Henry James, né le 15 avril 1843 àNew York, et mort le 28 février 1916 àLondres, est unécrivainaméricain. Il obtient la nationalité britannique le 26 juillet 1915.
La fortune acquise par son grand-père, émigré irlandais arrivé auxÉtats-Unis en 1789, a mis la famille à l'abri des servitudes de la vie quotidienne. Son frère aîné,William James, deviendra professeur àHarvard et se fera connaître pour sa philosophie pragmatiste. Malgré des liens solides, la rivalité entre les deux frères créa toujours des conflits latents.
Dans sa jeunesse, James voyage en permanence entre l'Europe et l'Amérique, éduqué par des tuteurs à Genève, Londres, Paris, Bologne et Bonn. Dès l'enfance, il lit les classiques des littératures anglaise, américaine, française et allemande mais aussi les traductions des classiques russes. Après un séjour de cinq ans en Europe, la famille s'établit, en 1860, enNouvelle-Angleterre où elle demeura pendant la guerre civile.
À l'âge de19 ans, il est brièvement inscrit à lafaculté de droit de Harvard, rapidement abandonnée face au désir d'être « tout simplement littéraire ». En 1863, il publie anonymement sa première nouvelle,Une tragédie de l'erreur (A Tragedy of Errors), ainsi que des comptes rendus critiques destinés à des revues.L'Histoire d'une année (The Story of a Year), sa première nouvelle signée, paraît dans le numéro de mars 1865 de l'Atlantic Monthly.
De février 1869 au printemps 1870, Henry James voyage en Europe, d'abord enAngleterre, puis enFrance, enSuisse et enItalie. De retour àCambridge, il publie son premier roman,Le Regard aux aguets, écrit entre Venise et Paris. De mai 1872 à mars 1874, il accompagne sa sœur Alice et sa tante en Europe où il écrit des comptes rendus de voyage pourThe Nation. Il commence àRome l'écriture de son deuxième romanRoderick Hudson, publié à partir de janvier 1875 dans l’Atlantic Monthly, qui inaugure le thème « international » de la confrontation des cultures d'une Europe raffinée et souvent amorale, et d'une Amérique plus fruste, mais plus droite. À cette époque, il aborde aussi le genre fantastique avec la nouvelleLe Dernier des Valerii (1874), inspirée deMérimée, avant de trouver sa voie propre dans leshistoires de fantômes (Ghost Tales), où il excelle, comme le prouve notammentLe Tour d'écrou (1898).
Après quelques mois àNew York, il s'embarque à nouveau pour l'Europe le. Après un séjour àParis, où il se lie d'amitié avecTourgueniev et rencontreFlaubert,Zola,Maupassant etAlphonse Daudet, il s'installe, en juillet 1876, àLondres. Les cinq années qu'il y passe seront fécondes : outre de nombreuses nouvelles, il publieL'Américain,Les Européens, un essai sur les poètes et romanciers françaisFrench Poets and Novelists, etc.Daisy Miller lui vaut la renommée des deux côtés de l'Atlantique. AprèsWashington Square,Portrait de femme est souvent considéré comme une conclusion magistrale de la première manière de l'écrivain.
Sa mère meurt en janvier 1882, alors que James séjourne àWashington. Il revient àLondres en mai et effectue un voyage enFrance (d'où naîtra, sous le titreA Little Tour in France, un petit guide qui servira à plusieurs générations de voyageurs dans les régions de la Loire et du Midi). Il rentre de façon précipitée auxÉtats-Unis où son père meurt le 18 décembre, avant son arrivée. Il revient àLondres au printemps 1883. L'année suivante, sa sœur Alice, très névrosée, le rejoint àLondres où elle mourra le.
Bien qu'il soit devenu un auteur au talent reconnu, les revenus de ses livres restent modestes. Dans l'espoir d'un succès plus important, il décide alors de se consacrer au théâtre. En 1891, une version dramatique deL'Américain rencontre un petit succès en province, mais reçoit un accueil plus mitigé àLondres. Il écrira ensuite plusieurs pièces qui ne seront pas montées.
