Elle est considérée comme une ville sainte par les juifs, les chrétiens et les musulmans, en raison de la présence duTombeau des Patriarches, ou mosquée d'Abraham. Ce bâtiment fut construit il y a 2000 ans par le roiHérode Ier le Grand au-dessus de lagrotte de Machpela où auraient été enterrésAbraham et sa famille il y a 3500 ans.
Depuis la conquête arabe sur les populations autochtones chrétiennes (araméennes) en 638, la ville a connu la cohabitation d'une minorité juive aux côtés d'une majorité musulmane.
Leprotocole d'Hébron a été signé en 1997 entreIsraël et l'Autorité palestinienne et divise la ville en zones de souverainetés israélienne et palestinienne. Dans le contexte duconflit israélo-palestinien, la ville d'Hébron est le théâtre de tensions religieuses et politiques qui ont causé de nombreux morts. L'armée israélienne y a déployé unebrigade d'élite (labrigade Kfir) dont un bataillon stationne à Hébron[7],[8],[9]. Lacommunauté internationale y a déployé des observateurs dont la mission est de surveiller et de rapporter les incidents, et dans ce contexte, de « maintenir une vie normale dans la ville d'Hébron et en conséquence créer un sentiment de sécurité parmi les Palestiniens d'Hébron »[10]. Néanmoins, les Palestiniens sont sujets à de nombreuses violences de la part des soldats ou des colons, qui agissent dans l'impunité[11]. La ville est décrite comme une « sorte de laboratoire de l’occupation où sont mises au point les techniques de contrôle de la population palestinienne »[11].
Le nom hébreuHévron, aussi bien que le nom arabeAl-Khalil, signifient tous deuxl'ami, en référence àAbraham, l'Ami de Dieu ("HeVRon" a pour racine Hvr, et vient de "'HaVeR" qui signifie en hébreu "ami").
En hébreu, le nom deHevron, déjà présent dans letexte biblique il y a plus de 2500 ans, a pour racine חֶבְר, dont dérivent beaucoup de mots qui ont une signification delier,associer ou encoreallier. Le mot hébreuHaver qui signifieami est de cette même racine. Le suffixe du nom, composé d'unVav et d'unNoun, indique un lieu. Hébron désignerait donc lelieu de l'alliance. Le nom d'Hébron n'a pas de rapport avec le mot « hébreu » : le premier commence par unHet alors que le second, 'Ivry, commence par unAyin.
Le nom d'Hébron peut aussi être dérivé du mot arabeHibr, signifiant « être lié, associé »[12].
En arabe, le termeAl khalil signifie « ami privilégié » et a une connotation supérieure au simple ami. Il fait référence à un verset du Coran, Sourate 4:125 : « … Et Allah avait pris Ibrahim pour ami privilégié (Khalil) ». Ce verset décrit la situation où Ibrahim s'est détourné de l'adoration des idoles vénérées par son peuple et détruit toutes celles du panthéon[réf. nécessaire].
La ville a fait l'objet de fouilles de 1963 à 1967 par Philip Hammond, dont seule une partie des résultats ont été publiés. Ses découvertes portent sur les périodes du bronze ancien, du bronze moyen II, du bronze récent, du fer I et II, ainsi que des périodes grecque et hérodiennes. Entre 1984 et 1986, Avi Ofer a repris les fouilles, puis en 1998 une nouvelle mission a été conduite par Yuval Peleg. Des fouilles de sauvetage ont été effectuées en 1999 par Emanuel Eisenberg.
Le site est une colline aménagée avec des terrassements artificiels et couvre6 hectares.
