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| -1,9 million d'années av. J.C. | Paléolithique |
|---|---|
| -900 av. J.C. | Celtes |
| -680 av. J.C. | Grecs |
|---|---|
| -290 av. J.C. | Gaulois |
| -58 à -50 av. J.C. | Guerre des Gaules |
| -51 av. J.C. | Empire romain |
| IIIe – Ve siècle | Invasions barbares |
L'histoire militaire de la France couvre deuxmillénaires d'histoire, à travers laFrance, l'Europe et lesanciennes colonies françaises.
Cet article est une synthèse de l'historique des différentes branches desForces armées françaises :terre,air,mer etGendarmerie.
À partir de 400, lors du déclin de ladomination de l'Empire romain sur la Gaule, la tribu germanique desFrancs entame son installation sur le territoire. AvecClovis Ier puisCharlemagne, le royaume, puis l'empire des Francs inclut l'ensemble de l'Europe occidentale, à l'exception de la Bretagne. C'est avec letraité de Verdun, qui partage l'Empire carolingien en 843, qu'apparaît laFrancie occidentale, qui deviendra la France.
Au cours duMoyen Âge, à partir duXIIe siècle les roiscapétiens élargissent le domaine royal aux dépens de l'Angleterre, héritière desduchés de Normandie etd'Aquitaine, et duSaint-Empire romain germanique. Ils s'investissent également des expéditions extérieures, principalement lescroisades. C'est auXIIIe siècle qu'apparaît un pouvoir royal central suffisamment puissant pour créer unÉtat unifié et durable, incarné parPhilippe Auguste. Le royaume de France est alors un des états les plus puissants d'Europe. À partir de1337, les épreuves liées au contexte de laGuerre de Cent Ans poussent la France, après plusieurs désastres militaires, de réorganiser son armée en profondeur. Dans les dernières phases du conflit, l'artillerie jouera un rôle majeur, etCharles VII sera à l'origine de la première armée professionnelle et permanente d'Europe. Au sens strict, même s'il a existé très tôt des « armées en France », la notion d'« Armée française » ne naît qu'à partir de la création de cescompagnies d'ordonnance[3].
Le royaume, mieux centralisé et doté d'un puissant outil militaire[4] peut maintenant porter la guerre hors du territoire. C'est ainsi que la revendication deCharles VIII pour s'emparer dutrône de Naples en1494 entraîne le début desguerres d'Italie. Malgré plusieurs succès militaires, la France ne parvint jamais à sécuriser ses gains territoriaux. En outre, à partir de la seconde moitié duXVIe siècle, lesguerres de Religion et la puissance grandissante de l'Espagne relèguent la France à un second rôle sur la scène européenne.
Les guerres deLouis XIII etLouis XIV, auXVIIe et au début du XVIIIe siècle, rendent à la France la première place dans l'équilibre européen ; son territoire agrandi est protégé par une solide armée permanente et par les fortifications de laceinture de fer. Plus tard, la concurrence coloniale avec laGrande-Bretagne, qui a succédé à la rivalité avec lesHabsbourg d'Autriche et d'Espagne, lui fait perdre ses possessions deNouvelle-France (Canada français) etcomptoirs de l'Inde : l'esprit de revanche pousse la France àapporter son aide aux colons américains en révolte contreLondres lors de laguerre d'indépendance des futurs États-Unis d'Amérique.
Lesguerres de la Révolution française, qui opposent la France à la plupart des monarchies européennes, amènent à la création d'unearmée de masse avec un corps d'officiers renouvelé, promus au mérite et non plus sur leur seule naissance noble. Lesguerres napoléoniennes apportent à la France une expansion militaire inégalée sur le continent européen, mais elle ne peut rien contre lasuprématie navale britannique et ses adversaires, s'inspirant du modèle militaire français, prennent leur revanche en 1814-1815 en ramenant la France de laRestauration à ses anciennes frontières.
AuXIXe siècle, laconquête de l'Algérie inaugure la constitution dusecond empire colonial français qui couvrira une grande partie de l'Afrique et de l'Asie. Larivalité franco-allemande, effet tardif dunationalisme allemand né des guerres napoléoniennes, aboutit d'abord à laguerre de 1870 contre la Prusse, se ravive lors laPremière Guerre mondiale, et trouve son paroxysme avec laSeconde Guerre mondiale où la France, d'abord battue et occupée par l'Axe Rome-Berlin, reprend le combat dans laFrance libre et rejoint le camp victorieux desAlliés.
La conflagration laisse les pays européens affaiblis politiquement, et militairement dominés par deuxsuperpuissances, lesÉtats-Unis et l'URSS lors de laguerre froide. La France, tout en livrant ses dernières guerres coloniales enIndochine jusqu'en 1954 et enAlgérie jusqu'en 1962, se réconcilie avec l'Allemagne de l'Ouest et se range avec celle-ci dans lebloc occidental au sein de l'OTAN ; elle marque son autonomie par rapport au grand allié américain en développant sapropre force de dissuasion nucléaire et en quittant le commandement intégré de l'OTAN en 1966.
Stratégiquement, la France reste longtemps influencée par l'idée d'une défense sur desfrontières « naturelles » réelles ou supposées du pays : leRhin, lemassif du Jura et lesAlpes à l'est, lesPyrénées ausud. L'armée française est, par son histoire, souvent pionnière de nombreusesinnovationstechniques ettactiques.
Aujourd'hui, les interventions militaires françaises sont le plus souvent des opérations demaintien de la paix dans ses anciennes colonies ou dans les points chauds du monde, avec ses alliés de l'OTAN, organisation avec laquelle elle renforce ses liens en 1995, près de trente ans après son départ du commandement intégré, et qu'elle réintègre en 2009.
La présence humaine sur le territoire actuel de la France remonterait à 1 800 000[5] ou 1 900 000 ans[6] mais la date précise des premières armées présentes est inconnue.
Au sortir de lapréhistoire, toute la partie occidentale de l'Europe est occupée par les peuples d'origineindo-européenne, qui développent plusieurs civilisations différentes au gré de la diffusion des nouvelles technologies et de l'arrivée de nouvelles vagues migratoires.
Lestraditions militaires sont donc multiples. Entre-900 et-800, ce territoire connaît une mutation très rapide avec l'arrivée desCeltes ainsi qu'avec la généralisation de l'emploi dufer, donnant naissance aux civilisations dites d'Hallstatt, puis de laTène qui correspondent respectivement aux premier et deuxièmeâge du fer. La maîtrise du fer, plus léger et moins cassant que le bronze, permet de développer des épées plus longues[7](plus d'1 m alors que les glaives romains ne mesurent que 60 cm) ce qui augmente considérablement l'énergie cinétique[8] d'un coup porté du tranchant. Cela donne un avantage décisif dans les mêlées et la longueur de l'épée facilite le combat à cheval. Les Celtes développent donc une tactique de charge frontale en essayant d'effrayer au maximum l'adversaire pour le faire débander. La guerre est menée avec force bruits, sonneries de trompettes (carnyx), hurlements et même de volailles accrochées sur des chars[9]. C'est ainsi que les Celtes auraient été appelésgalli (ce qui signifie « coqs ») par les Romains et ce qui a donné le terme gaulois[9][source insuffisante] et l'emblème national. Commearme de jet, les Celtes utilisent lesjavelots et lafronde. Le travail du fer permet aussi de construire des roues de qualité et des chars très maniables qui sont utilisés pour harceler l'ennemi, d'abord en lui lançant des javelots, puis en mettant pied à terre pour combattre au corps à corps. La cavalerie utilise une unité tactique nomméetrimarcisia, composée d'un cavalier secondé de deux écuyers chargés de lui remplacer son cheval ou de prendre sa place en cas de besoin. Enfin les Celtes ont été les inventeurs de la cotte de mailles[9][source insuffisante].
La maîtrise sidérurgique permet aussi d'utiliser des outils agricoles plus performants, comme l’araire àsoc de fer qui permet de labourer des terrains plus difficiles et plus en profondeur[10]. Il en résulte une poussée démographique qui, associée à la supériorité guerrière, permet de diffuser cette civilisation à toute l'Europe septentrionale. La société se fonde sur une aristocratie foncière et commerçante. Les voies fluviales et la monnaie permettent le commerce entre laMéditerranée et laBaltique. Ces routes remontent au commerce de l'étain au premierâge du fer et le trafic s'accélère après que les Ligures sont chassés de la côte méditerranéenne[11]. Lafortification de leur lieu de résidence permet le contrôle des routes commerciales. Ces fortifications sont essentiellement desoppida, c’est-à-dire des lieux élevés, géographiquement propices à une défense et qui ont été fortifiés par la disposition stratégique du bâti et l'érection d'une enceinte circulaire en bois et en terre. Parfois le soubassement est réalisé enpierre vitrifiée.

Il n'y a pas de nation celte en tant que telle, mais les liens de clientélisme ont permis à l'aristocratie foncière de constituer une fédération d'États : les aristocrates forment un sénat et une assemblée convoquée par lesdruides. Ils élisent chaque année un roi, ou levergobret, qui règne pour un an en tenant compte des avis du sénat. Le pouvoir militaire est placé entre les mains d’un chef militaire élu, lui aussi, annuellement. Ce "ministre de la Défense" n’a pas le pouvoir de déclarer la guerre, mais uniquement celui de la conduire. La décision revient à un Conseil armé qui doit prendre auparavant l’avis des druides[12][source insuffisante]. Cependant, par les liens de clientélisme et grâce à leur puissance démographique, les Celtes sont en mesure de rassembler des armées de dizaines de milliers d'hommes libres et de menacer les Romains (Brennus les vainc à Allia et attaqueRome qui doit lui verser un important tribut[9][source insuffisante]) ou les Macédoniens (Bolgios les écrase en -279[9][source insuffisante]) à plusieurs reprises.
LaGaule passe sous la domination romaine vers-125 pour laGaule narbonnaise, et à partir de-51, après laguerre des Gaules, pour le reste du territoire. La conquête des Gaules est surtout connue par le récit souvent déformant du conquérant,Jules César, dans sesCommentaires sur la Guerre des Gaules : politique ambitieux, soucieux de sa gloire et de celle de son armée, attentif à justifier des initiatives risquées, voire descrimes de guerre, il met en valeur la discipline et l'intrépidité deslégions romaines face à des armées gauloises courageuses et supérieures en nombre mais imprudentes et imprévoyantes, promptes à se rassembler et à se débander, politiquement divisées dans des coalitions sans cesse changeantes. Il note les vertus d'adaptation des Gaulois, qui en font de bons candidats à laromanisation, et la bonne qualité de leurs fortifications (oppida) mais, en huit ans de guerre, les Romains sont presque toujours victorieux en bataille rangée. D'abord appelé par les Gaulois eux-mêmes pour empêcher les invasions desHelvètes et desSuèves, César soumet un État après l'autre jusqu'à ce que le chefarverneVercingétorix rassemble la plus grande partie de la Gaule dans une révolte contre Rome : après une victoire non décisive lors dusiège de Gergovie, le chef gaulois tente d'affamer l'armée romaine en pratiquant laterre brûlée mais laprise d'Avaricum, une des plus riches villes de Gaule, permet à César de refaire ses approvisionnements. Il accule les forces gauloises àAlésia et met en échec l'armée de secours rassemblée par les alliés de Vercingétorix : ce dernier, obligé de se rendre, sera exécuté après letriomphe de César, marquant la fin de la résistance gauloise[13].

