La controverse juridique etthéologique relative à la validité de son premiermariage avecCatherine d'Aragon et à sa reconnaissance de nullité fut l'une des principales causes duschisme en 1534 de l'Église d'Angleterre avecRome et de laRéforme anglaise.HenriVIII supervise cette séparation avec notamment ladissolution des monastères et est pour celaexcommunié ; il reste néanmoins un défenseur des fondamentaux de la théologiecatholique. Cependant, l'anglicanisme henricien n'est pas la forme anglaise du luthéranisme. Henri VIII n'est pas d'accord avec toutes les idées luthériennes ni avec tous les rites luthériens. La doctrine et les rites anglicans mêlent des éléments catholiques et luthériens.HenriVIII se marie à six reprises et fait exécuter deux de ses épouses,Anne Boleyn accusée d'inceste, de sorcellerie, et d'adultère etCatherine Howard accusée de traîtrise et d'adultère.
Enpolitique étrangère,HenriVIII participe notamment auxguerres d'Italie contre laFrance deFrançoisIer en s'alliant fréquemment àCharles Quint. Ses succès sur le continent sont cependant limités. Dans lesîles Britanniques, il s'oppose à plusieurs reprises à l'Écosse alorsalliée à la France tandis que son règne marque le début d'une plus grandeinfluence anglaise en Irlande. Ces guerres et les dépenses fastueuses du roi affectent profondément les finances du royaume, et les mesures prises pour équilibrer le budget ne font qu'aggraver la situation économique de l'Angleterre.
Humaniste de la Renaissance, athlétique et cultivé, il s'exerce à l'écriture et à la musique. Néanmoins, un accident detournoi et l'usure du temps affectent la santé physique et mentale du roi, qui devientobèse et est considéré à la fin de sa vie comme un tyran égoïste. Au fil de ses mariages, il a écarté de sa succession ses deux filles aînéesMarie etÉlisabeth au profit de son filsÉdouard. Tous ses enfants légitimes montent néanmoins sur le trône mais en l'absence de descendance, ses filles sont les dernières souveraines de ladynastie Tudor.
Henri reçoit une éducation très soignée, il parle couramment l'anglais, lelatin et lefrançais et a quelques notions d'italien[4],[5]. On ne sait que peu de choses de son enfance car n'étant pasprince de Galles, il n'est pas destiné à devenir roi[3]. En, il joue un rôle important dans les cérémonies entourant le mariage de son frère Arthur avecCatherine d'Aragon, la plus jeune fille du roiFerdinandII d'Aragon et de la reineIsabelleIre de Castille[6], et donc la tante maternelle deCharles Quint.
Arthur meurt soudainement, peut-être de lasuette ou de latuberculose, à15 ans, en, après20 semaines de mariage avec Catherine[7]. D'autres suppositions laissent penser qu'il était touché par la peste bubonique ou encore par un cancer des testicules[8]. Toutes ses prérogatives et tous ses titres sont ainsi transmis à Henri, âgé de dix ans, qui devientduc de Cornouailles en octobre, puis prince de Galles etcomte de Chester en[9].HenriVII ne délègue que quelques missions à son nouvel héritier. Les actes du jeune Henri sont également étroitement encadrés et il accède au trône« sans entraînement à l'art exigeant de la royauté[10] ».
La mort d'Arthur est suivie de très près par celle de la mère d'HenriVIII, Élisabeth d'York, lors de la naissance d'une fille qui meurt elle aussi. Cette mort a visiblement affectéHenriVIII, suffisamment pour qu'il appelle sa propre filleÉlisabeth et qu'à la mort de son père, il fasse revenir à la cour sa cousine,LadyMargaret Pole. Il semblerait aussi que la mort de sa mère ait été un traumatisme et que, plus tard, il recherchera à retrouver toutes les qualités de sa mère avec ses épouses. Il fera exécuter deux d'entre elles et annuler les trois autres mariages.
À la mort de son fils ainé, Arthur,HenriVII poursuit ses tentatives diplomatiques afin de sceller une alliance entre l'Angleterre et l'Espagne en proposant de marier Henri à la veuve de son frère,Catherine[7]. L'idée avait germé immédiatement après la mort d'Arthur. Un accord en vue d'un mariage est signé le[11] et ils se marient dans la chapelle de la reine de Greenwich, cérémonie qui sera célébrée parWilliam Warham[8]. Lors de ce mariage, le futur Henri VIII n'a que douze ans tandis que Catherine d'Aragon est son ainée de cinq ans et demi. De fait, contrairement à Catherine, majeure depuis ses douze ans, Henri ne l'est pas puisque la majorité des jeunes garçons est fixée à quatorze ans. Son mariage est ainsi validé en 1505, à l'atteinte de sa majorité : manière de renouer avec la réussite diplomatique de son père.
Toutefois, Catherine d'Aragon, en vertu de son précédent mariage, est considérée par l'Église comme la sœur du futur roi. L'Église interdisant lemariage entre membres de la même famille, cette union est l'objet de nombreux débats juridiques. Deux solutions se présentent à Henri : prouver que le mariage n'a pas été consommé, auquel cas il doit rendre la dot de Catherine ou bien demander unedispense papale.
Cette autorisation pontificale est demandée parHenriVII et l'ambassadeur espagnol. Celle-ci n'est nécessaire que si l'union a été consommée, ce qui n'était pas arrivé, selon Catherine et sa chaperonne, la duègne Dona Elvire. Mais des divergences apparaissent sur cette question. Contrairement aux Espagnols, les Anglais défendent l'idée que le mariage a été consommé. Malgré tout, en août 1503, Ferdinand d'Aragon juge bon, dans une lettre adressée à son ambassadeur de Rome, de considérer que le mariage a été consommé afin de pérenniser les relations diplomatiques avec l'Angleterre :
« Comme les Anglais sont particulièrement disposés à chicaner, il nous a semblé plus prudent, pour faire avancer le cas en question, de considérer que le mariage a bien été consommé. »[1]
LepapeJulesII accorde donc la dispense[11]. Le jeune âge d'Henri empêche toute cohabitation[12] tandis que la mort d'IsabelleIre en 1504 et la crise de succession qui suit compliquent la question. Son père préfère qu'elle reste en Angleterre, mais les relations entreHenriVII etFerdinandII se détériorent, et la perspective d'un mariage semble s'éloigner[13]. Catherine vit donc relativement recluse, et elle est nommée ambassadeur par son père pour lui permettre de rester indéfiniment en Angleterre[14].
HenriVII meurt de latuberculose le, et le jeune Henri lui succède sous le nom d'HenriVIII. Peu après l'enterrement de son père, le,HenriVIII déclare qu'il épousera Catherine même si les questions entourant la dispense pontificale restent irrésolues[11],[15]. La cérémonie de mariage est sobre et organisée à l'église franciscaine deGreenwich[15]. Le,HenriVIII mène Catherine de latour de Londres à l'abbaye de Westminster pour leurcouronnement qui a lieu le lendemain[16]. Le trajet du couple royal est décoré de tapisseries[16] et un luxueuxbanquet dans la grande salle dupalais de Westminster suit la cérémonie[17].