À l'époque dubronze récent (vers -1550 -1200), il semble n'y avoir qu'une faible occupation, qui contraste avec l'imposante cité du bronze moyen. L'idée qu'il n'y ait pas du tout de ville au Bronze Récent est due à Avi Ofer, qui y trouve pourtant quelques poteries typiques de cette époque, mais pas de strate correspondante ; il pense alors à l'utilisation du site par une population nomade. Cependant Hammond décrit une ville active à l'époque, particulièrement au Bronze Récent II. Yuval Peleg, lui, trouve plus de 50 tombes datant du Bronze Récent, contenant des poteries, des objets de bronze et des scarabées au nom deThoutmôsis III (1479–1425 B.C.E.) et d'Amenophis III (1391–1353 B.C.E.). Certaines habitations du bronze moyen sont réutilisées au bronze récent. Unscarabée au nom deRamsès II (1290–1224 B.C.E.) est trouvé dans l'une d'elles.
LeCalifat établit sa domination sur Hébron sans résistance en638. L'église byzantine est alors transformée enmosquée. Les échanges se multiplient avec lesBédouins duNéguev et la population à l'est de lamer Morte. Des sources musulmanes et chrétiennes notent queOmarIer autorise les Juifs à construire unesynagogue et un carré de cimetière près de la Grotte de Macpela.
La domination arabe dure jusqu'en1099, quandGodefroy de Bouillon prend la ville et la renomme "Castellion Saint Abraham". Les Croisés convertissent la mosquée et la synagogue en églises et les Juifs vivant à Hébron en sont expulsés.
En 1166,Maïmonide se rend à Hébron et écrit : « Et au premier jour de la semaine, le9e jour du mois deHeshvan, je quittais Jérusalem pour Hébron pour embrasser les tombes de mes ancêtres dans la Grotte de Makhpela. Et le même jour, je me tenais dans la grotte et je priais, louant l'Éternel pour tout ».
Le kurde musulmanSaladin prend Hébron en1187, et redonne à la ville son nom de "Hébron".Richard Cœur de Lion lui reprend rapidement la ville.
En 1260,Baybars établit la domination desMamelouks; des minarets sont construits sur la Mosquée d'Abraham construite à cette époque au-dessus du Tombeau des Patriarches.
Pendant cette période, une petite communauté juive continue de vivre à Hébron ; toutefois, le climat est moins tolérant envers les Juifs et les Chrétiens que pendant l'époque musulmane. Une taxe est imposée aux Juifs qui veulent se rendre sur le Tombeau puis en1266, un décret interdit l'accès aux Juifs et aux Chrétiens. Ils ne sont autorisés qu'à se tenir sur une marche à l'extérieur du mur oriental de la structure.
Jean de Mandeville écrit que les juifs et les chrétiens étaient vus « comme des chiens »[13]. De nombreux visiteurs juifs et chrétiens écrivent sur la communauté juive de Hébron. Parmi eux, un étudiant deMoshe ben Nahman (en 1270), le voyageurIshtori haFarhi (en 1322),Stephen von Gumfenberg (en 1449),Rabbi Meshulam de Voltara (en 1481) et RabbiOvadia de Bertinoro, un illustre commentateur de la Bible (en 1489). Dès 1333, il est fait mention, parHakham Yishak Hilo deLarissa (en Grèce) de visite à Hébron, de Juifs y travaillant le verre et commerçant du coton. Il note qu'à Hébron, "il y a une ancienne synagogue où ils prient jour et nuit".
AuXIXe siècle, Zedakah ben Shomron, un éruditkaraïte, écrit sur la présence juive permanente et décrit un homme juif comme le « gardien du tombeau ». El Makdesi, un historien arabe, décrit « une synagogue et une cuisine que les Juifs ont mises en place pour tous les pèlerins riches et pauvres » à la fin du siècle.
En1517, unmassacre de Juifs est commis dans la ville par des soldatsturcs de l'Empire ottoman. Une grande partie de la communautéjuive de cette ville est violée et assassinée[14],[15]. Les soldats turcs s'adonnent également à des pillages[16].
En1533, des Juifs se réinstallèrent dans la ville. En 1540, RabbiMalkiel Ashkenazi achète un terrain pour y construire lasynagogue Abraham Avinou. En 1807, la communauté juive achète une zone de 5dounams, là où le marché de Hébron se tient aujourd'hui. Hébron devient alors un centre de l'étude juive.
