Les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d'art * | |
Horloge astronomique de Prague construite en 1410. | |
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| Liste | Liste représentative |
| Année d’inscription | 2020 |
| *Descriptif officiel UNESCO | |
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L’horlogerie regroupe lascience, latechnique, l'art, l'industrie, lecommerce des instruments propres à mesurer le temps[1].
Il existe trois catégories d'horlogeries : l'horlogerie ancienne, l'horlogerie traditionnelle, et l'horlogerie contemporaine. L'horlogerie ancienne décrit différents types d'instruments, ditshorologia pouvant indiquer lesheures anciennes, tels lescadrans solaires,horloges hydrauliques,sablier. L'horlogerie traditionnelle est à l'origine entièrement mécanique, invention de la fin duXIIIe siècle dite simplement horlogerie ; elle concerne leshorloges mécaniques,montres etpendules. Enfin, l'horlogerie contemporaine où les mécanismes d'horlogerie mécanique sont remplacés par des fonctions non mécaniques : systèmes électroniques, informatiques, etc. Il se peut que des instruments soient à la croisée de catégories différentes comme les horloges électriques ayant des composants mécaniques et une motorisation électrique par exemple.
On attribue aux Babyloniens vers 2000av. J.-C. la création desgnomons,polos etclepsydres ainsi que la division du temps en douze heures. Le grecCtésibios construit une clepsydre à mécanismes comprenant entre autres desengrenages épicycloïdaux. Lamachine d'Anticythère est le plus ancien mécanisme à engrenages connu.
Les mécanismes à petits engrenages disparaissent après l'Antiquité mais on continue à utiliser des engrenages de grande taille dans les moulins, depuis l'Antiquité et durant tout leMoyen âge. On fait venir des experts italiens pour mailler leval de loire, leBeauvaisis, etc. de moulins à blé,à huile,à foulon,à papier, de tanneurs ou d'armuriers. Le traité deFrancesco di Giorgio Martini,Opusculum de architectura représente notamment des moulins.
Des mécanismes horlogers de grande dimension sont installés dans les clochers des villes duSaint-Empire romain germanique depuis le Moyen Âge (àStrasbourg en 1354, àStralsund en 1394, àBerne en 1405 et àPrague en 1410)[2].
La fabrication des premiers mécanismes horlogers mus par des ressorts s'établit auXVIe siècle. Ces petits mécanismes comportaient souvent des indications astronomiques et se posaient sur une table. Les villes deNuremberg,Augsbourg etPrague ont été les premiers foyers de création et de fabrication de ces mécanismes. Assez rapidement d'autres centres horlogers ont fait leur apparition dans toute l'Europe[2].
L'industrie horlogère a commencé très tôt enSuisse puis enAngleterre, avec de multiples inventions et astuces d'organisation du travail et de massification de la production, permettant un progrès très avancé pour l'époque, dans la technologie comme dans le raffinement des produits, sur fond d'intervention du pouvoir politique. Précision, automatisme, travail en finesse des métaux, ont permis de poser des jalons pour d'autres activités stratégiques, en particulier la marine, et d'autres futures industries mécanisées. Cette histoire s'est progressivement accélérée à partir duXVIIIe siècle avec l'apparition d'une proto-industrie massive dans les montagnes suisses, qui a précédé la révolution industrielle et lui a résisté pendant longtemps[2].
Plusieurs régions qui font partie de laSuisse romande ont vu débuter l'industrie horlogère :Genève, lePays de Vaud, le village deLa Sagne dans les montagnes deNeuchâtel, lavallée de Joux et ses villages,Le Chenit,Le Brassus, berceau de fameuses manufactures horlogères, commeAudemars Piguet,Jaeger-LeCoultre,Breguet,Blancpain. Ces régions ont connu un afflux de réfugiéshuguenots français, après l'édit de Fontainebleau, postérieur à une première vague d'immigration arrivée un siècle plus tôt, après lesmassacre de la Saint-Barthélemy en France.
Dès 1541, le réformateurJean Calvin bannit àGenève les signes de richesse, obligeant les orfèvres et autres joailliers, qui jouissent d'une grande réputation à l'étranger, à se tourner vers l’horlogerie. Le règlement des orfèvres de 1566 interdit la fabrication des croix, calices et autres objets utilisés dans le culte catholique, obligeant les artisans à se tourner vers « la boîte de montre » : les montres sont incrustées dans des boîtes, véritables bijoux à l'intérieur, que l'on cache dans ses vêtements.Jean Petitot (1607-1691) etJean-Étienne Liotard (1702-1789) deviendront ainsi plus tard de remarquables ambassadeurs du savoir-faire genevois dans les miniatures surémail qui ornentboîtes à musique, miroirs et montres.
