
L’histoire des Juifs en Irak ou dans le territoire lui correspondant actuellement et dénommé autrefoisMésopotamie ouBabylonie, remonte à l'exil de Babylone, narré dans laBible, pour se terminer dans lesannées 1950.
À la suite de la prise deJérusalem parNabuchodonosor II en 587 (ou 586) avant J.-C., ses habitants sont, selon la Bible, exilés àBabylone et sont à l'origine de la plus vieille communauté de ladiaspora juive. LesJuifs de Babylone occupent une place fondamentale dans l'histoire du judaïsme, depuisEzra etNéhémie qui dirigent le retour d'une partie des Juifs àJérusalem, auxGueonim, directeurs desacadémies talmudiques de Babylonie sous l'autorité desquels se retrouvent la majorité desJuifs de la diaspora de 589 à 1038 après J.-C, en passant parHillel le Babylonien, figure majeure dujudaïsme rabbinique, et les rabbins de Babylonie à l'origine duTalmud dit de Babylone.

La communauté juive décline à partir de l'invasion mongole (XIIIe siècle), avant de connaître une brève renaissance à la fin duXIXe siècle ; on estime à 120 000 le nombre de ses membres après laSeconde Guerre mondiale.
Lespersécutions liées en partie auconflit judéo-arabe de 1947-1949 obligent les Juifs à se réfugier pour la plupart enIsraël. Seuls, quelques dizaines d'entre eux vivraient encore aujourd'hui enIrak.

C'est laBible qui nous renseigne sur l'exil des Juifs à Babylone. Lelivre des Rois[1] et le prophèteJérémie[2] relatent que deux fois, Nabuchodonosor II prit Jérusalem : la première fois, en 597 av. J.C., sous le règne du roiJoaquin, 10 000 personnes dont le roi furent exilées de Jérusalem à Babylone et la seconde fois en 586 av. J.C., quand Jérusalem fut complètement rasé sous le roiSédécias, le reste de la population fut déporté. Une troisième déportation, 5 ans plus tard, porte le nombre total d'exilés à une vingtaine de mille[3].
Les exilés sont les habitants de Jérusalem, donc les membres des classes dirigeantes politiques et religieuses et les artisans. Une fois arrivés sur leur terre d'exil, ils sont bien traités par les Babyloniens. Cela est illustré par le sort réservé au roi Joaquin qui, après 37 années de captivité, est libéré pour devenir un familier du nouveau roi de Babylone[4]. De plus, les Babyloniens leur permettent de rester groupés et de conserver une certaine autonomie administrative. C'est dans ce tout premier exil que les prêtres libérés du service du Temple et des sacrifices peuvent commencer à codifier les rites juifs comme lacirconcision, leslois alimentaires ou lecalendrier[3].
Toutefois, sous l'influence des prophètes Jérémie,Ézéchiel etBaruch, beaucoup parmi les exilés souhaitent retourner vivre à Jérusalem, ce que les rois de Babylone continuent à leur interdire. Aussi accueillent-ils avec espoir la prise de Babylone parCyrus, roi de Perse, en 539 av. J.C.. L'attitude de Cyrus est constante lors de ses conquêtes : pour conforter son pouvoir, il laisse honneurs et richesses à ses adversaires comme le roi des Mèdes,Astyage ou le roi de Lydie,Crésus ou mêmeNabonide, le roi de Babylone. Aussi n'est-il pas surprenant qu'il proclame le droit au retour des Juifs à Jérusalem, qui peuvent y revenir en rapportant les trésors du Temple, sous la direction deZorobabel, petit-fils du roi Joaquin. La Bible[5] évalue à 42 000 le nombre de ceux qui reviennent avec Joaquin à Jérusalem alors qu'une partie significative des Juifs restent en Babylonie.
À titre d'indication, de récentes estimations démographiques proposent environ 12 000 personnes habitant la Judée entre -550 et -450[6]. C'est au siècle suivant que deux notables juifs de Babylonie,Ezra, un docteur de la Loi etNéhémie, l'échanson du roi de Perse reviennent de Babylonie en Judée et y légifèrent. Néhémie organise aussi la reconstruction des murailles de Jérusalem.
Les sources manquent quant à la suite de l'histoire des Juifs dans l'Empire perse desAchéménides comme dans le royaume hellénistique desSéleucides. Seul,Flavius Josèphe les mentionne comme une population loyale susceptible de pacifier une région insurgée[7]. En effet, il semble qu'il existait à l'époque deux types de communautés juives, les communautés urbaines dans les villes et les communautés rurales autonomes habitant des villages fortifiés.

