(Luçon) | 1 500 000 |
|---|---|
| Population totale | 1 500 000 (début duXXIe siècle)[1] |
| Langues | bontoc,ibaloi,isneg,kalinga,kankanaey,tagalog |
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| Religions | animisme,christianisme |
Igorot est le nom collectif de plusieurs peuplesaustronésiens desPhilippines originaires de laRégion administrative de la Cordillère de l'île deLuçon. Ils habitent les six provinces de la région,Abra,Apayao,Benguet,Ifugao,Kalinga etMountain Province, ainsi que dans la ville deBaguio.
Le nom « Igorot » est unexonyme, dérivé d'un mottagalog archaïque désignant les « gens de la montagne » (formé du préfixei-, « habitant » etgolot, « chaîne de montagnes »). Durant lacolonisation espagnole, le terme était transcritIgolot,Ygolot ouIgorrote, en accord avec l'orthographe espagnole[2].
LesendonymesIfugao etIpugao (signifiant aussi « gens de la montagne ») sont plus souvent utilisés par les Igorots eux-mêmes,Igorot étant considéré par certains comme légèrement péjoratif[3]. Pour impressionner les colonisateurs, certains auteurs dépeignaient lesPhilippins modernes, à distinguer des sauvages Igorots[4].
Les Igorots peuvent être grossièrement divisés en deux sous-groupes : les plus nombreux vivent dans le sud, dans le centre et dans l'ouest, et pratiquent lariziculture en terrasses ; les autres, moins nombreux, vivent dans l'est et le nord. Avant la colonisation espagnole, les peuples maintenant rassemblés sous le même terme ne se considéraient pas comme appartenant à un groupe ethnique commun[3].
Ils peuvent être aussi divisés en cinq groupesethnolinguistiques : les Bontoc, les Ibaloi, les Isneg (ou Apayao), les Kalinga et lesKankanaey[5].

Les Bontoc (ou Bontok) vivent sur les rives de la rivière Chico dans laMountain Province. Ils parlent lebontoc. Ils pratiquaient jadis lachasse aux têtes et portaient destatouages spécifiques. Le bontoc distingue trois types de tatouages :
Les femmes n'étaient tatouées que sur les bras.
Jadis, les Bontoc ne partageaient aucun des passe-temps ni des sports pratiqués dans les autres régions du pays, mais ils dansaient rythmiquement en cercle en rejouant certains aspects de la chasse, toujours accompagnés par legang′-sa, ungong de bronze (tenu par une corde et souvent une mâchoire inférieure humaine[6]). Il n'y avait ni chant ni parole durant cette danse, mais les femmes y prenaient part, habituellement à l'extérieur du cercle. C'était un événement sérieux mais agréable, particulièrement pour les enfants[7]. Aujourd'hui les Bontoc sont de paisibles agriculteurs qui ont conservé par choix la plus grande part de leur culture traditionnelle, malgré des contacts fréquents avec d'autres groupes.
Le système de croyances pré-chrétiennes des Bontoc est centré sur une hiérarchie d'esprits, le plus élevé d'entre eux étant une déité suprême nomméeLumawig. Lumawig personnifie les forces de la nature et est le créateur légendaire, l'ami et l'éducateur des Bontoc. Une classe de prêtres héréditaires accomplissaient chaque mois diverses cérémonies pour cette déité pour les cultures, le temps et la guérison. Les Bontoc croient aussi aux « anito », des esprits des défunts qui doivent être consultés avant toute décision importante. Les anitos des ancêtres sont invités aux fêtes de famille quand quelqu'un meurt, pour assurer le bien-être de l'âme du mort. On leur offre de petites quantités de nourriture pour leur montrer qu'ils sont invités, et non pas oubliés.
La structure sociale des Bontoc était jadis centrée sur des parties de villages (« ato ») rassemblant de 14 à 50 maisons. Traditionnellement, les jeunes hommes et les jeunes femmes dormaient dans des dortoirs communautaires, mais mangeaient avec leur famille. L'avènement du christianisme a progressivement mis fin à ces coutumes. On peut cependant dire qu'en général les Bontocs sont très attentifs à leur mode de vie propre, et assez peu désireux de changer.
Les Ibaloi (Ibaloy ou Nabaloi) vivent principalement dans le nord de la province deBenguet. Leur société était traditionnellement agraire et beaucoup sont encore agriculteurs et riziculteurs.
Leur langue, l'ibaloy, appartient à la branchemalayo-polynésienne deslangues austronésiennes. Il est étroitement apparenté aupangasinan, principalement parlé dans la province dePangasinan, au sud-ouest de Benguet.