Deux jours après son couronnement,HenriVIII fait arrêter deux des ministres les plus impopulaires de son père :Richard Empson etEdmund Dudley. Ils sont condamnés pourhaute trahison et exécutés en 1510. L'historien Ian Crofton considère que de telles exécutions ont été largement utilisées parHenriVIII pour éliminer ceux qui s'opposaient à son autorité[1]. À l'inverse, il est beaucoup plus modéré que son père envers lamaison d'York qui a des revendications sur la Couronne d'Angleterre. Plusieurs nobles emprisonnés parHenriVII, commeThomas Grey, sont amnistiés[18] mais certains sont exécutés ;Edmond de la Pole est ainsidécapité en 1513, après que son frèreRichard eut rejoint les adversaires de l'Angleterre durant laguerre de la Ligue de Cambrai[19].
Catherine d'Aragon, enceinte peu après le mariage,accouche d'une fillemort-née le[20]. À nouveau enceinte peu après, elle donne naissance à un fils appeléHenri, le. Après le chagrin causé par la perte de leur premier enfant, le couple se réjouit de cette naissance et de nombreuses célébrations, dont untournoi de joute, sont organisées[21] ; l'enfant meurt cependant au bout de sept semaines[20]. Il est révélé en 1510 qu'HenriVIII a une liaison extra-conjugale avec l'une des sœurs d'Edward Stafford (leduc de Buckingham, exécuté pour trahison en 1521),Anne ou Elizabeth[22]. Catherine fait une nouvelle fausse couche en 1514 puis accouche d'une fille,Marie, en. Les relations au sein du couple royal s'améliorent après cette naissance[23] et rien n'indique que le mariage ait été autre chose qu'« exceptionnellement bon » pour la période[24].
Elizabeth Blount, la cousine de lord Mountjoy, est la principalemaîtresse d'HenriVIII pendant trois ans à partir de 1516[23]. Elle est l'une des deux seules femmes dont le statut de maîtresse est incontesté, ce qui est peu pour un jeune roi de l'époque, comparativement àFrançoisIer etCharles Quint par exemple[25],[26]. Leur nombre exact fait l'objet de débats : David Loades estime qu'HenriVIII n'en avait« qu'un nombre très limité[26] » tandis qu'Alison Weir considère qu'elles furent nombreuses[27]. Il convient toutefois de faire la distinction entre les maîtresses régulières et les rencontres d'un soir, puisqu'on reconnaît généralement que le roi n'a eu que trois ou quatre « régulières » pendant toute sa vie. Catherine d'Aragon ne proteste pas et accouche d'une fille mort-née en 1518[23]. En, Blount donne naissance à un fils illégitime appeléHenry Fitzroy (qui signifie « fils du roi »)[23]. Le garçon est faitduc de Richmond en, dans ce que certains estimèrent être un premier pas vers une éventuellelégitimation[28]. En 1533, FitzRoy est marié àMarie Howard, la fille du duc de Norfolk Thomas Howard. Il meurt le de la tuberculose[29]. Au moment de sa mort, leParlement adopte leSecond Acte de Succession qui lui aurait permis de devenir roi siHenriVIII mourait sans héritier légitime[30].
En 1510, laFrance a formé une alliance fragile avec leSaint-Empire romain germanique au sein de laligue de Cambrai contreVenise.HenriVIII maintient les bonnes relations de son père avec le roiLouisXII de France, mais cette question divise ses conseillers[31] et, peu après, il signe un pacte contradictoire avecFerdinandII d'Aragon contre la France. Le problème est résolu par la formation, en, de laLigue catholique dirigée contre la France par lepapeJulesII[31].HenriVIII rejoint cette coalition peu après et prépare une attaque anglo-espagnole enAquitaine, visant à reprendre les territoires perdus durant laguerre de Cent Ans[32]. L'offensive est un désastre qui détériore les relations entre les deux pays, mais le retrait français d'Italie apaise les tensions[33],[34].HenriVIII remporte ensuite un grand succès diplomatique en convainquant l'empereurMaximilienIer de rejoindre la coalition[35]. Il obtient également du pape d'être couronnéroi de France si Louis XII est vaincu[36].
HenriVIII (à gauche) avecCharles Quint (à droite) et le papeLéonX (au centre), vers 1520.
Le, les troupes d'Henri VIII battent une armée française àGuinegatte enArtois et s'emparent deTournai lors de la célèbrebataille des Éperons[37]. Le roi mène personnellement ses troupes[38] et son absence pousse son beau-frèreJacquesIV d'Écosse (qui a épousé sa sœur aînée Margaret en 1503) à envahir l'Angleterre poursoutenir Louis XII[39]. Les Écossais sont néanmoins écrasés lors de labataille de Flodden Field, le, et la mort du roi entraîne la fin de la brève participation de l'Écosse au conflit[40].HenriVIII a apprécié son expérience militaire mais il décide de ne pas mener une nouvelle campagne en 1514. Il a soutenu financièrementFerdinandII etMaximilienIer mais a peu obtenu en retour, aussi les coffres anglais sont à présent vides[41]. Le nouveaupapeLéonX étant favorable à une paix avec la France,HenriVIII signe son propre traité avec Louis XII : sa sœurMarie épousera le roi de France et une trêve est signée pour huit ans, une durée particulièrement longue pour l'époque[42]. Parmi lesdemoiselles d'honneur de la nouvelle reine, figurent deux femmes qui allaient jouer un rôle capital dans les événements qui vont suivre :Anne Boleyn et sa sœur aînéeMarie.
Une nouvelleguerre éclate entre l'Empire et la France en 1521 etHenriVIII propose sans grand succès sa médiation. Toujours désireux de reprendre les anciens territoires anglais en France, il se rapproche de laBourgogne, alorsterre d'Empire, et apporte son soutien à Charles Quint[45]. Une armée anglaise mène une offensive dans le nord de la France à partir de 1522 avec des résultats mitigés. Le tournant du conflit est la capture du roi de France àPavie, en, par les forces de Charles Quint qui peut, à présent, dicter ses conditions de paix, et estime qu'il ne doit rien àHenriVIII. Charles Quint décide donc de négocier une paix séparée qui est signée le et ramène quasiment les belligérants à lasituation d'avant-guerre[46].
Séparation avec Catherine d'Aragon et schisme avec Rome
Au début des années 1520,HenriVIII entretient une relation avecMary Boleyn, devenue une desdames de compagnie de Catherine d'Aragon. Il a été avancé qu'il était le père de ses deux enfants,Catherine etHenry, mais cela n'a jamais été prouvé et le roi ne les a pasreconnus comme il l'avait fait pour Henry FitzRoy[47]. Une autre rumeur non corroborée affirme qu'Henri avait également eu une liaison avec la mère de Marie, Elizabeth Howard. Alors qu'HenriVIII se désespère de l'incapacité de Catherine à lui donner l'héritier mâle qu'il désire[48],[49], il se rapproche de la sœur de Mary,Anne Boleyn, une jeune femme qui est aussi une des demoiselles d'honneur de la reine[50]. Elle résiste néanmoins à ses avances et refuse de devenir sa maîtresse comme l'est sa sœur[51],[n 1]. C'est dans ce contexte queHenriVIII évalue ses trois options pour obtenir un héritier et ainsi résoudre ce que lacour qualifie de « grand dilemme » ou la Grande Affaire du roi. Il peut légitimer Henry FitzRoy, ce qui nécessiterait l'intervention du pape et pourrait être contesté ; fiancer sa fille Marie le plus vite possible et espérer un petit-fils qui pourrait hériter directement — mais elle n'a qu'une dizaine d'années et peut ne produire un héritier qu'après sa mort ; ou se séparer d'une façon ou d'une autre de Catherine et épouser une femme capable de lui donner un fils. Cette dernière possibilité et la perspective d'épouser Anne semblent les plus désirables pourHenriVIII[53] et sa volonté d'obtenir l'annulation de son mariage devient rapidement évidente[54].
