LaFrance est peu touchée sur son territoire européen mais perd en influence, prestige et domaine maritime au profit de la Prusse et surtout de la Grande-Bretagne.
Laguerre de Sept Ans, qui se déroule de1756 à1763, est unconflit majeur de l'histoire de l'Europe, l'un des premiers qui puissent être qualifiés de « guerre mondiale »[2],[3] ou a minima de « guerre mondialisée » en raison du grand nombre debelligérants. Elle concerne en effet les grandes puissances européennes de cette époque, regroupées en deux systèmes d'alliance antagonistes, et a lieu sur des théâtres d'opérations situés sur plusieurscontinents, notamment enEurope, enAmérique du Nord et enInde.
Ce conflit, dont la Prusse et la Grande-Bretagne sont sorties victorieuses, a eu des conséquences importantes sur l'équilibre des puissances européennes[5]. EnAmérique du Nord et enInde, il fait presque entièrement disparaître lepremier empire colonial français. EnEurope, la Prusse s'affirme dans l'espace germanique duSaint-Empire grâce à ses victoires deRossbach sur la France et deLeuthen sur l'Autriche (1757) : elle conteste désormais l'ancienne prééminence de l’Autriche.
Le début de la guerre de Sept Ans est traditionnellement daté du, jour de l'attaque de laSaxe parFrédéricII, qui fait le choix de devancer une offensive autrichienne visant à reprendre laSilésie. Cependant, l’affrontement avait débuté plus tôt dans les colonies d’Amérique du Nord.
La vallée de l’Ohio est convoitée par les Britanniques et les Français, mais aussi par lesIroquois, qui l'ont conquise sur lesChaouanons avant 1742. Letraité d’Utrecht de 1713 disposant que les Iroquois ne sont pas sujets de la couronne britannique, les Français estiment que la zone leur est ouverte. De fait, fortifiée par le gouverneurMichel-Ange Duquesne de Menneville, elle est placée sous leur contrôle. Mais les Britanniques sont en désaccord avec le point de vue français.
Bien qu'elle reste la principalepuissance militaire en Europe, avec la première armée d’Europe (environ 400 000 hommes), et unemarine de bonne qualité mais inférieure à celle des Britanniques, laFrance se trouve dans une situation inconfortable en Europe, vis-à-vis de laPrusse, et hors d’Europe, vis-à-vis du Royaume-Uni.
L'alliance de la Prusse avec le Royaume-Uni en 1756 contrarie énormément le gouvernement français. Encouragé par son entourage, notamment par lamarquise de Pompadour, sa favorite,LouisXV se résout à un renversement d’alliance au profit de l’Autriche. Le traité d’alliance[9],signé en à Versailles, qui vise à contrecarrer la montée en puissance de la Prusse, met fin à une inimitié entre la France et lamaison de Habsbourg, au pouvoir àVienne, qui remonte à l'époque deCharles Quint[10].
De plus, le, la France conclut avec laSuède une convention visant à maintenir les acquis destraités de Westphalie[11]. La Suède s'engage à fournir une armée, qui sera financée par la France.
La situation en Amérique du Nord pose aussi des problèmes : l'émigration de sujets français vers la Nouvelle-France est trop limitée et ne permet pas à la France d’assurer le contrôle réel et la défense de sonempire colonial. Les pertes de territoires qui ont eu lieu à la suite de laguerre de Succession d'Espagne[12] ont sérieusement amputé les possessions françaises, mais l’ambition d’étendre la domination sur le continent américain demeure.
EnInde, les affrontements antérieurs ont plutôt tourné à l’avantage des Français, mais les princes locaux, prompts à changer d’alliance, modifient en permanence l’équilibre existant.
LaGrande-Bretagne a unempire colonial étendu et peuplé (à la différence des colonies françaises), qui rapporte beaucoup d’argent à la couronne. Sa composante principale est formée par lesTreize Colonies d'Amérique du Nord.
Le point fort des Britanniques est la marine, laRoyal Navy. CommeAlfred Mahan l’a expliqué plus tard, elle est le fondement de la puissance britannique, permettant de maîtriser le commerce maritime, de conquérir et de contrôler des colonies et, militairement parlant, de « déplacer la frontière de la Grande-Bretagne sur les côtes de ses adversaires ».
En revanche, elle n'a plus d’armée de terre puissante, malgré la création de laNew Model Army parOliver Cromwell etThomas Fairfax[13] durant laguerre civile du siècle précédent. L'armée britannique est principalement utilisée pour maintenir la paix intérieure et pour la conquête et la pacification des colonies.
Le Royaume-Uni a un point faible en Europe : du fait que lesélecteurs de Hanovre ont accédé à la couronne britannique avecGeorgeIer en 1714, le gouvernement britannique est impliqué dans les conflits autour de l’électorat de Hanovre, un des nombreux États du Saint Empire. Le gouvernement britannique ne peut pas abandonner l'électorat et doit donc trouver un allié continental pour protéger le Hanovre contre une attaque française comme celle qui s'était produite en 1741. Londres, en 1755, a signé des traités de garantie avec la Russie, lelandgraviat de Hesse et quelques autres princes allemands mais ils offrent peu de garanties. L'opposition reproche au premier ministreLord Newcastle de sacrifier les intérêts commerciaux et maritimes de la Grande-Bretagne à une question qui n'intéresse que la famille royale mais le roi et la majorité parlementaire, en jouant sur la crainte d'une invasion française, parviennent à retourner l'opinion en faisant venir des régiments hanovriens pour la défense de l'île. En, Londres signe avec la Prusse letraité de Westminster par lequel, en échange d'un fort subside, Frédéric II s'engage à défendre le Hanovre[14].
Hors d’Europe, la principale zone de friction entre la Grande-Bretagne et la France se trouve en Amérique du Nord. Laguerre de succession d’Espagne a permis à la Grande-Bretagne de prendre le contrôle d’une partie de l’Acadie[15], et d'être assurée de contrôler totalement labaie d’Hudson etTerre-Neuve (traités d'Utrecht de 1713[16]). Mais le conflit n’est pas réglé définitivement.
EnInde, la situation est aussi conflictuelle mais les deux puissances coloniales ne possèdent que descomptoirs et, sur ce théâtre d’opérations éloigné, elles doivent jouer avec leurs versatiles alliés dusous-continent indien.
L'Autriche est depuis 1740 dirigée parMarie-Thérèse, dont l'épouxFrançois de Lorraine a été élu empereur en 1745[17]. L'arrivée de Marie-Thérèse au pouvoir àVienne résulte de la volonté de son père, l'empereurCharlesVI, qui, en 1713, avait promulgué laPragmatique Sanction[18] afin d’assurer la transmission du trône à l'aînée de ses filles, à défaut d'héritier mâle, au détriment des enfants de son frère aîné, à qui il a succédé.
