Il devient célèbre grâce à ses grandes sculpturesabstraites en bronze et en marbre taillé. Solidement soutenu par la communauté artistique britannique, Moore contribue à introduire une forme particulière demodernisme auRoyaume-Uni, en s'inspirant des styles ditsprimitifs de civilisations anciennes tels que le styleminoen, assyrien, babylonien, romano-gothique, observés au British Museum, et plus tard, de l'artmaya.
Son talent est reconnu dès 1950, année où il est élu membre de l'Académie royale suédoise des Beaux-Arts. Il est ensuite nommédocteurhonoris causa dans un grand nombre d'universités à travers le monde[note 1]. Ses œuvres ont atteint une cote très élevée sur le marché mondial dès queSotheby's etChristie's ont pu reprendre leur activité normale après laguerre àLondres et àNew York. Cependant, Moore vivait modestement et la plus grande partie de sa fortune a été versée à laFondation Henry Moore, qui continue à soutenir l'éducation et la promotion artistiques.
La plupart de ses sculptures représentent une silhouette couchée, souvent féminine, parfois percée d'un rond dans le corps surtout à partir des années 1960. Moore a été inspiré par l'arttoltèque — notamment par une sculpturemaya connue sous le nom de « Chac Mool », dont il a vu une reproduction enplâtre àParis en1925. De plus en plus monumentales, de plus en plus abstraites, parfois désarticulées, les sculptures de l'artiste ont fait l'objet de commandes officielles notamment laMontagne unique du City Center deDallas, bronze de plus de 12 m, également connue sous le nom deDallas Piece[1],[2].
Moore a également réalisé un grand nombre de dessins, certains réunis en carnets, dont le plus célèbre est leCarnet de l'abri, conservé auBritish Museum, dont les dessins ont été faits dans les abris pendant les bombardements de Londres.
Moore naît àCastleford (dans leYorkshire de l'Ouest), septième des huit enfants de Raymond Spencer Moore et Mary Baker. Son père est ingénieur des mines, et sous-directeur de lamine de charbon Wheldale à Castleford. De 1902 à 1910, après des études à l'école primaire de Castleford, il obtient une bourse pour laGrammar school locale[3]. Il est bachelier dès 1915 et il commence à étudier pour devenir enseignant, métier qu'il exerce dès 1916 dans le collège de Castleford où il a fait toutes ses études[4]
Pendant ses études primaires, Moore est encouragé par son professeur d'art, une jeune femme fraîchement nommée au collège de Castleford : Alice Goldstick qui a exercé une profonde influence sur ses élèves en leur faisant connaître notamment les formules stylistiques mélangeant leminoen, l'assyro-babylonien, et le romano-gothique[5]. Alice était d'une famille franco-anglaise. Elle donne des cours le vendredi après-midi en montrant à ses élèves des revues d'art telles queStudio magazine. Moore alors avait à peine dix ans. C'est Alice Goldstick qui lui donne ses premiers outils à sculpter le bois. L'enfant n'avait alors utilisé qu'un petit couteau de poche. C'est encore Alice qui lui permet d'obtenir une bourse d'études d'art récemment créée, celled'ancien combattant boursier lors de son retour en Angleterre[6], après la Grande guerre, lorsque le jeune homme est revenu à la vie civile, en 1919. C'est avec cette bourse qu'il peut entrer à l'école des beaux-arts deLeeds[7].