Les motivations et les intentions précises d'HenriVIII dans les années qui suivent ne font pas l'unanimité[55]. Du moins dans la première partie de son règne,HenriVIII est un catholique pieux et instruit dont letraité théologique qu'il rédigea en 1521 contre lesattaques deMartin Luther lui vaut de recevoir le titre de Défenseur de la Foi par le papeLéon X[56]. Vers 1527, il est persuadé qu'en épousant Catherine, l'épouse de son frère, il a violé la loi divine (Lévitique 20,21) et que même une dispense papale ne pouvait rendre cette union valide. En réalité, un autre extrait de la Bible, dans leDeutéronome, autorise le frère du défunt, qui n'a pas eu de progéniture, à épouser sa belle-sœur, lelévirat. Catherine est invitée à se retirer discrètement dans uncouvent mais elle refuse en déclarant qu'elle est la« seule et véritable épouse du roi[57] ».HenriVIII dépêche donc des émissaires auprès duSaint-Siège pour demander l'annulation du mariage, mais le pape refuse car il ne veut pas désavouer son prédécesseur et irriterCharles Quint, le neveu de Catherine, dont les troupes se trouvent à proximité duVatican et ontpilléRome en[58].
Il est alors décidé d'organiser, en, un tribunal ecclésiastique chargé de se prononcer sur la validité du mariage en Angleterre, en présence d'un représentant du pape. Même siClémentVII approuve la constitution d'une telle cour, il n'a pas l'intention de déléguer à son émissaireLorenzo Campeggio l'autorité pour accepter la demande d'HenriVIII[58]. Après deux mois de discussions,ClémentVII demande, en, que l'affaire soit jugée à Rome, où il est certain que la validité du mariage sera confirmée[58]. Cette incapacité à obtenir l'annulation désirée entraîne la chute« soudaine et totale » deThomas Wolsey qui est accusé de trahison en octobre, et meurt ruiné et malade sur la route de Leicester le.Thomas More le remplace au poste de lord chancelier et de principal conseiller du roi. Intelligent et capable mais également catholique fervent et opposant au divorce, More soutient initialement le roi devant le Parlement[59].
En 1531, Catherine d'Aragon est expulsée de la cour et ses appartements sont attribués à Anne Boleyn. Cette dernière, femme particulièrement intelligente et cultivée pour l'époque (elle a été demoiselle d'honneur en France et en Autriche), s'intéresse grandement aux idées desréformateurs protestants, même si son degré d'adhésion auprotestantisme reste débattu[52]. Lorsque l'archevêque de CantorbéryWilliam Warham meurt en 1532, l'influence d'Anne et le besoin de trouver un ecclésiastique favorable au divorce entraînent la nomination deThomas Cranmer. Ce choix est approuvé par le pape, qui ignore les plans du roi d'Angleterre[60].
Anne Boleyn, deuxième épouse d'HenriVIII. Copie d'un portrait de 1534.
Durant l'hiver 1532,HenriVIII et Anne Boleyn rencontrentFrançoisIer àCalais et obtiennent le soutien du roi de France pour le mariage[61]. Immédiatement après son retour àDouvres,HenriVIII et Anne se marient en secret[62]. Elle tombe rapidement enceinte, et une deuxième cérémonie est organisée àLondres le. Le,Cranmer préside un tribunal spécial et annule le mariage d'HenriVIII et de Catherine ; cinq jours plus tard, il officialise le mariage d'HenriVIII et d'Anne[63]. Catherine perd formellement son titre de reine et devient « princessedouairière » en tant que veuve d'Arthur, et Anne est couronnéereine consort le[64]. Elle accouche, le, d'une fille nomméeÉlisabeth en l'honneur de la mère du roi,Élisabeth d'York[65].
À la suite du mariage, plusieurs législations sont adoptées pour régler les problèmes causés par cette union[66]. Les changements au droit canon sont supervisés par Cranmer tandis que les réformes présentées au Parlement sont soutenues parThomas Cromwell,Thomas Audley etThomas Howard ainsi que parHenriVIII[67]. Mécontent de cette évolution et plus particulièrement de la création d'une église anglicane indépendante de Rome, Thomas More démissionne et Cromwell devient le principal conseiller du roi[68]. LePremier Acte de Succession de 1534 exclut Marie, fille de Catherine, de lasuccession au trône, légitime le mariage d'HenriVIII avec Anne, et spécifie que les enfants qu'il aura avec elle deviendront ses héritiers[69]. L'Acte de suprématie (1534) et laloi sur la restriction de l'appel(en) font d'HenriVIII le chef suprême de l'Église en Angleterre[70], ce qui fait que toute obéissance au pape sera considérée comme une trahison dirigée contre le roi et l'Angleterre. Ces décisions poussentPaulIII àexcommunier le roi et l'archevêque de Cantorbéry Thomas Cranmer, même si cela n'a été rendu public que plus tard[n 2].
Le roi et la reine ne sont pas satisfaits de leur vie de couple, notamment parce qu'Anne refuse d'être la femme soumise qu'il attend d'elle. La vivacité d'esprit qui l'a rendue si attirante est désormais incompatible avec le rôle largement cérémoniel d'une reine, et cela lui vaut de nombreuses inimitiés, particulièrement celle de Cromwell. De son côté,HenriVIII apprécie peu l'irritabilité d'Anne et, après unegrossesse nerveuse ou une fausse couche en 1534, il voit son incapacité à lui donner un fils comme une trahison. DèsNoël 1534,HenriVIII discute avec Cranmer et Cromwell de la possibilité de quitter Anne sans avoir à revenir auprès de Catherine[74]. L'année suivante, il entame une relation avecMargaret Shelton[25].
L'opposition aux politiques religieuses d'HenriVIII est rapidement réprimée en Angleterre. De nombreux moines sont exécutés et beaucoup d'autres sont cloués aupilori. Les plus importants opposants sont l'évêque de Rochester,John Fisher, et Thomas More qui refusent de prêterallégeance au roi[75].HenriVIII etCromwell ne souhaitent pas leur mort et ils espèrent qu'ils changeront d'avis. Ce n'est pas le cas, et les deux hommes sont condamnés pourhaute trahison et exécutés à l'été 1535[75]. Cette répression, associée à ladissolution des monastères de 1536, accroît le mécontentement populaire, et un large soulèvement appelépèlerinage de Grâce comprenant entre20 000 et 40 000rebelles menés parRobert Aske éclate dans le Nord de l'Angleterre en octobre[76].HenriVIII promet de prendre en compte leurs revendications et décrète une amnistie ; confiant dans la parole du roi, le meneur renvoie ses disciples[77] ; le monarque considère néanmoins les rebelles comme des traîtres et environ 200 d'entre eux, dont Aske, sont exécutés[78]. Le roi confisque les terres des religieux, il en distribue environ un quart à ses proches, et revend le reste à des nobles pour renflouer les caisses du royaume, presque complètement vides en raison des guerres et de son mode de vie somptueux.
Le, le couple royal apprend la mort deCatherine d'Aragon et la reine est à nouveau enceinte, consciente des conséquences si elle ne donne pas naissance à un fils. Le, le roi, désarçonné, est gravement blessé lors d'une joute, et sa vie semble temporairement en danger. Choquée par la nouvelle, la reine accouche d'un garçon mort-né, d'une quinzaine de semaines, le jour des funérailles de Catherine le[79]. Pour la plupart des commentateurs, cette tragédie personnelle marque le début de la fin du mariage royal[80]. Étant donné le fort désir du roi d'avoir un fils, la série de grossesses d'Anne attire largement l'attention. L'historien Mike Ashley avance qu'Anne a fait deux fausses couches entre la naissance d'Élisabeth et l'accouchement du fils mort-né en 1536[81]. La plupart des sources parlent de la naissance d'Élisabeth en, d'une possible fausse couche à l'été 1534, et de la fausse couche d'un garçon à environ quatre mois de grossesse en[82].