Ces mises en cause dudroit d'aînesse, de la prédominance des mâles (loi salique) ainsi que la jeunesse de Marie-Thérèse (23 ans en 1740) ont provoqué la formation d'une coalition, dont les principaux protagonistes sont la Prusse et la France, visant à abattre la puissance des Habsbourg. Il en est résulté une longue guerre, laguerre de Succession d'Autriche (1740-1748), au cours de laquelle Marie-Thérèse a reçu l'assistance du Royaume-Uni.
Dans les années 1750, le gouvernement autrichien est animé par le désir de reprendre la Silésie et de remettre l'électeur de Brandebourg, « roi en Prusse » depuis 1701, à sa place.
Sous la houlette deFrédéricIer, puis deFrédéricII à partir de 1740, la Prusse s’est imposée comme un acteur majeur en Europe centrale. Constituée de territoires morcelés, elle dispose de moyens humains et économiques limités, mais son armée est très disciplinée et bien entraînée.FrédéricII est de plus un excellent stratège et tacticien. Il a conquis laSilésie lors de laguerre de Succession d’Autriche.
Sur le plan diplomatique,FrédéricII redoute d'être encerclé par une coalition de la Russie, de l'Autriche et de laSaxe, l'électeur de Saxe,AugusteIII, étant aussi en tant que roi de Pologne (élu), à la tête de larépublique des Deux Nations (Pologne et Lituanie).
Frédéric, voulant éviter un rapprochement entre la Grande-Bretagne et la Russie, propose ses services pour protéger leHanovre. La Prusse et la Grande-Bretagne concluent un accord sans contenu précis, laconvention de Westminster, le[19]. Cet accord provoque le mécontentement de la France, jusque-là alliée de la Prusse, et entraîne son rapprochement avec l'Autriche[20]. Cependant, même avec lessubsides britanniques, l’armée prussienne est en infériorité numérique et en position stratégique délicate face à ses adversaires.
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EnRussie, la tsarineÉlisabeth[21], ayant conquis le pouvoir en 1741, confie la direction du gouvernement au vice-chancelierAlexis Bestoujev-Rioumine, partisan d'une alliance avec la Grande-Bretagne et avec l'Autriche.
La Russie réussit à sortir de la guerre de succession d’Autriche sans dommages, mais s'inquiète de la montée en puissance de la Prusse qu’elle voudrait faire redevenir un État allemand peu puissant.
Dans ces conditions, l’alliance de la Prusse avec la Grande-Bretagne est une mauvaise nouvelle pour la Russie et impose une révision diplomatique : c’est donc tout naturellement que la Russie prend place dans le camp franco-autrichien.LouisXV se montre d'ailleurs enthousiaste quant à l'aide de ce nouvel allié et y a même envoyé lechevalier d'Éon pour achever de convaincre la tsarine en la préservant des conseils anglophiles du vice-chancelier.
Grande Bretagne, Prusse, Portugal, leurs alliés et dépendances ;
France, Espagne, Autriche, Russie, Suède, leurs alliés et dépendances.
Lesalliances à la veille de la guerre de Sept Ans.
L’année 1756 voit ainsi un changement complet des alliances en Europe : la Grande-Bretagne et la Prusse s’allient contre la France, l’Autriche et la Russie, ainsi que la Saxe[22] et la Suède. Une fois ce jeu de chaises musicales diplomatiques terminé, les protagonistes se mettent en ordre de bataille pour finir ce qui a été laissé en chantier en 1748 : la possession de la Silésie pour l’Autriche et la rivalité nord-américaine pour la France et la Grande-Bretagne.
Dès, la France attaque la base navale britannique deMinorque et réussit à s'en emparer. La guerre est officiellement déclarée quelques semaines après.
En ce qui concerne l’Amérique du Nord[23], un conflit larvé est en cours depuis 1743, et des combats sérieux ont eu lieu en 1755 (bataille de la Monongahela etbataille du lac George). En,Montcalm, arrivé en avril, lance uneattaque victorieuse contre lefort Oswego, position britannique avancée sur la rive sud dulac Ontario, ce qui amène la Grande-Bretagne à mettre en place unblocus contre les colonies françaises d’Amérique du Nord.
La Prusse, informée par sesespions que l’Autriche et la Russiemobilisent leurs armées, décide de prendre les devants et attaque laSaxe ().
La guerre en Europe se déroule principalement dans l'est de l'Allemagne, où la Prusse affronte l'Autriche, la Russie et la Suède en Saxe, en Silésie et enMecklembourg ; dans le Hanovre, où l'armée française est opposée aux forces britanniques et hanovriennes ; sur mer, où s'affrontent les marines britannique et française (bataille des Cardinaux, 1759), avec plusieurs opérations ou projets dedébarquement en France ou en Grande-Bretagne.
1756 : l'offensive française en Méditerranée (avril)
LaRoyal Navy, qui a été trompée par defaux préparatifs d'invasion sur laManche, est surprise. Les13 vaisseaux mal préparés confiés en hâte à l'amiralJohn Byng sont repoussés par La Galissonnière () et Minorque tombe le aux mains duduc de Richelieu.
Byng est accusé de n'avoir pas « fait tout son possible ». Condamné, il estfusillé en dépit des multiples appels à la grâce royale.
Au nord, une armée française, sous les ordres deCharles de Rohan-Soubise, se prépare à avancer vers le Hanovre et la Silésie.
1756 : l'occupation de la Saxe par la Prusse (septembre-octobre)
FrédéricII est en position d’infériorité face à l'alliance de l'Autriche, de la Russie et de la Saxe[24], mais peut compter sur une armée tout à fait opérationnelle. Son idée maîtresse est de profiter de sa position centrale pour vaincre séparément les trois alliés sur un terrain de son choix.
Sa première cible est l'électorat de Saxe, un pays riche mais dont les forces armées sont limitées. Une fois la décision prise, l’armée prussienne envahit la Saxe, occupant rapidementDresde, la capitale (), tandis que l’armée saxonne (18 000 hommes) se replie dans la forteresse dePirna. Il bat ensuite àLobositz une armée autrichienne venant au secours des Saxons (1er octobre), subissant de lourdespertes[25], puis met lesiège devant Pirna qui capitule le.
Cette campagne victorieuse a pris plus de temps que prévu : l'armée prussienne renonce à la poursuivre et prend ses quartiers d'hiver. Elleoccupe une bonne partie de la Saxe.AugusteIII etHeinrich von Brühl, son premier ministre, trouvent refuge àVarsovie ; en revanche, l'épouse d'Auguste,Marie-Josèphe d'Autriche, reste dans Dresde occupée, où elle mourra le. Pendant le conflit, la Saxe fournira environ un tiers des revenus de la monarchie prussienne[20]. Les soldats saxons faits prisonniers à Pirna sont incorporés dans l'armée prussienne, mais beaucoupdésertent par la suite.
Opérations en Saxe et en Silésie pour l’année 1757.
