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Hans Morgenthau

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Hans Morgenthau
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Hans Joachim MorgenthauVoir et modifier les données sur Wikidata
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Hans Joachim Morgenthau (), né dans leduché de Saxe-Cobourg et Gotha et émigré auxÉtats-Unis, est un théoricien desrelations internationales connu pour son approche académique, définie commeréaliste, plus précisémentréaliste classique. Il est aussi juriste et consultant enpolitique étrangère au sein de plusieurs administrations américaines.

Expert endroit international, pendant sa carrière Morgenthau s’approche de plus en plus de l’étude du pouvoir en politique internationale. C’est à ce sujet qu’est dédiée son œuvre la plus célèbre,Politics Among Nations: The Struggle for Power and Peace, où il s’oppose à une orientationidéaliste quant à la politique étrangère, en se basant sur des postulats rationalistes et une conception pessimiste des aspirations humaines. On lui doit aussiScientific Man versus Power Politics où, fermementréaliste classique, il critique ce qu'il appelle le « rationalisme libéral »[1].

En tant que consultant pour ledépartement de la Défense, il est connu pour avoir pris position contrel’intervention américaine au Vietnam, avis qui conduit à son licenciement pendant l’administrationJohnson.

Biographie

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Les années européennes

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Né àCobourg dans leduché de Saxe-Cobourg et Gotha en 1904, Hans Morgenthau, issu d’une famille juive, étudie la philosophie à l’université deBerlin et deFrancfort avant d’entamer un cursus en droit à l’université de Munich. À la suite de l’obtention de son diplôme en 1927, il retourne à Francfort pour finaliser sa formation en droit international et devient docteur en 1929[2].

Ensuite, après avoir commencé sa carrière endroit à Francfort, il est nommé président par intérim de la Cour du droit du travail en 1931. L’année suivante, il se consacre à nouveau à la vie académique en s’inscrivant à un programme postdoctoral à l’Institut de hautes études internationales deGenève[3].

En 1934, ses études achevées, il évite de retourner en Allemagne à cause des premières lois discriminatoires contre les Juifs. Par conséquent, avec l’aide de collègues académiques, il s’installe enEspagne, où il se marie plus tard[4].

Les années américaines

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Article connexe :Scientific Man versus Power Politics.

En 1937, il émigre avec son épouse aux États-Unis[5]. De 1939 à 1943, il enseigne à l’université du Missouri àKansas City, et ensuite, à l’université de Chicago[6]. Là, il commence alors à travailler officiellement dans ce qui était le nouveau champ interdisciplinaire desrelations internationales[7].

En 1946, paraît « Scientific Man versus Power Politics »[8]. Ce livre de Morgenthau est probablement celui le plus empreint d'une philosophieréaliste et d'une critique d'une position qu'il appelle le « rationalisme libéral »[1].

C’est sur ce sujet qu’il publie en 1948 la première édition d’International Politics[9] : le vif succès qu’il remporte lui permet d’obtenir, en 1950, un financement pour établir le Centre de l’université de Chicago pour l’étude de la politique étrangère américaine. Il assure le poste de directeur de ce centre jusqu’en 1968[7].

Il se lance dans une carrière en consultance politique en 1948, dès lors que s’établit un contact régulier avec ledépartement d’État des États-Unis. En 1951, ce même département le charge d’une visite officielle enAutriche et ensuite enIndochine en 1954[10]. À partir de cette dernière visite, il marque son opposition contre l’engagement américain au Vietnam[11]. En 1963, il devient consultant pour ledépartement de la Défense, poste qu’il est contraint de quitter en 1965. C’est en effet cette année-là que paraît son article pour leNew York Times dans lequel il dénonce la présence continuelle des troupes américaines en Indochine[12]. Selon Morgenthau, voilà la raison qui pousse l’administrationJohnson, irritée par sa prise de position publique et insistante, à ordonner son licenciement du département de la Défense et à engager d’autres mesures de pression[13]. Déçu par cette administration, il devient consultant en 1968 pour la campagne présidentielle du démocrateEugène McCarthy, campagne qui se solde finalement par un échec[14].

Il est l'un des passagers qui a survécu au crash duvol Swissair 316 près de l'aéroport international d'Hellinikon àAthènes, le. Ayant déménagé àNew York et après s’être séparé de son épouse en 1973, il continue à écrire sur la politique internationale jusqu’à sa mort qui survient en 1980[15].

La Pensée

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Le fonctionnalisme en droit international

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Encore étudiant à l’université deMunich, Morgenthau approfondit ses recherches sur la caractérisation du droit international comme une branche particulièrement faible du droit[16]. ÀFrancfort, il élabore en outre davantage ce concept, en trouvant la cause de cette faiblesse dans l’implication de la politique internationale au sein des questions juridiques[16]. Ce lien complexe entre les différends légaux et politiques est aussi le sujet de son œuvreLa notion du politique et la théorie des différends internationaux[17]. En particulier, en trouvant problématique la distinction entre ces deux genres de conflits, il souligne l’importance de la notion du politique pour mieux classifier et comprendre le système dudroit international[18].