Même si la famille Boleyn occupe encore d'importantes positions au sein duConseil privé, Anne s'est fait de nombreux ennemis, dont le généralCharles Brandon,duc de Suffolk. Les Boleyn privilégient une alliance avec la France tandis que le roi, sous l'influence de Cromwell, est plus favorable au rapprochement avec le Saint-Empire et cela affecte l'influence de la famille[83]. Les opposants d'Anne sont également les partisans d'une réconciliation avec la princesse Marie, devenuemajeure, dont les anciens soutiens de Catherine. Un second divorce est devenu une réelle possibilité mais il est largement considéré, peut-être à tort, que Cromwell cherche un moyen de se débarrasser physiquement de la reine[84].
Entre le et le 1536, cinq hommes (dont lefrère d'Anne, George) et elle-même sont arrêtés pouradultère etinceste. Même si les preuves sont peu convaincantes, les accusés sont reconnus coupables et condamnés à mort.George Boleyn, accusé d'être l'amant de sa propre sœur, et les autres hommes (Francis Weston, William Brereton, Henry Norris et le musicien Mark Smeaton) sont exécutés le[87] et le à8 h,Anne estdécapitée dans l'enceinte de latour de Londres[88], l'exécution ayant été décalée à la suite du retard du bourreau deSaint-Omer qui avait été mandé en raison de sa dextérité dans la décapitation à l'épée.
Jeanne Seymour est la troisième épouse d'HenriVIII ; portrait réalisé par Hans Holbein le Jeune en 1536.
Le lendemain de l'exécution d'Anne Boleyn,HenriVIII se fiance àJeanne Seymour, qui a été l'une desdames de compagnie de la reine, et ils se marient dix jours plus tard[89]. Le, Jeanne donne naissance à un fils,Édouard, mais l'accouchement est difficile et lafièvre puerpérale emporte la reine, le[90]. L'euphorie qui a entouré la naissance d'Édouard laisse place à la tristesse, et siHenriVIII semble rapidement surmonter sa mort, il semble que ce soit d'elle qu'il gardera les souvenirs les plus tendres en demandant à être inhumé avec elle[91]. La recherche d'une nouvelle épouse reprend immédiatement, même si le roi a porté le deuil pendant trois mois[92].
Comme Charles Quint est occupé par les tensions politiques et religieuses au sein de ses nombreux royaumes et qu'HenriVIII etFrançoisIer sont en bons termes, le roi d'Angleterre délaisse la politique étrangère au début desannées 1530 pour se concentrer sur les questions intérieures. En 1536, il approuve l'acte d'union qui unit formellement lepays de Galles à l'Angleterre. La même année, leSecond Acte de Succession écarte Marie et Élisabeth de la succession au trône et mettra Édouard à la première place ; la législation autorise également le souverain à préciser l'ordre de succession dans son testament[93]. Charles Quint etFrançoisIer font lapaix en 1538 etHenriVIII devient de plus en plus inquiet[94]. Enrichi par la dissolution des monastères, il fait construire des défenses côtières et se prépare financièrement à une attaque franco-germanique[95].
Anne de Clèves est la quatrième épouse d'HenriVIII ; portrait réalisé par Hans Holbein le Jeune en 1539.
À la fin desannées 1530,HenriVIII, obsédé par sa succession, veut à nouveau se marier. Cromwell, faitcomte d'Essex trois mois avant son exécution pour trahison le, suggère le choix d'Anne de Clèves, la sœur duduc de Clèves, considéré comme un allié important dans le cas d'une attaque catholique contre l'Angleterre car il dispute le contrôle duduché de Gueldre à Charles Quint[96]. Anne de Clèves est alors fiancée avec le marquis dePont-à-Mousson,FrançoisIer de Lorraine, fils d'Antoine de Lorraine,duc de Lorraine et deBar.Hans Holbein le Jeune, qui est alors lepeintre régulier de la cour, est envoyé àClèves pour réaliser un portrait d'Anne destiné au roi[97], comme il l'a fait àBruxelles pour la nièce de Charles Quint, la belleChristine de Danemark,duchesse douairière de Milan et future épouse de François. Même si Holbein a enjolivé son œuvre, il est probable que le portrait soit ressemblant ; Holbein resta d'ailleurs en faveur à la cour[98]. Après avoir vu le tableau et entendu ses courtisans réaliser des descriptions flatteuses de la princesse, le roi accepte d'épouser Anne[99].HenriVIII est toutefois déçu de son apparence lors de leur première rencontre àRochester le, mais le mariage est néanmoins célébré trois jours plus tard[100],[101]. Il est pourtant rapidement décidé d'annuler cette union et Anne ne s'y oppose pas[102] ; peut-être en récompense de sa docilité, elle reçoit le titre de « sœur aimée du roi » ainsi que plusieurs résidences royales et une généreuse pension[102]. La nièce deThomas Howard,3e duc de Norfolk,Catherine, l'une desdames de compagnie d'Anne de Clèves, attire rapidement l'attention du roi, ce qui inquiète Cromwell car le catholique Howard est l'un de ses principaux opposants[103].
Peu après, les réformateurs et protégés deCromwell,Robert Barnes(en), William Jerome et Thomas Garret, sont brûlés commehérétiques[102]. Dans le même temps, Cromwell perd la faveur d'HenriVIII lorsque ce dernier se persuade que son vice-régent protège les Protestants à Calais ; ses idées en politique intérieure et étrangère diffèrent peu de celles du roi et malgré son rôle dans l'affaire, il n'est pas officiellement tenu pour responsable de l'échec du mariage avec Anne de Clèves[104]. Il est néanmoins isolé à la cour tandis que Howard peut s'appuyer sur la position de sa nièce[103]. Cromwell accusé detrahison, d'hérésie et decorruption est exécuté le[104].
Le, le jour de l'exécution de Cromwell,HenriVIII épouse la jeuneCatherine Howard, de30 ans sa cadette[57]. Ravi de sa nouvelle reine, il lui accorda les propriétés de Cromwell et de nombreux joyaux[105]. Peu après le mariage, Catherine a néanmoins une aventure avec le courtisanThomas Culpeper et elle emploie comme secrétaire personnelFrancis Dereham, avec qui elle a été informellement fiancée avant son union avec le roi. Les rumeurs deviennent pressantes en 1541, etHenriVIII, qui ne se trouve pas à la cour, charge Thomas Cranmer d'enquêter[105]. Le souverain refuse un temps de croire ces allégations malgré les preuves avancées par l'archevêque et les aveux de Catherine ; lorsqu'il les admet enfin,HenriVIII éclate de rage et blâme le Conseil privé avant de se consoler en allant chasser[106]. La reine aurait pu mentionner l'existence de fiançailles informelles avec Dereham, ce qui aurait invalidé son mariage avec le roi mais elle avance que Dereham l'a violée. De son côté, ce dernier révèle la relation de la reine avec Culpeper qui est condamné pour trahison. Il est décapité le, tandis que Dereham estpendu, éviscéré et démembré le même jour. Catherine connaît le même sort que Culpeper le[107].
