Movatterモバイル変換


[0]ホーム

URL:


Aller au contenu
Wikipédial'encyclopédie libre
Rechercher

Héraclite

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voirHéraclite (homonymie).

Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez ici pour en savoir plus.
Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez ici pour en savoir plus.

Les informations figurant dans cet article ou cette section doivent être reliées aux sources mentionnées dans les sections « Bibliographie », « Sources » ou « Liens externes »().

Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez ici pour en savoir plus.
Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez ici pour en savoir plus.

Cet article peut contenir untravail inédit ou des déclarationsnon vérifiées().

Vous pouvez aider en ajoutant des références ou en supprimant le contenu inédit. Voir lapage de discussion pour plus de détails.
Héraclite d'Éphèse
Héraclite,Ca' Rezzonico
Naissance
Décès
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Feu comme principe du monde, Union des contraires, Dynamisme Cosmique (panta rhei)
Œuvres principales
Fragments
Influencé par
A influencé

modifier -modifier le code -modifier WikidataDocumentation du modèle

Héraclite d'Éphèse (engrec ancienἩράκλειτος ὁ Ἐφέσιος /Hêrákleitos ho Ephésios) est un des principaux philosophesgrecs ditsprésocratiques.

Nous ne savons presque rien de sa vie, sinon qu’il vécut àÉphèse vers 500 av. J.-C., et ne connaissons sa philosophie qu’à travers les auteurs anciens qui, duIVe siècle av. J.-C. jusqu’à la fin de l’Antiquité, l’ont cité et notamment les plus éminents d’entre eux,Platon,Aristote,Lucrèce,Sénèque,Plutarque,Sextus Empiricus,Marc-Aurèle,Diogène Laërce,Plotin et d’autres.

Ses citations, peu nombreuses, environ une centaine, le plus souvent des formules brèves, souvent de style énigmatique à la manière des oracles, ont été rassemblées sous le terme deFragments par les érudits (Bywater, Oxford, 1877, Diels, Berlin, 1903, 1912, 1922, Diels-Kranz, Berlin, 1934, Marcovich, Florence, 1978,Marcel Conche, France , 1987) qui ont examiné le contexte des œuvres dans lesquelles le mot ou la phrase d’Héraclite apparaissait, discuté leur authenticité et les ont classées. Des travaux récents révèlent qu'Héraclite n'est ni un « skoteinos » ni un philosophe du changement[1].

On retient généralement d’Héraclite sa philosophie du devenir à travers ses citations devenues célèbres (Πάντα ῥεῖ /'Panta rhei'« Tout passe »[2] et« On ne peut entrer deux fois dans le même fleuve »), son relativisme (« Le plus beau des singes est laid »[3] en comparaison d'une autre espèce) et sa théorie de la contrariété (« La contrariété est avantageuse »,« La plus belle harmonie naît des différences »,« Toutes choses naissent de la discorde »[4]).

Biographie

[modifier |modifier le code]

On ne sait presque rien de la vie d’Héraclite. La principale source biographique est la notice deDiogène Laërce, écrite près de huit siècles après la mort du philosophe, mais sa notice est surtout un portrait caractérologique, déjà sous l’emprise de la tradition qui fait d’Héraclite le plus solitaire des philosophes, sans guère de précisions biographiques :

« Héraclite, fils de Boson ou, selon certains, d’Héracôn, citoyen d’Éphèse. Il atteignit sa pleine maturité pendant la soixante-neuvièmeOlympiade [504-501]. C’était un homme d’esprit hautain plus que tout autre orgueilleux et méprisant, comme le montre clairement son livre, dans lequel il affirme « l’érudition n’enseigne pas l’intelligence »… Il fut dès sa jeunesse un sujet d’étonnement. Étant jeune, il disait ne rien savoir, mais devenu adulte qu’il savait tout. Il ne fut le disciple de personne, il disait qu’il avait cherché lui-même et qu’il avait tout appris par lui-même…Le livre qu’on lui attribue traite d’un bout à l’autre de la nature, mais il est divisé en trois parties : sur le monde, sur la politique et sur la théologie. Il le disposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire et de peur qu’un style ordinaire ne le rendît méprisable[5] »

Outre cette notice, on dispose d’un autre témoignage encore plus lacunaire.Clément d’Alexandrie dans sesStromates (I , 65,4) nous apprend, sans que l’on sache le rang social d’Héraclite, ni la part qu’il prit aux activités de sa cité, que :

« Héraclite, fils de Blyson, détermina le tyran Mélancolas à abdiquer, et ne daigna pas écouter le roi Darius qui l’invitait à venir en Perse. »

Éphèse, cité ionienne, particulièrement florissante auxVIe et Ve sièclesav. J.-C., a changé de régime politique du vivant d’Héraclite, en faveur d’une constitution démocratique, soutenue alors par la Perse. Il semble qu’Héraclite n’ait pas été favorable à ce changement, sans que l’on en sache beaucoup plus[6].