Hébron en 1910.
Le, des soldatségyptiens sous les ordres d'Ibrahim Pacha massacrent desArabes musulmans et desJuifs dans la ville. Les Arabes sont tués en représailles de leur révolte contre leur enrôlement forcé dans son armée. Les Juifs, bien que n'ayant pas participé à la révolte, subissent des exactions et 12 d'entre eux sont assassinés[17],[18]. L’armée d'Ibrahim Pacha occupe la ville jusqu'en1840.
À l'issue de la Première Guerre mondiale, laSociété des Nations (ancêtre de l'ONU) donne aux Britanniques unmandat sur la Palestine, officialisé en juillet1922. La population arabe se révolte à plusieurs reprises, notamment les émeutes de 1920.
En 1929, le conflit touche particulièrement la ville d'Hébron où des Arabesmassacrent 67 Juifs et en blessent 60. Des maisons juives et dessynagogues sont saccagées.
Une commission d'enquête britannique est nommée après les émeutes. Dans l'ancien hôpital de la colonie israélienne deBeit Hadassah se trouve aujourd'hui un petit musée-mémorial consacré à cette tragédie.
Deux ans plus tard, 35 familles juives retournent sur les ruines du quartier juif de Hébron mais, après de nouveaux soulèvements arabes, le gouvernement britannique décide de déplacer tous les Juifs hors de Hébron pour « éviter un autre massacre ». Hébron est resté dans laPalestine mandataire britannique jusqu'en1948.
Hébron dans les années 1960, pendant la période jordanienne.
Leplan de partage de la Palestine de 1947 laisse Hébron à laPalestine qui doit être constituée en État. Toutefois, après le rejet de ce plan par les dirigeants arabes et laGuerre de Palestine de 1948, ce dernier ne voit pas le jour et la ville passe sous administration égyptienne puis sous autorité jordanienne après l'Opération Yoav et la débâcle de l'armée égyptienne.
En mars 1950, la Jordanie organise des élections et le Parlement élu vote en avril l'annexion de l'ensemble de laCisjordanie par leRoyaume hachémite de Jordanie. Les habitants reçoivent alors la nationalité jordanienne. L'annexion n'est toutefois reconnue que par laGrande-Bretagne. Elle est rejetée par laLigue arabe et le gouvernement national palestinien établi àGaza.Israël ne fait aucun commentaire officiel[réf. nécessaire].
Les Juifs ne sont plus autorisés à se rendre sur leurs lieux saints en Cisjordanie, notamment Hébron. Le quartier juif et des cimetières sont détruits et un enclos à animaux est construit sur les ruines de laSynagogue Abraham Avinou[réf. nécessaire].
Couvre-feu à Hébron en 1969.La colonie israélienne deKiryat Arba à Hébron (2015).
En 1969, Israël refuse l'établissement decolons Juifs du mouvement d'extrême droite religieuseGoush Emounim au cœur d'Hébron[19] mais les autorise cependant à s’installer dans l’enceinte des bâtiments militaires, et finance la création d’une colonie en périphérie directe d’Hébron,Kiryat Arba, y construisant 250 logements[20],[21].
En 1979, les colons de Kiryat Arba font une deuxième tentative de repeuplement d’Hébron : 13 femmes et 40 enfants s’installent en pleine nuit àBeit Hadassah (ancien dispensaire juif), dans le quartier juif historique autour de laSynagogue reconstruite d'Abraham Avinou[22]. Le gouvernement refuse d’autoriser l’implantation et pendant un an le groupe reste dans la bâtisse entourée par la police et l’armée[20]. Le, 6 Juifs sont assassinés par des terroristes de l'OLP alors qu'ils sortaient d'un service religieux auCaveau des Patriarches (ou mosquée d'Abraham)[23]. Le gouvernement israélien autorise alors l’installation officielle des Juifs dans la ville et finance la rénovation des habitations, qualifiant cette décision de « réponse sioniste adéquate »[20]. Les colons vont ainsi s'implanter dans le centre Gutnick, inauguré à la Pâque 1996 près du Tombeau des Patriarches[24], àTel Romeida, où le bâtiment Beit Menahem est inauguré en 2005, àBeit Romano (école talmudique), à Avraham Avinu, et à Beit Hashalom, investi en 2007[20]. Ces colons sont guidés par des motivations idéologiques fortes et accordent à la ville une valeur essentielle. Ils reçoivent un soutien politique, militaire et une aide financière conséquente[20].