En1917, Moore est appelé sous les drapeaux. Mobilisé au15e régiment de Londres du Civil Service Rifles, service des fonctionnaires de l'armée[3] au début de laPremière Guerre mondiale. Il est envoyé sur le front français où il participe à labataille d'Arras (1917), puis à labataille de Cambrai (1917) au cours de laquelle il est gazé. Il est rapatrié en Angleterre. Rapidement rétabli, il devient entraîneur d'éducation physique et instructeur d'école de baïonnette avec le grade de soldat de première classe, et il est de nouveau envoyé au combat en France[3] . Alice Coreia remarque que son attitude vis-à-vis de la guerre et les déclarations contradictoires qu'il a faites ensuite, ne sont pas dénuées d'ambiguïté[8]. Il déclare d'abord « Pour moi, la guerre s'est déroulée dans la brume romantique de l'espoir d'être un héros (…) je n'étais pas horrifié par la guerre, je voulais gagner une médaille »[9] traduction partielle de la citation intégrale[note 2]. Puis plus tard il écrit dans une lettre à Lucie Defty « Le grand bain de sang et la douleur, l'insupportable angoisse et la perversion, les larmes et la malfaisance humaine de la guerre. Mon expérience en France m'a fait penser à Dieu, à la mort, au devoir (…). La grande erreur de la religion, selon ce que j'en sais, est de faire croire que Dieu est de notre côté. Qu'il est fort et puissant et bon. Mais s'Il était tout puissant, il n'y aurait jamais eu ce que j'ai expérimenté: la grand bain de sang, la grande douleur, l'insupportable agonie, la perversion, les larmes et l'inhumaine et diabolique guerre, n'auraient jamais existé[10] traduction partielle[11] de la citation intégrale[note 3].
1929,Masque en béton coulé.Henry Moore Tate Britain
En 1919, après avoir repris son travail d'enseignant, Moore ayant reçu une bourse d'ancien combattant s'inscrit à l'école de beaux-arts deLeeds. Il reconnait qu'à cette époque il doit beaucoup à un camarade de cours : Albert Wainwright[12] qui s'est intéressé à sa peinture, ainsi qu'à un professeur exigeant : Mr Pearson qui savait préparer ses élèves, Moore achève en trois ans son cycle à l'école de Leeds[13].L'école lui fournit avant tout une formation technique, artisanale, mais elle lui permet aussi de rencontrer Michael Sadler, à la fois recteur de l'université de Leeds et un des tout premiers collectionneurs d'art moderne, qui possède notamment des tableaux deCézanne,Gauguin, et qui a traduit les textes deKandinsky[6]. Grâce à lui, Moore découvre les voies suivies par les artistes dupost-impressionnisme, et au même moment, il trouve à la bibliothèque publique de Leeds l'ouvrage deRoger FryVision and design qui donne une explication pratique, historique, et théorique de la sculpture, et qui confirme les propres intuitions du jeune sculpteur[14]. En particulier l'essai de FryEssay on aesthetics le conforte dans son idée que la réalité n'a rien à voir avec l'imitation de celle-ci, et qu'elle est puissamment exprimée dans des œuvres de l'art nègre, de l'art primitif, aussi bien que dans celle deGiotto,Masaccio, Cézanne ouPablo Picasso[15].
En1921, Moore obtient une bourse pour étudier la sculpture auRoyal College of Art (RCA) àLondres[3]. Ravi de n'avoir pas étudié dans une école des beaux-arts avant sa vingt et unième année, il porte un jugement très sévère sur les perspectives fermées de l'académisme :« quelque enthousiasme, quelque faicheur qu'ils aient pu avoir s'éteignaient bien vite ou finissaient par disparaître dans la pratique routinière des copies d'après l'antique, de dessins soigneusement ombrés à l'estompe, sans qu'ils aient la moindre connaissance de la forme[16], » également cité par Alice Correia[17]Dès lors, Moore se plonge dans l'étude des dessins et des sculptures de Michel-Ange, le maître italien qu'il allait admirer au British Museum. Parmi les histoires que raconte son professeur, Moore cite un récit sur Michel Ange, qui ayant sculpté un vieux lion, s'entend dire par un passant qu'un vieux lion ne peut pas avoir toutes ses dents. Aussitôt Michel-Ange prit son ciseau et les cassa[18]. Les points de vue du jeune sculpteur rejoignent ceux de Michel-Ange. Et de même qu'en début de carrière Michel-Ange avait choisi la représentation du corps humain, Moore sculpteLa Maternité, à l'âge de 26 ans. La sculptureMère et enfant de la cathédrale Saint Paul de Londres a été réalisée à partir d'une maquette exécutée plus de soixante ans plus tard[19].