Le premier horloger français,Thomas Bayard, natif deVézelize en Lorraine, est qualifié par le registre des habitants le d'orfèvre et d'« orologeur ». Il est suivi, au cours des années suivantes, des horlogers d'Autun, deDijon, d'Avignon, en tout plus d'une quinzaine[3]. L'arrivée en 1587 deCharles Cusin, venu d'Autun, précède la naissance d'une corporation en 1601 sous le nom de « Maîtrise des horlogers de Genève », sur le modèle de lajurande des orfèvres de 1566[4]. L'accès au métier est restreint (un seul apprenti par maître), mais ouvert aux étrangers, qui ont fondé cette« maîtrise ». Les monteurs de boîtes en 1698 et les graveurs en 1716 constituent à leur tour leur propre maîtrise, échappant à la juridiction des horlogers et orfèvres.
Pendant lesguerres de religion,Jean Calvin, le réformateur protestant installé àGenève en 1536, accueillait favorablement les réfugiés huguenots, dont les arrivées augmentaient le nombre de ses partisans[5]. Au nom de la morale protestante, Calvin interdisait aux habitants de porter des bijoux, considérés comme des accessoires de séduction superflus. Les orfèvres-joailliers genevois se reconvertirent dans l'horlogerie et incrustèrent les montres de pierres précieuses. Ces montres échappant à la notion de bijou de Calvin et, dès lors, put se développer l'horlogerie de luxe[6],[7].
L'horlogerie suisse s'est ensuite développée dans l'arc jurassien de Genève àSchaffhouse auXVIIe siècle, par l'émigration d'un grand nombre d'artisanshuguenots, à la suite de larévocation de l'édit de Nantes parLouis XIV. Ils y trouvèrent un environnement paisible et une main-d'œuvre possédant les vertus propres à l'horlogerie : minutie, patience, persévérance, « cœur à l'ouvrage », droiture et une religion réformée prépondérante, propre à la recherche technique et au commerce.
La production de montres se fait chez des horlogers indépendants qui doivent ajuster à la main chaque pièce particulière constitutive du mouvement, généralement produite auprès d'une multitude de tout petits ateliers spécialisés.
Les navigateurs hollandais et anglais, qui ont commencé à dominer les océans à partir du milieu duXVIIe siècle, grâce à des navires plus gros, ont besoin dechronomètres de marine pour mieux calculer les distances. Jusqu'au milieu duXVIIe siècle, les horloges étaient peu précises et ne comportaient bien souvent qu'une seule aiguille. En 1657, la technique progresse par l'utilisation du balancier, grâce au mathématicien physicien et astronome hollandaisChristian Huygens, qui poursuit les travaux deGalilée.
Nouveau progrès en 1670, avec l'échappement à ancre par le scientifique anglaisRobert Hooke (1653–1703). En 1675,Christian Huygens confie àIsaac Thuret la première montre à ressort spiral, munie d'un balancier, une invention que lui contesteRobert Hooke. Ces progrès trouvent un écho en Europe.Daniel Jeanrichard (1665–1741), installé àLa Sagne, dans leJura suisse[8], a ainsi créé sa première montre en 1681, copiée sur un modèle anglais découvert en 1679. Plus tard, il formera des dizaines d'artisans. L'horlogerie anglaise se développera ensuite avecDaniel Quare (1649 – 1724), qui adapte en 1686 l'aiguille des minutes au centre ducadran. Jusque-là, seule l'aiguille des heures était utilisée. Vers 1700, toujours en Angleterre, l'utilisation depierres percées, comme coussinet de pivotement pour les balanciers, fait faire un bond en avant à la technique.

En 1714, le parlement anglais vote leLongitude Act, offrant une récompense de 10 000 livres sterling à qui inventerait un bonchronomètre de marine, capable demesure de la longitude avec un résultat n'excédant pas un degré d'erreur. L'Angleterre était alors atterrée par les désastres dus à des erreurs de longitude, comme la perte en1707 de l'escadre de sir Cloudesley Shovel (1650–1707) qui se jeta sur lesîles Scilly alors qu'il croyait entrer dans la Manche. L'innovation technologique qui accompagne alors larévolution financière britannique se manifeste dès le tournant desannées 1700 chezThomas Tompion (1639–1713), le premier à répartir le travail entre les ouvriers spécialisés, pour fabriquer en série, et à numéroter ses montres. Il assemble650 montres dans sa carrière et transmet l'entreprise en 1713 à son neveu, lequakerGeorges Graham. Le neveu améliore l'échappement (horlogerie) en « auge de cochon » (échappement à cylindre), inventé par son oncle, et refuse de breveter son invention, afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Il aide l'astronomeEdmond Halley (1656–1742) pour le développement d’instruments scientifiques, ainsi que des horlogers commeThomas Mudge (1715–1794), qui met au point l'échappement libre à ancre et la sonnerie à répétition minutes.
