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Intellectuel

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Le Penseur.

Unintellectuel est une personne dont l'activité repose sur l'exercice de l'esprit, qui s'engage dans la sphère publique pour faire part de ses analyses, de ses points de vue sur les sujets les plus variés ou pour défendre desvaleurs, qui n'assume généralement pas de responsabilité directe dans les affaires pratiques[1], et qui dispose d'une forme d'autorité. L'intellectuel est une figurecontemporaine distincte de celle plus ancienne duphilosophe qui mène sa réflexion dans un cadreconceptuel.

La « naissance sociale » de ce concept enFrance remonte à l'engagement de grands scientifiques lors de l'affaire Dreyfus, dans le sillage du prestigieuxjournaliste et écrivain à succèsÉmile Zola. Selon les historiensPascal Ory etJean-François Sirinelli, un intellectuel est « un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie »[2]. Cette définition assez large, ancienne et imprécise est malmenée dès l'affaire Dreyfus par l'engagement éruptif d'une cohorte d'universitaires, qui ne se mobilisent pas par idéologie mais par souci du respect de la vérité, en apportant leur légitimité scientifique. Elle sera aussi contestée par une majorité dechercheurs[3], menés en France parMichel Foucault, qui lui préfèrent celle de l'autorité scientifique ou universitaire, accordée par les pairs de l'intellectuel plutôt que par le jeu mondain[3]. Mais comme Ory et Sirinelli, il inclut le critère de l'engagement public. Cependant, le consensus sur la « mise en situation d’homme du politique », notion assez floue, n'existe pas non plus, car battu en brèche par la définition du « spectateur engagé », qui n'en reste pas moins un spectateur, selonRaymond Aron.

Même si le modèlefrançais de « l'intellectuel » reste prégnant dans l'histoire des idées également hors de l'Hexagone, l'histoire des intellectuels est à considérer à l'échelleeuropéenne etmondiale. Plus récemment, l'Institut d'histoire du temps présent observe l'impact dugenre en ce qui concerne les intellectuelles, par rapport au modèle masculin dominant dans le passé de l'intellectuel, notamment en France.

Émile Zola, en 1894.

Rôle et définition dans les années 1880 et 1890

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Les milieux littéraires de la décennie 1880

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Le mot est utilisé de manière assez confidentielle dès la décennie 1880, en particulier par lacritique littéraire, où il prend déjà une valeur polémique : la question de la pertinence de l'avis exprimé efface alors celle de savoir qui peut entrer dans cette catégorie et du lien entre les deux[4],[5].

William M. Johnson identifie la première occurrence du substantif sous la plume dePaul Bourget dans un article surGustave Flaubert datant de 1882, tandis que selon Geneviève Idt[6], le substantif apparait sous la plume deJoséphin Peladan en 1891 : « Le devoir supérieur de l'intellectuel réside tout entier dans la manipulation du Divin », dans une France encore très catholique et peu industrialisée.

L'ouvrage de l'historienJacques Le Goff,Les intellectuels au Moyen Âge, rappelle que la fonction n'était pourtant pas nouvelle, bien qu'étant restée longtemps confiné dans un cadre contraint et sans réelle définition. Plus généralement, Marie-Christine Granjon, chargée de recherches au CNRS[7], évoque une« singularité française » d'« intellectuels engagés et savants de l'engagement », encore très peu discernable avant 1898.

Octave Mirbeau et la germination des idées

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En 1895, l'écrivain,critique d'art et journaliste françaisOctave Mirbeau définit ainsi la mission de l'intellectuel, « dégagé des contingences » :« Aujourd’hui l’action doit se réfugier dans le livre. C’est dans le livre seul que, dégagée des contingences malsaines et multiples qui l’annihilent et l’étouffent, elle peut trouver le terrain propre à la germination des idées qu’elle sème. Les idées demeurent et pullulent : semées, elles germent ; germées, elles fleurissent. Et l’humanité vient les cueillir, ces fleurs, pour en faire les gerbes de joie de son futur affranchissement »[8].

L'intellectuel est « né socialement » lors de l'affaire Dreyfus

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J'accuse… ! :Zola s’engage dans l’affaire Dreyfus.

Le nom commun« intellectuel » est « né socialement » avec l’affaire Dreyfus enFrance[9]. Dans un article deL'Aurore du,Georges Clemenceau reprend le mot au détour d’une phrase, en italiques, peut-être pour mieux en signaler la nouveauté ou la bizarrerie. Dès sa naissance, le discours sur les intellectuels est ainsi très tôt inséparable d’un anti-intellectualisme qui faisait dire àMaurice Blanchot : « Intellectuel, voilà un nom de mauvais renom facile à caricaturer et toujours prêt à servir d’injure. » L'énergie se concentre sur la manière de qualifier le rôle de l’intellectuel (de gauche, de droite, organique, universel, etc.) via une critique permanente de la notion et des hommes censés l’incarner.

La figure de Zola, vilipendée et adulée, aprèsJ'accuse

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DansPour une histoire comparée des intellectuels paru en 1998, Marie-Christine Granjon écrit :« Depuis le célèbreJ'accuse… d'Émile Zola, publié à la une deL'Aurore le13 janvier 1898, l'intellectuel est devenu l'un deshérauts de la gesterépublicaine française ». Plus loin dans son texte« Une enquête comparée sur l'histoire des intellectuels : synthèse et perspectives », en introduction de l'ouvragePour une histoire comparée des intellectuels, elle écrit :« Dans le sillage de l'Affaire et tout au long duXXe siècle, les intellectuels ne vont pas cesser de s'engager pour ou contre de multiples causes (Front populaire,guerre d'Espagne,fascisme,communisme,guerre d'Algérieetc.) »[10]. M.-C. Granjon, à propos du livre deLouis BodinLes Intellectuels existent-ils ? (1997), s'interroge également sur cette particularité française :« Des intellectuels scrutant leur propre rôle historique et leur fonction sociale: sommes-nous en présence d'une particularité hexagonale, à nulle autre pareille, d'un exercicenarcissique inconnu ailleurs? »[11].