Les victoires romaines sont très largement dues à la discipline régnant dans les légions et à la capacité stratégique des généraux. En effet, la qualité de l'équipement individuel fait plutôt pencher la balance en faveur des guerriers gaulois : la braie et la chemise courte sont plus pratiques que la tunique longue des légionnaires, les chaussures de cuir plus confortables que lescaligae. Lalorica segmentata, l'armure des légionnaires romains, est inconfortable et protège mal alors que les guerriers gaulois portent des chemises de mailles de fer[14] ou des gilets decuir épais, tous deux à la fois souples et assurant une bonne protection. En revanche, l'infanterie romaine bien entraînée, charge en érigeant un mur compact de boucliers, l'impact déséquilibre l'adversaire qui devient vulnérable à un coup de glaive porté d'estoc. Les murs de boucliers ou les fortifications romaines brisent les charges désordonnées des Gaulois malgré un important déséquilibre numérique.
L'armée romaine[15], première réelle armée moderne d'Occident, laisse un héritage important à toutes les armées suivantes des pays conquis et notamment la France (les chefs francs qui attaqueront la Gaule seront fascinés par l'Empire romain) : un recrutement militaire développé par une semi-professionnalisation, une imposantehiérarchie qui sera très copiée, des formations de combat plus efficaces avec une spécialisation des troupes et desstratégies et destactiques militaires comme les techniques desiège qui sont nouvelles pour l'époque. Elle s'améliore également elle-même au contact des populations celtes, copiant et améliorant l'équipement gaulois, comme celui de nombreux pays conquis.
Sous l’Empire, une civilisation gallo-romaine prospère se développe, apportant à la France une base de culture latine et conduisant indirectement à lachristianisation, qui s’opère lentement duIIe au VIe siècle. À partir de la conquête, histoires militaires françaises et romaines sont liées. Les légions romaines sont la première vraie armée professionnelle à fouler le sol français. Désormais, petit à petit dans les décennies suivant la guerre des Gaules, les Gaulois se romaniseront. Beaucoup auront le privilège de s'engager dans les légions et les autres seront engagés dans les unités auxiliaires (29 unités d'infanterie et 17 de cavalerie, chacune forte de 500 ou 1 000 hommes, formeront les corps auxiliaires gaulois, il est impossible de connaître le nombre de légionnaires) qui sont aussi des unités professionnelles, disposant du même entraînement que les légions et d'un équipement de même qualité bien que plus souvent plus léger.
Viendra, à partir duIIIe siècle, lesinvasions germaniques. Les Romains vont protéger efficacement leur territoire jusqu'auVe siècle. La plupart des légions sont alors rapatriées en Italie, région où se trouve la capitale,Milan et la cité éternelle deRome. Les derniers Romains résistant aux barbares sontvaincus à Soissons, par lesFrancs. Par la suite,tous les Gaulois romanisés seront sous le joug des Francs[précision nécessaire], les Francs eux-mêmes se romanisant largement.
Tout leMoyen Âge est marqué par la consolidation et l'expansion dudomaine royal français qui, malgré des phases de division et d'affaiblissement sous lesMérovingiens et les derniersCarolingiens et des revers dans laguerre de Cent Ans, s'élargit jusqu'à couvrir la plus grande partie de la France actuelle.
Tactiquement, la période est marquée par la suprématie de lacavalerie lourde, devenuechevalerie. L'utilisation de l'étrier, de laselle profonde et de lalance tenue à l'horizontale, associée au renforcement de la protection d'abord du cavalier, puis ducheval, par l'armure, rend lacharge plus efficace à partir duXIe siècle[16] et provoque la crainte de la « piétaille ». L'infanterie est délaissée bien que formant l'essentiel des troupes, car la chevalerie est réservée aux nobles, pouvoir économique et politique de l'époque. La chevalerie française est alors considérée comme la meilleure d'Europe.
Vers989 et leconcile de Charroux, la féodalité voit l'Église canaliser l'énergie destructrice des chevaliers en leur donnant un rôle de « soldats du Christ »[17]. Le chevalier, doit assurer la protection de ses terres et se comporter de manière honorable. Il doit faire montre de bravoure sur le champ de bataille sinon il ne justifie pas sonstatut social.
La capture de chevaliers adverses est une bonne source de revenu via la rançon, ce qui fait que les risques d'être tué sont faibles et que l'appât du gain pousse à charger en première ligne au combat[18].
Les fortifications restent fortement inspirées desoppidagauloises, c'est-à-dire qu'elles se basent sur l'utilisation de défenses naturelles renforcées par l'homme ; mais les avancées enmaçonnerie permettent des édifices plus complexes et plus solides.
Sous lesFrancs, l'histoire de France est généralement subdivisée en trois grandes périodes : la périodemérovingienne, la périodecarolingienne et la périodecapétienne.
Dans le principe l'armée des Francs, recrutée par leban et l'arrière-ban, ne se composait que d'infanterie. L'instinct militaire de ces peuples et leurs expériences avaient démontré qu'un fantassin est plus actif, plus mobile et plus ferme tout à la fois qu'uncavalier. Le fantassin résiste mieux à la fatigue et est capable de supporter des privations[19].
Le ban et l'arrière-ban eurent pour chefs lesducs, lescomtes, lesmarquis et lesbarons,grades militaires qui sont devenus sous lesrois de la troisième race destitres de noblesse.
Les armes des soldats Francs sont généralement grossières[19] et plus convenables à des hommes courageux qu'a des guerriers habiles. L'habit de guerre est unsayon decuir, rembourré delaine, assez épais mais assez élastique pour opposer une résistance auxflèches, auxdards et aux armes tranchantes. Les Francs se couvrent la tête avec leur chevelure longue et touffue et quand ils ont à se préserver d'une décharge d'armes de jet, ils élèvent en l'air leurbouclier. Seuls les chefs et les seigneurs portent descasques. Les cavaliers, très rares parmi les Francs, n'ont que lejavelot comme arme principale car ils sont destinés à porter des messages et éclairer les mouvements de l'armée. Quant auxfantassins, selon le chroniqueurbyzantinAgathias,« ils n'ont nicuirasses, ni bottes. Ils portent l'épée le long de lacuisse et lebouclier sur le côté gauche. Ils ne se servent ni d'arc, ni defronde, ni deflèches mais dehaches à deux tranchants et dejavelots. Leurs javelots peuvent servir de demi-pique ou d'arme de jet, ils sont garnis de fer partout, excepté à la poignée; leur pointe est armée de chaque côté de deux crocs aigus, destinés à la retenir dans les blessures. Si le javelot donne dans le bouclier, il y demeure embarrassé et suspendu par sa pointe et par les crocs. Long et pesant il traîne à terre. Il ne peut être arraché ni coupé parce qu'il est couvert de fer. C'est à ce moment que le Franc s'avance en sautant, met le pied sur le bout inférieur du javelot, et s'appuyant dessus comme un levier, oblige l'ennemi à pencher son bouclier et à se découvrir. Alors avec la hache ou avec l'épée, il le frappe au visage ou à la gorge et le tue. »

AuVIIIe siècle, la dynastiemérovingienne s'efface progressivement devant le pouvoir grandissant de leursmaires du palais, dont est issue la dynastie qui lui succède, celle desCarolingiens. L'époque voit une mutation de l'art militaire franc, lacavalerie commençant notamment à prendre le pas sur l'infanterie, notamment grâce à l'introduction de l'étrier, qui permet de combattre à cheval, même si l'utilisation des charges lance à l'horizontale sera plus tardive[20]. Les nobles, qui composaient les forces armées, ne voulurent plus combattre qu'à cheval.Il y a lieu de penser que ce changement ne s'effectua qu'après les guerres acharnées et lointaines queCharlemagne entreprit.[Interprétation personnelle ?] L'emploi des chevaux fut sans doute d'abord provoqué par la nécessité de transporter les troupes d'un lieu à l'autre, d'Espagne enSaxe, deBelgique enLombardie[19]. Pépin le Bref et Charlemagne eurent dans leurs armées un nombre de cavaliers égal à celui des fantassins, mais dès que lesfiefs devinrent héréditaires, l'armée ne se composa plus que de cavalerie. Les fantassins, qui s'y trouvaient en petite quantité, ne formaient pas de corps et étaient disséminés dans les rangs et parmi les pelotons. Ils avaient pour principale fonction d'aider à se relever les cavaliers de leur parti qui avaient été renversés pendant le combat et qui chargé d'une pesante armure étaient dans l'impossibilité de se remettre sur pied seul et sans secours. Le javelot et la hache furent remplacés par l'arc et l'arbalète. On supprima le bouclier, lesfantassins restèrent sans armes défensives et parfois comme seule arme offensive uncouteau ou unpoignard long et aigu avec lequel ils tâchaient d'égorgeter, par le défaut duhausse-col et de lacuirasse les cavaliers ennemis gisant à terre. Les cavaliers se couvrirent peu à peu d'une armure complète; ils prirent le casque, portèrent soit des cuirasses avec hausse-col,brassards et cuissards, soit lehaubert. Pour les armes offensives ils eurent soit lesabre et lalance, auxquels on ajouta par la suite lamasse d'armes. Ces cavaliers reçurent par la suite le titre de chevaliers et bientôt la chevalerie composa la principale force des armées européennes.
Les progrès de lamétallurgie permettent de créer desépées plus solides, mais aussi plus coûteuses, donc réservées à une élite. Le coût plus élevé de l'équipement oblige à limiter la levée des hommes aux plus riches, ceux qui peuvent payer eux-mêmes leur équipement, si bien que l'armée tend en quelque sorte à se professionnaliser, préfigurant la futurechevalerie. Cette nouvelle façon de combattre apporte la victoire auxbatailles de Toulouse etde Poitiers, ce qui permet d'éloigner la menace d'uneinvasion musulmane venue de la péninsule Ibérique. Elle prépare aussi une nouvelle phase d'expansion, sous le règne deCharlemagne, qui étend le royaume franc bien au-delà duRhin. Ce dernier appuie sa force militaire sur une troupe de cavaliers réguliers bien entraînés, constituée par lanoblesse, à laquelle il adjoint une infanterie recrutée pour les besoins de la campagne, dans les régions frontalières. Il aligne ainsi des armées d'environ vingt mille hommes, mais sur le terrain le plus souvent, c'est la charge des cavaliers qui se révèle déterminante.
Avec l'importance accrue de la cavalerie, le coût descampagnes militaires augmente : si en théorie tous les hommes libres du royaume des Francs doivent leservice militaire (« service d'ost »), un système de compensations monétaires fait en sorte que seuls les plus riches partent à la guerre. Il s'agit là d'une évolution majeure vers la professionnalisation des hommes d'armes par opposition aux troupes germaniques des périodes précédentes.

En843, le grandempire d'Occident créé parCharlemagne est divisé en trois entités ; à l'ouest, laFrancie occidentale, finit par devenir laFrance, les parties centrale (Francie médiane) et orientale (Francie orientale) donnant elles naissance auSaint-Empire romain germanique. Mais si l'autorité centrale existe encore, elle perd pratiquement tout pouvoir, devenant une simple subordination théorique. En877, par lecapitulaire de Quierzy,Charles II le Chauve rendde facto héréditaires les chargescomtales, signant ainsi l'acte de naissance de laféodalité[21]. La société s'organise de façon décentralisée, autour d'un seigneur local, maître dufief, qui se charge de la défense des habitants, notamment en leur procurant un abri en cas de raid hostile, en construisant une place forte locale, lechâteau-fort. Bien quesuzerain élu de toute la noblesse du royaume, le roi des Francs finit par ne plus avoir d'autorité réelle que sur son fief personnel, ledomaine royal. Durant toute la période du haut-Moyen Âge, les rois de France se retrouvent en lutte principalement contre leurs vassaux, certains même plus riches et plus puissants que leur suzerain.
Le règne des capétiens s'étend de 987 à 1328. Pendant cette période, la France est le royaume le plus « féodalisé » et le pays le plus puissant d'Europe occidentale. AuxXIe et XIIe siècles, les « Francs » résident au nord de la Loire, en pays d'Oïl. Selon les chroniqueurs de l'époque, les Francs sont les plus preux guerriers de la chrétienté. C'est en France que l'idée de « chevalier chrétien » est développée par l'Église afin de canaliser l'énergie destructrice des guerriers en en faisant selon la maxime : des « défenseurs de la foi chrétienne, protecteurs de la veuve et de l'orphelin ». AuXIIIe siècle naît en France l'idéalchevaleresque courtois avec les romans deChrétien de Troyes et autres conteurs de ce temps, inspirés par lestroubadours du pays d'Oc et la poésie Arabo-Andalouse.
La fin duXe siècle voit cesser les invasionsvikings,magyars et arabes, mais au cours duXIe siècle, le roi n'a que très peu de contrôle sur les régions extérieures du royaume. L'énergie des élites militaires est gaspillée en guerres privées très fréquentes ou en conquêtes personnelles comme l'invasion de l'Angleterre par lesNormands. La « paix de Dieu » imposée par l'Église dès 989 auxconciles de Charroux etNarbonne et les appels à la croisade sont les seuls traités ayant pu mettre un frein à la « turbulence » des guerriers français.
Les tactiques guerrières de l'époque évoluèrent peu, restant principalement une question de sièges et de brèves campagnes mettant des forces peu nombreuses en opposition, les grandes batailles étant évitées autant que possible.
La période duXIe au début du XIVe siècle est marquée par l'apogée et la chute duchevalier comme unité de combat principale et décisive. La victoire normande à labataille de Hastings en1066 atteste de leur puissance et leur influence. Lachevalerie forme une espèce d'ordre politique et militaire, où l'on n'est admis qu'après de longues épreuves et après avoir justifié d'une noblesse d'au moins trois générations[19].
LeXIe siècle fut l'âge d'or de cette institution ; ce fut l'époque destournois et des prouesses, celle de l'honneur et de la galanterie mais aussi celle ou la force brutale eut le plus d'empire et où la dignité de l'espèce humaine fut le plus ravalée[19]. Il fallait être noble ou chevalier pour être compté pour quelque chose. AuXIe siècle, les chevaliers français portent unecotte de mailles dont lecamail est attenant, un casque conique à nasal, de longuesLances (entre 2,5 m et 4 m) et de grandesépées dont la longueur de la lame avoisine les 70 cm. Les améliorations dans letravail du fer permettent à l'armure de mailles de se recouvrir de plates aux endroits stratégiques auXIVe siècle, et enfin d'évoluer enarmure de plates complète auXVe siècle[22].

D'autre part, grâce aux étriers et aux selles profondes les chevaliers chargent lance à l'horizontale, ce qui leur confère avec l'inertie de leur destrier une puissance dévastatrice considérable[23]. Ainsi, le bouclier qui auXIe siècle protège le cavalier de l'épaule à la cheville devient petit à petit inefficace face aux lances : sa taille se réduit, il se recouvre d'une feuille d'acier et est finalement totalement abandonné auXVe siècle. Le chevalier domine les champs de bataille jusqu'auXIVe siècle. Pendant lesCroisades, lachevalerie française, envoyée par les grands féodaux ou par le roi de France, constitue une grande partie de la force desÉtats latins d'Orient.
Le développement des techniquesculturales permet aux nations d'Europe de l’Ouest, dont la France, d'augmenter considérablement le rendement agricole, facilitant la croissance démographique[24]. La France est le pays le plus peuplé d'Europe et peut aligner une cavalerie de premier ordre : elle va prendre l'avantage dans les conflits récurrents qui opposentCapétiens et Plantagenêts entre 1159 et 1299. Ces derniers contrôlent après le mariage deHenri II Plantagenêt etAliénor d'Aquitaine toute la moitié ouest de la France. Les Capétiens vont s'évertuer à récupérer ces territoires qu'ils rattachent au domaine royal permettant la création en France d'un État fort. Le Labataille de Bouvines remportée parPhilippe Auguste contre l'alliance anglo-germanique est un bel exemple de l'efficacité de cette cavalerie et donne à la France le statut de grande puissance européenne[25].Louis IX, en1241, instituera la première décoration laCeinture militaire, un ornement d'une grande richesse surchargé d'or et de pierreries[19].