Georges Graham aide aussiJohn Harrison (1693–1776), qui conçoit sa première montre complexe en 1713, puis invente en 1725 la « compensation à gril » pour les pendules, utilisant 2 métaux complémentaires, par leur capacité différente à se dilater en fonction de la chaleur. Ensuite, il innove en utilisant cette compensation aussi pour des montres, toujours via une lame bi-métallique, avec un dispositif permettant de maintenir sous tension l'échappement, pendant le remontage. En 1765, âgé de72 ans et exténué par40 ans de travaux et de nombreuses procédures judiciaires contre le parlement anglais, John Harrison finit par gagner le prix offert par ce dernier pour la mesure de la longitude : la quatrième version de sa montre a effectué l'aller-retour entreLondres et laJamaïque avec une erreur de1 minute et54 secondes en6 mois de traversée avec lecapitaine Cook.
Entre-temps, en France, après la mort deLouis XIV, lerégentPhilippe d'Orléans prit goût pour les arts mécaniques[9], et particulièrement l'horlogerie. Il voulut créer une pépinière d'artistes d'élite[10], venus de Londres, dontHenry de Sully, qui vécut longtemps enAngleterre, fonda en 1718 une manufacture d'horlogerie àVersailles et construisit une horloge marine pour laquelle il inventa un échappement à repos flottants. Sully eut pour émules et pour amis Lebon et Gaudron, tandis queJulien Le Roy imagina une pendule à équation, saluée par l'Académie des sciences[11]. S'inspirant d'Isaac Newton, il utilisa de l'huile aux pivots des roues et du balancier des montres, pour diminuer l'usure et les frottements[10].
Selon les historiennes Anne-Marie Piuz et Liliane Mottu-Weber[12], l'horlogerie genevoise a assis sa domination sur l'Europe au deuxième quart duXVIIIe siècle . Au cours des trente années précédentes, les innovations anglaises sont apportées par deshuguenots, fuyant les persécutions en France après l'édit de Fontainebleau de 1685. Ces protestants francophones vont également contribuer à l'Histoire des indiennes de coton en Europe, en véhiculant aussi des techniques et un savoir-faire, d'une région et d'un pays à l'autre. À la fin des années 1680, Genève voit sa population tripler. La croix huguenote, pendentif imaginé en 1688 par l'orfèvre nîmois Maystre, se répand. Parmi les réfugiés, des horlogers[13], qui, faute de place, montent vers le nord, dans leJura ou lePays de Gex à la fin duXVIIe siècle[14]. Le musée d'horlogerie et d'émaillerie de Genève conserve un petit morbier (horloge à balancier) complet datant de 1693, signé Isaac Golay, du village deLe Chenit[15]. Lepays de Vaud découvre l'horlogerie dès les dernières années duXVIIe siècle.Nyon,Rolle,Morges,Lausanne,Vevey,Moudon comptent une centaine d'ateliers qui fabriquent des ébauches pour la métropole genevoise. Les premiers horlogers combiers apparaissent au début duXVIIIe siècle. Ce sont des artisans du fer - couteliers, armuriers. Par réaction, dès 1701, il fut interdit de former des apprentis dans la seigneurie de Genève, interdiction contournée. Après 1710, une quinzaine de villages duFaucigny fournissaient des « mouvements en blanc », qu'il ne restait plus qu'à assembler[14].
Les horlogers genevois de souche abandonnent alors le travail des mouvements bruts ou ébauches, pour se réserver le finissage. Par une série de règlements protectionnistes, ils empêchent l'implantation proche de concurrents capables de fabriquer la montre complète. Objectif, cantonner cette industrie naissante dans un travail de sous-traitance pour la « Fabrique de Genève », mais les Jurassiens organisent leurs propres comptoirs. Ainsi, en 1735, le premier étage de la maison deJehan-Jacques Blancpain abrite déjà, depuis probablement des années, un atelier, sous la forme d'un comptoir horloger, à une vingtaine de kilomètres au nord dulac de Neuchâtel. Lors du décès en 1707 deMarie de Nemours, les Neuchâtelois se sont choisis commesuzerain,Frédéric-Guillaume Ier de Prusse, installé àBerlin, souverain protestant qui protégeait leur confession, l'éloignement géographique permettant par ailleurs une relative autonomie.
