Cette page relate l'histoire de la production deplomb. À travers les âges, de nombreux écrits relatent sa présence dans des objets ou à travers les cultures. Principal minerai du plomb, la galène est souvent argentifère et accompagnée d’autres sulfures (blende, pyrite, notamment). Il en résulte que la production annuelle de plomb et son prix sont relativement dépendants des fluctuations de l’offre et de la demande d’autres métaux. Dans les minerais, le plomb est en effet très souvent associé au zinc mais aussi à l'argent.
On utilise le plomb sous forme d’oxydes (accumulateurs pour les sources d'énergie) et sous forme métallique (tuyaux, feuilles, alliages pour soudure, alliages antifriction). Ses composés ont été incorporés dans les carburants pour en améliorer les qualités antidétonantes. De ce fait, l'histoire de la production de plomb a été dopée auXXe siècle par l'automobile, mais l'essence sans plomb a ensuite réduit fortement ce débouché.
Entre 1900 et 1956, période de forte croissance industrielle, stimulée par l'effort de guerre lors des conflits mondiaux puis par les efforts de reconstruction, la production de plomb progresse, comme celle des autres métaux, mais moins vite : alors que la production du zinc est multipliée par 6, celle du plomb l'est par seulement 2,6[1]. Les deux secteurs sont liés car on trouve beaucoup de plomb dans les mines et les minerais de zinc[2].
Le plomb - relativement abondant dans lacroûte terrestre - est l'un des métaux les plus anciennement connus et travaillés. On en a trouvé dans des pigments recouvrant des tombes ou dépouilles préhistoriques (40 000 ansav. J.-C.), mais aussi des objets. En dépit de sa haute toxicité, et grâce probablement à sa facilité d'extraction, à sa grande malléabilité et à son baspoint de fusion, il a été fréquemment utilisé lors de l'âge du bronze, durci par de l'antimoine et de l'arsenic trouvés sur les mêmes sitesminiers.
Les Sumériens, Égyptiens, Grecs, Hébreux ou encore Romains savaient extraire le plomb, afin de colorer et émailler descéramiques, lester des hameçons, sceller des amphores, produire desfards, dukhôl ou produire des objets usuels (de 4 000 à 2 000 ans avant notre ère). Le plomb est mentionné dans lesécritures cunéiformessumériennes — sous le vocablea-gar5[3] — il y a près de 5 000 ans, ou encore dans l'Exode, rédigé il y a environ 2 500 ans. C'est souvent aussi un sous-produit de mines d'argent.
Lesmines du Laurion, gisement decuivre, deplomb, mais surtout connues pour l'argent sont exploitées à la pointe méridionale de l'Attique, entreThorikos et le capSounion, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Athènes, enGrèce. De nombreux vestiges (puits, galeries, ateliers de surface) en marquent encore le paysage. Les mineurs (sans doute pour la plupart esclaves et probablement souvent enfants ou adolescents, car la hauteur des galeries n'excède souvent pas30 à 40 cm) y travaillaient dans des conditions très difficiles dans un air chaud (plus de21 °C aujourd'hui), et appauvri en oxygène où ils devaient, à la faible lueur delampes à huile, creuser des roches souvent très dures et - au niveau du minerai de plomb argentifère - inhaler et ingérer des poussières riches en plomb, source d'intoxication saturnine.
Le plomb était extrait en grande quantité à l'époque romaine, comme sous-produit des mines deplomb argentifère, notamment dans les mines deBétique et desCornouailles[4] mais aussi dans leMassif central. En plus des utilisations qu'en faisaient déjà les Égyptiens ou les Grecs, les Romains ont massifié l'usage du plomb pour produire destuyaux (ou fistules) destinés à acheminer l'eau potable jusqu'aux édifices publics et privés. Ces canalisations possédaient différents diamètres selon leur usage, les plus grosses étaient destinées auxsiphons etponts-siphons desaqueducs. On estime ainsi que l'aqueduc du Gier àLyon avec ses quatre ponts-siphons a nécessité près de 10 000 t de plomb[5].
Le plomb était utilisé aussi sous forme de petites tablettes pour rédiger des inscriptions magiques. Le plus souvent maléfiques, cestablettes de défixion ont été retrouvées en contexte funéraire comme leplomb du Larzac ou dans des sanctuaires comme latablette de Chamalières.
La toxicité du plomb était connue des médecins et des mineurs de l'Antiquité. Les Romains l'utilisaient aussi sous forme d'acétate de plomb pour conserver et sucrer leur vin, et s’étaient rendu compte que les gros buveurs, donc de la classe aristocratique, souffraient d’intoxication.
Des analyses effectuées dans la glace auGroenland révèlent que les fonderies de plomb de l'Antiquité romaine ont eu des retombées jusque dans les régions polaires[6].
Au Moyen Âge, les alchimistes croyaient que le plomb était le métal le plus ancien (et le plus froid) et l'associaient à la planèteSaturne. C'est pourquoi l'intoxication au plomb est ditesaturnisme[7]. Plus tard, des symptômes spécifiques ont été décrits, associés à des métiers tels que les mineurs, fondeurs, peintres ou artisans fabricants de vitraux.
Le plomb est utilisé pour fabriquer des mines pointues pour régler, mettre en page et dessiner, comme il est attesté dans des écrits auXIIe siècle. Lemoine Théophile écrit que l'on« dessine sur les parchemins avec unstyle formé d'un alliage de trois parties de plomb pour une partie debronze. »
La zone la plus ancienne de développement de minerai de plomb connu documenté en Allemagne est l'Arrondissement de Siegen-Wittgenstein au village deHesselbach, dans lelandRhénanie-du-Nord-Westphalie. L'exploitation minière y a été réalisée sur les minerais de plomb depuis le début duIXe siècle (802-830).
AuxXIIe et XIIIe siècles, tous les gisements argentifères sont exploités. Il s’agit souvent de sulfoantimoniures de plomb et de cuivre. Le minerai subit deux transformations opérées par le feu de bois : une réduction suivie d’une oxydation qui permet d’isoler l’argent. L’oxydation du plomb donne naissance à de la litharge, qui ne contient plus d’argent et est utilisée pour la composition des peintures[8]. Pour obtenir du plomb, il faut réduire cette litharge, mais ceci est peu pratiqué, car le plomb était généralement importé[8]. En cinq ans, de 1292 à 1297,les mines du Devon produisirent la valeur de4 046 livres d’argent et360 livres de plomb. Un an plus tard, en 1298, la production des mines d’argent duDevon doubla, grâce au creusement des "areines", des galeries de drainage légèrement inclinées qui permettent d’évacuer à flanc de colline l'eau des mines[9]. Nécessitant près de cent mineurs, elles furent efficaces, permettant d’exploiter la mine été comme hiver[10].