Un coup dur est porté à lachevalerie par l'institution destroupes des communes. À la fin duXIIIe siècle, le développement et l'enrichissement des villes permettent à la bourgeoisie de lever des armées de fantassins capables de lutter contre l'Ost. Les piquiers flamands brisent les charges de la chevalerie française à labataille de Courtrai. La défaite de la chevalerie anglaise face auxÉcossais à labataille de Bannockburn (1314) pousse lesPlantagênet à changer leur tactique. Ils utilisent des hommes d'arme à pied et des archers (souvent desGallois), retranchés derrière des pieux plantés dans le sol. Cette expérience s'avère payante lors de laguerre de Cent Ans où les archers anglais, bien entraînés et équipés de l'arc long à grande portée, parviennent à décimer les troupes de chevaliers français lourdement armés et monté sur un lourd cheval bardé de fer àCrécy,Poitiers ouAzincourt. La pluie de flèches oblige l'adversaire à attaquer et les Anglais retranchés bénéficient donc du choix du terrain (en général une colline, ou un bourbier). Les charges de cavalerie se brisent sur les pieux et sous la pluie de flèches (les chevaux sont peu protégés avant leXVe siècle) et les chevaliers meurtris par la chute et engoncés dans leurs lourdes armures sont des proies faciles pour les hommes d'arme à pied. Cependant, quand les chevaliers peuvent se déployer efficacement (en prenant de vitesse les archers avant qu'ils ne soient positionnés ou en les tournant), ils s'avèrent encore décisifs comme à labataille de Patay en1429[26].
L'affrontement franco-anglais se joue aussi sur mer comme le à labataille navale de l'Écluse où la flotte d'Édouard III, prétendant à la couronne deFrance, lui assure le passage sur le continent en anéantissant la flotte de son rival, le roi de FrancePhilippe VI de Valois.
Le roiJean II le Bon, qui monte sur le trône en 1356, réorganise l'armée. Les chevaliers prennent le titre d'homme d'armes et se réunissent encompagnies d'ordonnance, dont lesbannerets, sous le nom de capitaine conservent le commandement.Sous son règne, l'équipement de la grosse cavalerie ne laisse voir que du fer : lecasque à visière, lehausse-col, lacuirasse, lesépaulières, lesbrassarts, lesgantelets, lestassettes, lesgenouillères, lesgrèves sont autant de pièces qui s'ajustent ensemble de manière à gêner le moins possible les mouvements. Le cheval lui-même est couvert de fer[19]. Ce changement dans les armes défensives en amène un dans les armes offensives : lesabre et lahache ne pouvant plus rien sur des cavaliers aussi solidement recouverts, on y substitue lamasse, lemaillet et l'estocade, une longue épée qui pouvait pénétrer dans les petits joints que l'homme d'armes laissait voir lorsque ses mouvements dans les combats, écartaient les pièces de son armure[19].
Charles V vient à bout de la supériorité tactique des Anglais en opposant àÉdouard III la stratégie de laterre déserte : il évite tout combat en terrain découvert et confie à des capitaines chevronnés tels queBertrand du Guesclin la reconquête par une guerre d'embuscades et de siège qui permet de reconquérir la quasi-totalité du territoire entre 1369 et 1375[27]. En effet, tout au long de la période médiévale, très peu de places fortes auront été capables de soutenir un siège victorieusement, les garnisons étant la plupart du temps insuffisantes (le château fort avait surtout un rôle symbolique de la puissance du seigneur).
Non content du nouvel appui qu'ils trouvaient dans les troupes des communes, les rois de France, pour mieux contenir leur noblesse toujours turbulente et prête à la révolte, prennent à leur solde des soldats étrangers, desmercenaires. C'est ainsi que l'on compta dans l'armée française descavaliersalbanais, desaventuriers, desribauds, descarabins à cheval, desarbalétriersgénois, desstradiots, desargoulets[19]… Les campagnes de la guerre de Cent Ans sont en partie menées par des « entrepreneurs militaires » loués à prix d'argent, comparables auxcondottières italiens et qui, quand ils tardent à être payés, deviennent aussi dangereux pour leur employeur que pour l'adversaire. Charles V se débarrasse temporairement desgrandes compagnies en les envoyant porter la guerre en Espagne mais elles reviendront dès la rupture de la trêve avec les Anglais[28].

En 1392, la folie deCharles VI entraîne une régence pendant laquelle lesducs de Bourgogne etd'Orléans se disputent le pouvoir. Uneguerre civile entre Armagnacs et Bourguignons permet le retour en force des Anglais alliés aux Bourguignons. Letraité de Troyes de 1420, imposé après la bataille d'Azincourt, fait deHenri V d'Angleterre l'héritier du trône de France à la mort de Charles VI ; il assure l'indépendance de fait de la Bourgogne dont le territoire est à cheval sur la France et leSaint-Empire.
Cependant, la fortune des armes tourne de nouveau à l'avantage des Français : en 1429, après lesiège d'Orléans et lavictoire de Patay,Jeanne d'Arc permet lecouronnement à Reims deCharles VII qui lui confère un avantage moral décisif. Si l'impact sur le moral des combattants français est important, c'est surtout l'apparition des premières troupes permanentes dont le financement repose sur une fiscalité modernisée, lescompagnies d'ordonnance, qui assure le triomphe français. En effet, en 1445, Charles VII décide de réorganiser le corps deshommes d'armes. On forme 14compagnies d'ordonnance, composée des hommes les plus vaillants et les plus robustes. La compagnie de la Garde est la15e. Chacune de ces 15 compagnies est de 100 lances fournies et leur force totale atteint 8 000 à 9 000 hommes, non compris de nombreux volontaires qui s'y adjoignent en temps de guerre. Dès lors le ban et l'arrière-ban ne sont plus qu'une milice ordinaire, convoquée seulement lorsque lagendarmerie jointe à l'infanterie ne suffisent pas aux besoins de la guerre. En outre, Charles VII développe l'infanterie en recrutant un corps de 4 000 archers à pied. Les chevaliers affectent de mépriser cette troupe largement formée de mercenaires étrangers comme lagarde écossaise. Pour relever leur prestige, Charles VII adjoint à ses gardes du corps 25cranequiniers, soldats porteurs d'arbalètes, souvent des Anglais ou des Allemands, commandés par legrand-maître des arbalétriers de France. Lorsque l'usage des arbalètes tombe en désuétude avec la découverte de lapoudre, le grand-maître des arbalétriers devient legrand maître de l'artillerie de France[19].
Le développement de l'artillerie française participe aussi grandement aux victoires obtenues notamment aux batailles deFormigny et deCastillon[29]. Toutefois malgré tous les efforts de Charles VII, la science dugénie militaire et de l'artillerie font peu de progrès durant son règne. Les canons, d'un calibre énorme, mal fondus, mal percés, manquent de mobilité et ne présentent aucune sûreté pour ceux qui les emploient et sont souvent les premières victimes de leur explosion[19].
En 1453, seuleCalais reste encore une possession anglaise en France jusqu'à sareprise par les Français en 1558. Laguerre des Deux-Roses, discrètement encouragée par la France, neutralise durablement le danger anglais.

L'État bourguignon, gouverné par une branche cadette des Valois, reste un rival dangereux pour la monarchie française. Ses défaites face auxcantons suisses dans lesguerres de Bourgogne (1474-1477) montrent l'épuisement du modèle de l'armée chevaleresque face à une infanterie compacte et disciplinée. À la mort deCharles le Téméraire, son héritage est partagé dans laguerre de Succession de Bourgogne, laissant la France face à une nouvelle grande puissance, lamaison de Habsbourg.
En 1480,Louis XI modernise l'armée royale en remplaçant lamilice desfrancs-archers par uneinfanterie permanente organisée sur lemodèle suisse, connues sous le nom debandes françaises oubandes de Picardie. En 1491, le mariage quelque peu forcé d'Anne de Bretagne avecCharles VIII intègre l'armée duduché de Bretagne à celle du royaume de France.

La science de l'attaque des places est longue à naître chez des guerriers qui se bornaient à combattre face à face. Les rois et les généraux eurent beaucoup de peine à obtenir que les assiégeants marchent dans destranchées jusqu'aux bords desfossés. La science de la défense était plus avancée que celle de l'attaque. Lesfortifications avaient pris de la hauteur et lesremparts étaient composés d'une double, voire d'une tripleenceinte. Les combats demines offraient dans lessièges une bonne occasion de donner des preuves de courage.« Dès que les mineurs des deux parties jugeaient, par le bruit, que leurs travaux approchaient ils en donnaient avis. Alors les guerriers les plus déterminés se présentaient pour les soutenir. On se défiait réciproquement et le rendez-vous était indiqué dans le souterrain de la mine. On mettait une barrière, à hauteur d'appui, à l'extrémité des assiégeants. Dès que les assiégés y étaient parvenus et avaient fait l'ouverture, ils se retiraient pour faire place aux chevaliers. On combattait en nombre égal et à la lueur des flambeaux. On ne pouvait se frapper ailleurs qu'aux parties du corps qui excédaient la barrière. Des juges du combat de chaque côté décidaient des actions. Les vaincus payaient ordinairement leur défaite par une somme d'argent ou par quelques bijoux qui tenait lieu derançon. Quelquefois il leur en coutait la liberté »[19].
Les mines consistaient alors en de vastes galeries creusées sous lafortification que l'on voulait détruire. Le terrain était soutenu par desétançons de bois, auxquels les mineurs mettaient le feu en se retirant. Les suites de ces incendies quelques rapides qu'ils puissent être, ne pouvaient donner aucune idée des épouvantables explosions qui durant laPremière Guerre mondiale, en particulier, offrent l'image du bouleversement de la terre, obscurcissent le ciel, ébranlent les plus courageux.

LaRenaissance française voit dans un premier temps lanation accroître son unité sous lemonarque. La puissance desnobles a diminué, et le rôle militaire de ceux-ci a décliné au profit de la constitution d'une armée nationale sous l'autorité du souverain.Charles VIII puisLouis XII engagent la France dans lesguerres d'Italie pour faire valoir leurs droits héréditaires sur leroyaume de Naples et sur leduché de Milan. Malgré la qualité des troupes françaises, une coalition italienne, laligue de Venise, provoque par sa supériorité numérique l'échec des revendications françaises. Par la suite, les souverains français revendiquent de nouveau des territoires en Italie mais la création de laSainte Ligue puis l'intervention de l'Espagne y mettent des difficultés.
Quand Charles,roi d'Espagne et seigneur dePays-Bas (Charles Quint), est élu empereur duSaint-Empire romain germanique en 1519, une nouvelle menace apparaît. Le territoire français se retrouve encerclé par des pays qui sont tous contrôlés par Charles Quint.François Ier compromet ses succès initiaux par ladéfaite de Pavie en1525 ; cependant, la France échappe au désastre par la fidélité de ses provinces (laBourgogne refuse sa cession à l’empereur) et la solidité de sesfinances tandis que l'armée impériale, victorieuse mais non payée, se débande lors dusac de Rome. Le conflit reprend après la mort de Charles Quint qui a divisé son empire entre les deux branches de sa famille (lesHabsbourg).
Dans la seconde moitié duXVIe siècle, la France perd sa place de première puissance militaire au profit de l'Espagne qui la bat à labataille de Saint-Quentin (1557). Les évolutions spirituelles duXVIe siècle provoquent lesguerres de religion, guerres internes qui ensanglantent et affaiblissent la France. Comme les nobles mettent sur pied leurs propres armées privées, ces conflits entrehuguenots etcatholiques mettent à mal les efforts de centralisation et l'autorité monarchique en place. Par conséquent, la France subit une éclipse temporaire sur la scène politique européenne et doit supporter l'intervention occasionnelle des puissances voisines dans ses conflits internes[30].
En 1515,François Ier modifie la composition descompagnies d'ordonnances en la portant à huit chevaux[31],[19] :
La solde de ces troupes étant devenue insuffisante, leroi réduisit, en 1530, lescompagnies à 80 lances[32] et augmenta la solde des hommes d'armes d'un cinquième, en leur répartissant la paye des lances réformées. Une ordonnance de 1534 crée 7 légions de volontaires qui devaient présenter un effectif total de 42 000 hommes dont 30 000 hallebardiers et 12 000 arquebusiers. Toutefois sa mise en place qui était compliquée, pour l'époque, fut abandonnée. En 1558,Henri II, recréa par une nouvelle ordonnance cette légion qui ne put voir le jour, à cause desguerres de Religion plusieurs compagnies se déclarant en faveur duPrince de Condé. Ces compagnies prirent alors le nom de régiments, nom emprunté aux Allemands et aux Suisses[19]. L'armement de ces soldats d'infanterie éprouvait des révolutions; l'arc, l'arbalète, l'arquebuse, lahallebarde, lemousquetà rouet età mèche seront successivement abandonnés.

À partir de la fin duXVe siècle, les progrès de l'artillerie révolutionnent laguerre de siège : l'augmentation d'épaisseur des murailles ne suffit plus pour résister aux effets de l'artillerie. L'armée du roi de France forte de son expérience de laguerre de Cent Ans possède une artillerie de premier ordre qui permet àCharles VIII de France deconquérir l'Italie, où les villes tombent les unes après les autres entre 1494 et 1495. Les ingénieurs italiens inventent donc lesfortifications bastionnées : les murailles deviennent très basses, obliques et précédées d'un fossé[33]. L'assaillant qui ne peut plus attaquer frontalement au risque de se voir décimé par des tirs de mitraille approche les fortifications par des réseaux de tranchées[33].
L'apparition de la poudre va modifier considérablement l'art de la guerre. Cependant dans un premier temps, l'artillerie de campagne ne condamne pas la chevalerie. Au contraire, aux batailles deCastillon oude Marignan, le feu permet de débander l'ennemi qui devient vulnérable aux charges de cavalerie. Les chevaux sont désormais protégés[34]. Mais progressivement avec les progrès de l'arquebuse au début duXVIe siècle, l'infanteriesuisse va imposer sa supériorité et son modèle va modifier les théories militaires de la France et de l'Espagne[35].
Cependant, si la France choisit de louer les services desConfédérés l’Espagne décide de copier le modèle suisse en l’améliorant. C’est ainsi que naît letercio[36]. C’est au cours desguerres d'Italie qu’est engagé pour la première fois le tercio, groupe composite, de fantassins :piquiers,mousquetaires etarquebusiers[37]. À cette époque, un tercio comporte donc 3 000 hommes environ[38]. Les arquebusiers adoptent une tactique de tirs par rangs : les rotations de 3 à 12 rangs selon la cadence de tir souhaitée permettent un tir continu malgré la lenteur de recharge des armes de l'époque. En cas d'attaque de cavalerie lesarquebusiers sont couverts par les piquiers[39].
Lerégiment, en tant qu'unité militaire, date deCharles IX.Henri IV, puisRichelieu, régulariseront cette innovation organique, en y affermissant ladiscipline. L'armée se démocratisera quelque peu dans son mode derecrutement et l'on assistera à des anoblissements de soldats roturiers méritants, qui pourront ainsi accéder à desgrades élevés, réservés à la seulenoblesse.
LorsqueHenri IV monte sur le trône, il n'y a que 4 régiments d'infanterie[19] connus sous le nom devieux corps et célèbres par leurs divers exploits. Ce sont les :
En 1620, le nombre de régiments était porté à dix. Outre les 4 vieux corps initiaux un5e avait pris rang, le :
5 autres régiments avaient reçu le nom depetits vieux[19] :
5 nouveaux régiments sont ensuite créés, puis d'autres successivement si bien qu'à la mort deLouis XIII, en 1643, on compte 33 régiments.

L'apparition dumousquet permet de tirer sur trois lignes (debout, à genou et couché), et celle de labaïonnette de se passer progressivement de piquiers[39]. C'est cette dernière organisation tactique que la France adopte auXVIIe siècle, ce qui lui permet de reprendre l'avantage sur ses adversaires comme le montre lavictoire de Rocroi sur les tercios espagnols.
Si la tactique militaire évolue beaucoup auxXVIe et XVIIe siècles avec une part de plus en plus importante accordée aux armes à feu (artillerie,pistolets etarquebuses), la stratégie connaît quelques changements : ainsi, la multiplication des campagnes rapides faites de « raids-éclairs » destinés à assommer l’adversaire avant même qu’il ne réagisse.
Cependant, le plus généralement, la guerre consiste pour l’attaquant à dévaster le pays ennemi, à couper les lignes de communication et de ravitaillement de l’adversaire, à mettre lesiège devant sesplaces fortes en attendant que ses soldats se débandent ou se rendent, faute d’avoir été nourris et payés régulièrement[38].
Les guerres desXVIe et XVIIe siècles, et en particulier celles qui touchent laFranche-Comté, ne voient donc pas de grandes batailles rangées, ou des opérations de grande ampleur à l’issue trop hasardeuse, ce sont plutôt des guerres de coups de main et des guerres de siège dans lesquelles l’artillerie, d’un côté, et l’art de lafortification, de l’autre, jouent un rôle important[38].

