Pour les articles homonymes, voirBrunschwig.
| Alias | Jérôme Brunschwig |
|---|---|
| Naissance | vers 1450 Strasbourg,ville libre |
| Décès | vers 1512 Strasbourg,ville libre |
| Profession | Apothicaire |
| Autres activités | Chirurgien |
Hieronymus Brunschwig,Jérôme Brunschwig[1], né vers1450 àStrasbourg et mort vers1512 dans la même ville, est unapothicaire etchirurgienalsacien,germanophone[2]. Il est l'auteur d'ouvrages pratiques sur les techniques chirurgicales et les instruments et procédés de distillation de matière médicale. Écrit en allemand (plutôt qu'en latin) pour se mettre à la portée du plus grand nombre, il s'adresse directement à ses lecteurs et leur indique comment procéder pas à pas par eux-mêmes. Les deux tomes duLivre de la Distillation (publiés en 1500 et 1512) sont probablement les premiers manuels de distillation destinés aux apothicaires publiés en Europe. Ouvrages à succès, ils eurent une influence profonde à travers de nombreuses rééditions, traductions et imitations. Leur célébrité tient aussi à la qualité du travail de l'imprimeur-éditeurJohann Grüninger qui employait une équipe de graveurs de planchesxylographiques afin de pourvoir ses publications de nombreuses illustrations de belle facture.
En tant qu'apothicaire, Brunschwig concevait ladistillation comme une technique de purification des substances permettant d'en extraire la partie pure, thérapeutiquement efficace, de la partie impure, toxique. Il prôna le remplacement desformes galéniques traditionnelles de la matière médicale par une forme distillée.
Sa notion de la distillation influencée parRoquetaillade et l'usage qu'il en fit en pharmacologie, marque le début du passage de l'usage des herbes médicinales aux produits chimiques.
On sait très peu de choses de la vie de Jérôme Brunschwig. Il est né vers1450 àStrasbourg,ville libre duSaint-Empire, et il y a vécu. Après une formation chirurgicale, il a voyagé enAlsace,Souabe,Bavière,Franconie etRhénanie[3],[4] et a appris sur le tas à préparer des remèdes et à procéder à des distillations. Il indique dans une de ses œuvres avoir soigné le bourgmestre deFrancfort, Melchior Blüme, pour 15 florins[5]. Il signale en plusieurs endroits comment il a appris par l'expérience au contact des malades. C'est donc à juste titre que des pièces d'archives parlent de lui comme d'un homme non pas instruit et savant (« gelehrt »), mais « expérimenté » (« der erfarne Hieronymus Brunschwig[1] »).
Quelques notes dans sonDas Buch der Cirurgia (1497) ont suggéré qu'il avait étudié àBologne, àPadoue et àParis et participé à laguerre de Bourgogne. Mais ces hypothèses, pourtant répétées à satiété, restent sans preuves[6],[7].
Il s’installe àStrasbourg à la fin duXVe siècle commeapothicaire etchirurgien. Dans la réédition de 1532 de son ouvrage leGrand Livre de la distillation, l'éditeur-imprimeur Barthélemy Grüninger, fils deJean Grüninger qui a publié ses ouvrages de son vivant, le désigne explicitement comme chirurgien (« médecin des plaies ») et apothicaire :« Wundartzet und Apotheker[8] ». Cette information est confirmée par deux autres sources[1] :
Il écrivit plusieurs ouvrages sur l'anatomie, le traitement des blessures, la préparation des remèdes et la distillation, qui connurent un certain succès et furent plusieurs fois réédités. L'ouvrage sur l'art de ladistillation,Liber de arte distillandi de simplicibus (1500) a établi sa renommée.

Il est l'auteur de quatre ouvrages majeurs, publiés par un des grands représentants de la tradition strasbourgeoise desincunables illustrés, l'imprimeurJohann Grüninger[1].
Pour se mettre à la portée des barbiers-chirurgiens et de l'homme du commun, Brunschwigécrit en allemand, son manuel de chirurgie. Avec les plus importants chirurgiens germanophones de laRenaissance,Heinrich von Pfalzpaint (de),Hans von Gersdorff, Brunschwig écrit dans une langue et un style accessibles aux profanes[9]. En France, le réformateur de la chirurgie française,Ambroise Paré, fait de même, dans des textes pleins de verve et de bon sens.