En Angleterre, les Blacketts, de Tyneside, famille propriétaire de mines de charbon dans lesAllendales, près deHexham, se lancèrent dans l'exploitation des gisements de plomb en 1684[11]. Quelques années plus tard, ils prirent un fermage àWeardale, auprès de l'évéché de Durham, pour exploiter les mines de Burtree Pasture, à Weardale, Coalcleugh à West Allen, et les mines d'Allenheads Mine[11].
La "London Lead Company" a été constituée, à son tour, en 1692 par des investisseurs qui avaient l'intention d'acquérir la fonderie utilisant unFour à réverbère appartenant à Talbot Clerke, et dirigée par le fils de Sir Clément Clerke, près de Bristol. Faute de succès, la société a rendu ses activités en 1695 à Talbot Clerke (Sir Talbot).
Un autre groupe d'entrepreneurs, dont leDr Edward Wright a été l'un des principaux membres, a obtenu des contrats de location dans leCumberland en 1693. Constitué en société en 1693 sous le nom deRoyal des Mines de Cuivre, cette société, dont de nombreux membres ont étéQuakers, n'est pas à confondre avec la "Société Royale des Mines", qui était alors pratiquement moribonde. Il a acquis des mines de plomb dans leFlintshire en 1695. Cela s'est avéré plus efficace.
La "London Lead Company" exploitait les gisements d'Alston à partir de 1696, avant de s'implanter àTeesdale (en),Weardale,Tynedale et dans lavallée de la Derwent[11].
EnHaute-Vienne, à une vingtaine de kilomètres au sud deLimoges, lesmines de plomb argentifère de Glanges sont exploitées au début duXVIIIe siècle, sur un plateau de schistes cristallins entaillés par un réseau hydrographique assez dense[12]. Le duc de la Feuillade exploite sur sa terre de la Feuillade, près de Gentioux (Creuse) une usine à fer sans réussite. En août 1701, la forgede[Quoi ?] reçoit la visite de Charles Nicolas Richer puis d'un nommé Prieur, bourgeois de Paris. Le 2 janvier 1703, le Duc reçoit un privilège minier pour30 ans sur un immense territoire qui couvre la majeure partie du Massif Central.
En juillet 1703 de Rhodes embauche six Anglaisfonde[Quoi ?] et les dirige vers Fargeas de Vicq où l'on trouve du beau minerai de plomb[12]. Les Anglais s'associent à Prieur, mais la mésentente entraîne un arbitrage. De Rhodes se retire de l'affaire en cédant ses droits aux Anglais par acte du. Mais c'est l'échec, suivi d'un autre en 1724, quand de Rhodes fait venir des mineurs allemands, mais dilapide les fonds: les ouvriers repartent au bout d'un an[12]. Puis une "Société d'exploitation des mines de Glanges de Saint-Germain" échoue à son tour. Le 20 mars 1766, le Marquis de Mirabeau crée une compagnie au capital de90 000 livres, en 100 actions, pour exploiter trois filons de plomb[12]: de 1766 à 1772 on produit136 600 livres de minerai qui ont donné71 689 livres de plomb à la fonderie[12].
Dans lesCévennes, l’exploitation des parties superficielles du gisement de laMine de Villefort[13], a commencé au début duXVIIIe siècle. Elle s’arrêta en 1770 pour cause de discordance entre les associés. La concession sera instituée en 1776 au profit de laCompagnie des Mines de Villefort[13], dirigée par M. Ollivier et les galeries descendent à plus de 600 mètres sous terre.
ÀLa Garde-Freinet, dans leVar, en 1729, un gentilhomme irlandais,Martin O'Connor, a entrepris avec un certain succès l'exploitation d'une mine de plomb argentifère[14].
En 1685,Nicolas Perrot,explorateur,diplomate etcommerçant en fourrures, fut l’un des premiers européens dans la haute vallée duMississippi. Aux côtés des missionnaires Jésuites qui apprenaient les dialectes indiens, est nommé "Commandant de l'ouest" avec son poste à la Baie et vingt Français seulement. C'est alors qu'il va reconnaitre son territoire et construire des forts le long du Mississippi. C'est un pèlerinage avec Perrot que de suivre le Mississippi. Il reconnait les mines de plomb au sud de Prairie de Chien et enseigne aux Indiens à détacher le plomb et à le fondre[15].
Venu deChamplain (Quebec), leCanadienJulien Dubuque fut un des premiers blancs à se fixer près de l'endroit connu maintenant commeDubuque enIowa, où il reçut en1788, la permission de la tribu indigène des Fox d'exploiter une mine de plomb. Par la suite les Espagnols confirmèrent son droit en lui accordant un terrain en1796. Fidèle ami des indigènes de la région, il devint champion de leur cause, mais a fini couvert de dettes.
LaCompagnie d'Occident, créée peu après la mort deLouis XIV, dans le cadre duSystème de Law, a lancé l'exploitation du très important gisement desmines de plomb du sud du Missouri, identifié quinze ans plus tôt par le missionnaire jésuite canadienJacques Gravier. Il deviendra la plus grande région d'extraction de plomb desÉtats-Unis.Philip François Renault, directeur des opérations minières pour la Compagnie, arrive en 1720 dans lePays des Illinois, avec 200 travailleurs et mécaniciens et 500esclaves deSaint Domingue pour travailler dans ces mines, qui génèrent aussi des sous-produits recherchés, comme l'argent. Il a fondé en 1720 le village deBonne Terre puis en 1723 le village deSaint-Philippe.Sainte-Geneviève (Missouri), est fondée au milieu des années 1730 par desCanadiens français, comme port fluvial pour le transport de plomb, utilisé comme matériau de couverture.Philip François Renault repart en France en 1749 et y cède ses droits miniers.
En 1763, letraité de Paris pousse les immigrants canadiens et créoles vers la rive occidentale du fleuve, cédée aux Espagnols.Francois Azor, alias Breton, découvre un nouveau filon en 1773, appelé "la mine à Breton", qui attire les mineurs des autres sites proches[16]. Les deux décennies de la fin duXVIIIe siècle voient de nouveaux arrivages deFrançais du Missouri dans le secteur de "La Vieille Mine", près de la ville dePotosi dans le sud-est de l’État. La "mine à Breton" compte déjà 26 familles françaises pour l'exploiter en 1804[16] et en 1818, on compte 70 bâtiments[16].
Entre-temps, entre 1795 et 1801, une forte immigration américaine et anglophone a pris le relais sur les autres futurs villages miniers de la région[16] et en 1818, on compte 70 bâtiments[16].