La plus grande fête des Ibaloi est lePesshet, une fête publique donnée principalement par les personnalités riches et prestigieuses. LePesshet peut durer des semaines et impliquer le sacrifice de dizaines d'animaux. Une des danses ibaloi les plus populaires est leBendiyan, auquel participent des centaines de danseurs des deux sexes.
Les Isneg, Isnag ou Apayao, vivent à l'extrémité nord-occidentale du nord de Luçon, dans la moitié nord de la province d'Apayao. Le term « Isneg » dérive d'une combinaison de « is » signifiant « recul » et « uneg », signifiant « intérieur ». Il signifie donc « ceux qui se sont repliés dans l'intérieur ». Les Isneg sont particulièrement nombreux dans les municipalités dePudtol,Kabugao,Calanasan etConner (Peralta 1988:1). Deux systèmes hydrographiques, celui de l'Abulog et celui de l'Apayao, traversent la région isneg, qui jusqu'à une date récente était décrit comme une région de « sombres forêts tropicales » et doté d'autres ressources naturelles. Dans un des plus anciens récits à leur sujet, les Isneg sont décrits de stature élancée et gracieuse, avec des manières gentilles, hospitalières et généreuses, doués d'un esprit d'autonomie et de courage, et de tempérament clairement artistique. On pense qu'ils ont pour ancêtres les proto-Austronésiens venus du sud de la Chine il y a des milliers d'années. Plus tard, ils seraient entrés en contact avec des groupes pratiquant l'enterrement dans des jarres, dont ils auraient repris cette coutume. Plus tard, ils sont aussi entrés en contact avec les commerçants chinois qui sillonnaient les mers du sud de l'Asie. À ces chinois, ils achetaient la porcelaine et les perles de verre qui font maintenant partie de leur héritage inestimable. Ils sont chasseurs de têtes depuis qu'on les connait.
Ils pratiquent lariziculture pluviale. Chaque année, le chef de famille défriche une parcelle de forêt tropicale où son épouse plantera et récoltera leur riz. Les femmes isneg font aussi la cuisine, ramassent des plantes sauvages et tressent des nattes et des paniers en bambou, tandis que les hommes coupent les arbres, construisent les maisons et font de grandes expéditions de chasse et de pêche. Lorsqu'un cochon sauvage ou un daim a été tué, sa viande grillée sur des broches en bambou est souvent distribuée aux voisins et aux proches. Presque toutes les familles isneg ont aussi une petite plantation decaféiers, le café étant la principale culture commerciale dans la région.
Les Isneg sont divisés en deux sous-groupes, connus sous le nom de Ymandaya et Imallod. Leurs lieux de résidence sont les municipalités suivantes de la province d'Apayao :
Ils parlent l'isneg.
Dans les zones de drainage du moyen cours de la rivière Chico, dans la province deKalinga vivent les Kalingas, connus pour leur forte identité tribale et les traités de paix qu'ils établissent entre eux. Ils parlent lekalinga et lelimos (ils sont parfois appelés Limos ou Limos-Liwan Kalinga). Ils pratiquent lariziculture pluviale et d'irrigation. Leurs conseils de paix nommésBodong leur permettent de minimiser les affrontements traditionnels et la chasse aux têtes, et servent aussi de mécanisme pour l'établissement, l'entretien, le renouvellement et le renforcement des liens de parenté et des liens sociaux. Ces aspects sont d'une grande importance pour eux : les membres de la parenté doivent venger toute blessure faite à un de leurs proches. Les conflits sont habituellement réglés par les chefs de la région, qui écoutent toutes les parties et imposent des amendes à celle qui est jugée coupable. Il ne s'agit pas de jugements formels, mais ils possèdent une grande autorité.
Les Kalinga sont divisés en groupes du sud et du nord, ces derniers portant les ornements les plus riches des peuples du nord des Philippines.
Le domaine des Kankanaeys recouvre l'ouest deMountain Province, le nord deBenguet et le sud-est d'Ilocos Sur. Comme la plupart des Igorot, les Kankanaey construisent desterrasses pour profiter au maximum de l'espace cultivable dans les terres accidentées des Cordillères. Ceux des municipalités deSagada etBesao, dans l'ouest de Mountain Province, se considèrent comme faisant partie d'une tribu nomméeApplai ouAplai. Ils possèdent deux institutions marquantes : ledap-ay, le dortoir et centre civique es, et l’ebgan, dortoir des filles où les jeunes gens viennent leur faire la cour.
