Pour les articles homonymes, voirGuerre de religion.
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Cévennes,Bas-Languedoc (Royaume de France) |
| Issue | Victoire des armées royales |
| 20 000 fusiliers etdragons (mars 1703) 3 000 miquelets (janvier 1703) 2 000 à 3 000 miliciens | 7 500 à 10 000 camisards |
| 3 000 à 4 000 morts |
Batailles
Laguerre des Cévennes ouguerre desCamisards est un soulèvement des paysansprotestants desCévennes et duBas-Languedoc sous le règne deLouis XIV.
Le soulèvement a pour origine la répression qui suit larévocation de l'édit de Nantes en1685. Après une première période de résistance passive, les camisards passent en 1702 à la lutte armée contre le pouvoir central royal qui se poursuit activement jusqu'en 1704.

La guerre des Cévennes tire son origine de l'édit de Fontainebleau, signé parLouis XIV le, qui révoque l'édit de Nantes et interdit leprotestantisme. Dans les provinces à forte implantation protestante, les protestants sont convertis de force aucatholicisme dans le cadre desdragonnades, qui dans les Cévennes ont eu lieu dès 1683[1]. C'est le cas duPoitou, de laGuyenne, duDauphiné, ainsi que duLanguedoc, où les idées réformées ont pénétré la région entre 1530 et 1560. De nombreux protestants préfèrent émigrer, d'autres continuent de célébrer leur culte clandestinement malgré leur conversion. Les Nouveaux Convertis (ou NC) sont mis à contribution pour surveiller et réprimer les protestants[1].
Dès la fin octobre1685, desassemblées clandestines sont signalées, mais les peines contre ceux qui y participent se durcissent : amendes, vexations, séquestres des patrimoines, accueil forcé de soldats, intimidations ou encore prises d'otages[1]. Une conversion rétractée étant considérée comme un crime très grave, ceux qui en sont accusés sont emprisonnés (notamment dans latour de Constance), les hommes sont condamnés à mort, à laroue ou auxgalères[1], les femmes sont tondues, et les enfants sont enlevés à leurs parents pour être envoyés dans des familles ou des collèges catholiques.
Dans lesCévennes, situées dans leLanguedoc dirigé par l'intendantNicolas de Lamoignon de Basville, 84 personnes sont exécutées, une cinquantaine sont condamnées aux galères et 300 sont déportées auxAmériques en1686 et en1687. Néanmoins les Assemblées se poursuivent les années suivantes, mais à partir de1701, les troubles se multiplient alors que leRoyaume de France est engagée dans laguerre de Succession d'Espagne.