La paix entre Charles Quint etFrançoisIer est rompue et leshostilités reprennent dès 1542. Irrité par l'influence française enÉcosse,HenriVIII se rapproche de l'empereur, même si ce dernier lui reproche son éloignement du catholicisme. Une invasion de la France est planifiée pour 1543[108] maisHenriVIII décide au préalable d'éliminer la potentielle menace écossaise. Cela lui permettrait également d'imposer la réforme protestante dans une région encore largement catholique et d'unifier les deux couronnes en mariant son fils Édouard àMarie, la fille duroi d'ÉcosseJacquesV, la future Marie Stuart qui vient à peine de naître. Cette campagne, qui se poursuit sous le règne d'ÉdouardVI (qui est placé sous la protection d'Edward Seymour,1er comte d'Hertford) est surnommée leRough Wooing (« rude séduction »). Les Écossais sont battus lors de labataille de Solway Moss le[109] etJacquesV meurt le des suites de la bataille. Le régent d'ÉcosseJames Hamilton signe letraité de Greenwich prévoyant le mariage mais l'accord est rejeté, en, par leParlement écossais qui renouvelle de plus son alliance avec la France.HenriVIII organise une nouvelle offensive et ses troupes, dirigées de façon particulièrement impitoyable par Hertford, incendientÉdimbourg, en, avant d'être battues àAncrum Moor, en. Les hostilités se prolongent après la mort d'HenriVIII jusqu'en 1551[110],[111].
Malgré ses succès en Écosse,HenriVIII hésite à attaquer laFrance, avant d'ordonner une double invasion en. La première, menée parThomas Howard, attaque sans succèsMontreuil tandis que la seconde commandée parle duc de Suffolk Charles BrandonassiègeBoulogne-sur-Mer.HenriVIII prend personnellement le contrôle de ses troupes et Boulogne tombe le[112],[111]. La campagne de Charles Quint est cependant dans l'impasse et il décide unilatéralement de signer unetrêve avecFrançoisIer le jour de la chute de Boulogne, à la grande colère d'HenriVIII[110]. L'Angleterre étant à présent seule contre la France, les gains anglais sont rapidement repris mais une tentative d'invasion française est repoussée à l'été 1545. L'épuisement des deux belligérants entraîne la signature dutraité d'Ardres, le, qui prévoit que l'Angleterre restituerait Boulogne dans dix ans, contre le versement d'importantes compensations financières[110].
HenriVIII épouse sa sixième et dernière épouse, la riche veuveCatherine Parr, en[113].Réformatrice convaincue, elle débat beaucoup avec le roi au sujet de la religion, mais ce dernier reste fidèle à uneidiosyncrasiecatholique etprotestante[114]. Catherine Parr contribue à réconcilierHenriVIII avec ses filles et leTroisième Acte de Succession de 1543 ramène Marie et Élisabeth dans l'ordre de succession, même si elles se trouvent après Édouard[115]. Elles restent néanmoins juridiquement illégitimes, et le texte leur interdit de se marier sans l'accord duConseil privé[116]. En 1547, il protégera le Troisième Acte de Succession par la loi de Trahison de 1547, stipulant que toute violation de l'Acte de Succession caractérise un acte de trahison et entraîne lapeine capitale. Tout Anglais ayant des idées hostiles à l'anglicanisme pourra donc être exécuté.
Portrait d'HenriVIII par Hans Holbein le Jeune en 1542.
HenriVIII est devenuobèse avec untour de taille de53 pouces (135 cm) et un poids de 28 stones (178 kg)[117]. Il souffre probablement de lagoutte et présente de nombreuxfuroncles douloureux. Son obésité et ses autres problèmes médicaux sont certainement liés à la blessure à la jambe qu'il a subie lors du tournoi de joute de 1536. L'incident a aggravé un ancien traumatisme et ses médecins sont incapables de traiter la blessure qui asuppuré et s'estulcérée jusqu'à sa mort. En plus de l'empêcher de maintenir son niveau d'activité antérieur, on considère que cet accident est la cause de ses sautes d'humeur qui ont eu une profonde influence sur sa personnalité[118],[117].
La théorie selon laquelle il a souffert desyphilis est rejetée par la plupart des historiens[119]. Une étude plus récente suggère que ses symptômes étaient caractéristiques d'undiabète de type 2 non traité ou duscorbut[117]. Certains ont avancé que les fausses couches de ses épouses et la détérioration de son état mental pouvaient laisser penser qu'il souffrait dusyndrome de McLeod[120]. Selon une autre étude, l'évolution morphologique d'HenriVIII fut causée par untraumatisme crânien reçu lors de l'accident de joute de 1536 qui a affecté sonsystème endocrinien. Une déficience enhormones de croissance est peut-être la cause de sa prise de poids et de ses changements de comportement dans ses dernières années dont ses multiples mariages[121].
L'obésité d'HenriVIII s'aggrave dans les dernières années de sa vie. Il meurt le, à l'âge de55 ans, aupalais de Whitehall, après plus de37 ans de règne. Ses derniers mots auraient étéMonks! Monks! Monks! (« Moines ! Moines ! Moines ! ») sans doute une allusion à ceux qu'il avait chassés lors de la dissolution de leurs monastères[122]. Il est enterré dans lechœur de lachapelle Saint-George duchâteau de Windsor dans le caveau où repose Jeanne Seymour[123]. Plus d'un siècle plus tard,CharlesIer est inhumé dans le même caveau[124]. Une rumeur a longtemps prétendu que sa fille Marie avait fait brûler le corps du vieux roi schismatique, mais on ne découvrit jamais aucune preuve de cette assertion.
Il était le premier roi d'Angleterre à avoir eu une éducation humaniste, maîtrisait lefrançais, l'anglais et lelatin et possédait une vaste bibliothèque dont il annota beaucoup d'ouvrages. Pour promouvoir la réforme de l'Église auprès du peuple,HenriVIII commanda de nombreuxpamphlets comme l'Oratorio (1534) de Richard Sampson qui soutenait une obéissance absolue envers la monarchie et affirmait que l'Église anglaise avait toujours été indépendante deRome[127]. Destroupes de théâtre et desménestrels voyageaient de ville en ville pour faire connaître les nouvelles pratiques religieuses ; lepape et lesprêtres catholiques étaient ridiculisés tandis que le roi était présenté comme un défenseur héroïque de la vraie foi[128].
HenriVIII était un homme fort et de grande taille, plus de6 pieds (183 cm) qui excellait à la chasse et à la joute. Plus que de simples passe-temps, ces activités étaient des outils politiques lui permettant de renforcer son image royale, d'impressionner les diplomates et les dirigeants étrangers et de démontrer sa capacité à écraser toute opposition. Il organisa ainsi un tournoi de joute àGreenwich en 1517 au cours duquel il porta unearmure dorée avec une tunique en velours etsatin ornée de perles et de joyaux. Cela impressionna les ambassadeurs présents et l'un d'eux rapporta que« la richesse et la civilisation du monde sont ici et ceux qui qualifient les Anglais de barbares me semblent en fait en être[129] ».HenriVIII abandonna la joute en 1536 après une chute qui le laissa inconscient pendant deux heures mais il continua de soutenir deux fastueux tournois chaque année. Cette baisse d'activité physique causa sa prise de poids et la disparition du personnage athlétique qui l'avait rendu si élégant[130],[131],[132], et tranche avec l'image donnée par les portraits deHolbein : « HenriVIII, immonde tache de graisse et de sang sur l'histoire d'Angleterre, incapable, à la fin de sa vie, de franchir certaines portes de Whitehall tant il était obèse, est-ce vraiment lui cette idole impassible offerte à la vénération de ses sujets ? »[133]. Le roi en était même réduit à se déplacer à l'aide d'un appareillage complexe de courroies et de poulies.