Un dîner en famille, dessin deCaran d'Ache dansle Figaro du: la France divisée sur l'Affaire Dreyfus.

Le mot a été adopté parMaurice Barrès[12] le dansLe Journal[13] etFerdinand Brunetière[14], qui, dans leurs écrits anti-dreyfusards, entendaient dénoncer l'engagement d'écrivains comme Émile Zola,Octave Mirbeau ouAnatole France en faveur de Dreyfus, et sur un terrain – les affaires militaires et l'espionnage – qui leur était étranger. La notion de compétence, suffisante ou pas, est déjà au cœur de la définition du statut d'intellectuel.

En 1898, la figure différenciée du savant entre en scène

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Le lendemain deJ'accuse, le,L'Aurore publie ce qui sera un peu vite baptisé le « Manifeste des intellectuels »[3], avec les signatures d’Émile Zola,Marcel Proust,Anatole France ou encoreJean Ajalbert, mais aussi celles d’Andler,Lucien Herr,Célestin Bouglé etJean Perrin, donc plus seulement des gens de lettres[3], car« la figure différenciée du savant entre en scène »[3]. La construction d’un enseignement supérieur dans lesannées 1880 l’a rendue possible : les « maîtres de la Sorbonne » notamment sont désormais en première ligne[3].

Le « tir groupé » des scientifiques à la fin de l'Affaire Dreyfus

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L'Affaire Dreyfus voit monter au créneau massivement des scientifiques, qui font pencher la balance de l'opinion car ils semblent moins suspects de partialité que les écrivains et journalistes, d'autant que cetteAffaire Dreyfus est d'abord une question de recherche de la vérité. Le, l'historienGabriel Monod – membre de l’Institut, professeur à l’École normale supérieure et à l’École des hautes études, fondateur et directeur de laRevue historique – avait publié dansLe Temps une lettre dans laquelle il affirmait que son enquête le conduisait à parler d’erreur concernant le capitaine Dreyfus[3]. Ce n’est que parce qu’il est personnellement attaqué, précise-t-il, qu’il s’autorise de cette initiative qui reviendrait plutôt à ses yeux à unhomme politique ou à un publiciste[3]. Il ne se conçoit donc pas comme légitime pour intervenir directement dans la sphère politique[3], et ne le fait qu'en raison de ce qui l'a ému en particulier dans cette affaire. À peine deux mois plus tard, dans les jours qui suivent la lettre deÉmile Zola au président de la RépubliqueFélix Faure[3], la première protestation du est initiée notamment par le directeur de l’Institut Pasteur,Émile Duclaux[3]. La deuxième protestation en date du est à mettre au crédit des chimistesÉdouard Grimaux – professeur à l’Institut agronomique et à l’École polytechnique – etCharles Friedel – professeur à laSorbonne –, tous deux membres de l’Académie des sciences[3].

Les historiens ont vu dans l’affaire Dreyfus l’instauration d’un « pouvoir intellectuel »[3], même si d'autres, plus rares, comme Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, contestent cette hypothèse[3]. Selon eux, qui voient une définition plus large et donc moins précise de l'intellectuel, il n’y a pas de collectif organique et solidaire, mais des divisions et des conflits permanents entre des groupes, pour des profits matériels ou symboliques[3]. Ory et Sirinelli défendent l’idée qu’il faut appréhender plutôt la réalité en termes de sociétés intellectuelles qui élaborent des outils d’analyse spécifiques et développent des réseaux qui ne se recoupent que très partiellement[3]. D’une certaine manière, l'essayiste et polémisteFrançois de Negroni défend une thèse similaire, pointant la célébrité et la maîtrise des règles du jeu mondain qui ont permis à l’écrivain de prendre la vedette sur son compagnon universitaire de lutte pour diverses causes[3].

LeXXe siècle

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La classe intellectuelle de Joseph Schumpeter

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L'économiste autrichienJoseph Schumpeter définit dansCapitalisme, socialisme et démocratie (1942), ce qu'il appelle la classe intellectuelle.

« Les intellectuels sont effectivement des gens qui manient le verbe écrit ou parlé et qui se différencient des autres écrivains ou orateurs par le fait qu'ils n'assument aucune responsabilité directe en ce qui concerne les affaires pratiques »

— Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie

Selon lui,« en raison de la logique même de sa civilisation, [lecapitalisme] a pour effet inévitable d'éduquer et de subventionner les professionnels de l'agitation sociale ».

Les deux définitions de Michel Foucault, du rôle ancien au statut moderne

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Michel Foucault au Brésil en 1974.