Le,Abraham Mazel reçoit une "inspiration divine" àSaint-André-de-Lancize[2] lui enjoignant de délivrer leshuguenots faits prisonniers et soumis à laquestion par l'abbé du Chayla auPont-de-Montvert[3],[4]. Ce soir-là, àPlan de Fontmort, Salomon et David Couderc, deux habitants du village, réunissent un groupe autour d'eux. Le 24 juillet, une soixantaine d'hommes, armés de sabres et de faux, menés par Abraham Mazel, pénètrent dans Le Pont-de-Montvert en chantant un psaume, pensant délivrer sans combat les protestants détenus et torturés par l'abbéFrançois de Langlade du Chayla, inspecteur des missions des Cévennes pour le compte du marquis deBasville. Ils réclament la libération des prisonniers. On leur demande d'attendre. Alors, un coup de feu blesse l'un d'entre eux. Ils enfoncent la porte de la maison de l'abbé, libèrent les prisonniers et mettent le feu. Du Chayla, qui tente de s'enfuir par une fenêtre, est rattrapé et tué de 52 coups de couteau soit autant que de protestants qu'il a fait exécuter[5]. Le meurtre de l'abbé du Chayla[6] marque le début de la guerre des Cévennes[7].
À partir de cette date, des bandes de dizaines ou centaines d'hommes armés se forment, menés par des prophètes, appelés les « inspirés ». Les insurgés commettent alors des actes de vengeance contre des prêtres et des catholiques. Lelieutenant généralVictor-Maurice de Broglie, commandant des troupes royales duLanguedoc charge le capitaine Poul de réprimer les actes de rébellion, mais sans grand résultat.Gédéon Laporte, un des premiers chefs, est cependant tué lors du mois d'octobre.
D'autres protestants, sous l'impulsion des élites villageoises, préférèrent une attitude loyaliste et combattirent les camisards. Ce fut le cas des habitants deFraissinet-de-Lozère, pourtant très proches du Pont-de-Montvert. Ils seront cependant également victimes de la destruction de leurs maisons pendant le « Grand Brûlement des Cévennes » à la fin de l'année1703[8].
À partir de janvier1703, les insurgés protestants, surnommés les « fanatiques » par les royaux, prennent progressivement le nom decamisards. Plusieurs bandes sont formées, les principaux chefs sontJean Cavalier, à la tête de 700 hommes avec comme lieutenants : Rastelet,Abdias Maurel, ditCatinat, Ravanel, Bonbonnoux et Claris.Pierre Laporte, ditRolland, commande 300 à 400 hommes auxquels se joignent souvent les 50 à 100 hommes d'Abraham Mazel. Nicolas Jouanny commande 300 à 400 hommes dans la montagne duBougès. Enfin Castanet dirige une petite bande dans lemont Aigoual. On compte quelques autres chefs notamment Salomon Couderc etAntoine Atger.
Les camisards sont généralement despaysans ou des tondeurs de moutons etcardeurs de laine, dont la moyenne d'âge se situe entre 20 et 25 ans. Géographiquement l'insurrection a commencé dans le massif duBougès, situé le long de la bordure sud-est de l'actuel département de laLozère (Hautes-Cévennes) puis s'est répandue dans l'actuel département duGard (Basses-Cévennes), à l'exception du territoire situé à l'est d'une ligne allant deNîmes àBarjac et au nord d'une ligne entreGénolhac etSaint-Ambroix. Dans l'actuelarrondissement du Vigan, le territoire à l'ouest de la commune d'Aulas n'est pas touché.

Face aux camisards, les troupes royales commandées par lelieutenant généralVictor-Maurice de Broglie disposent dès mars1703 de 20 000 soldats,fusiliers etdragons. De plus, plusieurs compagnies demilice sont formées dans les paroisses catholiques ; on y trouve les « florentins » ou « camisards blancs » ; 200 à 700 hommes, les « cadets de la Croix » ; 1 500 à 2 000 hommes originaires de l'Uzège à l'est qui commettent de nombreuses exactions, et les « compagnies franches de partisans », 200 à 300 hommes originaires de LaVaunage au sud, formés comme des troupes régulières.