Quant au livre d’Héraclite dont parle Diogène Laërce, les renseignements manquent, mais on peut désormais exclure que l’ouvrage en question ne soit qu’un simple recueil de sentences ou d’opinions héraclitéennes[7]. En effet, la découverte récente d'un papyrus d'Oxyrhinchos[8] transmet une scholie astronomique en commentaire d'Homère, qui mentionne une observation versifiée sous le nom d'Héraclite concernant les phases lunaires. Ce témoignage prouve que son ouvrage traitait bien aussi de la nature, hormis l'éthique et la politique. Dans son ouvrage, Héraclite dissertait donc de cosmologie, d'astronomie et non de simples maximes à portée morale.

Les fragments de l'ouvrage d’Héraclite sont le plus souvent des formules brèves, des énigmes qui l’ont fait désigner comme « l’Obscur » (ho skoteinos) par les auteurs anciens. Dès leIVe siècle avant J.-C., la tradition fait de lui un solitaire, voire un misanthrope, qui ne veut pas satisfaire aux exigences de la vie en communauté. Dans la comédie deLucien de Samosate,les Philosophes à l’encan (IIe siècle après J.-C.), qui fait défiler tous les philosophes grecs sur l’estrade d’un marchand d’esclaves, il est « l’homme qui pleure » à côté deDémocrite qui est « l’homme qui rit » et reste invendu.

« L’Acheteur : Ce sont des énigmes que tu proposes, dis donc ? Ou bien des devinettes que tu fabriques ? Rien de ce que tu dis n’est clair.

Héraclite : C’est qu’en rien je ne me soucie de vous.

L’Acheteur : Alors nul non plus ne t’achètera parmi les gens sensés[9]. »

Le traitéSur la nature

[modifier |modifier le code]
Cette sectionne cite pas suffisamment ses sources (janvier 2022)
Pour l'améliorer, ajoutezdes références de qualité et vérifiables (comment faire ?) ou le modèle{{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Le texte

[modifier |modifier le code]

Il reste entre 140 et 152 fragments du texte d'Héraclite[10], qui nous est connu à travers les citations qu'on a trouvées chez divers auteurs, dePlaton (IVe siècle av. J.-C.) àAlbert le Grand (XIIIe siècle) en passant parDiogène Laërce (IIIe siècle)[11]. En 1903,Hermann Diels édite pour la première fois l'ensemble des fragments, un travail qui est revu dans les années 1930 parWalther Kranz. Une des principales questions qui continue à faire débat est de savoir si nous sommes en présence de fragments d'un livre unique ou de véritablesaphorismes[11]. D'après Diogène Laërce[12], l'ouvrage d'Héraclite aurait été composé de trois parties :Sur le tout ouSur l'univers (engrec ancienΠερὶ φύσεως)[13],Sur lapolitique etSur lathéologie. SelonJean-François Pradeau, cette division thématique devenue traditionnelle relève cependant d'un anachronisme basé sur des divisions scolaires datant de lapériode hellénistique[14]. Il se pourrait que cette répartition provienne partiellement d'une source stoïcienne.

On constate ainsi que les reconstructions des fragments ont commencé très tôt[11], sans doute en raison de l'obscurité de certaines parties de son discours.

On suppose ainsi raisonnablement en suivant les Anciens, qu'Héraclite écrivit un seul et unique livre en vers en partie énigmatique. Certes, l'encyclopédie médiévale de laSouda note qu'« Héraclite écrivit beaucoup d'ouvrages dans un style poétique », mais cette dernière indication est évidemment très incertaine. L'existence de ce livre a parfois été remise en cause d'une manière très hypothétique[15], en contradiction avec des témoignages antiques pourtant très fiables comme ceux d'Aristote, ou de Théophraste. Cet ouvrage était écrit enionien, la langue d’Héraclite ; il était connu sous le titreSur la nature (Περὶ φύσεως /Perì phýseôs). Mais on le connaît également sous le titre deMousai (les Muses, terme vague qui semble provenir originellement dePlaton[16]). Le découpage de cet ouvrage en trois parties thématiques, cosmologie, discours politique et théologie, semble assez souvent correspondre avec les différents fragments qui nous restent.