Les établis de l'arc jurassien peuvent se parer du titre d'horloger à partir de 1723, date à laquelle les Bernois accordent une maîtrise à chaque ville. Dès lors, ils sortent plus facilement de l'anonymat. Moïse et Isaac Golay construisent en 1737 l'horloge du temple duSentier. L'horlogerie se développa encore plus àMoudon vers 1735 avec l'arrivée des sieurs Joly et Joyet formés àLausanne et àVevey. L'année 1730 voit s'établir àDelémont, dans leJura, un dénommé Tiegai, orfèvre et joaillier, suivi par l'horloger Vernier-Feune, tandis qu'à Séprais, Julien Queloz fabriquait déjà des montres[16].

La production suisse restera entre les mains d’horlogers indépendants ou de petits ateliers spécialisés, jusqu’au milieu duXIXe siècle. La coutume voulait en effet que le maître-horloger présente une pièce très soignée avant de recevoir son certificat. Chaque artisan se consacre à la fabrication d'une pièce et les apprentis se spécialisaient dans la fabrication demouvements en blanc, selon les archives du mouvement suisse de l'horlogerie.
En 1740, un apprenti nommé Samuel-Olivier Meylan (1721-1755), fils de Jean-Baptiste, a introduit l'horlogerie complexe dans laVallée de Joux, après que Mathieu Biaudet, maître-horloger, l'eut initié à son art. Il crée la première montre de poche, équipé d'un mécanisme de boîte à musique. Pierre-Henri Golay, de Derrière-la-Côte, et Abraham-Samuel Meylan, de l'Orient, suivirent son exemple. Se développe alors l'établissage, un mode de productionproto-industriel répandu dans leMontagnes neuchâteloises et concernant principalement la production horlogère. Selon l'historienDavid Landes,« le système de l'établissage, dans le Jura, était presque aussi ancien que l'industrie horlogère elle-même[17]. » Ce système laissait à l'entrepreneur toute liberté dans la détermination du cahier des charges et à l'artisan la possibilité de se spécialiser dans l'opération qu'il maîtrise le mieux.
Vers le milieu du siècle,Jean Romilly conçut une montre qui pouvait marcher un an entier sans être remontée, puis laissa àFerdinand Berthoud l’honneur de donner à son invention le degré d’exactitude nécessaire. Vers 1770,Voltaire ouvre, dans la banlieue de Genève la « Manufacture royale des montres de Ferney ». Après quelques années de prospérité, elle échoua en raison de son incapacité à écouler sa production[4]. En 1777, l'horloger suisseAbraham Louis Perrelet crée la « montre à secousses » dite perpétuelle, souvent considérée comme la première montre automatique, tandis que l'année suivante, l'horloger liégeoisHubert Sarton dépose un document décrivant une « montre automatique à rotor », auprès de l'Académie des sciences de Paris.
Vers 1785, environ 20 000 personnes travaillaient dans l'horlogerie àGenève, produisent 85 000 montres par an, et 50 000 montres étaient produites dans leJura neuchâtelois[18] avec les horlogersHenri-Louis Jaquet-Droz,Jean-François Bautte. Des artisans réputés comme Antoine Tavan s'y installent[19].
Dès la fin duXVIe siècle se développa un commerce entre les horlogers suisses et laTurquie, par l’intermédiaire desFrançais, dans le quartier deGalata, réservé aux occidentaux depuisFrançois Ier. Les montres vendues aux Turcs avaient des décors exotiques comme des paysages ou des cartes locales. Le marché d'orient est stimulé dans les années 1780 lorsque se développe à Genève l'art de la miniaturisation desautomates : de petits personnages, souvent des animaux, mus par de complexes systèmes, agrémentent les montres.
Lecommerce de l'horlogerie suisse prend de l'ampleur, en particulier avec l’Angleterre dans la deuxième partie duXVIIIe siècle car, avant cette date, la Chamber de la Clockmaker Company interdisait l’importation de produits horlogers dans ce pays. Mais les produits suisses sont appréciés dans toute l'Europe.


La mécanique horlogère était auXVIIIe siècle la technique de pointe, qui passionnait toutes les élites[20]. Les grands horlogers duXVIIIe siècle furent aussi souvent des constructeurs d'automates visant à imiter la vie. Ceux deJacques de Vaucanson en 1738, comme le joueur de flûte, et le canard, qui ingérait des aliments, inspirent ceux d'Henry etPierre Jaquet-Droz, toujours exposés àNeuchâtel[21].