Lorsque la campagne de 1757 commence, Frédéric se tourne vers laBohême (qui relève de la monarchie autrichienne) et lance l'offensive en direction dePrague, défendue par une armée commandée parCharles de Lorraine, frère de l'empereur, et par le maréchalMaximilian Ulysses Browne (d'origineirlandaise (1705-1757). Les Prussiens s’imposent, puis mettent lesiège devant Prague (), où s'est réfugié le corps d'armée autrichien.
Une nouvelle armée est mise sur pied par le maréchalLeopold Joseph von Daun pour porter secours à Prague. Frédéric va à sa rencontre mais, profitant d’une position avantageuse, les Autrichiens sont vainqueurs àKolin le, ce qui oblige Frédéric à lever le siège et à battre enretraite en Silésie.
La Prusse se retrouve alors dans une position difficile, alors que l’armée autrichienne avance depuis la Bohême et que l'armée française de Soubise arrive de l’ouest. L’armée russe s’impose de son côté à laGross-Jägersdorf le, mais est arrêtée àKönigsberg et ne peut envahir laPrusse-Orientale[26]. Charles de Lorraine l'emporte lors des batailles deMoys et deBreslau et semble sur le point de reconquérir la Silésie.
FrédéricII décide alors de concentrer ses forces et d’attaquer ses ennemis un par un. Il se tourne d’abord vers les Français et les défait àRossbach le. Puis il regroupe son armée et repart vers l’est, écrasant l’armée autrichienne àLeuthen, le.
L’offensive française vers le Hanovre, désormais dirigée par lemaréchal d'Estrées à la tête d’une armée coalisée de 100 000 hommes, progresse bien face aux forces britanniques et hanovriennes. La supériorité numérique permet à la France de l'emporter àHastenbeck le, amenant lacapitulation du Hanovre (voir aussiConvention de Klosterzeven).
William Pitt « l’Ancien » réplique par une série dedescents, des expéditions navales avec débarquement de troupes et raids dans les territoires alliés, stratégie déjà utilisée par les Anglais au début de laguerre de Cent Ans. La première de cesexpéditions est organisée à l’automne contre l'arsenal deRochefort[28]. Le,John Mordaunt etEdward Hawke quittent la Grande-Bretagne, prennent l’île d'Aix le, mais ne parviennent pas à s'emparer de Rochefort et l’expédition prend le chemin du retour le1er octobre.
Après la victoire de Leuthen (), Frédéric se lance à la poursuite de l’armée autrichienne, sans obtenir de succès notable. En 1758, il est contraint de revenir vers la Prusse car les armées russe et suédoise passent à l’attaque, au moment même où l'armée autrichienne reprend l'offensive.
Après la défaite française de Rossbach (), la Grande-Bretagne refuse de ratifier la capitulation du Hanovre et décide de poursuivre le combat. Une armée est formée sous les ordres deFerdinand de Brunswick-Lunebourg (sans aucun soldat britannique, il s'agit demercenaires stipendiés par Londres). En six semaines, l’armée française est chassée du Hanovre, ce qui l'empêche de profiter des difficultés de la Prusse. Cet échec révèle l’incapacité de l’armée française, supérieure en nombre, à s’imposer contre un ennemi plus mobile et plus décidé.
En même temps, l’armée britannique effectue un débarquement dans la baie deCancale () et avance versSaint-Malo[29]. L’arrivée d’une armée de secours empêche la prise de la ville, mais les Britanniques incendient les bateaux amarrés dans le port. Ils envisagent un moment de débarquer àCherbourg, mais en sont empêchés par le mauvais temps et l'expédition rentre en Grande-Bretagne .
Pitt en organise alors une troisième. Soutenue par un bombardement naval, l’armée britannique débarque et prendCherbourg[30]. Après avoirpillé la ville, les Britanniques reprennent la mer et débarquent de nouveau près de Saint-Malo (), mais ne réussissent pas à prendre la ville. Le mauvais temps force la flotte à s'abriter àSaint-Cast, où les soldats débarqués doivent la rejoindre à pied. Uneintervention de l’armée française menace un temps l’expédition, mais le sacrifice de l’arrière-garde sous les ordres du général Dury permet à l’armée britannique de rembarquer[31].
1759 : les difficultés de la Prusse et de la France
Malgré sa défaite de l’année précédente, l’armée française reprend l’offensive vers le Hanovre. Début juin, une armée de 80 000 hommes aux ordres deLouis Georges Érasme de Contades et deVictor-François de Broglie entre dans le Hanovre. L’armée de Ferdinand de Brunswick-Lüneburg ne comptant que 35 000 hommes, il s'efforce d'échapper à l’armée française tout en menaçant ses lignes de communication. Début juillet, de Broglie parvient à prendre la ville deMinden, important centre de ravitaillement, et fournit ainsi à l’armée française un point d’appui pour la reconquête du Hanovre. Ferdinand rassemble alors son armée et attaque Minden le1er août. Cettebataille se solde par une défaite française. Mais, à la suite de la défaite deFrédéricII àKunersdorf, Ferdinand doit lui envoyer des renforts et ne peut donc pas poursuivre les troupes françaises[32],[33].
La Prusse, qui continue à résister en 1760, subit une défaite contre les Autrichiens àLandshut (), en l'absence deFrédéricII, puis à Meissen. Les villes deMarbourg et deGlatz en Silésie sont prises par les Autrichiens.
La Prusse remporte cependant une victoire àLiegnitz () et les Russes subissent un nouvel échec devantKolberg en septembre, qui les bloque effectivement, tandis que les Autrichiens échouent devantBreslau, en Silésie.
Les armées russe et autrichienne réussissent cependant uneopération de courte durée sur Berlin qui est occupée et pillée du au, mais sans conséquences à long terme.
Les Prussiens sont victorieux àTorgau (), mais cette bataille a été extrêmement coûteuse et est peu décisive[26][réf. non conforme].
En Saxe, les Autrichiens libèrent Dresde et y repoussent unecontre-attaque deFrédéricII. À l’ouest, le scénario de l’année précédente se répète : l’armée française, supérieure en nombre, lance l’offensive mais se voit déjouée par la mobilité de ses adversaires et l’année s’achève sans avancée notable.
En 1761, étant donné la situation générale et l’épuisement de son armée, réduite à 100 000 hommes,FrédéricII adopte une stratégie de défense des territoires qu'il tient encore en Silésie et en Saxe, tout en lançant des unités dans des raids en arrière des lignes russes afin de détruire des entrepôts et de faire des prisonniers.
En août-, il échappe à une défaite àBunzelwitz du fait de dissensions entre ses adversaires : les Autrichiens et les Russes encerclent le camp établi par les Prussiens, mais se querellent et se séparent sans avoir donné l'assaut.
En revanche, la forteresse prussienne deSchweidnitz est prise parErnst Gideon von Laudon le. Les Russes reprennent lesiège de Kolberg qui capitule le. Mais cette victoire est trop tardive pour leur permettre de lancer une offensive avant leprintemps 1762, qui doit être l’année de l'effondrement de la Prusse, ses ennemis tenant la Poméranie et une grande partie de la Silésie.