De 1750 à 1850, au moment de laPremière révolution industrielle, l'Angleterre était le leader mondial de la production de plomb, grâce à ses mines situées dans la partie septentrionale du massif desPennines, qui s'étend du nord au centre de l'Angleterre, entreCarlisle à l'ouest etDarlington à l'est[11]. Les principaux gisements se trouvaient àTeesdale (en),Weardale,Tynedale et dans lavallée de la Derwent (en)[11]. Les mines étaient aussi nombreuses dans leYorkshire, particulièrement àSwaledale etArkengarthdale. À partir de 1880,Middleton, àTeesdale (en), dans le nord de l'Angleterre, était le siège social de la "London Lead Company"5[11].
Dans la période postérieure à 1850, les gisements étaient le plus souvent déjà épuisés[11], et remplacés par le minerai venant desÉtats-Unis, d'Allemagne et surtout d'Espagne, meilleur marché, le plus souvent grâce à un accès au capital et à l'expertise britannique dans ce domaine[11]. La plupart des mines du massif desPennines ont fermé dans lesannées 1870 ou ont cédé leurs droits miniers à laWeardale Lead Company de 1883, qui a continué l'activité minière àRookhope (en)[11]. Certaines mines ont été rouvertes pendant laSeconde Guerre mondiale[11], pour les besoins en munitions.
Les compagnies anglaises et espagnoles ont ensuite recherché d'autres débouchés, en Europe et en Amérique du Sud. AuXIXe siècle, laSociété minière et métallurgique de Peñarroya a ainsi relancé lesmines du Laurion, enGrèce.
Sous l'Empire, une nouvelle réglementation minière (la loi du établit le régime moderne des concessions, en raison de l’importance de la demande en métaux comme le plomb pour l’armement.
On découvre alors labournonite espèceminérale composée desulfure deplomb, decuivre et d'antimoine, mentionnée pour la première fois parPhilip Rashleigh en1797 comme étant un minerai d'antimoine. Décrite parRobert Jameson en1805, elle est dédiée au comteJacques Louis de Bournon. On la trouve ensuite en Allemagne, àNeudorf (en), dans le massif duHarz (Land de Saxe-Anhalt), mais aussi dans le Gard, à laMine de plomb de La Maline en Gard deSaint-Laurent-le-Minier[17]

Dans lesCévennes, en 1827, une fonderie fut établie àVialas, sur la mine déjà existante. La production était de700 à 1 000 kg d’argent par an et d’environ 50 000 kg de plomb. Dès 1797, il y avait160 à 180 personnes employées sur le site. Le minerai était traité puis acheminé à dos de mulets, àVillefort. L'ingénieur des mines Rivot, dans son rapport de 1863, faisait remonter ces galeries aux Phéniciens, car des traces d'exploitation par le feu furent découvertes.
Dans lesMines de plomb du sud du Missouri, le négociant de PhiladelphieMoses Austin a reçu d'importants droits miniers en 1797[16]. Il prit la nationalité espagnole et fondaPotosi, où dès 1818 on compte 70 bâtiments[16] etHerculanum, port de navigation sur leMississippi, puis la première colonie américaine à l'ouest duMississippi, mais lacrise bancaire de 1819 le ruina.
Le négociant français en fourruresFirmin René Desloge prend le relais à partir de 1823, àPotosi (Missouri), où il fait construire en 1824 un four de fusion. Son filsFirmin Vincent Desloge fait lui construire en 1867 le premier chemin de fer à pénétrer le comté de Saint-François, domaine diffusion du plomb. En 1887, ses deux sociétés ont fusionné pour créer ce qui était probablement laplus grande entreprise de plomb-mines et fonderies de l'époque.
La "London Lead Company" et autres sociétés importantes voient leur pouvoir l'emporter sur les propriétaires de petites carrières à partir des années 1830. Les progrès rapides de l'infrastructure routière, bientôt relayés par l'apparition d'un réseau ferroviaire leur donne l'avantage[18].
Lors de la génération suivante, Wentworth Blackett Beaumont (1829 – 1907), Baron d'Allendale, entreprend progressivement de récupérer les meilleurs gisements de sa région, ce qui l'amènera à creuser à partir de 1855 un tunnel long d'environ 5 kilomètres, permettant d'explorer le sous-sol[19].
LaLinares Lead Mining Company est fondée dès 1849 par des industriels britanniques des mines de plomb du nord de l'Angleterre, àJaén (Espagne) etLinares (Andalousie) mais elle est confrontée à ses débuts à des problèmes de minerai, d'énergie et de transport. Elle a été précédée de deux ans par une Société des Mines de Cuivre et de Plomb de Linarès, française et productrice aussi decuivre. LaLinares Lead Mining Company est suivie en 1854 par la "Fortuna Company". Cet essor va entraîner à partir de 1870 le déclin des mines de plomb du nord de l'Angleterre.
L'essor minier deLinares (Andalousie) avait commencé auXVIIIe siècle, lorsque l'exploitation a recommencé, puis s'était accéléré après la découverte en 1822 de lalinarite, un raresulfate deplomb et decuivre au bleu très intense. Après avoir vendu d'abord son minerai à Newcastle[20], laLinares Lead Mining Company entreprend de le traiter sur place, en utilisant le combustible végétal, alors disponible dans cette partie de l(Andalousie. Avec une production de plomb de 1 573 tonnes dès la première année, presque le double de celle d'Arrayans, précédent leader de la région et appartenant au gouvernement espagnol[20], le site deLinares devient d'emblée le premier du district. L'année suivante, sa production de plomb dépasse 2 300 tonnes.
Les Cévennes connues pour leur richesse en minerais vont connaître une période faste : la mine de Vialas qui a pris en 1781 la suite de lamine de Villefort, fournit en 1847 le quart (700 kg) de la production d’argent française, d'où de nombreuses ventes du plomb dérivé. En 1855 sa production d’argent est de 1 500 kg[8]. La mine fermera en 1894, au moment où l’argent cesse d’être utilisé comme étalon monétaire et voit son cours chuter. Depuis son ouverture, elle aura produit environ100 tonnes d’argent et 20 000 tonnes de plomb[8]. Les vieux Cévenols disaient qu’après la guerre de 1870, l’argent avait servi à payer la dette de guerre, et le plomb à préparer la revanche attendue, qui viendra de 1914 à 1918 avec laPremière Guerre mondiale[8]. En 1783, devant les difficultés rencontrées par les exploitants, la concession des mines de Vialas et Villefort est cédée à laSociété Mokta El Hadid, riche d'un minerai de fer algérien assez pur pour l’installation, au Creusot, de fours destinés à mettre en œuvre leprocédé Martin[21].La perforation mécanique est installée à lamine de Villefort au moyen d’une machine à vapeur actionnant un compresseur, qui permet de poursuivre les recherches en profondeur.