Pendant les mois qui suivent, de nombreux affrontements, escarmouches, embuscades et actes deguérilla opposent les troupes royales aux camisards. Le capitaine Poul est tué le. Face aux exactions des troupes régulières et surtout des milices bourgeoises moins disciplinées, les camisards assassinent les prêtres et incendient les églises catholiques. ÀFraissinet-de-Fourques, 40 femmes et enfants de miliciens catholiques sont massacrés par les camisards de Castanet, le[9].
Le,Nicolas Auguste de La Baume de Montrevel,maréchal de France, remplace le comte de Broglie à la tête des troupes royales et amène avec lui 3 000 miquelets. Le, par ordonnance royale,Basville et Montrevel reçoivent tous les pouvoirs ; les camisards pris les armes à la mains sont exécutés sans jugement, parpendaison ou par lesupplice de la roue, et parfois lebûcher ; de plus leurs maisons sont rasées et leurs biens confisqués[10].
En février1703, après une tourmente de neige, le maréchal de campJacques de Jullien signe une franche victoire contre la troupe de Cavalier, en rase campagne. Il reçoit àVersailles, le, les ordres du roiLouis XIV à cet égard. Il prend le parti de détruire les ressources des camisards en anéantissant toute la population qui les soutenait par le brûlement des bourgs et villages et la déportation des habitants. Il n'eut de cesse d'isoler le pays pour éviter toute extension de la rébellion (enVivarais en particulier), redoutant toute aide pouvant venir par laSuisse ou laSavoie des puissances extérieures.
Le1er avril,dimanche des Rameaux, une vingtaine de femmes et d'enfants protestants sont surpris à une assemblée près deNîmes et meurent brûlés vifs ordonné par lemaréchal de Montrevel (massacre du moulin de l'Agau)[11].
Le les villages catholiques deSaturargues et deSaint-Sériès sont attaqués par les camisards, 60 Saturarguois et 11 Saint-Sériains, hommes, femmes et enfants sont massacrés[12]. Le, les villages deSainte-Cécile-d'Andorge et deSaint-Julien-des-Points, restés fidèles à la foi catholique, sont incendiés par Rolland et Jouanny. À Sainte-Cécile-d'Andorge, des habitants se réfugient dans leur église transformée en forteresse. Neuf habitants qui n’ont pu l'atteindre à temps sont tués, les autres seront sauvés. Quelques jours plus tard, l'abbé Vidal, curé du village, mènera une expédition punitive et meurtrière contre la paroisse protestante voisine deBranoux.
De leur côté leshuguenots français réfugiés à l'étranger, lemarquis de Miremont notamment, tentent de convaincre les pays en guerre contre la France de débarquer des troupes pour appuyer les camisards. Des naviresanglais ethollandais s'approchent des côtes dans les environs deSète mais Montrevel prend la menace au sérieux et fait surveiller les côtes, ce qui provoque l'échec de la tentative de jonction.
Cependant les troupes royales restent tenues en échec et en septembre,Basville décide de dépeupler les Cévennes afin d'isoler les camisards de la population et de les laisser sans vivres ni ressources. Selon son plan, approuvé par le roi, les 31 paroisses désignées doivent être détruites et réduites en cendres. Leurs 13 212 habitants reçoivent l'ordre de rassembler leurs meubles et bestiaux et de gagner les villes et les bourgs surveillés par les royaux. De septembre à décembre 1703 toutes ces paroisses sont incendiées avec au passage de nombreux meurtres et pillages commis par les miliciens florentins[13].
Mais, le, 1 100 camisards commandés parJean Cavalier remportent leur plus grande victoire, 400 à 600 soldats d'élite de la marine et 60 dragons sont mis en déroute àMartignargues, entre 180 et 350 soldats royaux sont tués lors de l'affrontement contre une vingtaine de morts pour les camisards. À l'annonce de cette nouvelle,Louis XIV renvoie Montrevel et nomme un autremaréchal de France,Claude Louis Hector de Villars, pour le remplacer.

En avril, 150 paysans sont massacrés par les royaux àBranoux-les-Taillades etSaint-Paul-la-Coste.
Néanmoins, le, deux jours avant son départ, Montrevel, à la tête de 1 000 hommes, bat Cavalier et s'empare même de son quartier général. Aussi le, Jean Cavalier entame-t-il des négociations avec les royaux.
Le, Cavalier rencontre àNîmes le maréchalde Villars. Cavalier demande l'amnistie pour lui et ses hommes, l'autorisation de quitter la France et la libération des prisonniers. Une trêve est conclue en attendant la réponse du roi. Celle-ci arrive le et permet à Cavalier, suivi d'une centaine de fidèles, de quitter la France le, mais aucune garantie sur la liberté de culte, première revendication des camisards, n'est accordée par Versailles. La capitulation de Cavalier n'est pas du tout approuvée par les autres chefs camisards, en particulierPierre Laporte, qui décident de poursuivre les combats.

Fin juin, les Anglais et les Hollandais tentent de débarquer dans legolfe du Lion mais l'expédition échoue en raison d'une tempête.
Des hommes de Cavalier s'étant joints à lui, Rolland commande 1 200 hommes. Cependant, trahi, Rolland est tué au château deCastelnau-Valence le. Finalement en septembre et octobre, les chefs camisards, Castanet, Jouany, Couderc, la Rose et Mazel se soumettent. Ils sont autorisés à quitter la France et se réfugient en Suisse.
En décembre, les derniers irréductibles sont réduits par Villars. La guerre des Cévennes est terminée, Villars quitte la région et est remplacé par le maréchal de FranceJacques Fitz-James de Berwick ; des troubles sporadiques se maintiennent jusqu'en1710.

