L’inscription de Behistun[1] (ouBéhistoun ouBisistun ouBisutun) est une inscription monumentale décrivant les conquêtes deDariusIer en troislangues : levieux perse, l’élamite et l’akkadien.
Le texte est gravé dans un escarpement dumont Behistun(en), dans laprovince de Kermanchah de l’actuel Iran. Elle a été déchiffrée parHenry Rawlinson. Celui-ci commença ses recherches en 1835 et eut besoin de plus d'une décennie pour achever sa traduction, qui fut publiée àLondres en 1846[2]. L'inscription de Behistun est le seul texte monumental connu desAchéménides qui documente un évènement historique précis : le rétablissement de l'Empire parDarius Ier[3],[4].
Le texte lui-même est une déclaration deDariusIer de Perse, écrite trois fois en trois écritures et langues différentes : deux langues côte à côte,vieux perse etélamite, etakkadien au-dessus d’elles. Darius a régné sur l’Empire perse de 521 à 486av. J.-C.
L’inscription, d’approximativement15 mètres de haut et25 mètres de large, se trouve à100 mètres au-dessus de la route antique reliant les capitales deBabylone enMésopotamie et d’Ecbatane de l’Empire mède. Elle est extrêmement peu accessible, la montagne ayant été arasée pour rendre l’inscription plus évidente après gravure. Le texte en vieux perse contient414 lignes en cinq colonnes ; le texte élamite comprend593 lignes en huit colonnes et le texte akkadien en comporte 112. L’inscription est illustrée d’un bas-relief représentant Darius et deux domestiques, grandeur nature, et dix personnages hauts d’un mètre représentant les peuples conquis. Le dieuAhura Mazda flotte au-dessus, donnant sa bénédiction au roi. Un personnage semble avoir été ajouté après les autres ; de même, assez curieusement, la barbe de Darius est un bloc de pierre indépendant fixé par desgoupilles et du fil de fer.
Après la chute de l’Empire perse et de ses successeurs, et après que l’écriture cunéiforme fut tombée en désuétude, la signification de l’inscription a été oubliée et des interprétations fantaisistes sont devenues la norme. Pendant des siècles, on a ainsi pensé qu’elle était due àKhosroII.
Une légende est apparue, selon laquelle elle serait due à Farhâd, amant deChirine, l’épouse deKhosroII. Exilé pour sa faute, Farhâd aurait eu pour tâche de tailler la montagne pour y trouver de l’eau ; s’il réussissait, il aurait la permission d’épouser Chirine. Après de nombreuses années et avoir déplacé la moitié de la montagne, il aurait trouvé l’eau, mais pour apprendre deKhosroII la mort de Chirine. Fou de douleur, il se serait jeté de la falaise. Chirine, qui n’était naturellement pas morte, se serait pendue en apprenant la nouvelle.[réf. nécessaire]
L’inscription de Behistun, gravée dans une falaise, donne le même texte en trois langues, indiquant l’histoire des conquêtes du roi Darius. Elle est illustrée par des images gravées du Grand Roi et d’autres personnages grandeur nature qui l’accompagnent.
En1598, l’inscription est révélée à l’Europe de l’Ouest quandRobert Shirley, un Anglais au service de l’Autriche, la découvre lors d’une mission diplomatique enPerse. Il parvient à la conclusion qu’il s’agit d’une représentation de l’Ascension deJésus Christ. Les fausses interprétationsbibliques européennes se répandront au cours des deux siècles qui suivent : elles évoquent le Christ et sesapôtres, ou encore les tribus d’Israël etSalmanazar.
En1835,Henry Creswicke Rawlinson, unofficier de l’armée britannique entraînant l’armée duChah d’Iran, commence à étudier sérieusement l’inscription[8],[9]. Le nom de la ville de Bisistun est anglicisé en l’actuel « Behistun » et le monument devient connu sous le nom d’« inscription de Behistun ». En dépit de son inaccessibilité, Rawlinson parvient à escalader la falaise et copier l’inscription en vieux perse. La versionélamite, qui se trouve de l’autre côté d’unabîme, et la version enakkadien, située quatre mètres au-dessus, sont moins faciles d’accès et sont remises à un accès ultérieur.
Armé du texte vieux perse et d'environ un tiers dusyllabaire fourni par l’AllemandGeorg Friedrich Grotefend, expert encunéiforme, Rawlinson déchiffre le texte. Par chance, la première partie donne une liste de rois perses identiques à celle qui est mentionnée parHérodote. En mettant en correspondance les noms et les caractères, Rawlinson peut, vers1838, déchiffrer les caractères cunéiformes utilisés pour le vieux perse.
Plus tard vient l’étude des deux textes restants. Après une période de service enAfghanistan, Rawlinson revient en1843. En utilisant des planches, il franchit l’espace entre le texte vieux perse et l’élamite, qu’il copie. Il recrute un garçon des environs, qui grimpe le long d’une fissure dans la falaise et installe des cordes à la hauteur du texte en akkadien. De la sorte, il peut prendre l’empreinte du texte enpapier mâché. Rawlinson se met au travail et traduit à la fois l’écriture akkadienne et la langue, indépendamment des travaux d’Edward Hincks, deJules Oppert[10] et deWilliam Henry Fox Talbot, qui contribuent également au déchiffrement.Edwin Norris(en) et d’autres sont les premiers à faire de même pour l’élamite. S’appliquant à trois des langues primaires deMésopotamie et à trois variations de l’écriture cunéiforme, ces déchiffrements furent l’une des clefs pour faire entrer l’assyriologie dans l’époque moderne.
On pense que Darius avait placé spécifiquement l’inscription en ce lieu pour la rendre infalsifiable — la lisibilité passant au second plan de ses impératifs : le texte est complètement illisible depuis le sol. Malheureusement, le roi perse n’avait pas compté sur la mare qui se formerait au pied de la falaise et sur le fait qu’une route serait ouverte dans le secteur. La fente par laquelle le garçon a escaladé la falaise est la sortie d’un petit cours d’eau souterrain, inexistant à l’époque de l’inscription et asséché aujourd’hui, mais peut-être à l’origine du conte de la recherche de l’eau par Farhâd.Il[Qui ?] a causé des destructions considérables à certains personnages. Darius n’avait pas non plus prévu lapoudre à canon : son monument a été endommagé par des tirs de soldats au cours de laSeconde Guerre mondiale.
(en)« The Behistun inscription », surLivius — un article sur l’inscription de Behistun, avec des images, des dessins du texte cunéiforme, une transcription et une traduction en anglais..