En dépit de cet intérêt précoce pour le domaine politique, pendant ses années européennes, les recherches de Morgenthau se concentrent surtout sur la conception d’une alternative réaliste aupositivisme juridique. Pour ce faire, il s’inspire de perspectives philosophiques, notamment celle deFreud, qui soulignent la complexité et les aspirations profondes de la nature humaine[19]. L’opposition de Morgenthau contre lascience légale traditionnelle se fait encore plus explicite au début de ses années américaines, quand il écrit l’articlePositivism, Functionalism and International Law. Dans celui-ci, il identifie un programme de recherche pour un fonctionnalisme légal, soit une approche interdisciplinaire des questions juridiques internationales qui reconnaîtrait lesaspects sociologiques. En effet, il soutient que les intérêts économiques, les tensions sociales et les aspirations au pouvoir sont les forces motivantes du domaine international et que, par conséquent, elles doivent être considérées par les juristes internationaux[20].

Le réalisme classique en politique internationale

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DansPolitics among Nations, Morgenthau vise à contrer ce qu’il voit comme une tendance nuisible etidéaliste de la politique américaine de son époque, en proposant ce qui est désormais considéré comme l’approche réaliste classique[21]. Un de ses postulats est une conception pessimiste des aspirations humaines, assimilées à la tendance à dominer les autres individus[22]. Un autre pilier de sa théorie est l’hypothèse selon laquelle les politiques étrangères, comme toutes les actions humaines, seraient rationnelles et cohérentes ; cependant il critique les dérives déterministes durationalisme et les tendances prophétiques en relations internationales[23].

En se basant sur ces prémisses, il soutient que le pouvoir représente le but suprême de chaquepolitique étrangère, gouvernée par des lois immuables inhérentes à la nature humaine[24]. Dès lors, tous lesÉtats peuvent poursuivre seulement trois types de politiques rationnelles : maintenir leur puissance, l’augmenter ou la démontrer[25]. Il affirme également que ces aspirations à dominer ne doivent jamais être assimilées à des lois morales universelles, faisant valoir que les considérations politiques doivent en être dépourvues[24].

Dans ce sillage, la guerre a un rôle dominant[26] et fait partie des forces naturelles et immuables qui, aux yeux de Morgenthau, ne doivent pas être contrées mais utilisées[27]. Toutefois, par rapport aux engagements militaires prolongés, il se montre généralement hostile : il les tient pour contre-productifs, vains et surtout trop coûteux en raison des ressources nationales limitées[28]. Morgenthau s’efforce de défendre ces convictions quand il s’oppose à l’intervention américaine au Vietnam[29].

Dans ses œuvres, il a notamment mis l'accent sur la notion d'intérêt national : il considère que "le principal principe directeur du réalisme politique est le concept d'intérêt, défini en termes de puissance"[30]. Il définit également les déterminants matériels de la puissance : un vaste territoire, une population nombreuse, une économie forte (qui permet le cas échéant de financer une guerre), une technologie de pointe, etc. À ces éléments, il a ajouté les déterminants immatériels, comme le sentiment national, la qualité du gouvernement et celle de la diplomatie.

Hans Morgenthau disait que "le but de lapolitique est ladomination : notreennemi, tout comme nous, utilise samoralité pour resserrer l'ouverture de saconscience et ignorer son appétit depouvoir"[31]. Le réaliste ne nie pas la dimension morale de l'action politique, mais les principes moraux doivent être adaptés à la situation concrète (et non pas être appliqués dans leur formulation abstraite et universelle). Le réaliste doit également déterminer l'endroit où l'intérêt national diverge de considérations morales et légales, pour privilégier le premier.

On range parfois Morgenthau sous l'étiquette "réaliste classique", pour bien le distinguer dunéo-réalisme (ou réalisme structurel, qui lui est associé à d'autres auteurs commeKenneth Waltz)[32]

Les six principes du réalisme politique selon Hans Morgenthau

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Hans Morgenthau énonce les six principes du réalisme politique dans son ouvrage « Politics Among Nations » (1948):

  1. Lapolitique suit des règles objectives, celles de la nature humaine;
  2. Le concept d'intérêt, dans sa signification depouvoir, permet de comprendre le but de lapolitique;
  3. Le concept d'intérêt, dans sa signification depouvoir, ne change pas dans le temps et dans l'espace, mais bien selon "l'essence de la politique" ;
  4. Les principes moraux ne peuvent être pris en compte pour comprendre les relations entre lesÉtats. Ils changent dans le temps et dans l'espace: les États agissent toujours en fonction du principe moral suprême de survie nationale;
  5. Les aspirations morales desÉtats (par exemple, promouvoir lapaix dans le monde) ne peuvent être considérées comme aspirations morales universelles, mais commeintérêts des États à un moment donné;
  6. Le réalisme politique reconnaît que l'homme possède plusieurs sphères d'intérêts, telle que la sphère duPolitique et parmi les sphères d'intérêt de l'individu, si celui-ci veut pouvoir comprendre une sphère en particulier, il doit faire abstraction des autres. Cependant, la sphère politique est indépendante des autres.ex. : religieuse, morale, politique, etc.