Malgré la pacification, Ravanel et Claris ont refusé de se soumettre, de même Mazel ne reste pas longtemps inactif et organise des assemblées. Il est néanmoins arrêté en janvier1705. Plusieurs chefs camisards exilés, commeCatinat, Castanet ouÉlie Marion ne tardent pas à rentrer en France et tentent de relancer la guerre. Ils sont cependant traqués par les troupes royales et ne disposent plus du soutien de la population, aussi la plupart sont rapidement capturés et exécutés. Castanet est roué vif àMontpellier en mars1705.
En avril1705, Vilas, un protestant deGenève s'associe avec Catinat et Ravanel et organise le complot de la « ligue des enfants de Dieu » visant à enlever leduc de Berwick etNicolas de Lamoignon de Basville, à prendre le port deSète pour faire débarquer les troupes anglaises et soulever de nouveau les Cévennes. Mais le complot est déjoué, et une centaine de personnes sont arrêtées et jugées. Trente sont condamnées à mort parmi lesquels Vilas, roué vif, ainsi que Catinat et Ravanel qui sont brûlés vifs. Salomon Couderc périt à son tour sur le bûcher un mois plus tard.
De son côté,Jean Cavalier forme un régiment, en partie composé de camisards, pour le service duroyaume d'Angleterre et combat contre leroyaume de France, néanmoins son régiment est détruit le à labataille d'Almansa, Cavalier, lui-même grièvement blessé se réfugie en Angleterre et cesse dès lors toute activité militaire.
Emprisonné,Abraham Mazel s'évade en juillet1705 et s'enfuit enAngleterre. Il regagne la France en1709 et tente d'organiser une nouvelle insurrection avec le soutien des Anglais. Mazel rassemble une centaine d'hommes, exige le rétablissement de l'édit de Nantes et la libération des camisards prisonniers et galériens, capturés depuis la pacification. Mais les camisards sont écrasés.
Mazel n'abandonne pas, en1710, secondé par Claris, il tente d'organiser un débarquement de troupes anglaises. En juillet les Anglais débarquent àSète mais face à l'arrivée de troupes françaises, réembarquent presque aussitôt. Finalement, dénoncé, Mazel est tué près d'Uzès le. Claris est roué vif en octobre et Jouany est exécuté en1711.
En1713, leroyaume de France signe la paix avec leroyaume de Grande-Bretagne, laguerre de Succession d'Espagne est presque terminée. À la demande d'Anne, reine de Grande-Bretagne,Louis XIV gracie 136 galériens emprisonnés pour fait de religion, ils sont relâchés et exilés en Angleterre.
Les persécutions du royaume de France contre les protestants cesseront définitivement le par l'édit de Versailles, dit « édit de tolérance », signé parLouis XVI, et dontChrétien-François de Lamoignon de Bâville, le propre fils deNicolas de Lamoignon de Basville avait été à l'origine.
Selon l'historien Pierre Rolland, sur les 7 500 à 10 000 camisards qui ont pris part à la guerre, au moins 2 000 sont morts au combat et 1 000 ont été exécutés sommairement, 200 ont été exécutés après jugement, parpendaison,supplice de la roue etbûcher. 2 000 ont été emprisonnés ou envoyés à l'armée et 200 condamnés auxgalères. Pour les rescapés 1 000 à 1 200 se sont rendus en1704, beaucoup se sont exilés enSuisse[14].
Dans sonMémoire sur l'état présent des affaires de Languedoc adressé en 1718, l'intendantNicolas de Lamoignon de Basville estime que plus de 14 000 hommes ont perdu la vie lors de la révolte[15].
Selon le prêtre catholique Jean Rouquette, au moins 471 civils ont été massacrés par les camisards[16].

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