Le total de la production du plomb aux États-Unis était resté inférieur à 2 000 tonnes jusqu'en 1885, puis quadruple à environ 8 000 tonnes en 1829[22] et atteint ensuite 45 000 tonnes en 1845, une multiplication par quinze en deux décennies[22]. Mais au cours des années 1850, une rechute ramène ce volume à 15 000 tonnes entre 1850 et 1870. Cependant, la découverte de gisements de plomb de "Joplin" à la frontière entre trois états en 1848-1852, permet ensuite un rebond[22]. Ce sont des gisements particulièrement plombeux et riches, qui vont assurer pendant un siècle un dixième de l'offre américaine de zinc et de plomb.

En 1866, le district deLinares compte pas moins de six sociétés britanniques différentes exploitant des mines de plomb[20]. Cette année là, l'ensemble du district minier de Linares emploie 3 160 ouvriers et produit 37 400 tonnes de plomb, grâce à 28 machines à vapeur[20].
En France, l'usine de laSociété des fonderies et laminoirs de Couëron, dans la région nantaise, construite en 1861, traitait le minerai de plomb et possédait des laminoirs à laiton et cuivre. La construction de sa "tour à plomb", haute de70 mètres et d'un diamètre de 11,30 mètres, a été terminée en 1878, pour la fabrication de plombs de chasse. Elle fusionnera avec laSociété des mines et fonderies de Pontgibaud puis deviendra l'usine de plomb deTréfimétaux, et fermera en 1988.
Aux États-Unis, dans lesMines de plomb du sud du Missouri,Firmin Vincent Desloge prend le relais de son père en 1867, après des études de commerce à Saint-Louis. Il fait construire le premier chemin de fer à pénétrer le comté de Saint-François,domaine diffusion du plomb.
Avant de partir sur leComstock Lode du Nevada en 1859 puis dans le cuivre du Montana,George Hearst apprend l'extraction du plomb auprès de son mentor et créancier, Silas Reed (1807-1886), géologue pendant 22 ans de la "Missouri Smelting and Mineral Land Company", diversifié vers le cuivre dès 1856 à Meramec[23]. Les besoins militaires créés par laGuerre de Sécession, pour les munitions, relancent l'intérêt pour les anciennes et très importantesMines de plomb du sud du Missouri, en déclin au milieu duXIXe siècle, car plus coûteuses que celles de l'Illinois (25 000 tonnes de plomb en 1860). Les concessions de Silas Reed sont recherchées. LaDoe Run Resources Corporation émerge pour une petite mine de plomb isolée, qui prospère aussi dans les mines d'or. La société est fondée le 25 mars 1864 à New York et creuse en 1867 et 1869[22] des mines de plomb àBonne Terre, où les français avaient exploité en surface seulement.La Doe Run Resources Corporation utilise dès 1869 le forage au diamant[24].
La teneur en plomb est modeste, mais le potentiel géologique considérable, d'où la spéculation sur de meilleures conditions d'accès et d'affinage du minerai. En 1869, des Mennonites dePennsylvanie mené par Jacob W. Stauffer, relancent le plomb des Mines Rambo, à 12 miles au nord deBuffalo (Missouri).
En Grèce, Laredécouverte des mines du Laurion s'effectue via un décret royal du 23 août1867 accorde à la compagnie franco-italienne Roux et Serpieri d'exploiter les minerais dans le cadre de l'entrepriseLes métallurgies du Laurion. On estimait à l'époque que les mines pourraient fournir au total 120 000 tonnes de plomb. Dès 1867, la taxe sur la production de la mine rapporta à l'État grec 250 000drachmes (soit £ 8 930 de l'époque)[25].
De la machinerie hydraulique a été utilisé de manière intensive dans les mines situées dans la partie septentrionale du massif desPennines, au nord du Royaume-Uni, et cette technologie est montée en puissance dans lesannées 1870[11]. La mine Kilhope, ouverte en 1860 àWeardale a vu l'introduction d'une grande roue de 6 mètres de diamètre en 1878, mise en place par Blackett Beaumont[11].
Le Royaume-Uni introduit des inspections obligatoires dans les usines de plomb en 1878, ce qui l'amènera à nommer le premier inspecteur médical des usines de plomb en 1898. Et à la suite de cette politique sanitaire, de 1900 à 1914 , une division par 25 du nombre des incidents de saturnisme a été signalé dans les usines de plomb anglaises.
En Grèce, en1873, les banquiers de Constantinople fondèrent laCompagnie Métallurgique Grecque du Laurion[26]. Ce conglomérat était mené parAndréas Syngrós. Son intervention entraîna un enthousiasme des investisseurs grecs : le cours de ses actions monta en flèche. Lorsque la bulle creva, les économies de nombreux Grecs issus des petites classes moyennes disparurent avec elless[27].
En1877 fut créée, laCompagnie Française des Mines du Laurion, installée à Kiprianos mais française, au capital de seize millions defrancs-or. Son administrateur était M. Serpieri, qui avait lancé lors de la décennie précédente larelance des Mines du Laurion. En1911, elle était la principale compagnie qui exploitait les mines, autour du gisement ditKératéa, extrayant du plomb argentifère, mais aussi de l'argent, du manganèse, du fer et de la calamine-zinc.
LaCompagnie Métallurgique Grecque du Laurion fut de son côté contrainte de laisser la place à diverses compagnies plus petites. LaCompagnie de Dardeza-Dascalio extrayait trois millions de tonnes de fer et de plomb. LaCompagnie hellénique des usines du Laurion, au capital de douze millions de francs-or exploitait les scories de plomb argentifère, d'argent, de manganèse et de fer. Il y avait aussi uneCompagnie hellénique des mines du Laurion, uneCompagnie française du Sounion et uneCompagnie de Sérifos et Spiliazéza.
L'évolution de la production du plomb aux États-Unis est fulgurante dans la décennie 1870 et 1880. De 18 000 tonnes, la production est déjà montée à 178000, presque dix fois plus, en 1889[22]. L'Idaho en assure 23000, l'Utah 17000, loin derrière les 71 000 tonnes du Colorado, oùLeadville produit pour 2 millions de dollars dès 1879 en plus des 10 millions de dollars apportés par l'argent. Le plomb argentifère de l'Idaho, à Woodville[28], est identifié dès 1873[22], àl'époque où l'Utah domine cette production depuis 1871 grâce aux capitaux anglais[22].