En 1895, la première deGuy Domville finit dans la confusion et sous les huées. Après cet échec, il revient au roman, mais en y appliquant peu à peu les nouvelles compétences techniques acquises au cours de sa courte carrière dramatique.
En 1903, James a soixante ans et un « mal du pays passionné » l'envahit. Le, il débarque àNew York, pour la première fois depuis vingt ans. Il quitte lesÉtats-Unis le, après avoir donné de nombreuses conférences à travers tout le pays. Ses impressions seront réunies dans un essai intituléLa Scène américaine (The American Scene).
Avant son retour enAngleterre, il met au point, avec lesÉditions Scribner, le projet d'une édition définitive de ses écrits,The Novels and Tales of Henry James, New York Edition, qui comportera, à terme, vingt-six volumes. Entre 1906 et 1909, il travaille à l'établissement des textes, n'hésitant pas à apporter des corrections significatives à ses œuvres les plus anciennes, et rédige dix-huit préfaces qui donnent des vues pénétrantes sur la genèse de ses œuvres et ses théories littéraires. Le manque de succès de cette entreprise l'affecte durablement.
Son portrait parJohn Singer Sargent a été commandé pour célébrer le soixante-dixième anniversaire de James par un groupe de 269 abonnés. Finalement, l'artiste, un compatriote américain et ami, a renoncé à ses honoraires. Une fois terminé, James déclare que le portrait est « une ressemblance vivante et un chef-d'œuvre de la peinture ». Présenté à l'exposition de laRoyal Academy en mai 1914, le portrait est défiguré par une suffragette nommée Mary Wood, qui coupe la toile trois fois avec un couperet à viande autour de l'œil droit avant d'être appréhendée[1].
Henry James nourrit très tôt l'ambition d'une carrière d'homme de lettres. Son premier écrit publié est la critique d'une interprétation[3], qui reflète son intérêt de toujours pour l'art de l'acteur.
Jusqu'à ses50 ans, James vit de son écriture, principalement par ses contributions dans des mensuels illustrés anglais et américains, mais après la mort de sa sœur, en 1892, ses royalties s'ajoutent à un modeste revenu provenant des propriétés familiales deSyracuse. Ses romans paraissent en épisodes avant l'édition en livre. Il écrit avec une régularité qui empêche les révisions ultérieures.
Pour augmenter ses revenus, il est aussi très souvent publié pour les journaux, écrivant jusqu'à sa mort dans des genres très variés sur différents supports. Dans ses critiques de fiction, de théâtre et de peinture, il développe l'idée de l'unité des arts. Il aura écrit deux longues biographies, deux volumes de mémoire sur son enfance et un long fragment d'autobiographie ; 22 romans, dont deux inachevés à sa mort, 112 contes et nouvelles de diverses longueurs, quinzepièces de théâtre, et des dizaines d'essais à thème ou autres récits de voyages.
Ses biographies et les critiques littéraires permettent de citerIbsen,Hawthorne,Balzac, etTourgueniev comme ses influences majeures[4]. Il révisa ses grands romans et de nombreux contes et nouvelles pour l'édition d'anthologie de son œuvre de fiction, dont les vingt-trois volumes constituent son autobiographie artistique qu'il appela « TheNew York Edition » pour réaffirmer les liens qui l'ont toujours uni à sa ville natale. Dans son essaiThe Art of Fiction, ainsi qu'en préface de chaque volume deThe New York Edition, l'écrivain explique sa vision de l'art de la fiction, en insistant sur l'importance de personnages et descriptions réalistes à travers les yeux et la pensée d'un narrateur impliqué dans le récit.
À différents moments de sa carrière, Henry James écrivit des pièces de théâtre, en commençant par des pièces en un acte pour des magazines, entre 1869 et 1871[5], et l'adaptation dramatique de sa fameuse nouvelleDaisy Miller en 1882[6].
De 1890 à 1892, il se consacre à réussir sur la scène londonienne, écrivant six pièces, dont seule l'adaptation de son romanL'Américain sera produite. Celle-ci fut représentée plusieurs années de suite par une compagnie de répertoire et avec succès à Londres, sans toutefois s'avérer très lucrative pour son auteur. Ses autres pièces ne seront pas produites. Aussi cesse-t-il, après la mort de sa sœur Alice en 1892, de se consacrer au théâtre. Voulant améliorer ses revenus, il constate l'échec de son entreprise.
