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Henri Cartier-Bresson

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Pour les articles homonymes, voirCartier etBresson.

Henri Cartier-Bresson
Ihei Kimura, Henri Cartier-Bresson à Paris, 1954.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière de Montjustin(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Henri Georges Cartier-BressonVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Bresson, Henri Cartier, Bresson, Henri Cartier-, Cartier Bresson, HenriVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Conjoints
Ratna Mohini(en)(de à)
Martine Franck(de à)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Mouvement
Maîtres
Site web
Distinctions
signature de Henri Cartier-Bresson
Signature.
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.

modifier -modifier le code -modifier WikidataDocumentation du modèle

Henri Cartier-Bresson, né le àChanteloup-en-Brie et mort le àL'Isle-sur-la-Sorgue, est unphotographe,photojournaliste etdessinateurfrançais. Connu pour la précision et le graphisme de ses compositions (jamais recadrées au tirage)[note 1], il s'est surtout illustré dans laphotographie de rue, la représentation des aspects pittoresques ou signifiants de la vie quotidienne (Les Européens). AvecRobert Capa,David Seymour,William Vandivert etGeorge Rodger, ils fondent en1947 l'agence coopérativeMagnum Photos.

Le concept de « l'instant décisif » est souvent utilisé à propos de ses photos, mais on peut l'estimer trop réducteur et préférer celui de « tir photographique »[note 2], qui prend le contexte en compte. Pour certains, il est une figure mythique de laphotographie duXXe siècle, qu'une relative longévité de sa carrière photographique[note 3] lui permet de traverser, en portant son regard sur les évènements majeurs qui ont jalonné le milieu du siècle[note 4].

En 2003, un an avant sa mort, unefondation portant son nom est créée àParis pour assurer la conservation et la présentation de son œuvre ainsi que pour soutenir et exposer les photographes dont il se sentait proche. À noter que l’exposition Henri Cartier-Bresson auCentre Pompidou[note 5] en 2014 a pour la première fois mis l'accent sur son activité militante pour le parti communiste, dans la période 1936-1946.

Biographie

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Article connexe :Famille Cartier-Bresson.

Aîné de cinq enfants, Henri Cartier-Bresson est né dans une famille bourgeoise. Son père était un filateur très prospère. Sa mère appartenait à une famille de négociants et de propriétaires fonciers de Normandie[1]. Le mode de vie de la famille est très conforme aux usages du milieu, les cinq enfants vouvoient leurs parents. À Paris, le jeune Henri fréquente d'abord l'école Fénelon, puis lelycée Condorcet.

Dès l'enfance, il s'intéresse au dessin et à la photographie. À l’âge de douze ans, il entre chez lesScouts de France dans le groupe de la paroisse Saint-Honoré-d’Eylau.TotémiséAnguille frémissante c’est au cours des camps scouts qu’il prend ses premières photographies à l’aide d’unBrownieKodak offert par ses parents[2].

Quand il sort de Condorcet, à dix-huit ans, il s'oppose à son père qui aurait souhaité le voir reprendre l'affaire familiale. Il veut faire de la peinture, être artiste, et son obstination va avoir raison des réticences paternelles.

1926-1935 : la double influence d’André Lhote et des surréalistes

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PremierLeica de Cartier-Bresson.

Tout d’abord, Cartier-Bresson apprend la peinture avecJean Cottenet puisAndré Lhote en 1927-1928[3]. Dans l’atelier,rue d'Odessa, dans lequartier du Montparnasse, les élèves analysent les toiles des maîtres en superposant des constructions géométriques selon la « divine proportion » (lenombre d’or). Dès sa parution, un ouvrage deMatila Ghyka sur lenombre d’or[4] devient un des livres de chevet du jeune Cartier-Bresson.

Pendant sonservice militaire, il rencontre, chez lesCrosby,Max Ernst,André Breton et les surréalistes, et il découvre la photo avec le couple Gretchen et Peter Powell. Il entretient pendant quelques mois une liaison avec Gretchen Powell qui selon ses termes, « ne pouvait pas aboutir », puis part pour l’Afrique en 1930. C'est à vingt-trois ans, enCôte d'Ivoire, qu'il prend ses premiers clichés avec un Krauss d'occasion. Il publie son reportage l'année suivante (1931). Il achète son premierLeica à Marseille en 1932, il décide de se consacrer à la photographie et part en Italie avecAndré Pieyre de Mandiargues etLeonor Fini. Puis il photographie l’Espagne, l’Italie, leMexique et leMaroc. Ses photos montrent une très grande maîtrise de la composition, fruit de l’acquis chezLhote, en même temps que des éléments de vie pris sur le vif[note 6]. Les photographies de Cartier-Bresson sont toujours situées avec précision géographiquement et dans le temps, ainsi que dans chaque contexte culturel.