La concession dite deSaint-Laurent-le-Minier a été créée le 9 mars 1875 en faveur de laS.A. des Mines de Malines[29]. Elle bénéficie de travaux importants dès la première année, puis de l'installations de triage et 3 fours de grillage en 1891 situées à mi-pente, relié aux ateliers de broyage et de lavage situé au-dessous par un plan incliné[29]. Ce sera la mine de plomb la plus importante en France, qui contribue à l'effort du pays pour devenir autosuffisant en plomb[29].
En 1909, ce sera l'électrification du processus extractif, effectué par une centrale thermique située au bord de la Vis, en aval deSaint-Laurent-le-Minier[29]. En 1885, la création d'un premiercartel du zinc[30] vise à soutenir la tendance des prix, et assainit par ricochet le marché mondial du plomb, permettant aux cours mondiaux de se reprendre.
A la fin des années 1880, le groupe allemandMetallgesellschaft, fondé en 1881 par les frères Ralph et William Merton, exploite d'importantes mines en Espagne, dont les minerais doivent être envoyés pourdésargentation en Angleterre[30]. Il s'allie avecDegussa, un autre groupe allemand pour fonder laSociété anonyme de désargentation, qui implante en 1888 une usine àHoboken, près d'Anvers, reliée à la Ruhr par le chemin de fer, pour affiner le plomb venu d'Espagne mais surtout du Mexique, oùMetallgesellschaft développe une importante filiale[30].
Le plomb espagnol pesait environ 21,8 % de la production mondiale en 1880, mais perdit sa place prépondérante vers 1900, en raison de l'appauvrissement des gisements exploités depuis des siècles. Il n'en représentait plus en 1940 que 2,35 %[31].
Entre-temps, leplomb américain du Missouri monte en puissance, tandis qu'émerge en Australie le plus grand gisement du monde àBroken Hill.
Le capitaine Samuel Sleep redécouvre le gisement en septembre 1883[32].
L'exploitation minière à ciel ouvert de minerais d'oxyde d'argent devient la norme, de 1885 à 1898, avec des opérations de fusion effectuées sur place.
Beaucoup de propriétaire des petites mines sont des mineurs britanniques originaires deCornouailles et de religion méthodiste[32]. En 1892, le pasteur Josiah Thomas est élu à la présidence de leur association. Il représentera plus tard la région au parlement australien[32]. L'année 1892 voit aussi l'organisation d'une grève des petites mines pour réclamer de meilleures conditions d'exploitation, à un moment où lesaturnisme fait des ravages[32]. Les plus grandes sociétés brisent la grève en recourant à une main d'œuvre supplémentaire venue d'autres régions[32]. De 1898 à 1915, les minéraux de sulfure lead-zinc-argent sont au contraire à l'origine du succès de concentrés traités à l'étranger. Le plomb et le zinc extraits dugisement de Broken Hill sont raffinés àPort Pirie et en partie expédiés vers l'étranger. Ensuite l'exploitation minière plus rationalisée a peu à peu éloigné du gisement les premiers prospecteurs, en raison d'une augmentation de la taille des droits fonciers et des mines.

En 1893 aux États-Unis, dans lesMines de plomb du sud du Missouri, la nouvellemine Desloge, du comté de Saint-François, près deBonne Terre, a la capacité de traiter 500 tonnes de plomb par jour.Firmin Vincent Desloge a fusionné ses deux sociétés en la plus grande entreprise de plomb-mines et fonderies de l'époque et acquis en 1889, la « Bogy Lead Mining Company », l'une des plus anciennes propriétés minières du Missouri, après avoir fondé en 1888, la "Desloge Consolidated Lead Company".
Grâce à une contribution majeure de la région deCœur d'Alène, la production américaine de plomb a doublé entre 1889 et 1900, année où elle s'est élevée à 368 000 tonnes[22], avant de revenir à 280 000 tonnes en 1903 dont 100000 la région deCœur d'Alène. La production de la "Silver Valley, va représenter un milliard d'onces d'argent, 3 million tonnes de zinc, et 8 million tonnes de plomb, totalisant plus de 6 millions de dollars par an[22].
Dans le nord de l'Idaho, à Canyon Creek, à l'automne 1884, la Tiger mine, àBurke (Idaho) monte en puissance, et à l'automne 1885 les mines Bunker Hill & Sullivan sont à leur tour découvertes à Wardner, à une époque où la région est encore inaccessible[33].
L'industrie minière du plomb a continué à croître auXXe siècle, malgré le manque de découvertes majeures. La production a culminé à 628 000 tonnes en 1917, puis reculé au début des années 1920, avant se stabiliser à un niveau moyen annuel d'environ 650 000 tonnes sur la période 1925-1929[22]. Avec le secteur duPotosí enBolivie et celui deMineral del Monte auMexique, c'est l'une des trois régions au monde à avoir produit plus d'un milliard d'onces d'argent-métal.
En 1894 enBelgique, l'usine àHoboken, près d'Anvers, coentreprise entreMetallgesellschaft etDegussa, est le plus gros producteur de plomb d'Europe, avec 32 000 tonnes par an de production[30]. Son succès est tel que plus tard, en 1919, la Société Générale de Belgique, qui veut construire une industrie intégrée et « nationale » des non-ferreux, reprendra l’usine pour l’apporte à une société nouvelle, laSociété Générale Métallurgique d’Hoboken (S.G.M.H.)[34].
En 1896 auCanada,Kimberley (Colombie-Britannique) entre lesMonts Purcell et lesRocheuses, à 1 113 mètres d'altitude, la ville deKimberley (Colombie-Britannique) est fondée et nommée d'après la mine deKimberley enAfrique du Sud. Elle se situe sur le territoire exploré plusieurs décennies avant par laMission jésuite Saint-Eugène auprès des indiens Kootenai[35], qui produira aussi 40 % de l'or canadien[35]. De 1917 à 2001, ce sera le centre d'activité de la plus grande mine mondiale de plomb et zinc[35], laMine Sullivan de Kimberley, dont l'extraction cumulée représentera vingt milliards de dollars canadiens[35]. Découvert en 1892, le gisement sera acquis en 1909 par la "Consolidated Mining and Smelting Company of Canada", futureCominco. Son succès viendra largement des nouveaux procédés mis en place en 1916 pour séparer le plomb et le zinc lors du traitement du minerai.
Le décès d’un enfant en Australie à la fin duXIXe siècle, à la suite d'une intoxication au plomb, fut le premier à sensibiliser un gouvernement. AuXXe siècle, des recommandations et un dépistage se sont progressivement mis en place dans des pays riches (comme en Europe ou aux États-Unis). Le plomb a ainsi été interdit pour la confection des tuyaux de distribution d'eau potable en Suisse dès1914[36]mais bien plus tardivement dans les autres pays (exemple : les peintures au plomb ont été interdites en 1948 en France mais l'interdiction totale pour les canalisations ne date que de 1995[37]).