En1968, les Juifs obtiennent[De qui ?] une autorisation provisoire de célébrer auTombeau des Patriarches — devenu la Mosquée d'Abraham, réservée aux musulmans depuis leXIIIe siècle — les fêtes juives, ce qui provoque des manifestations hostiles de musulmans. Durant la fête deSouccot, le 9 octobre, 47 Israéliens sont blessés par une grenade, et l'autorisation est suspendue l'année suivante. En 1975, de nouvelles autorisations sont accordées, entraînant les protestations duConseil suprême musulman(en). En octobre 1976, le rideau d'unearche contenant desrouleaux de Torah est déchiré, ce qui provoque des échauffourées entre Juifs et Arabes durant lesquelles unlivre du Coran est déchiré. En réaction, 200 Arabes investissent le site et détruisent les rouleaux de la Torah et des livres de prière, entraînant un couvre-feu et la fermeture provisoire du bâtiment[19].
Le, 6 Juifs sont assassinés par des terroristes de l'OLP alors qu'ils sortaient d'un service religieux auCaveau des Patriarches[23]. En conséquence, le contrôle militaire israélien sur la zone occupée se renforce.
En juillet1988 que leroyaume de Jordanie renonce officiellement aux territoires deCisjordanie, mettant fin à la représentation électorale des populations au sein du parlement jordanien, et faisant redessiner les cartes du royaume pour le limiter à la rive Est du Jourdain, dans les frontières qu'on lui connaît aujourd'hui.
En 1993, Hébron comprenait une forte proportion islamiste traditionaliste et religieuse et est un bastion duHamas[25], mouvement islamiste fondamentaliste et radical palestinien[26],[27] qui exerce notamment son contrôle sur l’université d'Hébron[28].
Le, un étudiant de 19 ans d'une école talmudique meurt après avoir été poignardé par un terroriste palestinien dans le marché de la ville[29].
Les affrontements entre les deux communautés sont récurrents, quoique selon David Wilder, qui citeHaaretz, « mis à part le point névralgique du Tombeau des Patriarches c’est la ville la plus sûre et la plus calme de toute la Rive gauche du Jourdain et de la bande de Gaza »[30].
En 1993, leHamas mène deux attentats meurtriers contre descolons israéliens. Le 7 novembre 1993, le véhicule du rabbinHaim Drukman est attaqué et son chauffeur Efraim Ayubi est tué[31],[32]. Le 6 décembre, Mordechai Lapid et son fils sont tués à leur tour[31],[33].
La tombe du terroristeBaruch Goldstein à Kiryat Arba, unique vestige de son mausolée détruit en 1999[34].
En 1994,Baruch Goldstein, un colon israélien membre du parti nationaliste-religieuxKach et Kahane Chai,abat 29 musulmans et en blesse 125 autres lors d'un office religieux dans la Mosquée d'Abraham. Il est ensuite maîtrisé et tué à main nue par les survivants de l'attaque. Tout de suite après l'annonce du massacre, des milliers dePalestiniens manifestent un peu partout dans les territoires occupés. De graves émeutes ont lieu au cours desquelles 26 Palestiniens et 9 Israéliens furent tués. L'attaque est condamnée par le gouvernement et la population d'Israël et entraîne l'interdiction du mouvement terroristeKach et Kahane Chai. À Hébron même, un couvre-feu est mis en place et s’applique uniquement aux populations palestiniennes. Il est imposé durant deux mois sur l’ensemble de la ville, et six mois sur lavieille ville[20]. Ce massacre contribue à l'échec du processus de paix[35].