Lettres apocryphes

[modifier |modifier le code]

Il existe également des lettres attribuées à Héraclite, mais qui sont apocryphes. Elles ont été rédigées par des rhéteurs influencés par la tradition cynico-stoïcienne. Il s'agit d'exercices d'école de rhétorique qui s'étalent duIer siècle av. J.-C. auIIIe siècle ap. J.-C., d'inspiration purement rhétorique ou cynico-stoïcienne. Seules les premières lettres de ce catalogue semblent conserver quelques échos réels tirés de la vie et de l'œuvre originelle d'Héraclite (obscurité, son mépris de ses contemporains, son dédain à l'égard du roi de Perse, etc.). Sans doute un examen précis de ces lettres permettrait-il de retrouver quelques informations crédibles pour en apprendre plus sur la figure historique de ce philosophe.

On apprend dans ces lettres que certaines parties de son ouvrageSur la nature étaient peu compréhensibles, mais aussi que l'ouvrage développait la thématique de la « droite conduite de la vie »[17].

Cependant, il est difficile de retrouver un fond doctrinal authentique. Ainsi, dans une autre de ces lettres (la IV), Héraclite défendHermodore d'Éphèse, puis fustige ses contemporains qui n'ont pas compris que la divinité ne peut vivre que dans le Monde, et non dans un édifice fait de mains d'hommes. Mais cette lettre IV semble être une diatribe cynico-stoïcienne rédigée par un écrivain païen duIer siècle ap. J.-C. Une autre lettre mentionne la thématique de religion cosmique (dont les stoïciens furent de grands promoteurs). Dans d'autres lettres, on trouve des éléments sur Hermodore, l'ami du philosophe qui semble avoir été exilé d’Éphèse, et des propos sur les bonnes lois pour des hommes savants (c'est-à-dire non esclaves de leur médiocrité intellectuelle). On y lit aussi une critique d'Homère concernant ses propos sur lesÉrinyes (une allusion remarquable à l'œuvre d'Héraclite).

Hypothèses sur l'œuvre

[modifier |modifier le code]
« Héraclite l'Obscur », détail deL'École d'Athènes deRaphaël,1509.

Héraclite aurait déposé son œuvre sur l'autel d'Artémis, dans letemple d Artémis àÉphèse[18]. On peut voir dans ce geste la volonté de mettre son œuvre écrite dans un lieu sûr de sa région natale, pour éviter qu'elle ne soit perdue[19]. Héraclite est en effet, avecAnaximandre, l'un des plus anciens auteurs à mettre par écrit des textes en prose. Peut-on aussi y voir un geste d'une générosité calculée ? Car située à la frontière entre le monde civilisé et le monde sauvage, Artémis aurait ainsi pu en faire bon usage, elle qui préside à l'initiation des adolescents et des animaux.

L'hypothèse que son ouvrage ait été déposé dans ce temple pour à la fois garantir sa valeur et assurer sa renommée, semble très probable. Il existe d'ailleurs une anecdote qui raconte que l'on pouvait voir Héraclite jouer avec des enfants sur le parvis du temple, au lieu de s'occuper de la politique de la cité d’Éphèse[20].

En effet, Héraclite était membre de la plus puissante famille aristocratique d’Éphèse selon le témoignage d'Antisthène de Rhodes (cité par Diogène Laërce) et donc pour lui, accéder au sanctuaire principal de sa cité parait chose aisée. De plus, mettre sous le patronage d'une divinité son œuvre correspondrait bien à la haute idée qu'il semble avoir eue de son ouvrage. Enfin, il s'agit d'un moyen prestigieux de diffuser son œuvre (on sait qu'Euripide viendra lire et mémoriser[21],[22] sur place cet ouvrage avant de le retranscrire et le diffuser à Athènes ; selon le témoignage sûr de Diogène Laërce[23]).

Il est probable que cet ouvrage était mis à disposition dans une annexe située dans le périmètre du temple (de telles annexes existaient près des temples antiques prestigieux pour conserver les archives du lieu de culte (liste et activité des prêtres (par exemple les mégabyzes, prêtres eunuques du sanctuaire d’Artémis à Ephèse[24]), registres des actes d'évergétisme de riches donateurs, et/ou dons offerts par la population à la divinité,ex-voto[25]etc.). D'ailleurs, on avait aussi coutume d'utiliser une annexe du temple d'Artémis pour la garde du numéraire déposé en gage (dépôt transitoire).

Le temple d’Éphèse a subi au cours du temps plusieurs incendies, et même un pillage des dépôts de valeur, à l'époque de la guerre entre la Perse et la Grèce, et on peut donc aussi imaginer que lors de l'incendie de ce célèbre temple, le jour de la naissance d'Alexandre le Grand, cet ouvrage autographique d'Héraclite a pu être détruit par le feu.

