt à l'essor intellectuel de l'Ionie.
Athènes qui a joué un rôle prépondérant dans la victoire, en tire gloire et profit, et en478 av. J.-C., par la création de laLigue de Délos, elle entreprend de constituer autour d'elle un empire maritime assurant son hégémonie sur la mer Égée, désormais interdite aux vaisseaux perses, et sa domination sur le monde grec. La guerre se termine en449 av. J.-C. et la défaite des Perses est confirmée par lapaix de Callias.
Mais, à la suite de la défaite ottomane de 1918, laGrèce, gouvernée parElefthérios Venizélos (1864-1936), demande l'annexion de l'Ionie, qu'elle occupe militairement, dans un contexte où l'Empire Ottoman déclinant semble sur le point d'être démembré entre lespuissances alliées.
Mustafa KémalAtatürk (1881-1938) lève en 1919 une armée nationaliste et entreprend de chasser les armées grecques d'Anatolie : laguerre gréco-turque (1919-1922) se termine en par la reprise de Smyrne/Izmir. La moitié de la ville (les quartiers des Européens) brûle et n'est reconstruite que lentement. L'échange de population, décidé entre la Grèce et la nouvelle République deTurquie à la suite duTraité de Lausanne (1923), aboutit à l'exode des Grecs d'Asie mineure (à l'exception d'Istanbul), remplacés par les Turcs — moins nombreux — venant de Grèce.
À la suite de l'échange de populations (Grande Catastrophe), on ne peut plus parler de civilisation ionienne, et le mot disparait du vocabulaire administratif turc. Mais pas sa prospérité : l'Ionie demeure une des régions les plus dynamiques de laTurquie, les investissements européens y sont très nombreux.
L'Ionie était considérée comme le centre du monde selonHérodote. Il l'appelait également le Centre climatique, le Centre moral et le Centre guerrier. Hérodote l'a nommée le centre moral car les Ioniens mettaient l'honneur, la gloire avant tout. Dans la célébration desJeux olympiques, ils ont su que le prix des combats était une couronne d'olivier, et non de l'argent, et en étaient fiers. La raison donnée au nom de Centre guerrier est tout simplement le fait de vaincre l'ennemi, ou de mourir. La loi était pour eux un maître absolu, ainsi, l'échec était hors de question. Enfin, c'est également le centre climatique car Hérodote dit que « c'est la contrée la plus agréable qu'il connaisse, soit pour la beauté du ciel, soit pour la température des saisons »[5].
Enaraméen, le nom « ܝܘܢ » désigne l'ensemble du territoire grec. Il en est de même pour le nom « يونان » (Yūnān) enarabe qui désigne la Grèce, de même que « Yunanistan » enturc, « Յունաստան » (Yunastan) » enarménien et « יון » (Yawan,Yavane) enhébreu. Il est passé ensanskrit sous la forme Yavana (यवन), avec un sens secondaire d'étranger ou debarbare, qui est arrivé jusqu'enkhmer sous la forme Yuon (យួន), aujourd'hui dépréciative, qui désigne lesVietnamiens. La forme arabe donne son nom à lamédecine traditionnelleyunâni (ou unani) pratiquée enInde.[réf. nécessaire]