La défaite des Polonais est suivie d'une sévère répression et d'une réduction drastique de l'autonomie du royaume de Pologne. Plusieurs milliers de Polonais sont alors poussés à l'exil : cet exode massif est connu sous le nom de « Grande Émigration ».
Contexte historique : le royaume de Pologne sous tutelle russe
La principale cause du soulèvement de novembre est le non-respect par le tsar des dispositions de la constitution de1815. Déjà en1819,AlexandreIer abolit laliberté de la presse et introduit la censure préventive. À partir de1820, des sociétés patriotiques se forment notamment chez les étudiants et les militaires, qui vont subir la répression de la police. En1821, la liberté de réunion est suspendue et lafranc-maçonnerie est interdite. En octobre1822, le franc-maçonWalerian Łukasiński, chef de la Société patriotique, est arrêté.
Les tensions s'aggravent après l'avènement en1825 deNicolasIer, qui, au lendemain de son accès au trône fait, doit faire face à l'insurrection décabriste. Désireux d’obtenir des réformes libérales, des officiers russes tentent de soulever la garnison deSaint-Pétersbourg. Leur échec fige la Russie dans l'absolutisme et le conservatisme. Après avoir remis son peuple au pas, le tsar se fait le défenseur de la légitimité monarchique dans toute l’Europe et envisage défavorablement les libertés dont jouit le royaume de Pologne[3].
En 1825, le nouvel empereur abolit la transparence des sessions de laDiète de Pologne. Dans le même temps, la persécution des organisations indépendantistes polonaises s'intensifie. En1827, des membres de la Société patriotique sont arrêtés.
La répression grandissante rencontre une opposition de plus en plus forte. Le, un certain nombre de patriotes s'unissent à l'initiative du lieutenantPiotr Wysocki, instructeur à l'École des officiers d'infanterie de Varsovie, pour la défense de la Constitution. Ce groupe patriotique qui prépare l'assassinat du grand-ducConstantin Pavlovitch de Russie est passé dans l'histoire comme « la conjuration de Wysocki ».
Le, conformément aux règles constitutionnelles,NicolasIer se fait couronnerroi de Pologne à Varsovie.
ÀVarsovie, les patriotes polonais sont persuadés que le tsar interviendra militairement et ils craignent que l’armée polonaise soit envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique.
De fait, en réponse à l'« anarchie révolutionnaire » en Belgique, le tsar ordonne le à sonministre de la guerreAlexandre Tchernychev et au maréchalSacken de mettre l'armée sur le pied de guerre. Cet ordre concerne aussi l'armée polonaise qui doit suivre l'armée impériale russe à l'ouest pour étouffer la révolution belge. L'empereur recommande personnellement au secrétaire d’État, le généralStefan Grabowski, de transmettre l'ordre du 17 octobre 1830 au ministre polonais des Finances, le princeDrucki-Lubecki, afin qu'il réunisse les fonds nécessaires. La date fixée pour la mise sur le pied de guerre de l'armée est le.[réf. nécessaire]
Les débuts de l'insurrection (29 novembre 1830-30 janvier 1831)
L'annonce, les 19 et 20 novembre 1830, de l'ordre de mettre en alerte les forces armées russes et polonaises décide les dirigeants de l'organisation secrète du lieutenantPiotr Wysocki de prendre des mesures immédiates pour déclencher le soulèvement.
Au cours de son trajet, un groupe rencontre legénéral Hauke, vice-ministre de la Guerre, accompagnant le carrosse où se trouve sa famille. Sollicité de se joindre à l'insurrection, Hauke refuse et essaie au contraire de convaincre les aspirants de rentrer dans leur caserne. Il est tué par des coups de feu, puis ses décorations russes sont arrachées, mais pas les décorations polonaises ni françaises[4].
Au Belvédère, le grand-duc échappe de peu aux assaillants. Malgré cela, ils réussissent à entraîner la population de Varsovie et à prendre contrôle de la ville. Le groupe de Wysocki s'empare de l'arsenal de Varsovie et procède à la distribution de 30 000 fusils à la population de la ville. Le lendemain, la ville est sous la domination des insurgés[5]. Leur étendard porte la mention« Pour notre liberté et pour la vôtre ». Des unités de l'armée polonaise cantonnées à l'extérieur de la ville se rallient aux insurgés. Cependant, aucun général, malgré des sollicitations, ne se rallie à l'insurrection. Seuls les hommes politiques radicaux, notammentJoachim Lelewel etMaurycy Mochnacki, regroupés dans la Société patriotique, soutiennent le soulèvement.