Parallèlement, sous l’influence surréaliste, Henri Cartier-Bresson se conçoit comme un agent récepteur des manifestations du merveilleux urbain et confie :« les photos me prennent et non l’inverse[5]. » Il retient d’André Breton la définition de la « beauté convulsive » : « explosante-fixe » (une chose perçue simultanément au mouvement et en repos[note 7]), « magique-circonstancielle » (rencontre fortuite,hasard objectif[note 8]), « érotique voilée » (un érotisme de l’œil). Cartier Bresson aime aussi photographier les spectateurs d’une scène hors champ, autre forme de l’érotique voilée[note 9] : l’objet du regard étant dissimulé, le désir de voir s’intensifie[6].Clément Chéroux rappelle commentPeter Galassi (en), curateur de la photographie auMoMA, a précisé le mode opératoire du photographe :

« Il repère d’abord un arrière-plan dont la valeur graphique lui semble intéressante. C’est souvent un mur parallèle au plan de l’image, et qui vient comme cadrer celle-ci en profondeur. […] Puis, comme quelques séquences de négatifs conservés permettent de le vérifier, le photographe attend qu’un ou plusieurs éléments doués de vie […] viennent trouver leur place dans cet agencement de formes qu’il définit lui-même dans une terminologie très surréalisante comme une « coalition simultanée ». Une part de l’image est donc très composée, l’autre plus spontanée[7]. »

1936-1946 : l’engagement politique, le travail pour la presse communiste, le cinéma et la guerre

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Cartier-Bresson s’oriente entièrement dans l’engagement communiste et la lutte antifasciste. Il lit leLudwig Feuerbach d'Engels, qui formule le concept de « matérialisme dialectique », et encourage ses proches à le lire. Il fréquente l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires) dès 1933 et, en 1934, auMexique, ses amis sont tous des communistes proches du parti national révolutionnaire au pouvoir. En 1935, àNew York, il milite activement dansNykino[note 10], coopérative de cinéastes militants très inspirés par les conceptions politiques et esthétiques soviétiques (dontRalph Steiner etPaul Strand), et il découvre le cinéma soviétique (Eisenstein,Dovjenko). S'il ne semble pas avoir pris sa carte auPCF, à Paris, ses amis sont les personnalités communistesRobert Capa,Chim,Henri Tracol,Louis Aragon,Léon Moussinac,Georges Sadoul qui épouse sa sœur). Il dira àHervé Le Goff[8] : « Naturellement, nous étions tous communistes »[9]. Il suit les cours de matérialisme dialectique de Johann Lorenz Schmidt et assiste aux réunions de cellule à proximité du domicile d'Aragon.

En 1937, Cartier-Bresson épouse Eli, danseuse traditionnelle javanaise célèbre sous le nom de scène deRatna Mohini (en). Avec elle, il milite pour l’indépendance de l’Indonésie.

Il descend d'une famille de riches industriels et, afin de ne plus être assimilé à sa famille, il prend le nom d’Henri Cartier, sous lequel il sera connu dans toute son activité militante, la signature de tracts en 1934, les citations de son nom dans la presse communiste, et dans toute sa production de photos et de films jusqu’à la fin de la guerre.

Le, le nouveau quotidien communisteCe soir (directionLouis Aragon, photographes attitrésRobert Capa etChim) publie en première page, chaque jour à partir de son premier numéro, 31 photos d’enfants miséreux prises par Henri Cartier (concours dit de « l’enfant perdu »).

En, ce quotidien l'envoie à Londres pour réaliser un reportage sur le couronnement deGeorge VI. Henri Cartier prend une série de clichés des gens regardant le cortège, sans montrer celui-ci[10]. Les images obtiennent un grand succès dansCe soir, le reportage est repris dans le magazine communisteRegards (directionLéon Moussinac, photographe attitréRobert Capa).