Cependant, eux aussi sont épuisés et l'Autriche est au bord d'unecrise financière qui la contraint à réduire la taille de son armée[26].
Un événement remet en question ces prévisions : le, la tsarineÉlisabeth meurt. Or son successeur,PierreIII de Russie, est un admirateur de la Prusse et deFrédéricII : il signe immédiatement unepaix séparée, laissant l’Autriche seule face à la Prusse.
La formule « miracle de la maison de Brandebourg », utilisée par les historiens pour qualifier ce revirement de la Russie à la mort de la tsarine, a en réalité été employée avant cette date parFrédéricII dans une lettre adressée à son frère le, qualifiant de « miracle » l'inaction de ses adversaires après la bataille de Kunersdorf. « Dans un moment où nos ennemis avaient passé l'Oder, et où ils auraient pu tenter une nouvelle bataille et terminer la guerre, ils marchèrent deMüllrose àLieberose. » (c'est-à-dire : au lieu de profiter de leur victoire pour prendre Berlin, ils ont avancé de seulement 37 km).
Confronté à la seule armée autrichienne, Frédéric reprend le dessus : il est victorieux du maréchal Daun àBurkersdorf (), puis reprendSchweidnitz le. Sous le commandement de son frèreHenri, l'armée prussienne repousse l’armée autrichienne hors de Silésie (bataille de Freiberg du). Ces échecs, bien que limités, convainquent les Autrichiens que leur victoire est devenue impossible.
Carte des positions franco-britanniques à la veille de la guerre de Sept Ans enAmérique du Nord.
En 1754, la France possède en Amérique du Nord unvaste empire en forme de croissant, s’étendant duCanada et desGrands Lacs jusqu’aux rives dugolfe du Mexique. Elle est alliée avec de nombreuses tribusalgonquines,huronnes etmontagnaises qui l'ont aidée dans son établissement, à l'exception notable desIroquois qui sont la plupart du temps restés de fidèles alliés des Britanniques. Un chapelet de fortins et de postes réunit le Canada aux possessions du sud, encerclant lesTreize Colonies britanniques de lacôte atlantique (sauf laFloride, qui appartient à l'Espagne). Les possessions britanniques se trouvent donc isolées à l’est desAppalaches et lescolons américains ne peuvent pas progresser vers l’ouest.
Le conflit des années 1756-1763 est appeléguerre de la Conquête au Canada, tandis que pour lesAméricains, c'est la « French and Indian War », qui oppose la Grande-Bretagne et les Treize Colonies aux Français et à leurs alliés amérindiens[34].
Il s'agit notamment d'une lutte pour dominer les territoires les plus intéressants pour lepiégeage descastors, deslièvres, deslynx et desloups, dont lesfourrures sont à l'époque source d'importants bénéfices (cette ressource s'étant épuisée en Europe par suite de lasurexploitation).
Dans lesAntilles, la principale puissance est l’Espagne (Cuba…), mais elle est en déclin. La France contrôle un certain nombre d’îles d’une grande importance économique (Saint-Domingue, laGuadeloupe, laMartinique, etc.), car elles fournissent beaucoup desucre, d’épices et devanille ; les Britanniques détiennent aussi quelques îles.
Les premièresescarmouches ont lieu dans la région où se trouve actuellementPittsburgh, sur l'Ohio. La principale zone d’affrontement est en effet lavallée de l'Ohio, convoitée par les deux camps.
En, desVirginiens, sous les ordres deWilliam Trent(en), y élèvent un fort, leFort Prince George. Les Français les délogent le et établissent à la placeFort Duquesne. Le,George Washington, lieutenant-colonel du régiment de Virginie, attaque un détachement de31 soldats canadiens français commandés parJoseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville (bataille de Jumonville Glen). 10 des soldats français sont tués, dont le commandant, celui-ci dans des conditions obscures qui ont par la suite donné lieu à une « affaire Jumonville » et à des attaques contre George Washington. Après cette victoire mineure, celui-ci se replie àFort Necessity (), où il estattaqué par un grand nombre de Canadiens et de Français envoyés à sa poursuite sous le commandement du frère de Jumonville,Louis Coulon de Villiers. Il capitule le[35]. Les tentatives britanniques pour reprendre le fort ayant échoué, la Grande-Bretagne décide d’envoyer deux régiments en renfort, ainsi que 10 000 £ et 2 000 mousquets pour équiper des troupes coloniales. Simultanément, du au, àAlbany, les représentants des colonies britanniques se réunissent pour discuter d’une alliance avec lestribus amérindiennes, mais aussi de l’organisation des colonies. Un traité de non agression est conclu avec les tribusiroquoises, mais il a eu peu de conséquences sur le conflit qui va suivre.
En 1755, les escarmouches se multiplient. La principale action militaire, l’attaque dufort Niagara par les Britanniques, se solde par un échec. Dans la région deFort Duquesne, un affrontement oppose 2 000 soldats britanniques (dont450 colons) à900 Français et Amérindiens[36]. Combattant « à l’européenne » (ordre serré, colonne de bataille, etc.), les Britanniques sont vaincus par les Français qui utilisent des méthodes locales proches de la guérilla (ordre dispersé, tir et repli). La France subit une défaite dans la région dulac Champlain :Jean-Armand Dieskau, commandant des troupes régulières françaises arrivées en 1755, tente de prendre leFort Edward, mais doit renoncer ; il est ensuite battu parWilliam Johnson à labataille du lac George, blessé et fait prisonnier. Il est remplacé l'année suivante parLouis-Joseph de Montcalm.
Sur mer, l'amiralEdward Boscawen établit un blocus à l'entrée dugolfe du Saint-Laurent avec11 vaisseaux de guerre chargés d'intercepter et de détruire tout navire français[37]. Le vice-amiralDubois de La Motte, parti deBrest le à la tête d'une escadre de22 vaisseaux avec des troupes régulières pour renforcer laNouvelle-France[38], atteint la zone du blocus au début de juin. Au large ducap Race (pointe sud deTerre-Neuve), trois navires français tombent dans uneembuscade (), plusieurs navires britanniques les prennent en chasse et capturent deux d'entre eux,l'Alcide et leLys, tandis que leDauphin Royal réussit à échapper. Ce harcèlement maritime de l'année 1755, ainsi que la saisie de navires et de marins français, contribuent à la déclaration de guerre au printemps de 1756[39].
Pendant ce temps, enNouvelle-Écosse, britannique depuis letraité d’Utrecht (1713), le gouverneurCharles Lawrence veut régler le problème desAcadiens, colons d’origine française, donc suspects à ses yeux en cas de conflit avec laFrance[40]. Il décide alors d’obliger les Acadiens à se soumettre à la couronne, ce qui implique de devoir servir, le cas échéant, dans l’armée britannique. Ayant refusé, les Acadiens sont condamnés à la déportation, épisode tragique de l’histoire américaine appelé leGrand Dérangement. Certains se réfugient auQuébec, d'autres en France. La majeure partie est dispersée par la force dans différentes colonies britanniques ; un grand nombre de leurs descendants iront par la suite s’installer enLouisiane où ils formeront la communauté desCadiens[41],[42] (Cajuns).
