Pour le film, voirHistoire de fantômes (film).
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Leshistoires de fantômes sont un sous-genre dufantastique, où l'élément surnaturel passe par la présence — véridique, supposée ou hallucinée[1] — d'un ou plusieursfantômes.
Dans ces histoires, le fantôme est souvent le héros et a une personnalité ainsi qu'une identité bien à lui. Le genre peut aussi donner lieu à des récits centrés uniquement sur les fantômes ou les morts, et à cela s'ajoute bien souvent le concept de« hantise », où le fantôme est lié à unlieu, objet ou unepersonne[2],[3]. Ces histoires se font généralement exemples ou représentations dughostlore.
Familièrement, le terme d'« histoire de fantômes » peut faire référence à tout type d'histoire effrayante. En littérature, elles se sont souvent développées par l'intermédiaire du format desnouvelles, dans le cadre de récits surnaturels, deweird fiction, ou d'horreur, bien que la figure de fantôme eut aussi été utilisée dans des récits plus légers, tels que des contes humoristiques ou descontes moraux[2].

En littérature, les esprits apparaissent déjà dans l'Odyssée d'Homère vers la fin duVIIIe siècle av. J.-C., lors du séjour d'Ulysse auxEnfers[2]. Dans leTanakh, ouBible hébraïque, laSorcière d'Endor, qui peut être comparée à unmédiumspirite, possède un talisman qui lui permet d'invoquer lefantôme duprophèteSamuel récemment décédé, à la demande deSaül,roi d'Israël[4].
Les fantômes apparaissent chez lesRomains dès leIIIe siècle av. J.-C., dans la comédie latine dePlaute,Mostellaria ou le Revenant[5], considérée comme la première œuvre à présenter une demeure hantée[6]. Le récit de lieu hanté revient ensuite au début duIer siècle avecPline le Jeune, qui décrit dans sesLettres lahantise d'une maison àAthènes[7]. À la même période, la figure du fantôme apparaît de manière récurrente dans les tragédies deSénèque[2], qui influenceront le retour de la tragédie à laRenaissance avec notamment lethéâtre élisabéthain à traversThomas Kyd etWilliam Shakespeare[8].
AuIIe siècle, leconte de Philinnion et Mâchâtes, raconté d'abord par le romainPhlégon de Tralles puis, auVe siècle, parProclus, passe pour l'une des plus anciennes histoires de fantômes occidentale, où une jeune fille nommée Philinnion réapparaît après sa mort prématurée[9].
Hors de la culture occidentale, les esprits sont connus dans la civilisation arabe, comme en témoignent certains contes desMille et Une Nuits impliquant souvent desdjinns et desgoules, tel que c'est le cas pour le conte « Ali du Caire et la maison hantée de Bagdad », daté duXVIe siècle qui raconte l'histoire d'une maison hantée par un djinn[10]. Du côté duJapon, les histoires de fantômes sont apparentées aukaidan, contes populaires relatant des apparitions surnaturelles[11],[12].Le Dit du Genji, œuvre majeure de la littérature nippone duXIe siècle[13], contient plusieurs histoires de fantômes de personnages possédés par des esprits[14].
La redécouverte des tragédies de Sénèque par leshumanistes italiens au milieu duXVIe siècle porte une grande influence sur les auteurs dramatiques anglais : les piècesLa Tragédie espagnole de Thomas Kyd etHamlet de Shakespeare, partagent ainsi toutes deux les thèmes de la vengeance, et la présence de cadavres et fantômes parmi les personnages joués[15] ; l'ombre du père assassiné deHamlet, notamment, est devenu depuis sa parution en 1603 l'un des fantômes les plus célèbres de lalittérature anglaise[2]. Des figures fantomatiques apparaissent dans d'autres œuvres de Shakespeare, notamment dansRichard III — qui ressemble au modèle imposé par Sénèque — etMacbeth, avec le personnage deBanquo[16].
Dans le théâtre anglais de laRenaissance, les fantômes étaient souvent représentés sous des costumes de vivants, et parfois même enarmure : obsolète à cette période, l'armure donnait au fantôme une allure antique et vieillie[17]. Ce n'est qu'à partir duXVIIIe siècle que le fantôme « bâché », recouvert d'un tissu, gagne du terrain au théâtre, du fait de la difficulté du déplacement des fantômes en armure, qui ne pouvaient se mouvoir que par un système de poulies[17]. Le drap se met alors à représenter l'immatérialité, l'invisibilité et la vraisemblance des fantômes, qui apparaissent de manière beaucoup moins vêtue et grossière qu'à la Renaissance[17].
La figure du fantôme tend à se réduire auXVIIIe siècle,époque des Lumières où larationalité s'impose dans les discours et le champ littéraire ; le fantôme est alors mal vu, négligé et mis de côté, bien qu'il perdure encore et que sa signification évolue : utilisé comme outildialectique servant aux étudesanthropologiques, il sert à révéler la vérité, et se fait entre autres apparence de la frontière entre le normal et la pathologie, qu'elle soit physique (problèmes de santé), oratoire (superstition, manipulations par le discours) ou perceptive (hallucinations)[18],[19].
Il faut attendre la seconde moitié duXVIIIe siècle et la parution duChâteau d'Otrante (1764) d'Horace Walpole, premierroman gothique, pour que le fantôme retrouve ses lettres de noblesse. Ce n'est cependant qu'avec la périoderomantique allemande et les premières décennies duXIXe siècle qu'apparaissent les premièresnouvelles de fantômes de type modernes, à travers notammentLa mendiante de Locarno (1810) d'Heinrich von Kleist ou encore les travaux d'E. T. A. Hoffmann, incluantLes Mines de Falun (1819) etL'Esprit élémentaire (1820)[20].