En 1526, il procède à une augmentation de l'aumône donnée aux habitants venus le rencontrer pour le « toucher desécrouelles ». L'aumône passe ainsi à 7 shillings et 6 deniers puis à 7 shillings et 8 deniers afin de s'adapter à la baisse de la valeur monétaire[134].
L'autorité des souverains Tudor, dontHenriVIII, était « entière » car ils revendiquaient un pouvoir dedroit divin[135]. La Couronne disposait deprérogatives royales regroupant des privilèges comme ladiplomatie, lesdéclarations de guerre, la gestion de la monnaie, le droit d'amnistie et le pouvoir de convoquer et de dissoudre à volonté leParlement[136]. Le pouvoir d'HenriVIII n'était cependant pasabsolu et le roi devait respecter des limites légales et financières qui l'obligeaient à travailler étroitement avec la noblesse et le Parlement[136]. En pratique, le souverain utilisait lepatronage pour établir une cour royale comprenant des institutions officielles comme leConseil privé et des groupes plus ou moins formels[137]. L'ascension et la chute des nobles à la cour pouvait être rapide. Le chiffre de 72 000 exécutions durant son règne est fréquemment avancé mais est exagéré[138] ;HenriVIII fit néanmoins exécuter deux de ses épouses (Anne Boleyn etCatherine Howard), vingt nobles, quatre hauts fonctionnaires, six proches conseillers, uncardinal (John Fisher) et de nombreux ecclésiastiques[139]. Parmi les personnalités en faveur auprès du roi figurait généralement son chef ministre (chancelier)[137] même si l'un des plus importants débats historiographiques sur son règne est de savoir dans quelle mesure ces conseillers contrôlaientHenriVIII ou vice-versa[140]. L'historien Geoffrey R. Elton estime ainsi que l'un de ces ministres,Thomas Cromwell, mena une« révolution du gouvernement Tudor » de manière relativement indépendante du roi. Elton qualifie Cromwell d'opportuniste qui comptait sur d'autres pour faire la plus grande part du travail. Il estime également que lorsqueHenriVIII participait à la gouvernance du pays, cela n'était généralement pas à son avantage[141]. L'importance des luttes entre factions politiques à la cour est également débattue dans le contexte des différents mariages du roi, dont notamment la chute d'Anne Boleyn[142] et l'union avecAnne de Clèves.
De 1514 à 1529, lecardinalThomas Wolsey supervisa la politique étrangère et intérieure du royaume pour le compte du jeuneHenriVIII en tant quelord chancelier[143]. Il aida à combler le vide créé par la faible participation du roi au gouvernement, notamment en comparaison de son père, mais il le fit essentiellement en prenant la place du souverain[144]. Wolsey centralisa l'administration et élargit la juridiction des cours de justice dont laChambre étoilée qu'il utilisa à son profit pour écarter ses adversaires. Wolsey étant d'origine modeste, son large enrichissement personnel et son pouvoir irritèrent les nobles tandis que son incapacité à obtenir le divorce du roi avecCatherine d'Aragon déçut profondémentHenriVIII[145]. Après seize années au sommet, il fut limogé en 1529 avant d'être arrêté pour trahison l'année suivante et de mourir en détention. Sa chute fut un avertissement pour lepape et leclergé s'ils refusaient de satisfaire les demandes du roi.HenriVIII, préoccupé jusqu'alors par son seul plaisir, prit son rôle au sérieux et intervint plus fréquemment en politique, mais les nombreuses factions à la cour continuèrent de se livrer une lutte acharnée pour le pouvoir[146].
Thomas Cromwell joua également un rôle considérable durant le règne d'HenriVIII lorsqu'il devint son principal conseiller en 1531[147], mais surtout après la démission deThomas More du poste de chancelier l'année suivante. Poussé en partie par ses croyances religieuses, il tenta de réformer l'administration via la négociation sans essayer d'imposer de changements trop brusques[148]. Ses principales mesures visaient à retirer une partie des prérogatives royales[149], mais cette évolution ne fut pas complète car il devait conserver le soutien du roi et de sespairs[150]. Cromwell optimisa la collecte des impôts décidés parHenriVII et délégua leur gestion à des structures largement indépendantes[151]. L'autorité duConseil royal fut transférée à un conseil privé réformé plus réduit et plus efficace que ses prédécesseurs[152]. L'économie anglaise profita de ses réformes mais sa chute affecta fortement la bureaucratie qui nécessitait son intervention pour éviter les dépenses trop importantes détériorant les relations autant que les finances[153]. L'influence de Cromwell dans le mariage avec Anne de Clèves, bien que non fatale en elle-même, l'affaiblit alors que ses opposants gagnaient en pouvoir.HenriVIII épousa ensuiteCatherine Howard, la nièce deThomas Howard, et ce fut ce dernier qui organisa sa chute. Cromwell futdécapité le[154].
Financièrement, le règne d'HenriVIII fut un désastre. Il hérita d'une économie prospère et le trésor royal fut alimenté par les biens confisqués à l'Église, mais sa mauvaise gestion et ses dépenses considérables affectèrent l'économie[155]. Il possédait ainsi près de 2 000 tapisseries dans ses palais contre seulement 200 pour le roiJacquesV d'Écosse[156],[157] et il était très fier de sa collection d'armes composée d'environ 9 000 pièces[158].
HenriVIII hérita d'une large fortune de son père qui, à sa différence, avait été économe et prudent avec l'argent. Cette somme était estimée à 1,25 million delivres soit328 milliards de livres de 2012[159],[160]. Une grande partie de cette richesse fut utilisée pour l'entretien de la cour et de ses résidences dont beaucoup furent agrandies. Les souverains Tudor devaient financer toutes les dépenses gouvernementales avec leurs propres revenus tirés desterres de la Couronne et des droits de douane accordés par le Parlement. Durant son règne, les revenus de la Couronne restèrent constants autour de 100 000 £ par an (environ 17,3 milliards de livres de 2012[159])[161] mais furent érodés par l'inflation causée par les guerres. Ce furent ainsi les interventions européennes d'HenriVIII qui épuisèrent le surplus laissé par son père dès le milieu desannées 1520. Alors qu'HenriVII avait peu fait appel au Parlement, son fils fut contraint de le solliciter pour accroître ses revenus et le financement de ses conflits. La dissolution des monastères permit de renflouer les caisses de l'État et la valeur des terres confisquées représentait 120 000 £ (environ 22,6 milliards de livres de 2012[159])[162]. En 1526, la Couronnedévalua légèrement la monnaie, puis de manière plus importante sous l'administration de Cromwell. La livre anglaise perdit la moitié de sa valeur par rapport à la livre flamande entre 1540 et 1551. Cela permit d'accroître les revenus de la Couronne mais affecta fortement l'économie et cela contribua à une période de très forte inflation après 1544[163].
HenriVIII est généralement crédité pour le développement de laRéforme anglaise qui fit passer l'Angleterre de la sphèrecatholique à la sphèreprotestante[55]. En 1527, le roi, jusque-là un catholique fervent, fit appel au pape pour lui demander l'annulation de son mariage avecCatherine d'Aragon[55]. Le refus papal, en partie attribué aux pressions deCharles Quint[164], a été traditionnellement considéré comme le déclencheur du rejet de lasuprématie pontificale parHenriVIII alors qu'il avait auparavant défendu cette doctrine. L'historien Albert Pollard estime néanmoins que même s'il n'avait pas eu besoin d'un divorce, le roi aurait certainement rejeté l'influence papale sur l'Angleterre pour des raisons purement politiques[165].
