Metchnikov était le fils d'Ilya Ivanovitch Metchnikov, officier en retraite, et d'Émilia Nevakhovitch, sœur deMikhaïl Nevakhovitch, issus du mariage d'un riche homme d'affaires et littérateur juif converti auluthéranisme et de son épouse luthérienne allemande[2]. Sa carrière comme naturaliste commença par un contretemps. S'étant présenté un mois trop tôt àWurtzbourg pour ses études dezoologie, il repartit découragé avant le début du semestre. Il s'inscrivit alors en 1862 à l'université de Kharkiv, où il obtint deux ans plus tard son diplôme de zoologiste. Il retourna ensuite en Allemagne, aux universités deGiessen,Göttingen etMunich, où il s'est intéressé, entre autres, à la reproduction sexuée et non sexuée d’Ascaris nigrovenosa, le ténia de lagrenouille.
Une bourse de son pays lui permit de travailler à l'Institut de biologie marine deNaples où, avec un collègue russe, il fit des recherches sur leséponges.
En1867, on l'appela comme enseignant à l'université d'Odessa, où il ne resta que peu de temps.Saint-Pétersbourg lui offrait une chaire de professeur de zoologie, et Metchnikoff y répondit, pour revenir àNaples peu après. À son retour à Saint-Pétersbourg, il tomba malade. Ludmilla Fedorovitch, la fille d'un ami, le soigna affectueusement, et, après sa guérison, ils se fiancèrent. Le mariage, en 1869, fut assombri par la gravetuberculose de Ludmilla, et leurs deux premières années de mariage se passèrent à essayer de la guérir.
ÀLa Spezia, Metchnikoff fit des recherches sur l'embryologie desétoiles de mer. Il passa ensuite quelques mois à Odessa. Sa femme et lui mettaient leur espoir dans l'efficacité d'une cure àMadère, mais en vain. Ludmilla mourut le, et Metchnikoff fut en proie à une crise de dépression. Sa tentative desuicide échoua en raison d'une dose demorphine trop faible.
Une fois guéri, il reprit ses recherches en sciences naturelles. En1875, il travailla encore à l'université d'Odessa et épousa la jeune Olga Belokopitova. Des querelles avec ses collègues, la situation politique de son pays, des ennuis personnels et la maladie le conduisirent à une deuxième tentative de suicide. Metchnikoff se contamina avec le sang d'un de ses malades atteint de fièvre récurrente, dans l'idée que cette maladie serait mortelle. Mais, après avoir présenté divers symptômes, il en réchappa, et poursuivit à partir de 1882 ses recherches àMessine.
C'est là qu'il commença ses études sur les phagocytes. Dans le tissu de l'intestin de l'anémone de mer, il découvrit des cellules qui sécrètent un colorant pendant qu'elles se placent en forme d'amibesautour de leur particule[pas clair]. Le savant se demanda si des processus semblables ne seraient pas associés à la lutte contre les agents pathogènes de maladies. Effectivement, du pus se formait autour des aiguilles d'un arbre de Noël quand il les piquait dans des larves d'étoile de mer. Metchnikoff développa la notion de « macrophages » pour de telles cellules, qui réduisent les corps étrangers qui ont pénétré le système, et il qualifia de « microphages » celles qui sont connues aujourd'hui sous le nom degranulocytes neutrophiles. Il est ainsi le premier à avoir saisi l'importance de ces cellules pour la défense immunitaire.
Metchnikoff à sa table de travail photographié parNadar
En 1887, Metchnikoff, dont la situation à Odessa était devenue difficile à cause de l'hostilité que lui avait valu sa pratique des vaccins contre la rage[3], rencontraPasteur et lui demanda un poste de laboratoire à l'Institut Pasteur qui était en train de se créer. Un an plus tard, il s'installa à Paris, où il demeura jusqu'à la fin de ses jours, et devint en 1904 vice-directeur de l'Institut[4].
En 1908, il est co-lauréat avecPaul Ehrlich duprix Nobel de physiologie ou médecine« en reconnaissance de leurs travaux sur l'immunité[1] » (plus précisément, pour la découverte de laphagocytose). Parallèlement, il obtint une grande notoriété avec ses recherches dans le cadre de ses études sur lesprobiotiques : les bactéries qui produisent l'acide lactique, comme cela se passe dans lelait caillé et leyaourt, mais surtout dans lekéfir, servent d'après ses conceptions à prolonger la vie. En outre, il s'occupa de différentes maladies infectieuses, entre autres lasyphilis qu'il transmit à des singes anthropoïdes afin d'avoir un modèle d'animal pour ses recherches. Contrairement à Pasteur, chrétien pratiquant, il était rationaliste et hostile aux religions.
En 1919 fut fondé àMoscou l'Institut Metchnikoff pour les maladies infectieuses.
Deux timbres à son effigie ont été émis par l'URSS en 1945 pour le centenaire de sa naissance, puis un autre en 1963 pour le 75e anniversaire de l'Institut Pasteur de Paris.
La Poste française a émis un timbre en 1966 pour le cinquantième anniversaire de sa disparition.
À Odessa:
des plaques commémoratives sont installées sur les bâtiments où il a travaillé et a vécu le savant[8] ;
son nom attribué à une rue et un square ;
le nom du savant est attribué à l'Université nationale d'Odessa, dont les meilleurs étudiants en langue française obtiennent le prix Metchnikov.
Un bâtiment porte son nom sur le campus de l'Institut Pasteur de Paris[9].
↑« C'est au cours de cette période que Metchnikov fut nommé directeur d'un institut fondé en 1886 à Odessa pour appliquer le vaccin antirabique de Pasteur, mais il y avait sur place beaucoup d'hostilité contre ce traitement et Metchnikov se heurta à de telles difficultés, dues partiellement au fait qu'il n'était pas médecin, qu'en 1888 il quitta Odessa et se rendit à Paris pour demander à Pasteur ce qu'il devait faire. Pasteur lui fit obtenir un laboratoire et un poste à l'Institut Pasteur, où il resta jusqu'à la fin de sa vie. » Traduit de laBiographie Nobel en anglais de Ilya Metchnikov – (DansNobel Lectures, Physiology or Medicine 1901-1921, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1967)
↑J. Théodoridès: « E. Metchnikov, Souvenirs. Recueil d'articles autobiographiques », in:Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, 1960, vol. 13,no 4,p. 366.
Louis de Casamajor:La science est-elle en faillite ? Des doctrines phagocytaires de M. Metchnikoff, J.-B. Baillière et fils (Paris), 1903,lire en ligne surGallica.
Olga Metchnikoff:Vie d'Élie Metchnikoff : 1845-1916, (Paris), 1920.
« Mémoires publiés à l'occasion du jubilé de Metchnikoff () », in :Annales de l'Institut Pasteur [collectif], L. Maretheux ; Masson et Cie (Paris) 1921,lire en ligne surGallica.
Paul De Kruif,Les Chasseurs de Microbes, éd. Marabout-Junior (1954).
(en)Biographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)