| Henri Dorgères | |
Henri Dorgères, en 1937. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Député français | |
| – (2 ans, 10 mois et 16 jours) | |
| Élection | 2 janvier 1956 |
| Circonscription | Ille-et-Vilaine |
| Législature | IIIe(Quatrième République) |
| Groupe politique | UFF |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Henri-Auguste d’Halluin |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Wasquehal |
| Date de décès | (à 87 ans) |
| Lieu de décès | Yerres |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | Sans étiquette |
| Entourage | Pierre Poujade Paul Antier |
| Religion | Catholique |
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Henri-Auguste d'Halluin, ditHenri Dorgères, né le àWasquehal (Nord) et mort le àYerres (Essonne), est unhomme politique etsyndicalistefrançais.
Il est le fondateur desComités de défense paysanne, groupefascisant de l'entre-deux-guerres. On parle de « dorgérisme », ses partisans étant les « dorgéristes ».
Henri Dorgères nait le de Léon Auguste Joseph d'Halluin, originaire deMouvaux, installé à Wasquehal après son mariage et où il possédait une boucherie, et de Clotilde Marie Leveugle[1]. Leur maison possédait une grande étable avec un cheval appelé Bijou, utilisé pour le commerce. Il suit l'enseignement primaire à l'école laïque duCapreau et reçoit le prix départemental aucertificat d'études primaires. Son père décède en 1909 et il aide sa mère à tenir la boucherie. Cette dernière emprunte de l'argent pour subvenir à leurs besoins mais il ne peut poursuivre ses études que grâce à unebourse aulycée de Tourcoing, où la Première Guerre mondiale le surprend. Son grand-père, Daniel Leveugle étaitrépublicain[Quoi ?][2].
Il est fait prisonnier à trois reprises et notamment en alors qu'il tente de passer aux Pays-Bas. Il est alors condamné et emprisonné à la forteresse de Bruges en. Il s'évade en et parvient, à la faveur du désordre, à regagner les lignes alliées. Cette action lui vaut la Croix de guerre[2].
Il passe sonbaccalauréat ès lettres, et s'oriente vers une carrière juridique et suit pendant deux ans des études de droit. Alors qu'il travaille comme publiciste à Wasquehal, il se marie à Lille le, avec Cécile Cartigny[3] et entre la même année auNouvelliste de l'Ouest à Rennes. Il s'installera définitivement enIlle-et-Vilaine à compter de 1922, et y découvre les difficultés de la condition paysanne, dont il devient aussitôt un défenseur convaincu. À partir de 1925, Henri d'Halluin est rédacteur au quotidien catholiqueLe Nouvelliste de Bretagne puis directeur du Progrès agricole de l'Ouest, dont il fera un important journal professionnel. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de Dorgères pour signer ses articles. Ses adversaires l'ont présenté à ses débuts comme un sympathisant de l'Action française[4].

Fondateur en 1929 desComités de défense paysanne, dits aussi « Chemises vertes » d'après la couleur de leur uniforme, il eut une certaine influence, surtout dans le nord et l'ouest de laFrance rurale d'avant-guerre. Il réclamait unÉtat autoritaire etcorporatiste dans les années 1930 impliquant le renversement de laRépublique. En 1934, il déclare ainsi :
« Je crois au développement d'un mouvement de genre fasciste (...) Si vous saviez, paysans français, ce que Mussolini a fait pour les paysans italiens, vous demanderiez tous un Mussolini pour la France[5] ? »

Antisémite, Dorgères accuse souvent lafamille Louis-Dreyfus d'importer illégalement du blé et de« casser » ainsi le marché[6]. S'appuyant sur de nombreux journaux locaux et nationaux, son mouvement revendiquera jusqu’à 420 000 membres à la fin des années 1930[7]. Le mouvement de Dorgères participe activement au « Front paysan » d'Edmond Jacquet etJacques Le Roy Ladurie[7]. Progressivement, autour du Progrès agricole, il organise plusieurs mouvements d'action paysanne. C'est d'abord le« Comité de défense paysanne contre les assurances sociales » créé en 1929 en Ille-et-Vilaine car opposé à la loi du, qui étendait le bénéfice des assurances sociales aux ouvriers agricoles. Suivront les mouvements du Front paysan en 1934, de Défense paysanne, des Jeunesses paysannes. En 1935, il est secrétaire général de la Ligue des paysans de France et l'année suivante, délégué à la propagande du Syndicat agricole de défense paysanne. Le, l'avocat général au procès d'Henri Dorgères et du Front paysan àRouen,Edmond Miniac, justifie les condamnations prononcées par le tribunal correctionnel le précédent et réclame une peine nouvelle contre André Bouton, responsable de la Fédération des contribuables de la Sarthe.