En, sortLiber pestilentialis de venenis epidemie sur lapeste. Normalement les soins du patient relevaient du médecin et le rôle du chirurgien n'était que d'ouvrir les plaies des pestiférés. Brunschwig fut témoin de l'épidémie de peste de 1473 qu'il décrit en termes saisissants. C'était comme un abattoir, dit-il[4], où chacun cherchait à tout prix à s'en sortir seul, en oubliant tous les liens de solidarité familiale, amicale ou de voisinage. Les médecins fuirent et les prêtres et frères mendiants firent de même, sans recevoir les confessions des mourants. Mais les chirurgiens restèrent, dit-il.
Brunschwig continuera à préférer lalangue vernaculaire au latin académique pour écrire ses ouvrages sur la distillation des remèdes, même s'il donne des titres en latin. Il fournira des traités pratiques, accumulant des détails de fabrications et de recettes, et donc parfois considérés comme uniquement destinés aux praticiens mais en fait assez novateurs sur le plan interprétatif, car fournissant une conception de la Quintessence qui annonce l'alchimie spéculative duXVIe siècle[10]. Publiés initialement par l’éditeurJohann Grüninger à Strasbourg, ils eurent de nombreuses éditions et furent traduits en anglais, hollandais, tchèque et russe mais pas en français[11]. Ils firent autorité pendant tout leXVIe siècle.

L'incunableCirurgia[12] publié en1497 rencontra un succès considérable[1]. C'était l'époque où les chirurgiens de langue allemande absorbaient allégrement les découvertes et les techniques des chirurgiens italiens et français, pour essayer de combler leur retard sur leurs confrères d'Europe du Sud qui avaient reçu le savoir médical des Anciens et des Arabes[4]. Avant Brunschwig, le chevalier teutoniqueHeinrich von Pfalzpaint (de) (Pfalzpeunt) était le type même de l'habile praticien qui ne connaissant pas le latin, avait rendu cependant compte dans son œuvre de son expérience de chirurgien de guerre[13] et fait part de son intérêt pour les blessures par balles. Les œuvres des chirurgiens latins commencèrent à traverser les Alpes à partir duXIVe siècle dans des traductions en allemand : les innovations deThéodore Borgognoni,Henri de Mondeville, etGuy de Chauliac devinrent alors disponibles.
Quand il publia son manuel de chirurgie, Brunschwig eut l'avantage sur ses prédécesseurs du fait qu'il était doué d'un talent littéraire certain et qu'il trouva un imprimeur-éditeurJohann Grüninger, qui attachait la plus grande importance à l'illustration des ouvrages.
Brunschwig fournit avecCirurgia, un manuel pour les apprentis, uncompendium de pratique générale,« quand le chirurgien vivant dans les villages et châteaux isolés, loin de toute aide, doit compter sur ses seules ressources », dit-il. Il y expose la pratique chirurgicale connue des Italiens et des Français et fournit des conseils pratiques propres à aider les chirurgiens dans le traitement des plaies. Pour être tout à fait à la portée de tous, Brunschwig écrit dans le parler de sa ville natale, l'alsacien[4]. Il examine en sept articles, le traitement des blessures, fractures et luxations, et en raison du rôle important du traitement médicamenteux qui accompagnait les interventions, il annexe unantidotaire. Pour lesanesthésies, il utilise une potion narcotique, faite à base deSolanaceae (atropa,jusquiame,mandragore) et dePapaveraceae (opium,coquelicot) etc. Le procédé pouvait être dangereux et entrainer la mort du patient.