La nuit du 30 novembre, le princeLubecki, défavorable à l'insurrection et l'un des rares à Varsovie capable de discuter sur pied d'égalité avec le grand-duc Constantin, prend contact avec le prince et le supplie d'écraser les désordres afin de pouvoir présenter l'évènement comme mutinerie sans importance. Mais le duc refuse d'agir.
Le comte Lubecki s'emploie alors à former un Conseil administratif réunissant des conservateurs hostiles à l'idée du soulèvement. Le princeAdam Czartoryski, le généralJózef Chłopicki, le princeMichał Radziwiłł et l'écrivainJulien-Ursin Niemcewicz en font partie. Le conseil engage des négociations avec les insurgés[6].
Drapeau de l'Insurrection de Novembre portant la devise "Au nom de Dieu, pour notre liberté et la vôtre"
Le, le Conseil administratif coopte quelques radicaux et prend le nom de Gouvernement provisoire du Royaume de Pologne, dont la présidence est donnée au prince Czartoryski. Le 5 décembre, le général Chłopicki, vétéran des guerres napoléoniennes assez populaire mais peu favorable au désordre, se proclame « dictateur de l'insurrection», c'est-à-dire commandant-en-chef de l'armée polonaise. Le grand-duc Constantin est autorisé à quitter le royaume avec les troupes russes, drapeaux en tête et prisonniers indemnes[7].Pendant ce temps, de nouveaux officiers sont promus, notamment à partir de l'encadrement de l'école d'infanterie de Varsovie, fidèles à Wysocki, comme Hieronim Dębicki[8].
Le, le prince Lubecki part comme émissaire à Saint-Pétersbourg pour apaiser le tsar. Il se contente de demander le respect des promesses et des droits constitutionnels déjà établis de la Pologne : le respect de la constitution, la fin du stationnement de troupes russes dans le royaume, sa réunification avec des anciennes territoires du grand-duché de Lituanie avec lequel il formait larépublique des Deux Nations. Mais le tsarNicolasIer refuse de négocier et exige la reddition inconditionnelle des insurgés. L'armée russe se prépare en vue d'une attaque du royaume. Le prince Lubecki écrit alors au général Chłopicki pour lui demander d'essayer de mater la rébellion avec les forces polonaises puisque c'était la seule façon d'éviter l'intervention russe[9].
Le gouvernement du général Chlopicki (18 décembre 1830-18 janvier 1831)
Si le gouvernement est conciliant, laDiète réunie le se montre plus radicale. Elle proclame l’insurrection nationale et confirme Chłopicki comme son commandant en chef. Le gouvernement provisoire est remplacé par le « Conseil national suprême », toujours présidé par le prince Czartoryski, chargé d'assister le dictateur.
Un comité spécial de la Diète élabore un texte qui sera publié le 5 janvier 1831, mais daté du 20 décembre 1830, le « manifeste de la Diète » (Manifest Sejmowy[10]) dans lequel sont exprimés les griefs des insurgés contre la tutelle du tsar.
Confronté à l’intransigeance de Nicolas Ier, Chłopicki démissionne le, laissant le pouvoir à la responsabilité de la Diète. Il est remplacé à la tête de l'armée par legénéral Radziwill.
La destitution du tsar et le gouvernement national (25-30 janvier 1831)
Il s'ensuit un débat politique intense au sein de la Diète sur la nature, les méthodes et les objectifs de l'insurrection. La Diète statue que la Pologne sera une monarchie héréditaire constitutionnelle et que c'est à la Diète de choisir le roi.
Le est mis en place leGouvernement national, de nouveau sous la présidence d'Adam Czartoryski, ministre des Affaires étrangères jusqu'au 16 août.Joachim Lelewel y représente le courant républicain radical.