Réception et influence de son œuvre

[modifier |modifier le code]

Assez rapidement, l'ouvrage d'Héraclite sera étudié et commenté. Tout comme le feraEuripide, et avant lui de nombreuses personnes sont venues au temple d'Artémis consulter le livre de Parménide. En outre, des érudits et des poètes telsÉpicharme, ou Scythinos de Téos (connu pour avoir versifié l’œuvre d'Héraclite, selon Plutarque[pas clair]) vont contribuer à propager la renommée d'Héraclite.

Selon le témoignage de Diogène Laërce, on trouve plusieursexégèses qui tentent d'expliquer et de faire connaître les thèses d'Héraclite. Antisthène (en Ionie ?) semble le plus ancien ; vient ensuite surtoutCratyle d'Athènes que fréquenta Platon, sans oublier un certain Diodote, grammairien qui, plus tardivement, avait interprété l'ouvrage d'Héraclite comme un traité à portée morale et politique où les descriptions cosmologiques n'étaient qu'illustrations allégoriques.

De son côté, Platon s'est moqué, dans leThéétète[Où ?] et leCratyle[Où ?], de ces « héraclitéens d'Ionie » aussi obscurs que leur maître, qui mettaient en avant le mobilisme intégral d'Héraclite pour affirmer que toute interprétation de ses écrits était ambivalente. Pour Platon, il s'agissait d'obscurs interprètes de l'Obscur Héraclite, selon le surnom donné à Héraclite. En effet, ce livre incompris et oublié par l'histoire à partir duIVe siècle de l'ère moderne, valut très tôt à son auteur le qualificatif d'« Obscur », du fait de la difficulté à comprendre sa pensée difficile en raison d'une écriture sciemment énigmatique à la manière des oracles, ainsi que par l'abondance des formules volontairement paradoxales, à quoi s'ajoutait[26] l'absence de touteponctuation.

À ce propos,Aristote se plaint[27] de ce que Héraclite ne respecte pas les règles de la ponctuation.

« Il faut d'une manière absolue bien lire ce qui est écrit, et bien le prononcer, ce qui revient au même. C'est là une chose que la multiplicité des conjonctions rend difficile, ainsi que les phrases qu'il n'est pas aisé de ponctuer, comme celles d'Héraclite (60) ; car la ponctuation, dans Héraclite, est tout un travail, parce qu'on ne voit pas à quel membre se rattache la conjonction, si c'est au précédent ou au suivant. Prenons pour exemple le début de son livre. Il s'exprime ainsi : "Cette raison qui existe toujours les hommes sont incapables de la comprendre." On ne voit pas clairement si c'est aprèstoujours qu’il faut ponctuer. »

Toutefois, ce style semblait convenir à la profondeur de sa pensée ; en effet, Héraclite compare ses discours aux propos graves et inspirés de laSibylle et aux oracles du dieu deDelphes. Ce ton oraculaire a été bien souvent mal perçu dans l'Antiquité, mais lorsque le lecteur s'en donne la peine, il y trouve non pas l'obscurité, mais au contraire de multiples interprétations possibles qui l'amènent au sens le plus profond de la philosophie[28]. Il faut aussi considérer l'importance de cette dimension oraculaire pour la tradition patristique[29].

Doctrine générale

[modifier |modifier le code]

La pensée d’Héraclite, parfois désignée sous le nom de mobilisme, s’oppose àPythagore autant qu’à la pensée deXénophane, et elle est l’extrême opposé de l’éléatisme[30], dont le principal représentant estParménide. Pour ce dernier, l’unité de l’être rend impossible la déduction du devenir et de la multiplicité. Pour Héraclite, au contraire, l'être est éternellement en devenir : tout se meut sans cesse ; nulle chose ne demeure ce qu’elle est et tout passe en son contraire. Néanmoins, certains font d'Héraclite un disciple deXénophane de Colophon[31], ou du pythagoricienHippase de Métaponte, etHippolyte de Rome le range parmi lespythagoriciens.

C'est ainsi que Héraclite écrit :

« Pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves affluent d'autres et d'autres eaux ; et certes, les âmes s'exhalent de l'humide. »

— Fragment 132 traduction Conche (cf. D.K. B12), inArius Didyme, inEusèbe de Césarée,Préparation évangélique, XV, 20, 2.

Tout devient tout, tout est tout. Ce qui vit meurt, ce qui estmort devientvivant : le courant de la génération et de la mort ne s'arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; lejour et lanuit sont une seule et même chose ; il n'y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible ; le haut ne diffère pas du bas, le commencement ne diffère pas de la fin :

« La mer, eau la plus pure et la plus impure : pour les poissons bonne à boire et cause de vie, pour les hommes imbuvable et cause de mort. »

— Fragment 120 traduction Conche (cf. D.K. B61), inHippolyte de Rome,Réfutation de toutes les hérésies, IX, 10, 5.