Pourtant, en 1893, il répond à la demande de l'acteur-impresario George Alexander qui lui commande une pièce sérieuse pour la réouverture après rénovation du St. James's Theatre. Henry James écrit alors le drameGuy Domville que produit donc George Alexander. Le soir de la première, le, s'achève sous les sifflets du public. L'auteur s'en montre affecté, mais l'incident ne se répètera pas : les critiques sont bonnes et la pièce est jouée pendant cinq semaines avant d'être remplacée parL'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde, pour laquelle George Alexander prévoit de meilleurs lendemains pour la saison à venir.
Henry James ne voulait plus écrire pour le théâtre. Mais les semaines suivantes, il accepte d'écrire un lever de rideau pour Ellen Terry. Ce sera la pièce en un acteSummersoft, qu'il adaptera ensuite en nouvelle, intituléeCovering End, avant d'en faire une version longue pour la scène,The High Bid, brièvement produit à Londres en 1907. Revenant à l'écriture dramatique, il écrit alors trois nouvelles pièces. Deux d'entre elles étaient en production au moment de la mort d'Édouard VII le qui plonge Londres dans le deuil, entraînant la fermeture des théâtres.
Découragé par une santé défaillante et le stress du travail théâtral, Henry James ne renouvela pas ses efforts, mais recycla ses pièces en romans à succès.Le Tollé fut un best-seller à sa publication américaine en 1911. À l'époque de son implication théâtrale, de 1890 à 1893, il exerça également la fonction de critique et aida Elizabeth Robins et d'autres à traduire et monterHenrik Ibsen pour la première fois sur une scène londonienne[7].
Il meurt le 28 février 1916 àChelsea, quartier de Londres.
Henry James ne s'est jamais marié. Installé à Londres, il se présentait comme un célibataire endurci et rejetait régulièrement toute suggestion de mariage. Après sa mort, des critiques s’interrogèrent sur les raisons de son célibat. Dans ses écrits sur la famille James, F. W. Dupee émit l’hypothèse qu’il était amoureux de sa cousine Mary (« Minnie ») Temple, mais qu'une peur névrotique de la sexualité l’aurait empêché d'admettre ses sentiments : « Les problèmes de santé d'Henry James [...] étaient les symptômes de la peur ou du dégoût que lui inspirait l'acte sexuel. »
Dupee s’appuie sur un passage des mémoires de l'écrivain,A Small Boy and Others, dans lequel celui-ci rapporte un cauchemar qui avait suivi une visite au Louvre, où il avait pu voir des tableaux à la gloire de Napoléon[8]. Il donne ce rêve en exemple de l’idée romantique que James se faisait de l’Europe, pur univers de fantaisie napoléonienne où il alla chercher refuge[9].
Une telle analyse semblait donner raison aux critiques littéraires, tels que Van Wyck Brooks et Vernon Parrington ; ils avaient à l’époque condamné la façon dont Henry James avait quitté les États-Unis, et critiqué son œuvre qu'ils jugeaient celle d’un déraciné efféminé. Leon Edel fit de cette névrose les prémisses d’une remarquable biographie qui fit longtemps autorité. Mais Dupee n’avait pas eu accès aux archives de la famille James, ayant consulté principalement les Mémoires de son frère aîné et l’édition d’une partie de sa correspondance due à Percy Lubbock, qui rassemblait en majorité des lettres datant de la fin de sa vie. C’est peut-être pour cette raison que le portrait de Dupee montre un Henry James passant directement de l’enfance auprès de son frère aîné aux problèmes de santé de l’âge mûr.