Alors que les radicaux veulent une « guerre du peuple » contre la Russie, le gouvernement de Czartoryski nourrit l'espoir qu'une campagne militaire victorieuse forcera Nicolas et les grandes puissances à réviser les clauses dutraité de Vienne concernant la Pologne[11].
Le, une armée russe forte de 127 000 hommes[12], commandée par le généralDiebitsch, franchit la frontière du royaume de Pologne. L'armée polonaise ne compte que 53 000 hommes.
L'offensive est menée sur un large front avec 11 colonnes, mais un dégel précoce oblige Diebitsch à se rabattre sur la route deBrest-Litovsk, occupant, après la traversée difficile duBug, la région deSiedlce.
Après les batailles victorieuses deStoczek (), deDobre (17 février), deKałuszyn () et deWawer (), les Polonais affrontent les Russes près deGrochów, 2 km à l'est de Varsovie, sur la rive droite de la Vistule.
L'arrêt de l'offensive russe à la bataille de Grochów (24-25 février)
La bataille de Grochów est la plus importante bataille livrée en Europe depuisWaterloo. Elle voit s'affronter 40 000 Polonais et 60 000 Russes.
L'armée polonaise est officiellement commandée par le princeMichał Radziwiłł, mais ce dernier laisse l'initiative militaire au généralJózef Chłopicki, nommé le commandant de première ligne. Ce changement de statut de Chłopicki a une incidence négative sur le déroulement de la bataille. Chłopicki arrive sur le champ de bataille en tant que civil. Il prend le commandement de l’ensemble des forces polonaises, mais certains de ses subordonnés ne reconnaissent pas son autorité etJan Krukowiecki etTomasz Łubieński refusent d’exécuter ses ordres à des moments clés de la bataille. Cela fait qu'on perd une chance de briser définitivement la cavalerie russe.
Chłopicki ayant été gravement blessé au cours de la bataille, c'est le généralJan Skrzynecki, un autre vétéran des guerres napoléoniennes, qui le remplace à la tête de l'armée. Les Polonais résistent longuement et infligent des pertes importantes aux Russes (10 000 hommes), les dissuadant de poursuivre l'offensive vers la capitale.
Bien que la bataille soit indécise, l'offensive russe est arrêtée. L'armée polonaise se regroupe en position défensive autour dufaubourg de Praga, tête de pont sur la Vistule, tandis que Diebitsch fait prendre des quartiers d'hiver à ses troupes, éprouvées aussi par la maladie.
Le commandement de Jan Skrzynecki et la contre-offensive polonaise
Skrzynecki est confirmé commandant en chef du soulèvement à la place deMichał Radziwiłł, démissionnaire, le. Cependant, il ne croit pas au succès de l'insurrection, il fait preuve d'une passivité exceptionnelle. Il manque plusieurs chances de réussir des offensives au printemps 1831, puis entreprend une «purge» dans l'armée, remplaçant l'ancien état-major à la retraite par des officiers subalternes plus jeunes. Il s'entoure de ses fidèles.Wojciech Chrzanowski est promu chef d'état-major, tandis qu'Ignacy Prądzyński est nommé conseiller. Il place des officiers disciplinés :Maciej Rybiński,Antoni Giełgud,Kazimierz Małachowski etHenryk Milberg à la tête des divisions et il réorganise la structure de l'armée polonaise dont la force en est estimée à 70 000 soldats[13].
Le mois de mars 1831 est une période sans engagements militaires notables, sauf le dernier jour. Diebitsch attend des renforts, l'armée russe opérationnelle étant réduite à 67 000 hommes[14] au début du mois. Vers la fin du mois, une insurrection éclate dans l'anciengrand-duché de Lituanie (annexé par la Russie), ce qui affaiblit les communications russes. Sous la pression du tsar, Diebitsch accepte de lancer une nouvelle offensive au début d'avril et engage des préparatifs pour traverser la Vistule au sud de Varsovie.
Prądzyński propose alors d'attaquer leVIe Corps commandé par legénéral Rozen et établi non loin de Varsovie, puis le gros de l'armée russe. Les troupes polonaises traversent la Vistule dans la nuit du 30 au 31 mars et affrontent les Russes àDębe Wielkie. Les Russes subissent de lourdes pertes et leurs positions sont démantelées.