Dans l’escalade en cours, les deux camps décident de nommer un commandant en chef en prévision de l’affrontement à venir : pour les Britanniques, c'est le généralJohn Campbell, comte de Loudon, et pour les FrançaisLouis-Joseph de Montcalm[43], en remplacement dugénéral Dieskau, prisonnier.
Le, la Grande-Bretagne déclare la guerre à la France à la suite de l'attaque française à Minorque en avril. Mais, alors que la France se concentre avant tout sur la situation en Europe, la Grande-Bretagne veut profiter de ce conflit pour régler le conflit nord-américain à son avantage en affirmant sa mainmise sur tout le continent, de labaie d’Hudson aux Antilles.
Jeton sur la prise de places fortes lors de la guerre de Sept Ans. Description revers : vue de quatre fortifications dont les canons de celle au premier plan tirent ; à l’exergue en trois lignes : EXPUG. Sti. DAVIDIS/ ARCE ET SOLO/ ÆQUATA.
Dès son arrivée,Montcalm comprend qu'il est essentiel de conserver la communication entre leCanada, centre névralgique de la Nouvelle-France, et l’Ohio, objet du conflit territorial en cours. Or cette communication est menacée par la présence dufort britannique d’Oswego, sur la rive dulac Ontario. Menée avant que les Britanniques aient pu s’organiser, l’expédition sur Oswego (10-) est un succès ; le fort est rasé[44], les Français faisant 1 700 prisonniers.
En 1757, les renforts britanniques commencent à affluer. L'objectif premier est la prise de laforteresse de Louisbourg, située à l’embouchure duSaint-Laurent, commandant à la fois l’accès au Québec et les riches zones de pêche au large de la côte. Le général Campbell dirige son armée versHalifax enNouvelle-Écosse et y attend l’intervention de la marine. Mais la flotte britannique est devancée par trois escadres françaises qui se regroupent devantLouisbourg, empêchant toute intervention navale. La saison avançant, Campbell décide de battre en retraite versNew York.
Pendant ce temps,Montcalm, profitant de l’immobilisation de l’armée britannique à Halifax, renforce les positions françaises au sud du Canada. Après Fort Oswego, il attaque lefort William Henry à la pointe sud dulac George[45]. La résistance ducolonel Monro est héroïque, mais, en l'absence de secours, la place est prise et incendiée, les Français faisant 2 300 prisonniers.
Carte de la campagne deLouisbourg.Carte des opérations en Amérique du Nord de 1754 à 1760.
Les renforts continuent d’arriver côté britannique et laRoyal Navy met en place un blocus efficace interdisant tout renfort du côté français. L’offensive britannique s’effectue dans trois directions : vers le nord (Fort Carillon), vers le nord-ouest (Fort Duquesne) et, de nouveau, sur la côte (Louisbourg).
En juillet, le généralAbercrombie, se met en marche avec une armée de 7 000 soldats réguliers et 9 000 miliciens coloniaux en direction dulac Champlain pour attaquer Fort Carillon. Montcalm fait converger sa petite armée de 3 000 hommes vers le fort. Durant labataille de Fort Carillon (8 juillet), les troupes britanniques qui avancent en ordre serré sont décimées par le feu des troupes françaises, qui remportent un nette victoire à 1 contre 5 et bloquent l'offensive britannique vers le nord.
Cependant, profitant de sa supériorité numérique globale et de la longueur de la frontière, l'état-major britannique a lancé en parallèle une offensive vers la vallée de l'Ohio et une autre versLouisbourg. Le, ne disposant que de100 hommes de garnison face aux 2 000 du capitaineBradstreet,Fort Frontenac est pris (). C’est un coup dur car ce fort est un centre de ravitaillement important des Français. En septembre, les Britanniques attaquentFort Duquesne qui leur est abandonné détruit le (un fort britannique est reconstruit, nomméFort Pitt en l'honneur deWilliam Pitt, qui deviendraPittsburgh).
Sur la côte atlantique, une action combinée de l’armée et de la marine permet de débarquer une armée de 14 600 soldats au sud deLouisbourg (). Après une campagne de six semaines, la garnison de Louisbourg capitule ().
L’année se termine donc à l'avantage des Britanniques : bien qu'ils n'aient pas progressé dans la conquête du Canada, ils ont pris le contrôle de vallée de l'Ohio et ont isolé la Nouvelle-France grâce à la prise de Louisbourg.
En 1759, l'offensive se poursuit vers le nord : les Britanniques prennentFort Carillon () ; lelac George devient une base britannique en prévision des futures offensives vers leCanada. Dans la foulée, lelac Champlain passe sous contrôle britannique, mais la saison est trop avancée pour lancer une attaque versMontréal.
D'autre part, ayant prisLouisbourg, les Britanniques disposent d’une excellente base pour attaquer le long duSaint-Laurent. Le, la flotte britannique arrive en vue deQuébec avec une importante force armée. Le siège commence le, mais la forteresse est défendue par 15 000 hommes et résiste farouchement. Dans la nuit du 12 au, les Britanniques réussissent à débarquer une colonne dans une zone non défendue, contraignantMontcalm à livrer bataille. Le,James Wolfe et Montcalm se font face dans lesplaines d'Abraham, près de Québec, avec 4 800 soldats chacun. Tous deux sont tués au cours de la bataille, mais la victoire revient aux Britanniques.Vaudreuil dirige la retraite des troupes françaises[46]. La garnison de Québec se rend le (capitulation de Québec). Cependant, l’armée française n’est pas anéantie.
La même année, une expédition britannique prend possession de l’île de la Guadeloupe dans les Antilles.
L’hiver 1759-1760 est rude pour la garnison britannique deQuébec et une offensive française, menée parLévis, fait reprendre brièvement espoir au camp français avec la victoire deSainte-Foy, aux portes de la place (). Mais l'avancée britannique en direction deMontréal et l’arrivée de la flotte britannique sur leSaint-Laurent forcent les Français à se retirer.
Après la défaite des Français au Canada, l’attention des Britanniques se porte sur les îles desCaraïbes, où l’occupation de la Guadeloupe en 1759 leur donne une base d’attaque solide. En 1761, ils envahissentl’île de la Dominique, tout en préparant une grande offensive pour 1762.
Le, l’Espagne entre en guerre aux côtés de laFrance. À elles deux, ces deux puissances auraient pu rivaliser avec laGrande-Bretagne, aussi bien sur mer que sur terre, au début de la guerre de Sept Ans, mais désormais la France ne dispose plus de forces terrestres ou navales suffisantes.