Cette évolution dans la forme de la guerre, évolution due en grande partie aux nouveaux moyens de combat, explique que laFrance et l’Espagne s’engagent, dès la fin duXVIe siècle dans une logique de guerre totale[38] : les campagnes ne sont pas plus épargnées que les villes et les « civils » sont tout autant concernés par le conflit que les soldats. Lorsque la soldatesque obtient le droit de « faire le gast » en rase campagne, elle ne laisse généralement qu’un pays vide et désolé : les maisons et les moissons sont brûlées, le bétail est emporté. La pratique n’est guère différente en cas de prise d’une ville : celle-ci doit s’attendre en effet à être pillée, à moins qu’elle n’ait passé, moyennant rançon, un « traité de contributions » avec l’assaillant. En effet, à la fin duXVIe siècle, le « droit de la guerre » est toujours le droit du vainqueur.
L'infanterie est portée à l'effectif de 46 000 hommes en 29 régiments, dont 2 étrangers.
Son chef suprême, qui avait été nommé par leRoi, était lecolonel généralJean-Louis de Nogaret de La Valette,duc d'Epernon. Celui-ci nomme à toutes les charges et emplois et signait les ordonnances et entretient une compagnie, lacolonelle, dans lesGardes françaises et les 5Vieux Corps,Picardie,Piémont,Champagne,Navarre,Normandie. Cette compagnie, dépositaire de l'enseigne blanche du colonel général, est commandée par unlieutenant-colonel choisi par lui[40].
L'état-major d'un régiment, qu'il soit permanent comme les « petits vieux »,Chappes,Rambures,Bourg l'Espinasse,Sault,Vaubécourt etBeaumont, ou temporaire, comprenait unmestre de camp, unsergent-major du rang de capitaine, unaide-major du rang de lieutenant, unprévôt de justice chargé de la police et de l'exécution des peines, un commissaire à la conduite pourvoyeur des vivres chef du convoi, unmaréchal des logis pour la préparation et la répartition descantonnements et unaumônier.
Le nombre des compagnies d'un régiment varie de 10 à 30 et leur effectif allait de 100 à 300 hommes.
Cadre de lacompagnie : 1capitaine, 1lieutenant, 1enseigne portant un drapeau aux couleurs et emblèmes du régiment, 2sergents, 1fourrier, 3caporaux, 2tambours, 1barbier-chirurgien. Les soldats étaientpiquiers oumousquetaires.
Lemorion et l'armure défensive sont réservés aux caporaux, auxanspessades et aux piquiers d'élite. Les mousquetaires ont la casaque, sorte de surtout de drap ou de buffle à manches vagues, qu'on entre par la tête, comme une chasuble, et qui abritait le fourniment et lemousquet[40].
Les capitaines des Gardes françaises adoptent des casaques de couleurs différentes pour distinguer leurs compagnies, ce qui est un des premiers essais d'uniforme. L'unité de combat est toujours le bataillon, composé de 1 000 à 1 200 combattants par le groupement de plusieurs compagnies. Les piquiers sont au centre, les mousquetaires aux ailes. Lepremier front, formé de piquiers commandés par le plus ancien capitaine, se tient à l'avant ; Le régiment forme autant de bataillons que son effectif le permet, un, deux, trois au plus. Le sergent-major prend les ordres du mestre de camp pour le choix de la position, l'ordre de bataille, les alignements, les distances et les intervalles entre les bataillons.
« Les infractions aux règles était punie des verges, et c'était la mort, à la récidive. La potence était dressée dans chaque cantonnement, les archers du prévôt de justice avaient fort à faire. En revanche, le soldat par ses services pouvait monter aux charges et offices des compagnies, de degré en degré, jusqu'à celle de capitaine, et plus avant s'il s'en rendait digne[40]. »

C’est àRichelieu que l’on doit l'organisation du service des étapes[40].La cavalerie comprend :
Si la compagnie n'a pas un effectif suffisant pour former unescadron (unité de combat) de 120 à 150 cavaliers, elle se joint à une ou plusieurs autres pour escadronner. Cadre de la compagnie de cavalerie : 1capitaine, 1lieutenant, 1sous-lieutenant, 1guidon dans la gendarmerie, uncornette dans la cavalerie légère, 4maréchaux des logis, 2brigadiers, 3trompettes. Le plus ancien capitaine des compagnies réunies commande l'escadron[40].
La cavalerie d'une armée comprend rarement plus d'un dixième de l'infanterie. Son rôle consiste à éclairer à grande et à courte distance, à reconnaître l'ennemi, à flanquer les colonnes, à escorter les convois, à poursuivre les fuyards après la victoire, ou à couvrir la retraite en cas d'insuccès.

L'artillerie avait conservé les six modèles arrêtés parHenri IV sur la proposition deSully. Le désarroi des finances n'avait pas permis de renouveler le matériel. À l'annonce de la descente des Anglais sur les côtes de l'Ouest,Richelieu fait fondre de nouveaux canons, sur laculasse desquels on inscrivit la deviseUltima ratio regum (la dernière raison des rois).
Legrand maître de l'artillerie de France en disgrâce,Maximilien de Béthune fils aîné de Sully et beau-frère deHenri II de Rohan, est suppléé par seslieutenants généraux qui dirigent le service des commissaires de l'artillerie et des ingénieurs. Ceux-ci ont le droit de changer de corps et l'espérance d'arriver aux plus hautes dignités[40].
Dans chaque armée, unintendant est chargé du paiement des troupes, de l'approvisionnement des magasins, de la perception des contributions de guerre et du service des hôpitaux.
Il a sous ses ordres les commissaires des vivres, lestrésoriers et lespayeurs, qui remettaient la solde auxcapitaines sous forme de prêt, d'après lamontre, contrôlée par le commissaire à la conduite[40].
Pour éviter lespasse-volants c'est-à-dire les soldats decontrebande, pour qui on touchait la solde et qui disparaissaient après lamontre, lescommissaires des guerres dressaient, tous les mois, lerôle des hommes de recrue arrivés dans leur département.
Les capitaines devaient leur faire présenter les nouveaux soldats par un sergent.
Lespasse-volants étaient pendus[40].
C’est àRichelieu que l’on doit l'organisation du service des étapes[40].
Il en créa quatre grandes lignes, conduisant :

L'ordonnance prescrit[40] :« En route, il sera baillé à chaque soldat, par jour, deuxlivres depain, entre bis et blanc, une livre et demie de chair, moitiébœuf et moitiémouton, et troischopines devin du lieu.
Il sera payé pour cette fourniture 6sols par jour et par soldat, au gîte d'étape, par celui qui sera ordonné à cet effet et qui devra prendre certificat des habitants. »
Une ordonnance du avait réglé le service des routes et descantonnements[40] :
« Lescompagnies de gens de pied tiendront rang en marchant par pays,tambourin sonnant etenseigne déployée. Défendons aux soldats, sous peine de la vie, de s'absenter, s’éloigner et se détourner desdites compagnies, sans expresse permission et congé, signé de leurcapitaine oulieutenant.
Les chefs ou membres marcheront à la tête et en queue afin de contenir les soldats et d'empêcher qu'ils ne s'écartent.
Pour l'artillerie, il y aura des commissaires à la tête, au milieu et à la queue du train en marche, exerçant une exacte surveillance. Ils alterneront chaque jour pour ce service. Les poudres marcheront toujours au centre ; les canonniers en tête ; le boute-feu en main ; les gens de métier avec les caissons; les déchargeurs en deux troupes, l'une près des caissons, l'autre près des poudres et boulets.
Les gens de guerre paieront gré à gré, au moyen de leurs appointements et solde, les vivres et autres choses qui leur seront fournis dans leurs quartiers ou garnisons, dedans ou au-dehors du royaume, à l'exception de la simple ustensile qui leur sera fournie gratuitement par leur hôte.
Le taux des denrées sera arrêté par les commissaires conducteurs, de concert avec les officiers de la Justice du lieu.
Nul valet, soldat, ni autre personne, de quelque qualité et condition qu'elle soit, ne pourra sortir du camp, sous peine de la vie, sans la permission du chef de camp. »

Sous le règne d'Henri IV, la France retrouve une stabilité qui lui permet de faire face à l'empire des Habsbourg. L’Espagne est mise à mal par laguerre d'indépendance menée par lesPays-Bas, où lesHollande s’affirment comme une nouvelle puissance maritime. De son côté, l'empire germanique s'épuise dans d'interminablesguerres à l'est contre l'Empire ottoman, avec lequel la France coopère.
SousLouis XIII, la France doit d'abord venir en finir avec ses divisions internes : après lesiège de la Rochelle, en 1627-1628, les huguenots cessent d'être une force politique. Lecardinal de Richelieu engage la France dans laguerre de Trente Ans en soutenant financièrement lesprotestants allemands et laSuède avant d'intervenir directement par l'occupation de laLorraine, de laFranche-Comté et des villes d'Alsace. La coûteuseguerre hispano-hollandaise affaiblit l'empire espagnol aux finances fragiles et permet à la France de remporter de brillantes victoires commecelle de Rocroi. La guerre se termine avec letraité des Pyrénées qui consacre le triomphe de la France.
Le long règne deLouis XIV connaît une série de conflits : laguerre de Dévolution, laguerre de Hollande, laguerre des Réunions, laguerre de la Ligue d'Augsbourg et laguerre de Succession d'Espagne. Les guerres de ce règne comptent un grand nombre desièges, rarement décisifs. Peu des guerres de Louis XIV sont des victoires nettes ou des défaites claires, mais inexorablement, les frontières de la France s'agrandissent. L'Alsace, l'Artois et laFranche-Comté sont annexées tandis que laguerre de Succession d'Espagne voit unBourbon placé sur le trône espagnol. Pour arrêter l'expansion de la France, plusieurs puissances européennes forment des coalitions. Les Anglais apparaissent de nouveau comme les grands rivaux de la France et s'allient aux Habsbourg.
Jean-Baptiste Colbert,intendant des finances puiscontrôleur général pourLouis XIV est un remarquable gestionnaire qui développe le commerce et l'industrie par d'importantes interventions de l'État[41]. Sa politique est de donner son indépendance économique et financière à laFrance, avoir une balance commerciale excédentaire et accroître le produit des impôts. Il met un terme aux déprédations, et liquide les dettes de l'État. Commeministre de la Marine, il met en place une puissante flotte de guerre[42] capable de rivaliser avec l'Angleterre et la Hollande et donc de permettre à la France de devenir une puissance coloniale de premier plan.
Laguerre de course prend son essor, et lecorsairedunkerquoisJean Bart se rend célèbre pour ses exploits militaires comme labataille du Texel de1694[43].

Sous le règne deLouis XIV, c'est àLouvois (1641-1691), qui continue l'œuvre de rénovation militaire entreprise par son pèreMichel Le Tellier, que revient le mérite de forger pour la plus grande gloire duRoi-Soleil une armée puissante et efficace. Louvois fait de lamaison militaire du roi une sorte d'école de formation des futurs cadres, officiers et sous-officiers. Il rend le port de l'uniforme militaire obligatoire et impose, de manière administrative, un équipement uniforme de toutes les unités en matière d'armement. Il crée aussi desmilices provinciales. Entre autres innovations importantes, il instaure un système d'avancement par ordre de tableau, permet que laCroix de Saint-Louis soit attribuée au mérite et crée l'institution de l'Hôtel des Invalides, destiné à accueillir les vieux soldats et les grands mutilés de guerre. Depuis les guerres d'Espagne menées parLouis XIII, des mesures vigoureuses commencent à être prises pour lutter contre ladésertion, « fléau des armées de l'époque moderne »[44]. Progressivement, une certaine administration se met en place. À partir de 1684, lesbureaux de la Guerre diffusent dans le royaume un « rôle des déserteurs », sorte de registre de tous les déserteurs connus[45]. Le registre est néanmoins sommaire, étant limité au nom, paroisses d'origine, taille et couleur du « poil » du soldat[46]. Des patrouilles sont effectuées aux abords des camps, à l'arrière du front, et sur les frontières, pour tenter d'arrêter d'éventuels déserteurs.Louis XIV poursuit ces mesures lors de ses guerres[47].
Les armées de Louis XIV sont parmi les plus impressionnantes de l'histoire française, leur qualité reflétant les innovations militaires. Au milieu duXVIIe siècle, la puissance royale s'est réaffirmée et l'armée est devenue un outil par lequel le roi impose son autorité. Louis XIV fait drastiquement évoluer le nombre d'hommes en armes, en temps de paix comme de guerre. L'historien John Lynn donne un bon aperçu de la taille de l'évolution numérique[48]. En 1701, il y a 138 régiments d'infanterie, en 1702 il y en a 176 puis 235 en 1705, 259 en 1706 et 260 en 1712 dont 2 régiments de la Garde[19]. Toutefois à l'exception desvieux corps, des petits vieux et de quelques autres régiments qui comptaient 4bataillons, la grande majorité n'en avait que 2 et certains ne comportaient qu'un seul bataillon. En 1715, après letraité de Rastadt, le nombre de régiments d'infanterie est réduit à 117. Toutefois après de nouvelles guerres, plusieurs corps sont créés et l'on compte 137 régiments en 1747. À l'avènement deLouis XVI, il n'y a plus que 91 régiments dont lerégiment des Grenadiers de France formé des compagnies d'élites des régiments supprimés en 1749. En 1776 il y a 103 régiments.