En orange la zone administrée civilement par les Palestiniens (H1), en blanc la zone sous souveraineté israélienne (H2), en rose pale laVieille ville, et en violet lescolonies israéliennes.
À partir de1997, leProtocole d'Hébron s'applique[36]. Bien que l'unité de la ville soit réaffirmée[37] la ville est divisée en deux zones pour définir qui intervient sur les questions de sécurité : H1, sous contrôle administratif palestinien recouvre l'essentiel de la ville et où vivent alors 100 000 Palestiniens, et H2, sous contrôle de l'Armée de défense d'Israël, avec interventions de patrouilles conjointes, représente la bordure orientale de la cité (où vivent environ 30 000 Palestiniens) qui comprend descolonies de peuplement juif de 600 à 800 colons près du centre-ville, sous souveraineté israélienne, protégés par près de 2 000 militaires israéliens[20]. Les pouvoirs et responsabilités civils sont dévolus aux Palestiniens,« à l’exception de ceux qui concernent les Israéliens et leurs biens, et qui continueront à être exercés par le Gouvernement Militaire israélien ».
Uncheckpoint israélien à Hébron en 2015. Il y a plus de 600 points de fermeture (murs, barrières) qui séparent les différents territoires[20].
Malgré l'opposition d'Israël, 58 observateurs étrangers sont envoyés à Hébron au sein de laPrésence internationale temporaire à Hébron (TIPH). Ils ont pour tâche de surveiller et de rapporter les incidents dans la ville et dans ce contexte « maintenir une vie normale dans la ville d'Hébron et en conséquence créer un sentiment de sécurité parmi les Palestiniens d'Hébron »[38]. Les observateurs participent aussi à l'enseignement et à la distribution de biens de première nécessité au 40 000 personnes soumises au couvre-feu et qui ne peuvent plus sortir de leur maison dans la zone H2 sous souveraineté israélienne. Toutefois, n'étant pas autorisés à intervenir directement dans les incidents et n'ayant pas une fonction militaire ou de police, ils restent impuissant devant la brutalité de l'occupation israélienne[39].
Selon le TIPH, en 2002, l'armée israélienne viole le Protocole en prenant le contrôle de la totalité de la ville[40].
Dans lavieille ville située dans le secteur H2, sous souveraineté israélienne, des grillages sont installés par les Palestiniens au dessus les ruelles ou patios afin de se protéger des déchets lancés de leurs fenêtres par lescolons israéliens[41],[42].
Lors de laSeconde intifada de 2000 à 2005, déclenchée par la visite d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des Mosquées, des affrontements ont lieu entre Palestiniens et colons israéliens[43]. Pendant les trois premières années du soulèvement, Al Khalil connaîtra 377 jours decouvre-feu, dont un continu durant 182 jours[20]. En 2001, un bébé israélien est tué dans sa poussette par un terroriste[44],[45]. Le 26 mars 2002, un tireur palestinien cible par erreur trois observateurs de la présence internationale, dont deux sont tués le 26 mars[46]. Le 15 novembre 2002, un groupe de colons israéliens revenant du Tombeau des Patriarches à pied, sous la protection de soldats israéliens, estattaqué par un commando duJihad islamique palestinien. 9 d'entre eux et de 3 membres civils du personnel médical venu apporter des soins sont tués[47],[48],[49].