Fin 1939, il entre comme volontaire dans lecorps franc du15e régiment d'infanterie alpine, et combat en Alsace : il est nommé caporal, reçoit lacroix de guerre et est titulaire d'une citation. Capturé par les Allemands àSaint-Valery-en-Caux, il s'enfuit enzone libre. Soutien dePétain, il est nommé délégué général à l'organisation et à la propagande de laCorporation paysanne créée parPierre Caziot le. Il publie en 1943Révolution paysanne, où se précisent déjà un certain nombre de thèmes préfigurant lepoujadisme : « Le fonctionnaire, voilà l’ennemi », et où est particulièrement attaquée la figure de l'instituteur rural et de « l’école du déracinement ». Défenseur de la petite ferme, il s'éloigne peu à peu de la Corporation, dominée par les grands propriétaires. Cet engagement ne l'empêche nullement d'aider les prisonniers évadés et les résistants poursuivis :« Pendant l'Occupation, il a délivré des centaines de fausses cartes à des prisonniers évadés ou à des personnes poursuivies par les occupants. Et, souvent, c'est personnellement qu'il leur a fait franchir laligne de démarcation »[8].
Ses organisations de base se trouvèrent à l’origine de laCorporation paysanne deVichy dont il obtint le grade de général. Il fut décoré de laFrancisque par le maréchal Pétain. Henri Dorgères est arrêté par lesAlliés en et emprisonné à Paris. Condamné à dix ans d'indignité nationale, il est amnistié pour services rendus à la Résistance et libéré le. Toutefois, un arrêté ministériel de l'exclut pour cinq ans de toute participation à des organismes agricoles[8].
Il estdéputé d'Ille-et-Vilaine à l'Assemblée nationale de 1956 à 1958 sur les listespoujadistes d'Union pour le salut de la patrie[8].
Il s'oppose à la ratification des traités instituant laCommunauté économique européenne (CEE) etEuratom et s'abstient lors du vote du sur la prorogation despouvoirs spéciaux en Algérie, mais se prononce contre laloi-cadre sur l'Algérie, puis ce projet amendé parFélix Gaillard. Il est l'un des trois députés à ne pas prendre part au scrutin du sur la révision constitutionnelle. S'il vote le la confiance au général de Gaulle, il est l'un des deux seuls députés à s'abstenir volontairement lors du vote du sur les pleins pouvoirs, mais il soutient larévision constitutionnelle[8]. Se rapprochant dePierre Poujade, Henri Dorgères crée le Rassemblement paysan, en 1957, avec ce dernier etPaul Antier. Il fut inculpé par la justice française en tout69 fois[9]. Il collabore au journalLa Révolution Syndicaliste, organe duParti national-syndicaliste français[10].
L'historien américainRobert Paxton parle du dorgérisme comme d'un mouvement important dans l’histoire contemporaine des campagnes françaises. Posant la question de la place des paysans dans une société profondément ébranlée par la Grande Guerre. Henri Dorgères réussit à capter et amplifier la colère de nombreux paysans français au moment où la crise agricole vient remettre en cause des aspirations socio-économiques que le contexte de l’après-guerre avait fait émerger. Fondateur d’une geste protestataire qui ébranle, pendant un temps, l’idée d’une stabilité intrinsèque du monde rural gage de solidité du régime, l'action de Dorgères atteste que le postulat agrarien de l’unité paysanne peut nourrir une contestation virulente du modèle républicain[11].
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