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Lepremier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appeléVatican I, est leXXeconcile œcuménique de l'Église catholique[1]. Il se tient du au. Convoqué parPie IX, il est interrompu quand les troupes italiennes envahissentRome. Suspendusine die, il n'est jamais repris.
Deux constitutions dogmatiques y sont adoptées,Dei Filius selon laquelle, bien que la foi soit au-dessus de la raison, elles se supportent et ne s'excluent pas, etPastor æternus qui établit l'infaillibilité pontificale[2].
Leconcile, dont l'œcuménicité n'est pas reconnue par les Églises orientales, s'ouvre alors que, depuis1861, le pape a perdu sonpouvoir temporel sur lesÉtats pontificaux, à l'exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises deNapoléon III.
Ecclésiastiques de plusieurs pays réunis à Rome à l'occasion du concile.
Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d'un nouveauconcile œcuménique le, lors d'une session de laSacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui deTrente, s'était clos trois siècles auparavant. Au cours de l'année1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat derite latin sur des questions de discipline.
Le, à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l'état de l'Église.
Le, labulle d'indictionÆterni Patris convoque les évêquescatholiques pour un concile devant se tenir àRome dès le. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par leSyllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l'ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.
Le premier concile œcuménique du Vatican, convoqué parPie IX.
Le concile est ouvert le. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s'opposent, comportant toutes deux d'importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinalBilio, et divers évêques dontVictor-Auguste Dechamps (deMalines),Henry Edward Manning (deWestminster),Louis-Edourard Pie (dePoitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).
La minorité comprend notamment les cardinauxRauscher (Vienne),Mathieu (Besançon),Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dontSimor (primat de Hongrie),Ketteler (Mayence),Dupanloup (Orléans),Darboy (Paris), Place (Marseille) et beaucoup d'autres évêques allemands et français[3]. Les Églises orientales catholiques sont réticentes. L'ensemble des évêquesmelkites, conduit par leur patriarcheGrégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dontJoseph VI Audo) font également partie de la minorité.
Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.
Le, ce qui reste desÉtats pontificaux est intégré au nouveauRoyaume d'Italie parplébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le, Pie IX le suspend-ilsine die.
La première constitution dogmatique du Concile Vatican I,Dei Filius, sur les rapports entrefoi et raison (dont le texte fut préparé par lethéologienJean-Baptiste Franzelin), est votée à l'unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le.
La deuxième constitution dogmatique,Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l'Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de lapapauté dans l'Église et son dernier chapitre sur l'infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en, par le papePie IX. L'absence d'un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l'infaillibilité pontificale.
Le peuple de Rome dans la basilique Saint-Pierre le jour du vote.
Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l'ultramontanisme, avait développé l'idée que le but principal du concile serait de définir ledogme de l'infaillibilité pontificale.
Le mêmePie IX avait publié en1864 leSyllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d'autres idées modernes, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans leSyllabus la suprématie du fait religieux sur l'ordre temporel.
Dix ans auparavant, le,Pie IX avait définiex cathedra ledogme de l'Immaculée Conception de laVierge Marie, après avoir consulté l'ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu'il s'agit de questions touchant lafoi catholique.
En janvier1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu'on mette à l'ordre du jour du concile la question de l'infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire[4]. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues enEurope, comme l'évêque d'Orléans,Félix Dupanloup, l'historien allemandIgnaz von Döllinger, l'évêque de Mayence,Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d'erreurs doctrinales commises par des papes :HonoriusIer, condamné par letroisième concile de Constantinople (680-681),Libère,Vigile,Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d'autres travaux érudits, tels ceux de du théologienAlphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains, deRohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l'Église, ou encore ceux deProsper Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l'Abbayebénédictine deSolesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.
Après de longs débats, le, c'est encore un quart de l'assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l'ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s'abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l'infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée[5].
Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière defoi ou demorale, prononce solennellement etex cathedra qu'« une doctrine doit être tenue par toute l’Église »[6]. Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s'étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile[3].
Le concile confirme aussi le pouvoir plénier et suprême, connu par la tradition de l'Eglise sous le nom de « pouvoir des clefs » donné par Jésus à saint Pierre[7] : à savoir « la primauté de juridiction sur toute l'Eglise de Dieu »[8].
Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l'exception de quelques-uns dont l'historien et théologienIgnaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu'un groupe d'irréductibles se sépara de l'Église catholique romaine à cette occasion. C'est la naissance de l'Église des "Vieux catholiques".
↑J. M. A. Salles-Dabadie,Les conciles œcuméniques dans l'histoire, La Palatine, Paris, 1962,p. 7-8.
↑« Dei Filius », surarchive.wikiwix.com(consulté le)
↑a etbCf.Jean-Yves Lacoste (dir),Dictionnaire critique de théologie, 1998, PUF, article « Vatican I », par Claude Bressolette.
↑Cf. H. Rondet,Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1962,p. 122.
↑Depuis le concile Vatican I, la seule occasion où le pape s'est prononcé par une telle définitionex cathedra fut la proclamation du dogme de l'Assomption de laVierge Marie par le papePie XII, en1950. Cf.Munificentissimus Deus, constitution apostolique définissant ledogme de l'assomption.
Yves Congar,L'Église. De saint Augustin à l'époque moderne, Paris, Cerf,, notammentp. 440-450 ;
David Douyère,Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d'après le journal d'Yves Congar, Genève, Labor et Fides,, 258 p.(ISBN978-2-8309-1626-3) ;
Ch. Theobald,« La constitution dogmatiqueDei Filius du concile de Vatican I », dans B. Sesboüé (dir),Histoire des dogmes,t. 4, Cerf,,p. 259-313 ;
Ch. Theobald,« Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ :Pastor Aeternus du concile de Vatican I », dans B. Sesboüé (dir),Histoire des dogmes,t. 4, Cerf,,p. 315-344 ;
K. Schatz,La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf,, notamment lesp. 225-242 ;
G. Thils,Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d'ecclésiologie, Louvain, Presses de l'Université de Louvain, ;
J. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? »,Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l'École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
G. Thils,La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d'une révision, Gembloux, Duculot, ;
V. Conzemius, « Pourquoi l'autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? »,Concilium,no 64, 1971 ;
J. Gadille,Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Louvain, Nauwelaerts, ;
G. Thils,L'Infaillibilité pontificale, Gembloux, ;