La cavalerie avait également changé. Les compagnies de gendarmes et dechevau-légers d'ordonnance créées en 1445 avaient disparu. Côté armement, lalance, l'arc et lesflèches avaient laissé la place ausabredroit ou d'estoc, au sabre court oucimeterre et aupistolet. Les armures défensives avaient été abandonnées excepté lescuirasses etplastrons qui resteront utilisés jusqu'au milieu duXVIIe siècle. Le plus ancien corps était celui desdragons dont la première formation remonte à 1541[19]. Cette troupe chargée de combattre aussi bien à cheval qu'à pied, formait une liaison entre l'infanterie et la cavalerie. La grosse cavalerie se composait de régiments decarabiniers, créés en 1693 etcuirassiers, créés en1665. La cavalerie légère se composait de régiments dehussards, créés en1692,chasseurs à cheval, créés en 1758,chevau-légers, créés en1779. Lemaréchal de Saxe avait créé un régiment deuhlans, armés de lances, qui fut licencié à sa mort en 1750.
L'administration militaire a également accompli des progrès colossaux comme dans l'approvisionnement en vivres, habillement, équipement et armements dont la régularité est sans égal. De fait, la France se sert de la standardisation en devenant la première armée à donner à ses soldats les uniformes nationaux dans lesannées 1680 et1690.
En 1716, une ordonnance préparée parClaude Le Blanc modifie de façon importante la lutte contre la désertion: l'enregistrement de tous les soldats enrôlés est exigé et leur description physique annotée[49]. Chaque registre de contrôle est en double exemplaire, l'un étant conservé par le régiment, l'autre envoyé aux bureaux de la Guerre, permettant ainsi une centralisation du dispositif[49]. Dès lors, chaque soldat étant enregistré, toute personne ayant « l'allure d'un soldat » et ne disposant pas d'un certificat de congé en bonne et due forme est considérée comme déserteur[49]. L'ordonnance du 2 juillet 1716 prévoit aussi des peines sévères (lesgalères à perpétuité) pour les soldats ayant déguisé leur nom et le lieu de leur naissance lors de leur enrôlement — bien que les chefs des régiments fassent le plus souvent preuve de mansuétude[49]. L'identité des soldats est néanmoins vérifiée par une nouvelle institution, leBureau du Contrôle des Troupes. En effet, depuis une ordonnance royale du, on vérifie les dires du nouvel engagé auprès de sa communauté locale et, en cas de fausse déclaration, l'enrôlé doit subir un nouvel interrogatoire, jusqu'à ce que celui-ci soit vérifié auprès de ses proches et voisins[50]. L'enquête d'identité est accompagnée d'une inspection de moralité, visant à vérifier que l'aspirant soldat n'a pas été coupable de vol, meurtre ou autre crime[50]. De même, à partir de 1730, tous les soldats absents sans congé sont jugés auConseil de guerre au bout de huit jours, parcontumace le cas échéant, et leur description physique ensuite placardée dans leur lieu de résidence[51]. Ainsi, les « rôles de déserteurs », qui existaient depuis 1670, voient leur efficacité largement améliorée. Assez fruste à ses débuts, la description physique des soldats sur le « rôle » va progressivement s'affiner et être standardisée au long du siècle[49]. C'est à peu près au même moment, vers 1715-1720, qu'un service spécialisé pour lespasseports est aussi créé aux Affaires étrangères[52].
Pays le plus peuplé d'Europe, Russie comprise, avec plus de 20 millions d'habitants, la France peut aligner une armée numériquement supérieure à celles de ses adversaires, mais, dès la fin de la guerre de Succession d'Espagne, comme les autres grandes puissances, elle se lance dans un processus de désarmement. Selon les états officiels de l'époque, l'Armée de terre passe de 357 000 hommes en1710 à 132 000 en1716 alors que lamilice est supprimée.

Au début duXVIIe siècleJean Errard,Antoine Deville ou Blaise de Pagan introduisent en France les théories italiennes et les perfectionnent en y adjoignant des considérations géométriques.Vauban apporte trois innovations majeures décisives aux techniques d'attaque des places fortes :
Fort de son expérience de lapoliorcétique, il conçoit ou améliore les fortifications de nombreuses villes et ports français, entre 1667 et 1707, travaux gigantesques permis par la richesse du pays[54]. Il révolutionne aussi bien la défense desplaces fortes que leur capture. Il est l'artisan de la sanctuarisation des frontières de la France grâce à un réseau de places fortes pouvant se soutenir entre elles : Vauban a voulu faire de la France un « précarré », selon son expression, protégé par une ceinture de citadelles[55].
C'est l'apparition de la notion moderne de "Frontière" (délimitée par des bornes) qui remplace l'ancien concept des "Marches" (zone floue et mal définie où se juxtaposent les possessions des pays frontaliers)
Il dote la France d'un glacis (« laceinture de fer ») que les progrès de l'artillerie ne démodent qu'à la fin duXVIIIe siècle. Une de ses réalisations les plus connues est lacitadelle de Besançon. Cette ceinture de citadelle, critiquée parColbert pour son coût, assurera 70 ans de paix à la France.

Le résultat de la montée en puissance et de la domination des mers de laRoyal Navy durant leXVIIe siècle est la perte au siècle suivant de plusieurs de ses possessions coloniales[56] par la France. L'économie britannique devient la plus puissante d'Europe et l'argent britannique finance les campagnes de leurs alliés sur le continent.
La France reste la puissance dominante en Europe mais commence à avoir des problèmes internes. Le pays s'est engagé dans une longue série de guerres et de conflits ponctuels et régionaux, tels laguerre de la Quadruple-Alliance,celles de Succession de Pologne et deSuccession d'Autriche. Ces guerres ne sont pas de même nature qu'au siècle précédent où les belligérants avaient des buts religieux ou impérialistes. Il s'agit plutôt de conserver un « équilibre des puissances » entre les divers acteurs de la scène européenne. Les buts de guerre sont limités et on note un réel effort pour réglementer le droit de la guerre, qui devient exclusivement l'affaire de professionnels dont les civils sont (en principe) tenus à l'écart[57].
Cependant, la puissance maritime duRoyaume-Uni s'accroît et son alliance avec laPrusse crée une menace sérieuse. Ce changement dans l'équilibre des forces mène à larévolution diplomatique de 1756, où la France s'allie auxHabsbourg après plusieurs siècles d'hostilité. Cette alliance se révèle peu efficace durant laguerre de Sept Ans où la France perd d’importantes positions coloniales enInde française et auCanada[58]. Ladéfaite de Rossbach, en 1757, révèle les faiblesses de l'organisation militaire française et oblige à repenser la pensée stratégique : elle marque le point de départ d'une longue rivalité avec l'armée prussienne puis allemande[59]. Quelques années plus tard, lors de laguerre d'indépendance des États-Unis, les Français infligeront unedéfaite importante au Royaume-Uni. Le marquis deLa Fayette restera connu pour ses faits d'armes lors de cette guerre[60],[61].

Durant la fin de l'Ancien Régime,Choiseul, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, à la Guerre et à la Marine entre 1758 et 1770, réforme les armées. Il décide l'abolition de la vénalité des grades, la création d'écoles militaires et participe à la modernisation du corps des mines et de l’artillerie avecGribeauval[62]. Il relance la flotte française par la construction navale et la création d’arsenaux. Une politique reprise parLouis XVI qui dote la France de l'une des pluspuissantes marines de guerre qu'elle ait jamais connues.
Par une ordonnance du, le nombre des régiments français est réduit à 66, dont 19 à 4 bataillons.Il y a, à cette même époque, 25 régiments étrangers. Chaque bataillon est composé de 8 compagnies de fusiliers et une de grenadiers.
La même ordonnance retirait aux capitaines la propriété des compagnies, le recrutement et la solde passaient au compte de l'État.
Dans les appellations, on distinguait avant 1791 les noms de régiments royaux, régiments des princes, régiments de gentilshommes et régiments de province. On appelaitrégiments royaux, ceuxdu Roi,de la Reine,de la Couronne,Royal-Roussillon,Royal-Vaisseaux, etc. Lesrégiments des princes étaient ceux qui avaient pour colonels des princes du sang, tels que lesrégiments d'Orléans,de Bourbon,de Condé,de Conti, etc. Les régiments qui portaient les noms de leurs colonels étaient appelésrégiments de gentilshommes. De ce nombre étaient lesrégiments de Turenne,de Vivonne,de La Rochefoucault, etc[63].
Desrégiments de gentilshommes durent quitter les noms de leurs colonels pour prendre des titres de provinces, et tous les corps portèrent sur leurs boutons le numéro indiqué par leur rang d'ancienneté. C'est ainsi que lerégiment de Vaubecourt prit letitre de la province de Guyenne[64].
Quelque trente ans plus tard, une ordonnance du constitua l'infanterie en 101 régiments, dont 78 français, 12 allemands et irlandais, et 11 régiments suisses[63].
L'ordonnance du fait disparaître ces diverses dénominations, et les corps d'infanterie ne sont plus désignés que par le numéro du rang qu'ils occupaient entre eux.

LaRévolution française modifie presque tous les aspects de la vie française et européenne. La recherche de « Liberté, Égalité, Fraternité » du peuple bouleverse ce que même la guerre n'a pas pu changer. Les armées duXVIIIe siècle sont dramatiquement transformées.
En 1791, l'Assemblée législative met en application une série dedoctrines d'infanterie inspirées par les défaites françaises face auxPrussiens lors de laguerre de Sept Ans. Les nouveaux développements exploitent lecourage et lepatriotisme du soldat, rendu bien plus puissant par la Révolution. Les changements ont également placé une grande confiance dans le soldat, ce qui aurait été complètement inimaginable dans les périodes précédentes. On attendait des troupes françaises qu'elles harcèlent l'ennemi et soient assez fidèles pour ne pas fuir le combat ; un avantage que les autres armées de l'Ancien Régime n'avaient pas. Cependant, dans les faits, les désertions existent toujours[65].
Après la déclaration de la république et l'éclatement de la guerre en 1792, le grand nombre d'ennemis convergeant vers les frontières françaises incite le gouvernement à adopter des mesures radicales. Le devient un jour historique dans l'histoire militaire ; à cette date laConvention nationale appelle à unelevée en masse massive pour la première fois dans l'histoire contemporaine. Alors qu'en février 1793, la France n’avait que 200 000 hommes sous les drapeaux, celle-ci gonflera énormément les effectifs ; en juillet, on en compte 500 000 ; en septembre, 732 000 ; et 804 000 soldats en décembre 1793[66], chiffre considérable pour l'époque, qui seront répartis en un maximum de 15 armées (marine incluse)[67].

À l'été 1794, laconscription permet d'avoir environ 500 000 hommes disponibles pour le service. Les Français commencent alors à combattre contre leurs ennemis européens. Ils triomphent à labataille de Fleurus par leur supériorité numérique et leur meilleure capacité de mobilisation. Pendant la Révolution, les armées françaises deviennent sensiblement plus grandes que leurs opposants et, combinées avec le nouvel enthousiasme des troupes et des tactiques, les occasions stratégiques deviennent presque sans limites. En1797, les Français défont laPremière Coalition, occupent la région de l'actuelleBelgique, la rive occidentale duRhin et le nord de l'Italie, ce qui avait échappé auxValois et auxBourbon pendant plusieurs siècles. Mécontentes de la défaite, plusieurs puissances européennes forment uneDeuxième Coalition mais en1801, celle-ci est également battue.

Un autre aspect clé du succès français réside dans les changements opérés dans la classe desofficiers. En effet, traditionnellement les armées européennes laissaient les positions principales de commandement à l'aristocratie et malgré les efforts de Richelieu et de Colbert pour ouvrir les postes d'officiers aux roturiers,Louis XVI reviendra en partie sur cela. La nature agitée de la Révolution française déchire la vieille armée française et place des hommes nouveaux aux commandes. En raison de la pression politique, de laconcurrence, de la promotion, et des constantes campagnes, la France émerge desguerres de la Révolution avec les meilleurs officiers d'Europe, avantage essentiel pendant lesguerres napoléoniennes qui suivirent. AuXIXe siècle, toutes les armées européennes assouplissent les conditions de promotion des officiers afin de se calquer sur le modèle amené par la révolution.
Les guerres révolutionnaires ont également établi la base de la théorie militaire moderne. Les auteurs ayant écrit à cette période ont tiré leur inspiration de la Révolution française où les grandes circonstances ont apparemment mobilisé lanation française entière pour l'effort de guerre. L'AllemandCarl von Clausewitz, par exemple, analyse en profondeur les ères révolutionnaire et napoléonienne pour son livreDe la guerre sur les théories militaires. C'est dans ce livre qu'il donne naissance à la notion de « guerre totale »[68].
Dans leur marche versParis en juillet 1792, un bataillon des Marseillais entonne un chant écrit quelques mois plus tôt parRouget de Lisle pour l'armée du Rhin. Ce chant, très vite appeléLa Marseillaise, deviendra l'hymne national français le.

LeConsulat, issu ducoup d'État du 18 Brumaire anVIII de laRépublique (9 novembre 1799), établit avec laConstitution de l'anVIII unrégime politique autoritaire dirigé par troisconsuls, le Premier ConsulBonaparte ayant en réalité l'ascendant sur les deux autres consuls,Sieyès etDucos. Le régime dure jusqu'au, date de la proclamation de l'Empire.
LePremier Empire qui suit le Consulat, est un régime instauré parNapoléon Bonaparte le et s'achevant en avril 1814. Il revit de façon éphémère lors de l'épisode desCent-Jours, du 20 mars au. Leplébiscite du légitime le passage au Premier Empire. Napoléon Bonaparte est sacréempereur àNotre-Dame de Paris le sous le nom de Napoléon Ier.

Les efforts pour transformer la marine en une arme puissante sous Napoléon Ier tournent court avec les défaitesd'Aboukir en 1798 et deTrafalgar en 1805. Napoléon mène une politique de relèvement de la marine jusqu'en 1812 mais, après le désastre de Russie, il doit vider les vaisseaux de leurs troupes et de leurs artilleurs pour regarnir l'armée de 1813. Le désastre consacre la domination britannique sur les mers du globe jusqu’à laPremière Guerre mondiale.
La maîtrise des mers se révèle en effet un atout fondamental pour les belligérants. Outre que le nord de l'immense empire français communique moins bien avec ses régions méridionales, c'est tout le commerce international qui, pour la première fois, devient un enjeu. Il ne s'agit pas encore de guerre mondiale ; cependant les colonies fournissent des matières premières (et donc indirectement un certain poidsdiplomatique) aux pays qui y ont accès : leblocus continental a ainsi beaucoup défavorisé la France. Laguerre de course menée par descorsaires français commeRobert Surcouf obtient quelques succès dans l'océan Indien mais reste très inférieure aux prises de laRoyal Navy sur le commerce de la France et de ses alliés.
Entre 1805 et 1807 puis entre 1811 et 1814, l'armée impériale de Napoléon Ier est surnommée la « Grande Armée ». Sa composition est toutefois assez hétérogène avec notamment l'intégration de très larges contingents étrangers et le recours de plus en plus régulier à laconscription pour compenser les pertes françaises. La Grande Armée atteint ainsi un maximum de 600 000 hommes en 1812 au départ de l'invasion de laRussie.