Au milieu duIIe siècle av. J.-C., laBabylonie est conquise parMithridateIer et passe sous la domination de la dynastieparthearsacide. Les Juifs de Babylonie sont politiquement coupés pour longtemps des Juifs de Judée restée sous la domination des Séleucides puis indépendante avec lesHasmonéens et enfin dominée par lesRomains. Cela n'empêche pas les communications de se maintenir entre les deux branches du judaïsme : un des premiers docteurs de laTorah,Hillel, le plus éminent desPharisiens, passe la plus grande partie de sa vie auIer siècle av. J.-C. à Babylone avant d'émigrer à Jérusalem. Inversement, rabbiAkiba qui vit en Judée visiteNehardea peu avant la révolte deBar-Kokheba auIIe siècle.
Presque tout au long de cette période, Juifs et Parthes ont un ennemi commun, Rome. Les Parthes soutiennent auIer siècle av. J.-C. le dernier roihasmonéenAntigone contre Rome qui préfèreHérode et auIIe siècle, les communautés juives de Babylonie résistent aux armées deTrajan, tant et si bien que son successeurHadrien doit renoncer à la Mésopotamie[8].
Les Juifs de Parthie connaissent sous les rois arsacides une longue période de paix qui permet le développement d'importantes communautés comme celles que mentionne Flavius Josèphe, principale source sur cette période :Nehardea,Séleucie etCtésiphon[9].
Josèphe nous cite plusieurs exemples illustrant la puissance de la communauté juive de Babylonie : deux frères, Anilaios et Asinaios mènent une rébellion qui, durant plusieurs années, tiennent tête au pouvoir parthe avant d'être massacrés avec leurs fidèles ;Hélène d'Adiabène et ses fils, souverains d'Adiabène, dans l'actuelKurdistan irakien,se convertissent au judaïsme du temps de l'empereurClaude[10].
Il est très probable que cette communauté croît notablement à la suite des défaites juives en Judée face àTitus (70) etHadrien (135) et de la destruction de Jérusalem. Certains des Juifs de Judée qui avaient été soutenus par ceux de Babylonie ont certainement après la défaite émigré vers ce pays, qui, de plus, reste hostile à Rome[11].
C'est à la fin de la période arsacide auIIe siècle, à l'époque de l'empereur romain Hadrien que l'on trouve les premières mentions dans leTalmud de l'exilarque (araméen ריש גלותאResh Galouta ; hébreu ראש הגולהRosh HaGola), chef de la communauté juive exilée en Babylonie, responsable de la collecte des impôts pour le roi ou plus tard lecalife. L'autre responsabilité importante des exilarques est de nommer les juges de la communauté juive. Les exilarques descendent de la maison de David et certains citent même le roiJoaquin comme le premier d'entre eux. Ils sont considérés comme des princes et leur prestige est grand : ils peuvent s'allier par mariage aux chefs desAcadémies talmudiques dont ils ratifient la nomination, leur transmettre les lois édictées par le pouvoir en place mais ils reçoivent aussi leurs conseils. Les exilarques se sont succédé pendant 900 ans environ, jusqu'auXIe siècle[12].