En 1923, Moore effectue un premier voyage àParis où il est présenté àAristide Maillol parWilliam Rothenstein et où il étudie la collection Pellerin, dont lesCézanne font grande impression sur lui[20]. La découverte de cette collection est un véritable choc pour le jeune artiste : il découvre les éléments fondamentaux de structures et de figure exprimant la réalité sans détails naturalistes superflus[21]. Nommé en 1924 professeur à l'école de sculpture du royal collège pour sept ans, il reçoit une bourse de voyage de six mois pour l'Italie où il s'attache, particulièrement àFlorence, à deux artistes : Giotto et Masaccio. La peinture de Giotto lui paraît la plus belle qu'il ait jamais vu écrit-il à William Rothenstein. Mais il fait aussi des croquis des sculptures de maîtres romains. Notamment le groupe romain tardifLes Trois Grâces de la bibliothèque Piccolomini de lacathédrale de Sienne[22]. L'autre source d'inspiration du jeune sculpteur est la collection d'œuvres pré-colombiennes duBritish Museum, mais aussi des sculptures sumériennes, cycladiques, mésopotamiennes, africaines , ceux que l'on appelle les primitifs et dont Moore déclare que« la qualité de cette sculpture primitive est sa surprenante vitalité. Elle est l'œuvre d'hommes qui ont une réponse à la vie directe et immédiate : la sculpture et la peinture était pour eux, un moyen d'exprimer des croyances, des espoirs et des craintes d'un grande force[23]. » Entre 1921 et 1926, Henry Moore a rempli six carnets de dessins d'après les sculpturesprimitives. Mais il ne trouve nulle application de ces principes dans la sculpture anglaise à l'exception deJacob Epstein etGaudier[24].
À partir de 1925, nommé par Sir William Rothenstein professeur assistant de sculpture au Royal college of art pour une période de sept ans, Moore reçoit un salaire qui lui permet d'avoir une certaine indépendance matérielle et de se consacrer à son propre travail. Partant des principes de Cézanne, il applique la leçon deBrancusi« La simplicité n'est pas le but suprême de l'art, mais nous atteignons malgré nous en nous rapprochant du réel des choses[25] » Cependant, toujours en proie au doute, le jeune artiste détruit un grand nombre de ses œuvres qui ne le satisfont pas , pendant six mois entre 1925 et 1926[26].
Vent d'Ouest (1928-29) première commande publique de l'artiste.
En 1928, il accepte à contrecœur une commande de l'architecteCharles Holden pour un relief destiné au siège récemment inauguré de la Compagnie des transports de Londres. Il s'agit d'une figure étendue de Moore commente lui-même quelques années plus tard :
« j'ai accepté de sculpter ce relief pour l'Underground Building (siège du métro de Londres) sans le moindre désir de me livrer à ce genre de sculpture […] J'étais jeune, quand on est jeune, on se laisse facilement convaincre qu'un travail qui ne vous convient pas est un problème que l'on refuse d'affronter. C'est ainsi que j'ai sculpté cette personnification duVent d'ouest, en taillant aussi profond que les conditions me le permettaient afin de suggérer une ronde-bosse[28]. »
De fait, une sculpture en relief était considérée par l'artiste comme humiliante, au point queVent d'ouest est devenuVent du Nord, tandis que Moore réalisait un carnet de dessins intituléCarnet du Vent d'ouest[29].