Article connexe

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Notes et références

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  1. ab etcM. ScottSolomon et Steven C.Roach,Fifty Key Thinkers in International Relations, Abingdon,Routledge,, p.51.
  2. Morgenthau, H. (1978). « An Intellectual Autobiography ». InSociety. Janvier, février 1978, vol. 15,no 3,p. 63-65.
  3. (en) C.Frie,Hans J. Morgenthau. An Intellectual Biography, Baton Rouge, Louisiana State University Press,, p.49.
  4. Frie 2001,p. 50.
  5. Frie 2001,p. 59-61.
  6. Frie 2001,p. 66-67.
  7. a etbFrie 2001,p. 74.
  8. Scheuerman, William. "Was Morgenthau a Realist? Revisiting Scientific Man vs. Power Politics" Paper presented at the annual meeting of the ISA's 49th ANNUAL CONVENTION, BRIDGING MULTIPLE DIVIDES, Hilton San Francisco, SAN FRANCISCO, CA, USA, Mar 26, 2008
  9. Morgenthau, H. (1954).Politics among Nations. The Struggle for Power and Peace.2e édit. New York : Knopf.
  10. Frie 2001,p. 17.
  11. Vennesson, P. (2001). « Les “réalistes” contre les interventions : arguments, délibérations et politique étrangère ». InAnnuaire français de relations internationales,no 2,p. 242.
  12. Morgenthau, H. (1965). « We Are Deluding Ourselves in Vietnam ». InNew York Times Magazine. 18 avril 1965,p. 61-73.
  13. Morgenthau, H. (1970).Truth and Power: Essays of A Decade, 1960-70. New York : Praeger.
  14. Morgenthau, H. (1968) « A Talk with Senator McCarthy ».The New York Review of Books. 22 août 1968,p. 191-198.
  15. « Morgentahu dies, noted political scientist ». InThe Telegraph. 21 juillet 1980,p. 8.
  16. a etbMorgenthau, H. (1978). « An Intellectual Autobiography ». InSociety. Janvier, février 1978, vol. 15,no 3,p. 65.
  17. Morgenthau, H. (1933). La notion du "politique" et la théorie des différends internationaux. Paris : Sirey,p. 8.
  18. Morgenthau, H. (1933).La notion du "politique" et la théorie des différends internationaux. Paris : Sirey,p. 90.
  19. Schütt, R. (2009) « Political realism, Freud, and human nature in international relations ». InDurham E-Theses Online,p. 37,https://etheses.dur.ac.uk/2085/ (consulté le 9 avril 2017).
  20. Morgenthau, H. (1940). « Positivism, Functionalism, and International Law ». InAmerican Journal of International Law. 1940, vol. 34,no 2,p. 269.
  21. A.Grosser, « L’étude des relations internationales, spécialité américaine? »,Revue française de science politique,no 3,‎, p.639.
  22. Grosser 1956,p. 641.
  23. Grosser 1956,p. 640.
  24. a etb« Morgenthau Hans Joachim (1904-1980) ». InEncyclopædia Universalis.https://www.universalis.fr/encyclopedie/hans-joachim-morgenthau/ (consulté le 9/04/2017).
  25. Morgenthau, H. (1954).Politics among Nations. The Struggle for Power and Peace.2e édit. New York : Knopf.p. 25
  26. Vennesson, P. (2001). « Les “réalistes” contre les interventions : arguments, délibérations et politique étrangère ». InAnnuaire français de relations internationales,no 2,p. 236.
  27. Morgenthau, H. (1954).Politics among Nations. The Struggle for Power and Peace.2e édit. New York : Knopf,p. 3.
  28. Vennesson, P. (2001). « Les “réalistes” contre les interventions : arguments, délibérations et politique étrangère ». InAnnuaire français de relations internationales,no 2,p. 242-249.
  29. Morgenthau, H. (1965).Vietnam and the United States. Washington DC : Public Affairs Press.
  30. Jean-Jacques Roche,Théories des relations internationales, éd. Montchrestien, 2004,p. 33
  31. (fr)Le principe de Lucifer (1997),Howard Bloom (trad. Aude Flouriot), éd. le Jardin des livres, 2001(ISBN 2-914569-03-3),p. 245
  32. Hans Morgenthau and Kenneth Thompson, Politics Among Nations, 6th edition (New York: McGraw-Hill, 1985),p. 165.

Liens externes

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