L'universitaireMichel Foucault, philosophe français à l'influence internationale depuis lesannées 1960, élabore ensuite explicitement « la notion d'intellectuel spécifique » dans un texte paru dansPolitique Hebdo en 1976[3]. Foucault constate « la fin de l'intellectuel universel », celui qui devait incarner le « juste-et-le-vrai pour tous »[3]. Cette extinction s'explique par l'absence de demande pour ce rôle, la société ayant évolué vers plus de démocratie, de technicité et de pluralisme[3]. C'est une déqualification historique d’un type de fonction, qui s'efface devant une définition plus adaptée, celle de « l’intellectuel spécifique », par excellence un universitaire, précise-t-il[3]. Contrairement à « l’intellectuel universel », autrefois un simple écrivain qui a un avis sur tout, « l’intellectuel spécifique » s’immisce dans des secteurs déterminés[3]: il se politise là où il dispose de savoirs spécifiques[3], ou bien là où il exerce ses compétences professionnelles[3]. C’est un intellectuel « modeste »[3] qui ne cherche pas à s’ériger en conscience universelle[3], surtout lorsqu'il s'aventure en dehors de son domaine universitaire. Pour illustrer son propos, Foucault prend l'exemple du grand physicienRobert Oppenheimer, surnommé le « père de labombe atomique » car chef duProjet Manhattan, qui est pourMichel Foucault la « figure charnière » entre ces deux types d’intellectuels[3].

Malgré des problèmes, « différents souvent », les intellectuels ont rencontré « le même adversaire » que le peuple, les multinationales, l’appareil judiciaire et policier, la spéculation immobilière[15]. Foucault défend ainsi le rôle des intellectuels face aux pouvoirs, lorsqu'il parle de la figure de « l'intellectuel spécifique »[16], conception qui va nourrir des controverses.

« L'héroïsme de l'identité politique a fait son temps. Ce qu'on est, on le demande, au fur et à mesure, aux problèmes avec lesquels on se débat : comment y prendre part et parti sans s'y laisser piéger. Expérience avec… plutôt qu'engagement avec… Les identités se définissent par des trajectoires… trente années d'expériences nous conduisent « à ne faire confiance à aucunerévolution », même si l'on peut « comprendre chaque révolte… » la renonciation à la forme vide d'une révolution universelle doit, sous peine d'immobilisation totale, s'accompagner d'un arrachement auconservatisme. Et cela avec d'autant plus d'urgence que cette société est menacée dans son existence même par ce conservatisme, c'est-à-dire par l'inertie inhérente à son développement. »

— Michel Foucault, Pour une morale de l'inconfort.

L'intellectuel organique de Gramsci, proche de l'intellectuel spécifique de Foucault

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Leconcept gramscien d’« intellectuel organique »[3], développé par le philosophe, écrivain et théoricien politique italienAntonio Gramsci est sur les mêmes lignes que la réflexion foucaldienne[3]. Il est d’ailleurs vraisemblable que Foucault s’en soit nourri, ayant eu accès par la traduction ou la discussion à l’élaboration que Gramsci proposa dans lesCahiers de prison[3].Antonio Gramsci, qui est marxiste, insiste en plus sur le besoin d'encourager le développement d'intellectuels provenant de laclasse ouvrière, ce qu'il a appelé « l'intellectuel organique »[17].

Rôle socio-historique de l'intellectuel en France

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Plusieurs conceptions du rôle de l'intellectuel dans la société peuvent être évoquées.

Le savant selon Raymond Aron, un « spectateur engagé »

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Raymond Aron, dansL'Opium des intellectuels (1955), pose cette question du rôle du savant dans la cité, et concernant les grands débats du moment. Pour Aron, l'intellectuel est un« créateur d'idées » et doit être un« spectateur engagé ». À cette conception s'oppose celle du dreyfusardJulien Benda. Dans un essai intituléLa Trahison des clercs (1927), il déplorait le fait que les intellectuels, depuis la guerre, aient cessé de jouer leur rôle de gardiens des valeurs« cléricales » universelles, celles des dreyfusards (lavérité, lajustice et laraison), et les délaissent au profit du réalisme politique, avec tout ce que cette expression comporte de concessions, de compromis, voire de compromissions. La référence aux« clercs » (que la tonsure distinguait des laïcs) souligne cette fonction quasi religieuse qu'il assigne aux intellectuels. L'attitude du clerc est celle de la conscience critique (plutôt que de l'engagementstricto sensu).

Sartre et le tribunal d'opinion

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Jean-Paul Sartre en 1967.

Jean-Paul Sartre, définira l'intellectuel comme« quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». C'est celui à qui, selon la formule deDiderot empruntée àTérence, rien de ce qui est humain n'est étranger, qui prend conscience de sa responsabilité individuelle dans une situation donnée, et qui, refusant d'être complice, par son silence, des injustices ou des atrocités qui se perpètrent, en France même ou ailleurs dans le monde. Sartre va jouer dans le TribunalBertrand Russell érigé pour juger les crimes de guerre au Vietnam, puis décliner en France ce modèle duTribunal d'opinion en acceptant de jouer le rôle de procureur général duTribunal populaire de Lens en 1970, chargé de juger le patronat minier après une catastrophe qui a causé une quinzaine de morts. Il utilise sa notoriété pour se faire entendre sur des questions qui ne relèvent pas strictement de son domaine de compétence, mais où l'influence qu'il exerce et le prestige, national ou international, dont il bénéficie peuvent se révéler efficaces, tout en se plaçant à l'écoute des spécialistes et professionnels, comme il le fait dans leTribunal populaire de Lens en 1970. L'intellectuel, pour Sartre, est forcément« engagé » pour la cause de la justice, et donc en rupture avec toutes les institutions jugées oppressives.

Cela l'oppose évidemment àRaymond Aron, son ancien « petit camarade » de l'École normale supérieure, à propos duquel il écrira, en :« C'est le système actuel qu'il faut supprimer. Cela suppose qu'on ne considère plus, comme Aron, que penser seul derrière son bureau — et penser la même chose depuis trente ans — représente l'exercice de l'intelligence. […] Il faut, maintenant que la France entière a vu de Gaulle tout nu, que les étudiants puissent regarder Raymond Aron tout nu. On ne lui rendra ses vêtements que s'il accepte la contestation »[18]. Pour Sartre, l'intellectuel ne peut donc être que« de gauche », à condition d'entendre ce terme dans le sens d'un désir éthique de justice, et non dans un sens purement politique et partidaire.