Henri Cartier abandonne le « nombre d’or » et la « beauté convulsive » au profit d’un « réalisme dialectique » et, le cinéma ayant aux yeux des militants communistes un impact plus fort[11] que la photo, Henri Cartier se tourne vers le cinéma.

Il devient l’assistant de Renoir pourLa vie est à nous, film commandé par leParti communiste pour les élections législatives de (effigies monumentales deLénine,Marx etStaline, participation de dignitaires du parti tels quePaul Vaillant-Couturier,Marcel Cachin,Maurice Thorez,Marcel Gitton etJacques Duclos). Henri Cartier est membre de Ciné-Liberté, la section film de l’AEAR, qui a produitLa vie est à nous. Il sera également dans l’équipe de tournage dePartie de campagne (où il est aussi acteur) etLa Règle du jeu. Le travail pour Renoir s’échelonne de 1936 à 1939.

À l’initiative de Frontier Film (le nouveau nom de Nykino, fondé et dirigé parPaul Strand), mais avec une équipe française, Henri Cartier tourneVictoire de la vie enEspagne (conséquences des bombardements italiens et allemands, aide sanitaire internationale, installation d’un hôpital mobile, rééducation des blessés).

Il est mobilisé, fait prisonnier, s’évade, rejoint un groupe de résistants àLyon. Il photographie les combats lors de laLibération de Paris, le village martyr d’Oradour-sur-Glane. Le filmLe Retour (découverte enAllemagne des camps par les alliés, rapatriement enFrance des prisonniers) sort sur les écrans français fin 1945.

En, à la suite duPacte germano-soviétique, la presse communiste est interdite et leParti communiste français est dissous.Robert Capa etGeorges Sadoul se voient refuser leurs visas, donc empêchés de travailler. Plus tard, lemaccarthysme et ladéstalinisation conduisent Cartier-Bresson à organiser l’occultation de son engagement politique et de ses photos et films signés Henri Cartier. Cette opération est couronnée de succès : une note desRenseignements généraux de, en effet, précise qu’« à ce jour il n’a pas attiré l’attention du point de vue politique. » Mais cette occultation radicale conduira à la parution d'études très mal informées voire fantaisistes[note 11], et à une vision faussée de son œuvre pendant de nombreuses années, car on ne peut pas saisir la vision du monde de Cartier-Bresson si on ignore tout de l’engagement politique qui a contribué à la former[12]. Cartier-Bresson a voté communiste jusqu'à l'écrasement de la révolte hongroise par les Soviétiques en 1956[13].

1947-1970 : de la création de Magnum à l’arrêt du reportage

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En, Cartier-Bresson inaugure sa grande rétrospective auMoMA, qui entérine l’occultation de son militantisme communiste.

Avec ses amis communistesRobert Capa etDavid Seymour, il fondeMagnum en 1947 : une coopérative en autogestion, aux parts exclusivement détenues par les photographes, propriétaires de leurs négatifs, où toutes les décisions sont prises en commun et où les profits sont équitablement redistribués. Sur le conseil deRobert Capa, Cartier-Bresson laisse de côté la photographie surréaliste pour se consacrer auphotojournalisme et au reportage[14].

En, il est nommé expert pour la photographie auprès de l’Organisation des Nations unies. Il part enInde pourMagnum et parcourt, avec sa femme Eli (Ratna), l’Inde, lePakistan, leCachemire et laBirmanie. Il constate sur le terrain les conséquences de la partition avec le déplacement de douze millions de personnes sur les routes. Par l’intermédiaire d’une amie de sa femme, il obtient un rendez-vous avecGandhi, et ceci, quelques heures avant sa mort. Il photographie l'annonce de sa mort par Nehru, puis les funérailles deGandhi, images qui seront publiées dansLife et feront le tour du monde.

À la demande deMagnum, Cartier-Bresson se rend àPékin et photographie les dernières heures duKuomintang, le « Parti nationaliste chinois » qui est le plus ancienparti politique de laChine contemporaine et présent àTaïwan. Créé en1912 parSun Yat-sen, il domine le gouvernement central de larépublique de Chine à partir de1928 jusqu'à la prise de pouvoir par lescommunistes en1949. Bresson capture notamment un rassemblement de presque 10 000 recrues lorsque la ville de Pekin (Beijing) est entourée de troupes communistes[15]. Mais aussi l’ampleur de la déflation et, àShanghai, la ruée des gens vers une banque pour convertir leur argent en or (image publiée dans le premier numéro deParis Match et largement reprise dans toute la presse).