Cette même année 1928, Moore a sa première exposition personnelle à la Warren Gallery de Londres. Il présente quarante-deux sculptures et cinquante et un dessins, œuvres réalisées entre 1922 et 1928. La presse lui réserve un accueil mitigé. Bien que Moore ait largement attiré l'attention, les commentaires ne sont pas tous favorables[30]. Les sculptures sont encore largement influencées desarts primitifs, des maternités « carrées » qui rappellent les arts amérindiens, des têtes proches des arts africains, des dessins de nus debout assez classiques, mais aussi un dessin de baigneusesStudies of Female Bathers (1925) qui montre une avancée vers la stylisation du trait et unTorso (1927) en bois africain qui montre une application de « la leçon de Brancusi »[31]. Une partie des œuvres exposées est en ligne[32], très représentatives des travaux de cette période et des matériaux utilisés successivement par l'artiste : pierre, bois, béton, et uneReclining figure en béton coulé[33].
En juillet1929, il épouse Irina Radetsky, une étudiante en peinture au RCA. Irina est née àKiev le de parents ukrainiens et polonais. Après leur mariage, elle commence à poser pour Moore[3]. À cette époque, l'artiste utilise de nouveaux matériaux : des marbres de toutes couleurs, mais il continue à utiliser des pierres anglaises, en particulier celles de Hornton[34] qu'il a découvertes en visitant leGeological Museum of South Kensington qui était à côté de son école[35].
Peu de temps après leur mariage, le couple emménage dans un studio àHampstead, rejoignant ainsi une petite colonie d'artistes avant-gardistes. Peu après,Barbara Hepworth et son partenaireBen Nicholson emménagent dans un autre studio proche de celui de Moore, alors queNaum Gabo et le critique d'artHerbert Read vivent aussi dans ce quartier. Cela crée rapidement un terrain fertile d'idées et de créativité, que les publications de Read peuvent mettre en valeur et ainsi mieux faire connaître les travaux de Moore[réf. nécessaire].
Au début desannées 1930, Moore devient Directeur du Département de Sculpture àl'école d'Art de Chelsea. Artistiquement, Moore, Hepworth et les autres membres de laSeven and Five Society développent progressivement des œuvres de plus en plus abstraites, en partie influencées par leurs voyages fréquents àParis et les contacts de certains grands artistes français, tels quePicasso,Braque,Arp etGiacometti. Moore flirte avec leSurréalisme, rejoignant le groupeUnit One dePaul Nash en1933. Moore etPaul Nash sont membres du comité organisateur de l'Exposition surréaliste internationale de Londres de 1936 (titre original:the London International Surrealist Exhibition). À cette époque, Moore change progressivement de technique de sculpture, passant de la taille directe à la fonte du bronze, modelant sesmaquettes préliminaires dans la glaise ou le plâtre[réf. nécessaire].
Cette période inventive et productive est interrompue par laSeconde Guerre mondiale. L'École d'Art de Chelsea est transférée àNorthampton, et Moore refuse son poste d'enseignant. Pendant la guerre, Moore a exécuté de nombreux dessins dans les abris de Londres pendant les bombardements[36].
Leur maison de Hampstead ayant été touchée par un éclat d'obus, Moore et sa femme Irina quittent Londres pour s'installer dans le domaine de Hoglands, à Perry Green près deMuch Hadham,Hertfordshire. Ce lieu devient la résidence définitive et l'atelier d'Henry Moore. Le sculpteur, qui deviendra par la suite très riche, n'éprouvera pourtant jamais le besoin de déménager dans une maison plus grande et, à part l'acquisition de quelques dépendances et ateliers, la maison changera assez peu.
Figure étendue à deux piècesno 5, Bronze (1963-64, titre original :Two Piece Reclining Figure No. 5),Kenwood House, Londres.Pièce fermant à clé (titre original :Locking Piece) par Henry Moore, située à Millbank sur les rives de la Tamise à Londres. Sculptée en 1963 et présentée par l'artiste en 1978 à laGalerie Tate, cette pièce a été prêtée à la ville de Westminster.