Durant cette période, les violences sont quotidiennes et le nombre d'habitants palestiniens dans la zone H2, sous souveraineté israélienne directe, diminue à cause des restrictions de mouvements et des couvre-feux imposés par l'armée israélienne qui invoque des raisons de sécurité[50],[51]. Les commerces sont interdits aux abords des zones decolonisation, ce qui a provoqué la fermeture de 1 829 magasins ou échoppes[52], soit plus de 80% des commerces palestinien de la zone[20]. Plus d'un millier de maisons ont été abandonnées par les Palestiniens. Plusieurs routes et rues sont interdites à la circulation et certaines uniquement aux Palestiniens. D'autres sont fermées à la circulation automobile et piétonnière et uniquement réservées aux riverains. Certaines sont même totalement interdites. Larue Al-Shuhada, principale artère commerçante avant la Seconde Intifada, traverse un centre-ville déserté et n'a plus de commerces en 2010.
Larue Al-Shuhada, ancienne artère commerçante de la vieille ville.
La rue est aujourd'hui surnommée la « rue de l'apartheid »[53].
Colons israéliens armés patrouillant dans la rue Al-Shuhada en 2010.
Carte de la rue en 2014 avec les fermetures ou restrictions aux Palestiniens.
Manifestation en 2010 pour demander la réouverture de la rue Al-Shuhada.
Parfois, des affrontements peuvent opposer les forces de l'ordre israéliennes aux colons extrémistes occupant certains sites illégalement aux yeux de la loi israélienne[54].
Après laprise du pouvoir dans labande de Gaza par le Hamas en juin 2007, l’Autorité palestinienne lance une répression sévère contre les militants islamistes en Cisjordanie. Bien que vainqueur des élections législatives palestiniennes en janvier 2006, le Hamas se trouve dans une situation de quasi clandestinité dans cette ville et ses membres n’hésitent pas à parler d’une « inquisition » contre leur parti. Le 27 novembre 2007, les forces de sécurité deMahmoud Abbas ont tiré sur des manifestants islamistes qui protestaient contre laconférence d’Annapolis, tuant l’un d'entre eux[55].
Le, l’Autorité palestinienne envoie 550 membres des services de sécurité supplémentaires en renfort aux 2 400 positionnés dans cette ville afin d'en garder le contrôle. Des dizaines de membres et sympathisants du Hamas sont arrêtés[56].
En 2012, deux Palestiniens de 34 et 35 ans sont tués par balle par un chauffeur de camion israélien qui plaide la légitime défense[57],[58]; en 2014, un Israélien est abattu alors qu'il conduisait son véhicule[59],[60].
Tour des colons juifs dans lavieille ville d'Hébron. Cette visite a lieu tous les samedis, sous escorte militaire massive. Toutes les autres activités dans la vieille ville doivent cesser jusqu'au départ des colons.
Le, l’armée israélienne impose un bouclage complet de la ville dans le cadre des recherches pour tenter de retrouver trois adolescents d'une colonie israélienne présumés avoir été enlevés par des membres duHamas. Les recherches se concentrent sur deux membres du Hamas disparus de la ville depuis le jour de l’enlèvement, le 12 juin 2014[61]. Lors des opérations, trois militants palestiniens sont abattus lors d'affrontements avec l'armée israélienne[62] (deux autres jeunes militants palestiniens seront abattus par l'armée israéliennes dans des circonstances semblables[63]). Plusieurs membres du Hamas originaires d'Hébron sont arrêtés.
Le, le premier ministre israélienBenyamin Netanyahou annonce que son pays met fin au mandat de la TIPH. Cette décision, saluée par lescolons israéliens d'Hébron, est regrettée par les ministres des cinq pays concernés qui rejettent les accusations de partialité de la mission par l'État hébreu[64]. LeConseil de sécurité de l'ONU, réuni le 6 février 2019 pour débattre à huis clos de la décision israélienne, n'a publié aucune déclaration en raison de l'opposition des Etats-Unis qui ont bloqué la procédure[65].
En octobre 2020, le gouvernement israélien donne son feu vert à l'octroi de permis de construction pour 31 nouvellesunités dans la Vieille Ville de Hébron, une première depuis deux décennies. Le début des travaux intervient alors que le nouveau gouvernement israélien de coalition, qui a mis fin en juin dernier à 12 ans de règne de Benjamin Netanyahu, a entamé des discussions avec l'Autorité palestinienne afin d'améliorer la vie quotidienne des Palestiniens sans aborder la question du processus de paix[66].