Cartier-Bresson obtient, au moment du dégel qui suit la mort deStaline, un visa pour se rendre enUnion soviétique et arrive àMoscou en.Magnum vend à prix d’or le reportage àLife, qui paraît les 10 et, puis est vendu àParis Match,Stern,Picture Post etEpoca.

Robert Capa est tué en Indochine en 1954 lors d'un reportage pourLife.Chim est tué en 1956 lors d'un reportage sur lacrise du canal de Suez[14].

Début 1963, tout de suite après lacrise des missiles, Cartier-Bresson se rend àCuba. Les photographies seront publiées le à la une et sur huit doubles pages deLife, accompagnées d’un article écrit par le photographe lui-même.

Pendant un an, il sillonne l’hexagone en voiture. L'ouvrageVive la France sera publié en 1970. Il photographie également la course cycliste lesSix jours de Paris. À la suite d'une demande des éditions Braun, il réalise une série de portraits de peintres (Matisse,Picasso,Bonnard,Braque etRouault), puis, pour des magazines ou des éditeurs, de nombreux portraits (Giacometti,Sartre,Irène et Frédéric Joliot-Curie).

Refusant toute idée dephotographie de mode, il fait une exception pourBettina dans les années 1950[16].

Parallèlement aux reportages, qui imposent leur rythme rapide de travail, Cartier-Bresson réalise pour son propre compte des études thématiques sur le long terme. Dès 1930, la danse l’intéresse et, avec Eli (Ratna), il réalise un travail de fond sur la danse àBali. Il découvre le langage pictural que la danse constitue, et il s’intéressera par la suite, à de nombreuses reprises, à la façon dont les corps en mouvement s’inscrivent dans l’espace urbain[note 12]. Contrairement aux périodes antérieures où ses images étaient principalement en aplat, Cartier-Bresson utilise désormais laprofondeur de champ apprise de Jean Renoir, elle constitue même l'élément principal de composition[note 13] dans plusieurs de ses photographies[17].

D’autres thèmes récurrents seront l’homme et la machine, les icônes du pouvoir, lasociété de consommation, les foules. Avec la danse, cette accumulation documentaire à long terme constitue une étude à caractère scientifique de l’être humain dans son langage visuel, une véritable « anthropologie visuelle ».

1970-2002 : le temps du dessin et de la contemplation

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Cartier-Bresson ressent la fatigue de cette vie intense, son désir de faire des photos n’est plus le même[note 14]. D’autre part, en 1966, il a rencontréMartine Franck, photographe, qui va devenir en 1970 sa seconde épouse. Avec la naissance en 1972 de leur fille Mélanie[18], Cartier-Bresson aspire à plus de calme et de sédentarité.

Il soutient la candidature deRené Dumont auxélections présidentielles de 1974. Depuis la fin de la guerre, il se reconnaît dans l'humanisme, à ceci près qu'il est dubitatif devant l'unanimisme que l'on trouve souvent dans ce vaste courant philosophique : il s'attache toujours, au contraire, à rendre fidèlement compte des ancrages à la fois géographiques et historiques de ceux qu’il photographie, et du contexte de la prise de vue[19]. Il exige que la légende détaillée accompagnant chaque photo qu'il envoie àMagnum soit impérativement publiée en même temps que toute photo qui sera reproduite et il précise :

« Je veux que les légendes soient strictement des informations et non des remarques sentimentales ou d'une quelconque ironie. [...] Laissons les photos parler d'elles-mêmes et pour l'amour deNadar, ne laissons pas des gens assis derrière des bureaux rajouter ce qu'ils n'ont pas vu. Je fais une affaire personnelle du respect de ces légendes comme Capa le fit avec son reportage[20]. »

Enfin, Cartier-Bresson ne se reconnaît plus dans l’agenceMagnum qu’il a fondée : ses jeunes collègues adoptent les modes de la consommation et vont jusqu’à se compromettre en faisant de la publicité, comportement que ne peut comprendre celui qui avait reçu une formationmarxiste-léniniste dans sa jeunesse[note 15]. Il se retire des affaires de l’agence, cesse de répondre aux commandes de reportages, se consacre à l’organisation de ses archives et, à partir de 1972, il retourne au dessin. Il gardera pourtant toujours sonLeica à portée de main et continuera à faire des photos selon son envie.