Quelles qu'en soient les raisons,HenriVIII introduisit plusieurs législations entre 1532 et 1537 pour structurer l'Église d'Angleterre naissante et affaiblir l'influence du pape[166]. La loi sur la restriction de l'appel de 1533 permettait d'accuser de trahison et de condamner à mort ceux qui défendaient lesbulles pontificales en Angleterre[167]. D'autres lois renforçaient le pouvoir royal sur l'Église dont leSuffragan Bishops Act(en) de 1534 qui obligeait le clergé à élire desévêques nommés par le souverain. La même année, l'Acte de suprématie faisait du roi l'« unique chef suprême de l'Église d'Angleterre » et refuser leserment de suprématie reconnaissant cela était passible de mort d'après leTreasons Act(en). De même, tous les sujets du royaume devaient accepter par serment l'invalidité du mariage d'HenriVIII et de Catherine d'Aragon et la validité de celui avec Anne[168] ; ceux qui refusaient pouvaient être emprisonnés à vie et tout éditeur ou imprimeur de documents avançant que le mariage avec Anne était invalide pouvait être exécuté[167]. Enfin, après l'excommunication du roi, l'Ecclesiastical Licences Act supprimait ledenier de Saint-Pierre et affirmait que la « couronne impériale » deHenriVIII avait été affaiblie par« les usurpations et les exactions déraisonnables et peu charitables » du pape[169].
Malgré l'opposition de Cromwell,HenriVIII insista pour utiliser le temps parlementaire afin de discuter de questions religieuses et cette initiative fut ensuite défendue par Howard. Cela entraîna l'adoption desSix Articles qui réaffirmaient la doctrine catholique traditionnelle sur plusieurs points fondamentaux comme latranssubstantiation et limitait l'expansion de laréforme en Angleterre[101]. Cela fut suivi par le développement d'uneliturgie réformée et dulivre de la prière commune sous l'influence de Cranmer mais ce processus ne fut pas achevé avant 1549[170]. Le reste du règne d'HenriVIII vit un lent éloignement de l'orthodoxie religieuse et cette évolution fut favorisée par la mort des principaux dignitaires religieux d'avant le schisme avec Rome dont notamment les exécutions deThomas More et deJohn Fisher qui avaient refusé de renoncer à l'autorité papale.HenriVIII établit une nouvelle théologie politique de l'obéissance à la Couronne qui reflétait la nouvelle interprétation par Martin Luther duquatrième commandement (« Honore ton père et ta mère ») introduite en Angleterre parWilliam Tyndale[171]. Les protestants furent néanmoins persécutés sous son règne en particulier du fait de leur refus de reconnaître l'annulation de son mariage et beaucoup quittèrent le royaume[172].
Lorsque les taxes auparavant payées à Rome furent transférées à la Couronne, Cromwell eut besoin d'estimer la valeur des importantes possessions de l'Église et cela donna naissance aucompendiumValor Ecclesiasticus (« Valeur de l'Église »)[173]. En, il exigea une inspection plus complète des institutions religieuses et la vie des moines fut rendue plus difficile par des prêches les accusant d'être des parasites improductifs[174]. Les informations accumulées entraînèrent en le début de la dissolution de tous les monastères par laquelle toutes les institutions aux revenus annuels inférieurs à 200 £ (environ 96 000 £ de 2012[175]) furent saisies par la Couronne[176]. Les autres couvents furent progressivement transférés à la Couronne et à de nouveaux propriétaires. En, près de 800 monastères avaient été dissous ; le processus avait été efficace et n'avait rencontré que peu d'opposition[177]. Les actions de Cromwell permirent le transfert d'environ 20 % de la richesse foncière anglaise dans de nouvelles mains et créèrent unearistocratie terrienne redevable à la Couronne[178].
Les réponses à la réforme furent variées. Lesmonastères étaient les seuls soutiens des plus pauvres[179] et leur dissolution fut une des causes du soulèvement du pèlerinage de Grâce de 1536-1537[180]. Ailleurs, les changements furent acceptés et ceux qui conservèrent les rites catholiques entrèrent dans la clandestinité. Ils réémergèrent lors du règne deMarieIre entre 1553 et 1558.
En dehors desgarnisons deBerwick, deCalais et deCarlisle, l'armée professionnelle anglaise ne comptait que quelques centaines d'hommes et sa taille ne fut que légèrement accrue parHenriVIII[181]. Lors de l'invasion de la France en 1513, l'armée était composée de 30 000 vougiers etarchers à une époque où les autres nations européennes commençaient à adopter lespiques et lesarquebuses. De fait, note l'historien Georges Minois, l'armée anglaise était « en retard d'une génération dans l'art de la guerre. » Elle ne possède pas non plus de commandement militaire proprement dit. L'influence de ces armes n'était toutefois pas encore décisive et les Anglais furent capables de combattre à égalité avec leurs adversaires[182].
Henri VIII est traditionnellement présenté comme l'un des fondateurs de laRoyal Navy grâce à sa création de ports permanents pour la flotte[183]. Il semble qu'il ait également supervisé la conception de certains navires comme desgalères[184]. L'artillerie navale se développa sous son règne et des canons de plus en plus grands furent installés à bord des navires, ce qui contribua à l'abandon de la tactique de l'abordage[185]. La taille de la flotte passa à cinquante navires dont certains très modernes comme laMary Rose, etHenriVIII établit un conseil pour gérer l'entretien et le déploiement de la Marine qui devint par la suite l'Amirauté[186].
La rupture d'HenriVIII avec Rome accrut la menace d'une invasion française ou espagnole[72]. Pour se prémunir contre cette éventualité, il ordonna à partir de 1538 la construction d'une série de fortifications coûteuses et modernes telles que lechâteau de Deal le long des côtes méridionales duKent à laCornouailles[187]. Wolsey avait auparavant organisé un recensement de la population afin de réformer lamilice mais aucune réforme ne fut lancée avant le règne deMarieIre[188].
Au début du règne deHenriVIII, l'Irlande était de fait divisée en trois zones : lePale où la domination anglaise était sans opposition ; leLeinster et leMunster surnommés les « terres obéissantes » contrôlés par les nobles anglo-irlandais et leConnacht et l'Ulster où le contrôle anglais était limité[189]. Jusqu'en 1513,HenriVIII poursuivit la politique de son père qui consistait à autoriser les nobles irlandais, et notamment lafamille FitzGerald, à gouverner au nom du roi afin de limiter les coûts de la colonie et de protéger le Pale[190]. Cet équilibre fut déstabilisé par la mort duLord DeputyGerald FitzGerald en 1513 et la politique plus ambitieuse du nouveau roi. Son successeur et fils, également nomméGerald FitzGerald, lutta énergiquement contre les seigneurs irlandais qui s'opposaient à l'influence anglaise mais son autonomie déplaisait àHenriVIII qui le renvoya en 1520[191]. Il fut néanmoins contraint de le rappeler en 1524 car il était le seul à pouvoir maintenir un semblant d'ordre sur l'île. Lorsqu'en 1534, Gerald Fitzgerald fut convoqué à Londres et accusé de trahison, son filsThomas organisa un soulèvement et mena une « croisade catholique » contre le roi[192]. L'insurrection, qui menaçait de se transformer en guerre civile, fut réprimée par l'intervention de l'armée anglaise et Thomas Fitzgerald fut exécuté[193].