À laBelle Époque, l'histoire de la production de plomb est soutenue par les progrès dans la production d'antimoine, un métal qui permet de durcir le plomb, dans la proportion souhaitée, dans le cadre d'alliages. Le fondeurEmmanuel Chatillon améliore le procédé de grillage de l'antimoine, et l'industriel métallurgisteEmmanuel Basse Vitalis rationalise son extraction et sa production. La France compte lors des décennies précédentes parmi les tout premiers producteurs mondiaux d'antimoine et devient même le premier producteur mondial d’antimoine entre 1890 et 1910 grâce à la production de laCompagnie des mines de La Lucette, propriétaire de gisements enMayenne, près deLaval, et desmines d'antimoine d'Auvergne. Elle s'appuie aussi sur les gisements d'antimoines corses d'Ersa, deLuri ou deMeria, auvergnats deMassiac, d'Ouche ou de la vallée de laSianne, sans oublier les mines notamment algériennes de lacompagnie des mines de la Lucette.
Au début desannées 1900, la production de plomb des groupes belges est loin d'être aussi importante que leur production de zinc[2]. Vers 1900, elle ne représente que 2,5 % de la production mondiale[2] mais les deux secteurs sont liés car on trouve beaucoup de plomb dans les mines et les minerais de zinc[2]. Mais le succès de l'usine en coentreprise entreMetallgesellschaft etDegussa àHoboken, près d'Anvers, leader du plomb en Europe, qui est passée de 32 000 tonnes par an de production en 1994[30] à 400 000 tonnes en 1902[30], suscite des convoitises. Beaucoup de grands groupes belges spécialistes du zinc investissent alors dans des opérations permettant d'utiliser les résidus de ce métal pour en obtenir du plomb[38]. En 1911, la Belgique est capable d'exporter 48 000 tonnes de plomb par an alors qu'elle n'en produisait que 17 000 tonnes, presque trois fois moins, en 1902[38]. Parmi les groupes belges spécialistes du zinc qui investissent dans le plomb, on compte laSociété des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne et laSociété Austro-Belge, premier producteur de zinc du pays[38]. En 1911, la première produit 4 000 tonnes de plomb dans l'usine deBalen/Wezel, créée le long ducanal de Campine en1889 pour traiter les minerais sulfurés (blende) en provenance deÅmmeberg, qu'elle a développée en 1909 pour le plomb[38].
Dans les années 1910, le district deLinares-la Carolina, dans la Sierra Morena, en Andalousie, était le premier producteur mondial de plomb. Les filons de Linares sont essentiellement encaissés dans des roches granitiques et portent le nom de "plomb noir", jugés de qualité médiocre. Ils sont considérés comme plus pauvres en argent que les filons proches de la Carolina et ne sont donc pas exploités pour l'argent, car leurs minerais en contiennent une trop petite quantité.
Au Congo en cours de colonisation, les gisements de cuivre et de plomb de la vallée du Niari sont connus depuis fort longtemps et exploités par les habitants bien avant l'époque coloniale. Ils extrayaient et raffinaient le cuivre des mines de Boko-Songho, de Mindouli et le plomb provenant de lamine de plomb de M'Fouati jusqu'au début duXXe siècle. Les premières études remontent à Péchuel-Loesche (1876-1886), professeur à l'Université d'Iéna, qui dressa une carte. En 1879, Pierre de Brazza, lors de son premier voyage de pénétration vers le Pool, visita les mines du Niari. Par la suite, les missions se succédèrent afin de déterminer les richesses en cuivre de la région.
En 1911, fut créée laCompagnie Minière du Congo français (CMC), domiciliée à Paris, au 9rue Chauchat, puis en 1933 à Lyon, 16cours Lafayette[39]. Elle construisit un chemin de fer à voie étroite pour évacuer le minerai de Mindouli versBrazzaville[40], puis par le Congo belge jusqu'à l'Océan. L'exploitation du gisement de cuivre de Mindouli prendra fin en 1939, alors que la même Société exploitait depuis 1938 le gisement de lamine de plomb de M'Fouati[40]. À M'Fouati la CMC avait construit une usine pour la concentration du minerai, évacué d'Hapilo par un téléphérique de plus de 5 km de long[40].
En 1919, laSociété Générale de Belgique décide de construire une industrie intégrée et « nationale » des métaux non-ferreux en Belgique, où elle est bien représentée. La SGB reprend l’usine pour l’apporte à une société nouvelle, laSociété Générale Métallurgique d’Hoboken (S.G.M.H.)[34].
Le but de laSociété Générale de Belgique est d'assurer en Belgique le traitement du cuivre congolais, l'ampleur du gisement étant mis en valeur par l'Union minière du Haut Katanga. Le gisement du cuivre congolais comporte aussi beaucoup de zinc et de plomb.
La S.G.M.H. va ainsi favoriser le développement d’une industrie transformatrice nationale des non-ferreux qu’elle alimente en plomb, arsenic, bismuth, antimoine, cobalt et métaux précieux : argent, or, platine, palladium.
Laguerre civile espagnole frappa les mines de Pennarroya, aussi affectées par le fléchissement des cours et le relèvement des salaires[31]. Le gouvernement espagnol a, par l'ordonnance du 20 avril 1943, créé un service spécial dit « Service syndical du plomb », pour essayer de relever la production, mais sans que cette production puisse remonter aux premiers rangs mondiaux, des pays hispanophones ayant entre temps pris le relais[31].
Au Mexique, la production de plomb a atteint en 1938 environ 282 400 tonnes[31]. Le Mexique est alors en compétition avec l'Australie pour la seconde place mondiale (17 à 18 % pour chacun des deux pays), derrière les États-Unis et sur fond de production croissante du Canada et de récession industrielle consécutive au krach de 1929[31]. Au Pérou, la production de plomb, en plein accroissement à la veille de la guerre, a culminé à son chiffre record en 1938 (58 000 tonnes)[31].
Il faut attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour voir la production de la plupart des mines de plomb-zinc repartir. En effet, la reconstruction a besoin de plomb pour les tuyaux. L'écart entre le plomb et les autres métaux non ferreux s'est encore accentué pendant la guerre, la production mondiale de plomb tombant de la moyenne annuelle de 1 600 000 tonnes à environ 1 million de tonnes (contenu du minerai)[31]. Les quatre principaux producteur, États-Unis, Mexique, Australie et Canada, extraient moins de plomb qu'avant les hostilités.
Les États-Unis demeurent en tête (34 % de l'offre mondiale en 1943[31]), le Mexique et l'Australie à la seconde place (17 à 18 %), menacés par la production croissante du Canada[31]. Environ 30 % du plomb mondial vient de trois principaux gisements, situé aux États-Unis, en Australie et au Canada.