Sous la pression du pouvoir politique soucieux du moral de la population et de l'armée, Skrzynecki décide alors une attaque de lagarde impériale stationnée au nord-est de Varsovie, entreŁomża etOstrołęka, 25 000 hommes commandés par le grand-ducMichel.
Le 14 mai, 44 000 Polonais sont rassemblés àSerock, au nord de Varsovie, puis envoyés contre le grand-duc en suivant la Narew[15]. La garde évacue Ostrołęka, qui est prise le 24 par les Polonais. Mais le 26 au matin, ils se trouvent face à l'armée russe de Diebitsch remontée de Siedlce. Passés sur la rive gauche de la rivière, ils vont livrer un combat acharné pour empêcher le passage des Russes. Le soir, Skrzynecki décide d'abandonner la position et de revenir à Varsovie. Les Russes, qui ont subi des pertes considérables, ne font pas grand-chose pour empêcher cette retraite.
Les pertes sont aussi élevées du côté polonais. De l'aveu du général Skrzynecki, 5 000 hommes sont hors de combat, parmi lesquels des généraux ainsi que 30 officiers d'état-major et 125 de grades inférieurs[16].
Au total, cette bataille est une défaite pour l'armée polonaise, qui est revenue à son point de départ. Malgré tout, elle compte encore 80 000 hommes au début du mois de juin[17].
L'armée polonaise subit ensuite plusieurs revers. Le généralWacław Sierakowski est battu à Wronow etKazimierz Dolny, le généralJózef Dwernicki, envoyé enVolhynie en mars pour susciter une insurrection, est contraint fin avril de se réfugier enAutriche où son corps de 4 000 hommes est désarmé et interné[18]. Envoyé à son secours avec 6 000 hommes, le généralWojciech Chrzanowski décide alors de rester àZamość.
Durant cette phase défavorable à l'armée russe, Skrzynecki ordonne l'attaque des corps commandés par les générauxKreutz etRüdiger. La première attaque menée par le généralLudwik Bukowski échoue, les Russes refusant le combat. La seconde, menée par le généralAntoni Jankowski, réussit à encercler Rüdiger àŁysobyki le 19 juin, mais, recevant un ordre de rentrer à Varsovie, Jankowski y obéit immédiatement et ne termine pas son attaque. Bukowski et Jankowski sont arrêtés à leur retour et emprisonnés au château de Varsovie.
Un autre revers concerne l'expédition du généralAntoni Giełgud en Lituanie, où il est envoyé en juin avec 12 000 hommes pour soutenir l'insurrection. Mais, vers le 15 juillet, Giełgud et ses 8 000 hommes se trouvent contraints de se réfugier enPrusse, où ils sont internés. Une unité de 4 000 hommes du généralHenryk Dembinski réussit à rentrer à Varsovie.
Du côté russe, Diebitsch est remplacé parIvan Paskevitch, qui prend le commandement effectif le 26 juin.
Paskevitch décide de s'éloigner de Varsovie afin de traverser laVistule. Le mouvement commence le 4 juillet. La traversée a lieu le, sans intervention polonaise, à Osiek nad Wisłą, un peu en amont deToruń. Paskevitch est alors en mesure d'attaquer Varsovie par l'ouest. Par ailleurs, le général Rüdiger traverse la Vistule àJózefów, au sud de Varsovie.
Le1er août, Skrzynecki établit une ligne de défense àSochaczew et sur laBzura, à 35 km à l'ouest de Varsovie. Vu sa passivité, le gouvernement envoie une commission d'enquête à l'état-major installé àBolimów. Après avoir interrogé des officiers, les commissaires relèvent Skrzynecki de son commandement le 10 août et nomment à sa place, à titre temporaire, le généralHenryk Dembinski. Mais celui-ci ne se montre pas plus efficace. Le 14 août, il ordonne de quitter la ligne de la Bzura pour revenir vers Varsovie[19].
La chute du gouvernement national et la prise du commandement par Jan Krukowiecki
Le, la perspective de la défaite et soupçon de la trahison de la cause nationale provoque des émeutes à Varsovie. Les insurgés font irruption dans plusieurs prisons et pendent des dizaines de personnes accusées d'espionnage dont les générauxAntoni Jankowski etLudwik Bukowski.