Au fur et à mesure de la mise au jour des archives, dont les journaux intimes de contemporains et des centaines de lettres sentimentales et, parfois, érotiques, écrites par James à des hommes plus jeunes que lui, la figure du célibataire névrosé laisse la place à celle de l'homosexuel honteux. Comme le déclara l'auteurTerry Eagleton : «… les critiques homosexuels débattent pour savoir à quel point était réprimée sa (probable) homosexualité[10]… »
Les lettres de Henry James au sculpteur expatriéHendrik Christian Andersen ont fait l'objet d'une attention particulière. James rencontre le jeune artiste de27 ans à Rome en 1899, alors que lui-même a56 ans, et il lui écrit des lettres particulièrement enflammées :
« Je te tiens, très cher garçon, dans mon amour le plus profond et en espère autant pour moi ; dans chaque battement de ton âme[11]. »
Dans une lettre du à son frère William, il se définit comme « ton Henry toujours célibataire sans espoir bien que sexagénaire[12]. » La vérité de cette assertion a fait l'objet de controverses parmi les biographes de l'auteur[13], mais les lettres à Andersen sont parfois quasi érotiques : « Laisse-moi placer, mon cher garçon, mon bras autour de toi, que tu ressentes la pulsation de notre brillant avenir et de ton admirable don[14]. »
James écrit à son ami homosexuelHoward Overing Sturgis : « Je répète, sans secret, que j'aurais pu vivre avec toi. Au lieu de quoi je ne peux qu'essayer de vivre sans toi[15] », et ce n'est que dans les lettres à de jeunes hommes que James se déclare leur « amant ». Une grande partie de ses amis proches sont homosexuels ou bisexuels. Après une longue visite à Howard Sturgis, il évoque leur « joyeux petit congrès de deux[16] ». Dans sa correspondance avecHugh Walpole, il joue sur les mots à propos de leur relation, se voyant lui-même comme un « éléphant » qui « te tripote, de tellement bonne grâce » et enchaîne à propos de « la vieille trompe expressive » de son ami[17]. Ses lettres, discrètement reproduites, àWalter Berry ont longtemps été appréciées pour leur érotisme légèrement voilé[18].
Cependant la reproduction de lettres ne prouve et ne modifie en rien la personnalité de l'auteur en quête de sentiments élevés et de justice ayant tout le long de ses romans un véritable sens de l'éthique ; on lui pardonnera ainsi la poésie voluptueuse de sa correspondance à ses amis de toutes origines. Il ne faut pas oublier qu'Henry James est, à l'origine, dépressif à l'image de Roderick Hudson, maladie qui peut provoquer, comme chez son protagoniste, le besoin incoercible de créer donc, chez lui, d'écrire des lettres (et des romans) à ses connaissances, et il semble bien qu'il n'a trahi personne, pas même les médiocres et les curieux qu'il a su si bien dépeindre.
Henry James est l'une des figures majeures de la littérature transatlantique. Son œuvre met le plus souvent en scène des personnages de l'Ancien Monde (l'Europe), incarnant une civilisation féodale, raffinée et souvent corrompue, et duNouveau Monde (les États-Unis), où les gens sont plus impulsifs, ouverts et péremptoires et incarnent les vertus — de liberté et de moralité — de la nouvellesociété américaine. C'est ce qu'il est convenu d'appeler le thème international. Henry James explore ainsi les conflits de cultures et de personnalités dans des récits où les relations personnelles sont entravées par un pouvoir plus ou moins bien exercé. Ses protagonistes sont souvent de jeunes femmes américaines confrontées à l'oppression ou au dénigrement. Comme l'a remarqué sa secrétaireTheodora Bosanquet dans sa monographieHenry James at Work :« Lorsqu'il s'échappait du refuge de son travail pour voir le monde autour de lui, il ne voyait qu'un lieu de tourments, où des prédateurs plantent sans cesse leurs griffes dans la chair frémissante d'enfants de la lumière condamnés et sans défense… Ses romans ne sont qu'un exposé récurrent de cette faiblesse, un plaidoyer passionné et réitéré pour l'entièreliberté du développement, à l'abri de la bêtise aveugle et barbare[19]. »
Bien que toute sélection des romans de Henry James repose inévitablement sur une certaine subjectivité, les livres suivants ont fait l'objet d'une attention particulière dans de nombreuses critiques et études[20].