Au sud de Saint-Louis, dans leMissouri, des gîtes nombreux mais s'épuisant constituèrent longtempsle plus gros centre plombifère du monde, passés 180 000 tonnes entre 1925 et 1929, à 102 000 tonnes en 1943 puis à 150 000 tonnes en 1944[31]. Déclin plus net encore àCoeur d'Alene (Idaho), ville fondée en 1878 dans le nord de l'Idaho et bordée par laréserve indienne Cœur d'Alène. La production de plomb y atteignit le maximum en 1917, avec 170 000 tonnes, avant de revenir à 83 000 tonnes en 1937, puis 81 000 tonnes en 1943[31]. Au cours de la guerre, les mines américaines ont fourni un effort considérable, alors qu'aucun gisement important n'y a été découvert.
En Australie, legisement de Broken Hill représentait avant laSeconde Guerre mondiale près de 80 % de l'extraction australienne de plomb et 11 à 12 % de la production mondiale. AuCanada, laMine Sullivan de Kimberley, enColombie-Britannique, située à 1 200 mètres d'altitude, rivalise avec l'australienneBroken Hill pour la place de premier producteur mondial, malgré des réserves assez peu considérables. Lors des meilleures années, elle employait de 4000 à 5000 travailleurs[41]. Affectée par le manque de main d'œuvre[31], la production canadienne a subi une baisse après l'année record de 1942 (256 000 tonnes)[31].
Le marché doit par ailleurs pallier la disparition momentanée de certains producteurs : Birmanie, dont les installations minières ont subi d'importantes destructions causés par l'occupation japonaise, Yougoslavie et Allemagne (4 à 5 % de la production mondiale)[31].
Après laSeconde Guerre mondiale, les États-Unis ont des besoins très importants en matières premières pour leur industrie, qui doit suppléer à celle de l'Europe, encore en pleine reconstruction. Leur demande d'importations en cuivre a augmenté de quelque 45 %, celle de plomb de 55 % et celle de zinc de 40 % ce qui les incite à partir des années 1950 et lors des précédentes à investir massivement dans les pays producteurs en voie de développement[42]. En 1950, les marchés belge et français représentent près des deux tiers des ventes de l'Union minière du Haut Katanga[42], fleuron du plomb en Belgique. Mais à partir de l'été 1952, les cours mondiaux de la plupart des métaux non-ferreux se retournent, à l'exception de ceux du cuivre, qui sont dopés par la décision de supprimer une taxe à l'importation. Du coup, les cours du cuivre à New York passent brutalement de 27,7 cents à 35 cents la livre[43].
La France devait importer 31 400 tonnes de minerai de plomb et 136 700 tonnes de minerai de zinc en 1938, mais elle a ensuite pu réduire ses achats à l'étranger en 1951 à 9 600 tonnes de zinc et devenir autosuffisante en plomb, grâce à la production des mines métropolitaines et d'Afrique du Nord[44]. En 1955, la France métropolitaine possède une quarantaine de gisements de plomb et de zinc en cours d'exploitation (c'est le cas d'une dizaine d'entre elles) ou susceptibles de l'être, la plupart d'accès difficile, dans des régions montagneuses, au fond de vallées étroites[44]. Le gisement le plus important est laMine de plomb de La Maline en Gard. La moitié sont dans le massif central. Entre 1938 et 1951, la consommation française est passée de 58 000 tonnes à 106 000 tonnes pour le plomb et de 90 829 tonnes à 121 000 tonnes pour le zinc[44].
Lamine de Mount Isa située auQueensland enAustralie[45], est découverte en 1950[45] et permet de pallier les effets de sécheresse sur legisement de Broken Hill qui a failli provoquer l'arrêt de l'exploitation minière. Les propriétaires des mines ont déployé, pendant plusieurs mois, des trains de wagon-citerne spéciaux pour transporter plus de 250 millions de gallons d'eau sur une distance de 40 miles, cargaison qui provient de la rivière Darling, près de Horse Lake, ensuite réceptionnée dans de grands réservoirs de stockage construits à cet effet[45]. Dotée de profondes réserves, lamine de Mount Isa continue à produire fortement après le sauvetage du gisement de Broken Hill, malgré une teneur en métal assez moyenne. Exploitées par la compagnieXstrata, les mines de Mount Isa représenteront une extraction, en 2010, de 8,6 millions de tonnes de minerai contenant 5,6 % de zinc et 2,7 % de plomb[46].
De 1960 à 1990, la production de plomb dans le bloc occidental a augmenté d'un tiers. La part de la production mondiale de plomb assurée par le bloc de l'Est a triplé, passant de 10 % à 30 %, de 1950 à 1990. L'Union soviétique était le plus grand producteur du monde au milieu des années 1970 et dans les années 1980. La Chine à ensuite joué un rôle majeur dans la production mondiale de plomb à partir de la fin duXXe siècle.
En 1964, le Mexique figure au cinquième rang des producteurs de plomb, malgré l’irrégularité des cours mondiaux : il est aussi le quatrième producteur mondial de zinc[47]. Les espoirs de voir se développer des gisements importants portent aussi en Afrique sur le Congo français. À la suite de la baisse constante du cours du plomb amorcée en 1957 et de l'accroissement simultané du prix de revient de l'exploitation[40], lamine de plomb de M'Fouati est en difficulté[40]. Grâce à la modernisation de l'usine de traitement et à certains dégrèvements de l'État, la CMC redevient compétitive[40]. Le coût de revient de la tonne de concentré baisse, de 16 488 francs en 1958, à 15 330 francs en 1959. En 1960 la production s'est élevée à 7,6 millions de tonnes de concentré à 55 % de plomb métal, mais le coût de revient est repassé à 17 000 francs la tonne, alors que le cours mondial du plomb a chuté de 12 %, de107 à 94 francs le kilo[40]. Le déficit atteint20000000 francs et toute activité cesse le[40].
Dès 1959, la CMC a fondé le "Syndicat de M'Passa" avec pour objectif l'étude des minéralisations de la région de M'Passa, avec l'aide duBRGM[40]. La même année étaient découverts des minerais à très haute teneur, de 42 à 53 % pour le plomb et le zinc, de 10 à 42 % pour le cuivre, évacué par camion jusqu'à la gare de De Chavannes, à 20 km. Face à la baisse des cours du plomb et du zinc, l'exploitation s'orienta vers l'extraction du minerai de cuivre[40].