Albert Camus et ceux qui subissent l'histoire

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Albert Camus, avant 1958.

PourAlbert Camus, l'écrivain« ne peut se mettre au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent » :« Notre seule justification, s’il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire. » Mais, ajoute-t-il, il ne faudrait pas pour autant« attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales. La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante »[19].Serge Halimi, reprenant une célèbre expression dePaul Nizan[20], a qualifié de« nouveaux chiens de garde » du système, par opposition aux intellectuels« dissidents » et« résistants »[21], les intellectuels de la fin du siècle. Dans la continuité deMichel Foucault, et selon la définition que celui-ci en a donnée,Pierre Bourdieu était un « intellectuel spécifique »[22] et il entendait mettre ses compétences de sociologue au service de son engagement. Des hellénistes commeJean-Pierre Vernant, ancien résistant, etPierre Vidal-Naquet ne prétendaient pas avoir de compétences particulières dans leurs interventions sur la scène publique, que ce soit contre la torture en Algérie ou pour les droits du peuple palestinien, et se situaient davantage dans la lignée d'Albert Camus et des intellectuels dreyfusards comme Émile Zola et Octave Mirbeau, qui partaient du principe d'éthique.

XXIe siècle : L'intellectuel français dans l'espace « médiatique »

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Entre histoire et sociologie : la « vie intellectuelle » en France

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En paraît une vaste étude collective et interdisciplinaire surLa vie intellectuelle en France de 1789 à nos jours ; l'ouvrage en deux tomes, I.Des lendemains de la Révolution à 1914, II.De 1914 à nos jours, sous la direction de l'historienChristophe Charle et du« sociologue et politiste », Laurent Jeanpierre,« a pour projet de faire converger les approches historiques et sociologiques ». Pour le sociologueLuc Boltanski,« la notion floue de « vie intellectuelle » permet aux collaborateurs de cet ouvrage de se tenir entre l'histoire et la sociologie, et entre les « idées » et les « acteurs » dans un espace que l'on pourrait qualifier de médiatique[23]. »

« Médiatiques » pourquoi ?

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Bernard-Henri Lévy en 2024, un intellectuel médiatique.

Pierre de Charentenay donne cette définition des intellectuels dits médiatiques : s'ils le sont, c'est parce que les médias (la presse, la radio, la télévision)« ne cessent de leur donner la parole »[24]. Il y a là une« mise en scène de leur présence » dont l'importance tient à ce qu'« elle n'a lieu qu’en des temps spécifiques »[24]. P. de Charentenay évoque ainsi, entre autres exemples, l'élection présidentielle de 2007 :« André Glucksmann, ancien stalinien célèbre et contributeur fréquent auMonde, a fait sensation en se déclarant pourNicolas Sarkozy », tandis qu'à l'enseigne de la postérité,Alain Finkielkraut déclarait :« je ne roule pour personne, je réfléchis »[24]. En 2011, quand il publie cet article, Charentenay signale queBernard Henri Lévy (BHL) etMichel Onfray,« philosophes fétiches des Français [...] ont aussi participé à des dizaines d’émissions »[24].

Ces intellectuels dits médiatiques, poursuit Charentenay, seraient« souvent incohérents dans leur parcours et leur position. L’ancien stalinien André Glucksmann est devenu partisan de la guerre en Irak et finit par voter Sarkozy »[24]. Il y a aussi les« intellectuelshooligans » » dont on ne connait pas« les vraies raisons de la notoriété, mais auxquels les médias adorent faire appel » : Michel Onfray est à nouveau cité pour sa« chronique régulière dansLe Monde » etClaude Allègre comme seul scientifique[24]. Les analyses de ces « intellectuels hooligans » sont« paradoxales et décalées sans que la logique de leurs propos n’apparaisse, sinon la logique médiatique »[24].

Quant au lieu et augenre, les intellectuels évoqués ici« sontparisiens, pour la plupart deshommes »[24].

Pierre de Charentenay termine sur ces mots[24] :

« La question qui nous reste : pourquoi les médias ouvrent-ils leurs colonnes et leurs antennes à ces intellectuels, alors que tant d’autres sont plus sérieux et plus intéressants ? Peut-être parce qu’ils parlent bien et sans état d’âme, parce qu’ils sont connus, qu’ils soulèvent la polémique, enflamment le débat, parce qu’ils font vendre, en un mot parce qu’ils sont médiatiques. »

— P. de Charentenay

Intellectuel(le)s en Europe et dans le monde

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Si le modèle français de l'intellectuel et les critiques qu'il suscite demeure prégnant, une « histoire comparée des intellectuels » montre que, compte tenu des spécificités nationales de différents pays dans le monde,« la France ne détient pas le monopole de la définition de l'intellectuel ni de sa fonction critique et politique »[25].