Le prince Czartoryski suggère de rechercher la protection des Autrichiens, ce qui déclenche la fureur de Joachim Lelewel et des radicaux qui demandent instamment la création d'une république égalitaire. Le gouvernement national du prince Czartoryski démissionne le et le lendemain, les pleins pouvoirs sont donnés par la Diète au généralJan Krukowiecki, gouverneur de Varsovie, qui réprime impitoyablement les émeutes et rétablit l'ordre dans la ville.
Désigné Président du conseil des ministres, Krukowiecki nomme six ministres et choisit le généralKazimierz Małachowski comme vice-commandant en chef. Krukowiecki tente de négocier avec le maréchal Paskiewicz, mais il refuse.
Le 19 août, le conseil de guerre décide l'envoi de deux expéditions : l'une vers le nord pour ravitailler la capitale et la seconde, 20 000 hommes commandés par legénéral Ramorino, pour attaquer le corps deRozen, de seulement 11 000 hommes, à l'est, sur la route de Brest.
Dès le 18 août, l'armée russe se trouve près de Varsovie, mais Paskevitch suspend les opérations en attendant des renforts. Quand ceux-ci arrivent, il se trouve à la tête de 80 000 hommes[20]. Du côté polonais, la capitale est défendue par 28 000 soldats et 10 000 civils armés.
Le 4 septembre, Paskevitch propose aux défenseurs de capituler, ce qui est catégoriquement refusé.
Le, l'armée russe attaque la première ligne de défense, dont l'élément principal est lefort de Wola, défendu par le généralJózef Sowiński avec 1 300 hommes face à 11 bataillons russes. Le fort tombe vers midi. L'attaque contre la seconde ligne de défense est suspendue par Paskevitch, qui accepte une trêve jusqu'au lendemain 13 h[21]. Les Polonais refusent de nouveau la capitulation.
Le 7 septembre, l'offensive russe reprend en début d'après-midi et la seconde ligne de défense tombe après de durs combats. À 22 h, le général Małachowski ordonne à son armée de passer sur la rive droite de la Vistule, àPraga. Puis il obtient une trêve pour évacuer Varsovie vers le nord. Le gouvernement et l'armée polonaise quittent la capitale.
Le, le général Krukowiecki, resté à Varsovie et privé de commandement, capitule et est fait prisonnier.
L'armée de Małachowski se rassemble àModlin, où il est décidé de poursuivre le combat. Le 9 septembre, Małachowski démissionne et est remplacé par le généralMaciej Rybiński. La direction du gouvernement est attribuée àBonaventura Niemojowski.
Les forces polonaises encore disponibles s'élèvent alors à 70 000 hommes : 33 000 avec Rybiński, 20 000 avec Ramorino, 10 000 avec le généralKarol Różycki à Kielce, plus les garnisons de Modlin et de Zamość. Il est envisagé d'opérer une jonction des colonnes de Rybiński, de Ramorino et de Różycki.
Mais le général Ramorino décide de son propre chef d'abandonner le combat et passe en Autriche le 17 septembre.
Le 23 septembre a lieu la dernière séance de la Diète. Les députés annoncent la suspension du soulèvement. La plupart décident d'émigrer.
Le 5 octobre, la majeure partie de l'armée de Rybiński passe en Prusse.
Les forteresses deModlin et deZamość tombent les dernières, respectivement les 9 et.
L'insurrection polonaise est populaire en France et en Belgique, au moins dans l'opinion publique libérale ou républicaine. Elle a aussi le soutien des Britanniques et des Américains des États-Unis.
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète.Votre aide est la bienvenue !Comment faire ?
Un organisme chargé des Affaires étrangères est créé dans les gouvernements de l'insurrection. Les responsables en sont successivement Adam Czartoryski, Gustave Malachowski, de nouveau Adam Czartoryski, André Horodyski et Théodore Morawski. La formulation « ministère des Affaires étrangères » (Ministerstwo Spraw Zagranicznych) est utilisée à partir du 3 février 1831.