En France, sur le marché deParis, malgré une production renommée pour sa qualité, le métier d'horloger est rare et les ventes restent faibles[22]. Ainsi, en 1778, l'horloger liégeoisHubert Sarton dépose un document décrivant une « montre automatique à rotor » auprès de l'Académie des sciences de Paris, mais sans stimuler une production limitée pour l'essentiel aux commandes du roi.Jean-André Lepaute (1720-1787), originaire des Ardennes, fonda en 1740 son entreprise à Paris et conçut la construction de la plupart des grandes horloges publiques : Luxembourg, jardin des Plantes, des châteaux de Bellevue et des Ternes, des horloges horizontales dans laquelle les engrenages sont tous dans un même plan, avec un impact beaucoup plus faible de l'usure sur le bon fonctionnement. Il écrivit unTraité d’horlogerie en 1755. Il avait épousé la mathématicienne et astronomeNicole-Reine Lepaute.
Son frère et associéJean-Baptiste Lepaute (1727-1802) conçut la pendule à équation de l’hôtel de ville de Paris (1780), détruite dans l’incendie de 1871, et celle de l’Hôtel des Invalides (1784). Ses neveux Pierre Henry et Pierre-Basile, associés à son fils Pierre-Michel Lepaute (1785-1849), ont bâti le pendule astronomique du Bureau des longitudes, placé ensuite à l’Observatoire, les horloges dupalais Brongniart et de l’Hôtel des Postes de Paris, devenu laPoste centrale du Louvre, despalais du Louvre, des Tuileries, et de Compiègne.
L'histoire de l'horlogerie à Besançon débute significativement à la fin duXVIIIe siècle, lorsque des horlogers suisses installèrent dans la capitale comtoise les premiers ateliers. C'est en 1793 que le GenevoisLaurent Mégevand (1754-1814) s'installe à Besançon avec 80 confrères, fondant ainsi le pôle industriel horloger de la ville[23],[24],[25],[26] apparemment pour fuir le chômage ou à cause de ses activités politiques. Puis petit à petit, des Bisontins prennent part à cette fièvre horlogère, et firent définitivement deBesançon laCapitale française de l'horlogerie lors de l'Exposition internationale de 1860, qui s'est tenueplace Labourey. La ville produit jusqu'à90 % des montres françaises en 1880, et malgré une crise dans lesannées 1890 et1900, le secteur horloger de Besançon se relève et poursuit sa croissance.
Depuis 1300, se développent en France et en Europe occidentale des horloges mécaniques monumentales dans lesclochers etbeffrois. Les exemples les plus fameux sont les horloges de lacathédrale de Strasbourg,de Lyon, leGros Horloge de Rouen, etc. Durant les siècles suivants, des centaines d'horlogers exercent leurs arts dans les grandes villes françaises, notammentParis,Lyon,Blois etRouen. La révocation de l’Édit de Nantes et l'exode de nombreux protestants, qui exerçaient souvent des métiers liés à l'horlogerie et à la bijouterie, porte un coup certain à la production horlogère française. AuXVIIIe siècle, cependant, l'horlogerie française connaît un nouvel âge d'or. À Paris et à Versailles, les horlogersJulien etPierre Le Roy,Ferdinand Berthoud,Jean-Antoine Lépine etAbraham Breguet mettent au point de nouvelles techniques et commercialisent des modèles toujours plus prestigieux. Au même moment, se développent des types d'horloges plus populaires, leshorloges de parquet, qui vont bientôt faire partie de l'ameublement de base de tous les foyers français. Les horlogers de Franche-Comté développent l'horloge comtoise, fiable et robuste, au succès immédiat. D'autres productions régionales se développent en parallèle, l'horloge lanterne en Bretagne, l'horloge Saint-Nicolas en Normandie, etc.
À la fin duXVIIIe siècle, larévolution industrielle apporte des changements considérables. L'horlogerie s'industrialise. En Franche-Comté,l'usine Japy produit en masse des mouvements de montres et dependules. D'autres villes se spécialisent :Cluses, en Haute-Savoie,Morteau dans lesDoubs etSaint-Nicolas-d'Aliermont, enNormandie, produisent des milliers de mouvements chaque mois pour despendules de cheminées, des pendulettes puis desréveils.

Il fallut attendre 1854 et la création àWaltham (États-Unis) de la société qui, finalement, portera le nom deWaltham Watch Company par un visionnaire,Aaron Lufkin Dennison, pour le développement de machines, systèmes de production, de jauges et de standardisation, dans le but d'acquérir une telle précision finale, que chaque pièce constitutive d'un mouvement devienne interchangeable. Bientôt suivi parElgin, et d'autres marques américaines. En 1876, lors de l'Exposition universelle de 1876 àPhiladelphie, Waltham Watch Company expose une reconstitution d'atelier industriel avec la première machine automatique à fabriquer des vis. La marque Waltham obtient la médaille d'or de la première compétition chronométrique mondiale, avec des montres sélectionnées au hasard, en fin de chaîne d'assemblage!