AvecArdachîrIer, premier roi de la dynastiesassanide, couronné en 226 àCtésiphon, les Perses reprennent leur domination de la Babylonie. Comme les Parthes, ils se heurtent à Rome et peuvent à ce titre rechercher le support des Juifs commeChâhpûhrIer qui défait l'empereurValérien avant d'être lui-même vaincu parZénobie, reine dePalmyre, alliée de Rome.Nehardea est alors détruite avec son académie rabbinique[8].
Mais les Sassanides imposent lemazdéisme et, à ce titre, s'opposent rapidement aux juifs et aux chrétiens.Yazdgard II interdit l'observance duChabbat et en 468, l'exilarque est exécuté, l'autonomie juive est supprimée et les académies fermées. Cette politique provoque une résistance juive et l'exilarque Mar Zoutra II proclame une éphémère indépendance juive en Babylonie qui s'effondre après 7 ans en 520[8].
Un siècle plus tard, les Juifs appuient les Perses dans leur lutte contre l'Empire romain d'Orient et peuvent même profiter de laprise de Jérusalem et gouverner cette ville de 614 à 617 ce qui leur vaut persécutions dans l'Empire romain d'Orient[8].
C'est sous ce règne des Sassanides que« les fils d'une communauté dont nous ignorons (presque) tout aussi tard qu'auIIIe siècle vont modeler les cadres de l'existence juive jusqu'aux temps modernes »[13] en développant et transcrivant leTalmud qui aide toujours les Juifs dans leur compréhension de laTorah et leur vie spirituelle ou même quotidienne.

Les Juifs de Babylonie parlaientleur dialecte propre d'araméen[14]. C'est donc dans cette langue que les maîtres commentent la loi dans les différentes académies. La première en Babylonie semble être celle deNehardea, détruite en 260 et transférée àPoumbedita parRav Yehoudah. Mais dès 220,Rav fonde une autre académie àSoura qui perdure 800 ans et attire jusqu'à mille étudiants.
Les académies (yechivoth) babyloniennes sont inspirées de celles existant enPalestine à la même époque ou peu auparavant et sont à la fois des lieux d'études (beth midrach) et des tribunaux (beth din) qui juge les cas religieux et civils. Maîtres et étudiants ne sont pas payés et doivent gagner leur vie. Aussi les cours n'ont-ils lieu que le matin. Chacun peut être admis comme élève mais les plus hautes qualifications sont demandées aux professeurs. Le président de chaqueyechivah est élu par un collège d'érudits. Sa nomination doit êtreratifiée par l'exilarque[8]. L'enseignement est magistral dans l'unique salle de cours où le maître fait face à tous les élèves assis sur des rangées de sièges (jusqu'à vingt-quatre).
Si les professeurs ne sont pas rétribués, il faut malgré tout des fonds pour l'entretien de ces académies qui tirent leurs ressources des dons qu'elles reçoivent de ladiaspora. Les deux académies peuvent même s'opposer en sollicitant les mêmes donateurs et finalement se partagent le monde diasporique à l'amiable. Leurs intérêts peuvent aussi les opposer à l'exilarque qui collectait les impôts dus par les Juifs.
L'académie de Soura et aussicelle de Poumbedita reçoivent les questions de toute la diaspora, qui font l'objet deresponsa traitant de pratique rituelle, dethéologie, deBible ou de Talmud ou deliturgie qui permettent l'élaboration de laHalakhah[15].
C'est en 300 ans, du début duIIIe siècle à la fin duVe siècle que furent rassemblés tous les dits, en hébreu ou en araméen, de ce qui constitue leTalmud de Babylone, cette tâche ayant été selon la tradition menée à son terme parRav Achi (352-427), directeur l'académie de Soura, etRavina II (470-499). La loi orale se trouve ainsi rassemblée… par écrit.
D'autres œuvres littéraires importantes sont menées parallèlement au Talmud par les académies babyloniennes. Ainsi, leTargoum d'Onkelos est la traduction et l'explication duPentateuque et desProphètes enjudéo-araméen. De nombreux poèmes liturgiques (piyyoutim) et des textes deprières toujours dites dans les synagogues commeAlenou[16] sont composés à cette époque[8].