La première période de la fiction de Henry James, dontPortrait de femme est considérée comme le sommet, se concentre sur le contraste entre l'Europe et l'Amérique. Le style de ces romans est plutôt direct et, malgré son caractère propre, tout à fait dans les normes de la fiction duXIXe siècle.Roderick Hudson (1875) est un roman dans le monde de l'Art qui suit le parcours du personnage titre, un sculpteur très doué. Même si le livre montre quelques signes d'immaturité ; c'est le premier grand roman de James, qui reçut un bon accueil grâce à la peinture pleine de vie des trois personnages principaux : Roderick Hudson, doté d'un grand talent mais instable et versatile ; Rowland Mallet, le patron mais aussi l'ami de Roderick, plus mature que lui ; et Christina Light, une femme fatale aussi ravissante qu'exaspérante. Le duo Hudson-Mallet fut interprété comme les deux faces de la personnalité de l'auteur : l'artiste à l'imagination fougueuse et le mentor incarnant sa conscience.
Bien queRoderick Hudson place déjà des personnages américains dans un décor européen, l'écrivain fait reposer son roman suivant sur un contraste Europe–Amérique encore plus explicite. C'est même le principal sujet deL'Américain (1877). Le livre mêle le mélodrame à la comédie sociale, dans les aventures et mésaventures de Christopher Newman, un homme d'affaires américain d'un heureux naturel, mais plutôt gauche dans son premier voyage en Europe. Newman est à la recherche d'un monde différent de son univers des affaires duXIXe siècle aux États-Unis. Tout en découvrant la beauté et la laideur de l'Europe, il apprend à se méfier des apparences.
Henry James écrit ensuiteWashington Square (1880), unetragi-comédie relativement simple qui rend compte du conflit entre une fille, douce, soumise et maladroite, et son père, un brillant manipulateur. Le roman est souvent comparé à l'œuvre deJane Austen pour la grâce et la limpidité de sa prose, et la description centrée sur les relations familiales. Comme Henry James n'était pas particulièrement enthousiaste au sujet de Jane Austen, il n'a sans doute pas trouvé la comparaison flatteuse. En fait, il n'était pas non plus très satisfait deWashington Square. En tentant de le relire pour l'inclure dans laNew York Edition de sa fiction (1907–09), il s'aperçut qu'il ne pouvait pas. Aussi l'exclut-il de cette anthologie. Mais suffisamment de lecteurs ont apprécié le roman pour en faire l'une de ses œuvres les plus populaires.
AvecPortrait de femme (1881), Henry James achève la première phase de sa carrière par une œuvre qui demeure son roman le plus connu. C'est l'histoire d'une jeune américaine très vivante, Isabel Archer, qui "affronte son destin" en le trouvant étouffant. Héritière d'une fortune, elle devient la victime d'un piège machiavélique tendu par deux expatriés américains. Le récit se déroule principalement en Europe, surtout en Angleterre et en Italie. Considéré souvent comme le chef-d'œuvre de la première période de l'œuvre d'Henry James,Portrait de femme n'est pas seulement une réflexion sur les différences entre le Nouveau Monde et l'Ancien, mais traite de thèmes comme la liberté personnelle, laresponsabilité morale, la trahison et la sexualité.
Dans les années suivantes, Henry James écritLes Bostoniennes (1886), une tragi-comédie douce-amère qui met en scène : Basil Ransom, un homme politique conservateur duMississippi ; Olive Chancellor, la cousine de Ransom, féministe zélée deBoston ; et Verena Tarrant, la jolie protégé d'Olive au sein du mouvement féministe. L'intrigue s'établit autour de la lutte entre Ransom et Olive pour remporter l'intérêt et l'affection de Verena, même si le roman comprend aussi un large exposé sur les activistes politiques, les journalistes et les opportunistes excentriques.
Henry James publie ensuiteLa Princesse Casamassima (1886), l'histoire d'un jeune relieur londonien intelligent mais indécis, Hyacinth Robinson, qui se trouve impliqué dans la politique anarchiste et un complot terroriste. Ce roman est assez unique dans l'œuvre jamesienne, par le sujet traité ; mais il est souvent associé auxBostoniennes, qui évoque aussi le milieu politique.