Les États-Unis dominent lesannées 1960 pour la forte croissance de leur production de plomb, qui passe de 224 000 tonnes à 519 000 tonnes, mais lors de la décennie suivante, lesannées 1970, leur offre minière stable et ils sont talonnés par l'Australie, même si la production de cette dernière stagne aussi, tandis que celle du Canada est en forte baisse.
LaSociété minière et métallurgique de Peñarroya est le premier producteur mondial de plomb en 1970, avec 335 000 tonnes en 1970 dont 180 000 tonnes en France. Présent dans 28 pays, il est le principal actif industriel du groupe Rothschild. Il est classé comme la première entreprise française par la rentabilité[48]. Son activité repose à la fois sur l’extraction du minerai (en France, dans les mines de Largentière en Ardèche, des Malines dans le Gard, de la Plagne en Savoie et de Peyrebrune dans le Tarn), sa transformation (dans l’usine de Noyelles-Godault par exemple) ou sa récupération, à partir des vieilles batteries de voiture (notamment dans les usines de Saint-Denis et de Lyon). La main-d’œuvre y est en majorité constituée d’ouvriers étrangers, pour l’essentiel originaires du Maghreb, dans ces usines françaises de retraitement du plomb récupéré à partir de batteries de voitures.
LesGrèves des ouvriers de Peñarroya en 1971 et 1972 ont lieu en janvier 1971 puis de janvier 1972 à mars 1972 dans les trois usines d’affinage du trust Penarroya, et aboutissent à des enquêtes médicales approfondies permettant une reconnaissance plus fine des effets du saturnisme[49]. La grève est tout d'abord déclenchée plusieurs semaines après un accident du travail de laSociété minière et métallurgique de Peñarroya et met l'accent sur les conditions de travail.
Ensuite, la plupart des pays européens ont interdit l'utilisation de peinture a base de plomb en raison de son opacité et résistance à l'eau. L'impact a été significatif : dans le dernier quart duXXe siècle, le pourcentage des personnes ayant des taux sanguins excessifs de plomb a chuté, pour passer de plus de trois quarts de la population des États-Unis à un peu plus de deux pour cent. Du coup, le produit principal à base de plomb, à la fin duXXe siècle, était la batterie plomb, la peinture à base de plomb ayant disparu de la liste des débouchés de ce métal.
Les restrictions imposées pour des raisons sanitaires, afin de bannir le recours au plomb dans les peintures pour les bâtiments d'habitation fait que le pic de la production de plomb auXXe siècle s'est élevé à 3,5 millions de tonnes et a été atteint en 1980. Ce n'est qu'un quart de siècle plus tard, au début duXXIe siècle, que la baisse de la production minière semblera enrayée et que l’on constate une certaine stabilisation autour de3 à 3,3 millions de tonnes de plomb produites par an.
En 1991, la production mondiale, répartie principalement entre l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Mexique, était de 3,34 millions de tonnes. Les plus importantes réserves se trouveraient au Canada et en Australie[8].
En Chine, premier producteur mondial, la quantité de plomb extraite et raffinée a augmenté des deux tiers entre 2007 et 2011[50]. Résultat, les stocks de reports sur le marché du plomb, en augmentation chaque année depuis 2007 en raison de productions légèrement excédentaires, ont atteint 622 000 tonnes fin 2011[50].
La fin desannées 2000 voit l'émergence d'une multinationale du plomb recyclée,Eco-Bat Technologies possédée par l'américainQuexco. Le groupe se présente dès 2011 comme leader mondial pour leplomb de « seconde fusion » (recyclé) et le premier à être opérationnel pour lerecyclage en boucle fermée du plomb (pour les batteries plomb-acide)[51]. Environ 80 % du plomb vendu parEco-Bat Technologies est issu du recyclage, et produit dans 17 usines principalement basées en Autriche, France, Allemagne, Italie, Afrique du Sud, Royaume-Uni et aux États-Unis[51]. Sa capacité de production est alors de 700 000 tonnes par an dans le monde, dont 90 000 tonnes par an en France[52], et elle continue ensuite de progresser pour approcher de 700 000 tonnes en 2016.
L'évolution des grands producteurs mondiaux de plomb sur lesannées 2010 reste dominée par le géant chinois, suivi par l'Australie et l'Europe[53]selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis.
La production minière de plomb s'est élevée en 2011 à 4,62 millions de tonnes, en forte hausse (près de 10 %) sur l'année 2010, qui s'élevait à 4,21 millions de tonnes[54]. La croissance de l'industrie automobile en Asie continue à la porter. Environ les trois quarts de la consommation de plomb sont destinés aux batteries et accumulateurs (71 %)[54] alors que les laminés et munitions ne pèsent que 13 %, et la chimie et les pigments 12 %. Les principaux producteurs se situent dans la zone pacifique[54].
La production de plomb raffiné était, la même année, dominée elle aussi par la Chine. Elle était également en forte croissance, avec 10,38 millions de tonnes contre 9,68 millions de tonnes pour l'année 2010[54]:Chine : 45 %Europe : 17 %États-Unis : 12 %Le recyclage du plomb
En 2016, la hiérarchie n'avait pas sensiblement changé, concernant le minerai, le Pérou étant toujours au premier plan :
| [55] | 2016 |
| Chine | 2,3 |
| Australie | 0,63 |
| États-Unis | 0,38 |
| Pérou | 0,3 |
| Mexique | 0,24 |
| Inde | 0,13 |
| Russie | 0,090 |
| Bolivie | 0,082 |
| Suède | 0,076 |
Les réserves mondiales de plomb (79 millions de tonnes[54]) sont moins concentrées que la production, avec une répartition également centrée sur la zone pacifique : Australie (30 %), en Chine (14 %) et aux États-Unis (10 %). En 2013, environ 56 % du total du plomb consommé dans le monde venait du recyclage[54]. Le taux de récupération du plomb est important (environ de 55 % à 70 % de la consommation, un taux qui dépasse les trois quarts dans les pays occidentaux[50]) car il est facile de récupérer le plomb des batteries[54]. La défiance envers le plomb s'est cependant accrue après lacatastrophe du mont Polley. Le, un déversement brutal a eu lieu à la suite de la rupture d'une digue dubassin de décantation de 4 km2 d'unemine d'or et decuivre gérée parImperial Metals (en), située sur lemont Polley, dans la région duCariboo, province deColombie-Britannique, auCanada. Environ 10 millions m3 d'eau et 4,5 millions de m3 de boues hautement polluées se sont déversées dans lelac Polley (en) adjacent à la mine, puis ont continué jusqu'aulac Quesnel. Rien que pour le plomb, cettecatastrophe industrielle a entraîné le rejet de l'équivalent de 134 t de plomb pur dans l'eau, soit 92 % de la quantité totale d'émissions signalées au Canada en 2014.
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