Avec laconquête arabe, une très grande partie du monde juif, de laMésopotamie à l'Espagne, sans oublierla Palestine, est réunie dans une même entité politique, lecalifat desOmeyyades (660-750). Ceux-ci sont tolérants vis-à-vis des non-musulmans et le statut dedhimmi, codifié par lepacte d'Umar « protège » alorsJuifs etchrétiens des abus de pouvoir. D'excellentes relations s'établissent entre le pouvoir et les chefs des communautés juives[17].
L'arrivée desAbbassides au pouvoir en 750, qui déplacent dès 762 la capitale du califat deDamas àBagdad va permettre un nouveau développement économique ainsi qu'un nouveau rayonnement religieux, philosophique et littéraire des communautés juives de Mésopotamie.
C'est l'époque des marchands juifsRadhanites — sans doute d'après le nom du quartier juif de Bagdad[18] — dont les caravanes assurent le commerce entre Orient et Occident, y compris l'Empire carolingien. Dans les cours arabes émerge une classe de riches banquiers juifs, comme lesNetira, qui contribuent aussi au financement des communautés juives.

LesGueonim, les chefs des académies de Soura et de Poumbedita, sont à l'origine de l'intense activité intellectuelle qui va marquer l'ensemble de la diaspora. Leur autorité est confortée par le fait qu'ils siègent là où réside aussi le pouvoir politique, à Bagdad, car dès le début duIXe siècle, les académies de Soura et de Poumbedita se sont déplacées dans la nouvelle capitale[18]. Petit à petit, ils vont même l'emporter en autorité sur l'exilarque. L'influence des Juifs de Bagdad atteint l'Espagne quand Paltoï bar Abbaié,gaon de Poumbedita, fait parvenir le Talmud de Babylone aux rabbins espagnols entre 842 et 855.
À cette époque apparaît aussi une nouvelle langue littéraire, l'arabe écrit avec des caractères hébraïques, un peu comme leyiddish plus tard pour l'allemand ou leladino pour l'espagnol. Le mode de pensée arabe, thématique, remplace ladialectique et le raisonnement par association d'idées du Talmud[17].

La figure la plus marquante parmi les Gaonim estSaadia ben Joseph (882-942) qui est Gaon de Soura de 928 à sa mort avec une interruption de quatre ans due à un violent conflit avec l'exilarqueDavid ben Zakkaï. Dès l'âge de 21 ans, il rédige leSefer haEgron, le premier dictionnaire en hébreu. Saadia ben Joseph est le seul étranger (il était né en Égypte) jamais nommé à la tête d'une académie babylonienne. Son œuvre la plus importante reste leLivre des croyances et des idées, première présentation systématique des principes de foi du judaïsme. Son rayonnement est tel qu'il impose son autorité à toute la diaspora dans la querelle du calendrier qui l'oppose àAaron ben Meïr qui était à la tête desyechivoth de Palestine. Dans leLivre de la réfutation d'Anan, il se montre un adversaire féroce deskaraïtes, mouvement juif scrpturaliste qui s'est développé derrièreAnan ben David depuis leVIIIe siècle, nie l'autorité des rabbins du Talmud et a nomméses propres exilarques.
Après Saadia, la communauté juive de Babylonie entre dans une période de déclin. Le dernier Gaon d'envergure estHaï ben Sherira, mort en1038.
On peut voir plusieurs raisons à ce déclin. Il s'agit d'abord de difficultés, politiques et économiques. Le monde musulman est coupé en deux entre les Omeyyades en Espagne et les Abbassides à Bagdad et les communications sont rendues difficiles. De plus, les impôts frappant les dhimmis deviennent exorbitants, rendant difficiles le commerce et l'agriculture pour les Juifs qui émigrent vers l'Occident où ils connaissent une tranquillité relative jusqu'auXIIe siècle. C'est alors aussi qu'apparaissent les premiers sages occidentaux, àKairouan enTunisie et àCordoue en Espagne ou même plus au nord commeGershom àMetz puisRachi àTroyes dont le prestige supplante celui des sages babyloniens.
Une communauté importante subsiste à Bagdad, décrite parBenjamin de Tudèle auXIIe siècle[19]. Certains Juifs sont ministres du calife et Bagdad abrite encore dix académies et 28 synagogues, dont certaines très belles. Le chef de la communauté, toujours appelé « chef de la captivité » jouit d'un grand prestige, est reçu par le calife, se dit toujours de la lignée deDavid et a autorité sur tous les Juifs du califat. Benjamin de Tudèle mentionne aussi les nombreuses communautés juives du reste de la région, par exemple celle deBassora où il estime le nombre des Juifs à 2 000.