En 1813-1814, on assiste au gonflement considérable des effectifs de laGarde impériale par l'incorporation desMarie-Louise, la création de nouveaux régiments (notamment 19 régiments devoltigeurs et 19 régiments detirailleurs) et par l'essor pris par laJeune Garde. En 1814, elle compte 110 000 hommes. Elle combat presque continuellement depuis le début de lacampagne de Russie en juin 1812 jusqu’à la fin de lacampagne de France en 1814.
Les guerres napoléoniennes bouleversent complètement les conceptions sur l’art de la guerre. Avant Napoléon, les États européens avaient des armées relativement petites, avec une forte proportion d’étrangers et demercenaires combattant parfois leur pays d’origine pour une puissance étrangère. Avec lui, apparaissent les premières armées nationales à recrutement massif.
L'héritage napoléonien est d'importance avec des innovations dans l’augmentation de l'usage de la mobilité pour compenser l'infériorité numérique française : Napoléon en fait des démonstrations brillantes lors de lacampagne d’Italie ou de labataille d'Austerlitz. Le rôle de l’artillerie se trouve considérablement accru : elle forme désormais des unités mobiles et indépendantes et non plus seulement un appui des autres unités et la « Grande Batterie » peut produire un effet de rupture décisif, comme labataille de Wagram en juillet 1809 en est l'archétype. Ce changement était déjà amorcé sous l’Ancien Régime par plusieurs réformes militaires : celles deLouvois,Colbert et surtoutChoiseul etGribeauval.

Napoléon standardise lescalibres de canons, de façon à faciliter les approvisionnements et à assurer une meilleure compatibilité entre les pièces. Il sait aussi se servir de la science, notamment dans l’amélioration de l’intendance des armées. Surtout, la conduite de la guerre est changée : le but recherché est la destruction des armées adverses et donc de lui infliger des pertes maximales pendant et après la bataille, par une poursuite de cavalerie légère. L'armée profite aussi des réformes deLazare Carnot qui a joué un rôle fondamental dans sa réorganisation en 1793-1794, avec des armées devant faire face à des fronts multiples[69].
Les guerres de cette époque répandent certaines innovations technologiques, comme letélégraphe Chappe qui permet à Carnot de communiquer avec les armées françaises combattant sur les frontières, et l'utilisation desballons pour observer les positions ennemies : la première utilisation de ballons se fait durant labataille de Fleurus en 1794. En 1800, le régime fait construire le premiersous-marin de guerre, leNautilus, parRobert Fulton, modèle expérimental qui ne peut remettre en cause la suprématie des escadres anglaises.

La « Restauration » désigne enFrance le rétablissement de lamonarchie française classique desBourbons qui s'étale de la chute duPremier Empire, le, à larévolution de Juillet 1830. Cette période connaît une interruption pendant lesCent-Jours du 20 mars au pendant lesquelsNapoléon reprend le pouvoir. Sa défaite à Waterloo entraîne le retour des Bourbons soutenus par laSainte-Alliance des monarchies européennes. Les anciens militaires de l'Empire sont souvent marginalisés (lesdemi-soldes), voire poursuivis pendant laTerreur blanche de 1815.
Malgré sa défaite de 1815, la France reste une grande puissance intervenant dans les affaires internationales comme le montrent l'expédition d'Espagne en 1823, l'expédition de Morée en faveur de laGrèce à partir de 1828 et, en 1830, l'expédition d'Alger, amorce de ce qui va être, au cours du siècle, la conquête d'unnouvel empire colonial.
Lamonarchie de Juillet (1830-1848), sous la branche cadette des Bourbons, réhabilite Napoléon et poursuit laconquête de l'Algérie tout en menant, en Europe, une politique prudente et surtout défensive avec la construction de laceinture fortifiée de Paris, ville privée d'enceinte défensive depuis 1670.
LeSecond Empire est, enFrance, le régime bonapartiste deNapoléon III s'étalant de 1852 à 1870, entre laDeuxième et laTroisième République. Alors qu'il est président des Français et en opposition avec l'assemblée conservatrice, Louis-Napoléon, s'appuyant sur l'armée, organise lecoup d'État du 2 décembre 1851, qui lui permet d'imposer une nouvelle constitution, approuvée parplébiscite, puis de se proclamer empereur, devenant Napoléon III.

Les forces françaises sont engagées à plusieurs reprises durant cette période avec des fortunes diverses ; laguerre de Crimée de 1853 à 1856 voit les anciens adversaires, France et Royaume-Uni, alliés à l'Empire ottoman, mettre en échec les ambitions de l'Empire russe. En 1859, l'empire d'Autriche est défait dans laguerre de l'unité italienne. Le manque de soins apportés aux blessés de chaque camp est le déclencheur des premièresconventions de Genève et de la création de laCroix-Rouge par le SuisseHenri Dunant. Cependant, l'expédition française au Mexique, dans le but de dresser contre lesÉtats-Unis un empire catholique allié à la France, tourne au fiasco militaire et diplomatique à cause de la guérilla et de la fin de laguerre de Sécession. L'Empire croit rétablir son prestige par une politique de fermeté face à laPrusse mais laguerre franco-prussienne de 1870 est un désastre pour la France, diplomatiquement isolée et militairement mal préparée face à unearmée prussienne qui s'impose comme la première du continent. Cette débâcle sonne le glas du Second Empire tout en scellant l'unification allemande autour de la Prusse.
À la suite de cette guerre, enmars 1871, laCommune de Paris s'insurge contre le gouvernement d'Adolphe Thiers ; sans soutien dans les provinces, elle est écrasée par l'armée des « Versaillais » : la répression militaire est sanglante. LaTroisième République s'efforce de rétablir l'unité du pays et le prestige de l'armée. La période 1871-1914 est marquée par des efforts de modernisation comme l'adoption du fusilLebel modèle 1886 et, en 1897, lecanon de campagne de 75 : cette politique deréarmement, jusqu'à l'allongement duservice militaire par laloi des Trois ans de 1913, prépare ce qui doit être « l'armée de la Revanche ».

L'histoire de l'impérialisme colonial français peut être divisée en deux ères majeures : la première du début duXVIIe au milieu du XVIIIe siècle appelé « premier espace colonial français » et la seconde du début duXIXe au milieu du XXe siècle appelée « second espace colonial français »[70].
Dans la première phase de son expansion, la France a principalement concentré ses efforts enAmérique du Nord et enInde, installant descomptoirs commerciaux monopolistiques qui ont été soutenues par la force militaire. Après sa défaite face auxBritanniques durant laguerre de Sept Ans, la France perd ses possessions en Amérique du Nord et en Inde, mais elle parvient à garder ses îles auxAntilles (laGuadeloupe, laMartinique et surtoutSaint-Domingue, considérable source de richesses pour la couronne de France).

La deuxième étape a vu l'établissement, grâce à l'avance technologique de la France, de l'Indochine française (Viêt Nam,Laos etCambodge modernes) et une suite de succès militaires enAfrique, où elle contrôle les régions actuelles de laTunisie, de l'Algérie, duTchad, deMadagascar et deDjibouti.
En 1914 la France a un empire de plus de 13 000 000 km2 et de près de 110 millions de personnes[71], le deuxième en étendue après l'empire britannique. Après la victoire de laPremière Guerre mondiale, la région duCameroun a été également ajoutée aux possessions françaises, et laSyrie et leLiban sont devenus desmandats français. Pour la majeure partie de la période de1870 à1945, la France fut territorialement la troisième plus grande nation au monde. Après laSeconde Guerre mondiale, la France lutte pour préserver ses territoires mais perd laguerre d'Indochine puis laguerre d'Algérie face aux insurrections nationalistes locales.
Dans ce contexte, la France constitue et utilise, pour les besoins durant les conflits de la période, destroupes coloniales[72].

LaPremière Guerre mondiale se tient principalement enEurope de 1914 à 1918.
Lacourse aux armements et les rivalités économiques et coloniales ont engendré un système d'alliances (Triplice contreTriple-Entente) qui amorce un engrenage infernal impliquant tous les pays du continent européen, leurs dépendances et alliés. Tous les partis politiques français s'allient dès le début de la guerre dans l'Union Sacrée pour faire face à la guerre.
L'Alsace-Lorraine, perdue à la suite de laguerre franco-prussienne de 1870 est intégrée à l'Empire allemand et devient un motif derevanche aux relentsgermanophobes. Dès1911, sous l'impulsion du maréchalJoseph Joffre, l'état-major général de l'armée française prépare la guerre en réorganisant et modernisant l'armée. Leplan XVII, prévoyant l'invasion de l'Alsace en un mouvement rapide, est élaboré pour reconquérir ce territoire.
Lamobilisation générale en 1914 envoie 3,6 millions d'hommes sous les drapeaux, un total d'environ 8,6 millions sont engagés dans ce conflit (13,3 millions pour l'Allemagne). Cet effort de mobilisation de la France n'est égalé en pourcentage que par celui de la Serbie : 85 à 90 % de chaque classe d'âge, est mobilisée.
Le début du conflit est essentiellement uneguerre de mouvement où la mobilité des troupes est mise en avant pour prendre l'avantage sur l'ennemi mais une fois le front fixé, se transforme en uneguerre de position. Les estimations des pertes de la journée du lors de labataille des Frontières sont de 25 000 ou 27 000 Français tués :« C'est ainsi que la journée du apparaît comme la plus meurtrière de toute la Première Guerre mondiale pour l'armée française »[73] ou comme« le jour le plus sanglant de l’histoire de France »[74]. L’armée française livre une contre-offensive d’envergure : c’est lapremière bataille de la Marne. Les Allemands sont vaincus et repoussés au-delà de la Marne.

Le front s'étend sur750 kilomètres de lamer du Nord auxVosges face à l'armée impériale allemande. Cette période d'utilisation intensive detranchées et de fortifications, où les conditions de vie des « poilus » sont très difficiles, marquera beaucoup la société française de l'époque.
Les combats les plus âpres se déroulent par phases successives où les attaques se font par assauts massifs à labaïonnette d'une tranchée à une autre mais l'emploi de nouvelles armes comme lesmitrailleuses ou lebarbelé remet en question ces tactiques obsolètes. L'idée d'« offensive à outrance » prônée parFerdinand Foch aura une grande influence sur les officiers français en1914[75]. Elle sera associée à la lutte énergique pour le soutien du moral des troupes deGeorges Clemenceau,ministre de la Guerre de l'époque. La lassitude et les lourdes pertes pour le peu de terrain gagné entraînent desmutineries et des désertions au sein des armées impliquées.
Les batailles les plus importantes sont lesdeux batailles de la Marne,de la Somme,du Chemin des Dames et cellede Verdun, véritable symbole de la résistance française qui se soldera par la mort de près de 300 000 soldats.

Leschars de combat sont le fruit de cette guerre, l'aviation militaire (reconnaissance aérienne, bombardements de position et combats aériens) et lesarmes chimiques, comme legaz moutarde, y sont pour la première fois utilisés massivement. Lelance-flammes, lui, est utilisé de manière expérimentale.
Le développement de l'aviation se fait par une course aux records pour prendre l'avantage sur l'ennemi, l'armement est amélioré avec les premières mitrailleuses synchronisées avec les hélices. Leparachute fait son apparition. Au sol, les aérodromes sont de plus en plus nombreux et l'avion est fabriqué en série.René Fonck etGeorges Guynemer s'imposent comme desas français de l'aviation.
L'artillerie de campagne, très mobile, a vu son utilisation étendue pendant la guerre, et sera même utilisée pendant laSeconde Guerre mondiale.
Presque toutes les armées européennes avaient compris l'utilité de dissimuler leurs soldats à la vue de l'ennemi en arborant des uniformes de couleurkaki,beige oumoutarde. LaFrance, au début du conflit, conservait des tenues d'un style hérité de laguerre de 1870, dans des teintesbleues etrouge vif. Il faut attendre la fin1915 pour que les uniformes changent de teinte pour unbleu horizon plus discret.
L'effectif maximum est atteint en, avec 4,98 millions d'hommes mobilisés, auxquels il faut ajouter les effectifs issus des populations coloniales non pleinement citoyennes (à différents égards), les « indigènes » et assimilés soit 608 000, mais aussi les volontaires étrangers (40 000 au total dont 1/3 d'Italiens).
L'effectif sous les drapeaux début novembre 1918 est de 4,8 millions d'hommes environ :
Sur 1 540 000 combattants engagés à la fin du mois d', l'Armée de terre dispose alors de 761 000 fantassins, 525 000 artilleurs, 66 000 cavaliers, 103 000 sapeurs et 45 000 aviateurs et aérostiers[77].
Lesséquelles de guerre sont importantes en France car c'est de loin la guerre la plus meurtrière qu'ait connue le pays, avec quelque 1 357 800 morts, 4 266 000 blessés et environ 535 411prisonniers de guerre en Allemagne[78]. Grâce à ses sacrifices et sa victoire sur l'Allemagne, l'armée française est considérée comme la première du monde.
L'armée française subit environ 50 % de ses pertes en 1914 et 1915, 20 % en 1916, 10 % en 1917 et 20 % en 1918.
La carte de l'Europe est profondément redessinée par les traités de paix concluant la fin de la guerre.

Le traumatisme causé par les lourdes pertes de laGrande Guerre conduit la France à mener une politique défensive. L'élaboration de fortifications permanentes aux frontières commence dès les années 1920.
Jusqu’en 1936, la marine nationale est dotée du plus gros budget de défense. L’Exposition universelle de 1931 a exalté lapuissance coloniale de la France, alors à son apogée, et la marine joue un rôle essentiel dans la relation entre la France et son empire.
| Budget de la défense par armée | 1926-1936 | 1937 | 1938 | 1939 |
|---|---|---|---|---|
| Terre | 31 % | 40 % | 43 % | 32 % |
| Air | 27 % | 32 % | 33 % | 51 % |
| Mer | 42 % | 28 % | 24 % | 17 % |
La mobilisation industrielle face auréarmement du Troisième Reich démarre à partir de 1937 avec un programme devant s'étaler jusqu'en fin 1940 devant fournir 3 210 chars de combat dont 2 500 chars. 3 468 sont effectivement réalisés au10mai 1940 dont 2 655 légers (surtout desRenault R35 et desHotchkiss H-39; les chars moyens étant desSomua S-35 et desB1). Les budgets alloués trop tardivement à l’aviation française n’ont pas permis de rattraper le retard et elle s’est trouvée d’emblée en état d’infériorité face à laLuftwaffe[79].