Le dessin est, pour Cartier Bresson, un art de la méditation, très différent de la photo. On a voulu réduire la photographie de Cartier-Bresson à « l’instant décisif », formule qui résulte d'une traduction de l'anglais dont il n'est pas l'auteur, alors que la citation ducardinal de Retz qu'il avait initialement mise en exergue d’Images à la sauvette disait :« Il n’y a rien en ce monde qui n’ait un moment décisif. » Beaucoup des photos de Cartier-Bresson ne relèvent pas d’un « instant décisif », elles auraient pu être prises un instant avant ou un instant après[note 16]. De plus, la prise sur le vif ne représente pour lui qu’une moitié de la démarche, l’autre moitié étant la composition de l’image, qui nécessite une connaissance préalable, donc du temps. Cartier-Bresson est un passionné de chasse, activité qui nécessite, comme la photo, la connaissance du terrain et la lecture des modes de vie. En ce sens, sa pratique de la photographie se rapproche de la chasse. Après sa période surréaliste, il se passionne pour le « tir à l’arc » avec la philosophiezen qui l’accompagne[21]. Plutôt que d'« instant décisif », on peut parler de « tir photographique », concept qui prend le contexte en compte.Clément Chéroux intitule son livre de photosHenri Cartier-Bresson : le tir photographique (2008).

Cartier-Bresson n'aime pas la photographie en couleurs, il ne la pratique que par nécessité professionnelle. Contrairement aux pelliculesnoir et blanc, dont lasensibilité relativement élevée permet au chasseur photographe de tirer au bon moment, les pellicules couleur, beaucoup plus lentes, sont d'un usage contraignant. De plus, alors que le photographe dispose en noir et blanc d'une large gamme de gris permettant de traduire toutes les nuances de valeurs (degrés d'intensité lumineuse), les valeurs qu'offrent les pellicules trichromes sont, pour Cartier-Bresson, beaucoup trop éloignées de la réalité[22].

Cartier-Bresson photographie plusieurs maîtres du bouddhisme tibétain, dont en 1987Kalou Rinpoché, et en 1993 ledalaï-lama,Dagpo Rinpoché etSogyal Rinpoché[23],[24].

En 1996, Cartier-Bresson est nommé professeur honoraire à l'Académie des beaux-arts de Chine, puis, concernant leTibet, il écrit une lettre aux autorités chinoises pour dénoncer « les persécutions dont la Chine se rend coupable »[25]. Bouddhiste, il assiste régulièrement aux enseignements du14e dalaï-lama qu'il a également photographié. Il a milité pour la cause tibétaine[26].

En 2003, un an avant sa mort, laBibliothèque nationale de France lui consacre une grande exposition rétrospective, avecRobert Delpire comme commissaire. L'exposition Henri Cartier-Bresson au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou se déroule du au. Avec comme commissaireClément Chéroux, on y découvre notamment une abondante documentation sur son engagement communiste et son activité militante dans la période 1936-1946.

Henri Cartier-Bresson meurt le àL'Isle-sur-la-Sorgue[27]. Son ami Jean Lacouture l'évoque,« implacable chasseur de l'instant décisif » dansEnquête sur l'auteur[28]. Il est inhumé àMontjustin dans leLuberon, et son épouse,Martine Franck, décédée en 2012, est inhumée à côté de lui.

Fondation Henri-Cartier-Bresson

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En 2003, peu après la rétrospective de laBibliothèque nationale de France,Martine Franck fonde avec sa fille laFondation Henri-Cartier-Bresson. La fondation HCB, siserue des Archives, dans lequartier du Marais, assure la conservation de son œuvre[29] et sa présentation au public, ainsi que celles des photographes qui lui sont chers, autour de la ou des pratiques du reportage.

La fondation décerne tous les deux ans unprix qui donne droit à une exposition, deux ans après, au sein de la fondation.

Récompenses et distinctions

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Œuvre

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La maison Cartier-Bresson àScanno enItalie, village que Cartier-Bresson a beaucoup photographié.