Au siècle suivant, l’énergie électrique, abondante très tôt en Suisse, favorisera la mécanisation du travail. C’est à cette époque que se développent les grands producteurs demachines-outils, permettant de limiter l’imprécision humaine au maximum. La Suisse ne possédant pas de colonie, l’émigration étant faible, cette main-d’œuvre se déversera dans les ateliers horlogers[27]. Les artisans sont parfois à l'origine de l'industrialisation. Ainsi, en 1875, des horlogers de la Vallée de Joux fondent la maison Louis Audemars qui, au cours de trois-quarts de siècle, apporta à la région une prospérité nouvelle[28]. La demande est soutenue par des idées simples, permettant de populariser l'usage des montres, comme en 1810 la création parAbraham-Louis Breguet de la première montre-bracelet de l’histoire pour lareine consort de NaplesCaroline Murat, où l'invention de la montre à remontoir parAdrien Philippe en 1842.Georges-Frédéric Roskopf crée même en 1867 laProlétaire :57 pièces constitutives au lieu de 200 et plus, pour un prix abaissé.
En 1850 naît la1re manufacture industrielle au monde, laWaltham Watch Company fondée parAaron Lufkin Dennison. Dès 1876, elle obtient la consécration lors de l'Exposition universelle de 1876 àPhiladelphie en exposant la1re machine entièrement automatique à fabriquer des vis, la1re chaîne de montage horlogère et en décrochant la1re médaille d'Or lors d'une compétition de précision horlogère mondiale, attribuée à 4 montres prélevées au hasard de la production. Résultat immédiat : un rapport deJacques David,Longines, sur son voyage à Philadelphie et ses visites auprès de Waltham Watch Company etElgin Watch Company, titré d'un éloquentMM. les Horlogers Suisses: Réveillez-vous !.
Le rapport détaillé de la méthode américaine de Jacques David déclencha une vive réaction salutaire auprès de l'industrie horlogère suisse, qui adapta, petit à petit, ses nouvelles méthodes de production et devança techniquement ses concurrents américains pendant l'entre-deux-guerres. L'établissage suisse sera malgré ces efforts concurrencé à partir de la seconde moitié duXIXe siècle par une nouvelle forme dedivision du travail : l'industrialisation à l'américaine, avec mécanisation des opérations,machinisme, ettaylorisme. Vers 1870, la part de la Suisse dans la production mondiale de montres est encore de70 %[29]. En 1872, la Suisse exporte des montres et des pièces de montres d'une valeur de 18,3 millions de francs suisses vers les États-Unis ; quatre ans plus tard, la valeur des exportations n'était que de 4,8 millions[30]. Les années 1880 ont vu le début du processus de modernisation en Suisse. Les fabricants juifs en particulier, étant moins attachés aux méthodes de production traditionnelles que l'élite horlogère chrétienne, étaient déterminants pour la transition de l'industrie à la production moderne[30],[31],[32].
L'industrie horlogère américaine a été dominée longtemps parBulova, qui est fondée à la même époque. En 1875,Joseph Bulova, un émigré tchèque de25 ans, quitteTiffany pour ouvrir une boutique àNew York et y vendre des montres à bon rapport qualité/prix. C'est la première firme à faire de la promotion à la radio, en 1926[33], puis en 1941 présenter le premier spot publicitaire jamais diffusé à la télévision. Après de déboires de la fin des années 1970, la société a été rachetée par le groupe américainLoews Corporation (assurances, tabac, pétrole), puis a retrouvé le seuil de deux millions de montres vendues par an, lui permettant d'ouvrir en 2003 un siège européen àFribourg, dirigé par Robert Faessler, un ancien deSwatch Group, né de la fusion en 1983, sous la houlette deNicolas Hayek (1928-2010), des deux grands horlogers suissesASUAG (Longines,Rado…) (fondé en 1931) etSSIH (Omega,Tissot,Lemania) (fondé en 1930) sous le nom deSociété de microélectronique et d'horlogerie (SMH).

La montre-bracelet est née dans le dernier tiers duXIXe siècle. Jusque-là, lesmontres étaient en général portées au gousset. Environ, en même temps, dans lesannées 1920 sont introduits les oscillateurs et les horloges àquartz. En1949 et 1967, nouvelles découvertes, leshorloges atomiques.
