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Intelligentsia

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L'intelligentsia (emprunt durusseинтеллигенция[1], lui-même venant dupolonaisinteligencja) est uneclasse sociale engagée dans un travail de création et de diffusion de laculture, accompagnée par lesartistes et lesenseignants.

AuXXIe siècle, le terme correspond à l'ensemble desintellectuels d'un pays[1].

Origine du terme

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Contrairement à des idées reçues, l'origine du terme n'est pas russe, mais d'Europe occidentale (latin,français,allemand)[2].

Au cours duXIXe siècle, ce terme a été repris plus largement pour désigner une certaine classe d'intellectuels dans l'Empire russe[3]. Les premiers auteurs russes lui faisant référence sontVissarion Belinski en1846 etPiotr Boborykine en1860.

Sa première occurrence en français remonte à1902 ; il s'écrit alors « intelligentia », qui devient « intelligentsia » à partir de1920. Il s'utilise alors presque exclusivement dans un contexte russe[4].

L'intelligentsia russe

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À l'origine, le terme d'« intelligentsia » se réfère aux personnalités publiques bien éduquées. Dès lesannées 1890, il est restreint à ceux qui œuvrent contre le régime. Constantin de Grunwald écrit à ce propos[5] :

« Dans un sens large, l'intelligentsia couvre toutes les classes cultivées ; dans un sens plus étroit, il désigne uniquement ceux qui s'intéressent activement aux aboutissements sociaux et politiques et, plus particulièrement, des groupes à tendances radicales. Pour être admis, il ne suffit pas d'être instruit, muni de diplômes universitaires : il faut encore assumer une attitude oppositionnelle à l'égard du régime autocratique. Seules fonctions officielles qu'il était permis d'occuper : celles de professeurs, d'instituteur, de directeur d'hôpital, de membre duZemstvo ; un officier ou un fonctionnaire participant à l'administration du pays ne saurait être classé parmi les « intelligents », même s'il possède la plus haute culture. »

Le premier membre russe reconnu est un certain prince Khvorostinine, au début duXVIIe siècle, exilé dans un monastère après avoir été dénoncé pour être en possession d'ouvrages en latin, pour avoir traité le tsar de despote et pour avoir essayé de fuir vers la Lituanie[6]. Dès leXVIIIe siècle, surtout après l'abolition, en 1762, du service d'État obligatoire, les nobles ont pu consacrer plus de temps libre aux activités culturelles comme la littérature. 1769 voit l'apparition du premier périodique de langue russe,Vsiachina Vsiakaia (en français : « Un peu de tout »). Entre 1762 et 1772, le nombre de titres fut multiplié par cinq[7]. Pendant laRévolution française, qu'elle abhorrait,CatherineII exila deux contestataires : le conservateurNikolaï Novikov et le radicalAlexandre Radichtchev (condamné à mort dans un premier temps).

En 1825, l'insurrection décabriste mit laphilosophie idéaliste à la mode, en particulier celle deHegel etSchelling, qui appréciaient l'accent mis sur le potentiel créatif de l'esprit et sur la façon dont les systèmes évoluent constamment vers un but[8].

En 1836,Piotr Tchaadaïev publia unessai condamnant la Russie comme un pays sans histoire ou réalisations, qui provoqua une scission entre lesréformateurs et lesslavophiles partisans d'un retour de la Russie à ses racines d'avant les réformes dePierre le Grand, qu'ils rendaient responsables de l'introduction d'un gouvernement bureaucratique de style allemand. Essentiellement anarchistes conservateurs, ils ne voulaient pas de parlement, de bureaucratie ou de constitution, préférant une constitution non écrite, comme enAngleterre.

Lors d'un banquet pendant une tournée en province, après qu'un des convives eut prononcé le terme « intelligentsia », l'empereurNicolas II se récria, affirmant qu'il détestait l'intelligentsia[9] et ajoutant qu'il aurait souhaité[10] que le mot soit expurgé du dictionnaire russe par l'Académie des Sciences :« Comme je trouve ce mot répugnant »[11]. L'auteur et historien américain Abraham Ascher ajoute que Nicolas II était fermement convaincu qu'en dehors de l'intelligentsia, toute la population de l'Empire russe lui était dévouée[12].

Notes et références

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  1. a etbIntelligentsia. Larousse en ligne.http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/intelligentsia/435581
    Intelligentsia, Intelligentzia. TLFi.http://www.cnrtl.fr/definition/intelligentsia.
  2. Richard Pipes 2013,p. 342.
  3. À l'époque, laPologne, partagée entre laPrusse, l'Autriche-Hongrie et l'Empire russe n'a pas d'existence comme État indépendant. Une grande partie de la Pologne fait alors partie de l'Empire russe.
  4. Alain Rey,Dictionnaire historique de la langue française, article « intelligence »,p. 1103, Éditions Le Robert, Paris, 2010.
  5. Constantin de Grunwald,Société et Civilisation russes auXIXe siècle, Le Seuil,, 315 p.,p. 212.
  6. (en) Richard Pipes,Russia Under the Old Regime,p. 253-254.
  7. (en) Richard Pipes,Russia Under the Old Regime,p. 255-256.
  8. (en) Richard Pipes,Russia Under the Old Regime,p. 262.
  9. (en) Abraham Ascher,The Revolution of 1905 : Russia in Disarray,p. 15,Stanford University Press, 1988,« Nor could he abide the intelligentsia. ».
  10. Ascher précise « wistfully ».
  11. (en) Abraham Ascher,The Revolution of 1905 : Russia in Disarray,p. 15.
  12. Abraham Ascher,Ibid..

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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