Publications

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Filmographie

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Expositions

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Liste non exhaustive

Expositions personnelles

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Expositions collectives

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Collections

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Notes et références

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Notes

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  1. À quelques exceptions près.
  2. Voir ci-dessous « 1970-2002 : le temps du dessin et de la contemplation ».
  3. 41 ans, de 1931 à 1972.
  4. Pierre Assouline a été jusqu'à dire de lui qu'il était« l'œil du siècle ».
  5. Exposition du 12 février 2014 au 9 juin 2014.
  6. Voir par ex. la photo intituléeSalerne, Italie, 1933.
  7. Voir par ex. la photo intituléeDerrière la gare Saint-Lazare, Paris, 1933.
  8. Voir par ex. la photo intituléeNatcho Aguirre, Santa Clara, Mexique, 1934.
  9. Voir par ex. la photo intituléeBruxelles, 1932.
  10. Nom formé de New York et dekino (cinéma en russe).
  11. On a prétendu qu'ayant connu et photographié laSeconde République espagnole, il était certainementanarchiste (Henri Cartier-Bresson, L'amour tout court film de Raphaël O'Byrne, ARTE France, Les films à Lou).
  12. Voir par ex. la photo intituléeScanno, Italie, 1951.
  13. Voir par ex. la photo intituléePrizren, Kosovo, 1965, ou celle intituléeÎle de Siphnos, Grèce, 1961.
  14. En 1966, il écrit àMarc Riboud :« Je suis épuisé, j'en ai même perdu le goût du travail. »Chéroux 2012,p. 350.
  15. En 1974, il leur envoie un mémorandum dans lequel il considère désormaisMagnum comme « un établissement commercial aux prétentions esthétiques ».
  16. C'est le cas de beaucoup de photos de la période surréaliste (esthétique « explosante-fixe » mise à part), de beaucoup d'images politiques de la période militante, de beaucoup d'images contemplatives de la dernière période.

Références

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  1. Pierre Assouline,Henri Cartier-Bresson, l’œil du siècle Gallimard, 2001, éditionsFolio
  2. Pierre Assouline,Henri Cartier-Bresson, l’œil du siècle Gallimard, 2001, éditionsFolio,p. 38
  3. Clément Chéroux,Henri Cartier-Bresson, Découvertes Gallimard, 2014,p. 15
  4. Matila Ghyka,Le nombre d’or. Rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale, Gallimard, 1976, 185 p.(ISBN 2-070-29298-3 et978-2070292981).
  5. Henri Cartier Bresson, Entretien avecJean Bothorel,La Vie catholique,no 1319, 18-24 novembre 1970,p. 31.
  6. Chéroux 2012,p. 36.
  7. Peter Galassi (en), Henri Cartier Bresson. Premières photos. De l’objectif hasardeux au hasard objectif, Paris, Artaud, 1991 (inChéroux 2012,p. 37)
  8. Hervé Le Goff, dans un courriel adressé àClément Chéroux le 10 janvier 2013 (Chéroux 2012,p. 138).
  9. Chéroux 2012,p. 145-148.
  10. a etbClaire Guillot, « ExpositionHenri Cartier-Bresson, l’autre couronnement : quand le photographe tournait le dos au roi »,Le Monde,‎(lire en ligne).
  11. SelonLénine « Le cinéma, de tous les Arts, pour nous le plus important » (inGeorges Sadoul,Histoire du cinéma mondial. Des origines à nos jours, Flammarion, 1949,p. 172).
  12. Chéroux 2012,p. 149-152.
  13. Pierre Assouline,Cartier-Bresson. L'œil du siècle, Gallimard Folio (édition revue et augmentée, 2001),p. 379.
  14. a etbSerge July,Dictionnaire amoureux du journalisme, Paris, Plon,, 917 p.(ISBN 978-2-259-20599-3),p. 159
  15. (en) « The Kuomintang calls recruits to arms, Beijing, China, 1948 », surArtsy.net,(consulté le)
  16. GuySchoeller,Bettina, Paris, Assouline,coll. « Mémoire De La Mode »,, 80 p.(ISBN 978-2-84323-084-4,OCLC 406217524,présentation en ligne),p. 12.
  17. Chéroux 2012,p. 226-229.
  18. Frédérique Chapuis, « Sans Martine Franck, la Fondation Henri Cartier-Bresson n'aurait jamais existé »,Télérama, 6 novembre 2018.
  19. Chéroux 2012,p. 232-235.
  20. Pierre Assouline,Cartier-Bresson. L'œil du siècle,op. cit.,p. 270.
  21. Chéroux 2012,p. 351-357.
  22. Chéroux 2012,p. 260.
  23. (en) « Portraits of Tibetan Teachers », surTricycle: The Buddhist Review(consulté le).
  24. « Magnum Photos Home », surpro.magnumphotos.com(consulté le)
  25. Henri Cartier-Bresson dénonce les « persécutions » chinoises au Tibet., 3 juin 1996,Libération
  26. (en)Bureau du Tibet,Henri Cartier Bresson Passes Away, Central Tibetan Administration, 5 août 2004.
  27. BrigitteOllier, « Henri Cartier-Bresson à la sauvette », surLibération(consulté le)
  28. Arléa, 1989, pp. 299 à 303.
  29. Hélène Simon, « La vente de tirages de photos d'Henri Cartier-Bresson exaspère ses ayants droit »,Le Monde, 11 mai 2007.
  30. « Images à la sauvette de Henri Cartier-Bresson, un livre mythique », surFrance Inter,.
  31. Robert Coiplet, « D'une Chine à l'autre de M. Henri Cartier-Bresson »,Le Monde,‎(lire en ligne).
  32. « Moscou vu par M. Henri Cartier-Bresson »,Le Monde,‎(lire en ligne).
  33. « VICTOIRE DE LA VIE - Henri CARTIER-BRESSON - 1937 - Les films - Guerre d'Espagne », surVICTOIRE DE LA VIE - Henri CARTIER-BRESSON - 1937 - Les films - Guerre d'Espagne(consulté le)
  34. « ESPAGNE VIVRA (L') - Henri CARTIER-BRESSON - 1939 - Les films - Guerre d'Espagne », surESPAGNE VIVRA (L') - Henri CARTIER-BRESSON - 1939 - Les films - Guerre d'Espagne(consulté le)
  35. Georges Hourdin, « Henri Cartier-Bresson »,le Monde,‎(lire en ligne).
  36. Bertrand Girod de l'Ain, « Cartier-Bresson au Grand Palais. Le dessin et la passion de la vie »,Le Monde,‎(lire en ligne).
  37. (es) Roberto de Espada, « Museo del Parque Rodó; dos excelentes exposiciones »,El Día, Montevideo,‎,p. 12(lire en ligne) :