Du côté de lalittérature russe, l'équivalent des histoires de fantômes se trouve dans laBylichka (ru), genre populaire dufolklore russe qui relate partransmission orale un événement prétendu véritable impliquant une rencontre avec demauvais esprits[21]. Dans les années 1830, des auteurs russes s'inscrivent dans cette tradition, notammentNicolas Gogol et sa nouvelleVij (1835), ouAlexandre Pouchkine avecLa Dame de pique (1834). Du côté de lalittérature française, la représentation des fantômes dans cette première partie duXIXe siècle passe notamment par les œuvres du duoErckmann-Chatrian qui, inspiré par Hoffmann, ajoute à ses récits lemassif des Vosges comme décor[22], mais aussi par les contes fantastiques deThéophile Gautier[23], ou encore parAlexandre Dumas avec son romanLe Château d'Eppstein (1843) et son recueilLes Milles et Un Fantômes (1849)[24].
EnGrande-Bretagne, l'écrivainécossaisWalter Scott se démarque comme l'un des premiers auteurs d'histoires de fantômes modernes, notamment avec ses nouvellesWandering Willie's Tale (1824) etThe Tapestried Chamber (1828), en évitant le style d'écrituregothique et contribuant ainsi à donner la voie aux écrivains du genre ultérieurs.
Selon l'historien Jack Sullivan, de nombreuxcritiques littéraires affirment que l'âge d'or des histoires de fantômes a débuté dans lesannées 1830 avec le déclin du roman gothique, et a perduré jusqu'à lapériode édouardienne et le début de laPremière Guerre mondiale. Deux auteurs en particulier ont servi à inaugurer cet « âge d'or » :Sheridan Le Fanu etEdgar Allan Poe[25].

L'irlandais Sheridan Le Fanu est considéré comme l'un des auteurs d'histoires de fantômes le plus influent, en partie grâce à ses recueilsIn a Glass Darkly (1872) etThe Purcell Papers (en) (1880), qui ont largement contribué à populariser lanouvelle comme support des récits de fantômes[26]. De son côté, l'écrivainEdgar Allan Poe a marqué lalittérature américaine parson influence sur la culture populaire, ses nouvelles étant souvent considérées comme fondatrices duroman policier et préfigurant les genres de lascience-fiction et de l'horreur moderne. Nombre d'entre-elles, influencées par le roman gothique, ont pour sujet des personnages fantomatiques ; c'est le cas deMorella (1835),Ligeia (1838),La Chute de la maison Usher (1839) etLe Masque de la Mort Rouge (1842), entre autres.
Ainsi, l'époque victorienne se traduit par une profusion dans la production d'histoires de fantômes, surtout enAngleterre, où la forme classique de ces récits apparaît, contenant entre autres des éléments dufolklore et de la société anglo-saxonne, et se recentrant sur la psychologie des personnages. Ces textes rayonnent chez des auteurs tels queMontague Rhodes James,Violet Hunt ou encoreCharlotte Riddell (en), qui employait avec habilité le thème de la maison hantée[27]. De l'autre côté de l'Atlantique, les auteurs américains aussi s'essayent au genre : c'est le cas deWashington Irving — auteur deLa Légende de Sleepy Hollow (1820), qui met en scène le fantôme d'un cavalier sans tête —,Edith Wharton,Mary Eleanor Wilkins Freeman,Francis Marion Crawford,Nathaniel Hawthorne et, enfin,Henry James, sans le doute le plus célèbre d'entre eux, qui révolutionne le genre par ses multiples nouvelles consacrées aux fantômes[28] :Le Roman de quelques vieilles robes (1868),La Redevance du fantôme (1876),Sir Edmund Orme (1879),Owen Wingrave (1892),L'Autel des morts (1895),Le Tour d'écrou (1898)[29] etLe Coin plaisant (1908)[2].
Parmi les fantômes littéraires les plus célèbre de l'ère victorienne, on peut citer ceux deCharles Dickens, notamment dansUn chant de Noël (1843) — qui représente les fantômes du passé, présent et futur d'Ebenezer Scrooge[30]—, ou encore dans sa nouvelleThe Signal-Man (en) (1866)[31]. Dans un registre pluscomique,Oscar Wilde s'est lui aussi attelé à l'écriture d'une histoire de fantômes avec sa nouvelleLe Fantôme de Canterville (1887). Du côté de la France, l'auteur de l'époque ayant probablement le plus marqué le genre estGuy de Maupassant, avec ses nouvellesLa Peur (1882),Apparition (1883) etLe Horla (1886)[32],[33].