Contrairement à1914, le début de laSeconde Guerre mondiale sur le front ouest est une « drôle de guerre » où les forces terrestres franco-britanniques restent quasiment l'arme au pied derrière laligne Maginot, leur seule offensive étant lacampagne de Norvège en, contrecarrée par l'opération Weserübung allemande du9avril au 10juin 1940.
L'armée française en 1940 compte près de 5 millions d'hommes mobilisés et encadrés par 120 000 officiers. L'armée de terre déployait de laSuisse à lamer du Nord 2 240 000 combattants groupés en 94divisions dont 20 d'active et 74 deréservistes auxquelles s'ajoute l'armée des Alpes à proximité de l'Italie et 600 000 hommes dispersés dans l'empire colonial français. Cependant, les tactiques utilisées remontant à laguerre de position sont désuètes[80] et des évolutions stratégiques dans l'utilisation des blindés (Au contraire de l'Allemagne, la France utilise à l'époque ses chars d'assaut en soutien des unités d'infanterie, alors que les Allemands, suivant en cela les thèses deGuderian[81], rassemblent leurs blindés en grandes unités permettant de prendre l'avantage localement) fait que l'armée française est écrasée lors de labataille de France où elle ne peut faire face à lamachine de guerre allemande, ni surtout à sa tactique deBlitzkrieg. Les développements dans l'aviation permettent d'attaquer plus loin que la ligne de front : lesbombardements massifs aériens ne visent plus directement les positions adverses mais attaquent les moyens de productions (usines) ou les voies logistiques adverses (ponts, lignes dechemin de fer).

L'armistice de Rethondes ne laisse au nouveaurégime de Vichy qu'uneArmée de Vichy de 100 000 hommes en métropole avec des garnisons dans les colonies.
Laguerre franco-thaïlandaise qui débute fin 1940 se conclut le9mai 1941 avec la cession de quatre provinces indochinoises à la Thaïlande, sous la pression japonaise, et malgré la victorieusebataille navale de Koh Chang.
L'État français, s'il n'a plus la maîtrise de ses forces en Europe, va tout de même, par l'action efficace deWeygand, permettre la réorganisation d'unearmée d'Afrique digne de ce nom, armée qui sera après 1942 l'un des outils les plus efficaces de l'armée française de la Libération.
L'effort premier de sa renaissance vient dugénéralCharles de Gaulle, qui depuis leRoyaume-Uni, reconstitue desForces françaises libres. Celles-ci doivent, parfois, se battre contre l'armée de Vichy pour reconquérir certains territoires de l'Afrique-Équatoriale française et laSyrie avant d'être engagées dans laguerre du désert enAfrique du Nord. Certains groupes de soldats sont envoyés en soutien aux autres pays alliés, comme les groupes de chasseNormandie-Niémen,Alsace etÎle-de-France.
L'opérationTorch qui voit le débarquement des forces alliées en Afrique du Nord française permet, à partir du8novembre 1942, à l'armée d'Afrique de rentrer dans le combat. L'Armée française de la Libération participe aussitôt à lacampagne de Tunisie puis à celle d'Italie à partir de1943 ou leCorps expéditionnaire français (CEF) du maréchalJuin enfonce laLigne Gustave en et permet aux Alliés de reprendre leur progression versRome, interrompue depuis. Le maréchal Juin écrira plus tard :« L'armée d'Afrique venue combattre en Italie a marqué la renaissance des armées françaises »[82].

En 1939, laMarine nationale française est la quatrième puissance maritime mondiale. La flotte en service rassemble 176 bâtiments de combat pour un tonnage global de 554 442 tonnes, avec 2croiseurs de bataille, 5cuirassés (un sixième en achèvement et un septième en construction), 1porte-avions, 1transport d'hydravions, 19croiseurs, 32contre-torpilleurs, 38torpilleurs et 78sous-marins. Il faut ajouter les 117 petits bâtiments de combat (avisos coloniaux et avisos dragueurs de mines, chasseurs de sous-marins,canonnières fluviales…) et auxiliaires (pétroliers et ravitailleurs, mouilleurs de mines et de filets, dépanneurs d'aviation…) représentant environ 240 000 tonnes. Avec la mobilisation, la marine dispose de 160 000 hommes. La majeure partie de la flotte a été mise en service à partir de1926, les plus anciens ne sont donc en service que depuis 13 ans à l'exception des 5 cuirassés (dont 3 modernisés en1935-1936), d'avisos et de quelques bâtiments auxiliaires survivants de la Première Guerre mondiale.
Elle sort quasiment intacte de la défaite de 1940. Mais en, les Britanniques attaquent la flotte àMers El Kébir et la détruisent par crainte du danger qu'elle représente. L'autre moitié de la flotte, groupée àToulon,se saborde le pour éviter de tomber aux mains des Allemands qui envahissent la zone libre. En1945, la marine française libre dispose d'une centaine d'unités françaises et 140 bâtiments légers cédés par les Alliés, soit un tonnage de 350 000 tonnes, la moitié seulement de sa puissance de 1939 avec la majorité de sesnavires de ligne hors de combat ou obsolètes. Au total, 98 navires (dont 5 desForces navales françaises libres) furent perdus durant ce conflit[83].
Labataille de Normandie voit l'engagement de la2e division blindée menée par legénéral Leclerc quilibère Paris puisStrasbourg[84].

À partir du s'effectue ledébarquement en Provence. Sur les 500 000 soldats alliés, 230 000 sont de la1re Armée française, composée à 90 % d'unités de l'Armée d'Afrique (dont 112 000 Maghrébins)[85],[86],[87]. Les forces françaises y sont représentées par legénéral de Lattre de Tassigny.
La libération du territoire national permet l'incorporation desForces françaises de l'intérieur dans l'armée régulière qui, en 1945, franchit leRhin et conquiert une partie du sud de l'Allemagne et une partie des Alpes autrichiennes. Mais après la loi de « dégagement des cadres » du, il n'y aurait plus, en 1947, que 1 815 officiers « intégrés », venus des FFI, soit 5 % du nombre total d'officiers[88].
Le9mars 1945, la garnison enIndochine française, province restée « neutre » à la suite de l'occupation japonaise dès 1940, est attaquée par surprise par l'armée impériale japonaise. Sur les 40 000 Français métropolitains dans la région dont 18 000 militaires, plus de 3 000 perdent la vie en moins de 48 heures. Les six mois de captivité qui suivent coûtent la vie à plus de 1 500 disparus.
En, 1 500 000 hommes étaient sous les drapeaux à la suite d'une nouvelle mobilisation.
Le bilan des pertes humaines dans les forces françaises est de 211 000 morts et plusieurs centaines de milliers de blessés[89].
Pour la période entre et, les pertes militaires de l'Armée française de la Libération fournies par leService historique de la défense sont de 5 187 tués (dont 3 458 Maghrébins) de à en Tunisie, de 6 255 tués (dont 4 000 Maghrébins) en Italie de à et de 10 461 tués (dont 3 716 Maghrébins) en France et en Allemagne du15août 1944 au8mai 1945 soit au total environ 22 000 tués (dont 11 000 Maghrébins)[90].

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, deuxsuperpuissances émergent : l'URSS et lesÉtats-Unis. Ils s'engagent dans une guerre d'influence en luttant pour imposer leurs points de vue sur le monde. Les rivalités voient leur apogée lors des nombreux conflits périphériques, tels laguerre de Corée, laguerre du Viêt Nam et laguerre d'Afghanistan, c'est-à-dire dans des guerres où les deux « grands » se combattent indirectement.
La France se place naturellement dans lebloc de l'Ouest et dans l'OTAN, son organisation politico-militaire, avec laquelle elle était historiquement plus proche.
Face à l'Armée rouge installée chez ses alliés dupacte de Varsovie à « deux étapes duTour de France », disait De Gaulle, lesForces françaises en Allemagne passèrent rapidement du statut de force d'occupation à force de protection de son ex-ennemi et nouvel allié allemand et l'immense majorité des unitéslourdes est entraînée dans l'éventualité d'une invasion soviétique ; jusqu’à 80 000 hommes sont stationnés enAllemagne de l'Ouest jusqu'au début desannées 1990.
Avec lepremier essai soviétique de la bombe A qui a lieu le, c'est le début de la prolifération desarmes nucléaires. Les États-Unis d'Amérique ne détiennent plus ce monopole mais disposent d'une grande puissance économique et financière qui leur permet d'équiper de matériels neufs ses alliés.
La France a grandement bénéficié des largesses duProgramme d'assistance militaire et jusqu'au début des années 1960, la grande majorité de son matériel lourd est américain.
Laguerre d'Indochine qui débute quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale voit une France encore profondément marquée par la guerre et par la perte de sa puissance devoir se confronter à des revendications anticolonialistes. Or Paris considère que son Empire est l'un des rares atouts lui permettant de « tenir son rang » et choisit de se battre contre une rébellion indépendantiste communiste de plus en plus forte avec des moyens insuffisants (115 000 hommes en1947 tout inclus, 240 000 en1954 plus 260 000 des États associés d'Indochine). Seules les unités professionnelles sont engagées, appuyées par les forces locales dans la lutte contre leViệt Minh; ces forces représentent une partie importante des troupes: à Điện Biên Phủ, du côté français, 50 % des effectifs sont d'origine indochinoise[91]. Malgré le soutien matériel apporté par lesÉtats-Unis à partir de1950 au nom de lalutte contre le communisme, la défaite lors de labataille de Điện Biên Phủ sonne le glas de la présence française en Indochine. À cette bataille, la stratégie française inspirée desChindits, les tactiques reposant sur desunités aéroportées et le placement hasardeux du camp met la garnison française en difficulté face aux nombreuses vagues d’assaut et au pilonnage desmortiers ennemis. 40 000 militaires français ont péri dans cette guerre.
L'Organisation des Nations unies a du mal à maintenir la paix et la sécurité dans le monde, et c'est sous le patronagenominal de l'ONU mais sous commandement américain que la France déploie, en pleineguerre d'Indochine où ses unités professionnelles sont lourdement engagées, leBataillon français de l'ONU, une unité de circonstance constituée de volontaires de toutes armes dans laguerre de Corée entre la fin 1950 et 1953. Cette modeste force par rapport aux effectifs des autres belligérants se bat avec courage et subit de lourdes pertes. Sur les 3 421 hommes engagés au total, 262 furent tués, 1 008 blessés, 12 faits prisonniers et 7 portés disparus.
De 1954 à 1962, la France est engagée dans une autre guerre de décolonisation, laguerre d'Algérie. Ce pays étant considéré comme une partie intégrante du territoire national, et non comme une colonie parmi d'autres, lecontingent y est déployé massivement. L'armée française maintient un effectif de plus 400 000 hommes sur le terrain soit un tiers de son effectif (En 1961, cela représente plus de 477 000 hommes dont 33 000 officiers), qui comprend également des unités de supplétifsmusulmans appelés « Harkis » (entre 236 000 et 400 000). Les Français s'y battent contre leFront de libération nationale qui utilise des méthodes terroristes pour l'emporter. Les représailles de l'armée sont extrêmement dures : on a pu noter ainsi lerecours à la torture pour des opérations de renseignement anti-terroristes, notamment au moment de labataille d'Alger en1957. En parallèle avec ce conflit, la France, la Grande-Bretagne etIsraël lancent une offensive contre l'Égypte en 1956 durant lacrise du canal de Suez, l'opération Mousquetaire est un succès mais les Européens doivent se retirer face à de très fortes pressions des superpuissances; Moscou menace de bombarder Paris et Londres en utilisant l'arme atomique.
LaQuatrième République se montre incapable d'apporter une solution politique et militaire durable au conflit algérien, ce qui incite une partie de l'armée à envisager un coup de force contre le pouvoir politique, jugé inapte et incompétent. Les militaires présents en Algérie décident de soutenir le retour au pouvoir deCharles de Gaulle en instaurant un comité de salut public à Alger puis en Corse durant lacrise de mai 1958 et en menaçant d'envoyer les parachutistes sur Paris dans le cadre de l'opération Résurrection.
Militairement vainqueur sur le terrain en Algérie, le gouvernement français doit, pour des raisons politiques, laisser ce pays à son destin, ce qui provoque la tentative ratée duputsch d'Alger du, conduit par quelques officiers supérieurs de l'armée en Algérie.
Après que son ancien empire eut formé de nouveaux États indépendants ; la France continue d'avoir des rapports privilégiés avec nombre d'entre eux et signe des accords de défense qui la font intervenir à plusieurs reprises sur le continent africain comme en Mauritanie, auTchad[92] ou en République centrafricaine. Bien que leZaïre soit une anciennedépendance belge, ce pays est, avec lesauvetage de Kolwezi en mai 1978, le théâtre de l'une des plus spectaculaires de ces opérations[93]. Ainsi, de 1977 à 1980 toutes les opérations de guerre que la France mène en Afrique sont des succès militaires. Le colonel Goya attribue la réussite de ce système d'intervention rapide à« des institutions autorisant un processus de décision rapide, des unités prépositionnées, des éléments en alerte « Guépard » en métropole, des moyens de transport et de frappe à distance, la capacité à fusionner avec des forces locales et la combinaison tactique du combat rapproché au sol et des appuis aériens »[94].
Lefusil d'assautFAMAS est adopté en 1983 par l'armée française qui voulait une arme tactique puissante et facilement utilisable. Cefusil d'assaut remplace plusieurs autresfusils alors utilisés.

L'après guerre froide dans lesannées 1990 est marqué par la poursuite de la coopération franco-allemande et européenne (autant économiquement, que politiquement et militairement) dans le cadre de l'Union européenne. C'est par exemple le cas pour le développement de l'hélicoptère de combat multi-rôleTigre, qui est le résultat de la coopération des gouvernementsallemand etfrançais et d'EADS.
Leministère de la Défense favorise les constructeurs nationaux et européens pour ses commandes militaires, ainsi leGroupe Dassault,EADS[95] (Aérospatiale, Eurocopter) etNexter (GIAT Industries) sont maintenus à la pointe de la technologie et leurs compétences restent sur le territoire national.
En1996[96], le président de la RépubliqueJacques Chirac décide la professionnalisation des armées, la suspension duservice national mettant ainsi fin à l'un des mythes fondateurs de la République française. De ce fait, une diminution drastique des effectifs a pour conséquence la dissolution de nombreuses unités et une profonde réorganisation de la réserve. La part dubudget de la défense dans lePNB passe de 3,7 % durant la période1985-1990 à environ 2,5 % dans lesannées 2000[97]. En valeur absolue, le budget de la défense de la France est passé d’un plus haut de 36 milliards d’euros (constants 2000) en 1991 à un plus bas de 29 milliards en 2002, pour remonter à environ 32 milliards 2010, soit le budget de 1981. En valeur relative, la défense est passée de 14 % du budget de l’État en 1981 à 9,5 % en 2010 et de 3,3 % du PIB à 1,7 %. Depuis 1994, aucune loi de programmation militaire n'a été respectée[98].
En1996, le budget de la Défense est, hors pension, d'environ 190 milliards defrancs[99], soit environ 29 milliards d'euros. Les effectifs des armées et des services s’élevaient pour la même année à 600 508 personnes, dont 299 130 militaires professionnels, 201 523 appelés et 99 855 civils[99]. Plus précisément :
Les interventions militaires françaises[100] sont le plus souvent des opérations demaintien de la paix avec éventuellement uneaction civilo-militaire dans ses anciennes colonies (essentiellement enAfrique comme auRwanda en1994 avec l'opération Turquoise et depuis 2002 enCôte d'Ivoire avec l'opération Licorne) ou dans les points chauds du monde avec ses alliés de l'OTAN, organisation qu'elle réintègre totalement près de 30 ans après son départ du commandement militaire intégré, en1995.

