Sa première occurrence en français remonte à1902 ; il s'écrit alors « intelligentia », qui devient « intelligentsia » à partir de1920. Il s'utilise alors presque exclusivement dans un contexte russe[4].
À l'origine, le terme d'« intelligentsia » se réfère aux personnalités publiques bien éduquées. Dès lesannées 1890, il est restreint à ceux qui œuvrent contre le régime. Constantin de Grunwald écrit à ce propos[5] :
« Dans un sens large, l'intelligentsia couvre toutes les classes cultivées ; dans un sens plus étroit, il désigne uniquement ceux qui s'intéressent activement aux aboutissements sociaux et politiques et, plus particulièrement, des groupes à tendances radicales. Pour être admis, il ne suffit pas d'être instruit, muni de diplômes universitaires : il faut encore assumer une attitude oppositionnelle à l'égard du régime autocratique. Seules fonctions officielles qu'il était permis d'occuper : celles de professeurs, d'instituteur, de directeur d'hôpital, de membre duZemstvo ; un officier ou un fonctionnaire participant à l'administration du pays ne saurait être classé parmi les « intelligents », même s'il possède la plus haute culture. »
En 1825, l'insurrection décabriste mit laphilosophie idéaliste à la mode, en particulier celle deHegel etSchelling, qui appréciaient l'accent mis sur le potentiel créatif de l'esprit et sur la façon dont les systèmes évoluent constamment vers un but[8].
En 1836,Piotr Tchaadaïev publia unessai condamnant la Russie comme un pays sans histoire ou réalisations, qui provoqua une scission entre lesréformateurs et lesslavophiles partisans d'un retour de la Russie à ses racines d'avant les réformes dePierre le Grand, qu'ils rendaient responsables de l'introduction d'un gouvernement bureaucratique de style allemand. Essentiellement anarchistes conservateurs, ils ne voulaient pas de parlement, de bureaucratie ou de constitution, préférant une constitution non écrite, comme enAngleterre.
Lors d'un banquet pendant une tournée en province, après qu'un des convives eut prononcé le terme « intelligentsia », l'empereurNicolas II se récria, affirmant qu'il détestait l'intelligentsia[9] et ajoutant qu'il aurait souhaité[10] que le mot soit expurgé du dictionnaire russe par l'Académie des Sciences :« Comme je trouve ce mot répugnant »[11]. L'auteur et historien américain Abraham Ascher ajoute que Nicolas II était fermement convaincu qu'en dehors de l'intelligentsia, toute la population de l'Empire russe lui était dévouée[12].
↑À l'époque, laPologne, partagée entre laPrusse, l'Autriche-Hongrie et l'Empire russe n'a pas d'existence comme État indépendant. Une grande partie de la Pologne fait alors partie de l'Empire russe.