Montague Rhodes James est décrit par l'écrivain britanniqueDavid Langford comme l'auteur ayant créé« le canon d'histoires de fantômes le plus influent du 20e siècle. »[34] Abandonnant les éléments gothiques traditionnels de ses prédécesseurs, M. R. James se base sur trois éléments principaux pour la rédaction de ses nouvelles :
À cela s'ajoutent cinq caractéristiques clés pour la construction d'une histoire de fantômes, identifiées dans l'ouvrageSome Remarks on Ghost Stories de M. R. James, publié en 1929[35] :
Le début duXXe siècle et l'époque édouardienne voient la pérennité des histoires de fantômes passer par plusieurs auteurs qui, à leur façon, tentent de renouveler le genre et contribuent à le faire évoluer vers de nouvelles directions, comme c'est le cas pourAlgernon Blackwood (combinant les récits de fantômes avec unmysticisme de laNature),Oliver Onions (en) (qui s'inspirait de l'horreur psychologique) ou encoreWilliam Hope Hodgson (dont les contes de fantômes contenaient également des éléments typiques issus de la littérature maritime, oufiction nautique (en))[25]. En France, l'œuvre notable de l'époque estLe Fantôme de l'Opéra deGaston Leroux, paru en 1910 et décrit comme« à la lisière dupolicier et dufantastique »[36].

La naissance desmagazines pulp en ce début de siècle permet la création de nouvelles voies pour les récits de fantômes, dont la publication tend à croître par l'intermédiaire de revues telles queGood Housekeeping etThe New Yorker. L'engouement pour ce nouveau moyen de production entraîne la création en 1926 deGhost Stories, une revue entièrement dédiée aux histoires de fantômes, ou encore deWeird Tales, célèbre magazine fondé en 1923 et qui se consacrera aux genres de lafantasy et dufantastique.Entre lesannées 1940 et1960, plusieurs auteurs tendent à se démarquer : enBelgique, avec l'écrivainJean Ray et notamment son recueilLe Livre des fantômes (1947)[37], puis auxÉtats-Unis avecFritz Leiber, dont l'écriture de contes de fantômes a pour cadre le contexte industriel moderne, telles que le montrent ses nouvellesSmoke Ghost (1941) etA Bit of the Dark World (1962). Mais durant la même période, c'est surtoutShirley Jackson, romancière américaine, qui s'impose dans le champ littéraire d'horreur : son romanMaison hantée, paru en 1959, devient très vite un classique de lalittérature fantastique reconnu comme l'une des meilleurs histoires de maison hantée[38],[39],[40], et Jackson devient une figure de proue du néo-gothique[41], s'inscrivant par ses textes dans la lignée d'Edgar Poe etHenry James[42]. Sa nouvelleÀ la maison (1965), notamment, raconte l'histoire d'uneauto-stoppeuse fantôme[43].
Dans lesannées 1980, de nouveaux auteurs écrivent des récits de fantômes : c'est le cas de l'écrivain britanniqueRamsey Campbell, deSusan Hill et de son romanLa Dame en noir (1983) ou encore deStephen King, influencé comme de nombreux autres par Shirley Jackson[44],[45], et dont on peut citerShining, l'enfant lumière (1977) qui représente un hôtel hanté et ses nombreux fantômes, ou encoreSac d'os (1998) qui relate l'histoire d'un écrivain en proie à des fantômes hantant sa résidence.
En parallèle de la littérature, les récits de fantômes prennent de l'ampleur par le truchement ducinéma et de latélévision.

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