Au moment où Henry James tente une dernière fois de conquérir la scène, il écritLa Muse tragique (1890). Le roman offre un panorama vaste et réjouissant de la vie anglaise, en suivant les fortunes de deux aspirants artistes : Nick Dormer, tiraillé entre la carrière politique et ses efforts pour devenir peintre, et Miriam Rooth, une actrice cherchant à tout prix le succès commercial et artistique. De nombreux personnages secondaires les aident et les empêchent d'accéder à leurs rêves. Ce livre reflète l'intérêt dévorant de Henry James pour le théâtre, et est souvent considéré comme le dernier récit de la deuxième phase de sa carrière romanesque.
Après l'échec de ses tentatives de dramaturge, l'auteur retourne à la fiction et commence à explorer la conscience de ses personnages. Son style gagne en complexité afin d'approfondir ses analyses.Les Dépouilles de Poynton (1897), vu comme le premier exemple de cette dernière période, est un roman plus court que les précédents qui décrit l'affrontement entre Mrs. Gereth, veuve au goût impeccable et à la volonté de fer, et son fils Owen autour d'une demeure remplie de meubles anciens de grande valeur. L'histoire est racontée par Fleda Vetch, une jeune femme amoureuse d'Owen, mais également en empathie avec l'angoisse de sa mère craignant de perdre les biens qu'elle collecta patiemment.
Henry James poursuit son approche plus impliquée et plus psychologique de sa fiction avecCe que savait Maisie (1897), l'histoire de la fille raisonnable de parents divorcés irresponsables. Le roman trouve une résonance contemporaine avec ce récit déterminé d'une famille dysfonctionnelle ; mais il présente aussi un tour de force notable de l'auteur, qui nous fait suivre le personnage principal depuis sa prime enfance jusqu'à sa maturité précoce.
La troisième et dernière période de Henry James atteint sa plénitude dans trois romans publiés au début duXXe siècle. Le critiqueF. O. Matthiessen voit en cette trilogie la phase majeure de l'auteur, et ces romans ont fait l'objet de nombreuses études. Le premier publié fut écrit en second :Les Ailes de la colombe (1902) raconte l'histoire de Milly Theale, une riche héritière américaine en proie à une grave maladie qui la condamne, et l'impact que cela provoque autour d'elle. Certains proches l'entourent sans mauvaise pensée, tandis que d'autres agissent par intérêt personnel. Dans ses autobiographies, Henry James révèle que Milly lui fut inspirée par Minny Temple, sa bien-aimée cousine morte prématurément de latuberculose. Il dit avoir essayé de lui rendre hommage dans la « beauté et la dignité de l'art. »
Le deuxième roman publié de cette trilogie,Les Ambassadeurs (1903), est une comédie sombre qui suit le voyage du protagoniste Lambert Strether en Europe à la poursuite du fils de sa fiancée qu'il doit ramener dans le giron familial. La narration à la troisième personne se déroule du seul point de vue de Strether qui doit faire face à des complications inattendues. Dans la préface à sa parution dansNew York Edition, Henry James place ce livre au sommet de ses réussites, ce qui provoqua quelques remarques désapprobatrices.La Coupe d'or (1904) est une étude complexe et intense du mariage et de l'adultère qui termine cette « phase majeure » et essentielle de l'œuvre romanesque de James. Ce livre explore les tensions relationnelles entre un père et sa fille et leurs conjoints respectifs. Le roman s'attarde en profondeur et presque exclusivement sur la conscience des principaux personnages, avec un sens obsessif du détail et une forte vie intérieure.
Pendant toute sa carrière, Henry James s'est tout particulièrement intéressé à ce qu'il appelait la « belle et bénienouvelle », ou les récits de taille intermédiaire. Il en écrivit 112. Parmi ces textes, on compte de nombreuses nouvelles très concises, dans lesquelles l'auteur parvient à traiter de sujets complexes en peu de mots. À d'autres moments, le récit s'approche d'un court roman, bien que le nombre de personnages demeure limité.Daisy Miller,Les Papiers d'Aspern,Le Motif dans le tapis etLe Tour d'écrou sont représentatifs de son talent dans le court format de la fiction[21].