Exportation et retour du modèle français

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Dans le cadre d'une « histoire comparée des intellectuels en Europe »,Christophe Charle analyse quelques retombées d'un certain« aveuglement » des« historiens français » qui« traditionnellement, ont tendance à poser d'emblée les modalités du politique et de l'activité intellectuelle commeuniverselles » :« Cet aveuglement est d'autant plus répandu que les intellectuels des autres nations ont spontanément, en raison de l'antériorité des évolutions en France, pris cette référence comme modèle, sans toujours avouer ou s'avouer les choix et les déformations qu'ils opéraient à partir de cette matrice simplifiée parce que vue de loin[26]. »

Yvan Lamonde, s'interrogeant sur« le rapport de l'affaire Dreyfus à l'émergence de l'intellectuel auQuébec, auxÉtats-Unis ou enArgentine », pose la question suivante :« À quelles conditions l'Affaire est-elle exportable pour comprendre la naissance de l'intellectuel dans d'autres sociétés européennes ou américaines[27] ? » À la fin des années 1990,Michel Trebitsch souligne dans sa « Présentation » de l'ouvragePour une histoire comparée des intellectuels, combien la« boutade » d'Yvan Lamonde« Peut-on être intellectuel québécois ? » révèle« le double-écran auquel il s'est heurté dans sa recherche, l'opposition de la traditionanglophone à la traditionfrancophone minoritaire, l'obstacle d'une importation de concepts et de méthodes français dans un contexte historiographique dominé, même au Québec, par les sciences sociales américaines[28]. »

Polémique des années 2010 au Québec

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Un consensus s'est détaché au Québec sur le fait qu'il y a une équivalence, au moins implicite, entre intellectuel et universitaire, a observéBenoît Melançon, professeur et écrivain québécois[29] ; ce n'est plus « à titre d’intellectuels », car à travers eux, « ce sont des experts que les médias invitent », à « des règles implicites mais claires : l’expert médiatique est un spécialiste »[29]. Un rapport conflictuel s'est instauré entre anti-intellectualisme et culture francophone.

Le débat critique sur les intellectuels a opposé deux chroniqueurs du quotidienLa Presse,Patrick Lagacé, journaliste etanimateur de télévision, contreMarc Cassivi, quand ce dernier a pris dans ce journal la défense deWajdi Mouawad, homme de théâtre d'origine libanaise qui avait dénoncé la critique virulente de l'intellectualisme par Lagacé[30] avant de se faire traiter de « mange-Québécois » par ce dernier[31].

« L’intellectualisme est à ce point perçu comme une tare, un vice rédhibitoire dans nos médias, par exemple, que les intellectuels n’osent plus sortir de leurs universités, de leurs séminaires et de leurs essais pour prendre la parole », a dénoncé à son tour Marc Cassivi[30],[31]. C'est dû à une définition souvent péjorative et trop large de l’intellectuel comme une personne qui parle avec des mots savants, affirme Cassivi[32].

Dans un autre journal, l'écrivain québécoisJean-François Lisée a nuancé ce débat et rappelé la théorie de l'historien et sociologue québécoisGérard Bouchard[30], selon laquelle le parti pris historique de l'élite québécoise pour la France et sa culture et de celui du peuple québécois pour les États-Unis et sa culture a généré un « grand écart d’affiliation culturelle »[30] qui a longtemps nourri le mépris des seconds et le dédain des premiers[30]. Mais la finXXe siècle s'est traduite par une « réconciliation entre la francité et l’américanité québécoise », a cependant observé cette théorie[30]. Jean-François Lisée, dont le blog est le second au Québec selon le palmarès de Wikio[30], a rappelé avoir travaillé pourLucien Bouchard, premier ministre le plus populaire du Québec contemporain, qui ne cachait pas son statut de lecteur vorace[30]. Il souligne la richesse du dialogue entre les universitaires québécois et les concepteurs de politiques publiques au Québec[30].

Les médiasquébécois, critiqués, se défendent : pour Cassivi, on ne les entend pas assez dans les médias ; pour Lagacé et Lisée ce n'est pas vrai, mais tous trois se retrouvent sur le fait qu'il y a une équivalence, au moins implicite, entre intellectuel et universitaire, a observé le professeur et écrivain québécois Benoît Melançon[29].

Jean-François Lisée a« raison de dire que des universitaires sont sollicités par les médias québécois »[29], mais« il se trompe quand il affirme que c'est à titre d’intellectuels », car à travers eux,« ce sont des experts que les médias invitent, et ils les invitent à condition qu’ils se plient à des règles implicites mais claires : l’expert médiatique est un spécialiste », a rappelé Benoît Melançon[29].

SelonMichèle Fortin, l'ex-PDG de Télé-Québec, il y a une place pour l’intellectualisme à l’antenne de chaînes comme TV5, Télé-Québec et le Canal Savoir[33] maisPierre Barrette, directeur de l'École des médias de l'Université du Québec à Montréal, a rappelé que les universitaires ont l'habitude d’avoir« trois heures pour parler d’un sujet extrêmement précis »[33], mais peuvent se voir couper la parole après 10 secondes,« par une ancienne participante de téléréalité désireuse de dire "non, ce n'est pas ça" »[33].

États-Unis

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Hannah Arendt en 1958.

Contrairement auxstéréotypeshabituels, il existe aux États-Unis une vie intellectuelle riche et ancienne[34]. Les intellectuels américains enseignent dans les universités les plus prestigieuses et animent le débat public et politique du pays. Ils appartiennent à des tendances politiques fort variées comme leslibéraux, lesconservateurs, lespragmatiques (William James), lescommunistes (W. E. B. Du Bois) ou encore lessocialistes libertaires (Noam Chomsky). Parmi les intellectuels américains, les femmes sont très minoritaires :Hannah Arendt (naturalisée américaine en 1951) ou encoreSusan Sontag en sont les représentantes les plus connues. De nombreux intellectuels étaient des immigrés venus d'Europe dans l'entre-deux-guerres : ainsi, lesintellectuels new-yorkais (en anglaisNew York Intellectuals), étaient majoritairement d'originejuive et furent de plus en plus influents aux États-Unis dans les années 1930[34].