Après la guerre et après quelques tentatives infructueuses, Irina donne naissance à leur fille, Mary le. Cet enfant reçoit le nom de la mère de Moore, morte deux ans plus tôt. Ces deux évènements associés, la perte de sa mère et la naissance de sa fille, laissent Moore méditer sur le thème de la famille, ce qu'il exprime dans son œuvre en produisant plusieurs compositionsMère-et-Enfant (titre original:Mother-and-Child). Les sculpturesFigures étendues restent elles aussi très populaires (titre original:Reclining Figures). La même année, Moore fait sa première visite aux États-Unis, pour une exposition rétrospective sur son œuvre auMusée d'Art Moderne de New York. En 1948, il remporte le Prix International de Sculpture à laXXIVeBiennale de Venise.
L'Archer, Toronto.
Vers la fin de la guerre, Henry Morris s'adresse à Moore, car il veut proposer une réforme de l'éducation avec le concept d'université village(en). Morris a déjà engagéWalter Gropius en tant qu'architecte pour sa seconde "université village" àImpington Village College(en) près deCambridge et il demande à Moore de dessiner une grande sculpture publique pour ce site[réf. nécessaire]. Malheureusement leConseil du Comté ne peut se permettre de financer la totalité du projet de Gropius et réduit la taille du projet lorsque Gropius émigre aux États-Unis[réf. nécessaire]. Manquant de fonds, Morris doit annuler la commande de sculpture de Moore qui ne dépasse pas le stade de la maquette. Heureusement, Moore peut réutiliser la conception de cette maquette en1950 pour une commande similaire à l'extérieur d'un lycée pour la nouvelle ville deStevenage. Cette fois, le projet aboutit etFamily Group (Groupe Familial) devient la première sculpture publique en bronze et de grande échelle de Moore[réf. nécessaire].
Dans lesannées 1950, Moore commence à recevoir des commandes de plus en plus importantes, dont celle du bâtiment de l'UNESCO àParis en1957[réf. nécessaire]. Avec de plus en plus d'œuvres publiques à produire, les sculptures de Moore deviennent de plus en plusmonumentales et il se met à employer quelques assistants pour l'aider àMuch Hadham, dontAnthony Caro par exemple[réf. nécessaire].
En 1965, Henry achète une maison en Italie, àForte dei Marmi, près deCarrare. Dans les années qui vont suivre, les récompenses, honneurs et commandes monumentales vont se succéder. En 1968, une première grande rétrospective Moore a lieu à laTate Gallery à l'occasion de ses soixante dix ans. En 1972, une autre grande rétrospective se tient àFlorence. LeHenry Moore sculpture center est inauguré à l'Art Gallery of Ontario, Toronto. 1977 voit la création de laHenry Moore Foundation, l'année suivante, l'artiste donne un grand nombre de ses œuvres à la Tate Gallery[37].
Figure étendue (1951, titre original :Reclining Figure) est caractéristique des sculptures de Moore, avec une silhouette féminine abstraite entrecoupée d'espace vides. Il existe plusieurs versions en bronze de cette sculpture, mais celle-ci est faite de plâtre peint.
Henry Moore est très connu pour ses bronzes abstraits monumentaux, visibles à de nombreux endroits à travers le monde. Les sujets sont habituellement des abstractions de silhouettes humaines, telles queMère-et-Enfant (titre original :Mother-and-Child) ouFigures étendues (titre original :Reclining Figures).
À part quelques représentations de « groupes familiaux » dans lesannées 1950, le sujet est presque toujours une silhouette féminine. De plus, les sculptures de Moore sont souvent percées ou contiennent des cavités, des excavations. Beaucoup interprètent la forme ondulée de ces silhouettes étendues comme des références au paysage et aux vallées duYorkshire, lieu de naissance de l'artiste.