Descendant les îles-du-Vent, la flotte britannique prend possession de laMartinique (-), puis des îles deSaint-Vincent, laGrenade etSainte-Lucie. Elle retourne vers les grandes Antilles et arrive en vue deLa Havane le[47],[48]. Lesiège est mis devant une des plus grandes villes espagnoles duNouveau Monde, qui capitule le. L’ensemble des Antilles (à l’exception notable deSaint-Domingue) se trouve sous le contrôle des Britanniques, avec des pertes dues plus à la maladie qu’aux combats.
Profitant de ces opérations dans les Antilles, la France tente de prendre des gages du côté du Canada en vue des négociations de paix. Une expédition menée parJoseph-Louis d'Haussonville prend la place deSaint-Jean de Terre-Neuve (), mais est ensuite délogée par les Britanniques après labataille de Signal Hill ().
Carte de l'Inde à la veille du conflit.Représentations des positions des escadres des navires français et britanniques devant Pondichéry (sud-est de l’Inde), accompagnant le « Journal de la première expédition [du comte d’Aché] jusqu’au retour de l’escadre à l’île de France »[49].
EnInde, Britanniques et Français sont présents à travers deux compagnies rivales disposant dans leur pays respectif d'un monopole officiel du commerce avec les Indiens : laCompagnie française des Indes orientales et laCompagnie britannique des Indes orientales. Leur puissance est avant tout économique mais elles possèdent des comptoirs le long de la côte orientale de l’Inde.
En 1756, alors que les deux camps se préparent à la guerre, un des plus puissants princes indiens, lenawab (nabab) du BengaleSiradj al-Dawla, ordonne aux Français et aux Britanniques d'arrêter leurs préparatifs, faute de quoi il considérera leurs agissements comme uncasus belli. Si les Français cèdent, les Britanniques poursuivent. En conséquence, les armées de Siradj al-Dawla attaquent et prennent possession de tous lescomptoirs britanniques duBengale, notammentCalcutta, le. En réponse, les Britanniques montent à partir deMadras une expédition qui leur permet de reprendre leurs comptoirs et de faire plier lenawab. Dans la foulée, ils occupent le comptoir français deChandernagor le.
Le nawab cherche alors à se rapprocher des Français, mais la victoire britannique dePlassey sur les troupes franco-indiennes et la trahison de l’oncle deSiradj al-Dawla,Mir Jafar, permettent aux Britanniques de s’assurer le contrôle du Nord-Est de l’Inde[50],[51].
Comptoirs britanniques, danois, français, néerlandais et portugais en Inde. (XVIe – XVIIe siècle).
En 1758, le conflit se déplace dans le sud-est de l’Inde, autour des comptoirs de Madras et dePondichéry. Une campagne est organisée par les Français afin de prendre Madras. Le gouvernement français envoie une division navale avec 4 000 hommes de renfort, commandée par le généralThomas Arthur de Lally-Tollendal qui arrive au début de 1758. Après une série de victoires mineures, l’armée française et ses alliés indiens mettent le siège devant Madras en décembre mais, après l’arrivée de renforts britanniques par la mer, le siège est levé en.
Profitant de renforts en provenance d’Europe, le nouveau général en chef britannique, le colonelEyre Coote, reprend un certain nombre de possessions autour de Madras. Une bataille décisive a lieu le aufort Wandiwash, dont l’armée britannique sort victorieuse. Poussant son avantage, Coote met le siège devant Pondichéry. Le, Lally-Tollendal capitule. La ville est ravagée de fond en comble par les troupes britanniques.
Après l’entrée en guerre de l’Espagne en, les Britanniques décident de mener une attaque contre la colonie espagnole desPhilippines. Utilisant des troupes indiennes, les Britanniques débarquent sans opposition et mettent lesiège devantManille le. Le, une brèche est faite dans les murs, puis la ville est conquise ainsi que le port deCavite.
L'occupation britannique est limitée à Manille et à ses alentours, les Espagnols conservant le contrôle du reste de la colonie, et prend fin en conformément aux clauses dutraité de Paris signé en 1763[52],[53].
Après des négociations préliminaires en 1761, interrompues par l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés de la France, il faut attendre 1762, année marquée par le revirement de la Russie, pour voir de vraies négociations s’engager. La Suède signe la paix avec la Prusse dès 1762 ; en 1763, le Royaume-Uni, la France et l'Espagne signent le traité de Paris tandis que la Prusse et l'Autriche signent le traité de Hubertsbourg.
La Suède, au bord de la banqueroute, perd tout espoir de victoire sur la Prusse après ce revirement.
Le, elle signeun armistice àRibnitz. Le, les Suédois et les Prussiens signent letraité de Hambourg, qui ramène les deux royaumes aux frontières qui résultaient destraités de 1719-1720.
EnInde, le Royaume-Uni s’assure une position dominante. Les cinq comptoirs dePondichéry,Karikal,Yanaon,Mahé etChandernagor sont restitués à la France, mais avec interdiction de les fortifier ou d’y faire stationner des troupes.
EnEurope,Belle-Île, occupée par les Britanniques, est rendue à la France en échange de l’évacuation deMinorque. La France accepte d’évacuer tous les territoires appartenant au roi de Grande-Bretagne et à ses alliés.
La cession de la Nouvelle-France aux Britanniques est mal accueillie par les nations indiennes et suscite la coalition de quatorze d’entre elles : lesOutaouais, lesOjibwés, lesPotéouatamis, lesHurons-Wendats, lesMiamis, lesWeas, lesKickapous, lesMascoutins, lesPiankashaw, lesDelawares, lesShawnees, lesMingos et lesSénécas. Dix d’entre elles étaient alliées de laFrance depuis plusieurs conflits, y compris la guerre de Sept Ans. D’autres, jusque-là du côté britannique, comme les Sénécas, se rebellent contre leur allié traditionnel.
Larébellion de Pontiac commence le comme un prolongement immédiat de la guerre de Sept Ans : son objectif est de chasser les Britanniques de l’ex-Nouvelle-France. Malgré laproclamation du roi d'Angleterre de, qui accorde aux nations indiennes des territoires de réserve, la guerre se poursuit pendant trois ans, menant à une impasse militaire pour les deux camps.
D’un point de vue diplomatique, laGrande-Bretagne s’impose comme la grande puissance mondiale dominante. Non seulement son territoire national n’a jamais été inquiété, mais sa flotte et son armée coloniale lui permettent de contrôler maintenant une grande partie de l’Amérique du Nord, de l’Inde et surtout de dominer les autres puissances sur les mers du globe.
Les armées britanniques prouvent leur grande faculté d’adaptation, surtout dans les colonies, où elles ont su passer d’une stratégie européenne (ordre linéaire, attaque en formation) à une stratégie locale, qui passe par l’appui des populations (natifs et colons). Ce sont ces mêmes capacités d’adaptation qui feront défaut aux Britanniques et à leurs mercenaires pendant laguerre d'indépendance des États-Unis.