L'engagement des intellectuels américains a connu son apogée au moment des événements de 1968 et de laguerre du Vietnam. Par exemple,Allan Bloom critiqua l'agitation qui secoua les campus universitaires, alors que Noam Chomsky dénonça la politique étrangère du gouvernement américain et fut arrêté à plusieurs reprises à la suite de manifestations de protestation contre la guerre du Vietnam[34]. L'écrivain américainNorman Mailer fut emprisonné pour sa participation aux manifestations pacifistes[34].

Noam Chomsky contre les « commissaires politiques »

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Noam Chomsky en 2017.

AuxÉtats-Unis,Noam Chomsky – souvent présenté comme un intellectuel d'envergure internationale – est très critique à l'égard de la figure de l'intellectuel telle qu'elle se manifeste dans lesmédias. Pour lui, elle caractérise les acteurs d'un consensus politique qui étouffe toute critique réelle et efficiente des discours dominants. Dans cette perspective, l'intellectuel est avant tout au service de l'idéologie dominante[35]. Chomsky considère qu'« il y a letravail intellectuel, que beaucoup de gens font ; et puis il y a ce qu'on appelle la « vie intellectuelle », qui est un métier particulier, qui ne requiert pas spécialement de penser – en fait, il vaut peut-être mieux ne pas trop penser – et c'estcela qu'on appelle être un intellectuel respecté. Et les gens ont raison de mépriser cela, parce que ce n'est rien de bien spécial. C'est précisément un métier pas très intéressant, et d'habitude pas très bien fait »[36]. Il ajoute :« Ces gens-là sont appelés « intellectuels », mais il s'agit en réalité plutôt d'une sorte de prêtrise séculière, dont la tâche est de soutenir les vérités doctrinales de la société. Et sous cet angle-là, la populationdoit être contre les intellectuels, je pense que c'est une réaction saine[37]. » AuCanada et enBelgique, d'autres auteurs dans la lignée de Chomsky, commeNormand Baillargeon ouJean Bricmont, défendent cette idée.

Italie et Espagne auXXe siècle

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Antonio Gramsci au début des années 1920.

Chaque pays« conservant ses spécificités nationales », enItalie (exemple de Michela Nacci) et enEspagne (exemples de Carlos Serrano, Jean-Louis Guerrena), les intellectuels« ont également occupé une place significative dans l'espace public »[25]. Granjon évoqueAntonio Gramsci, devenu après 1945, pour les intellectuels italiens, une« figure tutélaire » quant à« unparti communiste plus rapidement déstalinisé, plus vite acquis à la liberté de discussion et d'opposition »[25]. Les intellectuels espagnols« ont constitué un foyer actif d'opposition à ladictature franquiste »[25].

Intellectuels allemands ou/et de langue allemande

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XVIIIe siècle : Les intellectuels allemands et la Révolution française

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En reprenant« l'image du renard de la fable qui, d'abord attiré par des raisins bien mûrs, les "critique" comme trop verts quand il s'aperçoit qu'il ne peut les atteindre »,Lucien Calvié analyse« l'attitude des intellectuels allemands face à la Révolution française »: entre 1789-1845, on observerait dans la culture allemande« une tendance à la dévalorisation idéologique de la Révolution française comme transformation "purement politique", et la recherche d'un substitut à ce modèle impossible, sous forme d'une révolution allemande plus profonde (éthique, esthétique, philosophique ou sociale) »[38].

LeBildungsbürgertum (moyenne bourgeoisie cultivée)

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Sous ledeuxième Reich, la « moyenne bourgeoisie cultivée » (Bildungsbürgertum) représente une « catégorie sociale » qui est,« en tant que telle, opposée à la bourgeoisie entreprenante dans le domaine économique »[39]. SelonHans Manfred Bock, l'histoire des intellectuels enAllemagne depuis la fin duXIXe siècle se distingue de celle des intellectuels enFrance (tout en la rapprochant en partie d'autres pays), en raison de« la réalisation plus tardive et plus précaire de l'unité nationale en Allemagne au XIXe siècle »[39]. Ces conditions ne permirent pas« la naissance d'un type d'intellectuel à la française, c'est-à-dire caractérisé par sa conscience d'autonomie et par la reconnaissance de celle-ci au sein de la société »[39]. De ce fait, les intellectuels allemands d'avant laPremière Guerre mondiale,« ne se virent jamais comme un groupe social autonome, mais comme avant-garde ou protagoniste d'un milieu socio-culturel ou d'un mouvement social donné »[39].

L'intellectuel juif en Europe auXXe siècle avant Auschwitz

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SelonMichaël Löwy, les intellectuels juifs d'Europe centrale« écrivent enallemand, que ce soit àBerlin,Vienne,Prague ouBudapest, voire enGalicie. L'univers culturel juif de l'Allemagne et de l'ancienEmpire austro-hongrois persiste encore dans les années qui suivent laPremière Guerre mondiale »[40]. LesJuifs« forment un ensemble assez homogène et une unité qui est celle de laculture allemande »[40]. Et« à côté duYiddishland » (Pologne etRussie), dont la langue juive dominante est leyiddish, existe« uneDeutsch-Jüdischland : l'Europe centrale »[40]. En soulignant la« floraison extraordinaire de cette culture juive de langue allemande » du milieu du XIXe siècle jusqu'aux années 1930, Michaël Löwy relève :« Le judaïsme centre-européen a donné au mondeHenri Heine etKarl Marx,Sigmund Freud etAlbert Einstein,Georg Lukacs etErnst Bloch,Theodor Adorno etWalter Benjamin »[40]. Toute la culture du XXe siècle restera marquée par le rayonnement de cette culture juive-allemande« détruite ou dispersée par lenazisme »[40].