Quand la nièce de Moore lui demande pourquoi ses sculptures ont de si simples titres, il répond :
« Tout art doit avoir un certain mystère et doit interroger le spectateur. Donner à une sculpture ou à un dessin un titre trop explicite enlève une part de ce mystère, et ainsi le spectateur se déplace vers l'objet suivant, sans faire l'effort de mesurer le sens de ce qu'il vient de voir. Tout le monde pense avoir compris, mais en fait pas vraiment, tu sais. »
Citation originale :
« All art should have a certain mystery and should make demands on the spectator. Giving a sculpture or a drawing too explicit a title takes away part of that mystery so that the spectator moves on to the next object, making no effort to ponder the meaning of what he has just seen. Everyone thinks that he or she looks but they don't really, you know. »
Les premières sculptures de Moore sont centrées sur la taille directe dans laquelle la forme de la sculpture évolue à mesure que l'artiste taille dans le bloc[38]. Dans les années 1930, la transition de Moore dans leModernisme est parallèle à celle deBarbara Hepworth. Ces deux sculpteurs, ainsi que d'autres artistes vivant àHampstead, découvrent ainsi de nombreuses idées nouvelles. Moore fait de nombreuses esquisses et dessins préparatoires pour chacune de ses sculptures. La plupart de ces carnets de croquis ont survécu et donnent un bon aperçu de son développement et de sa méthodologie. Vers la fin desannées 1940 Moore produit de plus en plus de sculptures par modelage, en travaillant les formes dans laglaise ou dans leplâtre avant de produire le travail final en bronze par la technique de lacire perdue.
Après laSeconde Guerre mondiale, les bronzes de Moore deviennent sculptures monumentales, particulièrement pour les commandes d'« art public » comme laSilhouette au repos, piazza du siège de l'UNESCO, Paris[39], qu'il reçoit. Pour des raisons techniques, il abandonne largement la taille directe, et emploie plusieurs assistants pour l'aider à produire sesmaquettes.
Dans sa résidence àMuch Hadham, Moore établit une collection d'objets naturels, de squelettes,bois flottés, galets et coquillages, pour se créer une source d'inspiration pour les formes organiques. Pour ses plus grandes œuvres, il produit souvent un modèle réduit de moitié avant de travailler sur le moulage final et la fonte du bronze. Quelquefois un modèle en plâtre de taille réelle est construit, permettant à Moore d'affiner la forme finale et d'ajouter quelques marques avant la fonte[40].
Depuis 1977, sa sculptureThe Egg est attribuée et conservée pendant une année par le musée lauréat duPrix du musée européen de l'année.
Moore a apporté un soin tout particulier à la conservation des dessins qu'il a réalisés au Royal College of Art de Londres. Mais on connaît très peu ceux qu'il a fait à l'école de Leeds. C'est principalement Alice Goldsticks qui a conservé ceux qu'il lui envoyait du camp militaire proche deWinchester[13].
Moore a reconnu sa dette envers un camarade de cours nommé Albert Wainwright[note 4], qui lui avait fait connaître l'œuvre d'Aubrey Beardsley dont Moore s'est inspiré[13]. Mais aussi l'importance de l'enseignement de Monsieur Pearson qui aimait à citer un mot d'Ingres : « le dessin est la probité dans l'art »[13]. Mais c'est au Royal College de Londres que Moore a été le plus influencé par les dessins de Michel Ange qu'il a pu observer au British Museum. Quatre siècles séparent les deux artistes et pourtant, selon Ann Garrould, leurs points de vue sont très proches[41].
De 1921 à 1926, Moore a rempli six carnets de croquis d'après des sculpturesprimitives, choisissant pour thème le corps humain[41]. Toutefois les premiers dessins de l'artiste relèvent de deux catégories : ceux dont le propos est d'étudier un objet en trois dimensions, et ceux qui, de 1921 à 1925 ne représentent ni des croquis de sculpture, ni des figures humaines, mais des thèmes qu'il traitera à nouveau dans les années 1970-1980 : chèvres, paysages, arbres, principalement exécutés lors de son séjour en Italie en 1925[19].(suite à venir)
Les trente dernières années de sa vie sont similaires, avec plusieurs grandes rétrospectives dans le monde entier, notamment une importante exposition pendant l'été1972 auForte di Belvedere[42] surplombantFlorence. Vers la fin des années 1970, on peut compter environ 40 expositions par an présentant son œuvre.