La prise de Bagdad par les Mongols en 1258 entraîne le massacre des habitants de la ville dont les Juifs. Les bibliothèques de la ville sont détruites et Bagdad perd alors toute son influence culturelle.
En 1284, des émeutes antijuives se produisent à Bagdad où certains Juifs sont très influents comme Sa'ad al-Dawla qui devient chef desvizirs à la cour dukhan mongol. Sa chute en 1291 entraîne celle de nombreux autres courtisans juifs[20].
On a peu d'information sur la vie de la communauté juive de Bagdad et d'Irak dans les siècles suivants.

En 1535, Bagdad est prise parSoliman le Magnifique et l'Irak actuel appartient dès lors à l'Empire ottoman.

AuXVIIe siècle, le cartographe portugaisPedro Texeira parle de 300 maisons habitées par des Juifs à Bagdad. Certains sont aisés mais la plupart très pauvres.

À la fin duXVIIIe siècle, les Juifs de Bagdad réapparaissent dans l'histoire en se montrant d'actifs commerçants avec l'Inde. Ceux qui s'établissent en Inde y créent la communauté juive desBagdadi, sous l'impulsion deDavid Sassoon (Bagdad, 1792 -Pune (Inde), 1864) et de son filsAlbert Sassoon (Bagdad, 1818 -Brighton, 1896) qui y fondent une dynastie de banquiers et de commerçants.
L'orientaliste tchèqueAlois Musil décrit la petite ville deRamadi en 1912 : « Ar-Ramadi est un village riche avec environ quinze cents habitants. La Beit [famille] Aram est la plus riche famille. Depuis une quarantaine d'années, ou depuis l'époque deMidhat Pacha, qui a grandement amélioré, ou peut-on même dire fondé Ar-Ramadi, environ 150 Juifs ont vécu dans la ville ainsi que des musulmans et ont eu leur propre synagogue »[21].


L'Alliance israélite universelle (AIU) fonde une école de garçons à Bagdad en 1865 et une école de filles en 1895. Les écoles fondées par les Sassoon enseignent l'anglais.
À la fin duXIXe siècle, le géographe français Vital Cuinet estime à 53 800 le nombre de Juifs dans levilayet de Bagdad, dont beaucoup sont marchands d'antiquités assyriennes et babyloniennes[22]. 4 500 Juifs vivent dans levilayet de Bassora[23] et environ 5 000 dans levilayet de Mossoul[24].
La personnalité majeure de la communauté juive irakienne à la fin duXIXe siècle est le rabbinYossef Haim Ben Elyaou, auteur d'une centaine de livres dontBen Ich Hai qui est toujours une source d'inspiration pour les rabbins.
Si en général les Juifs ne souffrent pas d'antisémitisme, il faut tout de même signaler une autre émeute antijuive le où les Arabes suspectent les Juifs d'être favorables auxJeunes-Turcs[25].