Les Kankanaey diffèrent dans leur façon de se vêtir. Les robes des femmes parlant le kankanaey doux présentent des combinaisons de noir, blanc et rouge. Leur vêtement du haut entrecroise ces couleurs, tandis que la jupe, outapis, les combine en bandes. Les robes des femmes parlant le kankanaey dur sont principalement composées de noir et de rouge, avec beaucoup moins de blanc, comme pour leurs jupes (tapis), qui sont le plus souvent appeléesbakget etgateng. Les hommes portent un cache-sexe généralement connu sous le nom dewanes pour ceux de Besao et de Sagada. Son aspect peut dépendre du statut social et de la municipalité.
Les principales danses des Kankanaey sont letayaw, lepattong, letakik (une danse de mariage) et lebalangbang. Letayaw est une danse communautaire habituellement effectuée pour les mariages et parfois aussi dansée par les Ibaloi, mais dans un style différent. Lepattong est aussi une danse communautaire de la Mountain Province, chaque municipalité possédant son propre style.Balangbang est le nom modernisé dupattong. Il existe encore d'autres danses comme le sakkuting, lepinanyuan (une danse de mariage) et lebogi-bogi (une danse pour faire la cour). Les maisons kankanaey sont construites comme les autres maisons igorot, en fonction du statut de leur occupants.
Le nom « Kankanaey » vient de la langue qu'ils parlent. La principale différence entre eux est leur façon de parler, par exemple leur intonation ou l'usage de certains mots. L'intonation permet de distingue ceux qui parlent le kankanaey dur ouApplai et ceux qui parlent le kankanaey doux. La différence d'intonation porte sur certains mots. Les locuteurs de kankanaey dur viennent deSagada, deBesao et des zones voisines. Les locuteurs de kankanaey doux viennent du nord deBenguet et des municipalités deSabangan,Tadian etBauko dans laMountain Province. En matière de vocabulaire, unApplai désignera un cochon par les motsotik oubeteg, tandis qu'un locuteur de kankanaey doux utilisera les motsbusaang ou égalementbeteg. Le kankanaey peut aussi différer par des mots commeegay ouaga,maid oumaga. Les Kankanaey présentent aussi quelques différences de mode de vie et parfois de culture.
Les Kankanaey se distinguent entre eux par le langage et leur région d'origine. Ceux de la Mountain Province peuvent appeler ceux deBenguetIbenget (habitants de Benguet), et ceux-ci appellent les Kankanaey de Mountain ProvinceIbontok.

Ci-dessous se trouve une liste des groupes ethniques du nord de Luçon présentée selon un classement linguistique :
En 1904, après la fin de laguerre américano-philippine, des Igorot furent présentés àSaint-Louis (Missouri). Ils construisirent le « village Igorot » de la section philippine de l'Exposition universelle de 1904, qui fut une de ses attractions les plus populaires. Le poèteT. S. Eliot, né et élevé à St. Louis, visita le Village. Inspiré par leurs danses, il écrivit la nouvelleThe Man Who Was King en 1905[8].
En 1910-1912, des Bontoc-Igorots furent présentés àMagic City, le plus grand parc d'attractions parisien à cette époque. Une carte postale est tirée de leur attractionDanse des chasseurs de tête[9].
Lors de laSeconde guerre mondiale, enmars 1945, accompagné de son ami le capitaineRussell W. Volckmann, lelieutenant-colonelDonald Blackburn commande une force de 5 000 soldats etguerilleros, dont des Igorots et des hommes armés debolos. Ils appuient la6e armée américaine lors de la prise d'Aparri le. Blackburn reçoit la médailleSilver Star après la prise, par ses hommes enaoût 1945, deMayoyao, province d'Ifugao, un bastion des forces japonaises du généralKizō Mikami[10]. Le 14août 1945, ils reçoivent lareddition des généraux Mikami et Marauka[11].
Endécembre 2013, auxJeux d'Asie du Sud-Est (SEA Games), le porteur du drapeau philippin est le lutteur delutte gréco-romaineJason Balabal[12], vêtu du pagnebahag desIfugaos[13]. En décembre2019, aux Jeux d'Asie du Sud-Est,Crisamuel Delfin, fier de ses origines, refuse de porter autre chose que le pagne traditionnelbahag des Igorots, et gagne la médaille d'or enarnis anyo[14]. Enjuillet 2022, Dr. Andrei Domogo, Igorot de laMountain Province, et portant le bahag, est le premierdocteur PhD, (en mathématiques et sciences informatiques), à l'Université des Philippines Baguio[15], qui est un modèle (role model) pour la jeunesse[16] et qui rappelle la promotion en 2017 de Norman King, premier de l'ethnieAeta à êtrediplômé universitaire de l'Université des Philippines Manila,cum laude, et portant le bahag[17],[18],[19].
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