Le début duXXe siècle voit la démocratisation des montres-bracelet et leur production en masse, notamment via l'usage militaire[34]. En 1927, un ingénieur en télécommunication du nom de Warren Morrisson recherche un système capable de générer des fréquences très stables. Il se base sur l'effet piézo-électrique du quartz pour construire une horloge plus fiable que les anciens systèmes mécaniques[35]. Les horloges à quartz peuvent atteindre une précision d'un millième de seconde par jour.
LeXXe siècle, sera pour l’horlogerie suisse principalement, un siècle avec des hauts et des bas. Premièrement, il y aura l’apparition de la première montre attestée étanche (voir :L'Imperméable) fabriquée et produite parWest End Watch Co. en 1886. Cependant, après cette innovation, de nombreux problèmes vont toucher cette industrie.
La grande dépression mondiale débutée en 1929 aux États-Unis eut un effet désastreux pour l'industrie horlogère. Les entreprises, trop petites et dispersées recourent à un « dumping » meurtrier, afin de survivre. La Confédération et les grandes banques suisses doivent intervenir et créent une société holding, l'ASUAG, qui va réunir la majorité des fabricants d'Ébauches et des parties constitutives (spiraux,balanciers,assortiments,pierres d'horlogerie), puis, par la suite, en 1971, une société holding, GWC, pour réunir une partie des marques horlogères du produit terminé.
Pour répondre aux besoins de précision toujours plus grands, leshorloges atomiques furent créées à partir de 1947.
Dès 1937,Seiko franchit le seuil de plus de2 millions de montres vendues à travers le monde, puis avait en 1941 produit le premier chronographe de poche du Japon avant de s'imposer dans les années 1960 aux concours d'horlogerie, réussite symbolique lui permettant de rivaliser avec les montres suisses et d'effacer l'image de médiocre qualité des produits japonais[36]. En 1934, le quotidien françaisL'Ouest-Éclair, ancêtre deOuest-France, évoque dans un article le mythe des montres japonaises vendues au kilogramme, pour signifier que cette concurrence est désormais sérieuse. Le prestige des marques japonaises est confirmé en 1964, quand Seiko devient le chronométreur officiel desJeux olympiques d'été de 1964 àTokyo puis en 1972, desJeux olympiques d'hiver deSapporo. Lesmontres électriques, qui conservent une mesure du temps mécanique tout en ayant une source d'énergie électrique, sont une innovation marquant des années 1950 et 1960, mais leur succès est assez bref, avant l'apparition des montres à quartz.
Crise du Quartz
Dans lesannées 1960, les mouvements quartz se miniaturisent. Le mouvement prototype Béta 1, développé par l'industrie Suisse, est présenté en1967[37]. En 1969, Seiko commercialise la première montre bracelet à quartz, laSeiko 35SQ Astron[38]. Les industriels suisses réagissent en développant dans l'urgence le mouvement Béta 21, mis au point par le regroupement de 21 sociétés d'horlogerie Suisse, mais celui-ci moins performant, permettra à Seiko de devenir le leader des montres à quartz[39]. L’apparition des montres à quartz et la concurrence japonaise (y compris sur les montres mécaniques[40]) déclenche ce qu’il est convenu d’appeler lacrise du quartz dans les années 1970 : l'industrie horlogère suisse (aussi handicapée par un taux de change défavorable[40]) et européenne traversent une crise importante provoquant une baisse des exportations et de nombreuses fermetures d'entreprises horlogères (le nombre d'employés dans l'horlogerie en Suisse passe de 90 000 en 1970 à 28 000 en 1988[41]). En 1982 les ventes de montres à pile, bien plus précises et bien moins chères, dépassent celles des montres mécaniques et la Suisse perd sa place de premier exportateur mondial. Cette crise prend symboliquement fin avec la sortie de laSwatch, à quartz, en 1983. Les montres mécaniques ne reviennent à la mode que dans les années 2000[42].
Les exportations horlogères (suisses) vont donc chuter progressivement. L'horlogerie suisse paraît alors soudain se retrouver dans « un rôle de figurant en matière d’horlogerie[43] ». Cette chute du marché va créer de nombreux problèmes économiques, notamment, une baisse d’employés (70 000 en 1960, et environ 30 000-35 000 en 1980)[44] et une baisse du nombre d’industries horlogères présentes sur le territoire suisse[45] (1 600 en 1970, et plus que 600 actuellement).
Quelques dates qui ont marqué cette crise :
Cette crise horlogère fut notamment causée par l'état de non concurrence interne dû au prolongement dustatut horloger (instauré en 1931 création de l'ASUAG) jusqu'à fin 1965, qui rendit l'horlogerie suisse par trop complaisante face à la concurrence étrangère potentielle et aux nouveaux produits (montres à quartz). Déjà, avant leur apparition, l'industrie horlogère japonaise avait réussi à conquérir d'importantes part de marché aux dépens des Suisses, grâce à des montres mécaniques à remontage manuel, et, par la suite automatique d'une qualité égale, voir supérieure (étanchéité), à des prix hors concurrence.