Même si la révolte fut suivie par la volonté d'un plus grand contrôle de l'Irlande,HenriVIII souhaitait éviter un conflit avec les seigneurs locaux et une commission royale recommanda une politique de diplomatie pour les assurer que leurs terres ne seraient pas menacées par l'expansion anglaise.Anthony St Leger fut ainsi nomméLord Deputy et le resta jusqu'à la fin du règne deHenriVIII[194]. Il appliqua une politique derenonciation et restitution qui transforma l'organisation du pouvoir en Irlande, traditionnellement basée sur les clans et les liens familiaux, en un systèmesemi-féodal. Les propriétaires fonciers renonçaient à leurs terres et les cédaient au roi. En jurant fidélité au roi, leurs terres leur étaient restituées avec un titre de noblesse et ils pouvaient siéger à laChambre des lords irlandaise[195]. En pratique, les seigneurs acceptèrent leurs nouveaux privilèges mais continuèrent à se comporter comme avant.
La complexité et l'importance de l'héritage deHenriVIII contribuèrent à ce que, dans les mots des historiens Betteridge et Freeman,« tout au long des siècles [depuis sa mort],HenriVIII a été loué et vilipendé mais jamais il ne fut ignoré[140] ». L'un des débats de l'historiographie moderne est de savoir dans quelle mesure les événements de la vie d'HenriVIII dont ses mariages et sa politique étrangère et domestique furent le résultat de ses actions, et si cela fut le cas, si elles étaient volontaires ou opportunistes[140]. Dans son évaluation du règne d'HenriVIII publiée en 1902, Albert Pollard le« loua comme le roi et le chef d'État qui, quels que soient ses défauts, mena l'Angleterre sur la route de la démocratie parlementaire et de l'Empire[140] ». L'interprétation de Pollard resta la plus influente jusqu'à la publication de lathèse de doctorat de Geoffrey R. Elton en 1953. Cette dernière, intituléeThe Tudor Revolution in Government, reprit l'interprétation positive de Pollard de la période mais en présentantHenriVIII comme un suiveur plutôt que comme un meneur. Pour Elton, ce futCromwell et nonHenriVIII qui entreprit la réforme du gouvernement[140]. Il ne fut donc, en d'autres mots, rien de plus qu'une« monstruosité égocentrique » dont le règne« dut ses réussites aux meilleurs et aux plus grands hommes ; la plupart de ses horreurs et échecs émanant plus directement du roi[196] ».
Même si les principaux arguments de la thèse d'Elton ont aujourd'hui presque tous été abandonnés, elle a contribué à la réalisation de nouveaux travaux de recherches comme ceux de son étudiant, Jack Scarisbrick. Ce dernier conserva son évaluation positive de Cromwell mais estima qu'HenriVIII avait eu le dernier mot dans la création et l'application des politiques gouvernementales[140]. Scarisbrick considérait cependant que cette capacité avait été néfaste car son règne fut marqué par les troubles et les destructions et que les hommes au pouvoir méritaient plus les blâmes que les louanges[140]. Même dans les biographies plus récentes, comme celles de David Loades,David Starkey et John Guy, l'étendue de la responsabilité d'HenriVIII dans les changements de son règne continue de faire débat[140].
Ce manque de certitude sur le contrôle d'HenriVIII sur les événements a contribué à la variété (et à la variabilité) des traits de personnalité qui lui ont été attribués[140]. Une approche traditionnelle, développée entre autres par Starkey, est de diviser en deux le règne d'HenriVIII : une première positive avec un roi pieux, athlétique et érudit qui présida à une période de stabilité et la seconde avec un« tyran imposant » qui régna lors d'une époque de changements profonds et parfois fantasques[137],[197].
S'il n'apparaît pas directement dans les comédies musicales, la figure d'Henri VIII ainsi que son rapport aux femmes (épouses d'un côté, descendance féminine de l'autre) restent centraux dans les trames deLady Bess etSix.
Ronald Long dansBewitched : How Not to Lose Your Head to Henry VIII deWilliam Asher / Saison 8 de Ma sorcière bien-aimée - épisode 1 : Comment ne pas décapiter Henri 8 (1) et épisode 2 : Comment ne pas décapiter Henri 8 (2) ;
En2009, un documentaire-fiction, intituléHenriVIII : un amour de tyran, lui est consacré dans le cadre de l'émissionSecrets d'Histoire[199]. Le documentaire retrace la jeunesse du roi, sa passion pour les sports, la rencontreCamp du Drap d'Or avec le roi de FranceFrançoisIer ou encore ses amours avec Anne Boleyn qui entraineront la scission de l'Angleterre avec l'église catholique[199].
Le titre d'HenriVIII connut plusieurs évolutions durant son règne. Il utilisait initialement le titre :« HenriVIII, par la grâce de Dieu,roi d'Angleterre, deFrance etseigneur d'Irlande ». Les revendications sur le trône de France n'étaient que symboliques et étaient invoquées par tous les rois d'Angleterre depuisÉdouardIII, peu importe la quantité de territoires français contrôlés. En 1521, lepapeLéonX lui accorda le titre de « Défenseur de la foi » mais il lui fut retiré parPaulIII à la suite de sonexcommunication ; leParlement adopta néanmoins une loi pour confirmer sa validité et il reste encore utilisé de nos jours. Ladevise d'HenriVIII était « Cœur Royal » et son emblème était larose Tudor. Durant son règne, ses armoiries étaient les mêmes que celles de ses prédécesseurs depuisHenriIV : écartelé, troisfleurs de lys d'or sur fond d'azur (qui est de France) et trois léopards (lions) d'oren fasce (qui est d'Angleterre).
En 1535,HenriVIII ajouta le titre deChef suprême de l'Église d'Angleterre :« HenriVIII, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, de France, défenseur de la foi, seigneur d'Irlande et de l'Église d'Angleterre sur Terre, chef suprême ». L'année suivante, la partie « de l'Église d'Angleterre » devint « de l'Église d'Angleterre et aussi d'Irlande ». En 1541, leParlement d'Irlande adopta leCrown of Ireland Act(en) qui créait le titre de « roi d'Irlande » en lieu et place de celui de « seigneur d'Irlande ». Cette évolution avait été voulue parHenriVIII quand on l'avait informé que de nombreuxIrlandais considéraient le pape comme le véritable chef de leur pays tandis que le seigneur n'était qu'un simple représentant. De fait, lasuzeraineté de l'île avait été accordée au roiHenriII d'Angleterre par le papeAdrienIV auXIIe siècle. Le titre de« HenriVIII, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, de France et d'Irlande, Défenseur de la foi et de l'Église d'Angleterre et aussi d'Irlande sur Terre, Chef suprême » resta en vigueur jusqu'à la fin de son règne.
↑Certains historiens ont néanmoins avancé à l'inverse que ce fut le roi qui mit fin à la relation après une brève aventure ; voir par exempleG. W.Bernard,Anne Boleyn : Fatal Attractions,[52].
JonathanDavies, « 'We Do Fynde in Our Countre Great Lack of Bowes and Arrows': Tudor Military Archery and the Inventory of KingHenryVIII »,Journal of the Society for Army Historical Research,vol. 83,no 333,,p. 11-29(ISSN0037-9700).
J. N.Hays,The Burdens of Disease : Epidemics and Human Response in Western History, Rutgers University Press,, 374 p.(ISBN978-0-8135-4613-1,lire en ligne).