Le gouvernement national polonais envoie des émissaires auprès de certains gouvernements, mais sans grands résultats. À Paris, la légation polonaise a à sa tête legénéral Kniaziewicz etLouis Plater (ils sont nommés en février 1831) ; le juristeLouis Wolowski est nommé premier secrétaire. Bien qu'ils n'aient pas de statut diplomatique officiel, Kniaziewicz et Plater sont reçus à de nombreuses reprises par le ministre des Affaires étrangèresHorace Sébastiani, mais sans qu'il s'engage jamais positivement en faveur des insurgés. Le gouvernement français, issu de larévolution de Juillet, a en principe de la sympathie pour la cause polonaise, mais ne veut pas prendre parti contre la Russie et s'aligne sur l'attitude des Prussiens et des Autrichiens[22]. La Russie est représentée à Paris par une véritable ambassade, que dirige le diplomate d'origine corseCharles Pozzo di Borgo. Depuis 1827, la France a un consul à Varsovie,Raymond Durand, nommé sous le règne de Charles X, dont les patriotes polonais ont, même avant l'insurrection, une très mauvaise opinion.
Après la défaite d'Ostrolenka, plus personne à l'étranger ne croit à une victoire des insurgés.
Les gouvernements autrichiens et prussiens, directement concernés, du fait qu'ils ont un assez grand nombre de sujets polonais, dont certains participent à l'insurrection (par exemple,Louis Sczaniecki et legénéral Uminski pour la Prusse), restent neutres. Ils n'apportent (semble-t-il) d'aide ni à la Russie, ni aux insurgés, mais lorsque des militaires polonais se réfugient en territoire autrichien ou prussien, ils sont désarmés et internés.
La capitale française est également le siège d’un Comité américano-polonais dirigé par l’écrivainFenimore Cooper et à laquelle participeSamuel Gridley Howe. Son comité est fondé à Boston fin 1830 ou début 1831.
On trouve aussi à Lyon un comité fondé en juin 1831, la Société du Bazar polonais[24].
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète.Votre aide est la bienvenue !Comment faire ?
Frédéric Chopin, qui était parti de Varsovie le 2 novembre 1830 dans un but purement professionnel, ressent une certaine hostilité des Viennois envers les insurgés. Cela le pousse à quitter ce pays plus tôt que prévu pour venir en France (il voyage de juillet à septembre, se trouvant àStuttgart au moment où il apprend la chute de Varsovie).
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète.Votre aide est la bienvenue !Comment faire ?
Un certain nombre de volontaires viennent combattre aux côtés des insurgés. L'exemple le plus connu est celui du généralGerolamo Ramorino. On peut aussi citer le commandant de l'armée françaiseGeorges Frédéric Langermann[25].
Au total, l’envoi de volontaires internationaux, qui passe par les réseaux du militantisme international européen, se chiffre plutôt en dizaines qu’en milliers d’hommes.
En France, grâce aux collectes du Comité central en faveur des Polonais, lecolonel Fabvier affrète un navire, le Jules-et-Julie, sur lequel embarquent des militaires volontaires pour aller combattre dans l’armée polonaise. Il ne s'agit vraisemblablement que de quelques dizaines de personnes.
Arrivés en Pologne, ces hommes participent à la grande offensive du printemps 1831 en Lituanie et à la retraite qui s’ensuit[26].
Une aide médicale est apportée à l'armée polonaise[27], principalement à partir de la France. Les volontaires sont recrutés par le Comité La Fayette, à la demande du gouvernement national et en liaison avec la légation polonaise de Paris, qui signe des contrats d'engagement pour l'année 1831. Deux groupes principaux sont formés en mars 1831 : le premier, de huit médecins, est dirigé par leDr Jean-Baptiste Charreyre (départ le 24 mars) ; le second, dirigé par leDrJoseph-François Malgaigne (1806-1863), comprend un officier de santé, un chirurgien, deux pharmaciens et sept étudiants en médecine (départ le 2 avril). D'autres groupes moins importants sont formés par la suite, certains partant d'Allemagne ou de Suisse. Au total, on estime qu'une quarantaine de volontaires médicaux sont parvenus en Pologne pendant la guerre. Les groupes Charreyre et Malgaigne sont retenus assez longtemps à Berlin, où leurs titres médicaux sont examinés : le passage est notamment refusé à ceux qui ne sont qu'étudiants en médecine[28].