Autre vainqueur du conflit, laPrusse[60] est passée tout près du désastre mais a survécu et, mieux, a acquis un prestige important : elle s’impose comme un acteur majeur de l’équilibre politique des États allemands. Elle a dû renoncer à ses conquêtes en Saxe et Pologne, son territoire est dévasté et ses pertes lourdes, mais elle conserve la Silésie. Grâce aux subsides britanniques et au retrait imprévu de la Russie, elle a réussi à résister suffisamment longtemps pour que ses ennemis, eux-mêmes épuisés, sortent du conflit[61].
Militairement, la Prusse sort grandie de ce conflit, s’étant imposée contre des armées bien plus nombreuses et réputées meilleures. Lors de laguerre de Succession de Bavière (1778-1779), les Autrichiens éviteront les grandes batailles contre un adversaire jugé redoutable[62]. La méthode prussienne influence alors très fortement les autres pays européens qui cherchent à la copier. Mais cette réputation finira par être trompeuse : le niveau de l’armée prussienne, d'abord forte de ses victoires passées, se dégradera petit à petit jusqu’à l’humiliation que lui infligeraNapoléon lors de lacampagne de Prusse de 1806 à 1807.
L'Autriche est aussi perdante, mais dans une moindre mesure. Son armée s'est battue plus vaillamment et efficacement que les Prussiens ne s’y attendaient, et a permis la libération de la Saxe. En outre, Frédéric semble reconnaître la prééminence de lamaison d'Autriche, en promettant de voter pour l'archiduc Joseph aux prochaines élections impériales, promesse qu'il tiendra. En revanche, la perte définitive de laSilésie est un coup dur, et les Autrichiens ont compris que la Prusse ne pourrait pas être abattue. L'impératrice et reineMarie-Thérèse va utiliser l'alliance française[63] et sa politique matrimoniale pour gommer la perte de la Silésie. Grâce à son action, l'Autriche va s'affirmer comme puissance dominante enItalie et enEurope centrale.
Au niveau territorial, l'Autriche se voit interdire toute nouvelle expansion en Allemagne, ce que confirmera laguerre de Succession de Bavière en 1778-1779. Elle trouvera encore à s’agrandir du côté de l'Empire ottoman (avec laBucovine dans les années 1770 et quelques très maigres gains en 1791) et surtout vers laPologne.
Le basculement en Europe de l'Est : Russie et Pologne
Pour la première fois, laRussie a joué un rôle d'arbitre dans un conflit ouest-européen. Seul son retrait imprévu, dû à la mort de la tsarine Élisabeth, a sauvé la Prusse de l'écrasement. Elle devient un acteur à part entière duconcert européen, ce qui se confirmera sous le règne deCatherineII de Russie[64].
Au contraire, le conflit a montré la faiblesse de l'union personnelle saxo-polonaise sousAugusteIII de Pologne. La noblesse polonaise, uniquement soucieuse du maintien de ses privilèges, refuse tout renforcement du pouvoir royal et contemple presque avec indifférence les marches et contre-marches des belligérants à travers son territoire[65]. L'électorat de Saxe et larépublique des Deux Nations (Pologne-Lituanie) ne sont sauvées que par la protection diplomatique autrichienne et française : les adversaires de la veille, Russie et Autriche d'un côté, Prusse de l'autre, ne vont pas tarder à en tirer les conséquences lors des prochainspartages de la Pologne.
Du côté des perdants, laFrance sort du conflit humiliée et affaiblie. Son territoire métropolitain, protégé par laceinture fortifiée de Vauban, est peu touché et les descentes anglaises ont été sans grande conséquence mais soncommerce extérieur et son empire colonial sont surclassés par ceux des Britanniques. EnAmérique du Nord, son expansion est arrêtée net au profit de la Grande-Bretagne, même si lesCanadiens français resteront toujours attachés à leur culture (preuve en est duQuébec encore francophone aujourd'hui). C'est en partie pour prendre sa revanche que la France, quinze ans plus tard, soutiendra les colons américains dans leurguerre d’indépendance.
Les Français n'ont pas conscience immédiatement, dans une Europe à ce moment conquise par la culture française, de l'importance de la victoire de la Grande-Bretagne à l'issue de cette guerre, qui non seulement consolide et agrandit sonempire colonial, mais qui renforce également la domination de la culture anglo-saxonne enAmérique du Nord. À vrai dire, nul à l'époque ne pouvait deviner que la suprématie britannique sur cette partie du continent aboutirait à la domination dumonde anglo-saxon de par la futuresuperpuissanceaméricaine (bien qu'il ne faille pas non plus négliger le rôle même de l'hégémonie britannique duXIXe siècle, acquise à l'issue ducongrès de Vienne).
L’armée et lamarine française sortent affaiblies de cette guerre[66]. En effet, la marine est décimée, et si l'armée a pu tenir le front en Europe, elle a subi plusieurs défaites graves, alors qu'elle était en supériorité numérique, et n'a pu défendre efficacement les colonies (où elle était néanmoins en infériorité numérique). La réforme de l'armée est difficile, quoique certaines améliorations anticipent déjà l’armée napoléonienne (réorganisation de l’artillerie parGribeauval, organisation de l’armée en divisions pseudo-autonomes, utilisation plus importante des tirailleurs). La marine est aussi réformée, grâce à l'action deChoiseul, qui s'appuie sur lesursaut patriotique des Français et leur volonté de revanche. Cette marine rénovée prouvera son efficacité lors de laguerre d’indépendance américaine, où elle battra son homologue britannique en Amérique du Nord[67],[68].
D’un point de vue économique, le bilan est catastrophique pour tous les pays, principalement pour la France et la Grande-Bretagne. La guerre totale et mondiale que se sont livrées les deux puissances a coûté extrêmement cher et a fait grimper de façon vertigineuse leur dette[69].
La Grande-Bretagne, sortant victorieuse du conflit, tire profit de son empire colonial élargi pour essayer de rembourser au mieux ses dettes (passées de75 millions de livres en 1754 à 133 en 1763[70]) par des taxes nombreuses, et une bureaucratie plus efficace. Ces augmentations (comme leStamp Act sur les timbres ou leTea Act sur le commerce duthé)[71] ainsi que ses efforts pour faire respecter sonmonopole commercial, assez négligé pendant la durée du conflit, feront partie des étincelles déclenchant laguerre d’indépendance américaine[72].
La France de son côté, décide de ne pas augmenter dans un premier temps les taxes, mais de financer sa dette par des emprunts. Or, avec une dette passée de1,36 milliard de livres en 1753 à2,35 milliards en 1764, et des revenus diminués par la perte des colonies, les taux d’intérêts vont grimper en flèche et finir par vider les caisses. Le gouvernement se voit bientôt contraint de modifier sa politique, de nouvelles levées d'impôts vont être décidées afin de régler au plus vite l'endettement et de rebâtir une marine en perdition ; ces mesures seront très mal perçues par la population.