Le nombre de commandes continue d'augmenter. Il termineTranchant de couteau à deux pièces en1962 (titre original :Knife Edge - Two Piece) pour un site proche desChambres du Parlement à Londres. Moore commente son travail :
« Quand on m'offrit le site proche de laChambre des lords… J'aimais tellement l'endroit je n'ai pas pris la peine d'aller voir un site alternatif dansHyde Park — une sculpture unique serait perdue dans un si grand parc. La Chambre des lords est très différente. C'est très proche d'un chemin où les gens marchent, et il existe quelques sièges où ils peuvent s'arrêter et contempler. »
Citation originale :
« When I was offered the site near the House of Lords… I liked the place so much that I didn't bother to go and see an alternative site in Hyde Park — one lonely sculpture can be lost in a large park. The House of Lords site is quite different. It is next to a path where people walk and it has a few seats where they can sit and contemplate it. »
Comme sa richesse personnelle augmente considérablement, Moore s'intéresse à ses legs. Avec l'aide de sa fille Mary, il crée letrust Henry Moore en1972, en vue de protéger sa propriété desdroits de succession. Vers1977 il paie aux impôts environ un million de Livres par an.
Pour adoucir ce fardeau de taxes il établit la Fondation Henry Moore, déclarée comme fondation de charité, avec Irina et Mary comme administrateurs. La Fondation est établie afin de promouvoir la vulgarisation de l'Art et pour préserver les sculptures de Moore. Cette fondation gère aujourd'hui une galerie et un musée dans les ateliers de Moore à Hoglands.
- :Henry Moore / Sculptures et dessins, Orangerie des Tuileries, RMN, Paris.
1981 : Palacio de Velázquez,Madrid, sculpture, gravures et dessins.
Fin 2010, début 2011 : exposition sur son atelier (croquis, esquisses, éléments naturels d'inspiration, maquettes), aumusée Rodin de Paris,rue de Varenne.
1963-1964 :Lambert Locking Piece, pour laBanque Lambert, œuvre exposée de 1964 à 2013 sur le parvis du bâtiment situé avenue Marnix àBruxelles, aujourd'hui siège d'ING Belgique. La sculpture est vendue en 2013 parAlbert Frère à un collectionneur privé, et a été emportée le[45].
↑1953 : Londres, 1958 : Harvard, 1959 : Cambridge et Reading, 1968 : Toronto et d'autres, Russoli, Mitchinson, Moore p. 304-305.
↑For me, the war passed in a romantic haze of hoping to be a hero. Sometimes in France there were 3 or 4 days of great danger, when you thought there wasn't any chance of getting through. Then all one felt was sadness, at having taken so much trouble for no purpose. But on the whole I enjoyed the army." And again in 1986, shortly before his death, he said: « I was not horrified by war, I wanted to win a medal. »
↑Death, since the war is not, I think, a stranger to many of our modern poets. Many people however make death a stranger from their fear of it, their fear of even its contemplation.My experience in France made me thinkmuch about God, and death, and duty. Some of my thoughts were very vague, too vague, some of them, to be expressed. The one great mistake in religion, as I have known it, is the belief it creates in one, that god is on my team. He is strong, and powerful,and good. But were He almighty, the things I saw and experienced, the great bloodshed, the great pain, the insufferable agony, and the depravity, the tears, and inhuman devilishness of the war would, could, never have been.
↑Devenu par la suite un illustrateur reconnu en Angleterre.
Franco Russoli, David Mitchinson et Henry Moore,Henry Moore, sculpture, Paris,Les Éditions Cercle d'art,, 315 p.David Mitchinson a été jusqu'en 2010 directeur de la fondation Henry Moore. L'ouvrage comporte des commentaires de l'artiste sur ses sculptures, une chronologie et une présentation de Franco Russoli, une biographie de David Mitchinson
100 crimes contre l'art deKarin Müller relate le vol deFigure étendue (Reclining Figure 1969-1970) en 2005 à la fondation Henry-Moore de Perry Green (Grande-Bretagne)(ISBN978-2-36476-021-9)