Le secteur oriental de la ville, dit « H2 », a été mis sous confinement strict depuis le début de laguerre de Gaza en octobre 2023. Les habitants, à l'exception des colons israéliens, ont droit à une à deux heures, toutes les quarante-huit heures, pour sortir de chez eux[67]. L’ONG israélienne de droits humainsB’Tselem a documenté de nombreuses violences de la part des forces d'occupation israéliennes ou des colons sur des Palestiniens. Elle a en particulier recensé les cas de 25 personnes kidnappées de mai à août 2024 par des soldats israéliens. Le rapport détaille l’ensemble des violences : des coups portés avec poings, pieds, armes à feu, matraques et, dans un cas, avec un couteau ; des humiliations avec du versement de liquide putride, des ordures, des brûlures de cigarette. Dans la plupart des cas, les victimes ont été attachées et leurs yeux bandés, contraintes de rester dans des positions douloureuses pendant des heures, privées de nourriture et de boisson et ont subi des violences verbales et des remarques humiliantes. Plusieurs ont également subi des violences sexuelles. Les victimes sont choisies aléatoirement rapporte l'ONG, qui précise qu'aucune sanction n'a été prise contre les soldats se livrant à ces exactions[11].
Cette décision a provoqué un tollé en Israël[71],[72]. Le Premier ministre israélien,Benyamin Netanyahou, a déclaré à ce propos : L’Unesco a « estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger » […] « Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères (bibliques) […] Et le site est en danger ? Il n’y a que dans les endroits où Israël est présent, comme Hébron, que la liberté de religion est garantie pour tous »[71]. Pour contrer cette décision, il a annoncé la création d'un « Musée du patrimoine juif à Hébron », qui sera financé par une réduction « d’un million de dollars du financement israélien destiné à l’ONU »[73].
Le ministère palestinien des Affaires étrangères a de son côté salué le vote de l'Unesco comme « un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines »[74].
Hébron est une ancienne ville royalecananéenne. Selon la Genèse, le nom de la ville était auparavant « Qiriath-Arba »[75] du nom d'Arba, père d'Anaq[76], lui-même père de Shéshai, d'Ahimân et de Talmai[77]. La ville d'Hébron est fondée sept ans avant la ville égyptienne de Tsoân[78].
Le voyage du patriarcheAbraham, originaire d'Ur en Chaldée, prend fin en Canaan où Abraham séjourne à Hébron. Près de là se trouve leChêne de Mambré où il reçoit la visite de trois anges qui lui annoncent la naissance d'Isaac. À Hébron, il achète lacave de Makhpéla afin d'y enterrer son épouse décédée,Sarah (Ge 18 etGe 23,parashaVayera etHaye Sarah).
Après sa mort, lespatriarchesIsaac etJacob séjournent à leur tour à Hébron et sont également ensevelis avec leurs épouses dans letombeau des Patriarches. Selon la tradition, c'est dans la grotte de Machpelah que se trouvent leurs tombes et où sont enterrésAbraham,Sarah,Isaac,Rébecca,Jacob etLéa. À l'époque romaine, le roi Hérode fera construire au-dessus de cette grotte le monument appelé aujourd’huitombeau des Patriarches ou Haram al-Khalil.
Lors de la conquête du pays de Canaan, la ville est prise parJosué. Après la destruction des villes deJéricho et deAï, Hohan, le roi d'Hébron, fait la guerre à Guibéôn[79] dont les habitants se sont alliés aux Hébreux. Mais vaincu, Hohan doit s'enfuir[80] et se cache alors dans une grotte à Maqqeda[81].Josué l'apprend[82] et en fait obstruer l'entrée[83]. Puis la grotte est rouverte[84] et Hohan est exécuté par pendaison[85]. Au coucher du soleil, il est dépendu puis jeté dans la grotte où il s'était caché[86].