Jusqu'alors, les Juifs étaient assez bien intégrés à la population arabe locale. Pendant laPremière Guerre mondiale, le pays est occupé par les Britanniques et en 1920 ceux-ci s'en voient confier l'administration par un mandat de laSociété des Nations : c'est la période dite dumandat britannique de Mésopotamie.
Avec le mandat anglais, les Juifs d'Irak obtiennent pour la première fois un statut d'égalité avec les musulmans. Leur réussite est attestée par la carrière de SirSassoon Eskell (Bagdad, 1860 - Paris, 1932) qui devient ministre des Finances du roiFayçalIer sous le mandat britannique comme dans l'Irak indépendant de 1932 et par le fait qu'une partie importante du commerce de Bagdad est effectuée par les Juifs. Cependant cette présence occidentale, bénéfique pour les minorités, et acceptée par l'élite cultivée, est reçue avec méfiance par la majorité de la population[26].
La communauté juive duroyaume d'Irak n'est guèresioniste et certains de ses membres sont ouvertement anti-sionistes comme (he)Menahem Salih Daniel, sénateur et philanthrope irakien. D'autres prennent part au début du nationalisme arabe, comme les écrivainsMurad Mikhael etAnwar Sha'ul[27],[28].
Si le roiFayçalIer est favorable à un État multiconfessionnel[29], lenationalisme arabe y deviendra antisioniste, puis antisémite. Le roi meurt en. Dès 1934, des Juifs perdent leurs postes de fonctionnaires.

Dans tout le monde arabe des années 1930, la tension monte entre les communautés juives et arabes.« Le premier facteur en est le conflit en Palestine, qui entre 1936 et 1939 a dégénéré en rébellion ouverte contre le mandat britannique et l'entreprise sioniste. »[26] Puis de 1936 à 1939, une dizaine de Juifs sont assassinés et une synagogue est visée par un attentat à la bombe qui échoue àYom Kippour 1936. D'autres sont visées dans les années suivantes. Les dirigeants de la communauté sont priés de publier des déclarations antisionistes[30].
Le nationalisme arabe, avec des figures tels les frères Sami et Naji Shawkat (Premier ministre de à), est anti-anglais,antisémite - les Anglais gardent le contrôle d'une grande partie des pays arabes et les Juifs sont vus d'une part comme associés aux Anglais et d'autre part comme tous sionistes[31].

Dès 1937, l'influence allemande devient notable en Irak. L'Allemagne hitlérienne est essentiellement appréciée en tant qu'ennemie des Britanniques[32] Cette alliance avec l'Allemagne, ennemi de l'Angleterre, permettra auxnazis d'importer l'antisémitisme européen dans le monde arabe.
À la résistance au sionisme et à l'impérialisme se mêle désormais un véritable antisémitisme.Baldur von Schirach, chef desJeunesses hitlériennes, est reçu par le roiGhaziIer et l'encourage à développer le modèle des Jeunesses hitlériennes. Il invite aussi une délégation irakienne à la convention duparti nazi de[33]. En, c'est le grandmufti deJérusalem,Amin al-Husseini, chassé par les Anglais, qui peut trouver refuge en Irak. En 1940,Rachid Ali devient Premier ministre et négocie son soutien àHitler contre celui de l'Allemagne à l'indépendance des États arabes. Il doit démissionner en.
En, uncoup d'État chasse le régent d'Irak (le roiFayçal II n'a alors que 6 ans) et son Premier ministreNouri Saïd.Rachid Ali al-Gillani reprend le pouvoir. Churchill décide de reconquérir l'Irak, paraissant remettre en cause son indépendance. Pendant laguerre anglo-irakienne, des agressions antisémites violentes ont lieu dont celle du village deSandur qui fait 10 victimes juives[34].