« Mariages (σύναψιες) : le tout et le non-tout, le convergent et le divergent, l'assonant et le dissonant, de toutes choses l'un et de l'untoutes choses. (DK B 10) »

— Fragment 127 (cf. D.K. B10), in Pseudo-Aristote,Traité du Monde, 5, 396 b7 20-22.

Rien n'est donc plutôt ceci que cela, mais tout le devient. Les choses ne sont jamais achevées, mais sont continuellement créées par lesforces qui s'écoulent dans lesphénomènes. Les choses sont des assemblages de forces contraires, et le monde est un mélange qui doit sans cesse être remué pour qu'elles y apparaissent :

« La guerre est le père de toutes choses, de tous les rois ; et les uns, elle les porte à la lumière comme dieux, les autres comme hommes ; les uns, elle les fait esclaves, les autres, libres. »

— Fragment 129 traduction Conche (cf. D.K. B53), inHippolyte de Rome,Réfutation de toutes les hérésies, IX, 9, 4.

Le logos force et puissance d'action

[modifier |modifier le code]

Pour Héraclite, le termelogosrenvoie à la fois à sa propre doctrine ainsi qu'à, et ceci en est le sens principal, la loi fondamentale, le principe de toutes choses qu'il s'agit de connaitre. Cette connaissance est lasagesse, et elle consiste à suivre l'Un :

« La loi et la sentence sont d’obéir à l’Un. »

— (Fragment 33,Clément d'Alexandrie,Stromates, V, 116)

« L’Un, qui seul est sage, veut et ne veut pas être appelé du nom de Zeus. »

— (Fragment 32,Clément d'Alexandrie,Stromates, V, 116)

« Cependant, bien qu'il soit commun à tous les hommes, ceux-ci ignorent ce logos comme s'ils avaient chacun une intelligence individuelle »

— (Fragment 2 (DK).

Et le fragment 1 précise :

« Ce verbe, qui est vrai, est toujours incompris des hommes, soit avant qu’ils ne l’entendent, soit alors qu’ils l’entendent pour la première fois. Quoique toutes choses se fassent suivant ce verbe, ils ne semblent avoir aucune expérience de paroles et de faits tels que je les expose, distinguant leur nature et disant comme ils sont. Mais les autres hommes ne s’aperçoivent pas plus de ce qu’ils font étant éveillés, qu’ils ne se souviennent de ce qu’ils ont fait en dormant. »

— (Fragment 1,Sextus Empiricus,Contre les mathématiciens, VII, 133)

Il s'agit d'atteindre le réveil pour apercevoir ce Logos qui échappe à tout homme car masqué par notre stupidité. Il est l'instrument censé servir à la prise de conscience humaine. Ce thème du réveil, de laressouvenance de l'appartenance de l'homme à un ordre dit cosmique est déjà présent chezPythagore et sera repris, transformé, parPlaton.

Quelle est plus précisément sa teneur ? On trouve d'abord les idées d'écoulement et de mobilité universelle, de la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, de l'identité de ces mêmes contraires, et, en outre, un aspect surprenant, à savoir que le Logos est en même temps le feu.

Cosmogonie

[modifier |modifier le code]
Johannes Moreelse,Héraclite,XVIIe siècle.

Le témoignage de Diogène Laërce[12], que l'on peut compléter par un autre provenant d'une source ancienne en langue arabe[32] permettent d'avoir un résumé de la description synthétique et néanmoins systémique de sa cosmologie.

Lefeu est le principe de toutes choses. Il est en soi undieu selon Héraclite. Il est la réalité du mouvement, et l'état premier et dernier du cosmos à travers ses cycles :

« Ce monde a toujours été et il est et il sera un feu toujours vivant, s'alimentant avec mesure et s'éteignant avec mesure. »

— (Fragment 30,Clément d'Alexandrie,Stromates, V, 105)

Ce feu est une loi à laquelle on ne peut échapper :« Qui se cachera du feu qui ne se couche pas ? »[33]

Selon le témoignage de cette doxographie arabe (sans doute tributaire de Plutarque traduit en syriaque) :« la création a un commencement, et le principe de ce(s) monde(s) est l'accord et le désaccord ».