Les nouvelles observentgrosso modo les mêmes phases créatrices que les romans de James, toutefois plusieursrécits fantastiques en jalonnent le parcours. Jusqu'àUne liasse de lettres (1879), les nouvelles laissent d'abord paraître les diverses influences subies par le jeune Henry, puis voient s'établir son style plus personnel, notamment dans les textes qui abordent le thème international :Un pèlerin passionné,Daisy Miller,Un épisode international.
La deuxième période, qui s'amorce en 1882, alors que James n'a publié aucune nouvelle depuis plus de deux ans, voit la multiplication des expériences sur le point de vue narratif et l'approfondissement des thèmes psychologiques, comme en font foiLes Papiers d'Aspern etLe Menteur. À partir de 1891, année de parution deL'Élève, la nouvelle atteint chez James une densité narrative, une virtuosité technique et une diversité de tonalités qui annoncent la maturité. Pendant cette décennie desannées 1890, où James est particulièrement prolifique dans la nouvelle, certains textes, telsLa Chose authentique,La Vie privée ouL'Autel des morts, paraissent à bien des égards des exercices de style épurés tant le déroulement des péripéties se limite à un lent, subtil et unique retournement des situations et des personnages. D'autres récits, tout en usant de divers registres, ont pour objet l'écrivain (La Leçon du maître,Greville Fane,La Mort du lion) ou encore la littérature elle-même (Le Motif dans le tapis), dont ils interrogent la « valeur sociale » ou « l'essence artistique ». James produit alors peu de textes fantastiques, mais seshistoires de fantômes se dégagent résolument des effets convenus du genre au profit des rapports affectifs et de la subjectivité, comme le prouventSir Edmund Orme etOwen Wingrave.
La dernière phase, qui s'installe progressivement dès 1891, et dontLes Amis des amis etLe Tour d'écrou constituent les porches effectifs, recèle des nouvelles aux univers souvent troubles et désenchantés, parfois éclairés de quelque mordantesatire (La Maison natale), par le recours à une technique de composition soigneusement élaborée. À des passages dialogués de facture très théâtrale succède une narration à la fois diserte dans le discours et très économe dans le déroulement des faits, où la fatalité et le regret forment le double thème récurrent, ainsi que l'illustrentLa Bête dans la jungle etLe Coin plaisant.
1868 :L'Histoire d'un chef-d'œuvre (The Story of a Masterpiece)
1868 :Le Roman de quelques vieilles robes, aussi connue sous les titresLe Roman de certains vieux vêtements ouHistoire singulière de certains vieux habits (The Romance of Certain Old Clothes)
1868 :Un cas fort extraordinaire (A Most Extraordinary Case)
1868 :Un problème (A Problem)
1868 :De Grey: une romance, aussi connue sous le titreDe Grey : histoire romantique (De Grey: a romance)
1868 :La Vengeance d'Osborne (Osborne Revenge)
1869 :Un homme léger (A Light Man)
1869 :Gabrielle de Bergerac (Gabrielle De Bergerac)
1870 :Compagnons de voyage (Travelling Companions)
1896 :Le Motif dans le tapis, aussi connu sous le titreL'Image dans le tapis, Le Secret du romancier ouLa Figure dans le tapis (The Figure in the Carpet)
1896 :Les Amis des amis (The Friends of the Friends), nouvelle remaniée à partir deThe Way it Came, traduit sous le titreL'Origine de la chose ouComment tout arriva
Rêves Yankees, choisis, traduits et présentés par François Rivière, éditions François Veyrier, 1978 - recueil de quatre nouvelles de jeunesse :La Madone du futur (1873),Eugene Pickering (1874),Quatre rencontres (1877),Le Point de vue (1882)
1879 :Hawthorne, traduction et préface par Sophie Geoffroy-Menoux, Paris, José Corti, 2000
1888 :Partial Portraits (également publié sous le titreThe Art of fiction).