Selon Gundorf Keil, l'ouvrage est essentiellement une compilation, n'apportant rien de nouveau par rapport aux traités chirurgicaux antérieurs en langue allemande[14]. On y relève des citations de divers auteurs comme du chirurgien français duXIVe siècle,Guy de Chauliac(Guido), auquel Brunschwig fait de larges emprunts. Il emprunte aussi au moine médecin italienGuillaume de Salicet duXIIIe siècle, au chirurgien des rois de France,Henri de Mondeville, et à travers eux à la tradition dugalénisme :Galien,Rhazès,Mésué,Aboulcassis. On ne trouvera pas d'originalité dans le traitement des blessures, des fractures, luxations ainsi que dans la pratique de la trépanation et de l'amputation, traités tous de manière traditionnelle[3]. Cependant, Brunschwig peut faire preuve d'esprit critique en s'appuyant sur son expérience personnelle.
L'œuvre a été très appréciée pour sa richeiconographie, largement diffusée par la suite. Les planches de gravures de bonne facture représentent un progrès notable pour la chirurgie de langue allemande qui était en retard par rapport à celle d'Italie et de France.
Cirurgia sortit à Strasbourg le chezJohann Grüninger mais dès, une édition pirate paraît àAugsbourg, chez Schönsperger, avec une correction des erreurs. Grüninger entra immédiatement en contact avec l'auteur qui écrivit quatre chapitres supplémentaires, sur l'embaumement, l'amputation de membres gangrénés, l'expulsion des vers intestinaux, illustrés de deux nouvelles gravures. Ce nouveau texte fut rassemblé dans un cahier annexé à l'ouvrage. AuXVIe siècle, trois nouvelles éditions sortirent : en 1513 chez Grüninger à Strasbourg, en 1534 et 1539 chez Alexandre Weyssenhorn à Augsbourg. Un traduction anglaise sortit en 1525, une néerlandaise en 1535 et une tchèque en 1559[4].
Les deux volumes du Livre de la Distillation (Liber de Arte Distillandi) produits par Brunschwig en 1500 et 1512 visaient, suivant ses dires,« à aider les chirurgiens, médecins et apothicaires mais aussi beaucoup de personnes...à apprendre comment distiller de nombreuses herbes pour traiter et guérir beaucoup de maladies et infirmités apparentes ou non / et on doit comprendre que les "eaux" [distillats] sont meilleures que les herbes » (d'aprèsThe vertuose boke of distyllacyon[15], traduction anglaise de 1527 deKleines Destillierbuch). Dans ces ouvrages, il fait le point des connaissances de son époque sur les appareils à distiller et indique l'usage qui peut en être fait en pharmacologie.
En ces débuts de l'imprimerie européenne, ces ouvrages de Brunschwig sur la distillation connurent un grand succès en raison des innovations que constituaient latypographie, l'utilisation d'une richeiconographie et le choix d'écrire dans unelangue vulgaire plutôt qu'enlatin académique. C’est dans l‘incunableLiber de arte distillandi de simplicibus (1500) qu’on trouve la première description imprimée des techniques dedistillation des substances d’origine végétale et animale.
L'art de la distillation qui remontait aux alchimistes gréco-égyptiens (commeZosime de Panopolis), fut approprié et modifié par les médecins-alchimistes de langue arabe qui distillaient des minéraux et des matières organiques et produisaient de l'eau de rose à des fins médicinales. La réception de ces travaux se fit àÉcole de Salerne en Italie auxXIe – XIIIe siècles, par des traductions de arabe en latin. Cependant pour pouvoir produire efficacement de l'eau-de-vie pardistillation du vin, il fallait aussi disposer d'alambics dotés d'un système de refroidissement efficace des vapeurs, par l'intermédiaire d'unserpentin refroidi en permanence par de l'eau fraîche. Cette innovation essentielle semble s'être produite dans laBologne deThéodore Borgognoni, durant la période 1275-1285 (McVaugh[16], 2005) mais tarda très longuement à être mise en œuvre, puisque Brunschwig ne l'utilise pas.
Dans le domaine médical, les médecins duXIIIe – XIVe siècles, commeArnaud de Villeneuve (1240-1311), n'ont pas accordé beaucoup d'intérêt à la distillation. Arnaud mentionne bien dans sonAntidotarium la technique de distillation del'aqua ardens (eau-de-vie) mais dans leSpeculum écrit dans la décennie suivante, il semble ne pas faire grand usage de ce produit[n 1]. Dans le prolongement de l'usage traditionnel des plantes médicinales remontant àDioscoride, un ouvrage écrit dans les années 1322-1328 par maître Silvestre,Le Livre des vins (Liber de vinis), et attribué à tort à Arnaud de Villeneuve, donne une cinquantaine de recettes de vins médicinaux et seulement deux recettes d'eau-de-vie aromatisées.