Ce feu se transforme en se raréfiant ou en devenant plus dense, suivant des fluctuations périodiques qui suivent le destin. Ainsi le monde est-il éternel, mais créé et détruit selon unretour éternel. Cette partie de sacosmogonie se retrouvera chez lesstoïciens. Ce feu est aussi le logos universel, laraison commune à tous dont l'harmonie est le résultat des tensions et des oppositions qui constituent la réalité. Le devenir lui-même s'explique ainsi pour lui par la transformation des choses en leur contraire et par la lutte des éléments opposés. Cette connaissance du logos est pour lui toute la sagesse.

Dans sa description dynamique de notre monde ; il existe une "voie descendante" :

Le soleil a séparé tout ce qui est en elle d'humidité, puis l'a rassemblé sur elle < -même>, alors la mer est née. Ce que le soleil avait laissé de côté, il l'a pénétré au point de n'y laisser aucune humidité, d'où sont nés les pierres, les rochers, les montagnes. Ce en quoi le soleil n'a pas pénétré complètement, et dont toute l'humidité n'a pas été extraite, c'est la glèbe ou vase »[34].

À l'inverse, la "voie ascendante" :

la terre se liquéfie, d'elle nait l'eau, et de celle-ci les autres éléments, puis les exhalaisons au départ humides puis "claires" s'élèvent et viennent alimenter le feu solaire et les étoiles. C'est ce cycle perpétuel d'ascension et de descentes qui entretient le monde, selon un mécanisme dynamique d'échanges et d'inversions perpétuels que l'on on retrouve comme une inspiration dans d'autres fragments de son ouvrage (tel l'image de "l'écoulement du fleuve", les dualités en opposition dynamique).

Sa cosmologie est marquée par un écoulement des flux, mais qui s'équilibrent finalement pour garantir une sorte de permanence au monde. La tension entre les contraires (les deux rives qui s'opposent dans l'image du fleuve) génèrent l'écoulement constant des flux du monde (le fleuve). Héraclite en cela a une place très originale dans la pensée philosophique occidentale.

Avoir pensé que des contraires opposés statiques sont moteurs du mouvement perpétuel est bien un concept paradoxal mais novateur.

Concernant le Soleil et les étoiles fixes, la conception d'Héraclite est pour le moins étonnante. Il pensait en effet, selon sa logique conceptuelle de mouvement dynamique perpétuel, que ces astres chaque jour s'allumaient traversés par la voie ascendante pour s'éteindre traversés par la voie descendante chaque soir dans un cycle sans fin[35].

Par ailleurs, la doxographie présente dans une source arabe[32] tardive précise« le ciel dans sa partie haute est sans étoiles, car ces astres en descendant vers le bas se rejoignent et forment une sorte d'anneau entourant la terre par migration selon le chemin descendant, puis ascendant du feu le plus pur ».

Concernant ses idées plusmétaphysiques, Héraclite dit par ailleurs que notre âme est "humide", c'est-à-dire tombée dans l'élément opposé au feu, l'eau. Mais comme dit précédemment, le feu est une loi à laquelle on ne peut échapper car tout nait à travers lui, il est l'origine de tout sans être directement visible. (Feu condensé devient humidité, quand il est comprimé, l'eau. L'eau congelée devient terre, etc.).

La même doxographie arabe mentionne aussi[32] :« les âmes mauvaises méritent un châtiment éternel (sic), pures et bonnes elles s'élèvent vers le feu le plus pur ».

Astronomie et résonance du système cosmologique d'Héraclite

[modifier |modifier le code]
Cette section a besoin d'êtrerecyclée (octobre 2022).
Motif : Le texte n'est quasiment pas sourcé, et surtout il est très peu compréhensible..Améliorez-la oudiscutez des points à améliorer.
Cette section peut contenir untravail inédit ou des déclarationsnon vérifiées (octobre 2022). Vous pouvez aider en ajoutant des références ou en supprimant le contenu inédit. 
  • Sivous ne connaissez pas le sujet, laissez ce bandeau(vous pouvez alors contacter les auteurs).
  • Si vous supprimez le contenu mis en cause(vous pouvez préalablement contacter les auteurs),
argumentez précisément cette suppression dans lapage de discussion
(un manque de référence n'est pas un argument ; une recherche réelle de référence doit avoir été effectuée, être formellement documentée).
Cette sectionne cite pas suffisamment ses sources (octobre 2022)
Pour l'améliorer, ajoutezdes références de qualité et vérifiables (comment faire ?) ou le modèle{{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

On peut se demander s'il n'y a pas des résonances entre le système cosmologique d'Héraclite et Artémis, la déesse tutélaire du temple d'Ephèse, ainsi qu'Apollon.