1893 :Essays in London and Elsewhere
1893 :Picture and Text
1903 :William Wetmore Story and His Friends
1908 :Views and Reviews
1914 :Notes on Novelists
La Situation littéraire actuelle en France, choix, traduction et préface de Jean Pavans, Paris, Le Seuil, 2010, essais surBalzac,Flaubert,Zola,Maupassant,Dumas fils...
James a traduit plusieurs textes deProsper Mérimée etLorenzaccio d'Alfred de Musset dans les années 1870, sans trouver d'éditeur[23]. Près de vingt ans plus tard, il traduit, à la demande duHarper's Monthly Magazine et pour des raisons alimentaires,Port-Tarascon d'Alphonse Daudet, qui venait d'être publié en France[24]. Son travail est sérialisé dans le mensuel américain de juin à[25]. La chercheuse Fabienne Durand-Bogaert a qualifié ces quelques expériences de « choix de textes pour le moins surprenant[23] ».
1950 :The American, téléfilm américain réalisé parGordon Duff, adaptation duroman éponyme, épisode 35, saison 2 de la série téléviséeThe Philco Television Playhouse
1950 :The Passionate Pilgrim, téléfilm américain réalisé parPaul Nickell, adaptation de la nouvelle éponyme, épisode 6, saison 3 de la série téléviséeStudio One
1950 :The Pupil, téléfilm américain réalisé parDelbert Mann, adaptation de la nouvelle éponyme, épisode 16, saison 3 de la série téléviséeThe Philco Television Playhouse
1951 :The Ambassadors, téléfilm américain réalisé parFranklin J. Schaffner, adaptation duroman éponyme, épisode 27, saison 3 de la série téléviséeStudio One
1952 :The Wings of the Dove, téléfilm américain réalisé parFranklin J. Schaffner, adaptation duroman éponyme, épisode 26, saison 4 de la série téléviséeStudio One
2011 :La Leçon du maître, deJean Pavans, d'après la nouvelle éponyme, mise en espace deJacques Lassalle, Forum du Blanc-Mesnil (reprise en 2012 au festival Nava de Limoux).
2011 :La Bête dans la jungle, musique d'Arnaud Petit, sur un livret deJean Pavans, créé en concert le au Forum du Blanc-Mesnil, avec Eléonore Lemaire, Arnaud Marzorati, Coralie Seyrig (voix enregistrée), et l'orchestre Les Siècles, sous la direction deFrançois-Xavier Roth.
↑« Miss Maggie Mitchell inFanchon the Cricket, » en 1863, Novick (1996)p. 431.
↑James reconnut sa dette à leur égard. Ainsi dans la préface àPortrait de femme dans laNew York Edition, où il reconnaît l'influence de Tourgueniev, etThe Lesson of Balzac au sujet de l'écrivain français. James a écrit d'importants essais critiques sur ces quatre auteurs. De récentes études comme celle de Cornelia Sharp et Edward Wagenknecht ont noté les influences spécifiques sur les œuvres de James :Eugénie Grandet de Balzac pourWashington Square,Le Faune de marbre deHawthorne pourRoderick Hudson, etTerres vierges deTourgueniev pourLa Princesse Casamassima. En 2007, Novick précise l'influence d'Ibsen sur son œuvre de fiction.
↑Mamoli Zorzi, Rosella (éd.)Beloved Boy: Letters to Hendrik C. Andersen, 1899–1915(ISBN0-8139-2270-4).
↑« I repeat, almost to indiscretion, that I could live with you. Meanwhile I can only try to live without you », Gunter, Susan E. Jobe, StevenDearly Beloved Friends: Henry James's Letters to Younger Men (2001)(ISBN0-472-11009-8).
↑When he walked out of the refuge of his study and into the world and looked around him, he saw a place of torment, where creatures of prey perpetually thrust their claws into the quivering flesh of doomed, defenseless children of light… His novels are a repeated exposure of this wickedness, a reiterated and passionate plea for the fullest freedom of development, unimperiled by reckless and barbarous stupidity.Henry James At Work par Theodora Bosanquet, p. 275–276 (1970)(ISBN0-8383-0009-X).
↑Pour des analyses critiques détaillées de ces nouvelles, voir les éditions intégrales, notamment dans la collection de La Pléiade de Gallimard (en 4 tomes).