Souvent attribuée à l'apparition de la montre à quartz et à l'apparition de la concurrence japonaise, la crise horlogère suisse de 1975 à 1985 est également due à d'autres facteurs longtemps ignorés :
Pour illustrer en chiffres l'impact de cette crise, les parts de marché des montres suisses dans le monde étaient les suivantes[48] : 1970 (83 %), 1975 (59 %), 1980 (22 %), et 1983 (15 %).
Depuis la fin de la crise du quartz, les marques horlogères traditionnelles suisses ont retrouvé leur position de leader du marché, principalement avec des montres mécaniques traditionnelles dans les grandeurs supérieures, permettant descomplications. Leur stratégie a été, face à la concurrence des montres à quartz japonaises, de centrer le marketing des montres suisses sur le prestige de la mécanique traditionnelle, en faisant apparaître le "Swiss made" comme un gage de qualité et d'excellence. Ainsi, aujourd'hui, la Suisse occupe la première place du classement mondial des exportations de montres sur le plan de la valeur des exports, bien qu'elle ne soit que au quatrième rang pour le nombre de montres exportées. Cela s'explique par le fait que 95% des montres d'une valeur de plus de 1000 $ sont produites en Suisse, mettant en évidence le repositionnnement de l'industrie horlogère Suisse sur le marché du haut de gamme et du tres haut de gamme, qui bénéficie d'une demande croissante, stimulée notamment par les individus souhaitant acquérir un marqueur de statut social et par l'apparition de nouveaux marchés(Inde, Chine). Ainsi durant les années 2000, le secteur de l'horlogerie mécanique haut de gamme a continuellement connu une forte croissance (entre 12 et18 % de croissance annuelle pour la période 2004 - 2008). Cela a conduit à la mise en place de listes d'attentes par les marques qui souhaitent garder un effet de rareté autour de leurs gardes-temps, par exemple Rolex(toute la gamme) ou encore Audemars Piguet(particulièrement sur le modèle Royal Oak). L'industrie horlogère suisse produit également des montres à quartz, principalement chez les marques de milieu de gamme qui déclinent leurs collections automatiques en versions quartz plus abordables : Hamilton(modèles Khaki Quartz, American classic PSR, ventura quartz); Tissot(modèles PR100, PRX quartz, Seastar quartz)...Mais aussi certains modèles dans les marques les plus réputées, notamment dans les montres pour dame(Chopard Happy sport quartz, Longines la grande classique quartz)dont certaines incluent des métaux precieux ou de la joaillerie, et même certains modèles pour homme dans des marques prestigieuses (Rolex Datejust Oysterquartz, Omega de Ville prestige quartz...).
De façon générale, le secteur de l'horlogerie mécanique haut de gamme connaît dans lesannées 2000 une croissance importante enEurope et auxÉtats-Unis[49], suivie par l'apparition et la croissance du secteur des montres connectées.
En effet, à la fin des années 2010, les premièresmontres connectées font leur apparition[50]. De plus, dans le secteur dudesign industriel, il est évoqué que l'apparition du téléphone portable, notamment, a rendu la montre désuète en tant que simple objet indiquant l'heure. La montre se serait alors réaffirmée comme bijou, objet de prestige, ce qui aurait participé au grand retour de la montre mécanique qui incarne le mieux la technique et l'artisanat d'excellence[51].
Ce retour de la montre mécanique bénéficie notamment au secteur horloger suisse dans le cadre de la reconquête de sa position de leader, mais il voit également le retour des marques japonaises aux montres mécaniques, dont elles s'étaient relativement détournées pendant l'essor des montres à quartz. Cela s'explique par le fait que le téléphone portable a globalement pris la place de la montre à quartz en tant qu'objet purement fonctionnel qui donne l'heure, et le Japon doit comme la Suisse se mettre à produire des montres qui offrent quelque chose de plus que la simple mesure du temps. Par exemple, la manufacture japonaise Seiko lance en 1998, pour sa marque haut de gamme/luxe Grand Seiko, un nouveau calibre mécanique (ce qui n'avait pas été fait depuis 20 ans chez Grand Seiko, la manufacture privilégiant les calibres à quartz de haute précision[52]). La marque Citizen lance quant à elle The Citizen en 1995, collection haut de gamme d'excellence, avec notamment un travail poussé sur les textures et les couleurs des cadrans[53].
Les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d'art sont inscrits sur laliste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en par l'UNESCO[54].
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