L'époque de Jérôme Brunschwig est celle d'un tournant où les mélanges grossiers d'herbes médicinales sont remplacés par des substances traitées préalablement par le feu : sa pharmacopée est constituée de distillats de substances végétales ou animales, mais pas des plantes elles-mêmes. Il ne s'agissait plus de faire macérer ou infuser la plante séchée dans de l'eau (Galien), du vin (Liber de vinis) ou même de l'alcool mais d'en extraite et concentrer certains principes, par la distillation. Dans ses ouvragesLiber de arte distillandi de 1500 et 1512, lesdistillats médicinaux l'emportent complètement sur les plantes médicinales en poudre, sirop et décoction[17], afin de rendre les remèdes plus agréables à prendre. Brunschwig veut s'appuyer sur la distillation« cette noble science de la séparation des substances grossières et terrestres des subtiles » et privilégier la préparation d'« esprits » ou d'« essences » des substances naturelles brutes. Pour Brunschwig s'inspirant deJean de Roquetaillade, les Essences sont transformées en Esprits, et tendent elles-mêmes, de sublimations en sublimations, à se transformer en Quintessence[10]. Cette quinte-essence n'est pas composée desquatre éléments (la terre, l'eau, l'air et le feu) puisqu'elle est la substance la plus pure qui puisse en être tirée. Cette notion va se répandre grâce au succès deDe arte distillandi qui va devenir auXVIe siècle un manuel de référence des distillateurs.
Brunschwig qui connaissait bien l'alchimie, définit ladistillation comme un processus de séparation de l'essentiel de l'accessoire :
| « La distillation n'est rien d'autre que l'art de séparer le subtil du grossier et le grossier du subtil, afin de rendre le corruptible incorruptible, le matériel immatériel, l'esprit encore plus spirituel... » (Vertuose boke of distyllacyon[15], Chap.1). |
La distillation est donc unetechnique de purification qui aide l'homme à garder « santé et force », et au malade à retrouver la santé grâce aux moyens puissants de guérison qu'elle offre. Elle permet d'extraire d'une substance, la partie pure dotée d'une efficacité thérapeutique, de la partie impure, toxique. Elle produit différents types d'« eaux », c'est-à-dire dedistillats comme l'eau de rose, l'eau de romarin ou l'eau-de-vie. Cette dernière, oueau ardente (aqua ardens), capable de brûler, associe paradoxalement les propriétés de l'eau et du feu, deux éléments antagonistes de lathéorie des quatre éléments : l'eau éteint le feu, le feu évapore l'eau. C'est en quoi elle échappe aux lois habituelles de la corruption qui marquent le monde sublunaire et pourquoi elle est susceptible de préserver de la putréfaction et d'éviter l'infection des plaies[18]. Après Roquetaillade qui avait aboli la frontière traditionnelle entrele monde supralunaire et le monde sublunaire, Brunschwig affirme la présence de la quintessence au cœur même de toute chose. Et grâce à la distillation, on peut en extraire la partieincorruptible de la matière sublunaire.
Cet ouvrage aussi appelé «Le petit Livre de la Distillation » (Kleines Destillierbuch), est le premier manuel de distillation imprimé en Europe[15],[19].


L'ouvrage comporte trois grandes parties :
Brunschwig distille une seule substance à la fois et récupère la totalité dudistillat, appeléeau (wasser), même quand il y a une substance d'aspect huileux, surnageant en surface. C'est-à-dire qu'il ne distingue pas l'eau florale de l'huile essentielle, quand c'est possible.
Toutefois, dans un chapitre rajouté en fin d'ouvrage de l'édition anglaise, il décrit l'eau de Damas, qui est obtenue par une succession de distillations de plantes aromatiques et d'épices, avec une mise à part de l'huile (on ne sait pas par quel moyen).Il attribue aussi un nombre considérable de vertus à l'eau de vie.