Josué extermine lesAnaqim de toute la région montagneuse, d'Hébron, deDebir et d'Anab[87]. Des Anaqim subsistent seulement àGaza, àGath et àAshdod[88]. Lors du partage de Canaan, Hébron est attribuée à latribu de Juda[89], puis devient la propriété deCaleb, fils de Yephounné[90]. Celui-ci en chasse les trois fils d'Anaq[91] qui sont Shéshai, Ahimân et Talmai[77]. Hébron est ensuite déclarée ville sainte[92] et devient la propriété des descendants d'Aaron[93].Caleb ne possède alors plus que les environs d'Hébron et ses dépendances[94]. Hébron est aussi mentionnée parmi les villes d'assignation desLévites, notamment la famille de Kohath.
Au temps de l'instauration de la royauté en Israël, Hébron est prise par lesHébreux. David y est sacré roi de la tribu de Juda[95] et en fait sa capitale, jusqu'à la prise deJérusalem qui devient alors la capitale duroyaume d'Israël.
Hébron était peuplée de 130 533 habitants selon le recensement de 1997 : 130 000musulmans, 530juifs et 3chrétiens[96].
La ville compterait environ 160 000 habitants, selon plusieurs estimations pour l'année 2007 et 202 172 pour l'année 2014[97].L'évolution de la population de la ville est la suivante en croisant différentes sources :
Hébron est divisée en deux parties selon leProtocole d'Hébron, l'une sous le contrôle de l'autorité palestinienne et l'autre sous le contrôle d'Israël[98],[99]. Les chiffres après 1967 n'incluent pas la communauté juive deKiryat Arba, unecolonie israélienne située dans la banlieue Est d'Hébron et où 7 000 Israéliens résident.
lechêne de Mambré[101], un très vieux chêne dont l'âge est estimé à 850 ans. Situé à l'ouest d'Hébron, il est connu sous le nom d'Eshel Avraham ("אשל אברהם"), bien que le mot Eshel signifie en hébreu "tamaris". Ce serait le site de l'apparition des trois anges àAbraham
À Ras al-Jora, à l'entrée nord d'Hébron se trouvent des verreries et des fabriques de céramiques renommées. Elles produisent en particulier un verre de couleur bleue, mais on trouve aussi du vert, du turquoise et du rouge foncé. Ces couleurs sont obtenues grâce à des oxydes métalliques. Ce verre est utilisé pour produire des vitraux, des bijoux et des lampes. La plupart des objets vendus dans les magasins de la ville sont des verres, des plats, des bols et des vases.
Cette tradition de l'artisanat du verre existe depuis des siècles, et remonterait à l'époque romaine. Il existe dans la vieille ville un « quartier des souffleurs de verre ». La technique utilisée est similaire à celle que l'on trouve à Venise.
↑ab etc« A Hébron, l’armée israélienne multiplie les violences sur les Palestiniens depuis le 7-Octobre »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le)
↑Nazmi al-Jubeh (sous la direction de),Hébron. Architecture et mystère de la vieille ville., Palestine, Hebron Rehabilitation Committee,, 189 p.(ISBN978-9950-8501-9-4), p.16
↑« Les deux parties réitèrent leur engagement à respecter l’unité de la ville de Hébron, et leur compréhension du fait que la répartition des responsabilités sécuritaires ne divisera pas la ville » selon la version israélienne de l'accord publiée en français surLe Monde diplomatique,[1].
↑« A Huwara, en Cisjordanie, l’armée israélienne enferme les Palestiniens chez eux : « On est dans une prison et ça risque d’exploser » »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le)
↑Nazmi al-Jubeh (sous la direction de),Hébron. Architecture et mystère de la vieille ville., Palestine, Hebron Rehabilitation Committee,, 189 p.(ISBN978-9950-8501-9-4),p. 16