Histoire transnationale et approches post-coloniales

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Homi K. Bhabha, professeur américain d'origineindienne, est l'auteur d'une théorie postcoloniale.

Comme le montre l'essai d'Edward Saïd,L'Orientalisme, qui exprime une conception de l'« Orient » par l'Occident et les manières occidentales de penser cet orient, l’intérêt pour les études post-coloniales se fait de plus en plus grand depuis les dernières années duXXe siècle[41]. Selon Jacques Pouchepasdass, les termes respectifs deSubaltern et dePostcolonial Studies désignent« une école historique et un courant de pensée critique » que lancent, au tournant desannées 1980, des intellectuels issus en majorité de l'ancien monde colonial, qui travaillent dans les universités des pays développés anglophones[42]. Comme dans les autres formes d'études transnationales, les approches postcoloniales montrent l'influence réciproque entre colonisés et colonisateurs. Les « études postcoloniales » offrent ainsi la possibilité de découvrir les liens coloniaux et les conséquences du colonialisme dans le monde européen et de démontrer comment le colonialisme a influencé l'image de l'Europe sur les sociétés européennes[43].

Intellectuelles, l'impact du genre

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Un groupe de recherche de l'Institut d'histoire du temps présent (IHTP) du CNRS s'est penché sur l'impact dugenre dans l'histoire des intellectuel(le)s[44]. L'ouvrage issu de ce« groupe de recherche sur l'histoire des intellectuels » (GRHI)« tente de susciter des interrogations inédites, de changer de focale et d’angle de vue en introduisant la problématique du “genre” en histoire des intellectuels »[44].

Le livre, qui contient de nombreuses contributions d'auteures et d'auteurs (Françoise Blum, Anne Boigeol, Isabelle Brouard-Arends,Sylvie Chaperon,Danielle Haase-Dubosc, Ingrid Galster,Nathalie Heinich, Dorothy Kaufmann,Michèle Le Dœuff,Antoine Lilti, Annelise Maugue,Nicole Mosconi, Delphine Naudier,Michelle Perrot, Clausd Piganiol-Jacquet, Nicole Racine,Françoise Thébaud,Michel Trebitsch,Éliane Viennot), s'organise en trois parties,« autour de trois séries de questions » :

  1. En remontant à laRenaissance, une première partie tente, sur une longue durée, de« faire bouger une chronologie » instituée, dans laquelle l’Affaire Dreyfus constituerait« l’acte de naissance des intellectuels »[44].
  2. Dans une seconde partie, il est moins question de la place des femmes et de son évolution dans les professions intellectuelles, que des« relations complexes entre ces identités intellectuelles et leurs représentations, sur ces “états de femmes” particulièrement étudiés à propos desécrivains »[44]
  3. Une troisième partie traite de« la spécificité de l’engagement politique et social des intellectuelles », des« liens idéologiques avec leféminisme, mais aussi lepacifisme ou lesocialisme »[44].