Héraclite a fait aussi part de ses observations sur les levers du Soleil, ainsi que les phases de la Lune en observateur assidu, comme le montre lePapyrus Oxyrhinchos LIII, 3710 :« À la jonction du mois, le croissant lunaire ne paraît pas trois jours de suite, la veille de la noémie ["noémie" semble correspondre à un jour spécifique (festif ?) du calendrier antique d'Ephèse et d'Ionie]. À la noémie le lendemain, il se métamorphose tantôt en moins de trois jours, tantôt en plus le croissant qui paraît le surlendemain (de la noémie) devient pleine lune le seizième jour (c'est-à-dire au bout de quatorze jours) Mais il rattrape le temps perdu au bout de treize jours. »

La déesse Artémise, selon la tradition, est censée régner sur les mouvements et phases de la Lune. La tradition religieuse païenne précise que le puissance vitale et naturelle de la déesse suivait en intensité les phases ascendante et descendante de la Lune[36]. Peut-on alors y voir un parallèle entre l'action divine d'Artémise selon un flux cyclique et le mouvement dynamique ascendant et descendant cyclique du système cosmogonique d'Héraclite ?

Comme souvent, les fragments d'Héraclite peuvent entrer en résonance avec de multiples concepts ou idées.

Par ailleurs on pourrait percevoir l'importance pour Héraclite du dieu Apollon agissant sur le monde.

Un fragment de l'œuvre de Scythinos de Téos[37] (dont l’œuvre est inspirée directement par Héraclite selon le témoignage d'Ariston de Céos), donne une description d'Apollon et de ses attributs qui n'est pas sans rappeler Héraclite : le Dieu préparant sa lyre et son arc solaire.

Par ailleurs, un fragment d'Héraclite mentionne l'Harmonie de l'Univers comme la tension de la lyre et de l'arc. Cette description parallèle ne semble pas une coïncidence.

Et elle permet le rapprochement de ces objets avec un Apollon, dieu insufflant l'action sur le monde par l'intermédiaire de flèches enflammées qu'il décoche sur celui-ci.

Aussi la cosmogonie d'Héraclite révèle-t-elle un penseur original et profond, ce que certains commentateurs anciens, ne comprenant pas ce concept dualiste source de la dynamique du Monde, n'ont pu que par méconnaissance le traiter d'"obscur".

Par ailleurs, ses thèses seront combattues par presque tous les philosophes dogmatiques, car elles nient le principe d'identité et abolissent le raisonnement purementlogique. Par exemple, Platon reprend, sous l'influence de Cratyle, la thèse héraclitéenne d'un flux perpétuel, mais y ajoute sathéorie des Idées[38].

Héraclite dans la culture populaire

[modifier |modifier le code]

Héraclite est cité à différentes reprises dans labande dessinéeQuai d'Orsay etle film qui en est tiré, lorsquele ministre des affaires étrangères cherche des idées pour ses discours.

Bibliographie

[modifier |modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Doxographie

[modifier |modifier le code]

Texte et traductions

[modifier |modifier le code]

Traduction commentées (*bilingues ou non)

[modifier |modifier le code]

Traductions en ligne

[modifier |modifier le code]
  • « Héraclite d'Ephèse » (commentaire et traduction) inPaul Tannery,Pour l'histoire de la pensée hellénique, Paris, F. Alcan, 1887[lire en ligne (page consultée le 26 janvier 2021)]
  • Jean-Claude Angelini (trad. et notes), « 143 Fragments », surcitations-antiques.com,(consulté le), 2014.lire en ligne

Traductions dans des ouvrages regroupant d'autres auteurs

[modifier |modifier le code]

Études

[modifier |modifier le code]

Articles et chapitres d'ouvrages

[modifier |modifier le code]

Commentaires spirituels

[modifier |modifier le code]