Une fois arrivés en Pologne, plusieurs médecins français vont se heurter à une certaine hostilité de leurs collègues polonais ; le journal de VarsovieKurier Polski publie même des critiques contre eux, présentés comme moins compétents que les médecins allemands[29]. De sorte que le 12 mai, le gouvernement polonais ordonne à la légation de Paris de mettre fin au recrutement de volontaires médicaux[30].
Après la prise de Varsovie, la constitution du royaume est suspendue et tous les officiers ayant servi le gouvernement national sont automatiquement cassés et privés de leurs biens, tandis que les soldats restants sont incorporés dans l'armée russe et envoyés dans le Caucase. Les tribunaux militaires condamnent tous les rebelles avec leurs familles aux travaux forcés en Russie et quelque 80 000 Polonais dans les fers prennent le chemin de la Sibérie. Des milliers d'autres fuient à l'étranger[31].
La loi martiale et l'occupation sont introduites dans le Royaume. Les crimes politiques sont jugés par des tribunaux militaires.
Une énorme contribution est imposée à la Pologne, une barrière douanière est également établie à la frontière polono-russe.
Des milliers de fugitifs, intellectuels et militaires, grands propriétaires ou simples travailleurs, cherchent à échapper à la répression en se réfugiant dans différents pays d'Europe. Après un séjour obligé en Autriche ou en Prusse, ils sont sauf exception autorisés à choisir une destination. C'est la France qui attire la majorité d'entre eux, et malgré la distance, ce sont environ 10 000 Polonais qui viennent s'y réfugier.
Les comités en faveur du soutien à l'insurrection se transforment en comité de soutien aux réfugiés, notamment en France, où cette fois le gouvernement agit : une allocation journalière est versée à tous les réfugiés polonais et leur hébergement est organisé. Les grandes masses de réfugiés militaires arrivant en février-mars 1832 sont dirigées vers des centres provinciaux, Paris étant réservé aux réfugiés les plus importants.
Les changements institutionnels : le Statut organique du royaume de Pologne
La capitulation de Varsovie le est la cause d'une violente émotion et déclenche même une émeute à Paris. Un peu plus tard, on s'indigne d'un mot maladroit attribué au ministre de la Guerre, le généralHorace Sébastiani :« L'ordre règne à Varsovie ».
« Toute la France est polonaise », affirme le généralLa Fayette à la Chambre des Députés le.
↑Norman Davies,Histoire de la Pologne, Fayard,,p. 217
↑Norman Davies,Histoire de la Pologne, Fayard,,p. 2016
↑Wiesław Rutkowski, Piotr Sławiński et Gwenaële Le Fur,Z dziejów Sulisławic i nie tylko, Archiwum państwowe w Kielcach,(ISBN978-83-954199-3-5),p. 136 à 138
↑Norman Davies,Histoire de la Pologne, Fayard,,p. 218
↑Le titre complet est « Manifeste des deux chambres de la Diète du royaume de Pologne sur l'insurrection du peuple polonais (20 décembre 1830) », dont letexte (polonais) est disponible sur Wikisource.
↑Lettre de Sébastiani àMaison, ambassadeur à Vienne, 29 décembre 1830, citée dans l'article de Kenneth F. Lewalski, « The French medical mission to Poland during the insurrection of 1830-31 »,The Polish Review, vol. 10,no 2 (printemps 1965),p. 44-58 (aperçu partiel surjstor)
Daniel Beauvois (dir.),Pologne L'Insurrection de 1830-1831. Sa réception en Europe, Actes du colloque des 14 et au Centre d'étude de la culture polonaise, Université Lille-III, 1982.
Stefan Kieniewicz (dir.),Histoire de Pologne, Varsovie, Éditions scientifiques de Pologne (P. W. N.), 1972. Textes de A. Gieysztor, S. Kieniewicz, E. Rostworowski, J. Tazbir, H. Wereszycki.
The Cambridge History of Poland, from Augustus II to Pilsudski (1697-1935), Cambridge University Press, 1941 : sous-chapitre « The November Insurrection »,p. 295-310.