Notes et références

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  1. Voir par exempleJoseph Schumpeter,Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942, Paris : Petite bibliothèque Payot,II. La sociologie de l'intellectuel.p. 158 et suivantesdisponible surLes Classiques des sciences sociales.
  2. Pascal Ory etJean-François Sirinelli,Les Intellectuels en France. De l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Colin, 2002,p. 10.
  3. abcdefghijklmnopqrstuvwxyzaaabac etadLaurent Dartigues,Une généalogie de l’intellectuel spécifique, parrevueAstérion de décembre 2014[1].
  4. Trevor Field, « Vers une nouvelle datation du substantif intellectuel », dansTravaux de linguistique et de littérature, 1976, tome 14,no 2, pages 159-167.
  5. William M. Johnson, « The origins of the term "intellectual" in the French novels and essays of the 1890's », dansJournal of european studies, 1974,p. 43-56, cité par Yvan Lamonde,« Les « intellectuels » francophones au Québec auXIXe siècle : questions préalables », dansRevue d'histoire de l'Amérique française, vol. 48,no 2, 1994,p. 153-185.
  6. « L'intellectuel avant l'affaire Dreyfus », dansCahiers de Lexicologie, t. 15, 1969,p. 35-46.
  7. Pour une histoire comparée des intellectuels paru en 1998.
  8. Article paru le 11 mars 1895 dansLe Journal.
  9. Selon l'expression de Maurice Tournier, « Des mots en politique. Les intellectuels, déjà, encore, toujours », dansMots, décembre 1993,no 37,p. 106-110.
  10. Pour une histoire comparée des intellectuels (dir. Michel Trebitsch, Marie-Christine Granjon), 1998,p. 21-22.
  11. Marie-Christine Granjon, « Une enquête comparée sur l'histoire des intellectuels : synthèse et perspectives », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon, M. Trebitsch, 1998,p. 19. M.-C. Granjon cite en note 2 Louis Bodin,Les intellectuels existent-ils?, Paris, Bayard Éditions, 1997,p. 9 et 11.
  12. Zeev Sternhell,Barrès et le nationalisme français.
  13. PhilippeCollin et JulietteMédevielle (réalisation), « Épisode 6/10 : La guerre civile aura-t-elle lieu ? »Accès libre,Alfred Dreyfus, le combat de la République, surFrance inter,(consulté le)
  14. Ferdinand Brunetière,« Après le procès »,Revue des deux mondes, 15 mars 1898,p. 420-446, réédité la même année : « Après le procès. Réponse à quelques « intellectuels ». Paris: Librairie académique Didier-Perrin et Cie., 1898.
  15. Michel Foucault,Dits et écrits II, 1976-1988, Gallimard, Paris, 2001,Le Monde diplomatique, mai 2006[2].
  16. Voir :« Pouvoir, assujettissement, subjectivation » parBruno Karsenti (Futur Antérieur,no 10, 1992).
  17. Stuart Hall :(en)Critical dialogues in cultural studies, 1996[PDF].
  18. Cité par Annie Cohen-Solal,Sartre, Gallimard, 1989,p. 588-589.
  19. Discours de Suède, Gallimard, 1958, p. 14, 59 et 19.
  20. Les Chiens de garde, Rieder, 1932.
  21. Les Nouveaux Chiens de garde, Liber - Raisons d'agir, 1997, nouvelle édition en 2005.
  22. PourMichel Foucault, il s'agit d'un « intellectuel qui ne travaille plus dans « l’universel », « l’exemplaire », « le-juste-et-le-vrai-pour-tous », mais dans des secteurs déterminés, en des points précis où les situent soit leurs conditions professionnelles, soit leurs conditions de vie (le logement, l’hôpital, l’asile, le laboratoire, l’université, les rapports familiaux) », Michel Foucault,Dits et écrits, « La Fonction politique de l’intellectuel »,no 184, 1976,p. 109.
  23. Luc Boltanski, « Les intellectuels parlent et font parler », dans « Le Monde des Livres »,no 22293, daté du vendredi 16 septembre 2016,p. 1-2.
  24. abcdefgh etiPierre de Charentenay. Les intellectuels médiatiques.Études, septembre 2011,[lire en ligne]
  25. abc etd, Marie-Christine Granjon, « Une enquête comparée sur l'histoire des intellectuels: synthèse et perspectives », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon et M. Trebitsch),1998,p. 34-36.
  26. Christophe Charle, « L'histoire comparée des intellectuels en Europe. Quelques points de méthode et propositions de recherche », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon et M. Trebitsch),1998,p. 44.
  27. Yvan Lamonde dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon et M. Trebitsch),1998,p. 111.
  28. Michel Trebitsch, « Présentation », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon et M. Trebitsch),1998,p. 15.
  29. abcd ete« L'Oreille tendue » 12 juillet 2011, par Benoît Melançon[3].
  30. abcdefgh eti« Le Québec, anti-intello? Wô Menute ! », par Jean-François Lisée, dansL'Actualité du 7 juillet 2011[4].
  31. a etb« Le Québec anti-intellectuel », parMarc Cassivi,La Presse du 7 juillet 2011[5].
  32. [6].
  33. ab etcLa télévision québécoise a-t-elle peur des intellectuels? Radio-Canada, août 2018[7].
  34. abc etdDaniel Geary, « Les Intellectuels américains et l’idéal démocratique »,Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique,no 108,‎(lire en ligne).
  35. « les intellectuels sont des spécialistes de la diffamation, ce sont fondamentalement des « commissaires politiques », des directeurs idéologiques, et ce sont donc eux qui se sentent le plus menacés par la dissidence. » dansComprendre le pouvoir, deuxième mouvement, Noam Chomsky (propos recueillis par Peter R. Mitchell et John Schoeffel), éditions Aden, 2006,p. 184.
  36. Comprendre le pouvoir, premier mouvement,Noam Chomsky (propos recueillis par Peter R. Mitchell et John Schoeffel), éditions Aden, 2006,p. 185.
  37. Comprendre le pouvoir, premier mouvement, deNoam Chomsky (propos recueillis par Peter R. Mitchell et John Schoeffel), éditions Aden, 2006, p. 183.
  38. Löwy Michael. Lucien Calvié,Le renard et les raisins : la Révolution française et les intellectuels allemands (1789-1845), Paris, EDI, 1989, In: L'Homme et la société, N. 102, 1991. État et société civile. p. 134.[8].
  39. abc etdHans Manfred Bock, « Histoire et historiographie des intellectuels en Allemagne », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir. M-C. Granjon et M. Trebitsch),1998,p. 79-109.
  40. abcd eteMichaël Löwy, « Les intellectuels juifs », dansPour une histoire comparée des intellectuels (dir: M. Trebitsch, M.-C. Granjon), Bruxelles, Complexe, 1998, coll. « Histoire du temps présent »,p. 125-139.
  41. Grimm, Sabine: Einfach hybrid! Kulturkritische Ansätze der Postcolonial Studies, in: izw3 Nr. 223 (September 1997) S. 39-42. Said, Edward, W.: Orientalism. London 1978.
  42. Jacques Pouchepasdass, « Subaltern etPostcolonial Studies »dansHistoriographies. Concepts et débats (dir. :C. Delacroix, F. Dosse,P. Garcia &N. Offenstadt), tome I, Gallimard folio histoire, 2010,p. 636-646.
  43. Transnationale Geschichte. Themen, Tendenzen und Theorien. (Jürgen Kocka zum 65. Geburtstag). Hrsg. von Gunilla Budde, Sebastian Conrad und Oliver Janz, Göttingen, 2006, p. 12.
  44. abcd eteNicole Racine et Michel Trebitsch (dir.),Intellectuelles. Du genre en histoire des intellectuels, Paris/Bruxelles, IHTP-CNRS/Complexe, coll. « Histoire du temps présent », 2004,[lire en ligne].

Annexes

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Bibliographie

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Intellectuels en France

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Intellectuels en Europe et dans le monde

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Articles connexes

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Liens externes

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