La Prusse a aussi beaucoup souffert économiquement de ce conflit car elle a dû à la fois maintenir une armée énorme comparée à ses ressources en population, et mener la guerre sur son sol ou sur ses frontières, une partie de son territoire étant occupée. Le fardeau financier de la guerre est à peine allégé par le pillage en règle des finances de la Saxe et par l'aide financière britannique. Pour couvrir ses dettes et se reconstruire, la Prusse recourt à l'augmentation des taxes, mais surtout valorise son territoire par la mise en culture des marais de laNouvelle-Marche, et par de nouvelles cultures comme lapomme de terre.
L’Autriche, quant à elle, connaît les mêmes problèmes de finances mais baisse volontairement les effectifs de son armée pour diminuer de manière drastique ses dépenses militaires.
Bien qu'elle n'ait pas mené autant de campagnes, la Russie sort également épuisée par un conflit qui a obligé ses troupes à se projeter loin de leurs bases. Lors de la campagne de Prusse-Orientale, notamment, la maladie a provoqué de nombreuses pertes dans ses rangs.
Das bettelnde Soldatenweib (« La femme du soldat réduite à mendier »), gravure deDaniel Chodowiecki en 1764 sur les conséquences humaines de la guerre de Sept Ans.
Humainement enfin, le conflit a été destructeur. Les nombreuses campagnes menées enEurope centrale ont beaucoup touché les civils (pillage,famines,taxes supplémentaires). Beaucoup d’armées en campagne n’avaient pas assez de ravitaillement, voire des problèmes de paie, et ne se privaient pas de piller les territoires traversés. On note entre autres le manque de scrupule des armées françaises dans lesÉtats allemands (alors que ce sont des États alliés qui fournissent le financement à laFrance pour cette campagne).
En outre, les pertes militaires sont très importantes de chaque côté, du fait de la longueur même du conflit et de la multiplication de batailles sanglantes ne donnant aucun camp vainqueur, et contraignant les belligérants à poursuivre toujours plus avant leurs confrontations, jusqu'à ce que se dessine la bataille décisive. Par ailleurs, la guerre a parfois laissé place à des actes barbares. Les méthodes britanniques enAmérique du Nord ont été parfois extrêmes, allant du cruel ravage des campagnes de laNouvelle-France et ce juste avant l’hiver, au pur et simple « nettoyage ethnique » pratiqué à l’encontre desAcadiens (déportation)[73]. En cela, même le théâtre secondaire de l’Inde n'a pas été épargné, lesexactions sur la population ont été courantes, les soldats n’étant pas souvent payés.
En parallèle, il faut considérer les nombreux cas detyphus et particulièrement descorbut constatés sur les navires européens à cause du manque devitamine C des vivres embarquées duXVe au XVIIIe siècle, pour des raisons liées à la conservation des aliments[74],[75],[76]. Les manifestations cliniques du scorbut entraînant une incapacité de manœuvrer des équipages de lamarine à voile, de nombreuxnaufrages furent la conséquence d'un scorbut marin[77].
La mortalité est encore plus élevée à bord des navires de guerre (entassement de marins et de soldats, navigation interminable, séjours en rade, croisière de blocus…). À l'époqueélizabéthaine, la marine anglaise enregistre des hécatombes (les 10 000 morts par scorbut, indiqués par le navigateur anglaisHawkins, seraient en dessous de la vérité). Le siècle le plus tragique est bien leXVIIIe siècle, les guerres navales ayant pris une ampleur mondiale : laRoyal Navy perd, à elle seule, 75 000 hommes par maladie (scorbut,typhus…) au cours de la guerre[78].
Elle est aussi présente dansCandide, deVoltaire, écrit en 1759, conte dans lequel le roi de PrusseFrédéricII, ancien ami de l'auteur, est caricaturé en « roi des Bulgares ».
↑a etbWinston Churchill en parle en ces termes dansWar and British Society 1688-1815 de H.-V. Bowen en 1998 publié chez Cambridge University Press(ISBN0-521-57645-8),p. 7.
↑« La guerre dite de Sept Ans, précédée dès 1754 de graves incidents dans la vallée de l’Ohio où les troupes britanniques attaquèrent, sans déclaration de guerre, les postes français, ne pouvait être que désastreuse. » sur le site duministère de la Culture.
↑Edmond Dziembowski,La Guerre de Sept ans, Perrin, 2015,p. 117-121.
↑AugusteIII entre dans la guerre en tant qu'électeur de Saxe, mais la Pologne reste neutre bien qu'il en soit le roi, l'entrée en guerre dépendant de la Diète (Parlement).
↑D. Peter MacLeod,Les Iroquois et la guerre de Sept Ans, VLB éditeur, 2000(ISBN2-89005-713-5).
↑Bien qu'AugusteIII soit roi de Pologne, il ne peut pas décider seul de l'entrée en guerre de la république des Deux Nations : cela revient à la Diète.
↑Yann Lagadec et Stéphane Perréon (avec la collaboration de David Hopkin),La Bataille de Saint-Cast (Bretagne,). Entre histoire et mémoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes/Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2009(ISBN978-2753509481).
↑Friedrich August von Retzow,Nouveaux mémoires historiques sur la guerre de Sept Ans,volume 2, 1803,p. 133.
↑Stéphan Bujold, « L'Acadie ? Quoi ça ? Les Acadiens ? Qui ça ? Esquisse d'un territoire indéfini et d'un peuple éparpillé », dansCahiers, Société historique acadienne,,p. 45.
↑La mosaïque des francophones aux États-Unis[lire en ligne].
↑Dialectes français d'Amérique du Nord : Français cajun, Wikiversité[lire en ligne].
↑Les historiens considèrent que les deux principales causes demortalité en mer, durant l'époque classique, sont lescorbut et letyphus. La mortalité liée au scorbut maritime a été estimée à plus d'un million de victimes entre 1600 et 1800. Voir R.E. Hughes, Scurvy,op. cit., 988-989.
Société généalogique canadienne-française, Fédération française de généalogie,Combattre pour la France en Amérique : dictionnaire des soldats de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France 1755-1760, sous la direction deMarcel Fournier, Paris, Archives & Culture, 2009,624 p.
Jean-ClaudeCastex,Dictionnaire des batailles terrestres franco-anglaises de la Guerre de Sept ans, Québec, Presses universitaires de Laval,, 601 p.(ISBN2-7637-8334-1,présentation en ligne).
André deVisme,Terre-Neuve 1762 : Dernier combat aux portes de la Nouvelle-France, Montréal,, 252 p.(ISBN2-9808847-0-7,lire en ligne).
AlfredRambaud,Russes et Prussiens : Guerre de sept ans, BookSurge Publishing,, 456 p.(ISBN978-0-543-98340-4).
D. Peter MacLeod,Les Iroquois et la Guerre de Sept Ans, VLB Éditeur, 2000(ISBN2-89005-713-5).
GillesPerrault,Le Secret du Roi, L’Ombre de la Bastille, La Revanche américaine,, 3 vol..