    « Si saca a los niños a pasear por el Parque Rodó dese una vuelta por el Museo Nacional [...], donde tendrá la oportunidad de contemplar, por lo menos, dos exposiciones de primerísimo nivel: una del maestro francés de la fotografía Henri Cartier-Bresson y otra del peruanoHerman Braun-Vega. »

  38. (en) « Henri Cartier-Bresson: The Early Work », surMuseum of Modern Art.
  39. « Au Musée d'art moderne de New-York. Les jeunes années de Cartier-Bresson »,Le Monde,‎(lire en ligne).
  40. Michel Guerrin, « Cartier-Bresson, le photographe décisif »,Le Monde,‎(lire en ligneAccès limité).
  41. Une rétrospective inédite consacrée à l'œuvre d'Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou
  42. Exposition "Henri Cartier-Bresson - Photographe"
  43. « Henri Cartier-Bresson, Le Grand Jeu », surPalazzo Grassi(consulté le).
  44. Clément Chéroux 2023.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Clément Chéroux,Henri Cartier-Bresson, Paul Strand : Mexique, 1932-1934 : exposition, Paris, Fondation Henri Cartier-Bresson, 11 janvier-22 avril 2012, Cherbourg, Le Point du Jour, 13 mai-2 septembre 2012, Göttingen (Allemagne) et Paris, Steidl,, 175 p.(ISBN 978-3-86930-422-9)
  • Clément Chéroux (dir.),Henri Cartier-Bresson : l'autre couronnement (catalogue d'exposition), Paris, Textuel / Fondation Henri Cartier-Bresson,, 120 p.(ISBN 978-2-84597-960-4).
  • Jean-Pierre Montier,L'Art sans art : Henri Cartier-Bresson (Paris, Flammarion, 1995, prix Nadar ; traduction anglaise sous le titreHenri Cartier-Bresson and the Artless Art (Bulfinch Press Book, 1996) puis rééd. 2007, 328 p.
    Outre des peintures et nombre de dessins, l'ouvrage comporte plus d'une centaine de photographies. Éditions anglaise, allemande et italienne.

Articles connexes

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Liens externes

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