L'œuvre fut traduite ennéerlandais et publiée àBruxelles par Thomas van der Noot en 1517. Beaucoup plus courte que la version allemande, elle s'arrête principalement sur les appareils et techniques de distillation, et choisit une illustration par 23 figures qui avaient initialement été publiée dansLe petit Livre de Distillation de 1500.La traduction anglaise par Laurens Andrew,The vertuose boke of Distyllacyon of tha Waters[20], sort àLondres en 1527[17].

Brunschwig fournit dans cet ouvrage imposant de 744 pages[21], une synthèse de ses connaissances médicales. Plus qu'un simple livre sur les techniques de distillation, c'est un manuel de pharmacologie. Il commence par décrire la distillation de remèdes composés, commeQuinta essentia,Arum potabile,Aqua vite mais aussi la préparation de lathériaque, de la mithridate et d'antidotes semblables[4]. Dans une deuxième partie, il fournit les propriétés des remèdes. La troisième partie traite de la pathologie et de la thérapeutique, « de la tête au pieds », avec l'indication spécifique de chaqueeau. La quatrième partie relève des remèdes pour les maladies chirurgicales. Suit ensuite leThesaurus pauperum, un traité consacré à la pathologie et la thérapeutique, mais avec des remèdes bon marché, faciles à se procurer par les pauvres.
L'ouvrage donne la description de l'alambic à tête de Maure qui présente une innovation intéressante pour la distillation des eaux-de-vie : le chapiteau est à l'intérieur d'un récipient contenant de l'eau servant de réfrigérant. Cette méthode de refroidissement pourtant essentielle pour avoir une chance de produire de l'alcool était peu efficace car l'eau devait se réchauffer rapidement[n 2]. Les perfectionnements essentiels qui seront apportées dans le courant du siècle seront de faire passer les vapeurs par un serpentin plongé dans un récipient dans lequel circule de l'eau fraîche (idéalement à12 °C). Cependant le rosenhut et l'alambic à tête de Maure perdureront encore pendant des siècles avant de complètement disparaître[17].
Cet ouvrage, aussi appelé « Le grand Livre de la Distillation » (Grosse Distillierbuch), illustré de 79 fourneaux et appareils à distiller, eut un succès encore plus grand que le premier[17]. Il connut plusieurs rééditions, beaucoup comportant des additions de chapitres supplémentaires fournis par d'autres auteurs, comme il était d'usage à l'époque.Dans son premier ouvrage de distillation de 1500, Brunschwig semble peu influencé par l'alchimie, sauf pour les techniques de distillation. Par contre en 1512, dans sonGrand Livre de Distillation, par ses nombreuses références et citations, on comprend que les idées deJean de Roquetaillade (Rupescissa) ont laissé une marque profonde sur lui[22]. Le mystique visionnaire franciscain Rupescissa qui attendait l'arrivée de l'Antichrist, pensait qu'on pouvait se soustraire à la corruption généralisée qui attendait l'humanité, en faisant usage de la quintessence, obtenue par de multiples distillations de l'eau-de-vie.
Dans son nouvel ouvrage, sous l'influence de Rupescissa, Brunschwig pense que la distillation est un processus ayant une signification cosmique, faisant des substances sublunaires une matière incorruptible, une « contre-partie terrestre de la matière céleste » (B. Obrist). Toutefois les remèdes formés par les distillats de matières médicales duPetit Livre de Distillation ne sont pas pour autant des quintessences. Elles ne sont pas incorruptibles et il consacre des sections assez longues pour discuter de leur durée de validité en fonction de la nature des plantes.
La profonde influence des travaux de Brunschwig sur son siècle, peut s'observer sur la gravure au burinPhilipp Galle d'après un tableau du peintre flamandJan van der Straet (Stradanus ) datant des environs de 1600, où on reconnait clairement les appareils à distiller, décrits et illustrés par l'apothicaire strasbourgeois : on distingue les chapiteaux de type alambic (au centre) etrosenhut (sur la droite) ; au premier plan un apprenti pile des plantes destinées à remplir les cucurbites.

Sur les autres projets Wikimedia :