Notes et références

[modifier |modifier le code]
  1. Nikoletseas, M. (2015)The Modus Cogitandi of Heraclitus,(ISBN 978-1515194118)
  2. Littéralement « toutes choses s'écoulent ».
  3. Platon,Hippias majeur, 288e5-289b8.
  4. Trois citations d’Héraclite dans Aristote,Éthique à Nicomaque, VIII, 2.
  5. Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres IX, 1-6.
  6. Héraclite,Fragments, présentation et traduction par Jean-François Pradeau, Flammarion, 2002,p. 9, note 1.
  7. Héraclite,Fragments, présentation et traduction par Jean-François Pradeau, Flammarion, 2002,p. 18.
  8. M WHASLAM1986 London PapyrusIIe siècleapr. J.-C. Sur Homère Chant XX
  9. chap. 14.
  10. (en) Andrei LEBEDEV,New edition of Herclitus sept.22
  11. ab etcFrancis Wybrands, « FRAGMENTS, Héraclite. Fiche de lecture »Accès limité, suruniversalis.fr(consulté le).
  12. a etbVies et doctrines des philosophes illustres, 1999 (IX, 5).
  13. SelonDiogène Laërce, l’ouvrage est différemment intitulé
  14. Pradeau, 2018,p. 21.
  15. Pradeau, 2018,p. 22.
  16. Le Sophiste (242d.)
  17. Dictionnaire des philosophes antiques[Où ?], sous la direction de Richard GOULET, Paris, CNRS édition 2000
  18. Diogène Laërce, IX, 6.
  19. (pt) Maria Helena da Rocha Pereira,Estudos de História da cultura clássica I Volume – Cultura Grega, Lisbonne, Fundação Calouste Gulbenkian, 2006,10e édition,p. 19,(ISBN 972-31-1164-0).
  20. Diogène Laërce,Vie des Philosophes, IX, 1
  21. Diogène Laerce, Vie de Socrate, livre II, 22
  22. pratique courante dans l'Antiquité, en raison de la rareté et du coût des livres
  23. Vie des philosophes illustres 11, 10-12, et aussi Tatien oratio ad graecos
  24. Jérôme Wilgaux, « Infirmités et prêtrise en Méditerranée antique »,Pallas,no 106. V. § 11[lire en ligne (page consultée le 17 octobre 2022)].
  25. Les archéologues ont retrouvé sur place, dans les vestiges archaïque du temple des dépôts d'objets rituels en forme de soleil, ou de lune. La tradition cosmologique lunaire d'Artémis semble très ancienne[réf. nécessaire].
  26. SelonDémétrios de Phalère,De l'interprétation, 192.
  27. Rhétorique, livre III, chap. V, n° vi, 1407 b11 ([lire en ligne (page consultée le 17 octobre 2022)]. Traduction reprise aussi dans Aristote,Rhétorique, (Introd. deMichel Meyer) Paris, Le Livre de Poche, 2009 [1991],p. 316
  28. Marcel CONCHE,Héraclites fragments, éd.Épiméthée, PUF, 1986
  29. (fa) کارولیناسانچس‌کاسترو et لیلیاناکارولینا, « ملاحظاتی در باب آموزة هراکلیتوس (قطعة ب 25) در سنت آباء کلیسا »,جاویدان خرد,vol. 15,no 33,‎,p. 5–23(ISSN 2251-8932,DOI 10.22034/iw.2018.87063,lire en ligne, consulté le)
  30. Clémence Ramnoux,« Les Présocratiques », dansBrice Parain (Dir.),Histoire de la philosophie,t. I, Paris, Gallimard,, xv, 1728,p. 405-450 (passim)
  31. SelonSotion, rapporté par Diogène Laërce (Livre IX, 5).
  32. ab etcPierre Thillet, « un nouvel Héraclite »,Revue des Études Grecques,t. 100,nos 477-479,‎(lire en ligne).
  33. Fragment 16, Clément d'Alexandrie,le Pédagogue, 99.
  34. Altheim et R. Stiehl, dans le cinquième volumeDie Arabern in der alten.Welt (neue Funde, De Gruyter, Berlin, 1967), ont cru découvrir, dans le Kitâbal-milal ιναΊ-nihal de ëahrastânï (1086-1153), un «fragment» d'Heraclite(p. 76-91). selon toute vraisemblance tirée d'un doxographie provenant originellement de Théophraste.
  35. Un fragment d'Héraclite oublié par François Lasserre L'Antiquité classique, Tome 39, fasc. 1, 1970.p. 35-40 ; un fragment méconnu d'Héraclite cité par Théon d'Alexandrie dans son commentaire astronomique mentionne que les étoiles suivaient le même processus de création /extinction que le Soleil pour Héraclite.https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1970_num_39_1_1573
  36. Apulée,Métamorphoses, XI
  37. Poète élégiaque notoirement admirateur d'Héraclite. Cf.(en) Francesco Sironi, « Heraclitus in Verse: The Poetic Fragments of Scythinus of Teos »,Greek, Roman, and Byzantine Studies,Durham (Caroline du Nord),Université Duke,no 59,‎,p. 551–567.
  38. Platon,Cratyle, (440.b)

Voir aussi

[modifier |modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

[modifier |modifier le code]

Liens externes

[modifier |modifier le code]

v ·m
École ionienne
École pythagoricienne
École éléatique
Atomistes (Abdéritains)
Sophistes
Autres
Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Héraclite&oldid=233179822 ».
Catégories :
Catégories cachées :

[8]ページ先頭

©2009-2026 Movatter.jp