LeFarhoud a lieu entre la fuite de Rachid Ali et le retour du régent, le1er et, pendant la fête deChavouot. Ce jour-là les juifs célébrèrent également la chute du gouvernement pro-allemand de Rachid Ali et le retour du régentAbd al-Ilah considéré par beaucoup comme un ennemi des Irakiens. Cette joie est vue comme une provocation. Il s'ensuit unpogrom (farhoud en arabe) où, outre les viols et les pillages, 135 à 180 Juifs sont tués et plus de 500 blessés.
Le soutien des Juifs à la politique anglaise, une attitude britannique douteuse et la propagande nazie seraient des raisons à ces événements[26]. Le gouvernement irakien, sommé de ne pas impliquer les Britanniques, pointera surtout du doigt la propagande nazie dans la police et l'armée, l'influence dumufti et de radios palestiniennes. Les Juifs irakiens imputent l'événement à des extrémistes nationalistes influencés par le nazisme[35]. Plusieurs musulmans meurent également pendant ces événements en protégeant des Juifs[36].
Si un millier de Juifs quittent alors l'Irak, la plupart pour l'Inde (laPalestine leur est fermée et par les autorités irakiennes et par les Anglais), le retour au pouvoir de Nouri Saiïd permet aux Juifs de Bagdad de retrouver leur prospérité commerciale, même si lefarhoud les marque durablement[37]. Le gouvernement irakien les indemnise pour les dommages subis[38].
Les dirigeants de la communauté juive prônent l'apaisement mais certains parmi les jeunes de la communauté ne les suivent pas : quelques-uns basculent dans lecommunisme. En 1945, les communistes créent une ligue antisioniste interdite après seulement six mois car communiste. Plusieurs de ses dirigeants sont pendus par les autorités irakiennes en tant que… sionistes. En 1947, un Juif, Yahuda Siddiq, dirige même le parti pendant quelque temps[39].
Un plus grand nombre, plusieurs centaines au plus, devient sioniste, d'autant plus que le mouvement sioniste commence à envisager et même à favoriser l'immigration de Juifs des pays arabes en Palestine. Malgré les efforts des Juifs palestiniens, guère plus de quelques dizaines de Juifs émigrent vers la Palestine de 1942 à 1947.
Mais, à partir de 1947, de nouvelles mesures visent les Juifs d'Irak : interdiction d'acheter des terres appartenant à des Arabes, dépôt de1 500 livres sterling pour tout voyage à l'étranger. Cependant, quand l'ONU vote le partage de la Palestine entre Juifs et Arabes, le grand-rabbin d'Irak, Sassoon Kadoorie déclare rejeter le sionisme et soutenir les Arabes de Palestine. Malgré la participation des Juifs aux manifestations antisionistes, une synagogue de Bagdad est incendiée le[40].
En laWathbah (en), une insurrection principalement dirigée contre les Britanniques rassemble les deux communautés, notamment grâce à la participation de juifs communistes[41]. Certains sionistes parlent même d'une formidable solidarité. Cela aurait pu panser les plaies du Farhoud[42]. Cependant, la défaite des Arabes face aux Israéliens en Palestine minera les relations entre Arabes et Juifs.

La proclamation de l'État d'Israël, le, accentue la pression sur les Juifs d'Irak, aussi bien de la part des Irakiens qui se déclarent en état de guerre avec le nouvel État d'Israël que de la part des sionistes. Les fonctionnaires juifs doivent quitter le gouvernement, les Juifs n'ont plus le droit de quitter le pays ni de faire des transferts de devises. En, un riche homme d'affaires, Shafiq Ades, est arrêté et exécuté pour trafic d'armes vers Israël.
En, une loi irakienne de dénaturalisation est promulguée permettant aux Juifs d'émigrer. En 1950 et 1951, des attentats à la bombe d'origine controversée visent des bâtiments juifs et causent la mort de 6 Juifs. Trois Juifs sont déclarés coupables, dont deux sont exécutés bien que l'accusation ne produisent pas de preuves.