Ainsi, c'est dans le cadre d'une coalition que la France participe à la guerredu Golfe en 1991, à celle duKosovo en 1999 puis à laguerre contre le terrorisme depuis 2001 essentiellement dans le cadre duconflit afghan où les opérations desforces françaises en Afghanistan en 2010 ont un coût estimé à 470 millions d'€ soit 54 % des 867 millions d'euros consacrés auxOPEX[101]. La France est aussi intervenue lors de laguerre civile libyenne de 2011, sous commandement de l'OTAN[102]. En 2013, l'opération Serval auMali pour empêcher le pays de tomber sous la coupe d'extrémistes devient la principale opération extérieure français alors que le retrait des forces de combat d'Afghanistan est effectif depuis 2012.
En2003, l'opération Artémis enRépublique démocratique du Congo est faite pour la première fois sous l'égide unique de l’Union européenne et non sous celui de l'OTAN ou de l'ONU. Entre 1963 et 2011, on compte616 militaires des forces armées françaises « morts au service de la France » lors des 228 opérations extérieures recensées à cette date[103].
Les avancées technologiques, principalement dans l'informatique, la miniaturisation,l'information et la communication, permettent laguerre électronique, c’est-à-dire l'utilisation de moyens de détection et de contre-mesures, mais aussi la création d'équipement de nouvelle génération tels que leFélin (« Fantassin àéquipement etliaisonsintégrées ») pour les soldats de l'armée de terre. Ce système combine un fusil d'assautFAMAS modifié avec des capteurs intégrés, des systèmes de communication, de positionnement et de visualisation nocturne. Lanumérisation du champ de bataille est conceptualisée par l'apparition du concept de « bulle opérationnelle aéroterrestre ».
Les efforts recherchés dans l'acquisition du renseignement forcent le développement desatellites artificiels militaires d'imagerie spatiale comme lesHelios pour prendre des images stratégiques haute résolution[104] et d'aéronefs non pilotés, aussi appelésdrones[105] comme le SIDM, employés pour la reconnaissance à longue distance, SDTI pour la reconnaissance tactique et le DRAC en tant que drone miniature.

L'Armée de l'air est la plus récente des quatre composantes militaires principales duministère de la Défense avec l'Armée de Terre, laMarine nationale et lagendarmerie nationale[106].
L'Armée de l'air française est la première armée de l'air à être professionnalisée. Dès avant 1914, la France comprend l'intérêt de développer sa force aérienne et elle aligne les premiers pilotes de combat de laPremière Guerre mondiale. Pendant l'entre-deux-guerres, en particulier dans les années 1930, laLuftwaffe allemande se modernise tant au niveau technique que tactique. L'évolution technique a lieu aussi en France mais les constructeurs, trop morcelés, peinent à passer duprototype à la production en série ; ce n'est qu'avec lanationalisation de l'industrie aéronautique par leFront populaire en 1937 que la France peut lancer des avions modernes comme leDewoitine D.520, trop tard pour rattraper son retard sur l'aviation allemande.
Après laSeconde Guerre mondiale, les Français choisissent de miser sur une industrie aéronautique nationale.Dassault Aviation développe, en inventant le concept d'aile delta, la célèbre série deschasseurs àréactionMirage[107]. À plusieurs reprises, il démontre ses qualités aussi bien dans laguerre des Six Jours qu'à laguerre du Koweït, devenant ainsi l'un des avions les plus populaires et les mieux vendus de l'histoire de l'industrie aéronautique française.
Depuis les années 2000, l'Armée de l'air remplace peu à peu ses Mirage par desRafale[108] et lesavions de transportC-160 Transall détenu depuis les années 1960 sont en cours de remplacement par desAirbus A400M[109]. Le Rafale, avion à performances multiples mais au coût élevé, a mis longtemps à convaincre les acheteurs extérieurs et ce n'est qu'à partir de 2015 que ses succès enAfghanistan,Irak et Syrie, enAfrique sahélienne lui ont permis de s'imposer sur le marché[110].
L'Armée de terre est l'une des quatre composantes desforces armées françaises. Comme les trois autres armées, elle est placée sous la responsabilité du Gouvernement (articles 20 et 21 de la Constitution) cependant que leprésident de la République préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale et porte le titre de chef des armées.
En opération, les unités de l'Armée de terre sont placées sous l'autorité duchef d'état-major des armées (CEMA). Lechef d'état-major de l'Armée de terre est quant à lui responsable, devant le CEMA et leministre de la Défense, de l'organisation, de la préparation, de l'emploi de ses forces ainsi que de la planification et la programmation de ses moyens, équipements et matériels futurs.
En 1991, l'Armée de terre comptait 280 300 militaires dont 6 000 femmes et 173 500 appelés. Les réserves instruites étaient évaluées à 325 000 personnes.
En 2006, l'Armée de Terre emploie plus de 138 000 professionnels dont 15 000 femmes auquel il faut ajouter environ 16 000 réservistes et 27 500 personnels civils, à la suite de la suspension duservice militaire en1996. La professionnalisation est achevée depuis 2002.
LeService action duService de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) longtemps articulé autour de l'unité d'élite11e Choc[111] est aujourd'hui indépendant de l'Armée de terre.
Les unités peuvent être spécialisées, à l'instar deschasseurs alpins, qui le sont dans le combat en zonemontagneuse, desparachutistes militaires, affectés aux interventions d'urgence, ou destroupes de marine, affectés au service outre-mer et aucombat amphibie.
Lespompiers de l'agglomération parisienne, labrigade de sapeurs-pompiers de Paris, sont une unité dugénie de l'armée de terre qui est mise à disposition dupréfet depolice deParis[112].

LaLégion étrangère est un corps d'élite de l'armée de terre française[113] qui fut créé le par le roiLouis-Philippe. Elle rassemble, à cette date, les différents corps étrangers de l'armée française, dont lesgardes suisses, issus de la « Paix perpétuelle » signée après labataille de Marignan et lerégiment d'Hohenlohe. Cette troupe nouvelle, basée enAlgérie, est destinée à combattre hors du territoire national.
Elle accueille les volontaires étrangers, à la suite de leur impossibilité d'être enrôlés dans l'Armée française après lesTrois Glorieuses en1830. La création de ce corps spécial est liée à la volonté de rassembler les étrangers dans une unité particulière afin que l'armée régulière ne se divise pas en factions ethniques ou culturelles[114].
Ce corps a servi principalement à la défense de l'Empire colonial français et pendant ladécolonisation, comme lors de laguerre d'Indochine et plus tard de laguerre d'Algérie.
Parmi leurs plus grands faits d'armes, lecombat de Camerone auMexique (à 65 contre 2 000 le) est devenu la fête de Tradition, ou lesiège de Tuyên Quang en 1885 qui a vu 600 légionnaires encerclés et assaillis par dix mille chinois résister pendant trente-six jours avant l'arrivée de renforts.
Engagée dans quasiment tous les conflits et opérations militaires français depuis sa création, elle bénéficie d'une image d'excellence et de corps d'élite. Cette image, associée à la réputation sulfureuse des candidats en rupture de ban venus y chercher le refuge et l'anonymat, contribue à maintenir une certaine aura autour de ce corps.


Bien que les débuts de laMarine nationale française remontent auMoyen Âge (avec en particulier la défaite en labataille de l'Écluse en 1340 face aux Anglais, puis, avec l'aide de lacouronne de Castille, la victoire à labataille de la Rochelle en 1372), elle ne devient un instrument majeur de la puissance nationale qu'auXVIIe siècle sousLouis XIV. Sous la tutelle deColbert, qui met sur pied une politique navale cohérente et durable, la marine française est bien financée et équipée. Elle remporte plusieurs victoires pendant laguerre de la Ligue d'Augsbourg contre les marinesbritannique etnéerlandaise. Cependant, quand l'effort initié par Colbert cesse d'être soutenu par la France, les difficultés financières que connaît la Royale permettent aux Anglais et aux Néerlandais de regagner la domination maritime.
Les problèmes récurrents de la marine française sont dus aux priorités stratégiques de la France qui, en tant que puissance continentale, a souvent privilégié l'Armée de terre au détriment de la marine. AuXVIIIe siècle, commence la longue domination de la Royal Navy mais la Marine française connaît toutefois quelques succès : une flotte française commandée parde Grasse défait une flotte britannique à labataille de la baie de Chesapeake en 1781, permettant la victoire terrestre franco-américaine à labataille de Yorktown. LaRévolution française ne gêne pas le développement de la marine française mais l'exode de nombreux officiers expérimentés issus de la noblesse a des conséquences dramatiques sur les guerres à venir. Les efforts de construction navale sous leDirectoire et l'Empire sont réduits à néant après les défaites d'Aboukir et deTrafalgar en 1798 et 1805. Ces désastres consacrent la domination britannique sur les mers du globe jusqu’à laPremière Guerre mondiale.
Au cours duXIXe siècle, la marine rétablit ses forces et parvient au deuxième rang mondial, loin derrière la Royal Navy, en termes de puissance. Elle sert de lien maritime entre les différentes parties de l'empire colonial français croissant. Pendant laPremière Guerre mondiale, la marine protège principalement les routes navales enmer Méditerranée, où elle est, au début de la guerre, la plus grande flotte de la zone[115]. La défaite de la France dans laSeconde Guerre mondiale pousse les Britanniques à détruire une partie de la marine française à Dakar et lors de labataille de Mers el Kebir de peur de la voir se retourner contre les alliés ; mais une grande partie de la flotte se saborde à Toulon le lors de l'invasion de laZone libre, pour éviter sa prise par les forces de l'Axe.
La reconstruction pendant laguerre froide permet à la Marine nationale de figurer au2e rang des flottes d'Europe de l'Ouest, loin derrière les flottes russes et américaines.
En ce début deXXIe siècle, ladoctrine navale française nécessite de disposer d'au moins deuxporte-avions[116], mais la France ne dispose que d'un seul, leCharles de Gaulle. Toutefois, à cette exception près, la marine est capable d'armer deux groupes amphibies au complet avec le lancement des bâtiments de projection et de commandementMistral etTonnerre. Au niveau technologique la marine continue la modernisation de ses matériels avec le lancement des nouveaux sous-marins nucléaire d'attaque de laclasse Suffren ainsi que la réception desRafale M (versionmarine) et des deux frégates de défense aérienne du type Horizon. La décision de lancer le programme d'undeuxième porte-avions n'a, en juillet 2010, toujours pas été prise, et leLivre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008 prévoit une baisse quantitative de la flotte avec dix-huitfrégates de premier rang en 2025.
La sécurité de l'agglomération marseillaise, est assurée par une unité militaire de la marine nationale forte de 2 400 personnels. Lebataillon de marins-pompiers de Marseille. Celui-ci est "hors budget" de la marine nationale car financé par la municipalité de Marseille (budget annuel : 100 millions d'euros). Il agit sous les ordres et selon les directives de son maire depuis sa création, en juillet 1939.

Lagendarmerie nationale est une force depolice à statutmilitaire subordonnée auministère de la Défense pour les missions militaires et dépend du ministère de l'Intérieur depuis le 01/01/2009 pour les missions de police (lapolice nationale dépendant elle totalement duministère de l'Intérieur)[117].
Les gendarmes sont habituellement chargés du maintien de l'ordre dans les zones rurales alors que la police nationale est chargée des zones urbaines.
La gendarmerie dispose d'un groupe d'intervention qui est legroupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN)
Une subdivision de la gendarmerie constitue laGarde républicaine pour des missions honorifiques au service de l'État.
Lecommandement des opérations spéciales (COS) rassemble l'ensemble desforces spéciales des différentesarmées françaises sous une même autorité opérationnelle, permanente etinterarmées. La nécessité d'une telle fédération est apparue après la participation française à lapremière guerre du Golfe et à l'expérience des exemples américain (USSOCOM) et britannique (DSF).
Le COS a été créé par l'arrêté du, qui précise au sujet de ses missions :

C'est officiellement en 1958, pendant laguerre froide que leGénéral de Gaulle décide de doter laFrance d'une force de dissuasionnucléaire. Le premier essai nucléaire - nom de codeGerboise bleue - explose dans le désert algérien le.
L'objet de ladissuasion est d'empêcher une remise en cause de la survie de laFrance par une puissance majeure hostile et de faire face aux menaces que pourraient faire peser des puissances régionales dotées d'armes de destruction massive sur les intérêts vitaux de la France par la menace d'une frappe nucléaire de riposte.
Lastratégie de dissuasion reste au cœur de la défense nationale. L'objectif de la doctrine nucléaire reste néanmoins celle du non-emploi. La capacité nucléaire française repose depuis les années 1990 sur lesmissiles balistiques qui équipent lessous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) et les missiles aérodynamiquesAir-Sol Moyenne Portée (ASMP) pour la composante aéroportée dont font partie les avions de l'armée de l'air et de l'aéronautique navale.
Avec 348 têtes nucléaires au[118], la France dispose de l'arsenal le plus puissant d'Europe (horsRussie)[119].
Les nombreuxessais nucléaires nécessaires à sa création et son développement ont été très contestés par la communautéantinucléaire. Depuis 1996, conformément auTraité d'interdiction complète des essais nucléaires, le développement de l'arme nucléaire se fait parsimulation.
Le montant important alloué à la dissuasion nucléaire au détriment des autres budgets ministériels est critiqué, surtout depuis que cette force a montré ses limites dans lalutte contre le terrorisme au début duXXIe siècle.

Lalangue française a beaucoup influencé lalangue anglaise[120]. Beaucoup determesmilitaires français ont été adoptés en anglais commearmée (army),bataille (battle),garnison (garrison), ou des grades comme capitaine, lieutenant et sergent[121]. Certains de ces termes viennent de l'ancien français et dunormand, langue de la noblesse anglaise à la suite de laconquête de l'Angleterre parGuillaume le Conquérant en1066, alors que d'autres, d'origine italienne, ont transité par le français au temps desguerres d'Italie comme cavalerie, infanterie, colonel,escadron[122].
L'espagnol et l'allemand ont aussi été influencés de façon plus mineure.
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