En, les Juifs « dénaturalisés » sontspoliés de tous leurs biens. Malgré une hostilité certaine d'une partie des Juifsashkénazes envers lesJuifs des pays arabes, l'État d'Israël organise alors l'opérationEzra et Néhémie par laquelle l'ensemble de la communauté irakienne d'environ 110 000 personnes se réfugie en Israël[43]. Au début, lepont aérien fut organisé entre Bagdad etChypre mais lui succédèrent ensuite des vols entre Bagdad et l'aéroport deLod près deTel-Aviv.
Une grande partie des Juifs irakiens dut séjourner pendant quelque temps dans les camps de réfugiés créés par Israël connus sous de le nom hébreu dema'abarot.
Dès 1952, il ne reste plus que quelques milliers de Juifs en Irak qui vont se heurter à une hostilité grandissante des autorités et de la population.
La proclamation de larépublique d'Irak en 1958 empire encore la situation des quelques Juifs restant en Irak. La vente de propriétés leur est interdite et ils sont assujettis à une carte d'identité particulière de couleurjaune[44]. La situation s'aggrave encore après laguerre des Six Jours et surtout après l'arrivée au pouvoir du partiBaas en. Le,quatorze Irakiens — dont neuf juifs — sont pendus en public à Bagdad, pour « complot sioniste ». Leurs cadavres restent exposés pendant plus de vingt-quatre heures, tandis que de hauts responsables s'adressent, sur fond de gibets, à une foule de 200 000 personnes »[45]. Sous la pression internationale, le régime irakien laisse les derniers Juifs partir en 1970[44].
En 2008, il resterait une dizaine de Juifs à Bagdad[44], seuls témoignages vivants de la plus ancienne communauté de la diaspora et de celle à laquelle le judaïsme doit une majeure partie de sa doctrine, dont le Talmud. Il faut aller en Israël pour retrouver les Juifs irakiens. En 2021, en Irakhors Kurdistan, ils ne sont plus que quatre« dont les deux parents sont juifs »[46].

Selon Orit Bashkin,« les juifs irakiens émigrés en Israël sont demeurés fidèles à la culture irakienne » ; elle en veut pour preuves les œuvres littéraires de grands auteurs israéliens d'origine irakienne commeSamir Naqqash,Sami Michael (he),Shimon Ballas, qui évoquent souvent la vie des juifs en Irak. Le musée israélien de l'histoire de la communauté juive de Babylone a contribué à transmettre le riche passé de cette communauté. Des professeurs juifs irakiens commeSasson Somekh (en),Shmuel Moreh,David Sameh ainsi queReuven Snir (de parents irakiens, né en Israël) ont joué un rôle séminal dans le domaine académique de lalittérature arabe en Israël, en étudiant des œuvres de poètes et d'écrivains irakiens.
Les musiciens juifs irakiens ont continué à jouer lamusique irakienne etorientale. Leur attachement à l'Irak vient du système éducatif irakien qui a cultivé lenationalisme arabe etirakien ; il s'explique aussi par les relations de voisinage et de commerce qu'entretenaient les Irakiens juifs et musulmans[47].
Sassoon Eskell, ministre ;Saleh et Daud Al-Kuweity, musiciens ; la chanteuseSalima Mourad ;Samir Naqqash, écrivain devenu israélien mais qui a continué à écrire enarabe, en accordant une place importante dans ses romans audialecte irakien ; les écrivainsMurad Mikhaïl,Anwar Shaul (pour cette figure intellectuelle, voir l'articleJuifs arabes)[48],Ya'qub Bilbul (en) ;Shalom Darwish[49] ;Dalia Itzik, présidente de laKnesset de 2006 à 2009 et à ce titre, présidente par intérim de l'État d'Israël en 2007 ;Ovadia Yossef, anciengrand-rabbin séfarade d'Israël.
La Fondation pour l'héritage juif et la Société américaine pour les recherches outre-mer ont listé 297 lieux d'importance patrimoniale en Irak. En 2022, seuls trente existent encore et neuf de ces trente ne sont pas en mauvais état[50].